27.11.2009
Etude 10 Nb 22-24 Folie du prophète (05 12 09)
Etude n°10 Nombres 22-24.25 : La folie du prophète (05 12 09)
1 Tim 6.10 : "l'amour de l'argent est la racine de tous les maux. Quelques-uns, pour s'y être adonnés, se sont égarés loin de la foi, et se sont infligé à eux-mêmes bien des tourments."
Observons (Illustration : gravure de Gustave Doré, 19è)
Trois chapitres de récits et de prophéties terminent la narration du voyage dans le désert.
Ch 22 : le prophète Balaam
1-21 : la tentation de Balaam
22-35 : l'ânesse de Balaam
36-41 : Arrivée de Balaam auprès du roi de Moab
Ch 23-24 : les discours de Balaam
23.1-12 : 1er discours : Israël, peuple à part et très nombreux (9-10)
13-26 : 2ème discours : Israël béni de Dieu, à l'abri de l'occultisme, aura la révélation de son avenir (20-23)
23.27-4.9 : 3ème discours : Israël sera magnifique et vainqueur des nations (7)
24.10-19 : 4ème discours : un astre royal sortira d'Israël (17)
20-25 : Prophéties sur les Amalécites et les Kéniens.
Comprenons
Après sa victoire en Transjordanie sur les rois amoréens, Sihon et Og, le peuple hébreu s'établit dans les plaines de Moab, à l'est du Jourdain et au nord de la Mer Morte, dans le territoire jusque-là occupé par les Amoréens, envahisseurs de Moab, qu'il vient de vaincre.
A- Balaam
Son nom signifie sans doute "celui qui dévore le peuple" et lui fut donné à posteriori pour rappeler son conseil à Balak, roi de Moab, pour entraîner Israël dans l'idolâtrie et l'impureté (Nb 31.16).
Le roi Balak est effrayé par l'invasion de ce peuple vainqueur de l'occupant amoréen de son pays. N'ayant aucune force militaire à lui opposer, il pense à l'aide surnaturelle d'une malédiction pour affaiblir Israël. Il fait appel à un devin renommé de Mésopotamie, à 800km de là, sur les bords de l'Euphrate, dans une région où avait habité la famille d'Abraham, plusieurs siècles auparavant.
Balaam est un curieux personnage. D'un côté, il connaît l'Eternel et le consulte (22.8). Il respecte sa parole et n'agit qu'avec son accord (22.18, 20, 35). Il semble renoncer aux avantages financiers plutôt que de contrevenir à la volonté de Dieu (22.18 ; 24.13). Pourtant de l'autre côté, il n'est pas un vrai prophète de Dieu : il fait payer ses services, il s'associe avec le païen Balak, et emploie pour communiquer avec Dieu des moyens auxquels n'ont jamais recours ses prophètes : les rites incantatoires et magiques (23.3-4, 15 ; 24.1). Il finit par succomber à l'appât du gain en conseillant à Balak, d'induire Israël à l'idolâtrie et à l'impureté, pour le séparer de Dieu et lui faire perdre sa protection (Nb 25.1-3 ; 31.16 ; Jude 11 ; Ap 2.14). Balaam finit par être emporté dans la défaite des ennemis d'Israël (Nb 31.8 ; Josué 13.22).
Il ne porte pas le titre de nabi (prophète) ni de chozé (voyant), même s'il l'usurpe dans son orgueil (24.15-16) ; il n'est que kosem (devin ou magicien, Jos 13.22). Il connaissait l'Eternel à cause des descendants de la famille d'Abraham, Nacor et Laban, installés au nord de la Mésopotomie. Seulement dans le respect que Balaam avait pour l'Eternel se mêlaient les pratiques magiques et la conception de la divinité, qui avaient cours dans le pays : versatile et influençable par la magie des initiés, le dieu servait le pouvoir des devins, plus qu'il n'était servi par eux !
Par ses contradictions, Balaam reste très proche de beaucoup d'hommes et de femmes qui prétendent croire en Dieu, mais ont une conception superstitieuse de sa personne et de son culte, multipliant les rites, les prières et les actes "méritoires" pour se rendre Dieu favorable. D'où la nécessité d'étudier les Ecritures pour comprendre qui est Dieu et l'adorer "en esprit et en vérité" (Jean 4.24).
B- La tentation de Balaam (22.1-20)
v 6 : Selon la coutume de l'époque, le roi Balak espérait que la malédiction affaiblirait le peuple et qu'il pourrait ainsi le battre par les armes. Si Balaam retient ses messagers pour la nuit, c'est que la consultation des dieux se faisait ordinairement de nuit, en vision ou en songe. Dieu consent à communiquer avec Balaam parce qu'il s'agit de son peuple. Par là, il fait comprendre à Balaam que l'affaire est importante et grave. Dieu révèle clairement sa volonté : "Tu n'iras pas avec eux, tu ne maudiras pas ce peuple, car il est béni !"
Remarquons comment Balaam retransmet cet ordre (v 13); il affirme bien le refus de Dieu de le laisser partir, mais n'en donne pas la raison profonde. Il trahit ainsi son secret désir de ne pas rompre définitivement la négociation avec les messagers de Balak. Aussi ce refus peut-il passer aux yeux de Balak comme un essai de surenchère, comme un marchandage, pour se faire payer plus ; Balak en effet semble l'avoir compris ainsi, en lui proposant honneurs et exaucement de ses désirs (v 17).
v 18 : Balaam affirme haut et fort des principes excellents d'obéissance absolue à l'Eternel, tout en révélant, à la façon orientale, le prix qu'il désire (voir le marché d'Abraham pour obtenir le champ de Macpéla, Gen 23.14-15 : on nie demander, et on déclare le plus pour avoir un peu moins !).
v 19 : il envisage en même temps un éventuel revirement de Dieu, alors que sa volonté était très claire. Il fait croire ainsi aux messagers que la négotiation est encore ouverte.
v 20 : Dieu respecte, même dans ses errements, la liberté de choix de l'homme. Il ne revient pas sur sa position précédente, car Balaam est entré dans une situation nouvelle, en acceptant d'accueillir une seconde fois les messagers de Balak. Dieu accompagne Balaam sur la voie que celui-ci a choisi de suivre, mais il l'avertit du danger. Dieu aurait été glorifié par le refus définitif de Balaam, s'il l'avait expliqué correctement. Mais en consentant à laisser partir Balaam selon son choix, il sera encore plus glorifié par les paroles qu'il mettra dans sa bouche, si contraires à la volonté de Balak ! Pour cela, il faut que Balaam lui obéisse entièrement. C'est ce qui exlique l'épisode suivant.
C- L'ânesse "medium " (22.22-35)
Après l'acceptation condescendante de Dieu, Balaam qui connaissait bien sa volonté, aurait encore pu s'arrêter. Devant son obstination, Dieu décide d'intervenir avec force, pour frapper sa conscience et l'avertir du danger de la voie équivoque qu'il a prise : danger pour Balaam qui risque sa vie par convoitise, danger pour le peuple d'Israël si ce prophète considéré comme inspiré par Dieu, venait à donner aux ennemis d'Israël plus de force et d'espoir de victoire, danger pour la gloire de Dieu, si Balaam désobéissait encore une fois à Dieu. (Illustration : Rembrandt, 17è)
L'ange de l'Eternel, que l'on considère ordinairement comme l'apparition aux hommes de la personne divine avant son incarnation en Jésus, est vu trois fois par l'ânesse, et non par le soit-disant "voyant". Les tentatives de l'ânesse pour protéger son maître n'éveillent pas son attention ! L'humour de Dieu apparaît dans ce renversement des rôles : celui qui ne discerne pas, est l'être prétendument le plus clairvoyant, l'homme ; tandis que celui qui perçoit la présence de l'ange, est l'être le moins intelligent, l'animal !
v 28 : Alors, de même que Satan en Eden avait utilisé le serpent comme medium, peut-être Dieu utilise-t-il l'ânesse comme porte-parole pour "ouvrir les yeux"du "voyant". Dieu consent à se servir de moyens que le devin connaît, pour lui révéler sa volonté (v 31). On peut aussi penser que les paroles qu'entend Balaam viennent de l'ange qu'il ne voit pas, et sont attribuées à l'ânesse qu'il voit, Balaam en tant que devin, étant habitué aux phénomènes de communication avec les esprits par l'intermédiaire de médiums.
Ouvrir les yeux, dans l'Ancien Testament, c'est percevoir le monde invisible, spirituel, au-delà du monde physique, visible. Dieu seul peut donner ce pouvoir (2 Rois 6.17 ; Luc 24.16, 31), dont Satan s'est emparé et qu'il a développé dans toutes les formes du spiritisme antique et moderne. Il est intéressant de remarquer comment Dieu utilise l'ânesse pour amener Balaam à comprendre sa situation : l'ânesse prend un chemin de traverse pour éviter l'ange, comme Balaam a dévié du droit chemin de l'obéissance à Dieu en acceptant de partir vers Moab ; l'ânesse s'engage dans un chemin de plus en plus resserré et écrase le pied de son maître, comme Balaam en partant vers Moab s'est engagé sur une voie de plus en plus dangereuse pour lui, car contraire à la volonté divine. L'écrasement du pied aurait pu et dû faire comprendre à Balaam que sa décision de partir malgré l'ordre clair de Dieu (v 12) était vouée à l'échec (v 32). Puis en s'affalant à terre devant l'ange, l'ânesse montrait à Balaam le sort qui l'attendait s'il refusait d'obéir à Dieu. Enfin, les coups que l'ânesse reçoit de son maître sont à l'image de ce que mériterait Balaam pour son obstination à désobéir à Dieu.
v 32 : L'intention de Dieu est : 1- d'avertir Balam, 2- de l'amener à plus d'humilité : il doit la vie à un animal ! 3- d'exclure en lui toute vélléité de désobéissance, en l'impressionnant par la vision de l'épée nue qui menace sa vie, et qui dans la main de l'ange est le symbole de la Parole de Dieu (Héb 4.12), pénétrant et lisant dans les coeurs.
v 34 : Balaam reconnaît son péché, mais en l'atténuant : pour lui, il a péché en injuriant et en battant l'ânesse, par ignorance de la présence de l'ange, tandis que son vrai péché est de n'avoir pas tenu compte de l'ordre clair de Dieu, par convoitise (v 12). Il semble prêt à renoncer à son projet, mais c'est trop tard. A ce stade d'engagement, il ne glorifierait pas Dieu en retournant chez lui. Il ne ferait qu'accroître la surenchère de Balak. Dieu le laisse donc aller pour manifester encore plus glorieusement son amour pour son peuple, par les paroles inattendues qu'il mettra dans la bouche de Balaam.
D- Les préparatifs de Balaam (22.36 et 23.1-4)
Balak vient à la rencontre du devin pour l'honorer et obtenir ainsi le service demandé. Balak a été blessé dans son orgueil par le refus de Balaam (v 37) : il a supposé que Balaam le pensait insuffisamment riche et puissant pour le récompenser dignement. Balaam le détrompe, en lui faisant comprendre que dans cette affaire, il dépend d'un dieu supérieur. Le message est d'ailleurs compris puisque Balak sacrifie à ce dieu pour se le rendre favorable (v 40).
Balak montre à Balaam le peuple d'Israël depuis trois points de vue différents de façon à lui en donner une vision globale et impressionnante (22.41 ; 23.13-14, 28). Balaam fait offrir trois fois 7 taureaux et 7 béliers, pour que Dieu lui accorde un entretien, selon les rites occultes qu'il pratique. Pendant ce temps, il se retire à l'écart, pour chercher à entrer en contact avec Dieu par l'extase et la magie (24.1). Dieu condescend à communiquer deux fois avec lui selon ce mode, pour atteindre la conscience de Balaam. Mais la troisième fois, Balaam a enfin compris que Dieu ne changerait rien. Il délaisse donc toutes les pratiques magiques et peut alors recevoir l'Esprit de Dieu directement. Il en est de même pour le croyant : il ne peut recevoir la plénitude de l'Esprit-Saint que s'il a délaissé dans son coeur et dans sa vie, les habitudes contraires à la volonté de Dieu, et s'il s'est donné entièrement à Dieu.
E- Les discours de Balaam (ch 23-24)
Seuls les deux derniers sont précédés de la formule qui accompagne généralement les prophéties de Dieu : Parole ou Oracle (voir version Segod ou TOB). Seulement Balaam, au lieu de mentionner "Oracle du Seigneur", s'attribue la gloire de ces prophéties, dans un mouvement de vantardise publicitaire : "Parole de Balaam, l'homme au regard pénétrant, celui qui entend les paroles de Dieu, qui pénètre les secrets du Très-Haut, et contemple les visions envoyées par le Tout-Puissant", "car il se révèle à moi quand je l'adore" (BFC), ou "quand il tombe en extase et que ses yeux s'ouvrent" (TOB). Il se présente ici comme le grand initié aux mystères divins, et non comme celui qui connaît Dieu, c'est-à-dire qui a une relation intime d'amour avec lui. C'est un peu comme s'il disait "J'ai les moyens de forcer Dieu à me livrer ses secrets. Je suis le gand "manitou", écoutez-moi !" Il n'empêche que malgré ces attitudes de forfanterie, Dieu se sert de lui pour faire passer son message aux païens.
Il y a gradation entre les quatre discours. Le premier fait ressortir le caractère spécial d'Israël, peuple mis à part pour et par Dieu parmi les nations, et sa multitude innombrable. Ce sont des bénédictions de Dieu qui l'empêchent d'être maudit. Le second discours célèbre la force de résister à la magie, et annonce la révélation de son avenir, qu'Israël découvre dans la présence et la bénédiction de Dieu. Le troisième discours est une vision de la vitalité et de la puissance actuelle et future (v 7) d'Israël, qui le rendent victorieux de ses ennemis. Enfin le quatrième discours est une vision prophétique de l'avenir d'Israël : l'apparition d'un souverain (astre et sceptre, v 17), lui donnera la suprématie sur tous les peuples : Edom et Moab actuellement épargnés comme descendants d'Esaü et de Lot, lui seront soumis, et les peuples païens qui ont été en relation hostile (Amalécites) ou amicales (Quénites ou Kéniens) avec Israël pendant son voyage au désert disparaîtront.Les Amalécites iront à la ruine effectivement avec Saül et David, puis avec les Siméonites (1 Samuel 15 et 30 ; 1 Chroniques 4.42-43). Les Kéniens après une période de sécurité en Israël disparaîtront avec le royaume du nord d'Israël, sous les coups de l'envahisseur Assyrien en 722 av JC.
Assur était fils de Sem (Gn 10.24) et devint l'ancêtre des Assyriens, peuple oriental déjà puissant à l'époque de Balaam. C'est lui qui conquit le Moyen-Oient et en -722 emmena en captivité et dispersa les dix tribus d'Israël. Heber (Gn 10.24) était l'arrière-petit-fils de Sem par son fils Arpacschad. Il fut l'ancêtre, par Péleg son aîné, de la lignée d'Abraham, donc des Hébreux, et par son cadet Joktan, il fut l'ancêtre des tribus arabes (Gn 10.26-30 ; 11.10-26). Ces peuples sémites furent plus tard dominés par les peuples venus d'occident (Philistins, Grecs ou Romains), représentés ici par les navires de Kittim ou de Chypre. Balaam termine sa prophétie par l'annonce que ce dernier envahisseur occidental va lui aussi à sa ruine. Seul demeure parmi les nations le peuple qui est béni de Dieu. Ainsi le devin dans une vision prophétique, à l'égal des prophètes Daniel et Jean, voit le déroulement de l'histoire du peuple de Dieu jusqu'à la fin des temps !
Le dernier discours, le seul des quatre à avoir une dimension nettement prophétique, a été souvent lu dans une perspective messianique : "l'astre" qui apparaît parmi les descendants de Jacob (v 17), était en Orient signe des dieux et des rois. Il visait sans doute le "souverain" David et sa lignée, et plus loin le Messie. Cette prophétie sur Israël prononcée par un devin mésopotamien, se propagea en Orient, et fut à l'origine de la venue des mages chaldéens auprès de l'enfant Jésus (Mt 2.2). Ils l'avaient entendue, sans doute de la part des descendants de Juifs restés après l'exil en Babylonie. La chute successive des pouvoirs terrestres annoncée par Balaam trouve un écho dans la prophétie de la statue que Daniel expliqua à Nébucanetsar d'une façon beaucoup plus précise (Da 2.31-45).
De tous les discours de Balaam nous retiendrons que :
- Dieu se sert même d'un devin pour faire connaître aux impies son amour pour Israël et la mission qu'il lui confie,
- Dieu veut bénir Israël pour en faire le témoin parmi les nations de Sa puissance, de Sa fidéité, de Sa royauté, de Sa bienveillance.
- Israël ou le peuple de Dieu réalise ainsi la prophétie faite à Abraham (Gn 12.2) : "Tu seras une bénédiction pour les autres... Avec toi, je bénirai toutes les nations de la terre".
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Sous quels prétextes tentons-nous d'esquiver l'obéissance aux ordres précis de Dieu ? Comment ne pas nous aveugler sur nos mobiles profonds ?
- Comment éviter de donner trop d'importance à notre intérêt financier ou matériel dans notre relation avec Dieu ou avec les autres ? (voir Mt 6.27-34).
- Comment reconnaître les signes naturels (et non surnaturels) par lesquels Dieu nous parle dans notre vie quotidienne ?
- Prions pour que Dieu nous "ouvre les yeux" sur notre réelle situation spirituelle, et sur la main qu'il nous tend pour nous avertir et nous protéger.
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20.11.2009
Etude 9 Nb 20-21 Péché de Moïse et Aaron (28 11 09)
Etude n°9 Nombres 20- 21 : le péché de Moïse et Aaron et la fin du voyage dans le désert (28 11 09).
Dt 3.27 : « Monte au sommet de Pisga, porte les regards à l’ouest, au nord, au sud et à l’est, et contemple de tes yeux ; car tu ne passeras pas ce Jourdain. »
Observons
Le récit reprend pour relater les derniers événements de la marche dans le désert.
