24.12.2006
Etude n°13a : La fin des commencements : Gn 42-45
Observons le contenu de ces chapitres
Ch 42 : Première rencontre de Joseph et ses frères à l’insu de ces derniers. Exigence de Joseph de faire venir son frère Benjamin. Refus de Jacob.
Ch 43 : 1-15 : Juda persuade son père en se portant garant de Benjamin.
16-28 : seconde entrevue entre les frères et Joseph qui reste dans l’incognito
29-34 : vive émotion de Joseph et accueil chaleureux dans un festin.
Ch 44 : 1-13 : Joseph teste les sentiments fraternels de ses frères par une ruse
14-34 : dernier test de Joseph et aveu de Juda de s’être porté garant du retour de Benjamin auprès de leur père.
Ch 45 : 1-15 : Joseph se fait reconnaître, et pardonne à ses frères.
16-28 : retour des frères auprès de Jacob, heureux de retrouver son fils Joseph.
Ch 46 : Descente de la famille de Jacob en Egypte où elle est accueillie par Joseph
Ch 47 : 1-12 : Installation de la famille en pays de Gochên avec l’accord de Pharaon.
13-26 : gestion de l’Egypte au profit de Pharaon.
27-31 : dernières volontés de Jacob mourant.Ch 48 : Bénédiction des fils de Joseph par Jacob.
Ch 49 : Bénédictions prophétiques des fils de Jacob par leur père. Sa mort.
Ch 50 : Funérailles de Jacob en Canaan. Fin de l’histoire de Joseph, qui prophétise le retour en Canaan sous la conduite de Dieu.
Au centre de cette histoire, se trouve le pardon accordé par Joseph à ses frères : Joseph atteint le paroxysme de la maturité et de la grandeur spirituelles !
Comprenons
Le moment est venu après deux ans de famine générale en Egypte et dans les pays voisins, de reprendre l’histoire de Jacob et ses fils. 22 ans se sont écoulés : Joseph avait 17 ans à son arrivée en Egypte (37.2). 13 ans après il devient premier ministre à 30 ans (41.46), il y a eu 7 ans d’abondance et au moins deux ans de famine. Comme Abraham dans des circonstances semblables (ch 12.10), Jacob pense à chercher du secours en Egypte, véritable grenier à blé de l’Antiquité, pourvoyeur de vivres pour les peuples, ce qui justifie le nom égyptien de Joseph.
Dans le long récit de ces chapitres, relevons les détails qui nous permettent de comprendre le cheminement spirituel des personnages.
Chapitre 42v 4 : Jacob n’envoie pas son dernier fils Benjamin, seul fils de Rachel qui lui reste : il a reporté sur lui l’affection qu’il avait pour Joseph, qu’il croit mort.
v 6 et 9 : Les frères se prosternent devant Joseph dès leur premier voyage, réalisant le premier des rêves de Joseph, sans le savoir.
v 7-9 : Le silence de Joseph et sa dureté sont destinés
-à provoquer en eux un sentiment de crainte propre à éveiller leur conscience
-à sonder leurs sentiments et leurs relations entre eux.
Joseph agit ici en vrai gouverneur d’un Pharaon Hyksos, qui redoutait l’envahissement de l’Egypte dont les Hyksos s’étaient eux-mêmes emparé auparavant (leur domination dura d’environ 1730 à 1555 av JC). Cela explique ses accusations d’espionnage et la méfiance qu’il affiche envers des étrangers.
v 10-13 : Les détails donnés par les frères sur leur famille renseignent Joseph sur sa situation : tous sont encore en vie l
v 15-17: La première épreuve d’emprisonnement est destinée à mettre les frères dans les conditions semblables à la captivité qu’ils ont fait subir à Joseph dans sa citerne, non par esprit de vengeance, mais pour les amener à réfléchir et à rechercher les causes profondes de leur malheur. Ils n’y manquent pas, ce qui est signe du travail secret de leur conscience pendant toutes ces années devant l’affliction de leur père ! Ils reconnaissent leur faute jusque-là cachée (v 21) devant Joseph qui comprenait tout à leur insu (v 23).
Ruben marque par ses accusations contre ses frères combien il a souffert de leur désobéissance à son conseil d’aîné, mais aussi il révèle qu’il se désolidarise en partie de la disparition de Joseph qu’il croit mort en captivité.
v 23 : Les pleurs de Joseph prouvent que sa sévérité ne vient pas d’un désir de vengeance mais de son amour pour ses frères qu’il veut sonder et sauver avec leur collaboration, et pas de force I
v 25 : En même temps qu’il cherche à les inquiéter par ses menaces et l’emprisonnement de Siméon comme otage, il cherche à les toucher par des marques de bonté, destinées à les interpeller et les préparer à la résolution de la situation.
v 28 : La découverte de l’argent du blé acheté est mal interprétée par les frères. Travaillés par leur mauvaise conscience, ils n’y voient qu’un présage funeste, un signe de la colère de Dieu.
Combien de fois considérons-nous comme punition d’une faute ce qui n’est en fait qu’un geste de miséricorde de Dieu : par exemple, sortis indemnes d’un accident où on a perdu sa voiture, ne nous écrions-nous pas : - Qu’est-ce que j’ai fait à Dieu pour subir cela ? au lieu de le remercier pour la vie sauve!
Le sentiment de culpabilité déforme les faits et aveugle le coupable sur la bonté de Dieu !
v 36 : Les soupçons de Jacob sur la responsabilité de ses fils dans la disparition de Joseph viennent au grand jour, maintenant qu’il se voit privé aussi de Siméon et peut-être en plus de Benjamin.
v 37-38 : C’est d’abord Ruben, comme pour Joseph, qui intervient en faveur de Benjamin, en offrant vies pour vies : ses deux fils à la place de ses deux frères. Dans la mentalité orientale, c’était très généreux de sacrifier sa propre descendance pour sauver ses deux frères.
Dans notre mentalité cela paraît impensable de croire que Jacob aurait pu accepter un tel marché : comment la mort de ses deux petits-fils aurait-elle consolé Jacob de ne pas voir revenir ses deux fils? Ce ne serait plus deux hommes en plus de Joseph qu’il perdrait, mais quatre I C’est pourquoi il refuse net !
Chapitre 43
v 3 et 8 : De nouveau, c’est Juda qui intervient en second pour résoudre le problème. A la différence de Ruben, il s’offre lui-même pour subir le châtiment paternel s’il revient sans Benjamin. En cela, il est un type, une préfiguration de Christ, offrant lui-même sa vie pour sauver ses frères les hommes.
v 14 : Jacob confie ses fils à la protection de Dieu et accepte sa volonté pour eux et pour lui. Sa longue vie de souffrances ne lui a pas fait perdre la foi.
v 18 : Traités rudement la première fois, les frères prennent l’invitation à aller dans la maison de Joseph comme un signe d’une incarcération proche, à cause de l’accusation de vol qui plane sur eux au sujet de l’argent retrouvé dans leurs sacs.
v 19 : Ils vont tenter le tout pour le tout, en rendant spontanément l’argent.
v 23-29 : La réponse de l’intendant et l’accueil qui leur est réservé leur sont totalement incompréhensibles. Ils auraient dû être intrigués et mis sur la voie par la mansuétude et la foi en Dieu que manifestent l’attitude et les paroles de l’intendant de Joseph. Mais ils sont sous le choc de la surprise et de la crainte.
v 26 : Une seconde fois se réalise le rêve de Joseph, ses frères sont prosternés devant lui I
v 30 : La vive émotion de Joseph et son amour pour le jeune frère qu’il revoit au bout de 20 ans se traduisent par des pleurs plus ou moins bien cachés.
v 32-34 : Chacun prend son repas à une table à part. Joseph en tant que premier ministre, les hébreux en tant que bergers et étrangers qui ne peuvent être mêlés aux Egyptiens très soucieux de leur hygiène (voir 46.34).
Pourtant les frères sont stupéfaits de voir que l’on semble bien les connaître : ils ont été placés par rang d’âge ! Pourquoi aussi Benjamin est-il plus honoré qu’eux? Ces mystères intrigants doivent préparer dans leur cœur le moment de reconnaissance mutuelle après une dernière épreuve.
La préférence manifeste de Joseph pour Benjamin est aussi destinée à sonder les cœurs de ses frères : sont-ils toujours aussi jaloux des fils de Rachel ? Joseph, abusant de son pouvoir, manipule ses frères en accusant Benjamin de vol, mais en leur offrant l’occasion de l’abandonner, il les pousse à révéler quel sentiment domine leurs cœurs.
v 9-10 : Leur bonne foi les fait renoncer à la vie de l’éventuel coupable et à leur propre liberté. L’intendant adoucit leur proposition en n’acceptant que l’esclavage du présumé coupable. La situation de Benjamin sera ainsi exactement la même que celle de Joseph, 20 ans plus tôt !
v 13 : La douleur et la fidélité dont ils font preuve en retournant avec Benjamin témoignent en faveur des frères.
v 14-34 : Dans tout ce passage Juda prend et garde le rôle prépondérant qu’il s’est engagé à tenir près de son père, et qui fera de Iui l’héritier de la promesse de lignée royale.
v 16 : Dieu nous a démasqués, nous sommes coupables : en réalité ils sont innocents dans la situation présente, mais leur conscience les reconnaît coupables envers ce frère qu’ils ont vendu comme esclave autrefois. La position désespérée où ils se trouvent leur apparaît comme le juste châtiment de leur crime passé, C’est un cri d’aveu, suivi de la proposition d’être esclaves avec Benjamin. Ils se solidarisent cette fois avec leur jeune frère.
v 17 : Joseph pousse l’épreuve jusqu’au bout en leur donnant la possibilité de partir sans Benjamin. Ces tests manipulateurs montrent que Joseph n’échappe pas à la condition humaine pécheresse qui fait que l’on abuse du pouvoir que l’on a lorsqu’on se trouve en situation de l’exercer sur les autres.
v 18-34 : La réponse touchante de Juda qui rapporte les propos de son père et s’offre comme esclave à la place de son frère (v 33) achève de montrer le changement de leur cœur : ils n’ont plus de jalousie envers les fils de Rachel, ils ne pensent plus à Ieur intérêt personnel, mais ils ont compassion de leur père et s’offrent à la place de Benjamin.
Leurs sentiments sont vraiment changés, Joseph ne peut plus contenir son émotion. Ses frères sont sortis vainqueurs de leurs épreuves.
Question pour une application dans la vie chrétienne- Dans les difficultés de relations dans l’Eglise, est-ce que je critique la faute des autres, ou est-ce que j’examine ma propre part de responsabilité, pour tenter de résoudre le problème ?
- Comment ne pas manipuler ceux dont j’ai la responsabilité, et être solidaire d’eux pour améliorer une éventuelle situation de conflit ?
- Suis-je prêt à considérer l’intérêt des autres ou de ma communauté avant mes propres intérêts et mon ambition personnelle ?
Chapitre 45- La reconnaissance entre les frères (ch 27 d’ « Itinéraires de croissance)
A- 1-15 : La fin du « Commencement »![]()
Observons
Texte : Construction en parallèles concentriques :
a) v 1-2 : émotion de Joseph qui veut rester seul avec ses frères
b) v 3-4 : Joseph se fait reconnaître comme celui qu’ils ont vendu
c) v 5-8 : Plan de salut de Dieu
b’) v 9-13 : Joseph se fait reconnaître comme le gouverneur d’Egypte
a’) v 13-15 : émotion des retrouvailles entre frères.
Le texte central (5-8) joue sur des répétitions : Dieu m’a envoyé (3x), garder en vie, assurer un reste, survivre par une grande délivrance (= 3x l’idée de vie), et sur un contraste entre le v 5 où Joseph est « vendu » et le v 8 où il est « établi père de Pharaon, seigneur de toute sa maison, gouverneur du pays ». On a le même contraste entre les versets 4 et 9, et entre l’épouvante du v 3 et les pleurs et l’embrassade du v 15.
Comprenons
Contexte : La transformation du cœur des frères s’est opérée au fur et à mesure des épreuves qu’il leur a fait subir (42.15-17) : l’emprisonnement avait mis les frères dans une condition semblable à la captivité de Joseph dans le puits. Il les avait amenés à réfléchir et à rechercher les vraies causes de leur malheur. Leur conscience leur avait déjà parlé devant l’affliction de leur père, et maintenant (42.21) elle leur fait avouer leur faute. Joseph a cherché à les interpeller par des gestes de bonté incompréhensibles pour eux, mêlés à des accusations injustes, destinées à leur faire prendre conscience de leur dépendance, de leur besoin de pardon et de grâce. En même temps il sonde leur capacité à se donner pour quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes (44.16.33). Alors que dans la situation présente ils sont innocents, ils s’avouent coupables (44.16) : la situation désespérée où ils se trouvent leur apparaît comme le juste châtiment de leur crime passé, selon la croyance hébraïque qui fait du péché la cause directe du malheur. A cet aveu, ils ajoutent une proposition de solidarité avec le plus jeune frère : ils s’offrent comme esclaves. Ils montrent ainsi qu’ils n’ont plus de jalousie pour les fils de Rachel, ils ne pensent plus à leur intérêt personnel, ils sont compatissants envers leur père. Devant une telle transformation, Joseph ne contient plus son émotion.
