24.12.2006
Etude n°13a : La fin des commencements : Gn 42-45
Observons le contenu de ces chapitres
Ch 42 : Première rencontre de Joseph et ses frères à l’insu de ces derniers. Exigence de Joseph de faire venir son frère Benjamin. Refus de Jacob.
Ch 43 : 1-15 : Juda persuade son père en se portant garant de Benjamin.
16-28 : seconde entrevue entre les frères et Joseph qui reste dans l’incognito
29-34 : vive émotion de Joseph et accueil chaleureux dans un festin.
Ch 44 : 1-13 : Joseph teste les sentiments fraternels de ses frères par une ruse
14-34 : dernier test de Joseph et aveu de Juda de s’être porté garant du retour de Benjamin auprès de leur père.
Ch 45 : 1-15 : Joseph se fait reconnaître, et pardonne à ses frères.
16-28 : retour des frères auprès de Jacob, heureux de retrouver son fils Joseph.
Ch 46 : Descente de la famille de Jacob en Egypte où elle est accueillie par Joseph
Ch 47 : 1-12 : Installation de la famille en pays de Gochên avec l’accord de Pharaon.
13-26 : gestion de l’Egypte au profit de Pharaon.
27-31 : dernières volontés de Jacob mourant.Ch 48 : Bénédiction des fils de Joseph par Jacob.
Ch 49 : Bénédictions prophétiques des fils de Jacob par leur père. Sa mort.
Ch 50 : Funérailles de Jacob en Canaan. Fin de l’histoire de Joseph, qui prophétise le retour en Canaan sous la conduite de Dieu.
Au centre de cette histoire, se trouve le pardon accordé par Joseph à ses frères : Joseph atteint le paroxysme de la maturité et de la grandeur spirituelles !
Comprenons
Le moment est venu après deux ans de famine générale en Egypte et dans les pays voisins, de reprendre l’histoire de Jacob et ses fils. 22 ans se sont écoulés : Joseph avait 17 ans à son arrivée en Egypte (37.2). 13 ans après il devient premier ministre à 30 ans (41.46), il y a eu 7 ans d’abondance et au moins deux ans de famine. Comme Abraham dans des circonstances semblables (ch 12.10), Jacob pense à chercher du secours en Egypte, véritable grenier à blé de l’Antiquité, pourvoyeur de vivres pour les peuples, ce qui justifie le nom égyptien de Joseph.
Dans le long récit de ces chapitres, relevons les détails qui nous permettent de comprendre le cheminement spirituel des personnages.
Chapitre 42v 4 : Jacob n’envoie pas son dernier fils Benjamin, seul fils de Rachel qui lui reste : il a reporté sur lui l’affection qu’il avait pour Joseph, qu’il croit mort.
v 6 et 9 : Les frères se prosternent devant Joseph dès leur premier voyage, réalisant le premier des rêves de Joseph, sans le savoir.
v 7-9 : Le silence de Joseph et sa dureté sont destinés
-à provoquer en eux un sentiment de crainte propre à éveiller leur conscience
-à sonder leurs sentiments et leurs relations entre eux.
Joseph agit ici en vrai gouverneur d’un Pharaon Hyksos, qui redoutait l’envahissement de l’Egypte dont les Hyksos s’étaient eux-mêmes emparé auparavant (leur domination dura d’environ 1730 à 1555 av JC). Cela explique ses accusations d’espionnage et la méfiance qu’il affiche envers des étrangers.
v 10-13 : Les détails donnés par les frères sur leur famille renseignent Joseph sur sa situation : tous sont encore en vie l
v 15-17: La première épreuve d’emprisonnement est destinée à mettre les frères dans les conditions semblables à la captivité qu’ils ont fait subir à Joseph dans sa citerne, non par esprit de vengeance, mais pour les amener à réfléchir et à rechercher les causes profondes de leur malheur. Ils n’y manquent pas, ce qui est signe du travail secret de leur conscience pendant toutes ces années devant l’affliction de leur père ! Ils reconnaissent leur faute jusque-là cachée (v 21) devant Joseph qui comprenait tout à leur insu (v 23).
Ruben marque par ses accusations contre ses frères combien il a souffert de leur désobéissance à son conseil d’aîné, mais aussi il révèle qu’il se désolidarise en partie de la disparition de Joseph qu’il croit mort en captivité.
v 23 : Les pleurs de Joseph prouvent que sa sévérité ne vient pas d’un désir de vengeance mais de son amour pour ses frères qu’il veut sonder et sauver avec leur collaboration, et pas de force I
v 25 : En même temps qu’il cherche à les inquiéter par ses menaces et l’emprisonnement de Siméon comme otage, il cherche à les toucher par des marques de bonté, destinées à les interpeller et les préparer à la résolution de la situation.
v 28 : La découverte de l’argent du blé acheté est mal interprétée par les frères. Travaillés par leur mauvaise conscience, ils n’y voient qu’un présage funeste, un signe de la colère de Dieu.
Combien de fois considérons-nous comme punition d’une faute ce qui n’est en fait qu’un geste de miséricorde de Dieu : par exemple, sortis indemnes d’un accident où on a perdu sa voiture, ne nous écrions-nous pas : - Qu’est-ce que j’ai fait à Dieu pour subir cela ? au lieu de le remercier pour la vie sauve!
Le sentiment de culpabilité déforme les faits et aveugle le coupable sur la bonté de Dieu !
v 36 : Les soupçons de Jacob sur la responsabilité de ses fils dans la disparition de Joseph viennent au grand jour, maintenant qu’il se voit privé aussi de Siméon et peut-être en plus de Benjamin.
v 37-38 : C’est d’abord Ruben, comme pour Joseph, qui intervient en faveur de Benjamin, en offrant vies pour vies : ses deux fils à la place de ses deux frères. Dans la mentalité orientale, c’était très généreux de sacrifier sa propre descendance pour sauver ses deux frères.
Dans notre mentalité cela paraît impensable de croire que Jacob aurait pu accepter un tel marché : comment la mort de ses deux petits-fils aurait-elle consolé Jacob de ne pas voir revenir ses deux fils? Ce ne serait plus deux hommes en plus de Joseph qu’il perdrait, mais quatre I C’est pourquoi il refuse net !
Chapitre 43
v 3 et 8 : De nouveau, c’est Juda qui intervient en second pour résoudre le problème. A la différence de Ruben, il s’offre lui-même pour subir le châtiment paternel s’il revient sans Benjamin. En cela, il est un type, une préfiguration de Christ, offrant lui-même sa vie pour sauver ses frères les hommes.
v 14 : Jacob confie ses fils à la protection de Dieu et accepte sa volonté pour eux et pour lui. Sa longue vie de souffrances ne lui a pas fait perdre la foi.
v 18 : Traités rudement la première fois, les frères prennent l’invitation à aller dans la maison de Joseph comme un signe d’une incarcération proche, à cause de l’accusation de vol qui plane sur eux au sujet de l’argent retrouvé dans leurs sacs.
v 19 : Ils vont tenter le tout pour le tout, en rendant spontanément l’argent.
v 23-29 : La réponse de l’intendant et l’accueil qui leur est réservé leur sont totalement incompréhensibles. Ils auraient dû être intrigués et mis sur la voie par la mansuétude et la foi en Dieu que manifestent l’attitude et les paroles de l’intendant de Joseph. Mais ils sont sous le choc de la surprise et de la crainte.
v 26 : Une seconde fois se réalise le rêve de Joseph, ses frères sont prosternés devant lui I
v 30 : La vive émotion de Joseph et son amour pour le jeune frère qu’il revoit au bout de 20 ans se traduisent par des pleurs plus ou moins bien cachés.
v 32-34 : Chacun prend son repas à une table à part. Joseph en tant que premier ministre, les hébreux en tant que bergers et étrangers qui ne peuvent être mêlés aux Egyptiens très soucieux de leur hygiène (voir 46.34).
Pourtant les frères sont stupéfaits de voir que l’on semble bien les connaître : ils ont été placés par rang d’âge ! Pourquoi aussi Benjamin est-il plus honoré qu’eux? Ces mystères intrigants doivent préparer dans leur cœur le moment de reconnaissance mutuelle après une dernière épreuve.
La préférence manifeste de Joseph pour Benjamin est aussi destinée à sonder les cœurs de ses frères : sont-ils toujours aussi jaloux des fils de Rachel ? Joseph, abusant de son pouvoir, manipule ses frères en accusant Benjamin de vol, mais en leur offrant l’occasion de l’abandonner, il les pousse à révéler quel sentiment domine leurs cœurs.
v 9-10 : Leur bonne foi les fait renoncer à la vie de l’éventuel coupable et à leur propre liberté. L’intendant adoucit leur proposition en n’acceptant que l’esclavage du présumé coupable. La situation de Benjamin sera ainsi exactement la même que celle de Joseph, 20 ans plus tôt !
v 13 : La douleur et la fidélité dont ils font preuve en retournant avec Benjamin témoignent en faveur des frères.
v 14-34 : Dans tout ce passage Juda prend et garde le rôle prépondérant qu’il s’est engagé à tenir près de son père, et qui fera de Iui l’héritier de la promesse de lignée royale.
v 16 : Dieu nous a démasqués, nous sommes coupables : en réalité ils sont innocents dans la situation présente, mais leur conscience les reconnaît coupables envers ce frère qu’ils ont vendu comme esclave autrefois. La position désespérée où ils se trouvent leur apparaît comme le juste châtiment de leur crime passé, C’est un cri d’aveu, suivi de la proposition d’être esclaves avec Benjamin. Ils se solidarisent cette fois avec leur jeune frère.
v 17 : Joseph pousse l’épreuve jusqu’au bout en leur donnant la possibilité de partir sans Benjamin. Ces tests manipulateurs montrent que Joseph n’échappe pas à la condition humaine pécheresse qui fait que l’on abuse du pouvoir que l’on a lorsqu’on se trouve en situation de l’exercer sur les autres.
v 18-34 : La réponse touchante de Juda qui rapporte les propos de son père et s’offre comme esclave à la place de son frère (v 33) achève de montrer le changement de leur cœur : ils n’ont plus de jalousie envers les fils de Rachel, ils ne pensent plus à Ieur intérêt personnel, mais ils ont compassion de leur père et s’offrent à la place de Benjamin.
Leurs sentiments sont vraiment changés, Joseph ne peut plus contenir son émotion. Ses frères sont sortis vainqueurs de leurs épreuves.
Question pour une application dans la vie chrétienne- Dans les difficultés de relations dans l’Eglise, est-ce que je critique la faute des autres, ou est-ce que j’examine ma propre part de responsabilité, pour tenter de résoudre le problème ?
- Comment ne pas manipuler ceux dont j’ai la responsabilité, et être solidaire d’eux pour améliorer une éventuelle situation de conflit ?
- Suis-je prêt à considérer l’intérêt des autres ou de ma communauté avant mes propres intérêts et mon ambition personnelle ?
Chapitre 45- La reconnaissance entre les frères (ch 27 d’ « Itinéraires de croissance)
A- 1-15 : La fin du « Commencement »![]()
Observons
Texte : Construction en parallèles concentriques :
a) v 1-2 : émotion de Joseph qui veut rester seul avec ses frères
b) v 3-4 : Joseph se fait reconnaître comme celui qu’ils ont vendu
c) v 5-8 : Plan de salut de Dieu
b’) v 9-13 : Joseph se fait reconnaître comme le gouverneur d’Egypte
a’) v 13-15 : émotion des retrouvailles entre frères.
Le texte central (5-8) joue sur des répétitions : Dieu m’a envoyé (3x), garder en vie, assurer un reste, survivre par une grande délivrance (= 3x l’idée de vie), et sur un contraste entre le v 5 où Joseph est « vendu » et le v 8 où il est « établi père de Pharaon, seigneur de toute sa maison, gouverneur du pays ». On a le même contraste entre les versets 4 et 9, et entre l’épouvante du v 3 et les pleurs et l’embrassade du v 15.
Comprenons
Contexte : La transformation du cœur des frères s’est opérée au fur et à mesure des épreuves qu’il leur a fait subir (42.15-17) : l’emprisonnement avait mis les frères dans une condition semblable à la captivité de Joseph dans le puits. Il les avait amenés à réfléchir et à rechercher les vraies causes de leur malheur. Leur conscience leur avait déjà parlé devant l’affliction de leur père, et maintenant (42.21) elle leur fait avouer leur faute. Joseph a cherché à les interpeller par des gestes de bonté incompréhensibles pour eux, mêlés à des accusations injustes, destinées à leur faire prendre conscience de leur dépendance, de leur besoin de pardon et de grâce. En même temps il sonde leur capacité à se donner pour quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes (44.16.33). Alors que dans la situation présente ils sont innocents, ils s’avouent coupables (44.16) : la situation désespérée où ils se trouvent leur apparaît comme le juste châtiment de leur crime passé, selon la croyance hébraïque qui fait du péché la cause directe du malheur. A cet aveu, ils ajoutent une proposition de solidarité avec le plus jeune frère : ils s’offrent comme esclaves. Ils montrent ainsi qu’ils n’ont plus de jalousie pour les fils de Rachel, ils ne pensent plus à leur intérêt personnel, ils sont compatissants envers leur père. Devant une telle transformation, Joseph ne contient plus son émotion.
Texte :
Sections a) et a’) : Le moment des retrouvailles et du pardon ne peut se vivre que dans l’intimité. C’est pourquoi Joseph éloigne toute présence étrangère au problème et laisse libre cours à son émotion (2, 14-15). Une démarche de pardon bouleverse l’affectivité avant même la raison. L’accolade entre les frères finit par vaincre les dernières résistances dues à la peur et au remords (3b) ou à l’étonnement devant un pardon aussi complet de la part de la victime.
v 3-4, 12 : Joseph doit insister pour convaincre ses frères de son identité.
Sections b) et b’) : Joseph se fait d’abord reconnaître comme victime, pour que ses frères aient pleinement conscience de leur culpabilité et de leur incapacité à s’en libérer eux-mêmes. Le chemin de vie passe par l’acceptation de sa culpabilité face à Christ, et de sa dépendance totale du pardon et de la grâce de Dieu. Le pardon de Joseph était acquis à ses frères dès le début de leurs rencontres, sans qu’ils le sachent. Pour être efficace, il fallait que les frères prennent conscience de leur culpabilité et de leur incapacité à s’en libérer eux-mêmes. Après leur aveu d’impuissance et leur don d’eux-mêmes à celui dont ils étaient dépendants pour leur vie, ils peuvent saisir le pardon offert avec reconnaissance comme leur seule bouée de salut et de libération.
Le pardon de Dieu, comme celui de Joseph, est acquis à tous depuis longtemps, (depuis la mort et la résurrection de Jésus), mais il ne peut bénéficier qu’à des cœurs assoiffés de le recevoir.
Joseph se fait ensuite reconnaître comme seigneur qui promet d’accueillir, et protéger sa famille. Après avoir déstabilisé, il rétablit et restaure. De même Christ, après avoir fait prendre conscience à l’homme pécheur de sa culpabilité, offre pardon et protection pour vivre une nouvelle relation avec lui.
v 15 : Le pardon de Joseph est tellement extraordinaire que les frères n’osent y croire, il leur faut l’accolade et les pleurs des deux fils de Rachel pour pouvoir s’associer à la joie de la réconciliation.
C’est une merveilleuse parabole du chemin du salut que nous propose Dieu : nous sommes dans la même situation que les frères de Joseph, coupables envers Dieu et souvent rebelles pour l’avouer. Par les épreuves de la vie, Dieu nous conduit à reconnaître notre état de pécheurs et à saisir son pardon salvateur. Avons-nous autant de mal que les frères de Joseph à laisser la joie de la réconciliation entrer dans nos coeurs transformés ?
Section centrale c) : Joseph va au devant des remords de ses frères en leur découvrant par trois fois le plan de salut de Dieu pour les déculpabiliser (v 5, 7-8).
La construction et les répétitions de ce passage insistent sur l’action de salut de Dieu. Joseph déculpabilise ses frères par la révélation du sens caché de toute leur aventure. S’ils sont responsables de leurs sentiments contre Joseph et de la vente de leur frère, tout le reste ne leur appartient plus : Dieu a tout fait concourir au bien de chacun (Rm 8.28) : d’un mal il a fait sortir du bien. Il a établi Joseph au pouvoir (8), car il voulait aussi sauver ses frères et son père, en faire des « rescapés » de la famine (10-11) par sa grâce.
Joseph, par ses paroles et son attitude, est un « type » de Jésus, envoyé par Dieu auprès de ses frères, les hommes coupables de l’avoir rejeté, crucifié ou méconnu. Il offre pardon, restauration et vie à ceux qui dans la repentance acceptent de venir à lui et de le reconnaître avec joie comme leur Sauveur et leur Seigneur.
Questions pour une application dans la vie chrétienne- Par les épreuves de la vie, Dieu nous conduit à reconnaître notre état de pécheurs et à saisir sa grâce. Comment réagissons-nous à nos épreuves ? Les considérons-nous comme des châtiments de sa part, plus ou moins justes ? Ou savons-nous, comme Joseph, y discerner son action libératrice et formatrice, son projet de vie pour nous ?
- Joseph a voulu se faire reconnaître par ses frères dans l’intimité, avant une reconnaissance officielle (v 16-20) : Comment manifestons-nous notre appartenance à la famille de Dieu : nous contentons-nous des cultes et rencontres ecclésiales, ou vivons-nous une relation intime et profonde avec Dieu dans le secret de nos cœurs, qui nous pousse à agir auprès des autres avec amour, pardon et compassion ?
- A la mort de Jacob, les frères se retrouvèrent seuls face à Joseph et se laissèrent à nouveau envahir par la crainte de sa vengeance (50.15-18). Comment accueillons-nous le pardon de Dieu : avec réticence, incrédulité, crainte du jugement dernier, reconnaissance et joie ? Comment cela se manifeste-t-il concrètement dans nos relations interpersonnelles en famille, au travail ou en église ?
Pour témoigner : Les querelles de famille sont extrêmement fréquentes même entre chrétiens. Le meilleur témoignage est de suivre l’exemple de Joseph envers ses frères, ou l’exemple du père de la parabole du fils prodigue envers ses deux fils. Que Dieu nous donne patience, discernement, maîtrise de nos pulsions de haine ou de rancœur, pour entrer dans un chemin de pardon libérateur, au sein de nos familles et de nos communautés. Ainsi se réalisera la parole de Jésus : « A ceci tous connaîtrons que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13.34-35)
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Etude n°13b : La fin des commencements, Gn 46-50
Genèse 45 (suite)
B- v 16-28 : L’accueil de Pharaon
Heureux du bonheur de son ministre, Pharaon se montre généreux pour sa famille. Le pays de Gochên était propre à l’élevage, situé à l’est du delta du Nil. En donnant aux Hébreux cette région d’Egypte, le Pharaon permettait à des éleveurs étrangers d’entrer dans le pays, sans se mêler aux Egyptiens proprement dits, qui avaient en horreur cette profession incompatible avec leur niveau de raffinement et de propreté (46.l4b). La bienveillance de Pharaon pour ces éleveurs étrangers s’expliquerait par sa propre origine étrangère et sans doute sémite ou hittite (= hyksos).
Les Hyksos venus du nord de l’Asie mineure, importèrent le char et les chevaux (46.29), ainsi que le goût de la guerre dans une Egypte pacifique et raffinée, dont ils adoptèrent très vite la civilisation. Pourtant ils furent haïs des purs Egyptiens, qui réussirent à les chasser et transformèrent la vie des Hébreux, comme on le verra dans l‘Exode. Dieu, en permettant à Pharaon d’isoler son peuple du reste de I’ Egypte, tentait de préserver l’intégrité de sa foi au cours de son accroissement.
v 24b : Les recommandations de Joseph à ses frères pendant le voyage montrent que tout esprit de dispute n’avait pas disparu en leur sein, comme Ruben l’avait laissé entrevoir (42.22). Il craignait qu’ils ne s’accusent mutuellement, en se rappelant le passé. Ils ont été pardonnés, mais se pardonnent-ils à eux mêmes et mutuellement ? Leur attitude de crainte à la mort de Jacob (50.15) fera comprendre qu’ils n’ont pas encore saisi toute l’ampleur du pardon de Joseph.
C’est une bonne illustration de la phrase du Notre Père : Pardonne-nous nos offenses comme aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Tant que nous n’avons pas compris ni accepté le pardon de Dieu, et éprouvé ses bienfaits, nous restons incapables de nous pardonner à nous-mêmes et aux autres.
Questions pour appliquer dans la vie chrétienne
- Où en sommes-nous dans nos relations avec les autres, parents, enfants, voisins, collègues, frères et sœurs dans la foi ? Le pardon de Dieu est-il à la base de ces relations ? Comment le vivre concrètement aujourd’hui?Genèse 46 : Descente en Egypte de la famille de Joseph
Observons
a) 1-7 : sortie de Canaan et promesses de Dieu à Israëlb) 8-27 : recensement du clan hébreu à l’arrivée en Egypte
c) 28-34 : Jacob retrouve son fils Joseph
Comprenons
a) Au moment de quitter le pays promis à sa famille, Israël sent le besoin de se tourner vers Dieu, là où ses pères avaient aussi adoré (21.33 ; 26.25). Il veut s’assurer de l’approbation de Dieu avant cette décision importante pour la famille, et par le sacrifice, il marque son attachement à l’alliance avec Dieu.