Ch 20
1-13 : les eaux de Mériba et la faute de Moïse et Aaron (Evangile et Peinture : Moïse frappant le rocher)
14-21 : Edom refuse le passage à Israël
22-29 : Mort d’Aaron
Ch 21
1-9 : le serpent d’airain
10-35 : Conquête des Amoréens
Comprenons
Le livre des Nombres nous rapporte peu d’événements de ces 40 ans au désert, un récit de violation du Sabbat (ch 15), un autre de la révolte contre l’autorité de Moïse et Aaron (ch 16), la manifestation du choix de Dieu pour Aaron comme sacrificateur, et des lévites comme prêtres (c 17-18), les ordonnances au sujet de l’eau de purification nécessaire pour tout homme rendu impur par le contact avec la mort. On sait par le Deutéronome, que la nouvelle génération refit les mêmes expériences et les mêmes erreurs que la précédente, preuve que le coeur humain est le même à travers les âges.
1- Les eaux de Mériba*
Au chapitre 20, on est brusquement placé à la fin des 40 ans. Le peuple s’installe pour la seconde fois à Kadès, au nord du désert de Tsin. Marie, soeur aînée de Moïse y meurt, conséquence lointaine mais parlante, de sa jalousie envers le rôle de prophète et de chef de Moïse (ch 12). Malheureusement, la nouvelle génération ne semble pas avoir compris le message de cette mort et de celle de leurs parents : devant les difficultés de la vie quotidienne, elle reproduit leurs révoltes et leurs regrets d’un passé imaginaire (20.2-5).
Moïse et Aaron remplissent leur fonction d’intermédiaires, d’intercesseurs, et Dieu répond : sans reproches, avec bonté et générosité, il donnera à boire à tous, hommes et bêtes, sans restrictions (v 8).
Ses ordres sont précis :
a- prendre le bâton comme insigne de l’autorité divine déléguée à Moïse
b- rassembler le peuple
c- parler au rocher devant le peuple, pour qu’il donne de l’eau en abondance.
La répétition « Oui, tu feras jaillir de l’eau » est destinée à donner à Moïse confirmation de la puissance divine qui va opérer à travers lui, et assurance de la réalisation de cette promesse.
Aaron et Moïse obéissent aux deux premiers ordres, puis dans un mouvement d’impatience, Moïse oublie la suite :
a- il ne parle pas au rocher mais au peuple ;
b- il manifeste une colère et un jugement contre le peuple « rebelle », que Dieu n’avait pas montrés.
c- il exprime un doute, (ou est-ce de l’ironie ?) sur sa capacité à provoquer un jaillissement d’eau du rocher( v 11).
d- il ne mentionne pas Dieu et se met en avant par l’utilisation de la première personne «Ferons-nous sortir?»
e- il frappe deux fois le rocher.
Ces paroles ont pour résultat de faire tourner les regards du peuple, non sur la miséricorde et la puissance de Dieu qui sont oubliées, mais sur l’autorité et la puissance quasi magiques des deux chefs, qui se sont mis en avant.
C’est ce que va leur reprocher Dieu, en disant qu’ils « n’ont pas cru et ne l’ont pas sanctifié (= mis à part) aux yeux du peuple » (v 12).
À cause de cette valorisation d’eux-mêmes à la place du Seigneur, les deux chefs ne pourront pas entrer dans le pays promis terrestre ! (v 13)
Dieu dans sa bonté a quand même abreuvé en abondance gens et animaux, ce qui fait dire au texte, qu’il a été « sanctifié parmi eux », c’est-à-dire que parmi eux se sont révélés le pardon et la miséricorde de Dieu pour leur contestation.
Pourquoi cette différence entre, d’un côté, un peuple contestataire, superficiel, ignorant et infidèle, mais qui, pardonné, reste en vie, et entrera dans le pays, de l’autre côté, deux chefs, fidèles serviteurs, qui pour un moment de colère et d’orgueil, se voient refuser l’entrée dans le pays vers lequel toute leur vie était tendue?
Dieu veut-il nous enseigner la vigilance dans notre cheminement avec Lui, ou notre responsabilité de croyants d’autant plus grande que notre connaissance de Dieu est plus profonde ? Ce ne serait pas un encouragement à progresser dans la relation avec Dieu !
Ne veut-il pas plutôt enseigner que la mission du croyant est avant tout de « sanctifier l’Éternel », c’est-à-dire de le mettre en avant, Lui et non notre personne. Sanctifier Dieu dans notre vie, c’est révéler, faire reconnaître, par nos paroles et dans nos actes, son amour pour tous, avant de parler de son jugement ; c’est placer en Lui notre confiance, au lieu de douter de Lui, et c’est nous contenter d’être les instruments de son salut, au lieu de nous croire les sauveurs du monde !
Ce qui peut paraître une punition divine sévère pour un acte mineur de la part des deux chefs, peut être compris aussi comme une grâce : Dieu évitait à ses deux serviteurs très âgés, toutes les difficultés de la conquête de Canaan. Il accordait le repos à Aaron, âgé de 123 ans, et réservait à Moïse un sort exceptionnel, l’entrée dans la vie éternelle par une résurrection anticipée, qui lui permettrait d’entourer Jésus avec Elie à la Transfiguration (Dt 34.6 ; Jude 9 ; Luc 9.30). Moïse qui avait contemplé le plan du salut, modèle spirituel et céleste du sanctuaire terrestre, devait tourner son regard, non sur l’entrée dans la terre promise de la Canaan terrestre, mais vers le Royaume éternel, dont Christ lui ouvrait la porte (Hé 11.26-27).
1 La racine verbale « rib » (contester), contenue dans le nom de Meriba, se retrouve encore deux fois dans le texte (3,13).
2- Passage refusé en Edom
Comme le cortège égyptien avait ramené à Hébron le corps de Jacob (Ge 50.7-11), Moïse voulait conduire le peuple en Canaan, non par la route directe vers le nord, mais en passant par l’est du Jourdain et de la Mer Morte, pour éviter les monts du désert de Juda. Or, les descendants d’Esaü, considérés comme des « frères » par les Israélites (14), s’étaient établis au sud de la mer Morte, dans la plaine désertique qui va de cette mer au golfe d’Akaba. Le peuple d’Israël devait donc traverser le territoire des Edomites, dans toute sa largeur, par la route « royale » des caravanes. Les messagers s’engagent à ne causer aucun tort, et à payer l’eau qu’ils puiseraient. Mais à leurs propositions pacifiques et humbles, ils reçoivent un refus catégorique et armé ! Edom, descendant d’Esaü, manifestait par là sa rancœur, transmise de générations en générations, envers les fils de Jacob qui l’avait supplanté et volé de la bénédiction d’Isaac.
Israël préfère attendre à Kadès un autre moment plus favorable (Dt 2.4, 29) pour ne pas faire couler le sang fraternel. Devant une opposition musclée, il vaut mieux éviter d’insister, et patienter jusqu’à une autre opportunité. Nous avons là un exemple d’attitude non-violente, et confiante dans l’action de Dieu qui prépare le chemin pour son peuple ! Avons-nous la même réserve et la même sagesse pour éviter les conflits fratricides en Eglise, ou entre Eglises-sœurs ?
3- Mort d’Aaron (22-29)
La montagne d’Hor semble se situer au nord-ouest d’Edom, près du territoire d’Arad, où se trouvait une route d’accès en Canaan, que les espions d’Israël avaient peut-être empruntée quarante ans auparavant1. Aaron y trouva la mort, conséquence de sa désobéissance à Dieu à Meriba (24), mais aussi, comme nous l’avons vu, grâce divine pour cet homme âgé de 123 ans, incapable de supporter les épreuves de la conquête de Canaan.
La passation du ministère sacerdotal est symbolisée par la transmission des vêtements d’Aaron à son fils. Elle se fait avant la mort du grand-prêtre, pour éviter toute souillure au contact du mort, surtout pour le nouveau grand-prêtre. Si la mort reste toujours un signe du péché qui nous sépare de Dieu, elle peut, par la foi, s’envisager comme un repos, et se préparer par des dispositions légales avant le décès, afin d’assurer aux survivants un avenir paisible, en communion avec Dieu.
1 Selon le jeu de mots hébraïque entre « Atarim » (21.1) = chemins tracés, et « Tarim » = les espions (14.6).
4- 21.1-9 : Les serpents brûlants
Après la mort d’Aaron, Moïse essaie de conduire le peuple vers le nord –Est, en passant entre le sud de la mer Morte et la frontière nord d’Edom. Mais il rencontre l’opposition du roi Arad qui fait quelques prisonniers ; Il reconnaît à ce signe que ce n’est pas encore le bon chemin. Il revient en arrière et longe la frontière ouest d’Edom assez désertique, jusqu’à la mer Rouge. De là seulement il put passer à l’est d’Edom, pour remonter au nord, vers la rive est de la mer Morte. La réalisation du vœu sur les Cananéens du Sud (v 2-3) est sans doute une anticipation de l’exécution qui eut lieu avec Josué (12.14 ; Jug 1.17). Illustration : Franz Floris 16ès Moïse et les serpents brûlants)
Devant le détour à accomplir de nouveau par le désert, Israël une fois de plus se plaint et s’impatiente contre Moïse et contre Dieu, dont il méprise le don de la manne « cette nourriture de misère ! » Ne cultivant que des pensées de mort, ils trouvent la mort avec des serpents : Dieu leur a retiré sa protection contre ces reptiles, appelés brûlants à cause de la sensation que provoquent leur morsure et leur venin.
N’est-ce pas aussi l’impression que nous éprouvons sous la morsure de nos angoisses et de nos rancunes qui emplissent notre coeur d’un feu brûlant ? N’est-ce pas aussi le symbole de notre situation spirituelle, lorsque nous devenons la proie du désespoir devant les difficultés d’une vie qui ne reconnaît pas les interventions de Dieu ?
Dans sa détresse, le peuple se repent et crie à Dieu. Une fois encore, Dieu intervient pour sauver, ni par un baume, ni par une formule magique, mais par un objet symbolique en métal, qui fait appel à la foi : « Quiconque aura été mordu et regardera le serpent de métal fixé sur sa perche, aura la vie sauve. »
Que voyait la victime d’un serpent, en regardant ce serpent de métal, inerte sur son bâton ?(Rubens et Van Dyck: Le serpent d’airain)
Physiquement, elle voyait l’image de son bourreau mort, la cause de son mal identifiée et anéantie.
Symboliquement, le serpent représentant depuis la chute (Genèse 3) la puissance du mal sur l’homme, celui qui était atteint par lui voyait que Dieu l’anéantissait, puisqu’il ordonnait de le représenter mort sur un bâton. Le mal étant vaincu, le malade pouvait guérir.
Pourtant cette image en elle-même n’avait aucun pouvoir, comme le crurent les Israélites par la suite ; ils en firent une idole que, plusieurs siècles après, le roi Ezéchias dut détruire (2 Rois 18.4-5). Il fallait la regarder avec les yeux de la foi et croire en la guérison que Dieu avait promise, pour que le symbole représenté par ce serpent de métal devienne efficace.
Prophétiquement, comme Jésus l’a expliqué lui-même (Jean 3.14), le serpent de métal annonçait la mort de notre nature d’homme pécheur portée par Jésus, « fait péché pour nous » sur la croix (Romains 8.3 et 2 Cor 5.21 ou Gal 3.13). Notre péché étant mort sur la croix, nous pouvons vivre d’une vie nouvelle, guérie, dans la foi en notre Sauveur.
Ainsi les deux récits des eaux de Mériba et du serpent d’airain, ont-ils en commun un appel de Dieu à Le regarder (= lui faire confiance) en toutes circonstances, pour notre vie matérielle, physique et spirituelle, au lieu de nous tourner vers des hommes, ou des manifestations de puissances magiques, pour obtenir du secours. Ils sont une illustration du Ps 121.1-2 : face aux angoisses et souffrances de ce monde de péché, seul Dieu apporte du secours à celui qui s’attend à lui avec foi.
Illustration :
De l’image en noir et blanc de taches confuses ressort bientôt, au regard attentif, un visage du Christ contrasté : au centre, vers le haut, l’arête du nez sépare, à gauche de l’image, le côté du visage en noir avec une pommette blanche et un point blanc dans l’oeil, et à droite de l’image, le côté du visage en blanc avec un oeil noir. La bouche (ou le menton) se détache en blanc sur le noir de la barbe, des moustaches et des cheveux qui tombent sur les épaules.
Cette illustration peut faire comprendre le regard de la foi, qui voit le Seigneur à travers les difficultés de la vie, ou le mécanisme du symbole qui, derrière la perception immédiate d’un objet (ici un tableau en noir et blanc de taches confuses) cache un sens spirituel (ici le portrait du Christ), qu’il faut découvrir pour que le symbole prenne sens, comme pour le serpent d’airain.
5- 21.10 -20 : Etapes des Israélites dans le voyage vers Canaan
Les diverses étapes mentionnées ici veulent préciser que le peuple a bien respecté l’interdiction de pénétrer le territoire d’Edom, puis de Moab (Juges 11.17-18), à cause des liens de parenté qui les liaient : Edom descendait d’Esaü, Moab et Ammon descendaient de Lot. Les Ammonites autrefois installés au nord de Moab et de la rivière Arnon, avaient été chassés de leur territoire par les Cananéens Amoréens, au moment de l’arrivée des Hébreux (v 26).
Depuis Kadès, les Hébreux durent donc descendre vers le sud en longeant la frontière ouest d’Edom, puis par l’est et le nord remonter toujours dans le désert, vers l’orient de la mer Morte et de Moab. La sortie de la route désertique et l’entrée dans une vie plus normale, est marquée par la convocation de l’Éternel autour d’un puits creusé par les hommes (v 16-18). Avec ce cantique de reconnaissance pour le travail humain qui leur permet de trouver de l’eau dans un puits artésien, le peuple inaugure une nouvelle vie. C’est le premier cantique de la seconde génération, depuis le chant de reconnaissance à l’Éternel de la première génération, après le passage de la Mer Rouge (Ex 15). Dans le cantique du livre des Nombres, nulle mention de l’Éternel ! Le peuple est conduit par Dieu vers ce puits, mais ne le reconnaît pas ! Combien de fois aussi, ignorons-nous la main de Dieu derrière les circonstances favorables qui émaillent notre vie, en nous arrêtant au visible ?
6- v 21-35 : Conquête des deux royaumes amoréens
Les Amoréens s’étaient installés au nord de Moab, de l’Arnon au sud, au Yabbok au nord, du nord-est de la mer Morte à l’ouest jusqu’au territoire des Ammonites à l’est (v 24). Sihon, le roi cananéen, ayant refusé le passage aux Hébreux, Israël conquit par la force son territoire. Ses poètes chantèrent cette victoire, en tournant en dérision le dieu moabite Kémosch, qui aurait livré ses fils d’abord aux Amoréens, puis aux Hébreux (v 29-30). Son territoire, à l’embouchure du Jourdain, garda le nom de plaines de Moab, où les Hébreux établirent leur dernier campement (Nb 22.1)
Une expédition plus au nord, permet aux Hébreux d’éliminer un ennemi dont les attaques auraient pu leur causer du tort avant leur entrée en Canaan (Dt 2.30-3). Le géant Og, roi de Basan, est resté célèbre par son lit de fer de 4,50 mètres de long et 2 m de large (Dt 3.11) ! Signe que les Cananéens possédaient l’art de traiter le fer, qu’ignorèrent encore longtemps les Israélites. Son territoire entre le Yabbok et la montagne de Hermon au nord, fut attribué, au partage de Canaan, à la demi-tribu de Manassé (Dt 3.13).
La victoire sur ces deux royaumes cananéens marqua profondément le peuple qui la rappela très souvent dans sa tradition (9 fois, du Deutéronome, à Néhémie 9.22, en passant par les Psaumes 135 et 136). Elle rappelait que l’Éternel leur livra ces rois pour protéger le peuple de l’idolâtrie qui régnait dans leur territoire (Ex 23.23-24 ; Dt 12.29-31). C’était en effet le moment prophétisé à Abraham (Gen 15.16) où la déchéance morale des Amoréens avait atteint son comble et devait disparaître, pour permettre au peuple de Dieu de lui rester fidèle, une fois entré en Canaan.
Cet épisode prophétisait l’élimination définitive de Satan et de ses suppôts, avant l’établissement des élus dans la nouvelle Jérusalem (Ap 20.10 et 21.8).
Questions pour une application dans la vie chrétienne
1- Comment ma vie et mes paroles sanctifient-elles l’Éternel ? Comment révèlent-elles l’amour et le pardon de Dieu, au lieu du jugement des autres et de la prétention humaine ? Vers qui est-ce que je cherche à faire tourner les regards, vers ma personne ou vers celle du Seigneur ?
2- Comment réagissons-nous à la critique ou à l’opposition de nos frères de l’église, ou des autres chrétiens ?
3- Ma confiance en Dieu me permet-elle d’envisager avec sérénité ma disparition, et de donner à mon entourage l’assurance de la présence et de la grâce de Dieu jusqu’à la fin du monde ? (Mt 28.20) ?
4- Dans les difficultés et les souffrances, comment ma foi en Dieu se manifeste-t-elle ? Comment puis-je surmonter le désespoir et l’angoisse de la mort ?
5- Comment accueillons-nous les événements heureux de notre vie ? Comment en faire des occasions de témoigner de l’amour de Dieu pour ses enfants ?
6- Ai-je laissé l’Esprit Saint détruire en moi tout ce qui m’empêche de communier pleinement avec Dieu ? Comment rester attaché à Dieu seul, dans ma marche vers son Royaume éternel ?
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13.11.2009
Etude 8 Nb 9 et 18-19 Prêtres et Lévites (21 11 09)
Etude n°8 : Nb 18-19 Prêtres et Lévites (21 11 09)
Nb 18.20 : « L’Éternel dit à Aaron : « Tu n’auras pas d’héritage dans leur pays, et il n’y aura pas de part pour toi au milieu d’eux ; c’est moi qui suis ta part et ton héritage au milieu des Israélites. »
Observons
Ces deux chapitres sans rapport entre eux présentent des instructions de Dieu sur le sacerdoce, et sur la purification de la souillure de la mort.
Ch 18
1-7 : Responsabilités des sacrificateurs et des Lévites
8-19 : Revenus des sacrificateurs
20 : Héritage des sacrificateurs
21-24 : Revenus des Lévites
25-32 : Dîme des dîmes des Lévites
Ch 19
1-10 : Préparation de l’eau de purification avec les cendres de la vache rousse
11-13 : durée du temps de purification
14-16 : Loi sur l’impureté au contact avec un mort
17-22 : Rites de purification
Comprenons
Ch 18 Sacrificateurs et Lévites
Les sacerdoces d’Aaron et des Lévites ont été confirmés par Dieu grâce à la floraison du bâton d’Aaron. Maintenant Dieu précise leurs responsabilités respectives et leurs revenus.