Texte :
Sections a) et a’) : Le moment des retrouvailles et du pardon ne peut se vivre que dans l’intimité. C’est pourquoi Joseph éloigne toute présence étrangère au problème et laisse libre cours à son émotion (2, 14-15). Une démarche de pardon bouleverse l’affectivité avant même la raison. L’accolade entre les frères finit par vaincre les dernières résistances dues à la peur et au remords (3b) ou à l’étonnement devant un pardon aussi complet de la part de la victime.
v 3-4, 12 : Joseph doit insister pour convaincre ses frères de son identité.
Sections b) et b’) : Joseph se fait d’abord reconnaître comme victime, pour que ses frères aient pleinement conscience de leur culpabilité et de leur incapacité à s’en libérer eux-mêmes. Le chemin de vie passe par l’acceptation de sa culpabilité face à Christ, et de sa dépendance totale du pardon et de la grâce de Dieu. Le pardon de Joseph était acquis à ses frères dès le début de leurs rencontres, sans qu’ils le sachent. Pour être efficace, il fallait que les frères prennent conscience de leur culpabilité et de leur incapacité à s’en libérer eux-mêmes. Après leur aveu d’impuissance et leur don d’eux-mêmes à celui dont ils étaient dépendants pour leur vie, ils peuvent saisir le pardon offert avec reconnaissance comme leur seule bouée de salut et de libération.
Le pardon de Dieu, comme celui de Joseph, est acquis à tous depuis longtemps, (depuis la mort et la résurrection de Jésus), mais il ne peut bénéficier qu’à des cœurs assoiffés de le recevoir.
Joseph se fait ensuite reconnaître comme seigneur qui promet d’accueillir, et protéger sa famille. Après avoir déstabilisé, il rétablit et restaure. De même Christ, après avoir fait prendre conscience à l’homme pécheur de sa culpabilité, offre pardon et protection pour vivre une nouvelle relation avec lui.
v 15 : Le pardon de Joseph est tellement extraordinaire que les frères n’osent y croire, il leur faut l’accolade et les pleurs des deux fils de Rachel pour pouvoir s’associer à la joie de la réconciliation.
C’est une merveilleuse parabole du chemin du salut que nous propose Dieu : nous sommes dans la même situation que les frères de Joseph, coupables envers Dieu et souvent rebelles pour l’avouer. Par les épreuves de la vie, Dieu nous conduit à reconnaître notre état de pécheurs et à saisir son pardon salvateur. Avons-nous autant de mal que les frères de Joseph à laisser la joie de la réconciliation entrer dans nos coeurs transformés ?
Section centrale c) : Joseph va au devant des remords de ses frères en leur découvrant par trois fois le plan de salut de Dieu pour les déculpabiliser (v 5, 7-8).
La construction et les répétitions de ce passage insistent sur l’action de salut de Dieu. Joseph déculpabilise ses frères par la révélation du sens caché de toute leur aventure. S’ils sont responsables de leurs sentiments contre Joseph et de la vente de leur frère, tout le reste ne leur appartient plus : Dieu a tout fait concourir au bien de chacun (Rm 8.28) : d’un mal il a fait sortir du bien. Il a établi Joseph au pouvoir (8), car il voulait aussi sauver ses frères et son père, en faire des « rescapés » de la famine (10-11) par sa grâce.
Joseph, par ses paroles et son attitude, est un « type » de Jésus, envoyé par Dieu auprès de ses frères, les hommes coupables de l’avoir rejeté, crucifié ou méconnu. Il offre pardon, restauration et vie à ceux qui dans la repentance acceptent de venir à lui et de le reconnaître avec joie comme leur Sauveur et leur Seigneur.
Questions pour une application dans la vie chrétienne- Par les épreuves de la vie, Dieu nous conduit à reconnaître notre état de pécheurs et à saisir sa grâce. Comment réagissons-nous à nos épreuves ? Les considérons-nous comme des châtiments de sa part, plus ou moins justes ? Ou savons-nous, comme Joseph, y discerner son action libératrice et formatrice, son projet de vie pour nous ?
- Joseph a voulu se faire reconnaître par ses frères dans l’intimité, avant une reconnaissance officielle (v 16-20) : Comment manifestons-nous notre appartenance à la famille de Dieu : nous contentons-nous des cultes et rencontres ecclésiales, ou vivons-nous une relation intime et profonde avec Dieu dans le secret de nos cœurs, qui nous pousse à agir auprès des autres avec amour, pardon et compassion ?
- A la mort de Jacob, les frères se retrouvèrent seuls face à Joseph et se laissèrent à nouveau envahir par la crainte de sa vengeance (50.15-18). Comment accueillons-nous le pardon de Dieu : avec réticence, incrédulité, crainte du jugement dernier, reconnaissance et joie ? Comment cela se manifeste-t-il concrètement dans nos relations interpersonnelles en famille, au travail ou en église ?
Pour témoigner : Les querelles de famille sont extrêmement fréquentes même entre chrétiens. Le meilleur témoignage est de suivre l’exemple de Joseph envers ses frères, ou l’exemple du père de la parabole du fils prodigue envers ses deux fils. Que Dieu nous donne patience, discernement, maîtrise de nos pulsions de haine ou de rancœur, pour entrer dans un chemin de pardon libérateur, au sein de nos familles et de nos communautés. Ainsi se réalisera la parole de Jésus : « A ceci tous connaîtrons que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13.34-35)
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Etude n°13b : La fin des commencements, Gn 46-50
Genèse 45 (suite)
B- v 16-28 : L’accueil de Pharaon
Heureux du bonheur de son ministre, Pharaon se montre généreux pour sa famille. Le pays de Gochên était propre à l’élevage, situé à l’est du delta du Nil. En donnant aux Hébreux cette région d’Egypte, le Pharaon permettait à des éleveurs étrangers d’entrer dans le pays, sans se mêler aux Egyptiens proprement dits, qui avaient en horreur cette profession incompatible avec leur niveau de raffinement et de propreté (46.l4b). La bienveillance de Pharaon pour ces éleveurs étrangers s’expliquerait par sa propre origine étrangère et sans doute sémite ou hittite (= hyksos).
Les Hyksos venus du nord de l’Asie mineure, importèrent le char et les chevaux (46.29), ainsi que le goût de la guerre dans une Egypte pacifique et raffinée, dont ils adoptèrent très vite la civilisation. Pourtant ils furent haïs des purs Egyptiens, qui réussirent à les chasser et transformèrent la vie des Hébreux, comme on le verra dans l‘Exode. Dieu, en permettant à Pharaon d’isoler son peuple du reste de I’ Egypte, tentait de préserver l’intégrité de sa foi au cours de son accroissement.
v 24b : Les recommandations de Joseph à ses frères pendant le voyage montrent que tout esprit de dispute n’avait pas disparu en leur sein, comme Ruben l’avait laissé entrevoir (42.22). Il craignait qu’ils ne s’accusent mutuellement, en se rappelant le passé. Ils ont été pardonnés, mais se pardonnent-ils à eux mêmes et mutuellement ? Leur attitude de crainte à la mort de Jacob (50.15) fera comprendre qu’ils n’ont pas encore saisi toute l’ampleur du pardon de Joseph.
C’est une bonne illustration de la phrase du Notre Père : Pardonne-nous nos offenses comme aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Tant que nous n’avons pas compris ni accepté le pardon de Dieu, et éprouvé ses bienfaits, nous restons incapables de nous pardonner à nous-mêmes et aux autres.
Questions pour appliquer dans la vie chrétienne
- Où en sommes-nous dans nos relations avec les autres, parents, enfants, voisins, collègues, frères et sœurs dans la foi ? Le pardon de Dieu est-il à la base de ces relations ? Comment le vivre concrètement aujourd’hui?Genèse 46 : Descente en Egypte de la famille de Joseph
Observons
a) 1-7 : sortie de Canaan et promesses de Dieu à Israëlb) 8-27 : recensement du clan hébreu à l’arrivée en Egypte
c) 28-34 : Jacob retrouve son fils Joseph
Comprenons
a) Au moment de quitter le pays promis à sa famille, Israël sent le besoin de se tourner vers Dieu, là où ses pères avaient aussi adoré (21.33 ; 26.25). Il veut s’assurer de l’approbation de Dieu avant cette décision importante pour la famille, et par le sacrifice, il marque son attachement à l’alliance avec Dieu.
Dieu parle à Israël et lui ordonne de quitter le pays, comme il avait ordonné à Abraham d’y entrer. En lui parlant dans une vision nocturne, Dieu met Israël au rang de ses prophètes (Nb 12.6), à qui il dévoile l’avenir, et promet sa présence et sa direction en Egypte et au retour en Canaan. En annonçant que c’est en Egypte que le clan deviendra une « grande nation », Dieu confirme la longue durée de leur séjour prédite à Abraham (Ge 15.13-16).
b) La liste des chefs de clans dans la «famille de Jacob » (v 27) mentionne 70 hommes dans le texte hébreu, d’une façon peut-être symbolique, pour marquer la plénitude de la tribu immigrée à l’époque de Joseph. La traduction grecque des Septante la dit plus nombreuse, déjà sur le point de devenir un peuple, dont sont mentionnés les noms des chefs de famille de chaque tribu, même s’ils sont nés plus tardivement qu’à l’installation.
c) Les retrouvailles émouvantes entre le père et le fils « perdu » nous renvoient immanquablement à l’accueil du « Fils prodigue » de Luc 15, avec cette différence que l’exil de Joseph n’était pas voulu et n’avait pas été une déchéance pour lui ! Joseph prend à cœur l’installation de sa famille en Egypte, pour lui rendre l’intégration plus facile, sans perdre son identité. Il veut profiter de l’aversion des Egyptiens contre les nomades et leurs métiers qui touchent au bétail, pour que son peuple puisse se développer en paix dans un secteur du pays assez isolé, dans le delta du Nil. Il y sera aussi à l’abri des influences de l’idolâtrie égyptienne.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comment associer Dieu à mes décisions d’installation de logement ou de déménagement ?
- Quels sont mes critères spirituels de choix en matière d’habitation, ou d’implantation d’église ?
- Comment laisser s’exprimer l’émotion de retrouvailles, sans en être submergé ?
Genèse 47
Observons
1-12 : Accueil de la famille de Jacob par Pharaon
13-26 : Administration de l’Egypte par Joseph pendant la famine
27-31 : Dernières années et volontés de Jacob.
Comprenons
Pour présenter sa famille à Pharaon, Joseph choisit seulement cinq de ses frères : le chiffre 5 marquait en Egypte un signe particulier de l’honneur que l’on voulait rendre à quelqu’un (43.34 ; 45.22).
La salutation de Jacob est rapportée comme une bénédiction sur Pharaon (v 7 et 10) : à la simple salutation s’ajoute peut-être une bénédiction d’un homme plus âgé sur un plus jeune, et d’un homme qui a conscience que sa famille a été appelée à être en bénédiction pour toutes les nations, car elle est porteuse des promesses de salut (12.2-3).
Jacob a 130 ans lors de son arrivée en Egypte ; à 147 ans à sa mort, il est le plus jeune des patriarches (Abraham vécut 175 ans, Isaac 180 ans) mais il ressent sa vie comme remplie de malheurs et d’épreuves (v 9). Il en oublie devant Pharaon de marquer sa reconnaissance pour le soutien de l’Eternel qu’il y a reçu !![]()
Au centre du chapitre le tableau de l’administration de Joseph (voir fin du ch 26 de « Itinéraires de croissance ») sert à montrer le contraste entre la famille de Joseph qu’il fait prospérer, et les Egyptiens qu’il appauvrit jusqu’à les rendre esclaves, au profit de Pharaon. Le népotisme était peut-être considéré comme normal à cette époque, mais ici Joseph semble de marbre devant les souffrances du peuple égyptien, acculé par la famine à vendre ses troupeaux et ses terres, puis à se vendre lui-même au Pharaon pour garder simplement la vie.
Nulle mention de l’Eternel dans cette gestion du pays par Joseph qui agit ici en simple vizir du roi d’Egypte, soucieux du profit avant tout autre considération ! Cette attitude de la part d’un Pharaon hyksos (ce sont eux qui importèrent les chevaux en Egypte, v 17) et de son ministre hébreu contribua à la haine des Egyptiens contre cette dynastie étrangère, et contre les Hébreux. Au changement de dynastie, les vrais Egyptiens, retrouvant le pouvoir, en profitèrent pour retourner la « monnaie de leur pièce » aux Hébreux, en les soumettant à un dur esclavage (Ex 1.8, 11-13).
L’installation et la prospérité de la famille de Jacob en Egypte n’ont pas fait oublier au patriarche qu’il y est un étranger, et que la promesse de bénédiction de Dieu concernait le pays promis Canaan. Il fait jurer à Joseph (v 29) selon le mode de serment antique, sur ce qu’il y a de plus précieux, ici les sources de la descendance (les organes génitaux), représentant donc pour eux les sources d’une vie éternelle terrestre : par ce geste on prend à témoin du serment la descendance de celui à qui on prête serment. Jacob ne veut pas de sépulture en Egypte, mais dans le pays promis par Dieu. Ayant obtenu ce qu’il souhaitait, Jacob assis dans son lit, se prosterne, en inclinant la tête appuyée sur le « chevet » (mitté en hébreu) de son lit, ou selon les Septante ou Hé 11.21 « sur l’extrêmité de son bâton » (matté en hébreu).
Questions pour une application dans la vie chrétienne :
- Ai-je conscience que ma foi en Dieu m’appelle à être en bénédiction pour ceux qui m’entourent ? Comment puis-je le rendre manifeste dans mon comportement envers tous, petits ou grands, importants ou humbles ?