Dieu parle à Israël et lui ordonne de quitter le pays, comme il avait ordonné à Abraham d’y entrer. En lui parlant dans une vision nocturne, Dieu met Israël au rang de ses prophètes (Nb 12.6), à qui il dévoile l’avenir, et promet sa présence et sa direction en Egypte et au retour en Canaan. En annonçant que c’est en Egypte que le clan deviendra une « grande nation », Dieu confirme la longue durée de leur séjour prédite à Abraham (Ge 15.13-16).
b) La liste des chefs de clans dans la «famille de Jacob » (v 27) mentionne 70 hommes dans le texte hébreu, d’une façon peut-être symbolique, pour marquer la plénitude de la tribu immigrée à l’époque de Joseph. La traduction grecque des Septante la dit plus nombreuse, déjà sur le point de devenir un peuple, dont sont mentionnés les noms des chefs de famille de chaque tribu, même s’ils sont nés plus tardivement qu’à l’installation.
c) Les retrouvailles émouvantes entre le père et le fils « perdu » nous renvoient immanquablement à l’accueil du « Fils prodigue » de Luc 15, avec cette différence que l’exil de Joseph n’était pas voulu et n’avait pas été une déchéance pour lui ! Joseph prend à cœur l’installation de sa famille en Egypte, pour lui rendre l’intégration plus facile, sans perdre son identité. Il veut profiter de l’aversion des Egyptiens contre les nomades et leurs métiers qui touchent au bétail, pour que son peuple puisse se développer en paix dans un secteur du pays assez isolé, dans le delta du Nil. Il y sera aussi à l’abri des influences de l’idolâtrie égyptienne.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comment associer Dieu à mes décisions d’installation de logement ou de déménagement ?
- Quels sont mes critères spirituels de choix en matière d’habitation, ou d’implantation d’église ?
- Comment laisser s’exprimer l’émotion de retrouvailles, sans en être submergé ?
Genèse 47
Observons
1-12 : Accueil de la famille de Jacob par Pharaon
13-26 : Administration de l’Egypte par Joseph pendant la famine
27-31 : Dernières années et volontés de Jacob.
Comprenons
Pour présenter sa famille à Pharaon, Joseph choisit seulement cinq de ses frères : le chiffre 5 marquait en Egypte un signe particulier de l’honneur que l’on voulait rendre à quelqu’un (43.34 ; 45.22).
La salutation de Jacob est rapportée comme une bénédiction sur Pharaon (v 7 et 10) : à la simple salutation s’ajoute peut-être une bénédiction d’un homme plus âgé sur un plus jeune, et d’un homme qui a conscience que sa famille a été appelée à être en bénédiction pour toutes les nations, car elle est porteuse des promesses de salut (12.2-3).
Jacob a 130 ans lors de son arrivée en Egypte ; à 147 ans à sa mort, il est le plus jeune des patriarches (Abraham vécut 175 ans, Isaac 180 ans) mais il ressent sa vie comme remplie de malheurs et d’épreuves (v 9). Il en oublie devant Pharaon de marquer sa reconnaissance pour le soutien de l’Eternel qu’il y a reçu !![]()
Au centre du chapitre le tableau de l’administration de Joseph (voir fin du ch 26 de « Itinéraires de croissance ») sert à montrer le contraste entre la famille de Joseph qu’il fait prospérer, et les Egyptiens qu’il appauvrit jusqu’à les rendre esclaves, au profit de Pharaon. Le népotisme était peut-être considéré comme normal à cette époque, mais ici Joseph semble de marbre devant les souffrances du peuple égyptien, acculé par la famine à vendre ses troupeaux et ses terres, puis à se vendre lui-même au Pharaon pour garder simplement la vie.
Nulle mention de l’Eternel dans cette gestion du pays par Joseph qui agit ici en simple vizir du roi d’Egypte, soucieux du profit avant tout autre considération ! Cette attitude de la part d’un Pharaon hyksos (ce sont eux qui importèrent les chevaux en Egypte, v 17) et de son ministre hébreu contribua à la haine des Egyptiens contre cette dynastie étrangère, et contre les Hébreux. Au changement de dynastie, les vrais Egyptiens, retrouvant le pouvoir, en profitèrent pour retourner la « monnaie de leur pièce » aux Hébreux, en les soumettant à un dur esclavage (Ex 1.8, 11-13).
L’installation et la prospérité de la famille de Jacob en Egypte n’ont pas fait oublier au patriarche qu’il y est un étranger, et que la promesse de bénédiction de Dieu concernait le pays promis Canaan. Il fait jurer à Joseph (v 29) selon le mode de serment antique, sur ce qu’il y a de plus précieux, ici les sources de la descendance (les organes génitaux), représentant donc pour eux les sources d’une vie éternelle terrestre : par ce geste on prend à témoin du serment la descendance de celui à qui on prête serment. Jacob ne veut pas de sépulture en Egypte, mais dans le pays promis par Dieu. Ayant obtenu ce qu’il souhaitait, Jacob assis dans son lit, se prosterne, en inclinant la tête appuyée sur le « chevet » (mitté en hébreu) de son lit, ou selon les Septante ou Hé 11.21 « sur l’extrêmité de son bâton » (matté en hébreu).
Questions pour une application dans la vie chrétienne :
- Ai-je conscience que ma foi en Dieu m’appelle à être en bénédiction pour ceux qui m’entourent ? Comment puis-je le rendre manifeste dans mon comportement envers tous, petits ou grands, importants ou humbles ?
- Quel « goût dans la bouche » me laisse le rappel de mon passé, de mon âge ? Comment en faire une occasion de témoigner de mon appartenance au Créateur et de ma reconnaissance pour sa direction aimante ?
- Ai-je le souci comme Jacob de reposer éternellement dans la Canaan céleste que Dieu a promise à ma foi ? De quoi ou de qui dépend la réalisation de cette promesse ?
- Quel est mon comportement vis-à-vis de ceux qui dépendent de moi : favoritisme, exploitation, justice ? Comment dans ce domaine social être un ambassadeur de Jésus-Christ, un gestionnaire à l’ « image de Dieu » ?
Genèse 48
Observons
Le chapitre est consacré tout entier à l’adoption par Jacob des deux aînés de Joseph.
1-7 : Rappel de la promesse de Dieu et volonté de Jacob d’en faire profiter les deux fils de Joseph, à l’égal de ses propres fils.
8-12 : présentation des deux fils à Jacob
13-22 : bénédiction inversée de Jacob sur Ephraïm et Manassé.
Comprenons
En adoptant les deux fils de Joseph, nés avant son arrivée en Egypte, Jacob en fait des chefs de tribus, comme ses fils. Il reconnaît à Joseph le privilège d’aîné de Rachel, comme Ruben l’est de Léa. Il lui accorde le droit de recevoir « une double part » de l’héritage, en tant qu’aîné. L’autre droit d’aîné qu’est le pouvoir de commander sur ses frères sera attribué à Juda, après l’exclusion des trois aînés de Léa. Ce privilège accordé à Joseph se justifie parce qu’il est l’aîné de la femme préférée, perdue trop tôt (v 7), et qu’il s’est montré « le père » sauveur de toute la famille. Jacob n’ayant pas pu avoir autant d’enfants de Rachel que de Léa, essaie d’effacer la disproportion entre la descendance de ses deux femmes.
En croisant ses mains sur la tête de ses petits-fils, Jacob, par une dernière « ruse » inverse les rangs de naissance de ces jeunes gens, transmettant les promesses de Dieu non sur l’aîné, Manassé, mais sur le cadet Ephraïm. Il répète ainsi les substitutions précédentes d’Isaac à Ismaël, et de Jacob à Esaü. Il signifie par là que la grâce de Dieu n’est pas liée aux droits humains (Rm 9.6-8, 16, 25-26).
A Joseph, Jacob attribue une « part » spéciale (v 22) qui par son nom désigne la ville de « Sichem », prise de guerre de ses fils pour « défendre l’honneur » de Dina. C’est là que sera enterré Joseph, au cœur même du territoire échu à la tribu d’Ephraïm.
Question pour une application dans la vie chrétienne
- Qu’est-ce que je cherche à transmettre à mes enfants ? Dans cette transmission, suis-je guidé par mes sentiments, mes préférences, mon sens de la justice, mon désir de faire comprendre la grâce de Dieu ?
Genèse 49 : Bénédictions prophétiques de Jacob sur ses fils
Observons
Le rythme du texte n’est pas celui du récit, mais de la poésie, ou de la parole prophétique. Certaines de ces paroles ne sont pas des bénédictions, mais des prévisions des caractères néfastes qui se développeront dans les tribus issues de ses fils. Les bénédictions sur Juda (8-12) et sur Joseph(22-26) sont les plus abondantes, et sont les seules à faire de ces deux fils des « types » du Messie.
L’émotion de Jacob se manifeste par une parole adressée directement à ses deux aînés, Ruben (3-4), et Joseph (25-26a), et à Juda (9) qui devient le dépositaire des promesses messianiques, après l’élimination de Siméon et de Lévi. Elle se remarque aussi dans l’interpellation angoissée à l’Eternel (18), en aparté, après la vision du sort de Dan.
ComprenonsJacob refuse sa bénédiction à ses trois aînés, Ruben pour son « inceste », Siméon et Lévi pour leur violence perfide à Sichem. Un tel manque de maîtrise de leurs passions les a disqualifiés pour être les dépositaires des promesses divines de salut.
Ruben installé sur la rive gauche du Jourdain, ne jouera pratiquement aucun rôle dans l’histoire du peuple hébreu, Siméon et Lévi seront « dispersés » parmi les autres tribus d’Israël, n’y possédant que quelques villes. Le zèle pour l’Eternel de la tribu de Lévi au moment de l’épisode du veau d’or, lors de l’Exode (Ex 32.25-29, Dt 33.8-11) donnera à cette tribu le privilège d’être consacrée au service de l’Eternel, changeant la « pré-vision » de Jacob en bénédiction.
Juda devient l’aîné et reçoit l’hommage de ses frères en tant que tel. La victoire sur les ennemis, et le commandement royal en Israël lui sont promis. Cette autorité aura pour terme la venue d’un « Chilo » (10). Ce mot fut interprété soit géographiquement pour désigner la ville où fut placé le tabernacle après la conquête de Canaan, mais elle est située dans le territoire d’Ephraïm, soit étymologiquement (= repos) pour signifier la fin de la conquête de Canaan. Ces deux sens n’ont malheureusement pas de rapport logique avec l’idée de souveraineté royale de Juda. Le mot, sans article, prend un sens personnel un « pacificateur » personnage attendu par Jacob pour apporter la paix parmi les peuples, dont les écarts de ses fils aînés laissaient présager les divisions et les violences. Cette espérance messianique, placée au centre de la bénédiction de Juda, rejoint celle qui existait au temps de Noé (5.29), ou d’Abraham (12.3). Juda ne perdra pas sa souveraineté en Israël jusqu’à ce que vienne le Messie qui aura souveraineté sur tous les peuples. Tout au long de l’histoire d’Israël, Juda a joué un rôle prépondérant, comme dans l’histoire des patriarches, même si la royauté lui a échappé bien souvent. Marchant à la première place, étant la plus nombreuse, prenant l’initiative des guerres sous les Juges, elle devient tribu royale avec David, et après le retour de captivité à Babylone, donne son nom au peuple attaché aux lois de Dieu : les Juifs = hommes de Juda.
V 11-12 : la promesse de vin, de lait, d’ânon attaché au cep annonce abondance et sérénité dans un pays de cocagne, où le vin servira comme l’eau ailleurs, pour les usages les plus ordinaires. Dans ces images, les chrétiens ont vu des paroles prophétiques messianiques, faisant allusion à l’ânon des Rameaux, ou par la métaphore du vêtement lavé dans le vin, à la purification des péchés par le sang de Christ versé à la croix (Hé 9.14 ; 1Jn 1.7).
Zabulon, sans rôle important ne reçoit que la désignation de son territoire ;
Issacar est appelé « âne bien charpenté » pour annoncer sa vigueur physique et sa servilité morale. Il sera en effet asservi aux marchands phéniciens et syriens, en leur fournissant des porteurs dans leurs caravanes. Cette tendance à l’asservissement lucratif, déshonorant pour une tribu d’Israël, le fait passer au dernier rang des fils de Léa, alors qu’il était le cinquième fils.Les quatre fils des servantes ne sont pas placés selon leur rang de naissance, mais en deux paires : deux tribus guerrières suivies de deux tribus pacifiques.
Dan signifie « juge ». La prophétie peu élogieuse du v 17 trouvera son accomplissement dans la prise de possession violente et injustifiée du territoire de Laïs (Juges 18.27), après que la tribu se fut jugée trop à l’étroit dans le territoire désigné par le sort (Jos 19.47). La tribu y installa au temps du roi Jéroboam le premier autel au veau d’or, pour remplacer le culte au temple de Jérusalem (le second fut placé à l’extrême sud du royaume d’Israël, à Béthel) (1 R 12.26-30). On peut voir dans l’appel au salut de l’Eternel du v 18, toute l’angoisse de Jacob pour son fils s‘égarant loin du pays promis, y tombant dans l’idolâtrie, et contribuant par là à la mort spirituelle de ses frères des autres tribus, accomplissant comme une « vipère sur le sentier » l’œuvre maléfique de l’ « Accusateur des frères », du « serpent ancien » (Ap 12.9-10), et finalement s’excluant lui-même de la liste des tribus symboliques qui composent les 144000 adorateurs du Seigneur, scellés du Saint-Esprit pour leur rédemption (Ap 7 et Ep 4.30). Par ce vœu, placé au milieu des prophéties concernant ses deux fils guerriers, Dan et Gad, Jacob exprime le souhait que l’Eternel les secourre, comme il l’a secouru lui-même.
Aser et Nephtali se caractérisent par la prospérité, l’agilité et l’éloquence, qualités de tribus paisibles et riches.
Joseph se voit désigné comme le rameau d’un arbre fertile près d’une source. On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec le Psaume 1. Fécondité, prospérité lui sont promises. Comme le patriarche, la tribu aura des ennemis (23), mais saura trouver en l’Eternel, berger et rocher d’Israël, sa fermeté, sa force, son secours (24-25), et de nombreuses bénédictions non seulement temporelles (pluie, fécondité et fertilité, v 25), mais encore spirituelles, éternelles (v 26).
Benjamin a le caractère d’un animal sauvage belliqueux comme le loup. Cette prophétie se réalisera de nombreuses fois ne serait-ce qu’avec le juge Ehud, et le roi Saül.( voir aussi Juges 20 ; 1 Chr 8.40 ; 12.21)
La bénédiction prophétique de Jacob sur ses fils clôt la série de révélations messianiques de la Genèse , qui a commencée à la Création. Peu à peu ont été précisées les limites du plan du salut : celui-ci concerne :
1- L’humanité, postérité de la femme qui a su reconnaître sa faiblesse devant la séduction (3.15)
2- La race de Seth avec le personnage « type » du Messie qu’est Noé le « consolateur » (5.29)
3- La branche de Sem, adorateur de l’Eternel (9.27) qui abritera son frère Japheth sous ses tentes : « type » du salut venu des Juifs et s’étendant aux non-juifs avec le ministère de Paul.
4- La famille d’Abraham, source de bénédictions pour tous les peuples (12.3)
5- La famille d’Isaac (26.1-4) soumise à la volonté de son Père, comme Isaac le fut lors du sacrifice d’Abraham à Morija(22)
6- La famille de Jacob-Israël, luttant avec Dieu et les hommes et remportant la victoire de la foi (32.25-33), devenant le « porteur du nom de Dieu devant les nations »(Ac 9.15)
7- La tribu de Juda, berceau du « Pacificateur des nations » (49.10).
On saura seulement avec la prophétie de Nathan à David, quelle famille dans la tribu de Juda doit devenir la famille royale qui construira le temple où réside l’Eternel (2 S 7.5-16), symbole du Messie où demeure toute la plénitude de Dieu (Col 2.9).
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- De quelle tribu ou lignée suis-je moralement et spirituellement descendant(e) ?
- Comment m’approprier les promesses de salut faites à Juda ou Joseph ?
- Qui est le Messie pour moi : le Pacificateur, le berger, le rocher de ma vie, celui qui lave mon vêtement = qui purifie mon caractère, le Consolateur ?
- Suis-je dans mes choix de vie, mes attitudes et mes paroles « porteur du nom de l’Eternel » devant mon entourage ?
Genèse 50
Observons
Fin du ch 49 v 29 à 33 : Mort de Jacob
1-14 : Deuil et enterrement de Jacob
15-21 : Confirmation du pardon accordé par Joseph à ses frères
22-26 : Mort de Joseph
Au centre de ces récits de morts, ressort le pardon total qui permet la vie.
Comprenons
Jacob après avoir donné ses derniers ordres pour son enterrement en Canaan, expire dans les bras de son fils préféré, Joseph. Celui-ci le fait embaumer à la manière égyptienne, pour que le corps puisse supporter le long voyage de retour en Canaan. Il fait présenter sa demande d’autorisation pour partir enterrer son père, en s’adaptant à la mentalité des Egyptiens, qui préparaient leur sépulture de leur vivant (v 5). Assimilé à la culture égyptienne dans laquelle il vit, il a su garder sa foi en Dieu et sa fidélité à sa famille.
A la disparition de leur père, les frères de Joseph s’inquiètent. Ils n’ont pas compris que le pardon de Joseph était sincère, et indépendant de l’autorité ou de la présence de leur père. Il faut que Joseph les rassure pleinement. Il n’est pas à la place de Dieu, qui seul peut les juger. Comment irait-il à l’encontre de sa volonté de pardon, qu’il a prouvée en dirigeant tout pour le bien et la vie de la famille ?
Ce passage merveilleux de pardon, de consolation et d’appel à la vie et à l’harmonie des relations fraternelles, est placé au centre des récits de deuil, pour donner une lumière d’espérance au moment où s’achève l’histoire des commencements. Joseph est la préfiguration du Christ consolateur qui donne l’espérance de la vie éternelle à ceux qui se confient en lui, en toutes circonstances, même dans les heures les plus sombres de leur histoire.
Au moment de mourir lui-même, Joseph donne à son peuple l’assurance d’un retour au pays promis (24-25), qui leur permettra aussi d’emporter ses restes en Canaan.
Par bien des détails, la vie et le caractère de Joseph préfigurent ceux du Messie, ce qui explique peut-être la place importante donnée à cette biographie dans le livre de la Genèse.
Conclusion du livreL’étude de ce livre des Commencements nous permet de répondre à nos questions existentielles sur l’origine du monde, de la terre de l’homme et de la mort, sur le plan de Dieu pour l’humanité, sur sa volonté de salut, et sur les réponses que les hommes lui ont données en retour. En aucun cas ce livre ne peut être pris pour une information scientifique, ni même historique. Son objectif est ailleurs : nous enseigner quelles relations nous pouvons entretenir avec notre Père céleste et avec nos frères terrestres les hommes. L’histoire de Joseph en est l’illustration la plus claire.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comment ressembler à Joseph dans mes relations avec ceux qui m’ont offensé(e) ?
- Quelles sont les limites de mon intégration à la société qui m’entoure, pour ne pas perdre mon identité de « fils de Dieu » ?
- Puis-je témoigner d’interventions de Dieu dans ma vie, qui m’ont rendu(e) sensible à sa présence bienveillante ?
- Quels bienfaits ai-je retiré de l’étude de ce livre, souvent taxé de « fables sans fondement ni réalité ? M’a-t-elle aidé à croître spirituellement et à améliorer mes relations à l’autre ? M’a-t-elle fait découvrir un nouveau sens à ma vie, une espérance de salut par la grâce de Christ au-delà des faiblesses et turpitudes humaines ? Comment en témoigner concrètement ?
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17.12.2006
Etude n°12 : Histoire de Joseph, Gn 37-39
Histoire de Joseph (Consulter « Itinéraires de croissance » première partie, Ed Vie et Santé)
Genèse 37-39 : De la prison...
Observons
La vie de Joseph est la plus développée des biographies des patriarches de la Genèse, seize chapitres, interrompus par la vie de Juda (ch 38), qui se déroule simultanément à celle de Joseph.
Ch 37 : Dans sa jeunesse, Joseph est vendu par ses frères
38 : Juda et Tamar
39 à 41 : De la prison au palais de Pharaon
42 à 47 : Réconciliation de Joseph avec ses frères
48 à 50 : Bénédictions de Jacob sur ses petits-fils et ses fils, Fins de la vie de Jacob et de Joseph.
Genèse 37
Observons
1-4 : Situation familiale déséquilibrée au foyer de Jacob
5-11 : les rêves de grandeur de Joseph et les réactions de sa famille
12-17 : Joseph à la recherche de ses frères
18-22 : le complot des frères contre Joseph
23-28 : Joseph vendu par ses frères et emmené en Egypte
29-35 : Les frères trompent leur père et lui font croire à la mort de Joseph
Comprenons
Le récit est très bien construit et rend compte des causes profondes du drame
En donnant quelques éclaircissements sur les sentiments qui agitent les cœurs.
La situation familiale
Joseph, le fils préféré de Jacob, se conduit en enfant gâté, en rapportant à son père les fautes de ses aînés. La préférence marquée par le don d’une tunique bigarrée qui met Joseph à part, exaspèrent les frères et les pousse à la haine envers leur cadet.
La responsabilité d’Israël-Jacob est grande dans cette situation qu’il crée par inconscience des répercussions psychologiques de ses actes dans la fratrie.
Les parents au sein du foyer, et les responsables au sein de leur église sont invités par ces quelques versets à s’interroger sur leur préférence affichée pour certains enfants ou membres, au détriment des autres : les querelles internes qui font souffrir toute la communauté familiale ou ecclésiale ne seraient –elles pas provoquées par leurs attitudes ou leurs paroles dénotant un favoritisme aveugle et inconscient pour certains, qui donnent aux autres le sentiment de n’être ni aimés ni reconnus ?
Les rêves de JosephLe texte biblique ne cache rien des dysfonctionnements de la famille de Jacob : préférences, jalousies, manque de discrétion, rêve de puissance, haine, qui tous aboutissent au désir de meurtre des frères et à l’élimination de Joseph. Dieu n’apparaît pas dans ce chapitre, et semble absent des préoccupations de chacun, sauf peut-être de Joseph et Jacob, attentifs à la répétition du même rêve sous des formes différentes. Joseph a-t-il retenu des récits de son père que Dieu lui avait parlé plusieurs fois en songes ? Son père et lui voient sans doute dans cette répétition un signe de Dieu, derrière l’expression du désir de grandeur de Joseph, même si ce n’est pas dit expressément..