V 1 : Responsabilités des sacrificateurs et des Lévites : Les atteintes à l’ordre établi par Dieu dans le sanctuaire et les fautes personnelles des prêtres seront de leur responsabilité. Leur service concerne les sacrifices et tout ce que contient l’intérieur du tabernacle, lieu-saint et lieu-très saint (v 7). Pour ce qui est sur le parvis, devant le sanctuaire, ils seront aidés des Lévites leurs serviteurs (v 2-4), qui ne peuvent pas pénétrer dans la Tente ni toucher aux meubles sacrés (v 3, 6). Prêtres et Lévites seuls pourront approcher Dieu sans mourir (v 5, 22).
Le don du sacerdoce accordé par Dieu à la famille d’Aaron est une grâce à laquelle personne n’a le droit de prétendre (v 7). Dieu établit une véritable hiérarchie sacerdotale qui crée une nation théocratique : le peuple est dirigé par les représentants de Dieu qui lui transmettent sa volonté. Israël, à la fin du ministère du prophète et juge Samuel, refusera cette théocratie, et réclamera un roi pour ressembler aux autres nations. Le système théocratique devait les former à accepter la seigneurie de Dieu dans tous les domaines de leur vie personnelle, sociale et religieuse. Les religieux de tous les temps ont malheureusement compris ce don du sacerdoce comme un droit divin d’exercer un pouvoir sur les fidèles, pour les maintenir sous leur emprise spirituelle, morale et politique. Jésus saura dénoncer cette ambition chez les Pharisiens et le sanhédrin de son époque, se déclarant le seul vrai représentant de Dieu, le seul vrai seigneur des consciences (Mat 5.17-48 ; 11.25-27 ; 22.2-36)
V 8-19 : Revenus des sacrificateurs
Les sacrificateurs prélèvent des revenus en nature sur les sacrifices et les offrandes des fidèles. Dieu insiste sur la sainteté de ces revenus qui obéissent aussi à une sorte de hiérarchie entre eux !
a) Les victimes et les offrandes, choses très saintes, sont réservées, en dehors de ce qui doit être brûlé, à la nourriture des prêtres dans l’enceinte du Tabernacle (v 9-10, 17).
b) Les prélèvements sur les sacrifices d’action de grâces sont saints et sont pour la famille des prêtres, en état de pureté (v 11).
c) Les prémices de toutes les productions de la terre reviennent aussi aux membres de la famille sacerdotale, en état de pureté (v 13).
d) Ce qui est dévoué par interdit appartient à l’Éternel, ne peut être ni racheté ni vendu, et revient à l’usage des sacrificateurs.
e) Les sommes payées pour le rachat des premiers-nés humains ou d’animaux impurs (= qui ne pouvaient pas être sacrifiés à Dieu) reviennent aux sacrificateurs.
f) Le sixième revenu des sacrificateurs constitué par les dîmes des Lévites n’est mentionné qu’un peu plus loin (v 26).
Tous ces prélèvements sur les sacrifices et les offrandes du peuple sont accordés aux sacrificateurs en signe « d’alliance de sel », c’est-à-dire alliance perpétuelle : comme le sel préserve de la corruption (Lév 2.13), ces revenus en nature ou argent préserveront la vie matérielle des sacrificateurs. De même, l’alliance avec Dieu préserve la vie éternelle des croyants.
V 20 : L’héritage des sacrificateurs et des Lévites
Ce verset sert de transition avec ce qui concerne les lévites, car prêtres de la famille d’Aaron et Lévites n’auront aucun territoire dans le partage de Canaan. Ils dépendront de la fidélité du peuple. C’est un appel à l’abandon de toute possession terrestre, de toute cupidité, un appel à la confiance en Dieu et à la consécration de toute leur vie au service de Dieu dans le sanctuaire.
V 21-32 : Revenus des Lévites et dîme des dîmes
Les dîmes des fidèles reviendront aux Lévites en échange de leur service dans le sanctuaire(v 31). Ils rendront eux-mêmes une dîme sur ces dîmes aux sacrificateurs (v 26-28). Ils pourront disposer de ces dîmes pour leur vie et celle de leurs familles, sans sacrilège en quelque lieu que ce soit.
Ce chapitre constitue l’ordonnance fondamentale relative à l’entretien du sacerdoce en Israël. A la différence des Egyptiens dont le clergé possédait le tiers des terres du pays (Gen 47.22, 26b), et jouissait de l’exemption d’impôts, le clergé israélite ne posséda que certaines demeures et certains pâturages en banlieue des villes, nécessaires pour leur habitat et pour leurs troupeaux (Nb 35.1-8). Cette position de dépendance économique de la fidélité des croyants enseignait au clergé sa dépendance spirituelle de Dieu, et devait le préserver de la cupidité et de l’égoïsme naturels au cœur de l’homme.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- En tant que serviteurs de Dieu dans son sanctuaire spirituel qu’est l’Eglise (1Pi 2.5 ; Ap 1.6 ; 1Co 3.16 ; Ep 2.21-22), nous sentons-nous investis par Dieu de la responsabilité collective et individuelle de sa bonne marche vers le Royaume ? En quoi consiste notre « garde » du sanctuaire ?(18 ;5)
- De quoi nourrissons-nous notre vie spirituelle et aidons-nous nos responsables à nourrir la leur ?
- Notre héritage spirituel de la vie éternelle nous permet-il de considérer avec détachement nos biens terrestres ? Comment chasser de nos cœurs la cupidité ou le goût de la possession ?
- Pourquoi et à qui rendons-nous notre dîme ? Quelle est notre fidélité dans ce domaine ?
Ch 19 : La vache rousse et la purification de la souillure du contact avec un mort. 
La loi sur la purification de la souillure due au contact avec un mort n’a pas de lien avec ce qui précède. Elle est placée ici, pendant le voyage au désert, à cause du problème, aigu dans le campement, posé par l’abondance des morts pendant 40 ans. On a calculé qu’il devait y avoir 40 décès d’adultes mâles par jour ! Toute la première génération des adultes périt au désert, sauf Caleb, Josué, et Moïse ! (voir le cantique de Moïse à ce sujet Ps 90). En considérant le contact avec un mort comme impur, Israël se distinguait là encore des Egyptiens qui n’avaient aucune conscience d’une souillure, et cherchaient par l’embaumement des morts à les conserver parmi eux. L’idée de souillure, attachée à la mort, rompt avec la vénération des Egyptiens pour tout ce qui concerne leurs morts. Le peuple sorti d’Egypte doit comprendre que la mort est le salaire du péché (Rm 6.23). Au-delà d’une simple règle d’hygiène élémentaire, cette loi enseigne déjà le plan de Dieu pour le salut de l’homme.
La souillure dont le peuple doit être purifié, est aussi bien physique (l’hygiène et la médecine moderne l’ont prouvée), que morale (l’attachement aux morts, à leur mode de pensée, à leurs traditions, ou la consultation spirite des morts, freinent la croissance de la vie et corrompent la perception du présent), et spirituelle (l’attachement au péché, aux habitudes contraires à la volonté de Dieu, conduit à la séparation d’avec Dieu, à la mort spirituelle.
Tous ces rites de purification ont pour but de faire prendre conscience au peuple de la gravité du péché et de la nécessité d’une purification pour vivre en présence de Dieu.
Les rites de la préparation de l’eau de purification sont chargés de symboles messianiques. Ordinairement, un jeune taureau était sacrifié pour le pardon des péchés du peuple (Lév 4 ;14), avec imposition des mains. Il symbolisait le Christ mort sur la croix pour libérer les hommes de leur péché qu’il avait endossé. Ici, Christ est représenté par une vache rousse symbolisant la vie (fécondité de l’animal et couleur du sang = force et vie) par opposition à la mort dont il faut ôter la souillure. « N’ayant pas porté de joug », la vache rousse n’avait pas participé au travail de l’homme pécheur, n’avait pas été souillée par son péché, et était pure comme le fut Christ. Mais la destination des cendres de cet animal (laver la souillure de la mort), le mettait en relation étroite avec la mort, et lui faisait endosser la souillure de la mort qu’il ôtait à l’homme. Serait-ce une préfiguration de l’œuvre de Christ devenant péché pour nous libérer (2 Co 5.21) ? C’est pourquoi tous ceux qui avaient participé à la confection de l’eau de purification ou qui l’utilisaient pour autrui étaient rendus impurs (v 7,10,21-22) ! Pour la même raison la vache rousse devait être égorgée, non sur l’autel des sacrifices, mais hors du camp, comme Jésus fut crucifié hors des murs de Jérusalem.
Le sang de la vache exceptionnellement non versé à terre, mais brûlé avec les restes de l’animal, comme en holocauste, devait transmettre à la cendre sa force de vie et de purification ; il était mêlé aux cendres des substances purificatrices du cèdre, bois très sain et durable, de l’hysope, et du ruban cramoisi qui les liait, substances employées déjà pour purifier un lépreux (Lév 14.6-7).
Enfin la souillure du contact avec un mort est si grande qu’une ablution d’eau pure et vive ne suffit pas à la laver, il faut mêler la cendre de la vache rousse à l’eau vive (symbole aussi de la vie et de l’Esprit Saint), pour la rendre efficace. Ainsi pour être libéré de la souillure du péché, les ablutions d’eau, ou le baptême de Jean ne suffisent pas (1 Pi 3.21), il faut passer par le baptême de Jésus, symbole de sa mort et de sa résurrection. La purification par l’eau des cendres de la vache rousse annonçait les paroles des apôtres : « Le sang de Jésus nous purifie de tout péché » (1 Jn 1.7 et Hé 9.22). La vie de Jésus en nous par l’Esprit purifie nos cœurs et nous consacre à son service.
Le rite de purification par la vache rousse préfigurait le moyen que Dieu proposait à l’homme pour être délivré de la mort spirituelle. Si le pécheur accepte Jésus-Christ, qui a donné son sang pour que l’homme puisse vivre dans sa présence, il est purifié du péché, et peut grandir dans la sanctification jusqu’au jour où Christ, à son retour, le délivrera définitivement de la corruption du péché (1 Co 15.51-54).
Les sept jours nécessaires à la purification de la souillure de la mort marquent l’importance de cette souillure qui réclame la plénitude (symbole du chiffre 7), de l’action purificatrice de l’eau de cendres. De même spirituellement il nous faut la plénitude de l’œuvre de Christ sur la croix pour nous purifier et nous libérer du péché.
Enfin, ce chapitre sur la vache rousse peut nous aider à comprendre le sens symbolique des images apocalyptiques d’Ezéchiel (1) et de Jean (Ap 4.7 et 6.4). Les deux prophètes voient les êtres vivants qui entourent le trône de Dieu : chez Ezéchiel, les quatre animaux ont quatre têtes chacun, dont une est celle d’un bovidé ; chez Jean, un seul des quatre êtres vivants porte une tête de bovidé, animal des sacrifices pour le péché et la purification. Il est mentionné en seconde place après le lion (Ap 4.7), et c’est sa voix qui appelle le cheval rouge feu à l’ouverture du second sceau (Ap 6.4). Trône, êtres vivants, cheval, sont dans la Bible associés toujours à un jugement de Dieu sur les hommes. Après s’être fait connaître comme Roi digne de juger (symbole du trône et de la tête royale du Lion
vainqueur, Ap 5.5), Dieu met en œuvre dans son jugement, sa miséricorde, son pardon acquis par le sacrifice de Christ, représenté par le bovidé et la couleur du cheval. Ce sacrifice, révélé par l'épée de la Parole (Héb 4.12) a pour conséquence de séparer l’humanité en deux camps opposés (Ap 6.4) : ceux qui l’acceptent et sont purifiés (Nb 19. 9a), et ceux qui le refusent et sont retranchés d’Israël (Nb 19.12b-13).
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comment rendre sensible à chacun de nos contemporains la gravité de l’état de péché naturel chez l’homme (= séparation d’avec Dieu) et l’abondance de la grâce divine qui nous en purifie (Rm 5.20)
- Comment ma vie prouve-t-elle que Christ la purifie ? Qu’est-ce qui y a été
changé depuis mon baptême ?
- Comment laisser l’eau vive de l’Esprit poursuivre cette purification en moi ?
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06.11.2009
Etude 7 Nb 16-17 : Lutte de pouvoir (14 11 09)
Etude n°7 : Nb 16-17 : Lutte de pouvoir (14 11 09)
Proverbes 16.18 : « L’orgueil précède le désastre et un esprit arrogant précède la chute. »
Observons
Nous avons là un récit de la double révolte contre Moïse et Aaron et de ses conséquences.
16.1-3 : révolte de Koré contre le sacerdoce d’Aaron
4-7 : Moïse face au parti de Koré
8-11 : Moïse face aux lévites jaloux du sacerdoce
12-15 : Moïse face à Datan et Abiram, révoltés contre son autorité
16-24 : Préparatifs du jugement de Koré et intercession de Moïse et Aaron
25-35 : Jugement de Dieu sur les révoltés, confirmation de l’autorité de Moïse
17.1-5 : emploi des encensoirs fondus comme « signes commémoratifs »
6-15 : Murmures du peuple et intercession d’Aaron
16-28 : Confirmation du sacerdoce d’Aaron
Comprenons
Comme nous l’avons vu la semaine dernière, le récit de cette double révolte contre les chefs politiques et religieux, est parallèle au récit du refus du peuple d’entrer dans la Terre Promise. Il montre que l’esprit de révolte de la première génération n’a pas disparu dans le camp, avec la condamnation à mourir dans le désert (14.35). Il s’est propagé dans la seconde génération née pendant la longue marche de 37 ans au désert. On ne sait à quel moment situer cette révolte entre les deux séjours du peuple à Kadès.
Moïse cherche d’abord à séparer les deux causes : Koré et sa troupe de 250 partisans contestaient le pouvoir religieux d’Aaron, Datan et Abiram se révoltaient contre le pouvoir politique de Moïse.
La révolte de Koré prend prétexte de la consécration à Dieu du peuple entier (Ex 19.5-6), pour réclamer l’égalité de tous, et s’élever contre la position supérieure des sacrificateurs. Koré étant Lévite, refuse le rôle de serviteur du sacrificateur, et par orgueil et jalousie réclame une position supérieure. La question touchant au service du sanctuaire, doit donc se régler devant le Tabernacle, au moyen d’un test concernant un objet rituel du culte dans le Lieu-Saint. L’encensoir servait au sacrificateur à offrir sur l’autel d’or des encens dont la fumée faisait écran entre la sainteté de Dieu et la nature pécheresse du prêtre. Moïse s’en remet donc à Dieu pour désigner précisément qui parmi les chefs de tribus il a choisi pour être investi de cette tâche de la sacrificature.
Koré, pour se donner plus de force s’était associé non seulement à des Lévites jaloux des prérogatives d’Aaron, mais aussi à des Israélites qui protestaient contre le droit exclusif des Lévites de s’approcher du Tabernacle (v 9). Par la revendication d’un sacerdoce universel (v 3), ils voulaient détruire la suprématie de Moïse et Aaron, et révélaient leur orgueil et leur ambition.
Moïse les perce à jour (16.10), révèle qu’à travers eux, c’est l’Éternel qu’ils attaquent (v 11), et les convoque devant le jugement de Dieu. Koré ose continuer dans sa révolte même face au Tabernacle (v 19), où il a pris la liberté d’assembler tout le peuple, usurpant le droit de convocation de Moïse.
Pour montrer la gravité de cette provocation, Dieu intervient devant toute l’assemblée. L’auteur du livre lui prête, de façon anthropomorphique, l’intention de détruire tout le peuple à l’exception des deux chefs, pour faire comprendre au peuple qu’on ne s’élève pas contre Dieu impunément, sans provoquer des effets irrémédiables sur sa vie. Ainsi tout pécheur doit savoir que « le salaire du péché, c’est la mort » (Rm 6.23), non par la volonté de Dieu, mais naturellement, puisque le péché coupe du Dieu de la Vie.
L’intercession de Moïse et d’Aaron fait appel à la justice divine qui ne peut faire porter le poids d’une faute que sur le responsable de cette faute (v 22). Comme les fils d’Aaron, qui avaient porté du feu profane dans le Lieu-Saint et sont morts par le feu (Lév 10), ceux qui ont péché en prétendant indûment avoir le droit d’offrir l’encens comme sacrificateurs, périssent par le feu (v 35). Cette règle de cause à effet semblable sera confirmée par Jésus et les apôtres (Mt 26.52 ; 2 CO 9.6 ; Gal 6.7-8).
Tous les fils de Koré ne semblent pas s’être joints à sa révolte, et furent épargnés (Nb 26.11), car on retrouve de leurs descendants plus tard dans les Chroniques et les Psaumes (1 Chr 9.19 ; Ps 42 à 49).
Les encensoirs, devenus sacrés par leur purification par le feu de Dieu, fondus et travaillés en lamelles (17.3) servent de revêtement au bronze de l’autel des sacrifices (Ex 27.2 ; 38.2), afin de rappeler au peuple que la révolte contre Dieu a des effets mortels et qu’elle ne peut être pardonnée que par la foi au sacrifice de Christ, préfiguré par les sacrifices du Tabernacle.
Le cas de Dotan et Abiram est traité différemment parce qu’il reste politique, et familial. Ces deux hommes et leurs familles solidaires contestent l’autorité politique de Moïse, en ne se rendant pas à la convocation de Moïse (16.12-13). De plus ils attribuent à l’Egypte les qualités et les bénédictions réservées à Canaan. Ils méprisent ainsi le pays promis vers lequel Moïse les conduit, et embellissent leur situation passée d’esclaves, dont Moïse les a sortis. Ils représentent tous ceux qui spirituellement font la même démarche de se détourner de leur Sauveur et Seigneur, par nostalgie des avantages de leur vie passée, oubliant l’esclavage de leurs passions et de leur péché.
Malgré sa profonde irritation (v 15), Moïse tente une dernière démarche vers eux (v 25), qui se solde par un échec et par la dernière provocation des familles des révoltés (v 27). Leur fin brutale par un tremblement de terre (eux-mêmes avaient voulu provoquer une révolution, un tremblement de terre, dans l’organisation du peuple !), qui les sélectionne au milieu du camp, devait servir au peuple de confirmation de l’autorité de chef et de prophète de Moïse (v 28).