- Quel « goût dans la bouche » me laisse le rappel de mon passé, de mon âge ? Comment en faire une occasion de témoigner de mon appartenance au Créateur et de ma reconnaissance pour sa direction aimante ?
- Ai-je le souci comme Jacob de reposer éternellement dans la Canaan céleste que Dieu a promise à ma foi ? De quoi ou de qui dépend la réalisation de cette promesse ?
- Quel est mon comportement vis-à-vis de ceux qui dépendent de moi : favoritisme, exploitation, justice ? Comment dans ce domaine social être un ambassadeur de Jésus-Christ, un gestionnaire à l’ « image de Dieu » ?
Genèse 48
Observons
Le chapitre est consacré tout entier à l’adoption par Jacob des deux aînés de Joseph.
1-7 : Rappel de la promesse de Dieu et volonté de Jacob d’en faire profiter les deux fils de Joseph, à l’égal de ses propres fils.
8-12 : présentation des deux fils à Jacob
13-22 : bénédiction inversée de Jacob sur Ephraïm et Manassé.
Comprenons
En adoptant les deux fils de Joseph, nés avant son arrivée en Egypte, Jacob en fait des chefs de tribus, comme ses fils. Il reconnaît à Joseph le privilège d’aîné de Rachel, comme Ruben l’est de Léa. Il lui accorde le droit de recevoir « une double part » de l’héritage, en tant qu’aîné. L’autre droit d’aîné qu’est le pouvoir de commander sur ses frères sera attribué à Juda, après l’exclusion des trois aînés de Léa. Ce privilège accordé à Joseph se justifie parce qu’il est l’aîné de la femme préférée, perdue trop tôt (v 7), et qu’il s’est montré « le père » sauveur de toute la famille. Jacob n’ayant pas pu avoir autant d’enfants de Rachel que de Léa, essaie d’effacer la disproportion entre la descendance de ses deux femmes.
En croisant ses mains sur la tête de ses petits-fils, Jacob, par une dernière « ruse » inverse les rangs de naissance de ces jeunes gens, transmettant les promesses de Dieu non sur l’aîné, Manassé, mais sur le cadet Ephraïm. Il répète ainsi les substitutions précédentes d’Isaac à Ismaël, et de Jacob à Esaü. Il signifie par là que la grâce de Dieu n’est pas liée aux droits humains (Rm 9.6-8, 16, 25-26).
A Joseph, Jacob attribue une « part » spéciale (v 22) qui par son nom désigne la ville de « Sichem », prise de guerre de ses fils pour « défendre l’honneur » de Dina. C’est là que sera enterré Joseph, au cœur même du territoire échu à la tribu d’Ephraïm.
Question pour une application dans la vie chrétienne
- Qu’est-ce que je cherche à transmettre à mes enfants ? Dans cette transmission, suis-je guidé par mes sentiments, mes préférences, mon sens de la justice, mon désir de faire comprendre la grâce de Dieu ?
Genèse 49 : Bénédictions prophétiques de Jacob sur ses fils
Observons
Le rythme du texte n’est pas celui du récit, mais de la poésie, ou de la parole prophétique. Certaines de ces paroles ne sont pas des bénédictions, mais des prévisions des caractères néfastes qui se développeront dans les tribus issues de ses fils. Les bénédictions sur Juda (8-12) et sur Joseph(22-26) sont les plus abondantes, et sont les seules à faire de ces deux fils des « types » du Messie.
L’émotion de Jacob se manifeste par une parole adressée directement à ses deux aînés, Ruben (3-4), et Joseph (25-26a), et à Juda (9) qui devient le dépositaire des promesses messianiques, après l’élimination de Siméon et de Lévi. Elle se remarque aussi dans l’interpellation angoissée à l’Eternel (18), en aparté, après la vision du sort de Dan.
ComprenonsJacob refuse sa bénédiction à ses trois aînés, Ruben pour son « inceste », Siméon et Lévi pour leur violence perfide à Sichem. Un tel manque de maîtrise de leurs passions les a disqualifiés pour être les dépositaires des promesses divines de salut.
Ruben installé sur la rive gauche du Jourdain, ne jouera pratiquement aucun rôle dans l’histoire du peuple hébreu, Siméon et Lévi seront « dispersés » parmi les autres tribus d’Israël, n’y possédant que quelques villes. Le zèle pour l’Eternel de la tribu de Lévi au moment de l’épisode du veau d’or, lors de l’Exode (Ex 32.25-29, Dt 33.8-11) donnera à cette tribu le privilège d’être consacrée au service de l’Eternel, changeant la « pré-vision » de Jacob en bénédiction.
Juda devient l’aîné et reçoit l’hommage de ses frères en tant que tel. La victoire sur les ennemis, et le commandement royal en Israël lui sont promis. Cette autorité aura pour terme la venue d’un « Chilo » (10). Ce mot fut interprété soit géographiquement pour désigner la ville où fut placé le tabernacle après la conquête de Canaan, mais elle est située dans le territoire d’Ephraïm, soit étymologiquement (= repos) pour signifier la fin de la conquête de Canaan. Ces deux sens n’ont malheureusement pas de rapport logique avec l’idée de souveraineté royale de Juda. Le mot, sans article, prend un sens personnel un « pacificateur » personnage attendu par Jacob pour apporter la paix parmi les peuples, dont les écarts de ses fils aînés laissaient présager les divisions et les violences. Cette espérance messianique, placée au centre de la bénédiction de Juda, rejoint celle qui existait au temps de Noé (5.29), ou d’Abraham (12.3). Juda ne perdra pas sa souveraineté en Israël jusqu’à ce que vienne le Messie qui aura souveraineté sur tous les peuples. Tout au long de l’histoire d’Israël, Juda a joué un rôle prépondérant, comme dans l’histoire des patriarches, même si la royauté lui a échappé bien souvent. Marchant à la première place, étant la plus nombreuse, prenant l’initiative des guerres sous les Juges, elle devient tribu royale avec David, et après le retour de captivité à Babylone, donne son nom au peuple attaché aux lois de Dieu : les Juifs = hommes de Juda.
V 11-12 : la promesse de vin, de lait, d’ânon attaché au cep annonce abondance et sérénité dans un pays de cocagne, où le vin servira comme l’eau ailleurs, pour les usages les plus ordinaires. Dans ces images, les chrétiens ont vu des paroles prophétiques messianiques, faisant allusion à l’ânon des Rameaux, ou par la métaphore du vêtement lavé dans le vin, à la purification des péchés par le sang de Christ versé à la croix (Hé 9.14 ; 1Jn 1.7).
Zabulon, sans rôle important ne reçoit que la désignation de son territoire ;
Issacar est appelé « âne bien charpenté » pour annoncer sa vigueur physique et sa servilité morale. Il sera en effet asservi aux marchands phéniciens et syriens, en leur fournissant des porteurs dans leurs caravanes. Cette tendance à l’asservissement lucratif, déshonorant pour une tribu d’Israël, le fait passer au dernier rang des fils de Léa, alors qu’il était le cinquième fils.Les quatre fils des servantes ne sont pas placés selon leur rang de naissance, mais en deux paires : deux tribus guerrières suivies de deux tribus pacifiques.
Dan signifie « juge ». La prophétie peu élogieuse du v 17 trouvera son accomplissement dans la prise de possession violente et injustifiée du territoire de Laïs (Juges 18.27), après que la tribu se fut jugée trop à l’étroit dans le territoire désigné par le sort (Jos 19.47). La tribu y installa au temps du roi Jéroboam le premier autel au veau d’or, pour remplacer le culte au temple de Jérusalem (le second fut placé à l’extrême sud du royaume d’Israël, à Béthel) (1 R 12.26-30). On peut voir dans l’appel au salut de l’Eternel du v 18, toute l’angoisse de Jacob pour son fils s‘égarant loin du pays promis, y tombant dans l’idolâtrie, et contribuant par là à la mort spirituelle de ses frères des autres tribus, accomplissant comme une « vipère sur le sentier » l’œuvre maléfique de l’ « Accusateur des frères », du « serpent ancien » (Ap 12.9-10), et finalement s’excluant lui-même de la liste des tribus symboliques qui composent les 144000 adorateurs du Seigneur, scellés du Saint-Esprit pour leur rédemption (Ap 7 et Ep 4.30). Par ce vœu, placé au milieu des prophéties concernant ses deux fils guerriers, Dan et Gad, Jacob exprime le souhait que l’Eternel les secourre, comme il l’a secouru lui-même.
Aser et Nephtali se caractérisent par la prospérité, l’agilité et l’éloquence, qualités de tribus paisibles et riches.
Joseph se voit désigné comme le rameau d’un arbre fertile près d’une source. On ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec le Psaume 1. Fécondité, prospérité lui sont promises. Comme le patriarche, la tribu aura des ennemis (23), mais saura trouver en l’Eternel, berger et rocher d’Israël, sa fermeté, sa force, son secours (24-25), et de nombreuses bénédictions non seulement temporelles (pluie, fécondité et fertilité, v 25), mais encore spirituelles, éternelles (v 26).
Benjamin a le caractère d’un animal sauvage belliqueux comme le loup. Cette prophétie se réalisera de nombreuses fois ne serait-ce qu’avec le juge Ehud, et le roi Saül.( voir aussi Juges 20 ; 1 Chr 8.40 ; 12.21)
La bénédiction prophétique de Jacob sur ses fils clôt la série de révélations messianiques de la Genèse , qui a commencée à la Création. Peu à peu ont été précisées les limites du plan du salut : celui-ci concerne :
1- L’humanité, postérité de la femme qui a su reconnaître sa faiblesse devant la séduction (3.15)
2- La race de Seth avec le personnage « type » du Messie qu’est Noé le « consolateur » (5.29)
3- La branche de Sem, adorateur de l’Eternel (9.27) qui abritera son frère Japheth sous ses tentes : « type » du salut venu des Juifs et s’étendant aux non-juifs avec le ministère de Paul.
4- La famille d’Abraham, source de bénédictions pour tous les peuples (12.3)
5- La famille d’Isaac (26.1-4) soumise à la volonté de son Père, comme Isaac le fut lors du sacrifice d’Abraham à Morija(22)
6- La famille de Jacob-Israël, luttant avec Dieu et les hommes et remportant la victoire de la foi (32.25-33), devenant le « porteur du nom de Dieu devant les nations »(Ac 9.15)
7- La tribu de Juda, berceau du « Pacificateur des nations » (49.10).
On saura seulement avec la prophétie de Nathan à David, quelle famille dans la tribu de Juda doit devenir la famille royale qui construira le temple où réside l’Eternel (2 S 7.5-16), symbole du Messie où demeure toute la plénitude de Dieu (Col 2.9).
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- De quelle tribu ou lignée suis-je moralement et spirituellement descendant(e) ?
- Comment m’approprier les promesses de salut faites à Juda ou Joseph ?
- Qui est le Messie pour moi : le Pacificateur, le berger, le rocher de ma vie, celui qui lave mon vêtement = qui purifie mon caractère, le Consolateur ?
- Suis-je dans mes choix de vie, mes attitudes et mes paroles « porteur du nom de l’Eternel » devant mon entourage ?
Genèse 50
Observons
Fin du ch 49 v 29 à 33 : Mort de Jacob
1-14 : Deuil et enterrement de Jacob
15-21 : Confirmation du pardon accordé par Joseph à ses frères
22-26 : Mort de Joseph
Au centre de ces récits de morts, ressort le pardon total qui permet la vie.
Comprenons
Jacob après avoir donné ses derniers ordres pour son enterrement en Canaan, expire dans les bras de son fils préféré, Joseph. Celui-ci le fait embaumer à la manière égyptienne, pour que le corps puisse supporter le long voyage de retour en Canaan. Il fait présenter sa demande d’autorisation pour partir enterrer son père, en s’adaptant à la mentalité des Egyptiens, qui préparaient leur sépulture de leur vivant (v 5). Assimilé à la culture égyptienne dans laquelle il vit, il a su garder sa foi en Dieu et sa fidélité à sa famille.
A la disparition de leur père, les frères de Joseph s’inquiètent. Ils n’ont pas compris que le pardon de Joseph était sincère, et indépendant de l’autorité ou de la présence de leur père. Il faut que Joseph les rassure pleinement. Il n’est pas à la place de Dieu, qui seul peut les juger. Comment irait-il à l’encontre de sa volonté de pardon, qu’il a prouvée en dirigeant tout pour le bien et la vie de la famille ?
Ce passage merveilleux de pardon, de consolation et d’appel à la vie et à l’harmonie des relations fraternelles, est placé au centre des récits de deuil, pour donner une lumière d’espérance au moment où s’achève l’histoire des commencements. Joseph est la préfiguration du Christ consolateur qui donne l’espérance de la vie éternelle à ceux qui se confient en lui, en toutes circonstances, même dans les heures les plus sombres de leur histoire.
Au moment de mourir lui-même, Joseph donne à son peuple l’assurance d’un retour au pays promis (24-25), qui leur permettra aussi d’emporter ses restes en Canaan.
Par bien des détails, la vie et le caractère de Joseph préfigurent ceux du Messie, ce qui explique peut-être la place importante donnée à cette biographie dans le livre de la Genèse.