Jacob préférait Joseph comme fils aîné de sa bien-aimée Rachel. Il devait se demander si Dieu ne le désignait pas pour être l’héritier de la promesse d’Abraham qui lui avait été répétée à son retour en Canaan : “ Il y aura des rois parmi tes descendants ” (35.11).
Le personnage de Joseph est assez ambigu : sensible à la voix de Dieu, profitant de la préférence de son père pour lui rapporter les faits et dires de ses frères, trop naïf ou imbu de lui-même jusqu’à raconter ses deux rêves de grandeur, sans tenir compte de la haine marquée de ses frères. En est-il seulement conscient ?
Joseph a 17 ans, et il se conduit comme tout adolescent : il cherche sa place dans la famille et la société, il a un vague souci de Dieu, mais, finalement ,il est complètement fermé aux sentiments et réactions des autres à ses propres actes et paroles tous centrés sur lui-même. Egoïsme et désir de grandeur sont les deux piliers de la vie de celui qui n’a pas encore rencontré personnellement son Dieu.
Qu’en est-il de nous ? Qui dirige notre vie et nos paroles ? Comment chercons-nous à nous faire valoir devant les autres ?
Le passage à l’acte
Jacob non plus, ne paraît pas conscient des ravages causés par sa préférence pour Joseph, dans le coeur de ses fils. Lui aussi est dirigé par ses désirs, et manque de discernement dans sa conduite et dans les sentiments de ses fils : Pourquoi envoyer Joseph “ surveiller ” ses aînés qui le détestent ?
Les frères manifestent leur intention de tuer et de mentir (v 19b), et par deux fois révèlent l’origine et la motivation de leur projet : empêcher les rêves de Joseph de se réaliser (v 19 et 20c). Ruben s’interpose pour garder Joseph en vie. Il est sans doute plus conscient de l’horreur du meurtre. Il a compassion de Joseph et de Jacob, qu’il a déjà gravement offensé en couchant avec sa concubine Bilha (35.22). Il a peut-être aussi peur qu’on lui fasse porter la responsabilité de ce crime, car il est l’aîné. Sa solution de mettre Joseph dans une citerne vide va être adoptée momentanément. Mais bizarrement, Ruben est absent au moment crucial de la vente de Joseph aux caravaniers (v 29-30). S’est-il mis à l’écart du repas pour éviter de “ voir ” et d’être accusé de complicité ? C’est possible. La politique de l’autruche n’est jamais payante : ce qu’il a voulu éviter lui retombe dessus : il devient complice effectivement et participe aux mensonges de ses frères pour cacher leur crime.
Juda intervient aussi, mais plus par intérêt que par compassion, car il a participé au repas tranquillement à côté de la citerne où Joseph ne devait pas rester silencieux ! (42.21).
Son intérêt s’est éveillé à la vue de la caravane : pourquoi ne pas profiter du passage de ces marchands pour conclure une bonne affaire, se débarrasser définitivement de Joseph, tout en en tirant un profit financier, et en l’abaissant complètement, lui qui rêvait de les diriger !
Sans le savoir, ces deux frères et les caravaniers sont les instruments de Dieu qui protège la vie de Joseph afin que son plan de salut pour cette famille et pour le monde se réalise (45.5-8).
- Dieu poursuit, envers et malgré tout, les projets qu’il a établis, car il est fidèle à ses promesses. Nos infidélités engendrent bien des difficultés dans l’accomplissement de ce plan divin, mais Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment (Romains 8.28). Les défauts et les épreuves de chacun sont utilisés pour la réalisation du plan de Dieu. Dans nos vies les épreuves sont parfois le résultat de nos mauvais choix, mais toutes peuvent nous amener à rechercher la présence de Dieu et à être ses serviteurs même inconsciemment. Comme pour les frères de Joseph, et Joseph lui-même nous ne le comprenons souvent que fort tardivement !![]()
- Celui qui recherche Dieu, ou est attentif à ce que Dieu lui envoie, comme Joseph semble l’avoir été, peut s’attendre à son soutien physique ou moral dans les moments difficiles. Les rêves de grandeur se sont écroulés momentanément pour Joseph dans la citerne. Mais ayant conservé la vie, il a pu voir la main de Dieu sur lui et affermir sa confiance en lui.
- Ce récit est à mettre en parallèle avec Philippiens 2.6-11 : Joseph est un “ type ” prophétique de Jésus. Comme lui, Jésus a eu la meilleure place auprès de son Père. Il a été abaissé jusqu’à l’extrême, la mort n’étant pour Joseph que l’emprisonnement dans la citerne. Il a été élevé à la plus haute place par la résurrection et l’ascension, et tous s’inclinent devant sa Seigneurie, comme Joseph est devenu vice-roi devant qui tous se prosternaient.
- Par l’abaissement de notre orgueil, si nous restons attentifs aux promesses de sa parole, Dieu nous permet d’apprendre notre dépendance de sa bonté, et notre solidarité avec les plus petits de nos frères.
Les mensonges des frères
Non contents d’avoir éliminé leur frère, les onze vont mentir avec toute une mise en scène destinée à faire croire à Jacob à un accident. De plus ils poussent l’hypocrisie jusqu’à chercher à le consoler ! Que de fois pour cacher une faute, nous l’aggravons par une succession d’actes contraires à la vérité que Dieu nous demande de respecter. Pour satisfaire nos désirs coupables nous faisons souffrir autour de nous comme les frères firent souffrir sans scrupules, Joseph, puis leur père.
Mais Dieu est puissant pour transformer et sauver les cœurs rebelles, comme nous le verrons dans la suite de l’histoire. Un jour ou l’autre il se place en travers de leur route et les appelle à revenir à lui !
Le symbole de la tunique
Cette tunique offerte par Jacob à son fils préféré est appelée “ robe en plusieurs pièces ” ou “ à longues manches ” ou encore “ multicolore ”. On ne sait pas très bien ce que signifie le mot rare dans la Bible utilisé pour la qualifier. La rareté du mot indique la rareté de l’objet ! C’est pourquoi on a traduit par “ une tunique de luxe ”.
Elle symbolisait l’affection rare de Jacob pour son fils, les ambitions sociales de Jacob et de Joseph, le caractère orgueilleux et prétentieux de Joseph. La première chose que font les frères, c’est d’en dépouiller Joseph, donc lui ôter tout signe de distinction, pour le mettre au moins à un pied d’égalité avec eux. On sait qu’ils allèrent plus loin, puisqu’ils le mirent nu dans la citerne, comme Jésus fut dépouillé de sa tunique sans couture, d’une seule pièce (Jean 19.23) pour être cloué nu sur la croix. Joseph, comme chacun de nous, doit passer par le dénuement total de son cœur pour comprendre son besoin de Dieu !
La tunique trempée dans le sang illustrait pour les frères de Joseph et pour son père sa mort violente et accidentelle. Lors de notre baptême, nous mimons la mort de notre caractère et de notre vie sans Dieu, en nous unissant à Christ par une mort semblable à la sienne (Romains 6.3-6). Notre tunique (= notre être profond) est comme “ plongée dans le sang de l’Agneau ”. Mais comme Joseph nous ressortons de la citerne (= l’eau du baptême) nus et neufs pour commencer une nouvelle vie dépendante de la seule grâce de Dieu, et non des “ vêtements luxueux ” que nous nous donnons nous-mêmes.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Quels sentiments m’habitent dans mes relations avec les autres, au sein de la famille et au sein de l’église ? A qui est-ce que je ressemble le plus parmi les fils de Jacob, Ruben, Juda ou Joseph ? Comment éviter d’imiter leurs défauts ?
- Quelle est mon attitude vis-à-vis des jeunes chez moi ou à l’église ? Comment puis-je être pour eux une aide dans la construction de leur personnalité et de leur foi ?
- De quelle « tunique » suis-je habillé : celle que les hommes (ou moi-même) m’ont fait endosser ou celle que Christ m’a offerte à mon baptême ?
Genèse 38 : Juda et Tamar
Observons
Le récit de la vie de Joseph s’interrompt pour parler de la vie de Juda :
1-11 : Juda et ses fils fondent famille avec des Cananéennes ; mort des deux aînés.
12-23 : Ruse de Tamar pour enfanter de Juda
24-30 : Juda confondu par Tamar qui met au monde deux jumeaux.
Comprenons
Le récit de la vie de Joseph est interrompu par un épisode de la vie de Juda qui chronologiquement remplit tout le temps écoulé depuis la vente de Joseph jusqu’à l’établissement de la famille en Egypte, soit environ 22 ans : vendu à 17 ans, Joseph fit venir son père en Egypte à 39 ans.
Le récit est rapporté ici pour peut-être donner une explication du transfert de la famille en Egypte. Déjà l’inceste de Ruben avec une femme de la génération précédente (35.22) et l’attitude de Siméon et Lévi après l’enlèvement de leur sœur par un Sichémite (34.25) avaient révélé l’influence des mœurs dépravées et violentes des Cananéens sur les fils d’lsraël. Maintenant l’histoire incestueuse de Juda avec Tamar, jeune femme de la génération suivante, montre combien il est urgent d’arracher cette famille porteuse des promesses divines à la contamination de l’immoralité et de l’idolâtrie des Cananéens.
Juda et ses fils avaient pris pour femmes des Cananéennes et commençaient à adopter leurs pratiques, en oubliant les promesses divines dont ils étaient porteurs. En effet Juda devait respecter la loi du lévirat (qui apparaît ici pour la première fois et sera rappelée en Dt 25.5-6), pour donner à son aîné une descendance héritière des promesses divines. Mais par peur de perdre son troisième fils, il évite de lui donner Tamar comme épouse. Son amour pour son fils a été aveuglé par la superstition. Il n’a pas compris le sens de la mort de ses deux fils aînés. Lorsque le texte biblique dit que ces hommes sont considérés comme « mauvais » par l’Eternel, il fait comprendre qu’ils se livrent à l’idolâtrie (voir les rois d’Israël, par exemple 2 R 8.18, 27). En attribuant ces morts à l’Eternel, le texte montre que la voie de l’idolâtrie ne peut conduire qu’à la mort, car seul Dieu est la Vie. La plupart du temps, ces versets ont été lus au seul sens moral, pour condamner à travers « l’onanisme », les "déviances sexuelles" de la masturbation et du « coït interrompu », sans discerner que la condamnation biblique porte sur l’attitude spirituelle envers Dieu dont de tels actes peuvent encore témoigner.
A aucun moment Juda n’a pensé à Dieu, ni dans le choix de son épouse, ni dans celui de l’épouse de son fils aîné, ni dans le devoir de lui donner une descendance. De plus, en allant vers une prostituée publique (v 14-15), Juda pratiquait peut-être inconsciemment le culte de la déesse Astarté qui s’accompagnait de prostitution sacrée. Il faisait passer aussi son plaisir personnel avant toute autre considération.
Tamar la cananéenne, de son côté, se révèle plus attentive que Juda à ses engagements envers elle. Par sa ruse, elle utilise au risque de sa vie (v 24), le seul moyen à sa disposition, pour donner une descendance à la famille de son mari décédé, et par là bénéficier des promesses divines de bénédiction et de prospérité. Son geste désespéré, au-delà de toute morale, manifeste sa foi dans ces promesses et son désir profond d’en bénéficier.
Ainsi de ce récit ressort la grâce de Dieu qui accepte l’effort de Tamar pour entrer dans son plan, et qui fait du fils qu’elle a eu de Juda, Pérèts, l’ancêtre de la lignée royale de David, donc de Christ (Voir Ruth 4.18-22 et Matthieu 1.3). Comme son nom le suggère, Pérets a ouvert une brèche dans la lignée juive du Christ : Tamar sa mère, est la première femme païenne à entrer dans le peuple élu, et même dans l’ascendance du Messie !
Questions pour une application dans la vie chrétienne :
- Mon désir de Dieu est-il aussi ardent que celui de Tamar ? Comment se manifeste-t-il ? Quels préjugés doit-il surmonter pour s’exprimer ?
- Avant de juger de la moralité des actes des autres, suis-je disposé(e) à chercher à comprendre ce qu’ils signifient de leur état d’esprit intérieur ? Comment, en tant que témoin de l’amour inconditionnel de Dieu, puis-je pratiquer la parole de Dieu : « L’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur » (1 Sa 16.7) autant pour moi-même que pour les autres ?
- Suis-je plus « royaliste que le roi » en refusant l’entrée dans l’Eglise à des personnes qui me semblent agir de façon non-conforme à la « bonne moralité » ? Comment concilier les critères de conversion fixés par l’Eglise avec l’enseignement de ce texte au sujet de l’accueil d’ "étrangers" dans la communauté ?
Genèse 39 : Joseph chez Potiphar![]()
Observons
1-6 : Joseph devient intendant chez le chambellan du Pharaon
7-19 : Résistance de Joseph à la tentation au nom de son respect pour Dieu
20-23 : L’Éternel est avec Joseph jeté en prison
Pour la première fois Joseph parle personnellement de Dieu (v 9) dont le nom est mentionné 7 fois dans le chapitre !
Comprenons
1-6 : Le texte reprend le fil du récit à partir de la fin du chapitre 37. L’auteur prend soin de répéter trois fois la bénédiction du Seigneur dont jouissent Joseph et, à travers lui, son maître Potifar.
C’est exprimer ainsi le changement de cœur qui s’est opéré en Joseph : depuis son séjour dans le puits et son départ comme esclave en Egypte, il a compris que Dieu le protégeait et qu’il pouvait compter sur lui. Cela lui permet de « rebondir » dans l’épreuve, et de se (re)construire psychiquement et spirituellement.
Il entretient une relation étroite avec le Seigneur et cela transforme son attitude envers les autres et envers les faits : au lieu de les considérer avec révolte, il remplit ses devoirs et ses responsabilités avec conscience et honnêteté. Cette attitude le distingue parmi les autres esclaves et porte des fruits bienfaisants pour lui et pour son maître (v 4-6).
7-19 : Ne nous laisse pas tomber dans la tentation I Telle est la prière qu’a pu prononcer Joseph face à la femme de Potifar ! Les femmes Egyptiennes avaient une liberté totale, à l’image de celle des hommes. Il n’est donc pas étonnant que la femme de Potifar ait tenté de séduire le beau et jeune Joseph.![]()
Celui-ci justifie son refus par son devoir de serviteur fidèle à son maître terrestre et aussi à son maître céleste. Il ne peut trahir la confiance que Potifar a placée en lui (v 8-9), et il veut rester attaché au Dieu Saint qu’il sert (v 9b). Pourquoi avait-il le sentiment de trahir Dieu en trahissant son maître Potiphar ? Potiphar en devenant son maître, et en lui confiant l’administration de la maisonnée, devenait pour Joseph un père de substitution, placé auprès de lui par Dieu pour l’aider à croître, à forger sa personnalité, à construire son avenir selon le dessein de Dieu, révélé autrefois dans ses rêves. Coucher avec la femme de Potiphar, mère de substitution, c’était non seulement commettre un adultère trompant la confiance de Potiphar, mais c’était aussi choisir une voie sans avenir : c’était dans une sorte d’inceste, se tourner vers le passé dans une union stérile avec une femme de la génération antérieure, c’était refuser le plan de Dieu pour lui et pour la famille de Jacob.
En effet l’histoire de Joseph représente selon le verset 2 du ch 37, la « postérité de Jacob », postérité spirituelle plutôt que physique, après les écarts des aînés. Au fil de cette histoire, Joseph va passer par toutes les étapes de la croissance spirituelle telle que le Seigneur la désire pour chacun des croyants, et devenir ainsi le « type » du Messie à venir, et de « l’enfant de Dieu », à l’image de son Père.
Potiphar se met en colère, mais sans doute autant contre sa femme que contre Joseph. En effet, dans un tel cas il avait le droit de mutiler ou de faire fouetter Joseph jusqu’à mille coups ! Or il ne semble pas avoir ajouté entièrement foi aux accusations de sa femme, puisqu’il se contente de mettre Joseph dans la prison dont il avait la surintendance comme chef de la police du royaume (39.20), et qui ne devait pas être très éloignée de sa maison. Il continue son rôle de « père » en mettant le jeune homme à l’abri des entreprises de charme et de ruse de sa femme !- 21-23 : Joseph, Intendant de la prison.![]()
Cette nouvelle épreuve n’entame pas la foi de Joseph qui continue à agir selon la volonté de Dieu. Ce qui lui permet de recevoir les bénédictions de la faveur du commandant de la forteresse, sous les ordres de Potiphar, qui lui confie la responsabilité des autres prisonniers, puis de leurs travaux.
Le temps passe. Joseph dans l’exercice de ses responsabilités acquiert non seulement la patience, mais les qualités qui lui seront nécessaires lorsqu’il aura les pleins pouvoirs : l’ordre, l’organisation, le sens de l’humain.
En même temps, les bénédictions qu’il reçoit fortifient sa foi dans la direction de Dieu, mentionnée trois fois encore à la fin de ce chapitre !.
Dieu permet certaines épreuves pour affermir notre caractère et notre confiance en lui. A nous de garder notre relation avec lui malgré tout, pour collaborer avec lui dans cette œuvre de purification du cœur et de formation du caractère.
Questions pour une application dans la vie chrétienne :
- En quoi le fait de croire en Dieu a pu modifier ma façon de considérer les événements de ma vie et ma façon d’agir au travail ou à la maison ?
- Qu’est-ce qui me permet de résister à une tentation très forte ? Pourquoi ai-je du mal à me souvenir que Dieu est toujours prêt à donner les forces nécessaires quand on les lui demande!
- Comment tirer les leçons des expériences difficiles de la vie pour croître dans ma relation avec Dieu et pour affermir mon être intérieur ?
Genèse 40-41 : De la prison... au palais
Observons
Ces deux chapitres détaillent l’ascension spectaculaire de Joseph, donc la mise en route de la réalisation des rêves prophétiques de sa jeunesse.
- 40.1-5 : arrivée et rêves des deux bannis de la cour de Pharaon
6-11 : les deux prisonniers se confient à Joseph, plein de sollicitude
12-19 : Joseph explique les songes prémonitoires des prisonniers
20-23 : réalisation à la lettre des rêves.
- 41.1-8 : les rêves inexplicables de Pharaon
9-13 : témoignage de l’échanson au sujet du don d’explication de Joseph
14-24 : Pharaon fait venir Joseph et lui rapporte ses songes
25-32 : Joseph explique les songes de Pharaon
33-36 : propositions de Joseph pour gérer la crise annoncée.
37-45 : accession de Joseph au rang de « vice-roi » d’Egypte.
46-57 : gestion de l’abondance, puis de la famine par Joseph.
Comprenons
Dieu va accorder à Joseph l’occasion de témoigner de sa foi et de la puissance divine, en prison comme au palais.
- ch 40 : En prison Potiphar qui connaissait les qualités de Joseph et qui voulait sans doute marquer quelques égards à deux officiers disgraciés par le roi, les confie aux soins de Joseph. Celui-ci au lieu d’accomplir sa tâche mécaniquement et égoïstement, se montre plein de sollicitude et d’attention envers ceux qui lui sont confiés (40.6-7), s’intéressant à leur tristesse et leur mauvaise mine ! L’insistance du texte sur l’interprétation des rêves tient à l’importance qu’elle avait chez les Egyptiens qui la réservaient aux seuls prêtres de leurs dieux. En donnant l’explication de leurs rêves aux deux officiers, Joseph devient à leurs yeux prêtre du Dieu qu’il sert, comme Joseph prend bien soin de le proclamer (40.8b comme en 41.16). La réalisation de ses interprétations aurait dû intéresser l’échanson au sort de Joseph. Sans doute dans la joie de son rétablissement a-t-il voulu oublier tout ce qui concernait la période sombre de son emprisonnement. Son oubli de Joseph est un indice de l’ingratitude du cœur humain tourné vers son seul profit. C’est une nouvelle épreuve pour Joseph qui ne doit pas se laisser aller à la rancune, ni à la révolte durant encore deux ans !
- ch 41 : au palais royal deux autres rêves sont donnés à Pharaon par Dieu.
Ils vont permettre au Pharaon :
- de connaître le sort qui attend son pays
- de connaître l’existence et la puissance de Dieu à travers le témoignage de Joseph, appelé par l’échanson (enfin!) pour interpréter le rêve après l’échec des sages égyptiens.
- de reconnaître l’intelligence et la pertinence des solutions proposées par l’envoyé de Dieu (v 38-39).
- d’expérimenter à son profit et à celui de l’Egypte les qualités de gestionnaire de Joseph.
Ces rêves vont permettre aussi à Joseph
- de témoigner de Dieu auprès de Pharaon (v 16),
- de manifester l’intelligence et la sagesse que Dieu lui a données pendant ces 13 ans d’épreuves (v 33-36, 39, 46),
- d’être libéré de prison et établi premier ministre avec tous les honneurs dus à une personnalité de premier plan (v 42-45)
- de fonder une famille en Egypte, sans oublier son Dieu comme en témoignent les noms de ses fils (v 45, 50-52).