Les murmures du peuple contre Moïse et Aaron
Terrorisé par cet événement naturel et surnaturel, à la mesure de la gravité de la faute des rebelles, le peuple poursuit dans ses murmures, et va dès le lendemain accuser les deux chefs d’avoir provoqué ces morts violentes. Il oublie qu’ils avaient intercédé en sa faveur (v 22). Il est tellement facile dans le malheur de s’aveugler et de rendre les autres, ou Dieu, responsables de ce qui arrive !
L’Éternel se manifeste pour justifier les deux chefs (17.9-10) et une nouvelle fois ceux-ci intercèdent pour leur peuple au lieu de se séparer de lui (v 45).
Aaron et l’encensoir :
Comme sacrificateur, seul Aaron pouvait utiliser un encensoir et être médiateur entre le peuple et la sainteté de Dieu. Il déroge ici à deux rites ordinaires : d’abord, il sort l’encensoir du Lieu-Saint et de l’autel d’or, pour s’élancer au milieu du peuple atteint par une épidémie mortelle, contagion physique et morale provoquée par l’esprit de rébellion et d’accusation. Aaron utilise ensuite le parfum de l’encens pour « faire l’expiation », alors qu’ordinairement il n’avait pas cette vertu, il servait de simple écran, d’intercession entre l’homme et Dieu. Dans ce cas, le peuple doit voir et se rendre compte que le pécheur, pour approcher Dieu et vivre, doit passer par l’intercession du sacrificateur, représentée par le parfum de l’encensoir. Cette démarche symbolisait prophétiquement l’œuvre de Christ, seul médiateur par qui Dieu offre son pardon.
Passant au milieu du camp, Aaron sépare ceux qui acceptent sa médiation, se repentent, reçoivent le pardon et vivent, de ceux qui restent dans leur révolte et meurent. Aaron se fait l’agent du tri dans le peuple entre les croyants sincères et les rebelles.
Ce texte de l’Ancien Testament (qu’on peut rapprocher de celui d’Ezéchiel 9-10) est une véritable préfiguration de l’œuvre de Christ décrite par Jean dans Apocalypse 8.3-5, seul autre texte où l’encensoir de l’autel d’or sort du temple pour répandre parfums et feu dans le peuple : sous la forme de l’ange à l’encensoir d’or, Christ offre le parfum de son intercession en faveur des « saints » et leur envoie son Esprit pour les purifier et les fortifier (feu des charbons ardents), pendant que sur terre les derniers avertissements divins des sept trompettes appellent les hommes à se repentir. Ceux qui acceptent le pardon offert par Christ et reçoivent le sceau de l’Esprit, peuvent subsister (Ap 6.12-7.3) jusqu’au retour de leur Seigneur et Sauveur.
Après cette œuvre d’intercession, de pardon et de salut, Aaron reçoit la confirmation divine de son sacerdoce, par un miracle, vraie prophétie de la résurrection de Christ. Parmi les 12 bâtons représentant les tribus d’Israël, seul celui portant le nom d’Aaron est vivifié par la sève de l’Esprit qui lui fait produire simultanément bourgeons, fleurs et fruits (Ap 22.2). La prérogative des Lévites de s’occuper du sanctuaire est étroitement liée au sacerdoce du sacrificateur. On ne peut les dissocier l’une de l’autre sans leur nuire, mais les rôles restent différenciés. De même, dans l’Eglise, sanctuaire spirituel de Dieu sur terre, nous sommes tous des Lévites, serviteurs du Grand Sacrificateur qu’est le Christ (Hé 7.24-26), auquel nous sommes attachés, sans pouvoir prétendre à nous substituer à Lui ! Parmi tous les hommes de la terre, Dieu s’est choisi un peuple rempli de son Esprit, pour apporter la Bonne Nouvelle de la Vie fructueuse et éternelle (bourgeons, fleurs et fruits), que Dieu veut accorder à tous ceux qui acceptent son alliance et son pardon.
Tel peut être le sens du « signe » du bâton fleuri d’Aaron, placé devant l’arche contenant la Loi, symbole de la justice de Dieu. Mis ensuite à l’intérieur de l’arche, avec le vase de manne (Hé 9.4), le bâton fleuri d’Aaron devait rappeler à tous que la présence vivifiante de Dieu était empreinte de justice et d’amour.
Malheureusement, le peuple ne voit pas dans ce prodige un symbole de l’amour et de la présence bienveillante de Dieu. Aveuglé par son péché et scandalisé par la mort subite de Koré et ses partisans, il se laisse envahir par la peur, et ne retient que la menace de mort pour ceux qui s’approchent du Tabernacle indignement (v 27-28).
N’avons-nous pas parfois la même attitude face à la Sainte-Cène et les avertissements de Paul (1 Co 11.27), ne saisissant pas que l’indignité morale que nous avons tous est pardonnée à celui qui s’approche dans la repentance, et que l’indignité, fustigée par Paul chez les Corinthiens, est spirituelle et concerne le rejet ou le mépris de l’œuvre salvatrice de Christ sur la croix ?
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Dans quel état d’esprit recevons-nous l’autorité de nos responsables d’église (pasteurs, anciens, diacres, enseignants) ? D’où naît dans nos cœurs la contestation de toute autorité, trop souvent fréquente aujourd’hui ?
- Qu’est-ce que l’exemple de Moïse et Aaron peut nous apprendre sur l’attitude à avoir face à la critique et à la contestation ?
- Dieu a pris soin de rappeler continuellement, par des signes concrets placés dans son sanctuaire terrestre et matériel, le pardon accordé aux pécheurs repentants. Comment concrètement aujourd’hui le rappelle-t-il dans son sanctuaire terrestre et spirituel qu’est l’Eglise ?
- Comment laissons-nous la sève de l’Esprit nous transformer, au point de produire les fruits de la Vie avec Dieu (Gal 5.22) ?
- La présence de Dieu nous remplit-elle de peur ou de paix et de joie ? Pourquoi ?
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30.10.2009
Etude 6 Nb15 Préparer l'avenir (07 11 09)
Etude n°6 : Nombres 15 : Préparer l’avenir(07 11 09)
Ezéchiel 20.19-20 « Je suis l’Éternel, votre Dieu ! Suivez mes prescriptions, observez mes ordonnances et mettez-les en pratique. Sanctifiez mes sabbats, et ils seront entre vous et moi un signe auquel on reconnaîtra que je suis l’Éternel, votre Dieu ?
Observons
Le texte est composé d’une suite de prescriptions sans liens apparents entre elles, mais il est construit en parallèles concentriques.
a) 1-16 : Prescriptions sur l’offrande et la libation
b) 17-21 : Cas spécial dans la loi des prémices : l’offrande d’un gâteau.
c) 22-31 Expiation d’un péché involontaire, communautaire et individuel
b’) 32-36 : exemple d’un péché impardonnable
a’) 37-40 : Prescriptions sur les signes vestimentaires
Au centre, on trouve une loi sur l’effacement, ou le pardon, d’un péché involontaire.
Comprenons
Ce passage concernant cinq prescriptions à appliquer après l’arrivée en Canaan, est placé entre les récits de deux révoltes du peuple dans le désert. Il semble avoir été situé ici, sans souci de chronologie, pour rappeler que l’alliance avec Dieu subsiste malgré les révoltes humaines. C’était un appel à l’espoir, qui pouvait soutenir la longue marche pendant les 37 ans de désert, entre les deux séjours à Kadès : le peuple était invité à tourner les regards vers la fin de son voyage, en faisant confiance à Celui qui voyait son avenir et son installation en Terre Promise.
a) 1-16 : L’offrande de farine et la libation de vin devaient accompagner les holocaustes de consécration à Dieu, les sacrifices d’actions de grâces et de fêtes. De caractère végétal, ces deux offrandes sont présentées à
l’Éternel, sans valeur expiatoire, en signe de reconnaissance pour les bénédictions divines dans la subsistance quotidienne de la famille. Les mesures indiquées sont proportionnelles à l’importance de chaque victime animale.
La répétition de l’expression anthropomorphique « une agréable odeur à l’Éternel », indique au sens propre que ces offrandes étaient consumées et produisaient une fumée odorante. Dans une conception païenne, cette odeur « agréable au dieu » devait l’apaiser et le rendre favorable à l’offrant. C’est malheureusement cette interprétation qui l’emporta très vite dans le peuple !
En quoi Dieu peut-il prendre plaisir à ces offrandes ? Spirituellement, elles devaient enseigner au peuple quelque chose du plan du salut. Sous les symboles de fleur de farine et de vin répandu sous l’autel, était préfigurée l’œuvre du Christ pour le pécheur, au-dehors et sur la croix : nourriture spirituelle (pain), don de soi jusqu’à la mort (holocauste et libation), don de la vie (vin = sang). En manifestant sa reconnaissance pour les dons matériels, le fidèle était amené à manifester en même temps son acceptation du salut offert par le Seigneur. C’est cette acceptation qui « plaisait » à Dieu. Voir son enfant choisir la vie pleine avec Lui, le réjouit profondément, comme le Père de la parabole du Fils prodigue (Luc 15).
La recommandation d’appliquer cette loi aux autochtones (= les Hébreux) aussi bien qu’aux immigrés (= étrangers venant habiter dans le pays) indiquait que le salut était pour tous, Dieu ne faisant pas de « considération de personnes » (Dt 10.17-18 ; 2 Chr 19.7 ; Ac 10.34-35 ; Rm 2.11 ; Gal 2.6). Tous ont accès au salut et peuvent en rendre grâces à Dieu !
Les deux espèces, pain et vin, que l’on retrouve dans le repas de la Pâque, ont été reprises par Jésus dans son dernier repas, pour rappeler aux disciples le sens de la croix : il donnait son corps tout entier (pain) et sa vie (sang) pour sceller la nouvelle alliance de Dieu avec le croyant (Luc 22.20), dont il pardonnait le péché. La Cène constitue le mémorial de ce don jusqu’au retour en gloire du Seigneur (Luc 22.19c ; Mt 26.29).
Le fait que ces offrandes végétales ne soient pas les produits bruts de la plante (grain de blé ou de raisin, olive), mais le fruit d’un travail sur eux, peut en outre symboliser le travail de l’Esprit dans la personne du croyant. Celui-ci n’offre pas à Dieu seulement un cœur resté « naturel, charnel », mais un cœur que l’Esprit transforme et purifie. Compris ainsi, ce symbole donnerait un sens nouveau à la distinction que Dieu opère au jugement préliminaire parmi les fidèles : ceux qui ne sont croyants que de nom, et ceux qui se sont laissé transformer par l’Esprit (parabole des dix vierges Mt 25 1-13 ; parabole des talents Mt 25. 21-23 ; le troisième sceau d'Ap 6. 5-6 ).
b) 17-21 : le gâteau dans l’offrande des prémices n’était pas brûlé, et constituait pour les sacrificateurs un revenu important. On peut l’assimiler à la dîme des revenus, comme signe de reconnaissance pour ls bénédictions divines, signe de solidarité avec ceux qui ont la charge d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut, et signe de consécration à Dieu (comme les premiers-nés) de sa personne dès le début de sa vie avec Lui.
c) 22-31 : Loi sur l’expiation d’un péché involontaire. La place centrale dans le texte de cette loi lui confère une importance particulière. Ce n’est pas Moïse, mentionné à la troisième personne, qui parle, ni l’Éternel qui l’introduit comme au verset 37. Cette loi a déjà été édictée en Lév 4.13-14 avec une variante : le seul taureau de Lévitique, est remplacé ici par un bouc pour le péché et un taureau en holocauste avec libation et offrande. Les deux actes de libation diffèrent légèrement à cause de la différence des fautes envisagées. Dans le Lévitique, il s’agit d’une transgression involontaire de la loi, c’est une simple erreur. Dans le second cas, en Nombres, il s’agit de l’omission involontaire d’un acte exigé par la loi, on a oublié d’agir. A l’infraction on ajoute l’omission, c’est pourquoi on a deux victimes animales, le bouc sacrifié pour le pardon du péché, le taureau brûlé en holocauste pour la réparation de l’oubli.
L’expiation ou effacement du péché est la grande affaire du culte du sanctuaire, car c’est l’œuvre essentielle de Christ : elle a demandé son incarnation, sa mort et sa résurrection. C’est le point central du plan du salut de l’homme quel qu’il soit (v 29). Le pardon est acquis à tout croyant qui s’aperçoit et se repent de sa faute involontaire (v 26-28), mais il ne peut concerner celui qui sciemment et volontairement transgresse la volonté divine, sans regret ni retour à de meilleurs sentiments. Sa transgression manifeste marque son mépris de la volonté divine et sa rupture de l’alliance avec Dieu, qui aboutissent à la mort spirituelle symbolisée par l’exclusion du camp (30-31) et la lapidation (35-36).
b’) 32-36 : l’exemple concret de la transgression volontaire du sabbat, pris à la lettre, est particulièrement horrible et ressemble aux applications meurtrières modernes de la « charia » dans certains pays. Il est difficile de l’accepter comme venant d’un Dieu d’amour ! On peut pourtant y voir un moyen pédagogique extrêmement parlant pour un peuple qui connaissait très mal son Dieu, et qui devait apprendre à respecter sa volonté, s’il voulait vivre. Le jour du Sabbat avait été fixé par Dieu comme « signe » entre Lui et son peuple, pour manifester qui était son Dieu, l’Éternel, le Créateur et le Sauveur (Gn 2.3 ; Ex 20.11 ; Dt 5.15). Mépriser cette loi de vie donnée par Dieu pour le bonheur de l’homme, a comme conséquence la mort de la dimension spirituelle de l’humain, qui retourne ainsi à l’état « animal », mû par ses besoins et ses passions. Or ceux qui « vivent selon la chair ne peuvent plaire à Dieu et vont à la mort »(Rm 8.8,13).
Pour faire comprendre au peuple cette vérité spirituelle de la plus extrême importance, il fallut employer un exemple concret incontestable ! Pour nous faire comprendre la même vérité, il fallut l’exemple extrême de la mort de Christ, assumée pour nous délivrer de notre péché !
a’) 37-40 : La loi sur les signes vestimentaires : cordons, franges ou glands aux quatre coins du manteau, devaient être des signes mnémotechniques pour se souvenir des commandements de Dieu, et fixer l’attention sur eux afin de ne pas tomber dans la tentation d’idolâtrie (= prostitution spirituelle dans la Bible) ou dans l’aliénation à ses passions. Dieu prend soin de son peuple dans les plus petits détails, et lui donne les moyens de ne pas s’écarter de Lui, pour rester libre et vivant ! Nos avons ici la clé pour résister à la tentation : il faut focaliser son attention sur Dieu, sur sa volonté et ses promesses, au lieu de s’efforcer d’écarter la tentation par ses propres « forces ».
Questions pour une application dans la vie chrétienne
A- Par quoi puis-je manifester à Dieu ma reconnaissance pour son salut ?
- Comment laisser l’Esprit Saint transformer mon cœur pour être pour les autres une odeur de vie ( 2 Co 2.16) ?
- Que représentent pour moi les espèces de la sainte-cène ? Que m’apporte ma participation à ce repas rituel ?
B- Que représente la dîme dans ma relation avec Dieu ? Où en est ma fidélité à ce sujet ?
C- - Quelle place occupe la repentance dans ma vie de foi, et dans celle de mon église ? Comment la liturgie de nos cultes en tient-elle compte ? Comment rappeler à chaque culte cette démarche, sans tomber dans la culpabilisation permanente ?
- Quelle expérience de pardon ai-je vécue cette semaine ?
B’- Comment vivre le sabbat comme signe d’alliance avec Dieu créateur et sauveur ? Est-ce pour moi un jour d’interdits, ou un jour de vie pleine et de communion avec Dieu et avec les frères en la foi ?
A’- Comment mon mode de vie (vêtements, lectures, loisirs, travaux, paroles, relations) témoigne-t-il de mon appartenance à Dieu ?
- Quels moyens me permettent de me souvenir de Dieu et de vaincre la tentation ?
- Comment les Lois du Royaume (= Mt 5-7 : Les béatitudes, et tout le sermon sur la montagne) peuvent-elles nous aider à marcher avec confiance et espoir vers la Canaan céleste ?
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23.10.2009
Etude 5 Nb 11-14 Du murmure à l'apostasie (31 10 09)
Etude n°5 : Des lamentations à l’apostasie. Nombres 11-14 (31 10 09)
Phi 2.14-15 : «Faites tout sans murmures ni discussions, pour être irréprochables et purs, des enfants de Dieu sans reproche au milieu d’une génération corrompue et perverse, parmi laquelle vous brillez comme des flambeaux dans le monde, portant la parole de vie. »
Introduction
Le contexte
A partir du chapitre 10.11 et jusqu’au ch 22.1, le livre des Nombres relate le voyage depuis le Sinaï jusqu’au pays de Moab. Le début et la fin du voyage donnent lieu à de nombreux détails, tandis que pendant les 38 ans d’errance après la révolte de Kadès, peu de faits sont rapportés, car le peuple qui a conclu l’alliance avec Dieu au Sinaï disparaît peu à peu, et est remplacé par une seconde génération aussi peu réceptive aux appels de Dieu que la première.
Le départ a été donné et le peuple a marché trois jours sans établir de campement fixe. Déjà le mécontentement apparaît !
Le texte
Ces quatre chapitres sont construits en parallèles concentriques : les murmures du peuple (ch 11), puis sa révolte à Kadès (ch 13-14) encadrent les murmures de la famille de Moïse contre son autorité (ch 12).
Etude du chapitre 11
Observons
Structure
A- 1-10 : Plaintes diverses du peuple sur l’inconfort et la nourriture
B- 11-15 : Murmures et déprime de Moïse
C- 16-35 : Réponses de Dieu : établissement d’un conseil d’Anciens et envoi de cailles.
Comprenons
A- Maintenant que l’alliance a été conclue, Dieu ne laisse pas passer les murmures qui s’élèvent contre lui ou contre son prophète Moïse, comme il l’avait accepté avant l’alliance (Ex 15.24 ; 16.2 ; 17.2). Les circonstances semblent se répéter à quelques mois de distance, mais le peuple n’a pas encore compris que son alliance avec Dieu le rendait responsable de l’état d’esprit avec lequel il les aborde. Au lieu de se souvenir de la sollicitude divine, le peuple ne regarde qu’à son inconfort (trois jours de marche sans campement sûr !), ou à sa lassitude d’une nourriture peu variée ; il se laisse dominer par ses peurs, au lieu de faire confiance à son Sauveur.