Conclusion du livreL’étude de ce livre des Commencements nous permet de répondre à nos questions existentielles sur l’origine du monde, de la terre de l’homme et de la mort, sur le plan de Dieu pour l’humanité, sur sa volonté de salut, et sur les réponses que les hommes lui ont données en retour. En aucun cas ce livre ne peut être pris pour une information scientifique, ni même historique. Son objectif est ailleurs : nous enseigner quelles relations nous pouvons entretenir avec notre Père céleste et avec nos frères terrestres les hommes. L’histoire de Joseph en est l’illustration la plus claire.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comment ressembler à Joseph dans mes relations avec ceux qui m’ont offensé(e) ?
- Quelles sont les limites de mon intégration à la société qui m’entoure, pour ne pas perdre mon identité de « fils de Dieu » ?
- Puis-je témoigner d’interventions de Dieu dans ma vie, qui m’ont rendu(e) sensible à sa présence bienveillante ?
- Quels bienfaits ai-je retiré de l’étude de ce livre, souvent taxé de « fables sans fondement ni réalité ? M’a-t-elle aidé à croître spirituellement et à améliorer mes relations à l’autre ? M’a-t-elle fait découvrir un nouveau sens à ma vie, une espérance de salut par la grâce de Christ au-delà des faiblesses et turpitudes humaines ? Comment en témoigner concrètement ?
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17.12.2006
Etude n°12 : Histoire de Joseph, Gn 37-39
Histoire de Joseph (Consulter « Itinéraires de croissance » première partie, Ed Vie et Santé)
Genèse 37-39 : De la prison...
Observons
La vie de Joseph est la plus développée des biographies des patriarches de la Genèse, seize chapitres, interrompus par la vie de Juda (ch 38), qui se déroule simultanément à celle de Joseph.
Ch 37 : Dans sa jeunesse, Joseph est vendu par ses frères
38 : Juda et Tamar
39 à 41 : De la prison au palais de Pharaon
42 à 47 : Réconciliation de Joseph avec ses frères
48 à 50 : Bénédictions de Jacob sur ses petits-fils et ses fils, Fins de la vie de Jacob et de Joseph.
Genèse 37
Observons
1-4 : Situation familiale déséquilibrée au foyer de Jacob
5-11 : les rêves de grandeur de Joseph et les réactions de sa famille
12-17 : Joseph à la recherche de ses frères
18-22 : le complot des frères contre Joseph
23-28 : Joseph vendu par ses frères et emmené en Egypte
29-35 : Les frères trompent leur père et lui font croire à la mort de Joseph
Comprenons
Le récit est très bien construit et rend compte des causes profondes du drame
En donnant quelques éclaircissements sur les sentiments qui agitent les cœurs.
La situation familiale
Joseph, le fils préféré de Jacob, se conduit en enfant gâté, en rapportant à son père les fautes de ses aînés. La préférence marquée par le don d’une tunique bigarrée qui met Joseph à part, exaspèrent les frères et les pousse à la haine envers leur cadet.
La responsabilité d’Israël-Jacob est grande dans cette situation qu’il crée par inconscience des répercussions psychologiques de ses actes dans la fratrie.
Les parents au sein du foyer, et les responsables au sein de leur église sont invités par ces quelques versets à s’interroger sur leur préférence affichée pour certains enfants ou membres, au détriment des autres : les querelles internes qui font souffrir toute la communauté familiale ou ecclésiale ne seraient –elles pas provoquées par leurs attitudes ou leurs paroles dénotant un favoritisme aveugle et inconscient pour certains, qui donnent aux autres le sentiment de n’être ni aimés ni reconnus ?
Les rêves de JosephLe texte biblique ne cache rien des dysfonctionnements de la famille de Jacob : préférences, jalousies, manque de discrétion, rêve de puissance, haine, qui tous aboutissent au désir de meurtre des frères et à l’élimination de Joseph. Dieu n’apparaît pas dans ce chapitre, et semble absent des préoccupations de chacun, sauf peut-être de Joseph et Jacob, attentifs à la répétition du même rêve sous des formes différentes. Joseph a-t-il retenu des récits de son père que Dieu lui avait parlé plusieurs fois en songes ? Son père et lui voient sans doute dans cette répétition un signe de Dieu, derrière l’expression du désir de grandeur de Joseph, même si ce n’est pas dit expressément..
Jacob préférait Joseph comme fils aîné de sa bien-aimée Rachel. Il devait se demander si Dieu ne le désignait pas pour être l’héritier de la promesse d’Abraham qui lui avait été répétée à son retour en Canaan : “ Il y aura des rois parmi tes descendants ” (35.11).
Le personnage de Joseph est assez ambigu : sensible à la voix de Dieu, profitant de la préférence de son père pour lui rapporter les faits et dires de ses frères, trop naïf ou imbu de lui-même jusqu’à raconter ses deux rêves de grandeur, sans tenir compte de la haine marquée de ses frères. En est-il seulement conscient ?
Joseph a 17 ans, et il se conduit comme tout adolescent : il cherche sa place dans la famille et la société, il a un vague souci de Dieu, mais, finalement ,il est complètement fermé aux sentiments et réactions des autres à ses propres actes et paroles tous centrés sur lui-même. Egoïsme et désir de grandeur sont les deux piliers de la vie de celui qui n’a pas encore rencontré personnellement son Dieu.
Qu’en est-il de nous ? Qui dirige notre vie et nos paroles ? Comment chercons-nous à nous faire valoir devant les autres ?
Le passage à l’acte
Jacob non plus, ne paraît pas conscient des ravages causés par sa préférence pour Joseph, dans le coeur de ses fils. Lui aussi est dirigé par ses désirs, et manque de discernement dans sa conduite et dans les sentiments de ses fils : Pourquoi envoyer Joseph “ surveiller ” ses aînés qui le détestent ?
Les frères manifestent leur intention de tuer et de mentir (v 19b), et par deux fois révèlent l’origine et la motivation de leur projet : empêcher les rêves de Joseph de se réaliser (v 19 et 20c). Ruben s’interpose pour garder Joseph en vie. Il est sans doute plus conscient de l’horreur du meurtre. Il a compassion de Joseph et de Jacob, qu’il a déjà gravement offensé en couchant avec sa concubine Bilha (35.22). Il a peut-être aussi peur qu’on lui fasse porter la responsabilité de ce crime, car il est l’aîné. Sa solution de mettre Joseph dans une citerne vide va être adoptée momentanément. Mais bizarrement, Ruben est absent au moment crucial de la vente de Joseph aux caravaniers (v 29-30). S’est-il mis à l’écart du repas pour éviter de “ voir ” et d’être accusé de complicité ? C’est possible. La politique de l’autruche n’est jamais payante : ce qu’il a voulu éviter lui retombe dessus : il devient complice effectivement et participe aux mensonges de ses frères pour cacher leur crime.
Juda intervient aussi, mais plus par intérêt que par compassion, car il a participé au repas tranquillement à côté de la citerne où Joseph ne devait pas rester silencieux ! (42.21).
Son intérêt s’est éveillé à la vue de la caravane : pourquoi ne pas profiter du passage de ces marchands pour conclure une bonne affaire, se débarrasser définitivement de Joseph, tout en en tirant un profit financier, et en l’abaissant complètement, lui qui rêvait de les diriger !
Sans le savoir, ces deux frères et les caravaniers sont les instruments de Dieu qui protège la vie de Joseph afin que son plan de salut pour cette famille et pour le monde se réalise (45.5-8).
- Dieu poursuit, envers et malgré tout, les projets qu’il a établis, car il est fidèle à ses promesses. Nos infidélités engendrent bien des difficultés dans l’accomplissement de ce plan divin, mais Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment (Romains 8.28). Les défauts et les épreuves de chacun sont utilisés pour la réalisation du plan de Dieu. Dans nos vies les épreuves sont parfois le résultat de nos mauvais choix, mais toutes peuvent nous amener à rechercher la présence de Dieu et à être ses serviteurs même inconsciemment. Comme pour les frères de Joseph, et Joseph lui-même nous ne le comprenons souvent que fort tardivement !![]()
- Celui qui recherche Dieu, ou est attentif à ce que Dieu lui envoie, comme Joseph semble l’avoir été, peut s’attendre à son soutien physique ou moral dans les moments difficiles. Les rêves de grandeur se sont écroulés momentanément pour Joseph dans la citerne. Mais ayant conservé la vie, il a pu voir la main de Dieu sur lui et affermir sa confiance en lui.
- Ce récit est à mettre en parallèle avec Philippiens 2.6-11 : Joseph est un “ type ” prophétique de Jésus. Comme lui, Jésus a eu la meilleure place auprès de son Père. Il a été abaissé jusqu’à l’extrême, la mort n’étant pour Joseph que l’emprisonnement dans la citerne. Il a été élevé à la plus haute place par la résurrection et l’ascension, et tous s’inclinent devant sa Seigneurie, comme Joseph est devenu vice-roi devant qui tous se prosternaient.
- Par l’abaissement de notre orgueil, si nous restons attentifs aux promesses de sa parole, Dieu nous permet d’apprendre notre dépendance de sa bonté, et notre solidarité avec les plus petits de nos frères.
Les mensonges des frères
Non contents d’avoir éliminé leur frère, les onze vont mentir avec toute une mise en scène destinée à faire croire à Jacob à un accident. De plus ils poussent l’hypocrisie jusqu’à chercher à le consoler ! Que de fois pour cacher une faute, nous l’aggravons par une succession d’actes contraires à la vérité que Dieu nous demande de respecter. Pour satisfaire nos désirs coupables nous faisons souffrir autour de nous comme les frères firent souffrir sans scrupules, Joseph, puis leur père.
Mais Dieu est puissant pour transformer et sauver les cœurs rebelles, comme nous le verrons dans la suite de l’histoire. Un jour ou l’autre il se place en travers de leur route et les appelle à revenir à lui !
Le symbole de la tunique
Cette tunique offerte par Jacob à son fils préféré est appelée “ robe en plusieurs pièces ” ou “ à longues manches ” ou encore “ multicolore ”. On ne sait pas très bien ce que signifie le mot rare dans la Bible utilisé pour la qualifier. La rareté du mot indique la rareté de l’objet ! C’est pourquoi on a traduit par “ une tunique de luxe ”.
Elle symbolisait l’affection rare de Jacob pour son fils, les ambitions sociales de Jacob et de Joseph, le caractère orgueilleux et prétentieux de Joseph. La première chose que font les frères, c’est d’en dépouiller Joseph, donc lui ôter tout signe de distinction, pour le mettre au moins à un pied d’égalité avec eux. On sait qu’ils allèrent plus loin, puisqu’ils le mirent nu dans la citerne, comme Jésus fut dépouillé de sa tunique sans couture, d’une seule pièce (Jean 19.23) pour être cloué nu sur la croix. Joseph, comme chacun de nous, doit passer par le dénuement total de son cœur pour comprendre son besoin de Dieu !
La tunique trempée dans le sang illustrait pour les frères de Joseph et pour son père sa mort violente et accidentelle. Lors de notre baptême, nous mimons la mort de notre caractère et de notre vie sans Dieu, en nous unissant à Christ par une mort semblable à la sienne (Romains 6.3-6). Notre tunique (= notre être profond) est comme “ plongée dans le sang de l’Agneau ”. Mais comme Joseph nous ressortons de la citerne (= l’eau du baptême) nus et neufs pour commencer une nouvelle vie dépendante de la seule grâce de Dieu, et non des “ vêtements luxueux ” que nous nous donnons nous-mêmes.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Quels sentiments m’habitent dans mes relations avec les autres, au sein de la famille et au sein de l’église ? A qui est-ce que je ressemble le plus parmi les fils de Jacob, Ruben, Juda ou Joseph ? Comment éviter d’imiter leurs défauts ?
- Quelle est mon attitude vis-à-vis des jeunes chez moi ou à l’église ? Comment puis-je être pour eux une aide dans la construction de leur personnalité et de leur foi ?
- De quelle « tunique » suis-je habillé : celle que les hommes (ou moi-même) m’ont fait endosser ou celle que Christ m’a offerte à mon baptême ?
Genèse 38 : Juda et Tamar
Observons
Le récit de la vie de Joseph s’interrompt pour parler de la vie de Juda :
1-11 : Juda et ses fils fondent famille avec des Cananéennes ; mort des deux aînés.
12-23 : Ruse de Tamar pour enfanter de Juda
24-30 : Juda confondu par Tamar qui met au monde deux jumeaux.
Comprenons
Le récit de la vie de Joseph est interrompu par un épisode de la vie de Juda qui chronologiquement remplit tout le temps écoulé depuis la vente de Joseph jusqu’à l’établissement de la famille en Egypte, soit environ 22 ans : vendu à 17 ans, Joseph fit venir son père en Egypte à 39 ans.
Le récit est rapporté ici pour peut-être donner une explication du transfert de la famille en Egypte. Déjà l’inceste de Ruben avec une femme de la génération précédente (35.22) et l’attitude de Siméon et Lévi après l’enlèvement de leur sœur par un Sichémite (34.25) avaient révélé l’influence des mœurs dépravées et violentes des Cananéens sur les fils d’lsraël. Maintenant l’histoire incestueuse de Juda avec Tamar, jeune femme de la génération suivante, montre combien il est urgent d’arracher cette famille porteuse des promesses divines à la contamination de l’immoralité et de l’idolâtrie des Cananéens.