Une telle position, de tels pouvoirs de premier ministre pouvaient griser le jeune homme et lui tourner la tête ! Il dut même épouser une Egyptienne, fille d’un prêtre idolâtre du dieu-soleil, Râ (v 45), et porter le nom égyptien de Sauveur du monde ou soutien de vie. Ce nom égyptien est véritablement prophétique puisque Joseph va sauver de la famine et de la mort, non seulement l’Egypte, mais encore toute la tribu familiale, devenant là aussi le « type » du vrai « Sauveur du monde », Christ. Au milieu de ces honneurs, il aurait pu complètement oublier Dieu ! Pourtant le texte nous le montre fidèle à sa conduite de croyant, accomplissant consciencieusement sa tâche de gouverneur avisé et intègre (v 48-49, 56-57). Il sait reconnaître en Dieu son bienfaiteur et son consolateur lorsqu’il nomme ses deux enfants Manassé = Dieu m’a fait oublier mes souffrances, et Ephraïm = Dieu m’a accordé une double postérité. Sa gestion du pays se fait avec sagesse, mais n’échappe pas à la recherche du profit : les réserves de blé ne sont pas distribuées gratuitement, dans un geste humanitaire pour soutenir la vie du peuple, elles sont vendues au profit de Pharaon (v 56-57) ! « charité bien comprise commence par soi-même » dit le proverbe populaire !
Ainsi, Joseph traversa-t-il toutes les circonstances, les yeux fixés sur le Seigneur : le nom de Dieu est mentionné 7 fois dans les ch 39 et 40 pendant l’esclavage et l’emprisonnement, et encore 7 fois au ch 41, près de Pharaon. Joseph n’a cessé d’entretenir une relation intime avec Dieu, cela lui a permis de supporter patiemment travaux et déceptions, d’apprendre à obéir pour mieux commander ensuite, de ne pas nourrir de sentiments négatifs de vengeance et de rancune, et de ne pas s’enfler d’orgueil dans la prospérité. En tout, il a compté sur Dieu, Joseph, le chéri de son père, est devenu esclave, puis a été au sommet de la gloire et de la puissance. En cela il est un « type », une préfiguration du Christ, chéri de Dieu, abaissé à l’extrême parmi les hommes jusqu’à la mort sur une croix, puis glorifié par sa résurrection et son ascension à la droite de Dieu (Philippiens 2,6-11). La vie de tout croyant jeune ou plus âgé, n’est pas à l’abri des coups durs et des tentations. L’exemple de Joseph nous encourage à persévérer dans la confiance en Dieu et la soumission à sa volonté en toutes circonstances.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Quels sont mes sentiments et mes attitudes dans les moments de l’épreuve ? En qui ai-je confiance pour changer de situation ?
- A qui est-ce que j’attribue mes capacités intellectuelles ou professionnelles : à Dieu, à mon hérédité, à mon éducation, à mon travail personnel ?
- Dieu est-il au centre de mes relations familiales ou sociales
- Comment mettre au service de l’église, mais aussi de ma commune, de mon pays, de ma famille les dons que j’ai reçus pour le bien de tous ?
- Suis-je conscient de « l’intérêt » que j’espère retirer de mes actes généreux envers les moins favorisés que moi, ou même envers Dieu ? Comment purifier mes motivations profondes ?
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10.12.2006
Etude n°11 : Jacob devient Israël : Gn 30-36.43
- Genèse 29.31 à 36.43 : Jacob devient Israël
Observons
Ces nombreux chapitres relatent la fin du séjour de Jacob en Mésopotamie et son retour en Canaan :
29.31 à 3O.24 : Accroissement de la descendance de Jacob à cause de la rivalité des deux épouses de Jacob pour enfanter
30.25 à 43 : Accroissement des richesses de Jacob aux dépens de Laban
31 à 32.1 : Départ de Jacob pour Canaan avec difficultés, puis alliance avec Laban.
32.2-24 : préparatifs de Jacob pour rencontrer son frère Esaü.
32.25-33 : Lutte de Jacob avec l’ange
33.1-20 : Réconciliation avec Esaü
34.1-31 : « Crime d’honneur » des fils de Jacob pour venger leur sœur Dina.
35.1-15 : Jacob à Béthel
35.16-29 : Mort de Rachel et d’Isaac.
36. 1-43 : Esaü et sa descendance
Comprenons
A- 20 ans chez Laban
Pendant son long séjour à Haran chez Laban, son beau-père, Jacob a été trompé plusieurs fois par ce dernier. Jacob ne s’est pas privé de lui rendre la pareille. A force d’observation des lois de la nature et de ruses, il a réussi à augmenter considérablement ses biens en 6 ans, après ses 14 ans de service de Laban. Sa famille s’est aussi agrandie de onze fils, nés de deux femmes et deux concubines ! Les deux sœurs pour s’attirer les bonnes grâces de leur époux, ont rivalisé continuellement à qui enfanterait le plus de fils. Rachel étant stérile utilisa la même coutume que Sara autrefois : elle se servit de sa servante comme « mère porteuse ». Léa l’imita pendant une brève période de stérilité, puis enfanta elle-même encore deux fils et une fille. Ce n’est qu’à ce sixième fils de Jacob, que Rachel fut exaucée et donna le jour à Joseph.
Dieu remplit sa promesse de nombreuse descendance, en utilisant les jalousies et les rivalités des deux sœurs, pour tenter de leur faire comprendre que la vie et la fertilité ne dépendent que de lui, et non de leurs stratagèmes ou de leurs croyances populaires dans la vertu des mandragores !
Au bout de 20 ans, Jacob reçoit une révélation personnelle du Dieu qu’il a vu à Bethel (21.3, 10-13). Dieu lui donne l’ordre de rentrer en Canaan, sans doute pour le protéger de la jalousie de Laban et de ses fils. Et Dieu lui révèle (31.12) que c’est à lui seul qu’il doit le renouvellement de son troupeau selon ses voeux, car il lui a révélé les lois de reproduction que Mendel redécouvrira deux millénaires plus tard. La protection de Dieu sur lui va jusqu’à avertir Laban de ne pas toucher à Jacob (v 24)!
Mais une fois encore Jacob va tromper son beau-père en partant à son insu, pour ne pas être retenu ni volé par lui. Ses habitudes de ruse sont vraiment familiales, puisque Rachel aussi dérobe les idoles de son père, à l’insu de Jacob, et ment effrontément pour les cacher aux investigations de Laban (31.33-35). Ces idoles représentaient sans doute les dieux dits protecteurs du foyer, sensés assurer le bien-être à la famille. En désirant les emporter avec elle, Rachel montre que la foi en l’Eternel n’était pas exclusive dans sa famille qui adorait en même temps d’autres divinités secondaires. Jacob, dans son ignorance, prononce une malédiction sur le « voleur » des téraphim (31.32), qui se réalisera peu après, à la naissance de Benjamin, où Rachel perdra la vie (35.16-20).
Pour ne pas envenimer la situation, devant la colère de Jacob qui lui dit « ses quatre vérités », Laban, respectueux de l’avertissement de Dieu, propose d’en rester là, et de conclure une alliance entre eux. Le monument dressé par Laban et Jacob consacre leur accord de non-belligérance, mais aussi la séparation définitive entre les deux branches de la famille, la syriaque ou araméenne de Laban, et l’israélite de Jacob. L’entrée en Canaan exclut pour le peuple d’lsraél toute autre appartenance qu’à Dieu.
Il en est de même pour le croyant, son entrée dans le royaume de Dieu par la foi, exclut tout compromis avec les habitudes de son passé sans Dieu.
Il faut que Jacob le comprenne dans sa vie familiale et personnelle, d’où l’épisode du gué de Jabbok.
Jacob n’a pas cessé pendant ces 20 ans de réussir, en utilisant les combines humaines. Au moment d’entrer en Canaan, par cette séparation d’avec Laban, puis par l’épreuve de la rencontre avec Esaù et le combat avec l’ange, Dieu va lui faire comprendre qu’il doit changer de façon de faire, qu’il doit abandonner tout calcul, pour ne s’appuyer que sur la bienveillance de Dieu, qui l’a soutenu et béni jusque-là.
Lorsque nous entrons dans le pays promis de la vie avec Dieu, il nous est demandé aussi d’abandonner notre confiance naturelle dans nos propres moyens, et de nous appuyer sur Dieu seul par la foi.
B- Les préparatifs de la rencontre avec Esaû (32.2-23)
Ce chapitre est construit selon le schéma classique en hébreu, des parallèles concentriques, qui permet de mettre en valeur, au centre, l’élément essentiel du récit. Ici la prière de Jacob (v 9-12) est entourée des précautions que Jacob prévoit pour conserver une partie de ses biens (v 3-8), et des précautions prises pour amadouer son frère (v 13-21).
Chronologiquement la prière peut se placer soit lorsqu’il est rempli d’une grande frayeur (v 8a), soit plutôt, à cause du caractère calculateur de Jacob qui a dû penser d’abord à tous les moyens humains de sauvegarde, lorsque toute la famille a passé le gué, et que Jacob reste seul pour la nuit.
Comme des anges lui étaient apparus en songe à sa sortie de Canaan 20 ans plus tôt, des anges lui apparaissent à son approche du pays (v 2). D’après le nom qu’il donne au lieu de cette rencontre les deux camps (celui des anges et le sien), il semble avoir vu un nombre impressionnant d’êtres des armées célestes, prêts à le protéger.
Fort de cet encouragement, il envoie un message à Esaù, pour lui signifier son retour, avec humilité puisqu’il l’appelle trois fois son seigneur (6,19,20) et se dit trois fois être lui-même le serviteur d’Esaü (5,19,21). Il lui annonce sa richesse, non par orgueil, mais pour lui signifier qu’il ne revient pas réclamer l’héritage qu’Esaü lui avait vendu, ou pour revendiquer la réalisation de la prophétie reçue d’lsaac au moment de la bénédiction volée : il ne revient pas pour dominer son frère aîné. Il a tout ce qu’il lui faut et ne demande que son pardon (v 6b). Les leçons de son séjour chez Laban ont porté, il n’est plus aussi orgueilleux!
A l’annonce de l’arrivée d’Esaû avec 400 hommes armés, Jacob panique (en oubliant le camp des anges), parce qu’il n’a à lui opposer que ses troupeaux et ses enfants! Son sens de l’organisation lui fait prévoir le moyen de mettre à l’abri la moitié de ses biens, puis d’amadouer son frère par des cadeaux somptueux, dont il ménage l’effet en les échelonnant dans le temps. Humainement parlant, il a tout préparé, mais il se sent toujours aussi fragile.
Pour la première fois, le texte transmet sa prière personnelle au Dieu de ses ancêtres. Après avoir invoqué Dieu sur l’ordre duquel il est parti pour se retrouver dans cette situation fâcheuse, il rappelle la promesse de protection divine (v 10). Avec humilité, il loue la bienveillance et la fidélité de ce Dieu qui lui a permis de s’enrichir (v 11). Dans sa supplique, il avoue sa peur (v 12), et termine sa prière par la reprise de la promesse divine de protection et de nombreuse descendance.
On a donc au centre de cette prière, une action de grâce et une supplique, qui toutes deux manifestent l’humilité de Jacob devant Dieu. Il reconnaît que tout lui vient de Dieu et qu’il reste faible et craintif devant son frère malgré ses préparatifs. Parce qu’il s’en remet entièrement à Dieu, celui-ci va pouvoir intervenir, mais dans l’immédiat pas comme Jacob le pensait !
C- Le combat avec l’ange (à mettre en parallèle avec Romains 7.14-25)![]()
28-30 : le changement de nom et la bénédiction
31-33 : Conséquences de cette rencontre
Ce passage, très sobre dans sa forme, est un des plus profonds de la Bible. au point de vue psychologique et spirituel. Il décrit sous la forme d’un combat réel (les séquelles à la hanche de Jacob en sont la preuve), le combat spirituel de Jacob au moment de franchir une étape importante de sa vie : son retour au pays promis et la confrontation avec son passé en la personne de son frère Esaù.
Jacob a tout fait pour se mettre à l’abri du danger qui le menace, et pourtant il reste angoissé parce qu’il ne sait pas si Dieu est pour lui, et sans doute aussi s’il ne lui reste pas un autre moyen humain auquel il n’aurait pas pensé, pour être sauvé. En réponse à sa prière, il trouve devant lui un adversaire, qu’il ne reconnaît qu’à la fin du combat, apparition semblable à celle que verra Josué devant Jéricho (Josué 5.13-6.5).
On voit dans ce combat, le symbole de la lutte qui existe en Jacob entre son vieil homme calculateur et l’homme de foi qui met sa confiance en Dieu. Le vieil homme, dans ce combat cherchait à se défendre, à justifier ses combines, tandis que Dieu rejetait tous ses arguments et le poussait dans ses retranchements pour l’amener à s’abandonner complètement à Lui.
L’aurore se levant, symbole de la lumière qui se fait jour dans l’esprit de Jacob sur l’identité de son adversaire, le vieil homme est blessé irrémédiablement et ploie les genoux devant Dieu ! Dieu a vaincu toutes ses résistances, Jacob ne peut que tomber dans ses bras (le déboîtement de sa hanche et l’enlacement avec l’ange l’expriment concrètement). Ayant reconnu sa dépendance totale de Dieu pour se tenir debout et marcher, Jacob dans un cri de foi réclame la bénédiction de celui qu’il ne veut plus quitter. Il sait maintenant que sa vie ne dépend que de cette bénédiction (v 30). Son cœur a été complètement changé, comme sa rencontre avec Esaü le révèlera.
Sa blessure à la hanche lui rappellera concrètement qu’il n’a pas à brûler les étapes, mais à marcher, pas à pas, en comptant sur Dieu, en s’appuyant sur le bâton, symbole de la force de la Parole divine.D- Le changement de nom
En demandant son nom à Jacob, l’ange satisfait trois exigences
1- On ne peut pas bénir quelqu’un sans prononcer son nom (voir l’exemple de l’imposition des mains à un baptisé),
2- En donnant son nom à quelqu’un on lui manifestait qu’on se soumettait à lui.
3- Jacob devait reconnaître publiquement qui il était vraiment : le trompeur.
En avouant son péché, il se soumettait au jugement de celui dont il réclamait la bénédiction, c’était un véritable abandon de soi, et une demande de pardon.
Dieu en changeant son nom en lsraël, celui qui lutte avec Dieu et avec des hommes, et qui est vainqueur (v 29), accorde à Jacob son pardon et une nouvelle dignité : il portera le nom de Dieu face aux nations, et une promesse : il sera vainqueur ! lsraël peut aussi signifier Dieu combat donc rend vainqueur celui qui s’en remet à lui (voir Psaume 118.6 et Romains 8.31 : si Dieu est pour nous, qui sera contre nous?)
Pourquoi Jacob demande-t-il le nom de son vis-à-vis (v 30)? Il sait bien à qui il a affaire (v 31)! Sans doute veut-il remercier, en le nommant, celui qui l’a assuré de la victoire. Peut-être aussi a-t-il le désir de mieux connaître son Sauveur ? Cette révélation ne lui sera pas accordée (Hébreux 11.13,39), elle le sera pleinement en Jésus-Christ qui fera connaître le Dieu Sauveur.
Jacob manifeste sa reconnaissance d’avoir été pardonné, béni et transformé, par ces mots émerveillés : J’ai vu Dieu face à face, et je suis encore en vie!
Ce privilège est accordé à celui qui n’offre plus de résistance à l’action de Dieu dans son coeur, qui s’en remet avec confiance à sa direction et marche en s’appuyant sur ses instructions. Au baptême qui marque notre engagement avec Dieu, nous recevons aussi un nouveau nom, celui de Jésus-Christ, en devenant « Chrétien ».
Le soleil s’est levé lorsque Jacob franchit le gué, comme la lumière et la paix de Dieu sont entrées dans son cœur : il peut s’avancer vers son frère, il ne le craint plus!
(Delacroix, Eglise St Sulpice à Paris) ![]()
E- La rencontre des deux frères (chapitre 33)
Elle ne se passe pas du tout comme Jacob l’avait préparée. Il ne se place pas derrière tous ses biens et gens, mais devant sa famille, car il n’a plus peur. Il se prosterne 7 fois en signe de soumission totale et de profond respect, il reconnaît ainsi la domination de son frère aîné.
Esaü déjà intrigué favorablement par les troupeaux rencontrés sur le chemin (v 8), manifeste l’émotion de ces retrouvailles, en courant à la rencontre de Jacob, en l’embrassant et en fondant en larmes! Lui le dur, le violent, il est soudain désarmé et doux comme un agneau devant l’absence de revendications de son frère!
• il ne se glorifie pas de sa nombreuse famille : c’est Dieu qui la lui a accordée (v5)
• il avoue son premier désir d’acheter la bienveillance de son frère (v 8);
• il transforme son stratagème en geste de générosité et de reconnaissance, en offrant ces cadeaux à Esaü, parce qu’il a manifesté à l’égard de Jacob une bienveillance semblable, à ses yeux, à celle de Dieu !(v 10-1 1).
Pourtant Esaü ne manifeste pas de foi particulière en Dieu : il n’a parlé que de son abondance de biens, sans en attribuer l’origine à Dieu. Son coeur n’est-il touché que par l’émotion des retrouvailles et l’affection fraternelle? Dieu, à l’insu d’Esaü, a travaillé son cœur. L’absence de rancune et de vengeance d’Esaü apparaît à Jacob comme le signe et l’effet de la bienveillance, de la bénédiction de Dieu sur lui.
Il nous est possible aussi de voir dans tout acte de bonté envers nous, même de la part de non-croyants, un reflet de la bonté de Dieu.
Esaü propose d’accompagner son frère, soit par désir de lui être utile à son retour dans un pays habité par les Cananéens, soit par un reste de méfiance à son égard : il veut s’assurer du lieu où il va s’installer.
Jacob, blessé à la hanche et accompagné de jeunes enfants, et de troupeaux, sait qu’il ne pourra pas marcher au pas des hommes d’Esaü. Il sait aussi que l’Eternel le garde et qu’il n’a pas besoin d’une escorte armée.
F- Arrivée et installation en Canaan (33.17 à 34.31)
Contrairement à ce qu’il annonce, il n’ira pas vers le pays de Séir, trop au Sud et en dehors du pays promis, où il n’a rien à faire. Mais aussi, contrairement à son voeu de Bethel, il s’installe à Succoth, puis à Sichem, suffisamment longtemps (environ 10 ans) pour acheter maison et terre, et permettre à sa fille dernière-née d’être en âge de se marier. En effet, à son retour en Canaan, l’aîné de ses fils a 12 ans, le dernier, Joseph, a 6 ans. Dina a à peine 5 ou 6 ans.
Cette longue installation avant de remplir son voeu, s’explique peut-être par l’idolâtrie qui règne encore dans la famille. Elle empêche Jacob, le seul converti, d’adorer le Seigneur d’un cœur totalement consacré à lui.
Ce manque de consécration totale à Dieu est peut-être la cause profonde de la réaction des fils de Jacob au mariage de leur sœur Dina avec le prince de Sichem. Ils n’ont pas compris que leur attitude était révélatrice de leur manque de relation avec Dieu, et portait un contre-témoignage à ce Dieu nouveau pour les Sichémites, qu’ils prétendaient honorer. N’ayant pas appris à mettre Dieu à la première place, et à considérer les autres avec respect et franchise, ils reproduisent le défaut majeur de leur père, la duplicité, pour venger une blessure d’amour-propre personnel.
« Les crimes d’honneur » qui affligent les familles d’Orient actuellement, n’ont pas d’autres causes que cette mentalité, qui aboutit plus à la mort qu’à la vie. Ce n’est pas l’honneur de Dieu qu’ils avaient à cœur, même pas l’honneur de leur sœur qui restait sauf, puisqu’elle épousait celui qui l’aimait et l’avait séduite ; invoquer qu’on la considérerait comme une prostituée, était donc un faux prétexte à leur vengeance personnelle, et à leur désir d’emprise sur les membres de leur famille. Ils s’arrogent le droit de décider eux-mêmes ce qu’est l’honneur de la famille, sans consulter ni Jacob, ni Dieu.
La virginité physique de la jeune fille est dans la Bible un des symboles de l’exclusivité de l’amour que le peuple de Dieu doit à son époux le Seigneur. En faire une question d’honneur familial ou personnel s’apparente à une idolâtrie tout humaine ! A la suite de cet horrible massacre perpétré à Sichem par Siméon et Lévi, au mépris des lois de l’hospitalité, Dieu rappelle à Jacob son voeu fait à Béthel. Jacob comprend sa négligence et ordonne à sa famille de se séparer de toutes les idoles conservées jusque-là (35.2,4). Il fait donc bien le rapprochement entre l’idolâtrie qui règne chez lui et le malheur que ses fils ont attiré sur sa famille et leurs hôtes voisins (34.30). Mais Jacob reste faible dans les reproches qu’il adresse à ses fils tant est grande son angoisse sur les conséquences funestes de ce massacre. Il a oublié la bénédiction de Dieu reçue au gué de Jabbok !
Dieu vient au devant de son désarroi et de sa peur, en lui renouvelant la promesse faite à Abraham (35.10-12). L’enterrement de la nourrice de Rébecca, à Béthel, à ce moment, semble marquer un terme à cette portion de la vie de Jacob, le trompeur. Le passé est révolu, maintenant Jacob ne sera plus nommé qu’Israël (v 10).
A ce décès d’un témoin de son passé, succède la naissance de son dernier enfant, Benjamin, qui l’invite à se tourner désormais vers l’avenir. Cette naissance vient atténuer l’immense douleur de perdre la femme qu’il a aimée par-dessus tout, Rachel, mais qu’il avait condamnée à mort sans le vouloir, à cause de son mensonge au sujet des téraphim de Laban (31.32). Le chemin de la foi après la conversion est parfois douloureux et lent pour mettre sa vie en ordre et gagner son entourage à sa foi ! Jacob fit cette expérience jusqu’à la fin de sa vie.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Sur quoi est-ce que je compte dans les difficultés de ma vie : Dieu ou mes propres facultés (intelligence, combines, argent) ou mes « relations » sociales ?
- Quel est le poids de mon passé dans mes entreprises ou mes attitudes ? Comment Dieu me permet-il de dépasser cette influence, et de trouver d’autres façons d’agir à sa gloire ?
- Contre quoi mon cœur lutte-t-il encore pour s’abandonner entièrement à Dieu ? Par quoi se marque dans ma vie l’abandon de mon sort entre les mains de mon Sauveur ?