Ne soyons pas étonnés ou choqués de lire que « la colère de Dieu s’enflamme contre les révoltés et leur envoie une plaie mortelle »(v 33). Dieu étant Unique, tout événement, bon ou mauvais, lui est attribué. La révélation de Dieu reste encore imparfaite et sommaire, le peuple le considère de façon très anthropomorphique (= à la ressemblance de l’homme), avec des réactions et des sentiments très humains. Ces expressions, loin de troubler notre image de la personnalité de Dieu, peuvent nous faire mesurer combien le manque de confiance en Lui et la révolte contre Lui le touchent et blessent son amour pour les hommes. Les plaies qui tombent sur le peuple sont considérées dans le texte comme des « punitions » de Dieu, selon une conception de la justice divine qui rétribue les actes humains par des récompenses ou des châtiments : c’est ainsi que fonctionnait la vie des Hébreux anciens esclaves, tout juste libérés ! Pourtant, plus tard les prophètes et les apôtres saisiront que ces « punitions » ne sont en fait que les conséquences naturelles des actes humains . Pour Osée (8.7) « puisqu’ils ont semé du vent, ils moissonneront la tempête ! », pour Job (4.8) « ceux qui labourent l’injustice, et qui sèment ce qui est pénible en moissonnent les fruits » ; pour Paul (Gal 6.7-8) « ce qu’un homme aura semé, il le moissonnera aussi. Celui qui sème pour sa chair, moissonnera de la chair la corruption, celui qui sème pour l’Esprit, moissonnera de l’Esprit, la vie éternelle. »
Le peuple, encore constitué d’un « ramassis » de gens hétéroclites (Hébreux, Egyptiens, esclaves et libres, ouvriers et intellectuels, croyants et incroyants, etc), a semé un esprit de mécontentement, de colère et de revendication, il moissonne un feu dévorant dont la foudre est le symbole visible. Il sème la convoitise et la gloutonnerie, il moissonne l’intoxication alimentaire mortelle, symbole de leur mort spirituelle, car ils se sont intérieurement révoltés contre Dieu.
Par ces expériences douloureuses que le Seigneur ne leur a pas épargnées par souci pédagogique, le peuple devait comprendre ce qu’entraîne la séparation d’avec Dieu pour ceux qui ont conclu alliance avec Lui. Toute pédagogie enseigne les limites à ne pas dépasser si on veut rester en vie et se développer !
B- Murmures et déprime de Moïse
Placé entre les murmures du peuple et la colère divine (v 10), Moïse est si affecté qu’il tombe lui-même dans le découragement devant la lourde tâche qui lui incombe de nourrir le peuple et de le conduire. Il reproche à Dieu de lui avoir confié un tel fardeau, et préfère la mort (v 14-15). Sa plainte est sincère et manifeste une entière confiance en l’écoute bienveillante de l’Éternel, à la différence des plaintes du peuple qui ne s’adressent pas à Dieu directement.
De plus, Moïse ne semble pas se souvenir que Dieu avait déjà pourvu auparavant à la même demande de viande (Ex 16). Il ne voit que son incapacité personnelle à nourrir une telle foule. Les disciples de Jésus auront la même attitude de doute, lors de la seconde multiplication des pains (Mt 15.33). Combien de fois oublions-nous devant une difficulté qui nous paraît humainement insurmontable, les grâces divines et sa puissance à sauver son enfant effrayé !
C’est pourquoi comme à Job, Dieu va répondre sans reproches ni rigueur à son serviteur fatigué et déprimé. Dieu connaît le fond du cœur et la faiblesse de chacun de ses enfants, il écoute leur plainte et cherche à les réconforter par des mesures adéquates.
C- Réponses de la sollicitude divine
1- Dieu institue un collège d’anciens pour assister Moïse. Ces conseillers, différents de ceux qui s’occupent de la justice dans le camp (Ex 18), agiront dans le même sens que Moïse, car ils sont oints du même Esprit que lui. Pour que tous se rendent compte de leur inspiration divine, des manifestations spéciales, comme dans l’avenir pour les disciples à la Pentecôte (Ac 2), ont lieu lors de leur onction, sans toutefois durer dans le temps (v 25). Dieu répond précisément au besoin exprimé par Moïse et ne le laisse pas seul dans la conduite du peuple. L’épisode de l’onction des deux anciens absents à la cérémonie, est révélateur de l’état d’esprit respectif de Josué et de Moïse. Pour Josué, cette onction était une injustice, puisque les deux anciens n’étaient pas devant le tabernacle avec les autres, c’était aussi une atteinte à l’autorité de Moïse et au respect de sa fonction de chef. Josué s’instituait défenseur des droits de Moïse et gardien des rites religieux, ne se rendant pas compte que par cette réaction il prétendait limiter les dons de Dieu à certains privilégiés « rituellement corrects » ! (comme Jean en Marc 9.38-39). Nul dirigeant de communauté religieuse ne peut prétendre juger à la place de Dieu de la dignité ou non des membres à recevoir les grâces divines ! L’Esprit souffle où il veut et n’est pas maîtrisable par l’homme. Il n’est pas diminué non plus par sa dispersion sur plusieurs, comme la flamme n’est pas diminuée par les bougies qu’elle allume.
Pour Moïse, cette onction « sauvage » éveille en lui le désir de voir tout son peuple en bénéficier et devenir un peuple de prophètes. Dans l’AT, l’onction de l’Esprit reste occasionnelle, limitée à des individus (rois, ou prophètes) et même parfois occasionnelle (ex : Saül, 1 Samuel 10.6, 9-13). Il faut attendre la réalisation de la prophétie de Joël 2.28-29, une première fois à la Pentecôte (Ac 2), une seconde fois à la fin des temps (Ap 7 et 14) pour voir naître un peuple entier, oint de l’Esprit Saint, pour « prophétiser » et répandre la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ.
2- Pour répondre au désir de nourriture carnée du peuple, Dieu envoie à nouveau des cailles, que les gens du désert font sécher au soleil et peuvent ainsi conserver plus longtemps. Seulement Dieu laisse chacun responsable de l’utilisation de ce « cadeau du ciel ». Le peuple devait se sanctifier pour le recevoir (v 18) avec reconnaissance et respect, pour en user avec discernement et modération. Ceux qui ne surent pas maîtriser leur convoitise et leur goinfrerie (= la chair encore entre leurs dents, sans être mâchée !), tombèrent mortellement malades d’intoxication alimentaire (v 33). Ne penser qu’à satisfaire le plaisir des sens fait oublier la grâce de Dieu. La maladie physique qui s’en suit révèle la maladie spirituelle intérieure, et la mort devient, pour les survivants, le signe avertisseur du sort éternel de ceux qui vivent « selon la chair », loin de Dieu (Rm 8.8, 13).
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comment modifier notre regard sur les événements de notre vie, pour y discerner les grâces divines et en remercier Dieu ?
- Comment rendre nos « collèges d’anciens » de véritables soutiens spirituels et pratiques pour les responsables de nos églises ?
- Comment vivre selon l’Esprit et non selon la chair ? (Rom 8.9, 14)
Nombres 12.1-16
Observons (Evangile et peinture : Moïse devant Yahvé)
Le texte
12.1-3 : Jalousie de Myriam et Aaron envers Moïse
4-8 : Intervention de Dieu en faveur de Moïse son prophète privilégié
9-16 : Lèpre de Myriam, guérie après l’intercession de Moïse et Aaron.
Au centre du récit (v 6-8a), Dieu définit comment il s’adresse à ses prophètes et à Moïse en particulier.
Comprenons
Le peuple est conduit par Moïse et sa famille. Moïse a été choisi par Dieu pour être le libérateur du peuple et le prophète de Dieu qui transmettrait ses volontés (Exode 3-4). Devant les hésitations de Moïse à accepter ce rôle de porte-parole de Dieu face au peuple et à Pharaon, sous prétexte qu’il « n’a pas la parole facile » (Ex 4.10), Dieu lui adjoint son frère Aaron pour lui « servir de bouche »(Ex 4.16). Quant à Myriam, elle est appelée « prophétesse » après le passage de la Mer Rouge, où elle dirige le chœur de louanges d’Israël (Ex 15.20).
Ce don de prophétie leur est-il « monté à la tête » ? Se laissent-ils contaminer par la contestation ambiante ? Toujours est-il que, en tant qu’aînés de Moïse, ils se mettent à contester son autorité d’envoyé de Dieu, et revendiquent une place au moins égale à la sienne devant le peuple. Ils se servent du don de prophétie qui leur a été accordé, pour essayer d’exercer la même autorité que Moïse sur le peuple et sur sa famille, puisqu’ils vont jusqu’à lui reprocher sa femme étrangère, s’instituant par là comme juges et gardiens des « bonnes mœurs » de leur frère (Un Israélite et à fortiori un prophète de Dieu ne pouvaient pas épouser de femme étrangère, Dt 7.3 !). Aaron et Myriam détournaient leur don à leur avantage, pour satisfaire leur goût du pouvoir, leur xénophobie ou leur animosité contre leur belle-sœur, en profitant de l’humilité profonde de Moïse qui lui ferait, croyaient-ils, accepter sans protestation leur revendication.
C’est pourquoi Dieu doit intervenir et révéler à ces chefs, qui est prophète, et quel est l’état de « péché », d’erreur, d’attitude fausse, de Myriam et Aaron.
La convocation et la rencontre sont solennelles. Dieu leur parle directement et leur apparaît dans la Shekina, la colonne de feu et de nuée devant le Tabernacle.
Dieu distingue ses prophètes ordinaires, à qui il s’adresse dans des visions et des songes (on les appellera ensuite les « voyants » 1 Samuel 9.9 ; 1 Chr 29.29), du prophète particulier qu’est MoÏse : la relation avec lui est directe, « sans énigmes, de vive voix », car Moïse peut contempler une « représentation de l’Eternel ».
Pour Moïse seul, Dieu se rend visible (Hé 11.24-26). Cette représentation de l’Eternel est appelée dans l’Ancien Testament l’Ange de l’Eternel », tel qu’Abraham, le premier à être appelé prophète (Gn 20.7), a pu le voir et l’entendre lui annoncer la naissance d’Isaac (Gn 18.1-15). Paul reconnaîtra en cet Ange de l’Eternel la première « image visible de Dieu » avant son incarnation en Christ (2 Co 4.4b ; Col 1.15), qui est « le rayonnement de la gloire de Dieu et l’expression de son être » (Hé 1.3). (Moïse de Michel Ange)
Moïse, prophète de Dieu, par la grâce qui lui est accordée de parler directement avec Dieu et de « voir l’Invisible » (Hé 11.27), préfigurait auprès du peuple « le Prophète » qui devait venir en Christ lui révéler la personne et les projets de salut de Dieu pour l’homme (Dt 18.15) et qui réaliserait les promesses de sa Parole (Dt 18.18).
Le passage de Deutéronome (18.19-22) ajoute à notre texte un second critère pour reconnaître un prophète de Dieu. Non seulement il est en contact avec Dieu par des visions et des songes, mais la parole qu’il prononce se réalise. Jésus reprendra ce critère de vérité à la fin du Sermon sur la montagne (Mt 7.15-20) : « C’est à leurs fruits que vous reconnaîtrez les faux prophètes ». Les prophéties venant de Dieu se réalisent et portent dans le peuple les fruits de l’Esprit (Ga 5.22) !
Dans l’épisode de la contestation d’Aaron et de Myriam, Dieu ne remet pas en question leur don de prophétie, mais le détournement de ce don, qu’ils ont tenté de faire à leur profit, par orgueil et goût du pouvoir. Le don de prophétie n’est pas un moyen de se faire valoir, ou de s’imposer aux autres, c’est un service dans l’humilité auprès des autres (Nb 12.3).
Pour qu’Aaron et Myriam comprennent exactement où les entraînaient leur convoitise et leur jalousie, Dieu utilise le signe prophétique, très parlant, de la lèpre. Cette maladie considérée alors comme incurable et contagieuse, condamnait le lépreux à une exclusion totale du peuple, et à une mort lente et inévitable. Elle devint le symbole en Israël, du péché qui ronge le cœur de l’homme séparé de Dieu, qui le coupe de relations saines avec les autres, et qui le conduit sans espoir à une mort spirituelle, à la séparation éternelle d’avec Dieu.
Pourquoi seule Myriam est-elle atteinte ? Peut-être parce qu’elle était à l’origine du conflit avec Moïse à propos de sa belle sœur (une querelle de femmes en quelque sorte ?), peut-être aussi que Dieu n’a pas voulu déconsidérer aux yeux du peuple la fonction de grand sacrificateur qu’exerçait sur son ordre Aaron, en le rendant impur.
En tous cas, Aaron se solidarise aussitôt avec sa sœur et confesse leur péché commun (Nb 12.11), suppliant Moïse, qui « tenait pour lui la place de Dieu » (Ex 4.16), d’intervenir en sa faveur. Par cette prière à Moïse, il reconnaissait sa supériorité de prophète privilégié, comme Dieu venait de le révéler.
Les deux frères manifestent leur amour pour Myriam devenue « comme un mort-né », dans une intercession fervente à laquelle Dieu répond par un nouvel enseignement moral, spirituel et prophétique. Il pardonne le péché commis contre Lui : en contestant Moïse, ils contestaient en effet le choix de Dieu. Myriam sera réintégrée après 7 jours de « quarantaine » hors du camp : le pardon et la guérison n’excluent pas la prudence et le retrait dans la solitude pour méditer dans l’humilité et la repentance, et se laisser purifier par l’Esprit. Celui qui s’est révolté contre Dieu a un espoir et une possibilité de retrouver une relation saine avec Dieu et avec les autres, s’il reconnaît son état de péché, et s’il désire renouer les liens rompus. L’intercession du Prophète Libérateur qu’est Jésus lui permet de retrouver la santé spirituelle, en attendant la réintégration définitive dans le Royaume éternel où, à son retour, Christ accueillera tous les « rachetés de l’Eternel ».
Essayons de résumer ce que ces textes de l’Ancien Testament nous enseignent sur le don de prophétie :
- C’est un choix et une grâce de Dieu, qui ne dépendent, ni d’un lieu sacré, ni d’un rang social ou familial, ni d’une volonté humaine.
- Ce don est accordé pour le service de Dieu auprès du peuple, et ne peut être utilisé ou manipulé, pour exercer à son propre profit un pouvoir sur les autres ou acquérir une gloire personnelle.
- Il est reçu dans l’humilité et s’accompagne d’un esprit de compassion et d’intercession pour le pécheur.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comment éviter que mon rôle de « porte-parole » de Dieu, comme prédicateur, catéchète, ou simplement témoin de Christ auprès de mon entourage, ne me « monte à la tête », et ne m’incite à prendre autorité sur la vie des autres dans l’église ou dans la famille ?
- Comment distinguer aujourd’hui entre inspiration divine et inspiration de mon inconscient ou de ma sensibilité ?
- Quelle est l’intercession de mon église, peuple de prophètes de Dieu, pour ses membres pécheurs ? Comment leur marque-t-elle son pardon et les réintègre-t-elle en son sein, après qu’ils aient pris pleinement conscience de leur manquement envers Dieu et envers la communauté, et après en avoir manifesté repentance et changement d’attitude ?
Nombres 13.1 à 14.25
Observons
Le texte :
13.1-20 Désignation des explorateurs et instructions de Moïse
21-25 Exploration de Canaan
26-33 Rapport des explorateurs et réactions diverses dans le peuple.
14.1-4 : Révolte du peuple effrayé
5-10 : Intervention de Moïse, Aaron, Josué et Caleb.
11-19 : Intercession de Moïse
20-35 : Réponse de Dieu
36-45 : conséquences immédiates de la révolte.
Comprenons
1- L’exploration
Après deux ans au Sinaï, le peuple approche enfin de Canaan. L’objectif du pays promis proposé par Dieu ne semble pas très présent dans leurs pensées : murmures, convoitises, révoltes se sont succédés, mêlés aux regrets des « biens » de l’Egypte. Aussi Dieu désire-t-il leur donner une conception plus concrète de ce qu’il a promis, tout en leur offrant une occasion de manifester leur confiance en lui. Il ordonne d’envoyer 12 hommes en exploration dans le pays de Canaan (13.2)
Leur exploration de 40 jours se fait sans encombre jusqu’à Hébron, pourtant habitée par les enfants d’Anak le géant (13.22, 33). Ils peuvent en rapporter des fruits énormes (raisin, grenades, figues).
Si l’on transpose ce récit historique au plan symbolique et spirituel, on s’aperçoit que Dieu avant d’inviter son enfant à entrer dans son royaume, lui en montre les bénédictions, lui en donne des arrhes, afin d’éveiller en lui le désir sincère d’y entrer. C’est aussi valable pour l’incroyant qui découvre l’amour de Dieu et qui cherche à le connaître plus, que pour le croyant qui expérimente les prémices de la communion avec Dieu sur cette terre, avant d’en connaître la plénitude dans l’éternité.
2- le rapport des explorateurs (13.26-33)
Autant le rapport positif est bref (v 27), autant le rapport négatif s’étend sur 5 versets (28-29 ; 31-33). La richesse de la nature les a enchantés, mais leurs yeux se sont fixés sur les obstacles humains : villes fortifiées et géants. Du coup, « le pays où coulent le lait et le miel », signes de douceur et de paix (v 27), devient « le pays qui dévore ses habitants » (v 32).
L’appel de Caleb à conquérir victorieusement ce pays, placé au centre de ce rapport, ne reçoit comme écho, que le sentiment d’impuissance et de petitesse des explorateurs (v 33): « Nous nous sentions comme des fourmis ! »
Ne nous arrive-t-il pas aussi d’être découragés devant l’importance réelle ou imaginaire des obstacles que la raison oppose à l’élan de notre foi ?
3- la réaction du peuple (14.1-4, 10)
Le concert des lamentations est unanime : pleurs, murmures, regrets, désir de mort. L’imagination galope et fait envisager les scénarios les plus catastrophiques : morts violentes, enlèvement des femmes et des enfants (v3). Ils envisagent même de retourner en Egypte sous la conduite d’un chef de leur choix, après avoir éliminé les contradicteurs.
Souvent sous l’effet de la peur, nous amplifions la réalité et nous aveuglons nous-mêmes, au point de faire des choix contraires à notre intérêt et de rejeter la seule solution viable, faire confiance à Dieu.
4- La réaction des inconditionnels de Dieu (14.5-9)
Moïse et Aaron tombent sur leurs visages, Josué et Caleb déchirent leurs vêtements : signes de douleur extrême et de désespoir intense.