Juda et ses fils avaient pris pour femmes des Cananéennes et commençaient à adopter leurs pratiques, en oubliant les promesses divines dont ils étaient porteurs. En effet Juda devait respecter la loi du lévirat (qui apparaît ici pour la première fois et sera rappelée en Dt 25.5-6), pour donner à son aîné une descendance héritière des promesses divines. Mais par peur de perdre son troisième fils, il évite de lui donner Tamar comme épouse. Son amour pour son fils a été aveuglé par la superstition. Il n’a pas compris le sens de la mort de ses deux fils aînés. Lorsque le texte biblique dit que ces hommes sont considérés comme « mauvais » par l’Eternel, il fait comprendre qu’ils se livrent à l’idolâtrie (voir les rois d’Israël, par exemple 2 R 8.18, 27). En attribuant ces morts à l’Eternel, le texte montre que la voie de l’idolâtrie ne peut conduire qu’à la mort, car seul Dieu est la Vie. La plupart du temps, ces versets ont été lus au seul sens moral, pour condamner à travers « l’onanisme », les "déviances sexuelles" de la masturbation et du « coït interrompu », sans discerner que la condamnation biblique porte sur l’attitude spirituelle envers Dieu dont de tels actes peuvent encore témoigner.
A aucun moment Juda n’a pensé à Dieu, ni dans le choix de son épouse, ni dans celui de l’épouse de son fils aîné, ni dans le devoir de lui donner une descendance. De plus, en allant vers une prostituée publique (v 14-15), Juda pratiquait peut-être inconsciemment le culte de la déesse Astarté qui s’accompagnait de prostitution sacrée. Il faisait passer aussi son plaisir personnel avant toute autre considération.
Tamar la cananéenne, de son côté, se révèle plus attentive que Juda à ses engagements envers elle. Par sa ruse, elle utilise au risque de sa vie (v 24), le seul moyen à sa disposition, pour donner une descendance à la famille de son mari décédé, et par là bénéficier des promesses divines de bénédiction et de prospérité. Son geste désespéré, au-delà de toute morale, manifeste sa foi dans ces promesses et son désir profond d’en bénéficier.
Ainsi de ce récit ressort la grâce de Dieu qui accepte l’effort de Tamar pour entrer dans son plan, et qui fait du fils qu’elle a eu de Juda, Pérèts, l’ancêtre de la lignée royale de David, donc de Christ (Voir Ruth 4.18-22 et Matthieu 1.3). Comme son nom le suggère, Pérets a ouvert une brèche dans la lignée juive du Christ : Tamar sa mère, est la première femme païenne à entrer dans le peuple élu, et même dans l’ascendance du Messie !
Questions pour une application dans la vie chrétienne :
- Mon désir de Dieu est-il aussi ardent que celui de Tamar ? Comment se manifeste-t-il ? Quels préjugés doit-il surmonter pour s’exprimer ?
- Avant de juger de la moralité des actes des autres, suis-je disposé(e) à chercher à comprendre ce qu’ils signifient de leur état d’esprit intérieur ? Comment, en tant que témoin de l’amour inconditionnel de Dieu, puis-je pratiquer la parole de Dieu : « L’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur » (1 Sa 16.7) autant pour moi-même que pour les autres ?
- Suis-je plus « royaliste que le roi » en refusant l’entrée dans l’Eglise à des personnes qui me semblent agir de façon non-conforme à la « bonne moralité » ? Comment concilier les critères de conversion fixés par l’Eglise avec l’enseignement de ce texte au sujet de l’accueil d’ "étrangers" dans la communauté ?
Genèse 39 : Joseph chez Potiphar![]()
Observons
1-6 : Joseph devient intendant chez le chambellan du Pharaon
7-19 : Résistance de Joseph à la tentation au nom de son respect pour Dieu
20-23 : L’Éternel est avec Joseph jeté en prison
Pour la première fois Joseph parle personnellement de Dieu (v 9) dont le nom est mentionné 7 fois dans le chapitre !
Comprenons
1-6 : Le texte reprend le fil du récit à partir de la fin du chapitre 37. L’auteur prend soin de répéter trois fois la bénédiction du Seigneur dont jouissent Joseph et, à travers lui, son maître Potifar.
C’est exprimer ainsi le changement de cœur qui s’est opéré en Joseph : depuis son séjour dans le puits et son départ comme esclave en Egypte, il a compris que Dieu le protégeait et qu’il pouvait compter sur lui. Cela lui permet de « rebondir » dans l’épreuve, et de se (re)construire psychiquement et spirituellement.
Il entretient une relation étroite avec le Seigneur et cela transforme son attitude envers les autres et envers les faits : au lieu de les considérer avec révolte, il remplit ses devoirs et ses responsabilités avec conscience et honnêteté. Cette attitude le distingue parmi les autres esclaves et porte des fruits bienfaisants pour lui et pour son maître (v 4-6).
7-19 : Ne nous laisse pas tomber dans la tentation I Telle est la prière qu’a pu prononcer Joseph face à la femme de Potifar ! Les femmes Egyptiennes avaient une liberté totale, à l’image de celle des hommes. Il n’est donc pas étonnant que la femme de Potifar ait tenté de séduire le beau et jeune Joseph.![]()
Celui-ci justifie son refus par son devoir de serviteur fidèle à son maître terrestre et aussi à son maître céleste. Il ne peut trahir la confiance que Potifar a placée en lui (v 8-9), et il veut rester attaché au Dieu Saint qu’il sert (v 9b). Pourquoi avait-il le sentiment de trahir Dieu en trahissant son maître Potiphar ? Potiphar en devenant son maître, et en lui confiant l’administration de la maisonnée, devenait pour Joseph un père de substitution, placé auprès de lui par Dieu pour l’aider à croître, à forger sa personnalité, à construire son avenir selon le dessein de Dieu, révélé autrefois dans ses rêves. Coucher avec la femme de Potiphar, mère de substitution, c’était non seulement commettre un adultère trompant la confiance de Potiphar, mais c’était aussi choisir une voie sans avenir : c’était dans une sorte d’inceste, se tourner vers le passé dans une union stérile avec une femme de la génération antérieure, c’était refuser le plan de Dieu pour lui et pour la famille de Jacob.
En effet l’histoire de Joseph représente selon le verset 2 du ch 37, la « postérité de Jacob », postérité spirituelle plutôt que physique, après les écarts des aînés. Au fil de cette histoire, Joseph va passer par toutes les étapes de la croissance spirituelle telle que le Seigneur la désire pour chacun des croyants, et devenir ainsi le « type » du Messie à venir, et de « l’enfant de Dieu », à l’image de son Père.
Potiphar se met en colère, mais sans doute autant contre sa femme que contre Joseph. En effet, dans un tel cas il avait le droit de mutiler ou de faire fouetter Joseph jusqu’à mille coups ! Or il ne semble pas avoir ajouté entièrement foi aux accusations de sa femme, puisqu’il se contente de mettre Joseph dans la prison dont il avait la surintendance comme chef de la police du royaume (39.20), et qui ne devait pas être très éloignée de sa maison. Il continue son rôle de « père » en mettant le jeune homme à l’abri des entreprises de charme et de ruse de sa femme !- 21-23 : Joseph, Intendant de la prison.![]()
Cette nouvelle épreuve n’entame pas la foi de Joseph qui continue à agir selon la volonté de Dieu. Ce qui lui permet de recevoir les bénédictions de la faveur du commandant de la forteresse, sous les ordres de Potiphar, qui lui confie la responsabilité des autres prisonniers, puis de leurs travaux.
Le temps passe. Joseph dans l’exercice de ses responsabilités acquiert non seulement la patience, mais les qualités qui lui seront nécessaires lorsqu’il aura les pleins pouvoirs : l’ordre, l’organisation, le sens de l’humain.
En même temps, les bénédictions qu’il reçoit fortifient sa foi dans la direction de Dieu, mentionnée trois fois encore à la fin de ce chapitre !.
Dieu permet certaines épreuves pour affermir notre caractère et notre confiance en lui. A nous de garder notre relation avec lui malgré tout, pour collaborer avec lui dans cette œuvre de purification du cœur et de formation du caractère.
Questions pour une application dans la vie chrétienne :
- En quoi le fait de croire en Dieu a pu modifier ma façon de considérer les événements de ma vie et ma façon d’agir au travail ou à la maison ?
- Qu’est-ce qui me permet de résister à une tentation très forte ? Pourquoi ai-je du mal à me souvenir que Dieu est toujours prêt à donner les forces nécessaires quand on les lui demande!
- Comment tirer les leçons des expériences difficiles de la vie pour croître dans ma relation avec Dieu et pour affermir mon être intérieur ?
Genèse 40-41 : De la prison... au palais
Observons
Ces deux chapitres détaillent l’ascension spectaculaire de Joseph, donc la mise en route de la réalisation des rêves prophétiques de sa jeunesse.
- 40.1-5 : arrivée et rêves des deux bannis de la cour de Pharaon
6-11 : les deux prisonniers se confient à Joseph, plein de sollicitude
12-19 : Joseph explique les songes prémonitoires des prisonniers
20-23 : réalisation à la lettre des rêves.
- 41.1-8 : les rêves inexplicables de Pharaon
9-13 : témoignage de l’échanson au sujet du don d’explication de Joseph
14-24 : Pharaon fait venir Joseph et lui rapporte ses songes
25-32 : Joseph explique les songes de Pharaon
33-36 : propositions de Joseph pour gérer la crise annoncée.
37-45 : accession de Joseph au rang de « vice-roi » d’Egypte.
46-57 : gestion de l’abondance, puis de la famine par Joseph.
Comprenons
Dieu va accorder à Joseph l’occasion de témoigner de sa foi et de la puissance divine, en prison comme au palais.
- ch 40 : En prison Potiphar qui connaissait les qualités de Joseph et qui voulait sans doute marquer quelques égards à deux officiers disgraciés par le roi, les confie aux soins de Joseph. Celui-ci au lieu d’accomplir sa tâche mécaniquement et égoïstement, se montre plein de sollicitude et d’attention envers ceux qui lui sont confiés (40.6-7), s’intéressant à leur tristesse et leur mauvaise mine ! L’insistance du texte sur l’interprétation des rêves tient à l’importance qu’elle avait chez les Egyptiens qui la réservaient aux seuls prêtres de leurs dieux. En donnant l’explication de leurs rêves aux deux officiers, Joseph devient à leurs yeux prêtre du Dieu qu’il sert, comme Joseph prend bien soin de le proclamer (40.8b comme en 41.16). La réalisation de ses interprétations aurait dû intéresser l’échanson au sort de Joseph. Sans doute dans la joie de son rétablissement a-t-il voulu oublier tout ce qui concernait la période sombre de son emprisonnement. Son oubli de Joseph est un indice de l’ingratitude du cœur humain tourné vers son seul profit. C’est une nouvelle épreuve pour Joseph qui ne doit pas se laisser aller à la rancune, ni à la révolte durant encore deux ans !
- ch 41 : au palais royal deux autres rêves sont donnés à Pharaon par Dieu.
Ils vont permettre au Pharaon :
- de connaître le sort qui attend son pays
- de connaître l’existence et la puissance de Dieu à travers le témoignage de Joseph, appelé par l’échanson (enfin!) pour interpréter le rêve après l’échec des sages égyptiens.
- de reconnaître l’intelligence et la pertinence des solutions proposées par l’envoyé de Dieu (v 38-39).
- d’expérimenter à son profit et à celui de l’Egypte les qualités de gestionnaire de Joseph.
Ces rêves vont permettre aussi à Joseph
- de témoigner de Dieu auprès de Pharaon (v 16),
- de manifester l’intelligence et la sagesse que Dieu lui a données pendant ces 13 ans d’épreuves (v 33-36, 39, 46),
- d’être libéré de prison et établi premier ministre avec tous les honneurs dus à une personnalité de premier plan (v 42-45)
- de fonder une famille en Egypte, sans oublier son Dieu comme en témoignent les noms de ses fils (v 45, 50-52).
Une telle position, de tels pouvoirs de premier ministre pouvaient griser le jeune homme et lui tourner la tête ! Il dut même épouser une Egyptienne, fille d’un prêtre idolâtre du dieu-soleil, Râ (v 45), et porter le nom égyptien de Sauveur du monde ou soutien de vie. Ce nom égyptien est véritablement prophétique puisque Joseph va sauver de la famine et de la mort, non seulement l’Egypte, mais encore toute la tribu familiale, devenant là aussi le « type » du vrai « Sauveur du monde », Christ. Au milieu de ces honneurs, il aurait pu complètement oublier Dieu ! Pourtant le texte nous le montre fidèle à sa conduite de croyant, accomplissant consciencieusement sa tâche de gouverneur avisé et intègre (v 48-49, 56-57). Il sait reconnaître en Dieu son bienfaiteur et son consolateur lorsqu’il nomme ses deux enfants Manassé = Dieu m’a fait oublier mes souffrances, et Ephraïm = Dieu m’a accordé une double postérité. Sa gestion du pays se fait avec sagesse, mais n’échappe pas à la recherche du profit : les réserves de blé ne sont pas distribuées gratuitement, dans un geste humanitaire pour soutenir la vie du peuple, elles sont vendues au profit de Pharaon (v 56-57) ! « charité bien comprise commence par soi-même » dit le proverbe populaire !