- Avons-nous encore le sens de l’honneur ? En quoi mettons-nous notre « honneur » individuel, familial ou ecclésial ?
- Mes actions soulèvent-elles jalousie, frustration et animosité autour de moi, ou révèlent-elles l’amour de Dieu pour moi et pour les autres, qui habite mon cœur ?
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03.12.2006
Etude n°10 : Le prix de la duplicité, Gn 25-29
A- 25.19-28 : Naissance d’Esaü et Jacob
B- 25.29 à 34 : Esaü vend son droit d’aînesse pour un plat de lentilles
C- 26.1 à 35 : Isaac et Abimelek :
a) 2-6 : Renouvellement de la promesse divine
b) 7-11 : Abimelek et Rebecca
c) 12-23 : Querelles autour des puits
d) 24-35 : Alliance d’Isaac et Abimelek
D- 27.1-40 : Isaac, trompé par Jacob, le bénit à la place d’Esaü
E- 27.41 à 28.9 : Fuite de Jacob devant la haine de son frère
F- 28.10 à 22 : Vision de l’échelle
H- 29.1-30 : Jacob chez Laban
Comprenons
A- Histoire d’Isaac : 25.19 à 26.35
Curieusement ce patriarche n’occupe qu’un chapitre et demi, entre son père Abraham (13 ch) et son fils Jacob (9 ch). De plus dans ces deux chapitres, il n’y a rien de très original par rapport à Abraham : même stérilité de Rébecca, même mensonge d’Isaac pour sauver sa vie à propos de l’identité de sa femme-« sœur », mêmes querelles au sujet de points d’eau en Philistie, même alliance avec le même roi Abimélek. Isaac ne serait-il que la pâle copie de son père ? Par deux fois l’Éternel lui renouvelle la promesse de bénédictions (26.2-3, 24) et Isaac l’adore personnellement. Son témoignage fut puissant auprès d’Abimélek, (26.26-31) qui voulut une fois encore ne pas passer à côté des avantages d’une alliance avec un immigré béni de son Dieu. Cela fait penser à la femme Cananéenne, réclamant à Jésus sa part des miettes qui peuvent tomber de la table des maîtres (Mt 15).
Cette répétition des expériences de son père pourrait-elle signifier qu’Isaac a du mal à s’affranchir de l’emprise paternelle sur le plan de ses relations avec Dieu et avec les autres ? Il lui faut faire ses expériences et trouver son chemin personnel vers Dieu. Dieu le guide comme il l’a fait pour son père, l’encourageant de sa présence (26.24), et de ses bénédictions, car il voit en lui un cœur droit et docile depuis sa marche au mont Morija, pour y être « sacrifié » par son père.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Où en est ma relation avec Dieu ? Est-ce que je me contente de copier mes parents, ma famille, mon groupe d’église ? Ou ai-je rencontré personnellement mon Sauveur ?
- A quand remonte ma dernière expérience avec Dieu ? Comment en faire un témoignage de vie pour ceux parmi lesquels je vis ?
- A quels puits je m’abreuve dans la parole de Dieu ? Les puits creusés, puis oubliés de nos parents et de nos pionniers ? Ceux que l’Esprit me permet de découvrir moi-même, pour aller plus loin ?
B- Histoire de Jacob : Genèse 27 à 29.30![]()
1- Jacob le trompeur : 27.1 à 28.9
La bénédiction d’Isaac sur Jacob (27.1à 29)
Les relations familiales semblent avoir favorisé la duplicité de Jacob. Esaü partageait avec son père le goût pour la bonne chère (25.28), dont Isaac fait dépendre sa bénédiction. C’est mépriser la portée spirituelle de cette bénédiction, qui devait transmettre au fils les promesses de Dieu faites à Abraham et renouvelées à Isaac. Ce mépris de Dieu avait poussé Esaü à abandonner son droit d’aînesse pour un plat de lentilles (25.30-34). La préférence d’Isaac pour son aîné Esaü est aveugle sur les sentiments de ses fils envers Dieu, comme l’aveuglement physique d’Isaac le symbolise. Aveugle physiquement et spirituellement, Isaac devient une proie facile de la rouerie de sa femme et de son cadet, plus sensibles à l’enjeu spirituel de la bénédiction arrachée par Jacob à la faiblesse d’Esaü (25.31 et 33).
Rébecca et Jacob voit dans la demande d’Isaac à Esaü l’occasion de rendre valide cet achat du droit d’aînesse à Esaü, car seule a de valeur, à leurs yeux, la bénédiction effective du père. La mère et le fils cadet comptent plus sur leurs stratagèmes pour réaliser la promesse de Dieu faite à Rébecca avant la naissance de ses jumeaux (25.23), que sur l’amour de Dieu « qui fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment » (Rm 8.28). Rébecca va, bien imprudemment, jusqu’à prendre sur elle la malédiction que pourrait encourir son fils (27.13), elle mourra en effet sans revoir son fils chéri !
Isaac par sa méfiance tend une perche à Jacob, qui pourtant par 4 fois confirme son mensonge, osant même y inclure la bénédiction de l’Éternel sur son entreprise (v 20), si grand était son désir de la présence favorable de Dieu dans sa vie et de la réalisation de ses promesses dans sa lignée !
La bénédiction d’Isaac (v 27b-29) lui promet la prospérité matérielle et le pouvoir sur les autres, pouvoir royal humain, et juste à la fin pouvoir spirituel ; Jacob pourra être une bénédiction pour ses amis.
La colère d’Esaü et sa bénédiction (27.30-45)
La détresse d’Esaü est touchante (v 34,38), mais semble due surtout à l’orgueil blessé d’avoir été trompé par son cadet, et par la frustration des biens matériels qui devaient revenir à son frère. Isaac se montre extrêmement troublé d’avoir été joué et bien faible devant la demande de son aîné. Sa bénédiction n’est que l’envers négatif de celle donnée à Jacob, avec un seul espoir : le nomadisme d’Esaü lui permettra d’échapper à la domination de son frère. Pas de mention de l’Éternel dans cette bénédiction, Dieu n’étant pas la préoccupation d’Esaü, qui ne saisit pas cette occasion pour se repentir (Hé 12.17). Au contraire il nourrit une colère froide et un ressentiment tel qu’il désire la mort de son frère. Une fois encore, Jacob obéit à sa mère pour sauver sa vie, sans s’appuyer sur Dieu, et s’enfuit sous prétexte d’aller chercher une femme croyante dans sa famille (27.46), pour ne pas prendre une étrangère comme Esaü (26.34-35).
Le départ de Jacob à Charan (27.46-28.9)
Une fois de plus, Rébecca cache à son mari la véritable nécessité pour Jacob de quitter le toit familial. Elle prend prétexte des querelles avec ses belles-filles étrangères pour faire demander par Isaac à Jacob d’aller se chercher une femme chez ses parents de Mésopotamie, dans l’espoir que les relations familiales et religieuses seront ainsi meilleures. Isaac manipulé par Rébecca obtempère, et envoie son fils en lui renouvelant sa bénédiction, assortie de la transmission des promesses faites à Abraham : possession du pays promis et fécondité (v 3 et 4). Isaac semble avoir pris son parti de cette inversion des rangs de naissance, et il confie à Dieu la réalisation de ses promesses contraire à ses vœux antérieurs sur Esaü.
Ce fils aîné ne voit pas dans cette nouvelle bénédiction un appel à revenir à Dieu, ou tout au moins à de meilleurs sentiments. Sa jalousie ne lui fait retenir que le désaveu implicite de ses mariages. Au lieu d’y remédier, il part encore plus loin, pour rejoindre la branche familiale d’Ismaël, déjà séparée du clan qui continue à « invoquer l’Éternel », et il prend une nouvelle épouse dans sa parenté comme Jacob, mais païenne.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Quels sont mes centres d’intérêts dans mon quotidien ? Quelle place y tiennent le « manger et le boire », les soucis matériels, la recherche du Royaume de Dieu, les relations familiales ou sociales ? (Mat 7.24-34).
- Quelles promesses de Dieu ai-je déjà voulu réaliser par mes propres efforts, au prix de quels compromis avec la droiture ?
- Comment se manifeste mon désir de la présence et des bénédictions de Dieu dans ma vie et dans celle de mon église ?
- Comment éviter d’être aveuglé sur mes sentiments et sur ceux de mon entourage à l’égard de Dieu , pour ne pas tomber dans une faiblesse coupable qui me rend vulnérable ?
- Comment est-ce que j’accepte que les événements se déroulent différemment de ce que je désire ? Est-ce que comme Isaac, je sais faire « contre mauvaise fortune bon cœur » ? en quoi ma foi en Dieu m’est-elle une aide pour cela ?
2- Le trompeur trompé : Genèse 28.10 à 29.30
La fuite de Jacob et sa vision de l’échelle : 28.1-22
A- Départ de Jacob
Le voyage qu’entreprend Jacob est long et pénible, 800km environ, à pied, seul, en fuite devant son frère. Pourra-t-il un jour revenir ? Reverra-t-il ses parents ? Jusqu’à présent sa relation avec Dieu s’est limitée à connaître les promesses d’une descendance nombreuse et de la possession du pays faites par le Dieu de son père. Il a tout fait par lui-même pour que cette promesse lui soit accordée à lui, le plus jeune. Mais il n’a jamais rencontré ce Dieu dont il a entendu parler et dont il a désiré la bénédiction sans le voir. En plus des soucis matériels pour sa route, Jacob doit s’interroger sur sa situation vis-à-vis de Dieu : Cette ruse l’a-t-elle éloigné ou rapproché de Dieu ? Comment savoir si Dieu existe vraiment, s’il n’est pas seulement auprès d’Isaac, s’il est une aide ou un obstacle à la réalisation de sa vie ?
En tous cas pour le moment, s’il a arraché la bénédiction d’Isaac, sa ruse lui cause bien des difficultés ! C’est dans un état de doute et de déprime, qu’il entreprend la longue route vers ses parents de Charan. La mention (v 7) que c’est par obéissance à ses parents qu’il est parti, semble suggérer que son départ n’est pas voulu par lui, que la raison invoquée d’un mariage dans la famille mésopotamienne n’est qu’un prétexte pour dissimuler la fuite du « trompeur » devant son frère lésé.
B- Vision de l’échelle- L’échelle que voit Jacob est dressée sur (littéralement “ vers ”) la terre : c’est Dieu qui la fait descendre du ciel et la fait reposer sur le sol, comme voie de communication.
- Les anges montaient et descendaient : le fait qu’ils montent d’abord indique qu’ils étaient déjà auprès de Jacob pour le protéger, tandis que ceux qui descendaient lui apportaient les bénédictions de Dieu, avant même qu’il s’en aperçoive.
- Enfin au sommet Dieu se révèle par la vision et les paroles, non pour le punir ou lui faire des reproches, mais pour rappeler son identité et ses promesses : possession du pays qu’il va quitter, descendance nombreuse, bénédiction universelle à travers Jacob ! Puis Dieu fait des promesses tout à fait personnelles et circonstanciées : il l’assure de sa présence, de sa protection, de sa direction et de sa fidélité.
Jacob n’a rien fait pour mériter cette révélation, tout au contraire ! Mais Dieu se penche avec amour et compassion sur sa détresse, sachant le profond désir de relation avec Lui qu’a eu Jacob, pour user de tels stratagèmes afin de devenir héritier de la promesse. Dieu lit les désirs et les sentiments de nos coeurs et se révèle à celui qui le cherche de tout son coeur, malgré ses fautes.
a) Jacob ne se trompe pas sur le sens premier de la vision : Dieu s’est montré à lui pour le réconforter par la pensée
- qu’il est avec lui, là où il se trouve et pas seulement là où se trouve Isaac, à Béer-Chéba
- qu’il communique avec lui, bien qu’il soit pécheur, et il s’adresse à lui personnellement parce qu’Il l’aime.
- que ses anges accomplissent leur ministère de protection en sa faveur (Hébreux 1.14).
b) Jésus donne un sens messianique et prophétique à cette vision dans Jean 1.51 : “ Vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus (ou “ sur ”)du fils de l’homme ”. Dans ce rappel de la vision de Jacob, Jésus se met à la place de Jacob : à terre. Il indique que la communication entre lui “fils de l’homme ” et Dieu ne cesse pas, les anges étant à son service. Il affirme ainsi sa messianité et sa nature à la fois humaine et divine : né d’une femme et né de l’Esprit, il est le seul à communiquer réellement avec son Père.
Lorsque le texte dit que les anges montaient et descendaient “ sur ” lui, on peut comprendre que Jésus représente aussi cette échelle, seul moyen d’accès à Dieu, par lequel l’homme peut faire monter ses prières et recevoir les bénédictions de Dieu portées par les anges. Ce sens de l’échelle est une justification de la formule finale de nos prières “ au nom de Jésus ”.
Comme Jacob nous sommes appelés à voir Dieu et à recevoir de lui ses dons, en passant par “ l’échelle ” que Dieu nous a donnée en Jésus-Christ, qui nous ouvre le ciel !
c) Enfin sur le plan psychologique et moral, l’échelle voulait montrer à Jacob que dans sa vie l’on doit tenir compte des réalités matérielles et terrestres (= le sol, au pied de l’échelle): une échelle qui ne s’appuie pas solidement sur le sol tombe ! Mais si elle ne s’appuie pas aussi en haut sur un support, elle tombe et ne sert à rien : ainsi, chacun est-il appelé à recevoir d’en haut inspiration et soutien. Même s’il ne le voit pas physiquement, Dieu est présent, l’accompagne et communique avec lui par l’Esprit. L’homme est un animal terrestre à qui l’Esprit révèle Dieu (1 Corinthiens 2.12 et 14).
Dieu ne veut ni d’un homme uniquement matérialiste, ni d’un homme uniquement mystique ou spiritualiste. Il désire un homme ou une femme qui a les pieds sur terre et qui reçoit d’en-haut les directives de l’Esprit ! Cet homme, il nous en a montré la perfection dans Jésus !
Comment lui ressembler ?
- en ayant conscience des réalités et en les assumant (bénédictions autant que difficultés, et faiblesses de notre personne et de notre vie)
- en cherchant la volonté de Dieu dans la prière et l’étude de la parole de Dieu, et en l’écoutant dans l’obéissance,
- en allant auprès des autres comme messagers (= anges) de son amour et de sa bonté pour tous.
D- La réaction de Jacob
Son exclamation de surprise et de crainte révèle combien sa connaissance de Dieu était limitée. Sa vision l’a tellement saisi qu’il décide de la rappeler par une pierre commémorative, à défaut d’un autel, comme avait fait Abraham à cet endroit. Il promet de bâtir plus tard un autel ou “ sanctuaire ” (= maison de Dieu), comme point de rencontre avec Dieu pour l’invoquer. Jacob reste attaché au lieu physique pour adorer Dieu, ne comprenant pas que la « porte de Dieu » (= Bethel) n’est pas un lieu géographique, mais un « lieu spirituel » comme Jésus le désignera en se comparant à l’échelle de la vision de Jacob, ou à la « porte » (Jn 10.9)
Verser de l’huile sur la pierre était la coutume de consécration, de mise à part pour le service de Dieu. Ce geste sera utilisé plus tard pour les rois, les prophètes et pour les ministres de l’Eglise. L’onction de consécration d’une pierre pour signifier la présence de Dieu se retrouve plus tard dans la sacralisation de l’autel et du bâtiment du temple, puis de l’église, considérés comme les habitations de Dieu. C’est une démarche humaine pour tenter de s’accaparer Dieu.
Le vœu de Jacob est empreint de son caractère défiant et calculateur. C’est un vrai marché passé avec Dieu, dans lequel il ne s’engage qu’à condition que Dieu l’exauce physiquement (protection et direction), matériellement (pain et habits), moralement (vie heureuse). Sa promesse de dîme vient conclure ce marché par un signe de reconnaissance : sa dîme manifestera sa reconnaissance d’avoir été exaucé.
Jacob a besoin d’apprendre que Dieu ne marchande pas ses bénédictions, et que l’adoration et le paiement de la dîme ne sont pas conditionnés aux exaucements des prières.
“ Avoir la foi, c’est être sûr de ce que l’on espère, c’est être convaincu de la réalité de ce que l’on ne voit pas ”(Hébreux 11.1). Jacob, comme Thomas et souvent comme nous, voulait voir pour croire ! Jésus dira : “ Heureux sont ceux qui croient sans m’avoir vu ! ”.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Dans les difficultés de ma vie, ai-je conscience de la présence de Dieu pour me soutenir et m’éclairer, plutôt que pour me juger et me punir ?
- Où en suis-je dans la restitution à Dieu de la dîme de tous mes revenus ? Est-elle pour moi un moyen de pression sur Dieu pour obtenir sa faveur, ou un moyen privilégié de lui manifester reconnaissance et confiance en Lui ?
- Suis-je attaché à un lieu physique pour adorer Dieu ? Quelle place tient Jésus-Christ dans mon adoration et mes prières ?
E- Chez Laban : Genèse 29-30
a) L’arrivée
Jacob comprend qu’il est arrivé, grâce à son dialogue avec les bergers, et grâce à la venue de Rachel. Jacob s’étonne de la coutume d’ouverture du puits et se conduit doublement curieusement ! Il déplace à lui tout seul, et avant le rassemblement de tous les troupeaux, la pierre qui ferme le puits; et il embrasse en pleurant, sa cousine Rachel ! Sans doute était-il déjà victime d’un coup de foudre pour elle !
L’attitude de Jacob dut frapper Rachel car elle courut en parler à son père. Encore tout ému de sa rencontre, Jacob raconte en confiance tout ce qui lui est arrivé, et ne saisit pas l’humour de Laban qui le reconnaît du même sang que lui : Jacob, le trompeur, sera trompé 10 fois plus par Laban ! (32.41)
b) Le mariage
Jacob commence à comprendre, à ses dépens, ce que signifie tromper ! Ne pouvant pas payer une dot pour Rachel, il loue à Laban ses services pour 7 ans. Sa joie d’épouser enfin Rachel, l’aveugle au point de ne pas voir que c’était Léa, l’aînée, qui lui avait été donnée ! Laban ose lui demander encore 7 ans de plus pour “ payer ” son mariage avec Rachel ! Quel exploiteur ! Il avait réussi à marier ses deux filles, et à s’assurer le travail de Jacob pour son compte ! Il ne se contentera pas de cela. Jacob travaillera pour son beau-père encore 6 ans. En tout 20 ans ! Heureusement sa connaissance des troupeaux, et sans doute des lois de génétique révélées par Dieu dans des rêves (31.11-12), lui a permis d’acquérir pour lui des richesses importantes, malgré la méfiance et la versatilité de Laban.
Ces 20 ans auront appris à Jacob la patience, la persévérance pour obtenir ce que l’on veut, la confiance en Dieu seul pour réaliser son plan. Il a pu voir les bénédictions s’accomplir malgré les difficultés que sa conduite précédente avait créées dans sa vie.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comme pour Jacob, par amour pour nous, Dieu n’efface pas les conséquences de nos actes. Il les utilise pour changer nos coeurs et faire avancer son projet pour nous. Sais-je profiter de ces circonstances difficiles pour grandir dans la foi en Dieu, l’humilité et l’obéissance à sa volonté ?
- Comment ne pas m’aigrir contre les autres ou contre moi-même, lorsque je découvre avoir été trompé par quelqu’un que je croyais fiable ?
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26.11.2006
Etude n°9a : Le triomphe de la foi, Gn 20-21
Genèse 20 à 25 : Le triomphe de la foi
(Mosaïque de Monreale, Sicile)
Observons
A- Ch 20 : Abraham et Abimélek
B- Ch 21 : a) v 1-7 : naissance d’Isaac
b) v 8- 21 : Agar et Ismaël chassés c) alliance d’Abraham avec Abimélek
C- ch 22 : a) v 1-19 : Le sacrifice suprême
b) v 20-24 : la famille d’Abraham restée à Haran
D- ch 23 : Mort et ensevelissement de Sara à Macpéla
E- ch 24 : Mariage d’Isaac et Rebecca
F- ch 25.1-11 : Mort d’Abraham.
Ces cinq chapitres résument les événements essentiels de la fin de la vie d’Abraham, et placent au centre le sacrifice d’Isaac. Ces événements touchent tous à la survie et à la descendance de la lignée de la promesse.
Comprenons
A- Dernière faute d’Abraham envers Abimélek
Nous avions laissé Abraham (ch 18) après la promesse du Seigneur d’avoir un fils de Sara dans l’année. Et voilà que dans ce court laps de temps, Abraham manque de tout compromettre par peur pour sa vie (20.11), et absence de considération pour Sara, son épouse, pourtant promise à être « princesse », mère de nations, bénie de Dieu. La peur pousse Abraham à recommencer le même demi-mensonge qu’avec Pharaon, plusieurs années auparavant, au risque de faire naître d’elle un enfant adultérin. Abraham ne croit-il pas encore à la promesse ? Dieu va lui démontrer sa protection et sa puissance en utilisant en outre sa faute pour se révéler à Abimélek.
De l’incident nous pouvons retirer deux enseignements :
- Dieu ne tient pas rigueur à Abimélek, qui était « intègre »(v 5-6), en enlevant Sara qu’il croyait sincèrement la sœur d’Abraham. L’enlèvement d’une femme célibataire par le roi d’un pays était une coutume légitime. Nous avons là une illustration historique de ce que sera le jugement des non-croyants selon la parole de Paul aux Romains (2.14-16) : ils seront jugés selon qu’ils auront obéi ou non à leur conscience et aux avertissements que Dieu leur aura envoyés, même s’ils n’ont pas su que c’était Dieu ! Ici Abimélec reçoit directement de Dieu avertissement et annonce de pardon, s’il s’en remet à l’intercession de celui qui l’a trompé !