Alors que Caleb avait fait appel au courage des explorateurs, Josué et lui font maintenant appel à leur confiance dans les promesses de Dieu : Ce pays très bon, excellent leur sera donné par Dieu (v 7-8)! L’Eternel qui leur est favorable, livrera les ennemis qui n’ont pas de protection divine, puisque leurs dieux sont impuissants (v 9).
Gardons-nous confiance en Dieu, même si tout va mal autour de nous ?
5- Le dialogue entre Dieu et Moïse (14.11-25)
a) 11-12 : Dieu décide de détruire le peuple rebelle au profit de Moïse
b) 13-19 : Moïse intercède en argumentant :
- L’Egypte saura que la puissance libératrice manifestée en Israël, n’est pas si grande (13-14). Sous entendu : elle se moquera de Dieu.
- les nations croiront à l’impuissance de Dieu (v 15-16)
- Que la puissance miséricordieuse de Dieu se manifeste dans son pardon et sa justice (v 17-19).
a’) 20-25 : Dieu pardonne, mais annonce les conséquences du choix de chacun : ceux qui ont refusé d’entrer mourront dans le désert, ceux qui ont cru à la promesse de Dieu vivront et entreront dans le pays au bout de 40 ans (v 34). Tous sont renvoyés dans le désert, car les croyants restent solidaires de leurs frères, et devront enseigner la seconde génération.
Dieu fait part de ses intentions à Moïse, car « il ne fait rien sans en avertir ses serviteurs les prophètes » (Amos 3.7). De plus, cette révélation va permettre à Moïse de se situer lui-même : se réjouira-t-il d’être choisi par Dieu au détriment de son peuple, sera-t-il attristé de la destruction du peuple, dans quel camp se mettra-t-il ? Moïse n’hésite pas une seconde, il ne relève même pas la proposition alléchante de Dieu, il ne voit que le sort du peuple et surtout la gloire de Dieu qui risque d’en être atteinte. En cela, il se pose en médiateur, et en fidèle serviteur qui cherche l’intérêt de son Maître et de ses compagnons, avant le sien.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- A quelle occasion, ai-je refusé de croire aux promesses divines, parce que leur réalisation me semblait impossible ?
- Quels obstacles réels ou imaginaires m’empêchent de m’engager sur le chemin de la vie avec Dieu ? Comment les franchir ?
- La confiance refusée ou accordée à Dieu, a donné un regard radicalement opposé sur le pays promis, et a conditionné la vie de chacun. Quel est notre regard sur les promesses de Dieu, sur la vie qu’il nous propose sur cette terre et dans son royaume ? Pour faire nos choix, que regardons-nous, les côtés positifs ou négatifs des situations ?
Rappelons-nous que « le pessimisme est une question d’humeur, mais l’optimisme est une question de volonté ! »(le philosophe Alain)
- Comme Moïse recherchons-nous la gloire de Dieu, c’est-à-dire la manifestation de son amour avant toute autre chose, en toutes circonstances, favorables ou non, ou bien recherchons-nous notre intérêt immédiat et la satisfaction de nos désirs personnels ?
Exercice pour le regard : Dans cette image, vous pouvez discerner un visage de vieille sorcière et/ou de jeune fille élégante ! Que privilégiez-vous ?
Qu’en est-il de notre vision de Dieu ? De notre regard sur la vie terrestre ? Comment ce regard influence-t-il notre comportement ?

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16.10.2009
Etude 4 Nb 9-10 Trompettes, sang, nuée, feu (24 10 09)
Etude n°4 : Nb 9-10 : Trompettes, sang, nuée, feu. (24 10 09)
1 Co 5.7 : « Purifiez-vous du vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle, puisque vous êtes sans levain, car Christ, notre Pâque, a été immolé ».
Observons
Le chapitre 9, jusqu’au verset 14 développe dans un premier temps le récit de la célébration de la première Pâque après la sortie d’Egypte (1-5), et dans un second temps expose les prescriptions pour des cas d’empêchements exceptionnels (6-14).
On observe ensuite une structure en parallèles concentriques autour du départ des tribus :
A : 9.15-23 : Voyage sous la direction de la nuée
B : 10.1-10 : Appels des trompettes
C : 10.11-28 : Départ du Sinaï
B’ : 10.29-32 : Appel au beau-frère de Moïse
A’ : 10.33-36 : Voyage sous la direction de la nuée.
Une fête importante précède et prépare le départ du peuple dans le désert du Sinaï.
Le départ proprement dit est entouré symétriquement par des appels au rassemblement du peuple et à l’association au voyage du beau-frère de Moïse. Le tout est encadré par la mention de la présence et la direction de Dieu dans la nuée.
Comprenons
La Pâque
Un an après la sortie d’Egypte, le peuple n’est pas encore en Canaan où il aurait dû fêter la première Pâque. L’organisation en peuple du « ramassis de gens»(Nb 11.4) sortis d’Egypte (anciens esclaves hébreux, Egyptiens opportunistes ou devenus croyants, hommes et femmes de toutes conditions sociales et ethniques) a pris du temps. La rencontre avec l’Éternel au Sinaï a réclamé du peuple attention et mobilisation. Un temps d’apprentissage à la confiance en Dieu et en Moïse, et d’assimilation des instructions divines, a été nécessaire avant d’entamer la marche dans le désert vers la Terre promise. Au premier anniversaire de la sortie d’Egypte, Dieu ordonne au peuple de commémorer cet événement solennellement selon le rituel indiqué en Ex 12, sans attendre d’être arrivé. Une nouvelle étape commence dans la vie du peuple. Il a besoin de se souvenir qu’il a été protégé de la mort et délivré de l’esclavage par le sang de l’agneau immolé (Ex 12-13).
Paul révèle aux Corinthiens (1 Co 5.7) le sens prophétique et messianique de cette célébration, que les chrétiens ont repris dans la Sainte Cène et la fête de Pâques. Chaque fois que nous commémorons le sacrifice de Christ, notre agneau pascal, nous célébrons notre libération de la mort et du péché, et partons dans une nouvelle étape de notre vie, purifiés, pardonnés, donc fortifiés pour poursuivre notre marche spirituelle jusqu’à l’entrée dans notre Terre Promise, la vie éternelle avec Dieu.
Cette fête est si importante qu’elle concerne l’immigrant comme l’autochtone. Ceux qui ont été empêchés de la célébrer à la date indiquée, pour impureté rituelle ou voyage, considèrent la fête comme un privilège dont ils ne veulent pas être privés. L’Éternel leur accorde de la célébrer un mois plus tard, avec le même rituel, s’ils veulent continuer à faire partie du peuple d’Israël (v 13).
Dans le prolongement de la Pâque juive, la fête chrétienne de Pâques célébrant la mort et la résurrection de notre Sauveur Jésus-Christ, reste la seule fête annuelle qui réunisse et distingue tous ceux qui se réclament du salut acquis par Christ, l’Agneau immolé (Ap 5.6, 9,12).
Il semblerait que les Hébreux, très vite portés à la révolte contre Moïse et le Dieu qu’il représentait, n’aient pas célébré de nouveau la Pâque, ni pratiqué la circoncision, durant leur long périple (Jos 5.5,10 ; Amos 5.25). Ils n’en reprirent l’habitude qu’à leur arrivée en Canaan.
A- et A’ : Le voyage sous la nuée (9.15-23 ; 10.33-36)
Le voyage à travers le désert va pouvoir débuter. En préambule, le texte détaille ce qui a été indiqué en Ex 40 : les signes merveilleux de la présence de Celui qui allait conduire et protéger la marche du peuple pendant 40 ans. La nuée lumineuse représente le Seigneur qu’on ne peut voir face à face à cause de sa sainteté. La nuée est un écran protecteur pour le peuple pécheur, mais le feu qui se voit la nuit est un guide sur la route et une lumière rassurante dans l’obscurité. De même le Saint-Esprit est pour nous à la fois invisible aux yeux humains, mais vraie lumière pour notre foi, et vrai guide dans un monde plongé dans la confusion et l’aveuglement spirituels. Le rôle d’écran de la nuée était le « type » de la médiation de Jésus en notre faveur. Par Lui nous pouvons nous approcher de Dieu avec assurance (Hé 4.16 ; 10.19, 22).
Tous les mouvements du peuple, départs et campements, dépendaient de la volonté de Dieu exprimée par les mouvements de la nuée. La Parole de Dieu écrite remplit-elle aujourd’hui ce rôle dans les prises de décisions de notre vie ?(Illustration : Yann Arthus-Bertrand, Terre vue du ciel)
Les versets 33-36 du ch 10 présentent quelques difficultés d’interprétation, car ils semblent en contradiction avec l’ordre de marche des tribus indiqué juste avant (v 14-28). En effet, l’arche normalement portée sur les épaules des Qéhatites au centre du cortège (v 21), est ici associée à la nuée (v 33), en tête du cortège le jour. Elle ne rejoint le centre du peuple qu’au campement pour la nuit. Les deux emblèmes de l’Eternel sont indissociables : la loi contenue dans l’arche guide le peuple moralement et socialement, lui indiquant les limites et les conditions de sa liberté ; la nuée, symbole de la présence et de la grâce de Dieu, et de la lumière de son Esprit, est au-dessus de l’arche et du peuple, comme protectrice et accompagnatrice de sa marche.
Les bénédictions de Moïse (v 35) à chaque départ et chaque arrivée le rappelaient sans cesse. Elles manifestaient au peuple que le salut et la victoire ne venaient pas du coffre de l’arche, ni de la loi qu’elle contenait, mais de la seule présence de l’Éternel.
B- Les appels
a) les trompettes : Pour communiquer dans un campement si vaste et si peuplé, et transmettre les ordres de départ, de rassemblement autour du Tabernacle, et de guerre, Dieu ordonne aux deux sacrificateurs d’utiliser deux trompettes d’argent battu, plus sonores que les cornes. L’éclat et le nombre des sonneries différenciaient les appels. Cette ordonnance dura au-delà de la marche au désert, pour toutes les fêtes religieuses (v 10) ou dans les guerres (Jos 6 ; 2 Chr 13.12-14).
En se référant à l’usage des trompettes dans le désert ou devant Jéricho, on comprend mieux le sens symbolique des trompettes de l’Apocalypse (8-11) : elles annoncent à la fois la mobilisation et le rassemblement du peuple des croyants pour l’avènement du Christ, et les appels au repentir lancés par Dieu à travers les événements écologiques (4 premières trompettes), les séductions idéologiques(= nuées de sauterelles venimeuses) et les violences meurtrières (= chevaux belliqueux), qui frappent le monde à la fin des temps.
b) l’appel au beau-frère de Moïse est situé en parallèle à l’appel au départ donné par les trompettes. C’est Moïse cette fois qui invite son beau-frère le Madianite à se joindre au peuple pour aller dans la Terre promise et jouir aussi des bénédictions promises par l’Éternel (Ex 34.10 ; Gen 12.2-3). Après un premier refus, Hobab suivit les Hébreux à qui son expérience du désert et sa connaissance des mœurs nomades pouvaient être très utiles (v 31). Sa famille s’établit ensuite au sud du territoire de Juda (Juges 1.16), avant de se séparer en divers clans plus ou moins alliés ou ennemis d’Israël (Jug 4.11).
Comme Moïse, le peuple chrétien a pour mission d’inviter quiconque de son entourage proche à marcher avec lui vers le Royaume, à partager les bénédictions de Dieu et à échanger les connaissances et l’expérience de chacun, utiles à la vie et la progression de tous.
C- Le départ
Il est enfin ordonné ! Chaque tribu se met en marche à son tour, selon les indications de Dieu (v 12-13), de façon que Juda soit à l’avant-garde avec la nuée sur l’arche (v 33) ; les Lévites ayant chargé sur les chariots la tente et ses cordages, pour des raisons pratiques compréhensibles, partirent juste derrière la première division, pour préparer le sanctuaire à accueillir, à l’étape, les objets sacrés portés sur les épaules des Qéhatites (v 21) au centre du cortège, après la deuxième division des tribus. Ainsi le peuple tout entier pouvait-il voir qu’il était guidé par son Dieu, qui restait en même temps présent au milieu d’eux.
On retrouve la même idée dans le Nouveau Testament : le peuple des croyants marche dans son pèlerinage sur terre, derrière le « Lion de Juda » qu’est Jésus (Ap 5.5), Il les mène vers son Royaume et les conduit à la victoire de la foi, mais en même temps il vit au milieu d’eux par son Esprit-Saint. La marche spirituelle des croyants pourrait s’inspirer de la mise en route des Hébreux dans le désert : chacun y a sa place et un rôle précis, pour permettre la préparation des cœurs à accueillir le Seigneur, et la progression de tous dans la foi en Christ.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
1- Quel sens accordons-nous à la fête de Pâques ? Pourquoi nous tourner de plus en plus souvent vers une célébration de la Pâque juive, au lieu de commémorer avec tous nos frères chrétiens, la mort et la résurrection du Sauveur Jésus, agneau immolé pour nous ? Quelles sont nos raisons profondes pour rejeter le souvenir annuel de cet événement central de la foi (1 Co 15) ? Quelle tolérance ou quelle réforme à ce sujet peut nous inspirer l’exigence divine, à propos du report de la Pâque pour ceux qui avaient été empêchés de la célébrer ?
2- Sommes-nous sensibles en tant que peuple prophétique de la fin des temps, aux appels des trompettes de l’Apocalypse (ch 8-9) à nous tenir prêts au retour imminent de Christ ?
3- Comment inviter nos proches, avec un amour pressant mais respectueux, à nous accompagner dans notre marche avec Jésus ?
4- Comment Jésus est-il notre « nuée lumineuse » dans notre relation avec Dieu ? Comment sa présence dans notre vie nous est-elle perceptible, et comment la rendre sensible autour de nous ?
5- Prions pour que chacun de nous sache et remplisse avec cœur le rôle que Dieu lui assigne dans la progression spirituelle de sa communauté et de son entourage !
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09.10.2009
Etude 3 : Nb 7-8 : Culte et consécration (17 10 09)
Etude n° 3 : Adoration et consécration, Nombres 7-8, (1710 09)
2 Cor 9.7 : « Que chacun donne comme il l’a résolu dans son cœur, sans tristesse ni contrainte, car Dieu aime celui qui donne avec joie. »
Observons
Ces deux chapitres font partie de la première section (ch 1-10.10) concernant les préparatifs du départ du Sinaï. En effet, ils relatent la cérémonie de dédicace du Tabernacle et les dispositifs au sujet des Lévites, serviteurs du sanctuaire. Ils font suite au récit de l’inauguration du Tabernacle raconté en Exode 40. (Voir le parallèle entre Ex 40.1-33 et Nb 7.1, 88b).
Le chapitre 7 est consacré à l’offrande apportée par les chefs de tribus à cette occasion, et le chapitre 8 à la consécration des Lévites.
Entre les deux chapitres (7.89-8.4) un passage reprend la description du dialogue de Moïse avec Dieu de Ex 33.11, et 25.22, ainsi que la prescription concernant le chandelier, transmise cette fois à Aaron (Ex 25.37 et 40.25 // Nb 8.2-3).
Comprenons
1- L’offrande des chefs de tribus (7.1-88)
L’installation du tabernacle a pris un bon mois : Ex 40.17-33 : Le premier jour du premier mois de la seconde année et Nombres 1.1 : le premier jour du deuxième mois de la deuxième année après la sortie d’Egypte. Elle se termine par l’onction de consécration de la tente et de tout ce qui s’y trouve (Ex 40.9 = Nb 7.1). Une cérémonie de consécration des sacrificateurs a précédé notre texte, mais elle est relatée en Lévitique 8.
Pendant ce mois, les chefs de tribus se sont concertés pour glorifier par des offrandes spontanées, l’Éternel qui les avait délivrés de l’Egypte. L’essentiel de leurs offrandes constituant le moyen de transport du Tabernacle, il est naturel de placer ici ce passage, juste avant le départ du camp.
1-5 : Surpris par ce geste inattendu, Moïse a consulté l’Éternel (v 4), qui lui indique comment utiliser ces offrandes : les Lévites s’en serviront pour remplir leur office pendant le voyage. Seuls les fils de Guerson et de Merari utiliseront les chars et les bœufs pour le transport des lourdes tentures (Nb 4.24-28) et des planches, piliers, socles et ustensiles (Nb 4.31-33). Les fils de Kérath devaient porter les objets sacrés (arche, chandelier, table des pains, autel des parfums) sur leurs épaules, sans les toucher ni les voir (Nb 4.15, 17-20).
Les princes des tribus, après avoir choisi leurs offrandes et exprimé leur désir de les apporter, se virent imposer un ordre de dépôt de leurs dons : ils devaient apporter leurs offrandes à tour de rôle, pendant douze jours, sans compter le sabbat. L’ordre des tribus n’était pas celui de la naissance des fils de Jacob, mais le rang qui leur était assigné dans le camp et dans le cortège : on commençait par les trois tribus situées à l’est, en suivant la course du soleil, avec Juda en tête et Dan en arrière-garde au nord (Nb 2). Le grand nombre des sacrifices à accomplir (252) explique cet étalement dans le temps. Chaque tribu offrait exceptionnellement trois bêtes d’un an pour un holocauste d’adoration, un bouc pour le péché, et 17 bêtes pour un sacrifice d’action de grâces.
Ces trois sortes de sacrifices, en plus des dons d’argent, de parfums et d’objets précieux, instituaient une sorte de liturgie, dont nos cultes peuvent s’inspirer. On y trouve trois temps forts : l’adoration de Dieu qui réclame le don de son être tout entier (= holocauste, Rm 12.1) ; la repentance et le pardon accordé par Dieu grâce au sacrifice du Fils sur la croix, symbolisé par le sacrifice spécial du bouc, comme dans la cérémonie du Yom Kippour (Lév 16 ; Hé 9.26 ; 10.12, 14). Enfin, les derniers sacrifices, les plus nombreux et les plus variés, permettaient au peuple de manifester son allégresse et sa reconnaissance d’être libéré par le Sauveur, protégé et accompagné par Lui dans la marche au désert.
Les offrandes de biens précieux étaient la contribution du peuple à l’entretien du Tabernacle et des Lévites, et les dons de parfums brûlés sur l’autel d’or pouvaient symboliser les prières d’intercession qui s’élevaient vers Dieu (Ap 8.4).