Ainsi, Joseph traversa-t-il toutes les circonstances, les yeux fixés sur le Seigneur : le nom de Dieu est mentionné 7 fois dans les ch 39 et 40 pendant l’esclavage et l’emprisonnement, et encore 7 fois au ch 41, près de Pharaon. Joseph n’a cessé d’entretenir une relation intime avec Dieu, cela lui a permis de supporter patiemment travaux et déceptions, d’apprendre à obéir pour mieux commander ensuite, de ne pas nourrir de sentiments négatifs de vengeance et de rancune, et de ne pas s’enfler d’orgueil dans la prospérité. En tout, il a compté sur Dieu, Joseph, le chéri de son père, est devenu esclave, puis a été au sommet de la gloire et de la puissance. En cela il est un « type », une préfiguration du Christ, chéri de Dieu, abaissé à l’extrême parmi les hommes jusqu’à la mort sur une croix, puis glorifié par sa résurrection et son ascension à la droite de Dieu (Philippiens 2,6-11). La vie de tout croyant jeune ou plus âgé, n’est pas à l’abri des coups durs et des tentations. L’exemple de Joseph nous encourage à persévérer dans la confiance en Dieu et la soumission à sa volonté en toutes circonstances.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Quels sont mes sentiments et mes attitudes dans les moments de l’épreuve ? En qui ai-je confiance pour changer de situation ?
- A qui est-ce que j’attribue mes capacités intellectuelles ou professionnelles : à Dieu, à mon hérédité, à mon éducation, à mon travail personnel ?
- Dieu est-il au centre de mes relations familiales ou sociales
- Comment mettre au service de l’église, mais aussi de ma commune, de mon pays, de ma famille les dons que j’ai reçus pour le bien de tous ?
- Suis-je conscient de « l’intérêt » que j’espère retirer de mes actes généreux envers les moins favorisés que moi, ou même envers Dieu ? Comment purifier mes motivations profondes ?
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10.12.2006
Etude n°11 : Jacob devient Israël : Gn 30-36.43
- Genèse 29.31 à 36.43 : Jacob devient Israël
Observons
Ces nombreux chapitres relatent la fin du séjour de Jacob en Mésopotamie et son retour en Canaan :
29.31 à 3O.24 : Accroissement de la descendance de Jacob à cause de la rivalité des deux épouses de Jacob pour enfanter
30.25 à 43 : Accroissement des richesses de Jacob aux dépens de Laban
31 à 32.1 : Départ de Jacob pour Canaan avec difficultés, puis alliance avec Laban.
32.2-24 : préparatifs de Jacob pour rencontrer son frère Esaü.
32.25-33 : Lutte de Jacob avec l’ange
33.1-20 : Réconciliation avec Esaü
34.1-31 : « Crime d’honneur » des fils de Jacob pour venger leur sœur Dina.
35.1-15 : Jacob à Béthel
35.16-29 : Mort de Rachel et d’Isaac.
36. 1-43 : Esaü et sa descendance
Comprenons
A- 20 ans chez Laban
Pendant son long séjour à Haran chez Laban, son beau-père, Jacob a été trompé plusieurs fois par ce dernier. Jacob ne s’est pas privé de lui rendre la pareille. A force d’observation des lois de la nature et de ruses, il a réussi à augmenter considérablement ses biens en 6 ans, après ses 14 ans de service de Laban. Sa famille s’est aussi agrandie de onze fils, nés de deux femmes et deux concubines ! Les deux sœurs pour s’attirer les bonnes grâces de leur époux, ont rivalisé continuellement à qui enfanterait le plus de fils. Rachel étant stérile utilisa la même coutume que Sara autrefois : elle se servit de sa servante comme « mère porteuse ». Léa l’imita pendant une brève période de stérilité, puis enfanta elle-même encore deux fils et une fille. Ce n’est qu’à ce sixième fils de Jacob, que Rachel fut exaucée et donna le jour à Joseph.
Dieu remplit sa promesse de nombreuse descendance, en utilisant les jalousies et les rivalités des deux sœurs, pour tenter de leur faire comprendre que la vie et la fertilité ne dépendent que de lui, et non de leurs stratagèmes ou de leurs croyances populaires dans la vertu des mandragores !
Au bout de 20 ans, Jacob reçoit une révélation personnelle du Dieu qu’il a vu à Bethel (21.3, 10-13). Dieu lui donne l’ordre de rentrer en Canaan, sans doute pour le protéger de la jalousie de Laban et de ses fils. Et Dieu lui révèle (31.12) que c’est à lui seul qu’il doit le renouvellement de son troupeau selon ses voeux, car il lui a révélé les lois de reproduction que Mendel redécouvrira deux millénaires plus tard. La protection de Dieu sur lui va jusqu’à avertir Laban de ne pas toucher à Jacob (v 24)!
Mais une fois encore Jacob va tromper son beau-père en partant à son insu, pour ne pas être retenu ni volé par lui. Ses habitudes de ruse sont vraiment familiales, puisque Rachel aussi dérobe les idoles de son père, à l’insu de Jacob, et ment effrontément pour les cacher aux investigations de Laban (31.33-35). Ces idoles représentaient sans doute les dieux dits protecteurs du foyer, sensés assurer le bien-être à la famille. En désirant les emporter avec elle, Rachel montre que la foi en l’Eternel n’était pas exclusive dans sa famille qui adorait en même temps d’autres divinités secondaires. Jacob, dans son ignorance, prononce une malédiction sur le « voleur » des téraphim (31.32), qui se réalisera peu après, à la naissance de Benjamin, où Rachel perdra la vie (35.16-20).
Pour ne pas envenimer la situation, devant la colère de Jacob qui lui dit « ses quatre vérités », Laban, respectueux de l’avertissement de Dieu, propose d’en rester là, et de conclure une alliance entre eux. Le monument dressé par Laban et Jacob consacre leur accord de non-belligérance, mais aussi la séparation définitive entre les deux branches de la famille, la syriaque ou araméenne de Laban, et l’israélite de Jacob. L’entrée en Canaan exclut pour le peuple d’lsraél toute autre appartenance qu’à Dieu.
Il en est de même pour le croyant, son entrée dans le royaume de Dieu par la foi, exclut tout compromis avec les habitudes de son passé sans Dieu.
Il faut que Jacob le comprenne dans sa vie familiale et personnelle, d’où l’épisode du gué de Jabbok.
Jacob n’a pas cessé pendant ces 20 ans de réussir, en utilisant les combines humaines. Au moment d’entrer en Canaan, par cette séparation d’avec Laban, puis par l’épreuve de la rencontre avec Esaù et le combat avec l’ange, Dieu va lui faire comprendre qu’il doit changer de façon de faire, qu’il doit abandonner tout calcul, pour ne s’appuyer que sur la bienveillance de Dieu, qui l’a soutenu et béni jusque-là.
Lorsque nous entrons dans le pays promis de la vie avec Dieu, il nous est demandé aussi d’abandonner notre confiance naturelle dans nos propres moyens, et de nous appuyer sur Dieu seul par la foi.
B- Les préparatifs de la rencontre avec Esaû (32.2-23)
Ce chapitre est construit selon le schéma classique en hébreu, des parallèles concentriques, qui permet de mettre en valeur, au centre, l’élément essentiel du récit. Ici la prière de Jacob (v 9-12) est entourée des précautions que Jacob prévoit pour conserver une partie de ses biens (v 3-8), et des précautions prises pour amadouer son frère (v 13-21).
Chronologiquement la prière peut se placer soit lorsqu’il est rempli d’une grande frayeur (v 8a), soit plutôt, à cause du caractère calculateur de Jacob qui a dû penser d’abord à tous les moyens humains de sauvegarde, lorsque toute la famille a passé le gué, et que Jacob reste seul pour la nuit.
Comme des anges lui étaient apparus en songe à sa sortie de Canaan 20 ans plus tôt, des anges lui apparaissent à son approche du pays (v 2). D’après le nom qu’il donne au lieu de cette rencontre les deux camps (celui des anges et le sien), il semble avoir vu un nombre impressionnant d’êtres des armées célestes, prêts à le protéger.
Fort de cet encouragement, il envoie un message à Esaù, pour lui signifier son retour, avec humilité puisqu’il l’appelle trois fois son seigneur (6,19,20) et se dit trois fois être lui-même le serviteur d’Esaü (5,19,21). Il lui annonce sa richesse, non par orgueil, mais pour lui signifier qu’il ne revient pas réclamer l’héritage qu’Esaü lui avait vendu, ou pour revendiquer la réalisation de la prophétie reçue d’lsaac au moment de la bénédiction volée : il ne revient pas pour dominer son frère aîné. Il a tout ce qu’il lui faut et ne demande que son pardon (v 6b). Les leçons de son séjour chez Laban ont porté, il n’est plus aussi orgueilleux!
A l’annonce de l’arrivée d’Esaû avec 400 hommes armés, Jacob panique (en oubliant le camp des anges), parce qu’il n’a à lui opposer que ses troupeaux et ses enfants! Son sens de l’organisation lui fait prévoir le moyen de mettre à l’abri la moitié de ses biens, puis d’amadouer son frère par des cadeaux somptueux, dont il ménage l’effet en les échelonnant dans le temps. Humainement parlant, il a tout préparé, mais il se sent toujours aussi fragile.
Pour la première fois, le texte transmet sa prière personnelle au Dieu de ses ancêtres. Après avoir invoqué Dieu sur l’ordre duquel il est parti pour se retrouver dans cette situation fâcheuse, il rappelle la promesse de protection divine (v 10). Avec humilité, il loue la bienveillance et la fidélité de ce Dieu qui lui a permis de s’enrichir (v 11). Dans sa supplique, il avoue sa peur (v 12), et termine sa prière par la reprise de la promesse divine de protection et de nombreuse descendance.
On a donc au centre de cette prière, une action de grâce et une supplique, qui toutes deux manifestent l’humilité de Jacob devant Dieu. Il reconnaît que tout lui vient de Dieu et qu’il reste faible et craintif devant son frère malgré ses préparatifs. Parce qu’il s’en remet entièrement à Dieu, celui-ci va pouvoir intervenir, mais dans l’immédiat pas comme Jacob le pensait !
C- Le combat avec l’ange (à mettre en parallèle avec Romains 7.14-25)![]()
28-30 : le changement de nom et la bénédiction
31-33 : Conséquences de cette rencontre
Ce passage, très sobre dans sa forme, est un des plus profonds de la Bible. au point de vue psychologique et spirituel. Il décrit sous la forme d’un combat réel (les séquelles à la hanche de Jacob en sont la preuve), le combat spirituel de Jacob au moment de franchir une étape importante de sa vie : son retour au pays promis et la confrontation avec son passé en la personne de son frère Esaù.
Jacob a tout fait pour se mettre à l’abri du danger qui le menace, et pourtant il reste angoissé parce qu’il ne sait pas si Dieu est pour lui, et sans doute aussi s’il ne lui reste pas un autre moyen humain auquel il n’aurait pas pensé, pour être sauvé. En réponse à sa prière, il trouve devant lui un adversaire, qu’il ne reconnaît qu’à la fin du combat, apparition semblable à celle que verra Josué devant Jéricho (Josué 5.13-6.5).
On voit dans ce combat, le symbole de la lutte qui existe en Jacob entre son vieil homme calculateur et l’homme de foi qui met sa confiance en Dieu. Le vieil homme, dans ce combat cherchait à se défendre, à justifier ses combines, tandis que Dieu rejetait tous ses arguments et le poussait dans ses retranchements pour l’amener à s’abandonner complètement à Lui.
L’aurore se levant, symbole de la lumière qui se fait jour dans l’esprit de Jacob sur l’identité de son adversaire, le vieil homme est blessé irrémédiablement et ploie les genoux devant Dieu ! Dieu a vaincu toutes ses résistances, Jacob ne peut que tomber dans ses bras (le déboîtement de sa hanche et l’enlacement avec l’ange l’expriment concrètement). Ayant reconnu sa dépendance totale de Dieu pour se tenir debout et marcher, Jacob dans un cri de foi réclame la bénédiction de celui qu’il ne veut plus quitter. Il sait maintenant que sa vie ne dépend que de cette bénédiction (v 30). Son cœur a été complètement changé, comme sa rencontre avec Esaü le révèlera.
Sa blessure à la hanche lui rappellera concrètement qu’il n’a pas à brûler les étapes, mais à marcher, pas à pas, en comptant sur Dieu, en s’appuyant sur le bâton, symbole de la force de la Parole divine.D- Le changement de nom
En demandant son nom à Jacob, l’ange satisfait trois exigences
1- On ne peut pas bénir quelqu’un sans prononcer son nom (voir l’exemple de l’imposition des mains à un baptisé),
2- En donnant son nom à quelqu’un on lui manifestait qu’on se soumettait à lui.
3- Jacob devait reconnaître publiquement qui il était vraiment : le trompeur.
En avouant son péché, il se soumettait au jugement de celui dont il réclamait la bénédiction, c’était un véritable abandon de soi, et une demande de pardon.
Dieu en changeant son nom en lsraël, celui qui lutte avec Dieu et avec des hommes, et qui est vainqueur (v 29), accorde à Jacob son pardon et une nouvelle dignité : il portera le nom de Dieu face aux nations, et une promesse : il sera vainqueur ! lsraël peut aussi signifier Dieu combat donc rend vainqueur celui qui s’en remet à lui (voir Psaume 118.6 et Romains 8.31 : si Dieu est pour nous, qui sera contre nous?)
Pourquoi Jacob demande-t-il le nom de son vis-à-vis (v 30)? Il sait bien à qui il a affaire (v 31)! Sans doute veut-il remercier, en le nommant, celui qui l’a assuré de la victoire. Peut-être aussi a-t-il le désir de mieux connaître son Sauveur ? Cette révélation ne lui sera pas accordée (Hébreux 11.13,39), elle le sera pleinement en Jésus-Christ qui fera connaître le Dieu Sauveur.