- Dieu protège ses enfants même pécheurs pour accomplir sa promesse comme il l’a prononcée : l’enfant à naître sera celui du couple choisi par Dieu, Abraham et Sara. De plus il fait tout concourir au bien des personnes en jeu : Abimélec trouve pardon, santé et il expérimente la présence et la puissance du Dieu d’Abraham, l’étranger qui vit sur ses terres.
Abraham avoue sa faiblesse égoïste, et Dieu lui apprend qu’au lieu d’avoir peur des impies pour sa vie et d’inventer des stratagèmes humains, il lui faut se montrer auprès d’eux « prophète » (v 7 : seul emploi du mot dans la Genèse), c’est-à-dire témoin de Dieu, et intercesseur pour eux auprès de Dieu (17). Le Seigneur se plait à bouleverser les préjugés et les visions étroites ! La bonté de Dieu se manifeste dans l’exaucement de la prière en faveur d’Abimélec, et dans l’enrichissement d’Abraham qui reçoit biens matériels, autorisation de séjour et femme intacte, d’un Abimélek reconnaissant pour la santé et la vie, et peut-être aussi superstitieux : il ne veut rien risquer de plus en négligeant le prophète d’un tel Dieu !
Peut-on voir dans le « voile sur les yeux » (v 16) comme signe de la préservation de l’honneur de Sara, l’origine de la coutume moyen-orientale de voiler les femmes honnêtes, mentionnée aussi par Paul (1 Co 11.5-15).
Question pour une application dans la vie chrétienne- Comment est-ce que je considère mes voisins non-croyants ? Avec méfiance et peur pour la pratique de ma foi, ou respect et bienveillance comme étant appelés à devenir enfants de Dieu ? Est-ce que je prie pour eux et leur manifeste de l’intérêt et de la générosité ? En quoi suis-je auprès d’eux une « image de Dieu » ?
- Quelle leçon me donne le jugement de Dieu sur Abimelek, au sujet de mon propre jugement des autres, et de ma responsabilité envers eux ?
B- Genèse 21
a) La naissance d’Isaac (21.1-7) conclut à la fois l’épisode avec Abimélek et introduit celui du renvoi d’Agar et Ismaël . Le fils de la promesse n’est pas l’aîné d’Abraham, comme le prétendront plus tard les musulmans, mais le plus jeune, né de la seule volonté et de la puissance de Dieu. Il fait la joie de la femme raillée à cause de sa stérilité « infamante » à l’époque, et l’émerveillement de tous ceux qui l’entourent, devant la bonté de Dieu (6-7).
b) Le renvoi d’Agar et d’Ismaël (21.8-14)
Quelque temps après la naissance d’Isaac, Abraham est contraint de se séparer de son fils aîné Ismaël, qu’il continue à aimer (21.11). Ismaël, jeune homme plus âgé de 15 ans que son frère Isaac, devait être fier de sa force et de sa position d’aîné. Comme dans toutes les familles il ne manquait pas de taquiner son cadet, et de se moquer de sa faiblesse, de “ rire ” de lui. En temps ordinaire cela ne porte pas à conséquences graves, mais Sara veillait et se rappelait la promesse de bénédiction spéciale qui reposait sur Isaac, l’héritier de la promesse de bénédiction sur toutes les peuples 17.21 ; 12.3 !
Se moquer de lui revenait à se moquer du plan de Dieu, donc à s’y opposer. C’était mettre Dieu en doute et revendiquer des droits humains, comme le droit d’aînesse, incompatibles avec la libre volonté de Dieu (Galates 4.29)
C’est pourquoi Sara demande d’éloigner Ismaël pour qu’au foyer règne le respect de Dieu et la paix entre tous les membres de la famille. Abraham consulte Dieu qui confirme le bien-fondé de la suggestion de Sara. Abraham malgré sa peine obéit aussitôt et renvoie Agar et Ismaël.
Dieu nous demande aussi d’écarter de nos vies tout ce qui peut nous pousser à douter de lui, ou à l’offenser ; paroles, pensées, actes, et mêmes personnes chères ne doivent pas nous séparer de Dieu et nous faire oublier son plan de salut pour tous.
La sollicitude de Dieu (21.15-21) se manifeste encore envers les exclus. Il consent à éloigner Ismaël et sa mère, qui n’ont sans doute pas bien compris le plan de Dieu (Agar semble avoir oublié sa rencontre avec Dieu dans le désert et les promesses pour son fils). Cela ne signifie pas que Dieu se désintéresse d’eux et les abandonne à leur sort ! Lorsque l’eau donnée par Abraham vient à manquer, il en fournit lui-même à Agar et Ismaël mourant de soif, et renouvelle sa promesse de descendance princière à Ismaël. Il le protège dans sa croissance et sa vie au désert, comme il l’avait promis à Abraham (21.13 ; 17.20). La bénédiction de Dieu sur Abraham s’étend à ses fils, qu’ils soient héritiers ou non. On peut voir là une première réalisation de la promesse faite à Abraham (12.2) “ Tu seras une bénédiction pour les autres ”
Malgré cette sollicitude, le mariage d’Ismaël avec une Egyptienne montre qu’il choisit de s’écarter encore plus d’Abraham et de l’adoration de son Dieu pour se tourner vers l’Egypte, considérée dans la Bible comme l’ennemi spirituel du peuple de Dieu (Ap 11.8).
c) L’alliance avec AbimélekAbimelek dans ses relations avec son hôte étranger a compris par sa prospérité qu’il était béni de son Dieu et qu’il valait mieux être son allié que son ennemi. Il lui propose devant témoin une alliance qu’Abraham s’attache à rendre équitable. Lui aussi veut assurer l’avenir de sa tribu dans un pays où l’eau est vitale. Il cherche à obtenir une reconnaissance officielle de propriété pour le puits qu’il a construit et qu’on veut lui dérober. Il en paye le prix de sept brebis, dont le nombre sacré révèle la solennité du serment, et scelle l’alliance par un sacrifice, tandis qu’Abimélec lui accorde droit de séjour. Cette histoire de puits permet à Abraham de marquer son passage et d’invoquer le Dieu de l’éternité (v 33).
Pour une application actuelle
- Nous sommes appelés à être aussi une bénédiction pour les autres, croyants ou incroyants, fidèles ou infidèles, en manifestant à chacun l’amour que Dieu a pour lui. A qui pouvons-nous cette semaine manifester de l’attention, même s’il n’est pas croyant, s’il est d’un autre pays, d’une autre race, d’une autre religion que vous ?
- Nous aussi, nous sommes étrangers habitant une terre dominée par le mal. Comme Abraham, savons-nous creuser des puits d’eau vive tirée de la Parole de Dieu, pour nous abreuver et désaltérer ceux de notre entourage qui ont soif de vie éternelle ?
- Comment par notre témoignage de vie chrétienne donner envie à notre entourage de connaître notre Dieu et d’être nos amis ?
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Etude n°9b : Le triomphe de la foi, Gn 22-24
A- Genèse 22 
Illustration : Enluminure, Psautier danois I) le dernier sacrifice (22.1-19)
Le chapitre 22 marque le point culminant de l’expérience de vie d’Abraham avec son Dieu. Il est particulièrement intéressant de faire une étude comparative entre ce texte et celui de Genèse 21.8-21. Dans les deux passages on trouve des similitudes frappantes :
1- Abraham doit se séparer d’un fils
2- Une promesse céleste est faite au sujet d’un grand peuple qui sortira de ce fils.
3- Abraham se lève tôt et fait les préparatifs.
4- Abraham donne à Agar du pain et une outre d’eau qu’il place sur son épaule. Il place le bois et un couteau sur Isaac.
5- Le fils en question est en danger de mort.
6- L’ange de Dieu intervient en cet instant dramatique.
7- Agar voit le puits d’eau. Abraham voit le bélier.
8- Dieu demande à Abraham d’écouter ce que lui demande Sara. Abraham a écouté la voix de Dieu.
9- Agar doit prendre son fils par la main. Abraham et Isaac marchèrent ensemble.
10- Ismaël habita le désert de Paran. Isaac habite avec Abraham à Beer-Shéba.
Les deux chapitres ne peuvent pas être lus séparément. Dans les deux cas, les gens sont mis à l’épreuve au sujet de la vie d’un enfant. Dans les deux cas Dieu intervient et transforme l’épreuve en bénédiction. Les deux fils sont l’objet d’une promesse de Dieu. Même si pour Isaac, Dieu a un tout autre plan que pour Ismaël, il est tout aussi bienveillant à l’égard de chacun.
Les récits concernant Abraham nous montrent qu’il a rencontré Dieu maintes fois et de diverses manières :
a) 12.1 : “ Le Seigneur dit à Abram... ”
b) 12.7 : “ Le Seigneur apparut à Abram ”
c) 13.14 : “ Le Seigneur dit à Abram ”
d) 15.1 : “ Le Seigneur apparut à Abram et lui dit... ”
e) 17.1 : “ Quand Abraham fut âgé de 99 ans, le Seigneur lui apparut ”
f) 18.1 : “ Le Seigneur apparut à Abraham ”
g) 22.1 : “ Dieu l’appela et Abraham répondit ”
Dieu parlait à Abraham et lui apparaissait (littéralement : se laissait voir). On peut donc dire qu’Abraham était un voyant ou un prophète (20.7). Tout au long de sa vie Abraham a fait des expériences avec Dieu. Ses rencontres devenaient toujours plus intimes et plus intenses. Il y a une grande différences entre la première (12.1) et la dernière (22.1)!
12.1 : Abraham part vers l’inconnu, laissant derrière lui son pays, sa région natale, et la maison de son père. Il quitte le monde de ses pères et tout ce qui faisait son passé.
22.1 : Abraham part vers l’inconnu, laissant son espérance (une nombreuse postérité, un grand nom, la possession de Canaan). Il quitte le monde de ses fils et tout ce qui fait son avenir !
La première fois, il sait qu’il va vers la promesse, la dernière fois, il sait (pour autant qu’il puisse savoir) qu’il va vers l’annulation de la promesse, par sa propre main, puisqu’il doit tuer le fils sur lequel repose la promesse !
Dans les deux cas la réaction d’Abraham force l’admiration : il ne parle pas, il agit. Il se révèle, comme dans d’autres circonstances, l’homme de la confiance en Dieu (foi) qui se manifeste par l’obéissance. Ce n’est pas pour rien qu’il est appelé le père de la foi.
II- Les différents sens du sacrifice d’IsaacPourquoi Dieu donne-t-il cet ordre incompréhensible de sacrifier Isaac, l’enfant héritier de la bénédiction qui doit s’étendre à toutes les nations ?
1- Pour Abraham, l’homme de l’Ancien Testament : A son époque et dans sa culture, les sacrifices humains d’enfants ou d’adultes, étaient courants en Canaan et aux alentours. On offrait à la divinité ce à quoi on tenait le plus, en général le premier-né de ses enfants ou de son troupeau, pour obtenir en retour la faveur du dieu. L’Ancien Testament mentionne de tels sacrifices (2 Rois 16.3 ; 21.6 ; 23.10), tout en les rejetant énergiquement (Exode 13.13 ; 34.20 ; Michée 6.7-8). En lui demandant ce sacrifice, puis en l’interrompant à la dernière minute, Dieu veut apprendre à Abraham :
- qu’Il ne veut pas de sacrifice humain, qu’il doit rompre avec les coutumes courantes et les influences de la société où il vit.
- que cette épreuve permettait à Abraham de mieux se connaître, de savoir jusqu’où il était prêt à aller pour Dieu. Dieu n’avait pas besoin de preuves de la foi d’Abraham, il la connaissait parfaitement. C’est Abraham qui avait besoin de connaître ses limites.
Ainsi Abraham dut sacrifier ce qui lui était le plus cher, son fils, qui représentait son avenir immédiat. En s’abandonnant totalement à Dieu, Abraham a pu mesurer sa propre foi. Il a retrouvé ensuite son fils, après le sacrifice de ses espérances, il l’a vu grandir, se marier, avoir des enfants. Il a ainsi vu se multiplier et s’étendre à plusieurs la bénédiction qu’il avait reçue.
2- Pour Abraham, le croyant de tous les temps :Dieu apprend au croyant que le sacrifice qu’il offre ne sert pas à amadouer Dieu et à acheter sa faveur : celle-ci lui est acquise avant même le sacrifice. Dieu est un Dieu bon, qui veut bénir et sauver. Le sacrifice du croyant est un geste de foi et de reconnaissance pour sa bonté !
Abraham montre sa confiance en Dieu en disant “ Oui, je t’écoute (v 1,11), en faisant les préparatifs dès le lendemain tôt (v 3), en affirmant aux serviteurs “ nous reviendrons ! ” (v 5), et en disant à Isaac que “ Dieu pourvoira lui-même à l’agneau ”.(v 8)
Isaac montre sa confiance en son père en marchant ensemble avec son père (v 8b) et en se laissant lier par son père sur l’autel (v 9). Il aurait très bien pu se défendre et bousculer son père pour échapper à la mort !
3- Pour Abraham, le prophète :
Le texte de Hébreux 11.19 nous permet de comprendre que Dieu voulait révéler à Abraham le plan du salut pour l’homme. Abraham a vécu ce que Dieu lui même accomplirait plus tard en Jésus-Christ qui descendrait de lui. Comme Abraham a marché ensemble avec Isaac, Dieu accompagnera Jésus dans sa marche vers le lieu du sacrifice de Golgotha (C’est sur le Mont Morija, à Jérusalem, que le temple de Salomon fut construit. C’est là que furent célébrés tous les sacrifices qui annonçaient la mort de Christ. Par extension, on dit que la montée de Jésus à Jérusalem fut sa montée à la mort, ...et à la résurrection).
Isaac a porté le bois comme Jésus portera la croix. Isaac s’est laissé lier sur l’autel, comme Jésus se laissera clouer sur la croix. Isaac a retrouvé la vie, comme Jésus ressuscitera. La seule différence est dans la mort réelle et volontaire que Jésus a assumée.
La substitution du bélier à Isaac enseignait à Abraham la substitution que Dieu a consentie en Jésus pour que l’homme puisse vivre. Isaac à ce niveau ne représente plus seulement le Christ, il nous représente chacun individuellement. Nous sommes pécheurs, séparés de Dieu, et nous allons à la mort éternelle. Mais Dieu intervient et substitue son propre fils , pour que nous ne soyons pas anéantis. A nous de le croire, comme Abraham l’a cru et a utilisé le bélier-Jésus à la place de son fils, cette fois-ci dans un sacrifice d’actions de grâces pour cette “ sorte de résurrection ”!
Ce plan du salut, absolument impossible à saisir par nos esprits humains naturels (1 Corinthiens 2.14) Dieu le met à notre portée par son Esprit (1 Corinthiens 2.12), grâce à cet épisode de la vie d’Abraham. Nous avons l’avantage sur Abraham, de vivre après la réalisation de cette prophétie en Jésus. Abraham ne put que pressentir ce jour et le saluer de loin (Hébreux 11.13). Et il s’en est réjoui à l’avance (Jean 8.56).
Ce texte est essentiel pour présenter Dieu comme un Dieu d’amour et de salut, qui veut la vie et non la mort, et qui va jusqu’à se donner lui-même en son fils, pour que chacun puisse vivre. Toute la Bonne Nouvelle est là !
III- le serment de Dieu (22.16-18)
C’est le seul serment que Dieu prononce dans la Bible. Le Pentateuque y fait souvent allusion (Genèse 24.7 ; 26.3 ; 50.24 ; Exode 13.5,11 ; 33.4 ; Deutéronome 4.31 ; 34.4....)
L’épître aux Hébreux (6.17) donne une raison de ce serment par rapport aux promesses antérieures “ montrer encore plus clairement aux héritiers des biens promis qu’il ne modifierait jamais sa décision ”, car “ Dieu ne reprend pas ce qu’il a donné et ne change pas d’idées à l’égard de ceux qu’il a appelés ” (Romains 11.29).
Ce serment atteste la vérité des promesses de Dieu et sa fidélité à les remplir. Il authentifie aussi la réalisation qui en sera faite en Jésus-Christ.
Dieu ne pouvant pas jurer par quelqu’un de supérieur à lui-même, comme cela se fait dans tous les serments humains pour en garantir la valeur, jure par lui-même ! Il s’engage donc lui-même tout entier dans ces promesses.
Le serment reprend les trois éléments de la promesse :
- une postérité innombrable (étoiles et sable réunis = postérité spirituelle qu’est le peuple des croyants, et postérité naturelle, terrestre qu’est le peuple juif ?).
- la possession des villes ennemies = promesse de la conquête de Canaan, de la possession du pays.
- l’étendue de la bénédiction à toutes les nations.
Ce serment de Dieu s’est réalisé historiquement : - Le peuple d’Israël s’est développé en nombre, même en Egypte (Exode 17)ou en diaspora. - la conquête de Canaan a permis au peuple hébreu de s’installer dans le pays, puis d’y établir le royaume de David. - la venue du Messie et la naissance de l’Eglise ont permis d’étendre les bénédictions de Dieu sur le peuple juif à toutes les nations.
Le serment s’est réalisé aussi spirituellement : - Le peuple des croyants du monde entier et de toutes les époques a mis sa confiance en Dieu à la suite d’Abraham. - Grâce à la victoire de Jésus sur Satan à la croix et à la résurrection, le croyant a la victoire sur les puissances du mal, sur le péché et sur la mort spirituelle. - Dieu n’a pas réservé le salut au seul peuple juif, il veut sauver “ quiconque croit en lui et en son Fils Jésus ”(Jean 3.16).
Ces réalisations partielles confirment la vérité de la dernière réalisation future (Apocalypse 22.6) : - Le peuple innombrable des croyants de tous les temps et tous les lieux sera rassemblé au retour de Jésus (1 Thessaloniciens 4.16-17)
- Le royaume de Dieu sera vainqueur de Babylone. Dieu y habitera avec les hommes (Apocalypse 21.3).
- Tous ceux qui auront aimé Dieu et auront répondu à son appel lancé à toute nation, toute tribu, toute langue, tout peuple (Apocalypse 14.6-7), seront sauvés.
IV) La famille d’Abraham (22.19-24)
Ces quelques versets préparent le mariage d’Isaac raconté au chapitre 24 en définissant la parenté d’Abraham restée à Haran, où Eliezer sera envoyé pour trouver une femme pour Isaac.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Sommes nous prêts à ne compter que sur l’amour de Dieu “ qui fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment ” Romains 8.28 ?
- En demandant à Abraham, le croyant, de sacrifier ce qui faisait toute son espérance et son avenir, Dieu veut aussi nous enseigner sur les fondements de notre foi : En qui mettons-nous notre confiance pour notre vie et notre avenir ? En nos biens, nos affections, notre progéniture, ou en Dieu seul ?
- Voulons-nous faire partie de cette postérité d’Abraham innombrable, bénie de Dieu, promise à la victoire, au salut et au royaume de Dieu ? Comme Abraham, mettons notre confiance en Dieu et obéissons-lui, dans la mesure de notre perception de sa volonté, sans crainte, avec joie et espérance !
- Quelle parenté avons-nous laissée derrière nous lorsque nous nous sommes décidés à suivre Jésus ? Avons-nous encore des contacts avec elle ? Comment combler l’éloignement affectif et spirituel provoqué par les différents chemins de vie pris par chacun ?
Genèse 23 : Mort et enterrement de Sara
Observons
1-2 : Décès de Sara à Hébron
3-18 : négociations pour l’achat de la grotte de Macpéla
19-20 : ensevelissement dans la grotte de Macpéla
Comprenons
Abraham a longtemps habité au sud de Canaan, à Beér-Chéba, en territoire administré par les Philistins (21.33-34). Lorsque sa femme meurt, trente sept ans après la naissance d’Isaac, il se trouve près d’Hébron, habitée par des Hittites, peuple biblique longtemps contesté par les historiens, mais aujourd’hui absolument reconnu comme ayant vécu en Asie Mineure, avant de s’étendre jusqu’en Egypte. Le Pharaon dont Joseph fut le vice-roi était sans doute un Hittite. Un musée à Ankara réunit aujourd’hui les vestiges de leur civilisation.
Abraham se reconnaît devant les Hittites comme un immigrant et un résident temporaire. Quelle humilité, lui à qui Dieu a promis la possession de Canaan ! Il refuse le « cadeau » d’Ephron, ne voulant rien devoir à sa générosité, et il marchande selon la coutume orientale l’achat du terrain pour y enterrer Sara. Ce tombeau sera la seule possession en Canaan qu’Abraham aura acquise de son vivant. Il y sera lui-même enterré, et le lieu sera vénéré jusqu’à nos jours par tous les descendants d’Abraham, juifs ou musulmans. Si Abraham acheta cette caverne pour y ensevelir sa femme, ce n’était pas pour en faire « un lieu saint », mais pour « éloigner de lui le corps de sa femme »(v 4). Il n’y a pas de culte des morts dans la Bible. Le tombeau est le lieu où repose le corps dans l’inconscience, en attendant la résurrection. Les vivants ne doivent pas s’y recueillir, car toucher un tombeau rendait « impur » (Nb 19.16) pendant 7 jours ! Une fois le mort enterré, et le deuil terminé, le vivant se tourne vers l’avenir, en marchant dans une vie qui honore sa mémoire, dans l’espoir et l’attente de la résurrection (Hé 11.19), sans être lié à lui par des rites funéraires constants. Abraham après la mort de Sara se remarie et engendre encore de nombreux fils ! (Gn 25.1-4)
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Quelle est mon attitude face à la perspective de la mort de ceux que j’aime ?
- Comment est-ce que je pense devoir les honorer, une fois disparus ? Suis-je attaché à un tombeau, au point de ne plus vivre le présent, ni envisager l’avenir, sans la personne chère ? Comment témoigner de mon espérance en la résurrection ?
Genèse 24 : Mariage d’Isaac
(Nicolas Poussin : Rencontre d’Eliezer et Rebecca)
![]()
1-9 : Abraham envoie chercher une femme pour Isaac à Haran, dans sa famille.