2- Intermède : 7.89 et 8.1-4 : Entre la consécration des offrandes princières et celle des Lévites un passage rend sensible, par deux images symboliques, la présence de Dieu au milieu de son peuple.
a) Moïse parlait face à face, ou de vive voix, avec Dieu. Comme Dieu le lui avait promis (Ex 25.22), Il s’adressait à son prophète et législateur, du haut du couvercle (= propitiatoire) de l’arche, entre les chérubins.
Dieu matérialisait ainsi la vérité spirituelle du salut par grâce que Jésus révèlera autrement et plus parfaitement.
En voici une tentative d’interprétation : L’arche contenait la loi (Ex 40.20), expression de la volonté sainte de Dieu pour les hommes. Cette loi révèle et condamne le péché de l’homme qui a besoin pour rester en vie, d’être couvert par la grâce divine, symbolisée par le couvercle de l’arche. Celui-ci préfigurait l’intercession et la médiation de Christ. Les deux chérubins de l’arche, étant sculptés d’une seule pièce avec le couvercle d’or (Ex 25.18-19 ; 37.9) peuvent symboliser deux autres aspects de Dieu dans l’exercice de sa fonction de juge de l’homme. Les chérubins, ou animaux chez Ezéchiel 1 et 10, (séraphins chez Esaïe 6.2, ou êtres vivants dans l’Apocalypse 4.6), sont toujours situés autour, au-dessus ou au-dessous, et même au milieu du trône de Dieu, toujours dans un contexte de jugement et de purification de l’homme. Les psaumes 99.1 et 80.2-4 révèlent Dieu siégeant entre les chérubins pour juger et sauver son peuple. Les Psaumes 89.15 et 97.2 en disant que « la justice et le droit sont la base de son trône, la bienveillance et la vérité se tiennent devant sa face » donnent le sens de la personnification des quatre chérubins : ils représentent les qualités que Dieu met en œuvre pour sauver son peuple et le purifier. Osée évoque les mêmes qualités divines dans l’alliance de l’Éternel avec sa « fiancée » (2.21) : « Je te fiancerai à moi avec justice et droit, loyauté et compassion ».
Les quatre faces des chérubins d’Ezéchiel sont aussi des personnifications symboliques de ces qualités. Le lion représenterait la majesté royale de celui qui siège sur le trône et qui est digne de juger (Ap 5.2,6-9). Le veau, animal du sacrifice pour le péché (Lév 9.2) évoque la bienveillance, la compassion de Celui qui donne sa vie pour sauver et pardonner. On rejoint ici le symbole du couvercle de l’arche. L’homme, est la seule créature à avoir la capacité de distinguer le bien et le mal et d’agir en conséquence. La face humaine des chérubins symboliserait le discernement des cœurs que seul Dieu possède pour juger avec droiture et loyauté. L’aigle, ou vautour, était l’animal éliminateur des déchets, et serait l’image de l’exécution définitive des sentences de la justice divine, et de l'oeuvre de purification du mal que Diu accomplit dans le coeur.
Les deux chérubins de l’arche, faisant corps avec le propitiatoire d’or, parlaient à Moïse de ces qualités d’amour, de justice et de droiture que Dieu met en œuvre pour sauver son peuple. D’ailleurs Ezéchiel dans sa vision du trône de Dieu, entend « le bruit des ailes des chérubins, pareil à la voix de Dieu Tout-Puissant, lorsqu’il parle » (Ez 10.5 ; 1.24).
On peut penser que l’ensemble de l’arche de l’alliance, avec son contenu, son couvercle, ses chérubins, parlait symboliquement à Moïse de l’œuvre du salut que Christ allait accomplir en son temps. Seul Moïse en avait vu « le modèle » céleste ou spirituel à reproduire concrètement par le Tabernacle et ses objets saints. Seul, il pouvait pénétrer au-delà du voile dans le Lieu Très-Saint, devant l’arche, dans la présence de Dieu. Seul il était à même d’entendre clairement ce que Dieu voulait faire comprendre à son peuple par tous ces symboles. En cela , il était le « type » du Christ, seul à avoir vu le Père et à transmettre sa Parole (Jn 1.18 ; 6.46 ; 12.49).
b) 8.1-4 : Son frère Aaron, le grand sacrificateur, n’avait pas le même privilège de « voir Dieu face à face». Dieu lui parlait de façon indirecte, dans le soin du chandelier à 7 branches qu’il lui avait confié, dans le Lieu
Saint. La description du chandelier avait été donnée à Moïse (Ex 25.31-40) d’après un « modèle » céleste, c’est-à-dire spirituel, qui lui avait été montré, pour qu’il en fasse une transcription terrestre, concrète et visible. Tout dans ce chandelier voulait faire comprendre un autre aspect de la présence et de l’action de Dieu pour son peuple.
On retrouve les sept lampes dans la vision de Zacharie (4.2) : Dieu lui signifiait par là que la reconstruction du temple de Jérusalem ne se ferait ni par « la puissance ni par la force, mais par son Esprit » (v 6), que reçoivent les deux Oints « qui se tiennent debout devant le Seigneur » v (14). A l’époque de Zacharie, ces deux oints représentaient très concrètement le gouverneur de lignée royale, Zorobabel, et le sacrificateur Josué. Pour les Juifs de l’AT plus tard, ces deux oints devinrent la représentation de Moïse et Elie, symboles de la Loi et des Prophètes ; les chrétiens après Jésus y virent le symbole de l’Ancien et du Nouveau Testaments, qui éclairent leur compréhension de l’œuvre du salut accomplie par Christ. Les lampes du chandelier remplies de l’huile sainte brûlaient jour et nuit dans le lieu saint ; elles symbolisent la présence de l’Esprit Saint (Ap 4.5 : les 7 lampes sont les 7 esprits de Dieu) au milieu du peuple élu (= Lieu-Saint), et la lumière qu’il diffuse pour que le croyant comprenne la volonté de salut de l’Éternel.
Ainsi, Moïse et Aaron révélaient de deux manières différentes le même message d’amour de Dieu pour ses créatures, et plus particulièrement pour ceux qui le reconnaissent comme leur Dieu et leur Père.
3- 8.5-26 : Cérémonie d’installation des Lévites
5-22 : installation des Lévites
23-26 : âges d’entrée et de sortie de fonction
Après avoir consacré avec une onction d’huile les sacrificateurs, qui seront tous issus d’Aaron et ses fils (Lév 8), Moïse est chargé de l’installation des Lévites par simple purification, car leur dignité est moindre que celle des prêtres.
Cette purification se fait en trois actes :
- une aspersion de « l’eau de purification du péché » (ch 19), un rasage du corps, un lavage des vêtements. Ces actes superficiels puisqu’ils concernent l’apparence extérieure du corps, devaient inciter les Lévites à rechercher une purification du cœur par l’abandon (= rasage des poils), la mort (=symbolisée par le baptême d’eau) de tous sentiments ou pensées profanes, susceptibles de les distraire de leur service et de rompre leur communion avec Dieu.
- Un sacrifice pour le péché et un holocauste d’adoration offerts par les Lévites marquaient leur réconciliation avec Dieu et leur consécration à son service.
De plus ayant reçu l’imposition des mains du peuple, et l’ayant transmise sur les taureaux sacrifiés, ils sont considérés eux-mêmes comme offrande présentée à Dieu par le peuple, pour le représenter dans le service du sanctuaire.
Le principe de substitution des Lévites aux premiers-nés d’Israël est rappelé avec insistance (v 16-19). Les Lévites sont consacrés à Dieu « pour qu’ils fassent l’expiation pour les Israélites » (v 19). Ordinairement, seuls les sacrificateurs pouvaient « faire l’expiation », « ôter le péché ». Prise dans son sens originel de « couvrir » (voir le « couvercle » de l’arche), cette expression signifie ici que les Lévites qui sont purifiés « couvrent le peuple », le protègent comme un bouclier, de la plaie que son péché provoquerait en présence de la sainteté de Dieu. Ce rôle d’intermédiaires, de médiateurs, préfigurait la médiation que Christ, pur et glorieux, opère devant Dieu pour son peuple encore pécheur, mais repentant (Rm 5.10-11 ; 1 Tim 2.5 ; Hé 8.6 ; 9.24 ; 1 Jn 2.1-2).
La durée de service des Lévites fut fixée à 25 ans, après avoir atteint l’âge de 25 ans. Leur retraite ensuite n’était pas inactive, puisqu’ils continuaient à assister les actifs dans le soin des objets confiés à leur garde (v 26). Lorsque l’on consacre sa vie au Seigneur, il n’y a pas d’inactivité totale ! On reste à son service en toutes circonstances, même dans les périodes légitimes de repos ou de loisirs, on demeure des témoins du Sauveur, solidaires des autres.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
1- Offrandes et liturgie
a) Quelle place tiennent dans ma vie de foi les offrandes spontanées ? Ma générosité est-elle issue d’un élan du cœur occasionnel, ou/et d’une réflexion organisée ? Quels progrès dans ce domaine suis-je appelé à faire par l’exemple de ces chefs de tribus ?
b) Comment exprimer dans nos liturgies notre adoration, notre repentance, et notre action de grâce pour le pardon reçu ? Pensez-vous que nos cultes ont besoin de suivre cette liturgie ? Pourquoi ?
2- Dialogue avec Dieu
a) Comment Dieu me parle-t-il ? Par quoi le lieu de l’assemblée des fidèles favorise-t-il l’écoute de Dieu et la compréhension du plan du salut ?
b) Comment percevons-nous la lumière de l’Esprit dans notre vie ? Comment l’entretenons-nous personnellement ? Comment l’Eglise nous permet-elle d’être éclairés dans notre marche spirituelle ?
3- Purification et consécration à Dieu
Consacrés à Christ par notre baptême nous sommes tous devenus des Lévites :
(1 Pi 2.5 ; Ap 1.6)
a) Comment aujourd’hui être « purifié » pour servir Dieu et apporter une bonne nouvelle de pardon et d’amour, qui place notre entourage sous la protection de Christ ?
b) Comment rester témoins actifs de Christ dans nos loisirs et à notre retraite ?
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02.10.2009
Etude 2 Nb 5-6 Préparer un peuple (10 10 09)
Etude n°2 : Nb 5-6 : Préparer un peuple (10 10 09)
« Bien-aimé, je souhaite que tu prospères à tous égards et que tu sois en bonne santé, comme prospère ton âme » 3 Jean 2.
Observons
Avant d’entamer le récit des marches dans le désert, voici une nouvelle section jusqu’au chapitre 8.4, avec une série de renseignements législatifs et historiques.
Les chapitres 5-6 concernent les lois sur :
- la pureté du camp (5.1-4)
- la restitution des biens mal acquis (5.5-10)
- la jalousie et l’ordalie (5.11-31)
- le naziréat (6.1-21)
- une bénédiction (6.22-27).
Comprenons 
Les lois de ces deux chapitres se rapportent à la vie du camp sous tentes et dans le désert ; elles rappellent la consécration à laquelle le peuple entier est invité, et la bénédiction que l’on peut attendre de l’Éternel.
1- 5.1-4 : La première prescription sur la lèpre ou l’impureté physique soit par
maladie, soit par contact avec un mort, a déjà été développée dans Lévitique 13 et 15 ; elle sera reprise en Nombres 19.1. Pourquoi une telle insistance ?
Dieu a choisi son peuple, l’a fait sortir de l’esclavage d’Egypte, pour qu’il soit une nation sainte qui démontre ce que signifie « vivre sous l’autorité du Dieu Saint », et dans sa présence au milieu d’eux. « Soyez saints car je suis Saint » dit l’Éternel (Lév 11.44 ; 19.2). Cette sainteté commence par la santé physique, la pureté extérieure qu’on peut considérer comme une loi d’hygiène élémentaire, trop souvent oubliée au cours des siècles et encore aujourd’hui. Dans la Bible elle prend un sens symbolique : la lèpre devient symbole de l’état de péché qui conduit l’homme à la séparation d’avec Dieu (d’où l’exclusion du camp), et à la mort spirituelle.
La séparation d’avec les nations et la consécration à Dieu étaient les deux facettes de la relation exclusive d’Israël avec son Dieu. C’est pourquoi les lois sur l’impureté touchaient à tous les domaines de la vie.
2- 5.5-10 : Après le domaine de la santé physique, notre texte aborde celui de la
relation d’honnêteté entre les hommes. Le vol fait l’objet du 8ème commandement (Ex 20.15). Il est considéré non seulement comme une atteinte à son prochain, mais aussi comme une infidélité à l’Éternel. La loi de restitution émise en Lév 5.14-26 s’applique ici au cas où le voleur n’a personne à qui rendre le bien mal acquis, c’est à dire en cas de mort de la personne lésée, sans héritier, ou parent « répondant ». Dans ce cas, le voleur doit restituer son larcin aux sacrificateurs, représentants de l’Éternel à qui le voleur a été infidèle. Un sacrifice pour le pardon sera aussi exigé de lui.
Par cette loi, Dieu voulait faire comprendre à son peuple que tout acte nuisible à son prochain a des retentissements sur la relation avec Dieu. On ne peut pas le représenter, être le témoin d’un Dieu d’amour en se comportant comme un prédateur de son prochain !
3- 5.11-31 : La loi sur la jalousie du mari soupçonneux à tort ou à raison sur la conduite infidèle de son épouse est
unique dans la Bible. Ce jugement de Dieu ou « ordalie » a été très utilisé au Moyen-Age de façon faussée : il
devait mettre en lumière pour les juges l’innocence ou la culpabilité de l’accusé(e) par absorption d’une boisson
généralement empoisonnée, ou par soumission à une épreuve très difficile. S’il n’y avait pas de conséquences
funestes, les juges l’attribuaient à une intervention divine qui préservait l’innocent. Combien d’innocents
succombèrent à ce jugement piégé !
Dans notre texte, c’est Dieu seul qui prononce le jugement de culpabilité, en rendant « amères » pour la coupable, les eaux naturellement inoffensives. On peut l’expliquer psychologiquement : la peur d’être découverte, et le sentiment profond de culpabilité, provoquent chez la coupable un choc si puissant qu’elle attire sur elle ce qu’elle redoute, en l’occurrence la stérilité !
Cette loi nous paraît vraiment antique et dépassée, par son injustice et sa misogynie : l’homme jaloux semble avantagé et excusé même s’il a tort, tandis que la femme humiliée jusqu’à boire de la poussière (5.17), est livrée sans défense aux caprices de son mari soupçonneux !
Il nous faut toutefois considérer cette loi en tenant compte de son contexte social et culturel : la femme dans la société patriarcale n’a aucun droit et est soumise aux hommes de sa famille, père, frères ou époux. Elle n’a pas non plus à se montrer jalouse alors que la polygamie est courante. Dans un cas de soupçon injustifié de son mari, elle est livrée à sa violence, comme on le voit encore aujourd’hui là où sévissent les « crimes d’honneur ».
Illustration : Jésus et la femme adultère Polyptique de Montbéliard 16è)
Dans la Bible, l’ordalie était une protection car elle pouvait l’innocenter légalement, ou tout au moins lui conserver la vie. On ne doit pas non plus prendre le mot « malédiction » prononcé à propos des eaux amères (v 18), dans le sens d’un vœu de malheur, d’un mauvais sort jeté sur la femme infidèle ; c’est plutôt un avertissement du malheur que vivra la femme si elle est coupable.
En prononçant deux fois le mot « Amen ! » (première mention dans la Bible) = « Qu’il en soit ainsi », la femme s’en remettait totalement au jugement divin et reconnaissait la gravité de la situation. Sa culpabilité, sans preuves formelles (v 13), serait sanctionnée par la stérilité et l’opprobre, mais pas par la lapidation avec son amant, comme dans un cas d’adultère avéré (Lév 20.10). L’Ancien Testament vient modérer les coutumes païennes, comme pour la loi de vengeance « œil pour œil, dent pour dent » qui remplaçait la coutume de renchérissement de la vengeance sur le tort subi (pour un œil crevé, on crevait les deux yeux, pour une dent cassée, on décapitait !). Il faut attendre le sermon sur la montagne de Jésus (Mat 6.31-32 et 38-39) et son pardon accordé à la femme adultère (Jn 8.3-11), pour saisir toute la bienveillance de Dieu envers les femmes, considérées par lui comme ses enfants à l’égal des hommes, et appelées comme eux à la repentance et au salut. (Gal 3.28).
Cette loi de l’ordalie ne semble pas avoir été souvent appliquée. Elle paraît déjà abandonnée au moment de la chute de Jérusalem en 586 avant JC. Peut-être, au retour de l’exil, fut-elle remise en vigueur dans le souci de pureté et de fidélité des Juifs redécouvrant la Loi avec Esdras et Néhémie. Mais à l’époque de Jésus on n’en reparle pas.
Au-delà de la loi sociale, on peut se demander ce que ces prescriptions signifient au plan spirituel. Dans la Bible le thème de l’adultère et des relations conjugales est extrêmement présent. L’union de l’homme et de la femme, voulue par Dieu dès l’origine (Gn 2.18,24), devient peu à peu dans la conscience des croyants, le symbole de l’union de Dieu avec son peuple (Os 3.1 ; Ep 5.22-27 ; Ap 19.7). C’est pourquoi, pour l’homme et pour la femme qui sont « images de Dieu », l’union ne peut être rompue sans altérer l’image de l’amour fidèle de Dieu pour sa créature et pour son peuple, qu’ils sont appelés à transmettre. D’où la sévérité de la Parole de Dieu sur l’adultère humain, puni de mort dans l’AT, car spirituellement, se séparer de Dieu qui est amour et vie, c’est courir à la mort éternelle. La loi d’ordalie que nous propose ce texte des Nombres pourrait alors inviter chacun, homme ou femme, à s’interroger sur l’état de sa relation avec Dieu, sur son alliance avec lui. La jalousie du mari, en dehors du soupçon injustifié, peut être vue comme une image de l’amour de Dieu : il réclame l’exclusivité de l’affection de sa créature (Jac 4.5) qui a fait alliance avec lui. Que nous soyons homme ou femme, nous sommes unis au Seigneur dans une relation d’amour qui réclame notre fidélité. En cas de chute, le texte invite à accepter de reconnaître notre infidélité dans la repentance et l’humilité, et à nous tourner vers celui qui nous aime d’un amour indéfectible, pour y trouver le pardon (1 Jn 1.9 ; 2.1), et la purification (symbolisée par les eaux amères). Sinon, notre vie de croyant risque de rester stérile !