Jacob manifeste sa reconnaissance d’avoir été pardonné, béni et transformé, par ces mots émerveillés : J’ai vu Dieu face à face, et je suis encore en vie!
Ce privilège est accordé à celui qui n’offre plus de résistance à l’action de Dieu dans son coeur, qui s’en remet avec confiance à sa direction et marche en s’appuyant sur ses instructions. Au baptême qui marque notre engagement avec Dieu, nous recevons aussi un nouveau nom, celui de Jésus-Christ, en devenant « Chrétien ».
Le soleil s’est levé lorsque Jacob franchit le gué, comme la lumière et la paix de Dieu sont entrées dans son cœur : il peut s’avancer vers son frère, il ne le craint plus!
(Delacroix, Eglise St Sulpice à Paris) ![]()
E- La rencontre des deux frères (chapitre 33)
Elle ne se passe pas du tout comme Jacob l’avait préparée. Il ne se place pas derrière tous ses biens et gens, mais devant sa famille, car il n’a plus peur. Il se prosterne 7 fois en signe de soumission totale et de profond respect, il reconnaît ainsi la domination de son frère aîné.
Esaü déjà intrigué favorablement par les troupeaux rencontrés sur le chemin (v 8), manifeste l’émotion de ces retrouvailles, en courant à la rencontre de Jacob, en l’embrassant et en fondant en larmes! Lui le dur, le violent, il est soudain désarmé et doux comme un agneau devant l’absence de revendications de son frère!
• il ne se glorifie pas de sa nombreuse famille : c’est Dieu qui la lui a accordée (v5)
• il avoue son premier désir d’acheter la bienveillance de son frère (v 8);
• il transforme son stratagème en geste de générosité et de reconnaissance, en offrant ces cadeaux à Esaü, parce qu’il a manifesté à l’égard de Jacob une bienveillance semblable, à ses yeux, à celle de Dieu !(v 10-1 1).
Pourtant Esaü ne manifeste pas de foi particulière en Dieu : il n’a parlé que de son abondance de biens, sans en attribuer l’origine à Dieu. Son coeur n’est-il touché que par l’émotion des retrouvailles et l’affection fraternelle? Dieu, à l’insu d’Esaü, a travaillé son cœur. L’absence de rancune et de vengeance d’Esaü apparaît à Jacob comme le signe et l’effet de la bienveillance, de la bénédiction de Dieu sur lui.
Il nous est possible aussi de voir dans tout acte de bonté envers nous, même de la part de non-croyants, un reflet de la bonté de Dieu.
Esaü propose d’accompagner son frère, soit par désir de lui être utile à son retour dans un pays habité par les Cananéens, soit par un reste de méfiance à son égard : il veut s’assurer du lieu où il va s’installer.
Jacob, blessé à la hanche et accompagné de jeunes enfants, et de troupeaux, sait qu’il ne pourra pas marcher au pas des hommes d’Esaü. Il sait aussi que l’Eternel le garde et qu’il n’a pas besoin d’une escorte armée.
F- Arrivée et installation en Canaan (33.17 à 34.31)
Contrairement à ce qu’il annonce, il n’ira pas vers le pays de Séir, trop au Sud et en dehors du pays promis, où il n’a rien à faire. Mais aussi, contrairement à son voeu de Bethel, il s’installe à Succoth, puis à Sichem, suffisamment longtemps (environ 10 ans) pour acheter maison et terre, et permettre à sa fille dernière-née d’être en âge de se marier. En effet, à son retour en Canaan, l’aîné de ses fils a 12 ans, le dernier, Joseph, a 6 ans. Dina a à peine 5 ou 6 ans.
Cette longue installation avant de remplir son voeu, s’explique peut-être par l’idolâtrie qui règne encore dans la famille. Elle empêche Jacob, le seul converti, d’adorer le Seigneur d’un cœur totalement consacré à lui.
Ce manque de consécration totale à Dieu est peut-être la cause profonde de la réaction des fils de Jacob au mariage de leur sœur Dina avec le prince de Sichem. Ils n’ont pas compris que leur attitude était révélatrice de leur manque de relation avec Dieu, et portait un contre-témoignage à ce Dieu nouveau pour les Sichémites, qu’ils prétendaient honorer. N’ayant pas appris à mettre Dieu à la première place, et à considérer les autres avec respect et franchise, ils reproduisent le défaut majeur de leur père, la duplicité, pour venger une blessure d’amour-propre personnel.
« Les crimes d’honneur » qui affligent les familles d’Orient actuellement, n’ont pas d’autres causes que cette mentalité, qui aboutit plus à la mort qu’à la vie. Ce n’est pas l’honneur de Dieu qu’ils avaient à cœur, même pas l’honneur de leur sœur qui restait sauf, puisqu’elle épousait celui qui l’aimait et l’avait séduite ; invoquer qu’on la considérerait comme une prostituée, était donc un faux prétexte à leur vengeance personnelle, et à leur désir d’emprise sur les membres de leur famille. Ils s’arrogent le droit de décider eux-mêmes ce qu’est l’honneur de la famille, sans consulter ni Jacob, ni Dieu.
La virginité physique de la jeune fille est dans la Bible un des symboles de l’exclusivité de l’amour que le peuple de Dieu doit à son époux le Seigneur. En faire une question d’honneur familial ou personnel s’apparente à une idolâtrie tout humaine ! A la suite de cet horrible massacre perpétré à Sichem par Siméon et Lévi, au mépris des lois de l’hospitalité, Dieu rappelle à Jacob son voeu fait à Béthel. Jacob comprend sa négligence et ordonne à sa famille de se séparer de toutes les idoles conservées jusque-là (35.2,4). Il fait donc bien le rapprochement entre l’idolâtrie qui règne chez lui et le malheur que ses fils ont attiré sur sa famille et leurs hôtes voisins (34.30). Mais Jacob reste faible dans les reproches qu’il adresse à ses fils tant est grande son angoisse sur les conséquences funestes de ce massacre. Il a oublié la bénédiction de Dieu reçue au gué de Jabbok !
Dieu vient au devant de son désarroi et de sa peur, en lui renouvelant la promesse faite à Abraham (35.10-12). L’enterrement de la nourrice de Rébecca, à Béthel, à ce moment, semble marquer un terme à cette portion de la vie de Jacob, le trompeur. Le passé est révolu, maintenant Jacob ne sera plus nommé qu’Israël (v 10).
A ce décès d’un témoin de son passé, succède la naissance de son dernier enfant, Benjamin, qui l’invite à se tourner désormais vers l’avenir. Cette naissance vient atténuer l’immense douleur de perdre la femme qu’il a aimée par-dessus tout, Rachel, mais qu’il avait condamnée à mort sans le vouloir, à cause de son mensonge au sujet des téraphim de Laban (31.32). Le chemin de la foi après la conversion est parfois douloureux et lent pour mettre sa vie en ordre et gagner son entourage à sa foi ! Jacob fit cette expérience jusqu’à la fin de sa vie.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Sur quoi est-ce que je compte dans les difficultés de ma vie : Dieu ou mes propres facultés (intelligence, combines, argent) ou mes « relations » sociales ?
- Quel est le poids de mon passé dans mes entreprises ou mes attitudes ? Comment Dieu me permet-il de dépasser cette influence, et de trouver d’autres façons d’agir à sa gloire ?
- Contre quoi mon cœur lutte-t-il encore pour s’abandonner entièrement à Dieu ? Par quoi se marque dans ma vie l’abandon de mon sort entre les mains de mon Sauveur ?
- Avons-nous encore le sens de l’honneur ? En quoi mettons-nous notre « honneur » individuel, familial ou ecclésial ?
- Mes actions soulèvent-elles jalousie, frustration et animosité autour de moi, ou révèlent-elles l’amour de Dieu pour moi et pour les autres, qui habite mon cœur ?
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03.12.2006
Etude n°10 : Le prix de la duplicité, Gn 25-29
A- 25.19-28 : Naissance d’Esaü et Jacob
B- 25.29 à 34 : Esaü vend son droit d’aînesse pour un plat de lentilles
C- 26.1 à 35 : Isaac et Abimelek :
a) 2-6 : Renouvellement de la promesse divine
b) 7-11 : Abimelek et Rebecca
c) 12-23 : Querelles autour des puits
d) 24-35 : Alliance d’Isaac et Abimelek
D- 27.1-40 : Isaac, trompé par Jacob, le bénit à la place d’Esaü
E- 27.41 à 28.9 : Fuite de Jacob devant la haine de son frère
F- 28.10 à 22 : Vision de l’échelle
H- 29.1-30 : Jacob chez Laban
Comprenons
A- Histoire d’Isaac : 25.19 à 26.35
Curieusement ce patriarche n’occupe qu’un chapitre et demi, entre son père Abraham (13 ch) et son fils Jacob (9 ch). De plus dans ces deux chapitres, il n’y a rien de très original par rapport à Abraham : même stérilité de Rébecca, même mensonge d’Isaac pour sauver sa vie à propos de l’identité de sa femme-« sœur », mêmes querelles au sujet de points d’eau en Philistie, même alliance avec le même roi Abimélek. Isaac ne serait-il que la pâle copie de son père ? Par deux fois l’Éternel lui renouvelle la promesse de bénédictions (26.2-3, 24) et Isaac l’adore personnellement. Son témoignage fut puissant auprès d’Abimélek, (26.26-31) qui voulut une fois encore ne pas passer à côté des avantages d’une alliance avec un immigré béni de son Dieu. Cela fait penser à la femme Cananéenne, réclamant à Jésus sa part des miettes qui peuvent tomber de la table des maîtres (Mt 15).
Cette répétition des expériences de son père pourrait-elle signifier qu’Isaac a du mal à s’affranchir de l’emprise paternelle sur le plan de ses relations avec Dieu et avec les autres ? Il lui faut faire ses expériences et trouver son chemin personnel vers Dieu. Dieu le guide comme il l’a fait pour son père, l’encourageant de sa présence (26.24), et de ses bénédictions, car il voit en lui un cœur droit et docile depuis sa marche au mont Morija, pour y être « sacrifié » par son père.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Où en est ma relation avec Dieu ? Est-ce que je me contente de copier mes parents, ma famille, mon groupe d’église ? Ou ai-je rencontré personnellement mon Sauveur ?
- A quand remonte ma dernière expérience avec Dieu ? Comment en faire un témoignage de vie pour ceux parmi lesquels je vis ?
- A quels puits je m’abreuve dans la parole de Dieu ? Les puits creusés, puis oubliés de nos parents et de nos pionniers ? Ceux que l’Esprit me permet de découvrir moi-même, pour aller plus loin ?
B- Histoire de Jacob : Genèse 27 à 29.30![]()
1- Jacob le trompeur : 27.1 à 28.9
La bénédiction d’Isaac sur Jacob (27.1à 29)
Les relations familiales semblent avoir favorisé la duplicité de Jacob. Esaü partageait avec son père le goût pour la bonne chère (25.28), dont Isaac fait dépendre sa bénédiction. C’est mépriser la portée spirituelle de cette bénédiction, qui devait transmettre au fils les promesses de Dieu faites à Abraham et renouvelées à Isaac. Ce mépris de Dieu avait poussé Esaü à abandonner son droit d’aînesse pour un plat de lentilles (25.30-34). La préférence d’Isaac pour son aîné Esaü est aveugle sur les sentiments de ses fils envers Dieu, comme l’aveuglement physique d’Isaac le symbolise. Aveugle physiquement et spirituellement, Isaac devient une proie facile de la rouerie de sa femme et de son cadet, plus sensibles à l’enjeu spirituel de la bénédiction arrachée par Jacob à la faiblesse d’Esaü (25.31 et 33).
Rébecca et Jacob voit dans la demande d’Isaac à Esaü l’occasion de rendre valide cet achat du droit d’aînesse à Esaü, car seule a de valeur, à leurs yeux, la bénédiction effective du père. La mère et le fils cadet comptent plus sur leurs stratagèmes pour réaliser la promesse de Dieu faite à Rébecca avant la naissance de ses jumeaux (25.23), que sur l’amour de Dieu « qui fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment » (Rm 8.28). Rébecca va, bien imprudemment, jusqu’à prendre sur elle la malédiction que pourrait encourir son fils (27.13), elle mourra en effet sans revoir son fils chéri !
Isaac par sa méfiance tend une perche à Jacob, qui pourtant par 4 fois confirme son mensonge, osant même y inclure la bénédiction de l’Éternel sur son entreprise (v 20), si grand était son désir de la présence favorable de Dieu dans sa vie et de la réalisation de ses promesses dans sa lignée !
La bénédiction d’Isaac (v 27b-29) lui promet la prospérité matérielle et le pouvoir sur les autres, pouvoir royal humain, et juste à la fin pouvoir spirituel ; Jacob pourra être une bénédiction pour ses amis.
La colère d’Esaü et sa bénédiction (27.30-45)
La détresse d’Esaü est touchante (v 34,38), mais semble due surtout à l’orgueil blessé d’avoir été trompé par son cadet, et par la frustration des biens matériels qui devaient revenir à son frère. Isaac se montre extrêmement troublé d’avoir été joué et bien faible devant la demande de son aîné. Sa bénédiction n’est que l’envers négatif de celle donnée à Jacob, avec un seul espoir : le nomadisme d’Esaü lui permettra d’échapper à la domination de son frère. Pas de mention de l’Éternel dans cette bénédiction, Dieu n’étant pas la préoccupation d’Esaü, qui ne saisit pas cette occasion pour se repentir (Hé 12.17). Au contraire il nourrit une colère froide et un ressentiment tel qu’il désire la mort de son frère. Une fois encore, Jacob obéit à sa mère pour sauver sa vie, sans s’appuyer sur Dieu, et s’enfuit sous prétexte d’aller chercher une femme croyante dans sa famille (27.46), pour ne pas prendre une étrangère comme Esaü (26.34-35).