10-14 : prière du serviteur à son arrivée en Mésopotamie
15-27 : exaucement avec la rencontre de Rébecca
28-33 : Accueil chez Laban, frère de Rebecca
34-49 : Demande en mariage avec rappel des événements guidés par Dieu
50-53 : acceptation de la famille et rites de fiançailles
54-61 : Départ de Rébecca
62-67 : mariage d’Isaac et Rébecca
ComprenonsCe long récit détaillé manifeste le souci spirituel d’Abraham de voir son fils épouser une femme de la même foi que lui. Il engage son serviteur par un serment qui implique symboliquement ses descendants comme témoins. Le serviteur, qu’on a cru pouvoir identifier à Eliezer (15.2) expérimente la présence et l’exaucement de Dieu, après s’en être remis totalement à lui.
On s’aperçoit que Rébecca, si elle est soumise à sa parenté masculine, à la mode orientale, manifeste de l’indépendance et de l‘esprit de décision, en acceptant de suivre le serviteur d’Abraham sans hésitation. La bénédiction nuptiale prononcée sur elle par ses parents est la première et la seule mention biblique pour une union conjugale. Elle est reprise aujourd’hui encore dans les rites israélites de mariage. Elle donne au mariage un but essentiellement de procréation et prolonge la promesse faite par Dieu à Abraham de descendance nombreuse et royale (v 60 ; 17.6 ). A cette époque patriarcale, après le contrat et les cadeaux de fiançailles à la famille de la jeune fille, il n’y a pas d’autre cérémonie « religieuse » ou civile, que l’union des deux époux (v 67). Isaac, âgé de 40 ans, trouva auprès de sa femme, une consolation au deuil de sa mère. C’est exprimer avec brièveté et pudeur les sentiments profonds de cet homme sensible et discret. Mais c’est aussi faire entendre toute la vérité de l’injonction divine à la création : « L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme… » (Gn 2.24). Comme Abraham s’est tourné vers la vie, son fils Isaac a dû laisser « s’éloigner de lui » le corps de sa mère, ses regrets de fils, pour devenir pleinement lui-même et être capable de fonder un foyer dans un amour conjugal adulte.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comment préparer nos enfants à un mariage où Dieu est présent dans les cœurs et pas seulement dans les cérémonies ?
- Où en suis-je moi-même dans mon couple ? Suis-je lié(e) à mon conjoint par un amour adulte et responsable ? Comment, sans les blesser ni les renier, me détacher de l’emprise de mes parents pour faire un choix personnel de vie ? (Voir « Itinéraires de croissance »)
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19.11.2006
Etude n°8a : Foi et Fragilité, Gn 16-17
Cette section de la Genèse comprend quatre chapitres importants dans la vie de foi d’Abraham :
1- ch 16 : Abram et Agar, naissance d’Ismaël
2- ch 17 : la circoncision, signe de l’alliance avec Dieu, changement de nom
3- ch 18 : Visite de l’Éternel auprès d’Abraham et Sara ; intercession d’Abraham pour Sodome et Gomorrhe
4- ch 19 : Destruction de Sodome et Gomorrhe ; Inceste des filles de Loth
Genèse 16
Observons
v 1-6 : Faiblesse d’Abraham qui écoute sa femme Saraï pour engendrer d’Agar
v 7-12 : promesses de l’Éternel à Agar en fuite
v 13-15 : Réaction d’Agar et naissance d’Ismaël
ComprenonsUn coup de pouce à Dieu aux lourdes conséquences !
Abram dut raconter à Saraï son expérience avec Dieu. Elle qui à 75 ans n’avait pas eu d’enfant et ne pouvait humainement plus en avoir, ne retient des promesses divines que l’annonce d’un héritier né d’Abram. Tout naturellement elle cherche à réaliser cette promesse en utilisant une coutume de l’époque : donner son esclave à son mari comme mère-porteuse !
La faiblesse d’Abram se révèle par son attention à la proposition de sa femme, au lieu de laisser Dieu agir lui-même. Le doute, l’impatience et notre logique humaine nous font souvent agir de même sans mesurer les conséquences que cette attitude entraîne. Nous cherchons à résoudre les problèmes par nos propres moyens logiques, sans croire à l’intervention possible de Dieu.
Pour Abram, les conséquences ne se firent pas attendre : mépris, querelles, violence au sein du foyer entre les deux femmes, fuite d’Agar rattrapée par le Seigneur qui préserve sa vie et celle de son enfant.
Pour l’avenir, il promet que cet enfant, Ismaël (= Dieu entend) sera le père d’un peuple nombreux mais rebelle, guerrier et solitaire. Réconfortée par cette intervention divine, Agar reconnaît le Dieu d’Abram comme le « Vivant qui me voit », un Dieu personnel qui fait attention à sa créature en peine, malgré sa condition d’esclave, ou son péché de mépris de sa maîtresse stérile. Elle retourne dans la tribu d’Abram, pour donner un père à son fils, mais on verra plus tard que l’esprit de moquerie ne l’a pas quittée (Ge 21.9) et qu’il causera à nouveau la dissension dans la famille.
Nous subissons encore aujourd’hui cette situation, dans la guerre incessante entre Israël et les Arabes, descendants d’ Ismaël. Dieu n’avait pas désiré cette situation, mais il laissa Abram apprendre par lui-même à placer sa confiance en Dieu seul. Les circonstances difficiles que nos mauvais choix provoquent ne sont pas supprimées par Dieu, parce qu’elles servent à nous rapprocher plus de Dieu, en nous faisant prendre conscience de notre faiblesse et de notre incapacité à gérer la situation tout seuls.
Questions pour une application dans notre vie de chrétien
- Quand les promesses de Dieu tardent à s’accomplir, comment agissons-nous : en essayant de les réaliser par nos moyens humains, ou en usant de patience et de confiance en Lui ?
- Comment considérons-nous l’autre lorsque nous avons acquis un avantage qu’il n’a pas ? Comment accueillir cet avantage sans le blesser, et en faire une occasion de rapprochement et non de querelle ?
- Comment ce texte nous aide-t-il à comprendre la situation internationale du Moyen-Orient, sans parti pris ni passion inconsidérés ?
Genèse 17
Observons :
Le contexte : 14 ans s’écoulent entre les chapitres 16 et 17 ! Abram a eu le temps de réfléchir aux promesses de Dieu, d’expérimenter l’alliance que Dieu avait signée avec lui, et de constater dans son foyer les conséquences désastreuses de sa hâte à voir se réaliser la promesse d’un fils.
Le texte : On y distingue quatre parties : trois sont ponctuées par l’expression « Dieu dit à Abraham » et constituent le dialogue entre Dieu et Abraham :
1-8 : le rappel des promesses de l’alliance ; changement du nom
9-14 : la circoncision, signe de l’alliance ;
15-22 : la promesse du fils de l’alliance),
La dernière partie (23-27) concerne l’acte d’obéissance d’Abraham.
Le mot « alliance » répété 12 fois donne son sens au passage.
Comprenons
1. Le renouvellement de l’alliance (17.1-8)
A toutes les questions qu’Abram dut se poser pendant ces 14 ans, Dieu répond enfin ! Il rappelle son alliance et pour la quatrième fois ses promesses, en y ajoutant quelques éléments nouveaux :
a) Il se présente avec un nouveau nom : El-Shaddaï, Dieu Puissant (Les deux premières fois il était l’Eternel, la troisième fois, le Bouclier -12.8 ; 13.17 ; 15.4). Cela le caractérise comme celui qui dirige les événements pour réaliser son plan. Mais un jeu de mots en hébreu donne son sens à la toute-puissance de Dieu. Dans le mot Shaddaï on entend Shad qui désigne le sein maternel, symbole de l’amour nourricier d’une mère pour son enfant. L’expression évoque alors la toute-puissance de Dieu qui s’exprime dans l’amour qui répond aux besoins vitaux, et non dans le totalitarisme ou la force ! L’Eternel va révéler son amour à Abram, en accomplissant sa promesse de descendance malgré les obstacles humains de son âge, ou de ses efforts pour la réaliser par lui-même.
Il change le nom de Abram en Abraham, père d’une multitude et le nom de Saraï en Sara, princesse, c’est-à-dire mère d’une race royale. Il affirme par là son autorité de Parent sur Abraham et Sara (c’était le père ou la mère qui nommait les enfants), sa connaissance parfaite d’Abraham et Sara, et sa fidélité à sa promesse de descendance nombreuse. Le changement de noms intervient avant l’obéissance d’Abraham et avant l’annonce de la naissance prochaine. C’est une grâce de Dieu et non une récompense ! Elle fait appel à la foi et non à la vue pour croire.
b) Il donne à Abraham les engagements qu’il doit prendre. Dans cette alliance, c’est Dieu qui donne descendance, pays et directives. Abraham en acceptant ces dons, comme le montre son adoration (v 3), accepte en même temps :
1- de marcher intègre devant Dieu (v 1), c’est-à-dire d’être un, non partagé, non divisé, fidèle à la relation avec Dieu,
2- d’adorer Dieu comme son Dieu personnel et exclusif (v 7) : l’alliance crée un lien exclusif d’intimité entre les deux alliés,
3- de consacrer sa vie et celle de sa postérité à la direction de Dieu, en acceptant le signe de la circoncision dans la chair. 14 ans auparavant, Dieu avait promis une descendance nombreuse et un pays. Il n’avait pas demandé d’adoration en retour, seulement de la confiance en sa parole. Au ch 17, la relation devient à double sens, beaucoup plus étroite.
Ces engagements sont encore ceux du croyant qui fait alliance avec Dieu, le signe de la circoncision ayant été remplacé, après Jésus, par celui du baptême.
2- L’annonce du fils promis (15-22)
Dieu confirme le rire de surprise (plus que de doute !) d’Abraham, par le nom de son fils Isaac = Il a ri, ou = On a ri. Ce nom rappellera les 4 rires qui ont accompagné Isaac dès l’annonce de sa naissance : le rire de surprise et de doute d’Abraham (17.17), le premier rire d’incrédulité de Sara (18.12), son rire de joie et de reconnaissance à la naissance de son fils (21.6) et le rire de moquerie d’Ismaël (21.9).
L’alliance éternelle (v 19, 21) se fera exclusivement avec Isaac et sa descendance, tandis qu’Ismaël sera seulement béni par une descendance nombreuse, et pour lui aussi princière (v 20).
3- la circoncision (9-14 ; 23-27)
On peut se demander pourquoi ce signe-là pour marquer l’alliance avec Dieu. En fait, par cet acte dans sa chair la plus intime, dans les sources mêmes de la vie humaine, Dieu demande à Abraham de lui manifester qu’il lui fait, après l’épisode d’Agar, totalement confiance pour l’accomplissement de la promesse de progéniture, et qu’il lui abandonne toute la direction de sa vie et de son avenir. Abraham reconnaît ainsi qu’il s’en remet de tout son être à Dieu. La circoncision de la chair est le signe visible, le symbole de la circoncision du cœur, du don du cœur à Dieu (Jérémie 9.25 ; Romains 2.28-29).
Abraham et sa maisonnée furent circoncis adultes. L’ordre de pratiquer cet acte sur les enfants de huit jours devait rappeler à l’Israélite que son enfant est consacré à Dieu dès sa naissance, mis à part pour le servir. Peu à peu les juifs lui donnèrent le sens d’appartenance au peuple élu, et non plus à Dieu, et les musulmans reprirent ce signe à leur compte dans ce dernier sens d’appartenance au peuple!
Toute la maisonnée d’Abraham dut pratiquer la circoncision, même Ismaël qui n’est pas le fils de la promesse, et même les étrangers qui faisaient partie de ses serviteurs. Dieu annonce sans doute par là que son désir d’alliance s’étend à tous, à travers l’alliance particulière d’Abraham. Prépare-t-il son peuple à accepter l’universalité du salut qu’il proposera en Jésus-Christ ? Tous ceux qui l’accepteront comme leur Dieu entreront dans son alliance.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Le changement de nom d’Abram et Saraï préfigurait le nom nouveau de « Christ » que portera celui qui entrera dans l’alliance de Dieu (Ap 3.12 ; 22.4). Suis-je conscient de porter ce nom, et comment l’honorer dans ma vie ?
- En entrant dans l’alliance avec Dieu, me suis-je saisi des promesses divines (fidélité de l’amour de Dieu, fécondité spirituelle, royaume éternel = pays promis) ? Comment y ai-je répondu ? Comment rendre visible l’abandon de tout mon être à sa direction ? ( voir Rm 6.6,11-13) ? Comment est-ce que je remplis mes engagements d’intégrité et d’obéissance par amour, qui constituent ma part dans cette alliance ?
- Isaac n’a pu naître qu’après l’abandon total à Dieu d’Abraham et Sara. Ai-je laissé naître et grandir le Fils en moi ? Sinon, comment puis-je le permettre ? Si oui, comment cela se voit-il dans mes relations avec les autres dans l’Eglise ou à l’extérieur ?
Pour témoigner : Comment ma vie et mes paroles peuvent-elles témoigner de la toute-puissance d’amour du Dieu que j’adore et que je sers ?
Voir la suite dans la note n°8b
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Etude n°8b : Foi et fragilité : Gn 18-19
Suite de l'étude n°8b
Genèse 18
(Mosaïques de Monreale, Sicile)
Observons
A- v 1-15 : La visite des trois messagers de Dieu :
a) 1-8 : l’accueil d’Abraham
b) 9-10 : la promesse d’un fils
c) 11-15 : Rire de Sara
B- v 16-33 : Prière d’intercession d’Abraham![]()
a) 16-22 : révélation du projet de Dieu
b) 23-33 : Dialogue entre Abraham et Dieu.
Comprenons
A- La visite des messagers de Dieu
a) Dieu descend lui-même visiter Abraham, peu de temps après l’engagement par la circoncision d’Abraham dans l’alliance. L’hospitalité d’Abraham est immense : il ne connaît pas ces serviteurs, mais court à leur rencontre (v 2), les salue avec respect en se prosternant, les invite chez lui, court de nouveau prévenir Sara de choisir un animal, de le faire apprêter en vitesse par un serviteur, et enfin il les sert lui-même. Avons-nous le même zèle pour accueillir chez nous et honorer nos hôtes qui sont peut-être des messagers de Dieu envoyés vers nous comme ils le furent vers Abraham ?
b) Abraham ne reconnaît le Seigneur qu’au verset 13, lorsque la promesse d’un enfant de Sara lui est confirmée, c’est pourquoi le nom de l’Éternel n’apparaît pas avant. Il se rappelle alors ce que Dieu lui a déjà dit la dernière fois. C’étaient les mêmes termes (17.21), et le visiteur connaissait le nom de Sara !
D’où la nécessité pour nous de mémoriser la parole de Dieu. Souvent nous n’avons pas conscience que Dieu nous parle, et nous ne le reconnaissons que lorsque se confirme une parole, une promesse de Dieu déjà entendue ou lue. Les disciples d’Emmaüs en firent l’expérience le jour de la résurrection de Jésus (Luc 24.13-35).
c) Les rires de Sara (18.11-15 et 21.1-7) Agée de 89 ans, il y avait de quoi rire à l’annonce qu’elle allait enfanter ! Le Seigneur entend ce rire et comprend la pensée d’incrédulité qu’il traduit. Il en fait la remarque, en affirmant à nouveau sa toute puissance, comme il l’avait fait à Abraham (17.1 et 19), et en relevant le mensonge craintif de Sara.
Réponse de Dieu (v 19-21) :
1- C’est ta femme Sara qui te donnera un fils.
2- Il s’appellera Isaac
3- Je maintiendrai mon alliance avec lui et avec ses descendants
4- Je bénirai Ismaël, il sera le père de douze princes et l’ancêtre d’un grand peuple.
5- Mais l’alliance sera avec Isaac qui naîtra l’an prochain.
Dieu passera outre à cette faute de Sara, et changera son rire de doute en rire de joie à la naissance d’Isaac. Abraham et Sara rient tous les deux, mais pas du même rire. Abraham marque sa surprise, vu son âge, et s’en remet à Dieu, en pensant à son fils Ismaël, pour lequel il demande la vie et la protection de Dieu (v 18). Dieu se contente de reformuler sa promesse. Sara est plus incrédule, elle insiste plus sur l’impossibilité physique d’avoir un enfant, et le Seigneur le lui reproche, en dénonçant son mensonge, et en affirmant sa toute puissance.
Le texte du ch 21 est difficile et controversé. La version en français courant le simplifie et lui donne un sens tout à fait plausible : Quelle joie pour cette femme stérile et très âgée, d’avoir un enfant bien à elle ! La malédiction que l’on attachait à la stérilité, et la honte qu’elle entraînait disparaissent complètement aux yeux de son entourage. Elle devient la preuve vivante de la bonté de Dieu à qui rien n’est impossible !
Les grâces que Dieu nous fait, servent à témoigner de la bonté de Dieu qui cherche à nous rendre heureux pour en attirer plusieurs à lui. Notre vie donne-t-elle ce témoignage ? Savons-nous être heureux de ce que Dieu nous donne et en montrer de la reconnaissance ?
B- La prière d’intercession d’Abraham
a) La révélation de Dieu (16-22) : Abraham semble avoir du mal à laisser s’éloigner ses visiteurs. Il les raccompagne un bout de chemin, pendant lequel L’Éternel, l’un des trois visiteurs lui révèle la cause de sa venue : Abraham, en tant que père des croyants est appelé à leur enseigner les voies de la justice et de la droiture de Dieu (v 19), il lui faut donc en être tenu informé pour être un prophète fidèle.
Dieu révèle donc son projet qui est de vérifier la vérité « du cri qui monte de Sodome et Gomorrhe à cause du péché si grand de ces deux villes ». Au-delà de l’anthropomorphisme qui prête à Dieu des interrogations sur une situation qu’il doit connaître, il nous faut observer qu’il n’est pas question dans ces paroles de « punition », comme pourtant va le comprendre Abraham (v 24). Le cri dont il est question ici nous renvoie au cri d’Abel assassiné (Genèse 4.10), ou au cri des martyrs égorgés pour le nom de l’Éternel (Ap 6.9-10), demandant justice et réhabilitation. Cela nous suggère que Dieu ne descend pas vers la terre d’abord pour punir et détruire, mais pour sauver ceux qui peuvent l’être et rendre justice à tous ceux qui subissent injustement l’oppression du mal. Le jugement de Dieu s’exerce d’abord en faveur de ses enfants qu’il désire délivrer du mal (dans la bible, « juger » = « libérer »Juges 2.16). Cette libération entraîne par voie de conséquence la destruction de ceux qui oppriment, comme nous le voyons au ch 19.
b) l’intercession d’Abraham
Son souci ne concerne pas le sort des pécheurs invétérés, mais celui des éventuels « justes » qui demeurent dans ces deux villes. Selon la coutume orientale, il va « marchander » avec insistance mais humilité (v 27) la vie de ces hommes, de 50 à 10, estimant que ce chiffre était le minimum au-delà duquel on ne pouvait pas descendre ! Dieu ne pourra sauver que Loth et ses deux filles, les deux villes seront donc détruites (19.29).
Ce qu’on peut retenir de cette intercession, c’est l’attention patiente de Dieu aux demandes d’Abraham et sa promesse de pardon (26), le souci de la justice de Dieu (25) et du sort des autres chez Abraham.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
A-
- Comment est-ce que j’accueille le visiteur de passage ou inconnu, chez moi ou à l’Eglise ? Ma façon d’accueillir l’impromptu dénote ma capacité à me laisser bousculer dans mes habitudes par Dieu !
- Comment est-ce que je réagis aux promesses divines ? Me faut-il en voir la réalisation pour y croire ?
B-
- Ai-je le même désir de rester dans la présence de Dieu qu’Abraham ? Comment sonder les Écritures pour nourrir ma vie spirituelle et découvrir toujours plus la beauté et la bonté de notre Dieu ?
- De quoi sont faites nos prières ? Quelle place y tient l’intercession pour le salut des autres ?
- La perspective de la proximité de la fin du monde nous stimule-t-elle pour témoigner de l’amour de Dieu autour de nous ? Comment l’envisager sans crainte, ni égoïsme ou repli sur soi ? Comment concilier l’appel à « sortir de Babylone » avec la mission de proclamer à tous la Bonne Nouvelle du salut ?
Genèse 19 : Chute de Sodome et Gomorrhe
Rubens : Fuite de Loth et sa famille
![]()
Observons
Le récit fait suite immédiatement au dialogue d’Abraham avec Dieu, et se termine par un rappel de cette conversation au v 29, pour en marquer l’influence sur le déroulement des événements. En contraste, l’influence des dépravations de Sodome se fait sentir sur les pensées et les actes des filles de Loth, dont la relation suit le sauvetage (v 30-38).
A- Sauvetage de la famille de Loth V 1-3 : accueil empressé des anges par Loth V 4-9 : tentatives de Loth pour épargner les anges des violences des Sodomites V 10-14 : tentatives des anges pour sauver Loth et sa famille V 15-23 : Sauve-qui-peut ! V 24-26 : destruction des deux villes et de la femme de Loth V 27-2 : Abraham, dont Dieu s’est souvenu pour sauver Loth, constate les dégâts
B- Loth et ses filles V 30 : incrédulité de Loth qui se réfugie dans la montagne V 31-35 : inceste des deux filles de Loth V 36-38 : conséquences des incestes : naissances de Moab et Ammon.