4- 6.1-21 : Le naziréat était un sacerdoce spécial, volontaire et temporaire, qui consacrait à Dieu celui qui
prononçait ce vœu. Les trois prescriptions indiquées, abstinence de tout produit de la vigne, chevelure libre, et
interdit du contact avec la mort, avaient pour but de permettre le développement de la vie dans toute sa richesse,
pour la consacrer entièrement au service de Dieu.
L’abstinence des produits de la vigne n’était pas une ascèse qui restreindrait la vie du naziréen. La vigne était devenue depuis la Genèse avec l’histoire de Noé (Gn 9.20-21), le symbole de la vie sédentaire, avec ses tentations d’ivresse et de plaisir(2 Ti 3.4), qui font perdre la lucidité, le discernement du bien et du mal, et éloignent de Dieu. Le naziréen devait revenir à une vie complètement dépendante de Dieu, comme les Hébreux nomades en faisaient l’expérience dans le désert. A la différence du sacrificateur qui s’abstenait de boire du vin durant son service au temple, le naziréen devait éviter tout contact avec tout produit de la vigne. Le parallélisme fait dans la structure du texte avec le contact d’un mort semble accréditer l’idée d’impureté que la vigne provoquerait : l’homme ou la femme (voir la mère de Samson) consacré(e) à Dieu est « saint », « séparé » du monde (c’est le sens du mot nazir). Il doit éviter tout ce qui peut le couper de Dieu et de Sa sainteté. Est-ce de ce parallélisme et de la similitude d’aspect (liquide rouge), que vient l’assimilation du vin au sang impur, qui souille celui qui le touche ?
La chevelure dont la pousse est laissée libre, devient le symbole de la puissance de vie que la consécration à Dieu procure au naziréen : l’Esprit de Dieu peut agir en lui librement et le rendre pleinement disponible au service de Dieu. L’importance de cette prescription est suggérée par sa place au centre du parallélisme de ces lois.
Le contact avec un mort annulait le vœu du naziréen, qui devait le renouveler en repartant à zéro : se raser la tête, accomplir les rites de purification, et trois sacrifices : l’holocauste d’un agneau pour l’adoration, une brebis pour le pardon de son état de pécheur, un bélier pour l’action de grâce. On comprend que les naziréens pauvres aient eu besoin d’aide financière de la part des Juifs plus fortunés, comme Paul y consentit à la demande de Jacques à Jérusalem (Ac 21.24-26).
Nous ne connaissons que deux hommes consacrés à vie au naziréat, dès leur conception, Samson et Samuel, pour des sacerdoces de juge (= libérateurs) et de prophète. Amos (2.11) associe le naziréat au prophétisme, comme Jean-Baptiste semble l’avoir vécu.
Pour le peuple des croyants de la fin des temps, qui désire être consacré au service de Dieu et être prêt à accueillir son Sauveur, les lois du naziréat sont à prendre au sérieux, non pas littéralement, mais dans leur esprit. La consécration au Seigneur réclame l’attachement de l’être tout entier à la volonté de Dieu, donc la séparation de tout ce qui peut éloigner de Dieu et provoquer la mort spirituelle : idolâtries de toute nature, passions aliénantes, relations corruptrices, conceptions matérialistes ou coutumes superstitieuses. En contrepartie, la consécration du cœur au Dieu de la Vie permet le plein épanouissement du croyant, le remplit de la force de l’Esprit et de l’amour du prochain, pour annoncer la Bonne Nouvelle (= prophétiser ), et pour témoigner de la « libération du péché » qu’on trouve en Jésus-Christ.
5 - v 22-27 : Bénédiction
Le passage concernant les lois relationnelles se termine par la formule de bénédictions, indiquée par l’Éternel lui-même, et toujours utilisée au fil des siècles. Cette formule comprend trois prières : la protection (24), la grâce (25), la paix (26), que procurent la révélation et la présence de Dieu au milieu de son peuple.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Dans quel état d’esprit et dans quel but observons-nous (les adventistes) les prescriptions d’hygiène alimentaire de Lév 11 ?
- Comment abordons-nous les cas d’infidélité conjugale dans l’Eglise ? Comment les traiter avec justice et amour ? Comment aidons-nous les couples à se pardonner mutuellement ?
- En quoi notre foi et notre consécration personnelles nous séparent-elles du monde ? En quoi favorisent-elles notre épanouissement et celui de l’Eglise ? Comment notre entourage en bénéficie-t-il ?
- Lorsque nous invoquons la bénédiction de Dieu, que cherchons-nous profondément ?
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25.09.2009
Etude 1 Nb 1-4 Nouvel ordre
Etude n°1 : Nombres 1-4 (03 10 09) Un nouvel ordre des choses
« Cela leur est arrivé à titre d’exemple et fut écrit pour nous avertir, nous pour qui la fin des siècles est arrivée (1 Co 10.11)
Introduction générale
Le livre des Nombres est le quatrième du Pentateuque, ensemble attribué à Moïse et constituant la Loi aux yeux des Juifs. Il est symétrique au livre de l’Exode, par rapport au Lévitique. Comme l’Exode il reprend le récit des pérégrinations dans le désert du peuple sorti d’Egypte, en l’entremêlant de lois et de dénombrements du peuple.
(Illustration : Yann Arthus-Bertrand, Terre vue du ciel)
Plan :
Ch 1 à 10.10 : Préparatifs du départ du Sinaï
Ch 10.11 à 22.1 : Voyage du Sinaï aux plaines de Moab
Ch 22.2 à 36.13 : Séjour dans les plaines de Moab
Le récit ne suit pas forcément une chronologie systématique ; il a de grandes lacunes au cours des 38 ans qui suivirent la révolte de Kadès. Seuls quelques points significatifs de l’état d’esprit du peuple sont rapportés, car le peuple vit en état de rupture avec Dieu, comme en état de mort spirituelle : plus de circoncision, plus de célébration de la Pâque, murmures et révoltes, idolâtrie, débauche, malgré les efforts de Moïse, pour guider son peuple vers la terre promise et vers Dieu.
Observons
Le contexte
Sorti d’Egypte et en possession d’une loi, d’un lieu de Rencontre avec Dieu et d’un rituel cultuel (livres de l’Exode et du Lévitique), le peuple peut maintenant marcher vers la Terre Promise. Il doit donc être organisé militairement comme une « sainte armée » de l’Éternel. C’est pourquoi Moïse reçoit l’ordre de recenser tous les hommes capables de porter les armes ou de servir au Tabernacle.
Le texte
Quatre chapitres de dénombrement introduisent le livre.
1 : Recensement des douze tribus
2 : Assignation des places des tribus au repos et en marche
3 : Recensement des Lévites
4 : Place et Fonctions des Lévites dans le sanctuaire
Plan des différents chapitres
Chapitre 1 : Recensement des tribus :
V 1-4 : Ordre de Dieu
V 5-16 : Chefs des tribus
V 17-46 : recensement
V 47-54 : ordre de Dieu de ne pas recenser les Lévites avec les autres tribus .
Chapitre 2 : Emplacements des tribus
V 1-2 : Ordre de regroupement des tribus par trois autour du sanctuaire
V 3-9 : Première division : Trois tribus issues de Léa, avec Juda comme chef principal, placées en avant-garde à l’est.
V 10-16 : Seconde division : trois tribus issues de Léa et Zilpa, Ruben comme chef, placées en centre droit au Sud
V 17 : Lévites, Sacrificateurs avec Moïse et Aaron, au centre, et autour du sanctuaire
V 18-24 : Troisième division : Trois tribus issues de Rachel, avec Ephraïm, et au centre gauche et à l’ouest
V 25-31 : Quatrième division : Trois tribus issues des servantes, avec Dan comme chef, en arrière –garde et au nord.
V 32-34 : Total des troupes, sans les Lévites, mis à part sur l’ordre de Dieu.
Chapitre 3 : Recensement des Lévites
V 1-4 : Famille sacerdotale d’Aaron
V 5-10 : Fonctions des Lévites assistants des sacrificateurs
V 11-13 : Substitution des Lévites aux premiers-nés du peuple
V 14-16 : Recensement des Lévites par rapport au nombre des premiers-nés à racheter
V 17-37 : Les trois familles des Lévites, leur place autour du Tabernacle
V 38 : Place de Moïse et des sacrificateurs devant le sanctuaire
V 39-43 : Dénombrement des Lévites et des premiers-nés
V 44-51 : Substitution des Lévites aux premiers-nés.
Chapitre 4 : Fonctions des Lévites, par ordre décroissant d’importance
V 1-20 : les Kéhathites, porteurs des meubles du Tabernacle : arche, autel des parfums, chandelier, table des pains.
V 21-28 : les Guersonites : porteurs de la Tente du sanctuaire, des rideaux et couvertures.
V 29-33 : les Merarites, porteurs des planches, piliers, socles, cordages, ustensiles secondaires
V 34-45 : Total des membres de chacune des trois familles de Lévites, sous la direction de Moïse et Aaron.
Comprenons
Dans nos Bibles, le livre des Nombres tient son nom des quatre premiers chapitres où est consigné le recensement du peuple au pied du Sinaï. La Bible hébraïque l’intitule « Dans le désert », reprenant les premiers mots du livre. Ce dernier titre convient mieux à l’ensemble du livre qui couvre les trente-huit ans de marche dans le désert du Sinaï, après le don de la loi et la construction du Tabernacle (Ex 40 .17).
Dieu organise le peuple pour que sa marche vers la terre promise manifeste à tous les peuples que l’Eternel leur Chef et Libérateur est présent au milieu d’eux, et pour que chacun connaisse sa place et son rôle au service de Dieu.
Le recensement des douze tribus concerne les hommes en état de porter les armes(1.3), dont sont exclus les Lévites consacrés au service du Tabernacle (1.47-53). Elle est remplacée par le dédoublement de la tribu de Joseph entre ses deux fils Ephraïm et Manassé (1.10, 32-34).
Au chapitre 2, il est intéressant de remarquer le positionnement des tribus au campement et dans la marche, par rapport au Tabernacle.
Un plan sommaire figure en fin de note. Les tribus les plus importantes sont en majuscules.
A l’Est, face à l’entrée du sanctuaire, se situe la tribu de Juda. C’est de cette tribu que sortira le « Shilo », le Messie-Roi, dont David fut le « type » (Ge 49.10). Moïse et Aaron, avec les sacrificateurs seuls autorisés à pénétrer dans le sanctuaire, en gardent l’entrée. Leurs serviteurs les Lévites entourent le Tabernacle sur les trois autres côtés. Ainsi Dieu peut déclarer qu’ « Il habite au milieu de son peuple » (Ex 29.45-46 ; Lév 26.11-12).
Pour la marche les tribus se suivent comme au repos, en allant de l’est au nord dans le sens des aiguilles d’une montre. L’avant-garde est constituée de Juda, puis viennent Ruben et ses frères ; la tribu de Lévi portant l’arche et le tabernacle marchent au centre. Suivent Ephraïm et ses frères, Dan et ses frères ferment la marche en arrière-garde.
Le recensement et les fonctions des Lévites détaillés aux chapitres 3 et 4, ont pour but de distinguer du reste du peuple tout ce qui touche au service du Tabernacle, donc à la sainteté de Dieu. Il s’agit de bien imprégner les esprits de cette notion de sainteté de Dieu, absolument incompatible avec la nature pécheresse de l’homme.
Les précautions prises pour le transport des objets du sanctuaire cherchent à protéger les Lévites du contact avec les objets sacrés symbolisant la présence de Dieu. Dieu enseignait ainsi qu’Il est le Tout-Autre, que les hommes ne peuvent pas saisir ni voir sans mourir car ils sont pécheurs (Nb 4.15, 17-19 ; Ex 33.20).
Un dernier recensement, celui des premiers-nés, devait permettre de savoir combien devaient être rachetés, en cas de nombre supérieur à celui des Lévites (Nb 3.12-13).
Tous les premiers-nés étaient consacrés à Dieu (Ex 13.2), pour maintenir vivant le souvenir de la dixième plaie d’Egypte et la reconnaissance pour leur salut.
Dieu lui-même ordonne de leur substituer la tribu des Lévites, (Nb 3.12-13), pour soulager les failles, assurer le service du sanctuaire, et transformer en bénédiction la malédiction qui pesait sur la tribu depuis le temps des patriarches (Ge 49.5-7). La violence manifestée par Lévi dans l’affaire de Dina, avait été canalisée au service de la cause de Dieu au moment du veau d’or(Ex 32.29), et se trouvait transformée en engagement et consécration au service des sacrificateurs et du sanctuaire.
La consécration à Dieu des premiers-nés est une caractéristique du peuple d’Israël. Les peuples païens pratiquaient l’immolation du fils aîné en sacrifice douloureux pour s’acquérir les faveurs de la divinité. En Israël, la consécration des premiers-nés, comme des prémices des récoltes, manifestait la reconnaissance du fidèle pour les bénédictions déjà reçues.
Les Lévites furent substitués aux premiers-nés (Nb 3.41,45), dont le surnombre fit l’objet d’une rançon en argent payée aux sacrificateurs (3.48-49, 51).
Quel sens donner à ce passage ?
Le verset à mémoriser de 1 Co 10-11 nous invite à chercher ce que ce récit de recensement peut signifier pour nous, peuple de Dieu à la fin des temps !
Comme les Hébreux, nous avons reçu la révélation de la Loi et de son accomplissement en Jésus-Christ. Comme eux, chacun de nous a scellé par le baptême son alliance avec Dieu. Comme eux, nous sommes en marche vers la Terre Promise du Royaume éternel. Comme pour eux, Dieu habite parmi nous par son Saint-Esprit (1 Co 3.16 ; 6.19).
Pierre nous dit que nous sommes un peuple de sacrificateurs pour Dieu (1 Pi 2.5), ce que Jean confirme dans Ap 1.6.
Les ordres de Dieu donnés pour le peuple à Moïse dans le désert peuvent s’appliquer spirituellement pour le peuple des croyants à l’approche du retour du Christ.
Le recensement du peuple « armée de Dieu » pourrait correspondre à ce que nous appelons le « jugement préliminaire ». Avant le retour de Christ, Dieu recense son peuple, le rassemble et le scelle de son Esprit pour le garder jusqu’à son avènement. Cela peut se comprendre depuis la Pentecôte jusqu’à la fin du monde, (les apôtres faisaient débuter les temps de la fin à ce moment), mais cela peut aussi se comprendre d’après les prophéties datées de Daniel 8-9, et une lecture historique et symbolique de l’Apocalypse 3 à 7, à partir de 1844, selon les recherches du Mouvement Adventiste. Dans le scellage des 144000 (Ap 7), nous retrouvons les douze tribus d’Israël, symboles de l’ensemble du peuple des croyants : Juda, d’où le Christ est issu, vient en tête (v 5), comme dans le dénombrement au désert, Joseph est mentionné à la place de son fils aîné Ephraïm, et Lévi est inclus à la place de Dan* qui a disparu (v 7-8). Ce scellage permet aux croyants de « subsister » dans le désert spirituel où est plongée la terre au temps de la fin (Ap 6.17).
Comme les sacrificateurs placés à l’entrée du sanctuaire, seuls habilités à y pénétrer, les croyants, sacrificateurs de Dieu (1 Pi 2.5), sont à la fois les gardiens de la Révélation divine, et ceux qui en permettent l’approche et l’accès au reste de l’humanité.
*La disparition de Dan s’explique symboliquement à cause de l’histoire de cette tribu : c’est la seule à avoir contesté son héritage en Canaan et à s’être acquis au nord de Canaan, un territoire plus grand, au-delà des limites fixées par Dieu au prix du massacre d’une ville paisible (Jos 19.47). Jéroboam y établit un culte idolâtre du veau d’or (1 Rois 12.28-29), pour ne pas avoir à se rendre au temple de Jérusalem, trop éloigné et situé en territoire rival du royaume de Juda.
Dans le livre des Nombres une place et une fonction précises sont assignées à chaque tribu dans le repos comme dans la marche. Dans les temps de la fin, Dieu voudrait-il assigner à chaque dénomination chrétienne une place et une fonction spécifiques dans la marche vers son Royaume ?
Si l’on considère l’histoire de l’Eglise à travers les siècles et la vision de Jean sur les sept Eglises (Ap 1 à 3), on peut discerner le rôle joué par chaque dénomination. L’église apostolique a répandu l’Evangile dans tout le bassin méditerranéen, l’église catholique, malgré ses dérives doctrinales, a permis la conservation et la transmission des Ecritures dans les monastères durant tout le Moyen-Age ; la Réforme a redécouvert le salut par la foi et a mis la Bible à la portée de tous ; les églises issues du mouvement de réveil au 19ème siècle ont diffusé la Parole dans le monde entier en la traduisant dans de très nombreuses langues. Elles ont redécouvert le baptême évangélique, l’observation du sabbat comme jour de repos biblique, et l’espérance du retour de Jésus-Christ. Parmi ces églises, le Mouvement Adventiste a reçu et accepté la mission de « préparer au Seigneur un peuple bien disposé (Luc 1.17), qui « garde les commandements de Dieu et la foi de Jésus » (Ap 14.12).
Comme les Lévites ont reçu une fonction spéciale au service du Tabernacle, les croyants de la fin des temps ont tous une mission de servir Dieu auprès des autres, en révélant par leurs paroles et par leur vie, l’amour de Dieu Créateur et Sauveur, et le respect dû à sa sainteté (Ap 14.7). Comme le serviteur fidèle (Mt 24.45), ils ont à « donner la nourriture » spirituelle dont l’humanité a besoin « au temps convenable » dans le désert de la fin des temps.
Enfin, la substitution des Lévites aux premiers-nés et le rachat de ces derniers nous renvoient à l’œuvre de Jésus-Christ, qui pour racheter son peuple, symboliquement premier-né spirituel parmi les humains, s’est substitué sur la croix à l’homme pécheur et l’a arraché à l’esclavage du péché en lui donnant la Vie, pour son service.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Par quoi se discerne mon appartenance au peuple de Dieu ? Est-ce à mon attachement à la « bannière » (Nb 2.2) d’une dénomination ? Ou à mon attitude vis-à-vis des autres, manifestant la présence de Dieu et son amour inconditionnel ?
- Suis-je conscient et heureux de la place et de la fonction que Dieu m’a assignées au sein de mon église et /ou de ma famille ? Comment puis-je les assumer de façon à rendre honneur à Dieu ?
- Savoir que Dieu recense son peuple, donc me recense, est-il un sujet de crainte ou de joie ? Pourquoi ?
- En quoi puis-je être serviteur de Dieu cette semaine ?

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