Le départ de Jacob à Charan (27.46-28.9)
Une fois de plus, Rébecca cache à son mari la véritable nécessité pour Jacob de quitter le toit familial. Elle prend prétexte des querelles avec ses belles-filles étrangères pour faire demander par Isaac à Jacob d’aller se chercher une femme chez ses parents de Mésopotamie, dans l’espoir que les relations familiales et religieuses seront ainsi meilleures. Isaac manipulé par Rébecca obtempère, et envoie son fils en lui renouvelant sa bénédiction, assortie de la transmission des promesses faites à Abraham : possession du pays promis et fécondité (v 3 et 4). Isaac semble avoir pris son parti de cette inversion des rangs de naissance, et il confie à Dieu la réalisation de ses promesses contraire à ses vœux antérieurs sur Esaü.
Ce fils aîné ne voit pas dans cette nouvelle bénédiction un appel à revenir à Dieu, ou tout au moins à de meilleurs sentiments. Sa jalousie ne lui fait retenir que le désaveu implicite de ses mariages. Au lieu d’y remédier, il part encore plus loin, pour rejoindre la branche familiale d’Ismaël, déjà séparée du clan qui continue à « invoquer l’Éternel », et il prend une nouvelle épouse dans sa parenté comme Jacob, mais païenne.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Quels sont mes centres d’intérêts dans mon quotidien ? Quelle place y tiennent le « manger et le boire », les soucis matériels, la recherche du Royaume de Dieu, les relations familiales ou sociales ? (Mat 7.24-34).
- Quelles promesses de Dieu ai-je déjà voulu réaliser par mes propres efforts, au prix de quels compromis avec la droiture ?
- Comment se manifeste mon désir de la présence et des bénédictions de Dieu dans ma vie et dans celle de mon église ?
- Comment éviter d’être aveuglé sur mes sentiments et sur ceux de mon entourage à l’égard de Dieu , pour ne pas tomber dans une faiblesse coupable qui me rend vulnérable ?
- Comment est-ce que j’accepte que les événements se déroulent différemment de ce que je désire ? Est-ce que comme Isaac, je sais faire « contre mauvaise fortune bon cœur » ? en quoi ma foi en Dieu m’est-elle une aide pour cela ?
2- Le trompeur trompé : Genèse 28.10 à 29.30
La fuite de Jacob et sa vision de l’échelle : 28.1-22
A- Départ de Jacob
Le voyage qu’entreprend Jacob est long et pénible, 800km environ, à pied, seul, en fuite devant son frère. Pourra-t-il un jour revenir ? Reverra-t-il ses parents ? Jusqu’à présent sa relation avec Dieu s’est limitée à connaître les promesses d’une descendance nombreuse et de la possession du pays faites par le Dieu de son père. Il a tout fait par lui-même pour que cette promesse lui soit accordée à lui, le plus jeune. Mais il n’a jamais rencontré ce Dieu dont il a entendu parler et dont il a désiré la bénédiction sans le voir. En plus des soucis matériels pour sa route, Jacob doit s’interroger sur sa situation vis-à-vis de Dieu : Cette ruse l’a-t-elle éloigné ou rapproché de Dieu ? Comment savoir si Dieu existe vraiment, s’il n’est pas seulement auprès d’Isaac, s’il est une aide ou un obstacle à la réalisation de sa vie ?
En tous cas pour le moment, s’il a arraché la bénédiction d’Isaac, sa ruse lui cause bien des difficultés ! C’est dans un état de doute et de déprime, qu’il entreprend la longue route vers ses parents de Charan. La mention (v 7) que c’est par obéissance à ses parents qu’il est parti, semble suggérer que son départ n’est pas voulu par lui, que la raison invoquée d’un mariage dans la famille mésopotamienne n’est qu’un prétexte pour dissimuler la fuite du « trompeur » devant son frère lésé.
B- Vision de l’échelle- L’échelle que voit Jacob est dressée sur (littéralement “ vers ”) la terre : c’est Dieu qui la fait descendre du ciel et la fait reposer sur le sol, comme voie de communication.
- Les anges montaient et descendaient : le fait qu’ils montent d’abord indique qu’ils étaient déjà auprès de Jacob pour le protéger, tandis que ceux qui descendaient lui apportaient les bénédictions de Dieu, avant même qu’il s’en aperçoive.
- Enfin au sommet Dieu se révèle par la vision et les paroles, non pour le punir ou lui faire des reproches, mais pour rappeler son identité et ses promesses : possession du pays qu’il va quitter, descendance nombreuse, bénédiction universelle à travers Jacob ! Puis Dieu fait des promesses tout à fait personnelles et circonstanciées : il l’assure de sa présence, de sa protection, de sa direction et de sa fidélité.
Jacob n’a rien fait pour mériter cette révélation, tout au contraire ! Mais Dieu se penche avec amour et compassion sur sa détresse, sachant le profond désir de relation avec Lui qu’a eu Jacob, pour user de tels stratagèmes afin de devenir héritier de la promesse. Dieu lit les désirs et les sentiments de nos coeurs et se révèle à celui qui le cherche de tout son coeur, malgré ses fautes.
a) Jacob ne se trompe pas sur le sens premier de la vision : Dieu s’est montré à lui pour le réconforter par la pensée
- qu’il est avec lui, là où il se trouve et pas seulement là où se trouve Isaac, à Béer-Chéba
- qu’il communique avec lui, bien qu’il soit pécheur, et il s’adresse à lui personnellement parce qu’Il l’aime.
- que ses anges accomplissent leur ministère de protection en sa faveur (Hébreux 1.14).
b) Jésus donne un sens messianique et prophétique à cette vision dans Jean 1.51 : “ Vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus (ou “ sur ”)du fils de l’homme ”. Dans ce rappel de la vision de Jacob, Jésus se met à la place de Jacob : à terre. Il indique que la communication entre lui “fils de l’homme ” et Dieu ne cesse pas, les anges étant à son service. Il affirme ainsi sa messianité et sa nature à la fois humaine et divine : né d’une femme et né de l’Esprit, il est le seul à communiquer réellement avec son Père.
Lorsque le texte dit que les anges montaient et descendaient “ sur ” lui, on peut comprendre que Jésus représente aussi cette échelle, seul moyen d’accès à Dieu, par lequel l’homme peut faire monter ses prières et recevoir les bénédictions de Dieu portées par les anges. Ce sens de l’échelle est une justification de la formule finale de nos prières “ au nom de Jésus ”.
Comme Jacob nous sommes appelés à voir Dieu et à recevoir de lui ses dons, en passant par “ l’échelle ” que Dieu nous a donnée en Jésus-Christ, qui nous ouvre le ciel !
c) Enfin sur le plan psychologique et moral, l’échelle voulait montrer à Jacob que dans sa vie l’on doit tenir compte des réalités matérielles et terrestres (= le sol, au pied de l’échelle): une échelle qui ne s’appuie pas solidement sur le sol tombe ! Mais si elle ne s’appuie pas aussi en haut sur un support, elle tombe et ne sert à rien : ainsi, chacun est-il appelé à recevoir d’en haut inspiration et soutien. Même s’il ne le voit pas physiquement, Dieu est présent, l’accompagne et communique avec lui par l’Esprit. L’homme est un animal terrestre à qui l’Esprit révèle Dieu (1 Corinthiens 2.12 et 14).
Dieu ne veut ni d’un homme uniquement matérialiste, ni d’un homme uniquement mystique ou spiritualiste. Il désire un homme ou une femme qui a les pieds sur terre et qui reçoit d’en-haut les directives de l’Esprit ! Cet homme, il nous en a montré la perfection dans Jésus !
Comment lui ressembler ?
- en ayant conscience des réalités et en les assumant (bénédictions autant que difficultés, et faiblesses de notre personne et de notre vie)
- en cherchant la volonté de Dieu dans la prière et l’étude de la parole de Dieu, et en l’écoutant dans l’obéissance,
- en allant auprès des autres comme messagers (= anges) de son amour et de sa bonté pour tous.
D- La réaction de Jacob
Son exclamation de surprise et de crainte révèle combien sa connaissance de Dieu était limitée. Sa vision l’a tellement saisi qu’il décide de la rappeler par une pierre commémorative, à défaut d’un autel, comme avait fait Abraham à cet endroit. Il promet de bâtir plus tard un autel ou “ sanctuaire ” (= maison de Dieu), comme point de rencontre avec Dieu pour l’invoquer. Jacob reste attaché au lieu physique pour adorer Dieu, ne comprenant pas que la « porte de Dieu » (= Bethel) n’est pas un lieu géographique, mais un « lieu spirituel » comme Jésus le désignera en se comparant à l’échelle de la vision de Jacob, ou à la « porte » (Jn 10.9)
Verser de l’huile sur la pierre était la coutume de consécration, de mise à part pour le service de Dieu. Ce geste sera utilisé plus tard pour les rois, les prophètes et pour les ministres de l’Eglise. L’onction de consécration d’une pierre pour signifier la présence de Dieu se retrouve plus tard dans la sacralisation de l’autel et du bâtiment du temple, puis de l’église, considérés comme les habitations de Dieu. C’est une démarche humaine pour tenter de s’accaparer Dieu.
Le vœu de Jacob est empreint de son caractère défiant et calculateur. C’est un vrai marché passé avec Dieu, dans lequel il ne s’engage qu’à condition que Dieu l’exauce physiquement (protection et direction), matériellement (pain et habits), moralement (vie heureuse). Sa promesse de dîme vient conclure ce marché par un signe de reconnaissance : sa dîme manifestera sa reconnaissance d’avoir été exaucé.
Jacob a besoin d’apprendre que Dieu ne marchande pas ses bénédictions, et que l’adoration et le paiement de la dîme ne sont pas conditionnés aux exaucements des prières.
“ Avoir la foi, c’est être sûr de ce que l’on espère, c’est être convaincu de la réalité de ce que l’on ne voit pas ”(Hébreux 11.1). Jacob, comme Thomas et souvent comme nous, voulait voir pour croire ! Jésus dira : “ Heureux sont ceux qui croient sans m’avoir vu ! ”.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Dans les difficultés de ma vie, ai-je conscience de la présence de Dieu pour me soutenir et m’éclairer, plutôt que pour me juger et me punir ?
- Où en suis-je dans la restitution à Dieu de la dîme de tous mes revenus ? Est-elle pour moi un moyen de pression sur Dieu pour obtenir sa faveur, ou un moyen privilégié de lui manifester reconnaissance et confiance en Lui ?
- Suis-je attaché à un lieu physique pour adorer Dieu ? Quelle place tient Jésus-Christ dans mon adoration et mes prières ?
E- Chez Laban : Genèse 29-30
a) L’arrivée
Jacob comprend qu’il est arrivé, grâce à son dialogue avec les bergers, et grâce à la venue de Rachel. Jacob s’étonne de la coutume d’ouverture du puits et se conduit doublement curieusement ! Il déplace à lui tout seul, et avant le rassemblement de tous les troupeaux, la pierre qui ferme le puits; et il embrasse en pleurant, sa cousine Rachel ! Sans doute était-il déjà victime d’un coup de foudre pour elle !
L’attitude de Jacob dut frapper Rachel car elle courut en parler à son père. Encore tout ému de sa rencontre, Jacob raconte en confiance tout ce qui lui est arrivé, et ne saisit pas l’humour de Laban qui le reconnaît du même sang que lui : Jacob, le trompeur, sera trompé 10 fois plus par Laban ! (32.41)
b) Le mariage
Jacob commence à comprendre, à ses dépens, ce que signifie tromper ! Ne pouvant pas payer une dot pour Rachel, il loue à Laban ses services pour 7 ans. Sa joie d’épouser enfin Rachel, l’aveugle au point de ne pas voir que c’était Léa, l’aînée, qui lui avait été donnée ! Laban ose lui demander encore 7 ans de plus pour “ payer ” son mariage avec Rachel ! Quel exploiteur ! Il avait réussi à marier ses deux filles, et à s’assurer le travail de Jacob pour son compte ! Il ne se contentera pas de cela. Jacob travaillera pour son beau-père encore 6 ans. En tout 20 ans ! Heureusement sa connaissance des troupeaux, et sans doute des lois de génétique révélées par Dieu dans des rêves (31.11-12), lui a permis d’acquérir pour lui des richesses importantes, malgré la méfiance et la versatilité de Laban.
Ces 20 ans auront appris à Jacob la patience, la persévérance pour obtenir ce que l’on veut, la confiance en Dieu seul pour réaliser son plan. Il a pu voir les bénédictions s’accomplir malgré les difficultés que sa conduite précédente avait créées dans sa vie.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comme pour Jacob, par amour pour nous, Dieu n’efface pas les conséquences de nos actes. Il les utilise pour changer nos coeurs et faire avancer son projet pour nous. Sais-je profiter de ces circonstances difficiles pour grandir dans la foi en Dieu, l’humilité et l’obéissance à sa volonté ?
- Comment ne pas m’aigrir contre les autres ou contre moi-même, lorsque je découvre avoir été trompé par quelqu’un que je croyais fiable ?
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