Comprenons
A- Sauvetage de Loth
1- L’attitude de Loth : Autant Loth fut-il empressé à recevoir les deux visiteurs inconnus, pour les préserver des sévices de ses concitoyens, autant il fut réticent à les suivre hors de la ville et ensuite à aller dans la montagne comme ils le lui proposaient (17) ! Pourtant il avait été l’objet de leurs soins lorsque les Sodomites avaient voulu lui faire violence pour sa défense des étrangers. Ensuite il avait eu leur faveur puisqu’il avait reçu d’eux l’avertissement de la catastrophe projetée. Sans doute influencé par le refus de ses gendres de l’écouter, il s’attarde, il discute, il supplie d’épargner une petite ville où il préfère aller. Qu’il est difficile de croire à ce que Dieu annonce et réalise, quand on reste attaché à son confort, à ses craintes à ses préjugés et à ses regrets comme le fit sans doute la femme de Loth. Regarder en arrière pour regretter ce qu’on perd est une attitude stérile : on se coupe de la vie qui est mouvement, élan et dynamisme pour construire un avenir. Il faut toute la force de Dieu et la prise au mot de sa Parole pour rompre en l’homme ses vaines hésitations (16, 22). Curieusement Dieu accorde ce que Loth demande en sa faveur (v 21), et retarde la destruction pour donner à Loth le temps de se réfugier à Tsoar. Dans la seconde partie du récit on voit que malgré tous ces signes de bonté de Dieu envers lui, Loth reste incrédule et finit par accomplir la volonté initiale de Dieu (17), en fuyant dans la montagne. Cette incrédulité causera sa faiblesse et celle de ses filles.
2- La bonté de Dieu : Les envoyés divins ne s’imposent pas à Loth, ils se font même prier pour entrer chez lui. Dieu n’agit jamais contre la volonté de celui qu’il veut sauver. Cette faiblesse apparente de Dieu préserve la liberté de l’homme qui doit se déterminer lui-même. Les anges ensuite laissent Loth aller à la limite de ses possibilités d’hôte accueillant, au péril de l’honneur de ses filles et de sa propre vie. Ils n’interviennent que lorsque chacun, Loth et les habitants de Sodome, a dévoilé le fond de son cœur. C’étaient la dernière perche tendue à ces Sodomites pour revenir sur leur inconduite et changer d’attitude. Il en est de même pour les proches directs de Loth, à qui est offerte une dernière chance de salut (12-14). Dieu ne désire pas la mort du pécheur mais qu’il vive !(Ezéchiel 33.11). Le méchant (= l’incrédule, l’impie), comme le croyant, est responsable de son sort final (Ez 33.4-5). La destruction de la ville impie est le contrepoint du salut de Loth et de ceux qui ont écouté les avertissements des anges. Pour les préserver de cette destruction, Dieu est intervenu positivement en les appelant à sortir (14), en les accompagnant au dehors (16), en leur accordant leur ultime vœu (21-22). Ce délai de grâce en leur faveur n’a pas empêché Dieu d’accomplir sa justice envers les impénitents de Sodome et Gomorrhe. La grâce ayant quitté la ville en la personne de Loth et des anges, la ville est laissée au sort qu’elle s’est choisie. L’insistance du verset 24 sur l’action destructrice de l’Éternel (le nom encadre la pluie de feu et de soufre sur les deux villes) ne doit pas nous tromper : c’est parce que Dieu qui est vie se retire, que la mort a libre champ et fait son œuvre. Le feu et le soufre sont symboles du jugement irrémédiable de Dieu, dont la bonté et l’amour ont été rejetés ostensiblement et obstinément.
3- Symbolique du récit : Jésus a repris ce récit comme « type » de l’incrédulité à son égard, et du sort que choisissent ceux qui refusent de le reconnaître comme Sauveur (Mt 10.15). Le jugement de Sodome et Gomorrhe préfigure le jugement dernier des « morts » spirituellement parlant (Ap 11.8 ; 21.11-15 ; 21.8). On trouve aussi dans ce récit une préfiguration de ce qui précède ce jugement final, et qui est prophétisé dans l’Apocalypse (7 et 14) : la révélation de la foi et de l’accueil fait à Dieu par les croyants de la dernière génération, la dernière mission qui leur est confiée d’annoncer le salut autour d’eux pour sauver le plus grand nombre possible, la protection de Dieu à leur égard malgré leurs hésitations et leur tiédeur à croire et à suivre la Parole divine.
B- Loth et ses filles
La fin du chapitre essaie de donner une explication des origines des deux peuples voisins et ennemis d’Israël, Moab et Ammon, à l’est du Jourdain. En les faisant naître de l’incrédulité et de la faiblesse de Loth, et de la dépravation de ses filles, le texte les charge d’une lourde hérédité. Bien qu’ils aient été sauvés par la miséricorde de Dieu, ces trois personnages n’ont pas mis longtemps pour perdre confiance en Dieu, et pour retrouver leurs penchants naturels.
Questions pour une application actuelle dans la vie chrétienne
A-
- La difficulté de Loth et sa femme à « quitter » leurs attaches est une interpellation pour nous :
- La manière de recevoir les paroles de Dieu (conseils, avertissements, exhortations, promesses) révèle notre degré de confiance en Dieu. Où en suis-je dans ma relation avec Dieu à ce sujet ?
- Comment est-ce que j’accueille la nécessité de « lâcher prise » sur les autres, sur mes acquis matériels, intellectuels, affectifs, moraux ou spirituels ?
- Comment surmonter mes peurs, mes regrets, mes échecs, mes souvenirs douloureux du passé, pour en faire des tremplins pour vivre pleinement mon présent et construire un avenir épanoui ? En quoi ma foi peut-elle être une aide pour ce travail sur moi ?
- Comment discerner les « perches » de Dieu dans les circonstances de ma vie et les saisir ?
B-
- Comment affermir ma confiance en Dieu, et demeurer en sa présence en toute situation favorable ou non ?
- A quels moments de ma vie ai-je eu conscience des bienfaits de Dieu à mon égard ? Comment ma reconnaissance a-t-elle pu se manifester ?Si je ne l’ai pas montrée, comment puis-je le faire aujourd’hui ?
« Statues de sel » sur les bords de la Mer Morte
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12.11.2006
Etude n°7a : L'homme Abram, Gn 12-13
Genèse 12-13 : l’installation d’Abram en Canaan
Observons
11. 27-32 : Famille d’Abram de la lignée de Sem12. 1-9 : L’appel divin à entrer en Canaan
12.10-20 : L’expérience égyptienne
13.1-13 : Séparation d’Abram et de Loth
13.14-18 : Nouvelles promesses de Dieu
La marche en Canaan est ponctuée de trois constructions d’autels à l’Éternel (12.7,8 ;13.18), en opposition avec le séjour en Egypte où Dieu n’est pas mentionné. Abram invoque l’Éternel lorsqu’il s’installe près de Béthel (13.4), Loth ne voit que la séduction du pays qu’il choisit (13.10-11).
Le mot qui revient le plus dans la bouche de Dieu est bénir ou bénédiction (5 fois + 2 fois la même racine dans le verbe maudire).
Dieu intervient 3 fois dans le texte :
12.1 : C’est le premier ordre
12.7 : à Sichem, à l’entrée en Canaan
13.14 : après la séparation d’Abram et de Lot.
Comprenons
1- De Babel à Abram
Les onze premiers chapitres de la Genèse ont été consacrés à l’histoire générale des débuts de l’humanité. Le chapitre 12 commence l’histoire particulière de la famille des patriarches, ancêtres et fondateurs du peuple de Dieu. Il est relié au précédent chapitre par le thème de la célébrité du nom : les hommes de Babel construisirent la tour pour se “ faire un nom ”, “ être célèbres ” (11.4), tandis que Dieu révèle à Abram qu’Il « rendra célèbre son nom » (12.2). La problématique est la même dans ces deux passages : la prolongation ou la célébrité de la vie humaine dépend-elle de Dieu ou des efforts humains ?
2- D’Our en Chaldée à Haran (en Turquie) :
Après la dispersion de Babel, la famille de Sem s’installa à l’embouchure des deux fleuves de Babylonie, le Tigre et l’Euphrate, dans la région riche et commerçante d’Our, en Iraq actuel. Sous l’influence du paganisme ambiant, cette famille se mit à adorer les dieux du pays (Josué 24.2), tout en conservant sans doute le souvenir des récits du déluge transmis par Sem et ses descendants de génération en génération. Abram put ainsi avoir entendu parler de ce Dieu créateur qui avait sauvé ses ancêtres de la destruction générale.
On ne sait pas pourquoi Téra le père d’Abram décida d’émigrer vers Canaan (11.31), en remontant l’Euphrate avec une partie de sa famille. Etait-ce pour des raisons commerciales, économiques, religieuses ? Toujours est-il qu’il accomplit un voyage de plus de 2500 km le long du fleuve, avec son fils Abram, et son petit-fils Loth, et leurs biens. Il s’installa près d’une ville qui prit le nom du père de Loth, décédé à Our. Haran se situe dans le Sud-Est de l’actuelle Turquie. On y a retrouvé les traces du même culte de la lune qui était pratiqué tout le long du fleuve. Le récit biblique de Rachel cachant les idoles de son père Laban, lors du retour de Jacob en Canaan (Genèse 31.32-34), montre que la famille continuait d’adorer des idoles en même temps que Dieu.
3- L’appel d’Abram. (12.1) De Haran à Canaan.
A Haran, Dieu s’adressa directement en particulier à Abram et lui demanda de poursuivre le voyage commencé par son père, cette fois-ci sous sa direction et avec ses promesses. Cet ordre venait sans doute en réponse à un souci d’Abram, à un moment important de sa vie : après la mort de son père, Abram se retrouvait chef de famille, seul responsable des décisions à prendre pour la vie du clan. Jusqu’alors c’était Tera qui décidait. Qu’allait décider maintenant son fils ? Devait-il rester à Haran et continuer sur la lancée de son père ? Devait-il innover, prendre son indépendance, vivre selon ses propres aspirations et sa propre foi ?
Dieu intervient alors. Par son ordre “ Va vers toi ! ”(traduction littérale), il fait comprendre à Abram qu’il lui est nécessaire de quitter toutes ses sécurités humaines : pays, famille, religion établie, pour découvrir qui il est et surtout qui est ce Dieu dont il a entendu parler et qui s’adresse à lui personnellement. A 75 ans, Abram devait se prendre en charge, découvrir ses propres capacités, expérimenter une nouvelle vie d’adulte responsable, sous la direction de Dieu.
En prenant la décision d’obéir à cette voix divine (audible ou intérieure, on ne sait), Abram accomplit son premier pas d’adulte et se lance dans l’aventure de la vie avec Dieu. Cette démarche est comparable à celle de l’adolescent qui un jour doit décider lui-même l’orientation de sa vie professionnelle, affective, morale et spirituelle. Elle répond à l’ordre de Dieu donné en Eden : L’homme quittera son père et sa mère (Genèse 2.24).
4- Les promesses (12.2-3)
Dieu ne laisse pas Abram seulement avec cet ordre de partir. Il lui fait des promesses importantes pour lui, afin de soutenir son espérance dans l’aventure qu’il lui demande de vivre avec Lui. Dieu dit 7 fois “ Je ”. Par cette insistance, Dieu veut montrer qu’il est le seul à pouvoir réaliser les rêves de célébrité des hommes et qu’il est le Maître qui dirige tout.
Bénir, c’est rendre le nom célèbre (12.2), donner une descendance innombrable (13.16), protéger et rendre heureux (12.3), donner un pays (13.17)
a) v 1: Il montrera à Abram le pays où il devra se rendre. Il sera donc son guide dans cette marche vers l’inconnu. Lorsque Dieu ordonne, il donne en même temps les moyens d’accomplir sa volonté !
b) v 2 : Il promet une descendance à cet homme âgé sans enfants ! La stérilité était et est encore dans certaines civilisations, considérée comme une malédiction : elle rend impossible la continuation du nom à travers les siècles, et religieusement on pensait qu’elle coupait toute possibilité de vie éternelle. En effet on ne connaissait pas encore les révélations de Dieu à ce sujet, et on croyait que le seul moyen de lutter contre la mort et l’extinction de son nom, était d’avoir des enfants. Abram apprend par cette promesse, que Dieu donne la vie présente et éternelle !
c) v 2 : Dieu affirme sa volonté de bénir, de faire du bien, non seulement à Abram, mais aussi à l’humanité à travers lui. Marcher avec Dieu rend le marcheur heureux et lui permet à son tour de rendre heureux ceux qui le connaissent.
d) v 2 : la promesse de célébrité se trouve dans la phrase hébraïque entourée des promesses de bénédictions selon le schéma suivant :
a- promesse de descendance personnelle
b- bénédiction de Dieu sur Abram
c- promesse de célébrité
b’- bénédiction d’Abram sur les autres
a’- promesse de bénédiction universelle
Cette célébrité convoitée par les constructeurs de Babel, n’est pas le résultat des efforts humains pour acquérir la gloire et la grandeur. Elle viendra : - de l’intervention de Dieu dans la vie d’un homme pour faire de lui le père d’un peuple. (On verra plus loin que ce sera le peuple des croyants). - du témoignage que la vie de cet homme rendra auprès des autres de l’existence et de la bonté de ce Dieu qui donne tout pour être heureux. - des conséquences de ce témoignage parmi ceux à qui il s’adresse : la vie pour ceux qui acceptent de reconnaître Dieu, la mort pour ceux qui refusent de voir la main de Dieu et d’entendre son appel.On retrouvera la même idée chez l’apôtre Paul lorsqu’il écrit aux Corinthiens (2 Co 2.14-16): “ Dieu nous utilise pour faire connaître le Christ en tout lieu. Nous sommes comme un parfum à l’odeur agréable offert par Christ à Dieu...pour ceux qui sont sur la voie du salut et pour ceux qui se perdent. Pour ceux qui se perdent c’est une odeur de mort qui donne la mort, pour ceux qui sont sur la voie du salut, c’est une odeur de vie qui donne la vie. ”
Dieu propose le même choix à chacun pour sa vie : une célébrité toute humaine qui conduit à la mort, ou une grandeur spirituelle par l’attachement à Dieu qui conduit à la vie éternelle.
5- En Canaan (12.4-9)
Le premier pas d’Abram l’a conduit à quitter son pays et une partie de sa famille. Il garde de grandes richesses. A-t-il conservé les dieux de son père ?
Le verset 6 indique qu’il traversa Canaan jusqu’à Sichem. Là, Abram trouve le chêne sacré de Moré, honoré par les Cananéens, comme moyen de communication avec le dieu de la fertilité représenté par la lune ! (les chênes verts, ou térébinthes, en Orient, ne perdent pas leur feuillage et symbolisent la vie). Jacob après le drame de Sichem, à son retour en Canaan, enterrera au pied de ces chênes les idoles emportées par sa famille de chez Laban (Ge 35.4). Abram retrouve donc les mêmes divinités que là d’où il vient. Va-t-il les honorer ?
Le Seigneur en lui apparaissant, et en lui promettant la possession de ce pays, le place devant un choix important : quel dieu adorer ? Abram répond en se détournant des objets sacrés idolâtres, et en dressant une sorte de pierre commémorative de sa rencontre personnelle avec Dieu. Par là il signifie aux Cananéens qu’il adore un autre Dieu. Son trajet est marqué de ces monuments commémoratifs : le premier à Sichem, le second à Béthel (v 8), le troisième à Hébron (13.18). Ils sont les signes de son adoration du Dieu qu’il reconnaît comme son Seigneur et Maître.
6- L’expérience en Egypte (12.10-20)
Curieusement dans son périple en Egypte, Abram ne construit pas d’autel et se laisse aller à la tromperie. Il n’était plus dans le pays promis et pensait que Dieu n’était pas en Egypte. Ou bien sa relation avec Dieu s’était relâchée, puisque au lieu de s’en remettre à Dieu, par deux fois Abram cherche à protéger sa vie lui-même : 12.10 et 12-13 il fuit la famine, et il ment sur l’identité de Saraï qu’il fait passer pour sa soeur (elle était sa demi-soeur et son épouse). Il n’invoque pas Dieu et cède sa femme à la convoitise de Pharaon. A ce moment, Sara n’était pour lui qu’une monnaie d’échange contre la vie et d’immenses biens ! C’est s’enrichir facilement ! Dieu pourtant intervient pour lui apprendre toute la valeur de sa femme : il fait en sorte qu’elle devienne source de malheur pour Pharaon, mais source de richesse pour Abram ! (12.17-19).
L’amour de Dieu n’est pas une conséquence de la conduite impeccable d’Abram ou de nous-mêmes, il est inconditionnel. A nous, comme Abram le fit à Béthel en rentrant en Canaan, de le reconnaître et de le rechercher malgré nos faiblesses. Dieu a demandé à Abram de quitter son pays et sa famille pour le séparer de l’idolâtrie ambiante, et se faire mieux connaître à Abram. Il voulait lui apprendre à n’adorer que lui, à ne pas compter sur ses propres stratagèmes ni sur les autres hommes, à faire régner la paix autour de lui, à penser et à croire par lui-même, et à faire confiance à Dieu seul.
Dans cette expérience en Egypte, Abram apprit à ne pas compter sur ses ruses ou sur les puissants du pays, pour subsister. Il reconnut que Dieu seul l’avait sorti des conséquences néfastes de ses actes.
Genèse 13
7- Une séparation pleine d’amour ! 1-13
De sa parenté, seul Loth l’avait accompagné en Canaan. Ce devait être un réconfort pour Abram qui pensait peut-être faire de ce neveu un fils adoptif qui lui donnerait la descendance promise. Pourtant les circonstances vont rendre la séparation inévitable : le pays ne peut pas nourrir tout le monde, et des querelles de bergers éclatent. En tant que chef de famille, Abram pouvait imposer son autorité à son neveu et lui ordonner de partir dans un autre pays que Canaan, ou dans une contrée qu’il lui aurait choisie. Au lieu de cela, il laisse à Loth le choix de son habitat ! Il ne le chasse pas, et lui permet de décider lui-même quelle part du pays il désire. Il lui manifeste le même amour inconditionnel qu’il a reçu de Dieu. Sa relation avec Dieu lui a appris à vaincre son orgueil et son égoïsme, pour se soucier de l’intérêt de son neveu avant le sien, sans défendre ses droits légitimes ! (Philippiens 2.3-4).
8- Le choix de Lot
On voit d’après le texte que Loth fait un choix prémédité : il considère les avantages matériels de la vallée du Jourdain, fertile comme un véritable paradis, et jouissant de la présence de deux villes prospères. Loth ne regarde pas les aspects moraux et spirituels de la situation : les habitants de cette contrée offensaient gravement le Seigneur. Loth s’est laissé guider par la facilité, le confort, et a négligé la qualité de la relation avec Dieu de son entourage. Il s’est mis délibérément dans un contexte de vie pernicieux. Nous voyons ainsi qu’un choix est toujours motivé : on ne choisit pas par hasard ! Loth a choisi Sodome, guidé par son désir de confort et de facilité, Abram a choisi Dieu, poussé par son désir de le connaître mieux et de se connaître lui-même.
9- Le rappel de la promesse (13.14-18)
Une fois seul, Abram a dû éprouver un moment d’angoisse : il se retrouvait solitaire en pays étranger ; il n’avait pas d’enfant : comment s’accomplirait la promesse de Dieu ? Il habitait la partie la plus difficile du pays, la montagne ; son neveu avait choisi de vivre dans une région idolâtre où il risquait de perdre sa foi et sa vie. Le Seigneur intervient directement à ce moment de déprime pour le réconforter : qu’il ne s’inquiète pas, tout le pays serait un jour à lui et à ses descendants innombrables. Dieu soutient sa foi en lui faisant regarder non pas à sa situation actuelle précaire, mais à la promesse de Son intervention dans sa vie pour la rendre riche et pleine. Dieu veut ainsi soutenir et épanouir la vie de ceux qui mettent leur confiance en Lui, quelles que soient les circonstances favorables ou non. Abram dut quitter ce qui le protégeait pour expérimenter une vie fondée sur la confiance en Dieu. Dans cette marche avec Dieu, Abram est amené à se dépouiller peu à peu de ses acquis, de ses compromis, et même de ses affections familiales. Il dut se détacher : de son pays, de sa parenté, de la maison de son père (v 1) de la tentation que représente la fausse sécurité de l’Egypte (10,20) du désir de choisir lui-même sa part du pays de la présence de son neveu Loth Il apprit ainsi petit à petit à s’appuyer sur Dieu seul.
Ayant connu par ces expériences sa propre faiblesse et surtout l’amour inconditionnel de Dieu à son égard, Abram construisit le troisième autel de son chemin, là où plus tard il achètera la seule terre qu’il pourra posséder en propre dans le pays, celle des chênes de Mamré à Hébron. Il y sera enterré avec Sara.
Questions pour une application dans notre vie de chrétien
- Comment, selon ce texte, devenir adulte et construire ma personnalité ? sur quoi fonder les choix de ma vie ?
- Comment faisons-nous nos choix de vie, de profession, d’amitié, de loisirs ? Considérons-nous comme Loth les avantages matériels ou le plaisir immédiat, ou pensons-nous aussi aux mauvaises influences d’un environnement qui rejette Dieu, sur notre relation avec Lui ?
-Comme Abram avec ses autels dressés en Canaan, par quels signes témoignons-nous à l’extérieur de notre foi en Dieu ? On peut trouver une réponse dans Romains 12.2 : “ Ne vous conformez pas aux habitudes de ce monde, mais laissez Dieu vous transformer par un changement complet de votre intelligence. ”
- Sur quoi se fonde mon assurance dans la vie ? Qu’est-ce que Dieu peut me demander de « quitter », à l’exemple d’Abram ou du jeune homme riche (Mt 19.16-23) ?
- Comment dans mes relations avec mes proches ou mes voisins manifester l’amour inconditionnel de Dieu, sans me « laisser marcher sur les pieds » ?
- Quand Dieu me fait comprendre mes erreurs par des circonstances de vie parfois difficiles, comment est-ce que je réagis ? Est-ce que je reviens comme Abram à mon point de départ, en me confiant dans son pardon et sa direction ?
Voir la suite (Gn 14-15) dans la note suivante Etude n° 7b
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