26.11.2006

Etude n°9a : Le triomphe de la foi, Gn 20-21

Genèse 20 à 25 : Le triomphe de la foimedium_Abraham_et_Isaac_mosaique.3.jpg

(Mosaïque de Monreale, Sicile)

Observons

A-    Ch 20 : Abraham et Abimélek

B-      Ch 21 : a) v 1-7 : naissance d’Isaac              

 b) v 8- 21 : Agar et Ismaël chassés 

 c) alliance d’Abraham avec Abimélek                                                                            medium_Abraham_sacrifie_Isaac.jpg 

 

C-    ch 22 : a) v 1-19 : Le sacrifice suprême

b) v 20-24 : la famille d’Abraham restée à Haran

D-    ch 23 : Mort et ensevelissement de Sara à Macpéla

E-    ch 24 : Mariage d’Isaac et Rebecca

F-     ch 25.1-11 : Mort d’Abraham.

Ces cinq chapitres résument les événements essentiels de la fin de la vie d’Abraham, et placent au centre le sacrifice d’Isaac. Ces événements touchent tous à la survie et à la descendance de la lignée de la promesse.

Comprenons

A-    Dernière faute d’Abraham envers Abimélek

Nous avions laissé Abraham (ch 18) après la promesse du Seigneur d’avoir un fils de Sara dans l’année. Et voilà que dans ce court laps de temps, Abraham manque de tout compromettre par peur pour sa vie (20.11), et absence de considération pour Sara, son épouse, pourtant promise à être « princesse », mère de nations, bénie de Dieu. La peur pousse Abraham à recommencer le même demi-mensonge qu’avec Pharaon, plusieurs années auparavant, au risque de faire naître d’elle un enfant adultérin. Abraham ne croit-il pas encore à la promesse ? Dieu va lui démontrer sa protection et sa puissance en utilisant en outre sa faute pour se révéler à Abimélek.

De l’incident nous pouvons retirer deux enseignements :

- Dieu ne tient pas rigueur à Abimélek, qui était « intègre »(v 5-6), en enlevant Sara qu’il croyait sincèrement la sœur d’Abraham. L’enlèvement d’une femme célibataire par le roi d’un pays était une coutume légitime. Nous avons là une illustration historique de ce que sera le jugement des non-croyants selon la parole de Paul aux Romains (2.14-16) : ils seront jugés selon qu’ils auront obéi ou non à leur conscience et aux avertissements que Dieu leur aura envoyés, même s’ils n’ont pas su que c’était Dieu ! Ici Abimélec reçoit directement de Dieu avertissement et annonce de pardon, s’il s’en remet à l’intercession de celui qui l’a trompé !

- Dieu protège ses enfants même pécheurs pour accomplir sa promesse comme il l’a prononcée : l’enfant à naître sera celui du couple choisi par Dieu, Abraham et Sara. De plus il fait tout concourir au bien des personnes en jeu : Abimélec trouve pardon, santé et il expérimente  la présence et la puissance du Dieu d’Abraham, l’étranger qui vit sur ses terres.

Abraham avoue sa faiblesse égoïste, et Dieu lui apprend qu’au lieu d’avoir peur des impies pour sa vie et d’inventer des stratagèmes humains, il lui faut se montrer auprès d’eux « prophète » (v 7 : seul emploi du mot dans la Genèse), c’est-à-dire témoin de Dieu, et intercesseur pour eux auprès de Dieu (17). Le Seigneur se plait à bouleverser les préjugés et les visions étroites ! La bonté de Dieu se manifeste dans l’exaucement de la prière en faveur d’Abimélec, et dans l’enrichissement d’Abraham qui reçoit biens matériels, autorisation de séjour et femme intacte, d’un Abimélek reconnaissant pour la santé et la vie, et peut-être aussi superstitieux : il ne veut rien risquer de plus en négligeant le prophète d’un tel Dieu !

Peut-on voir dans le «  voile sur les yeux » (v 16) comme signe de la préservation de l’honneur de Sara, l’origine de la coutume moyen-orientale de voiler les femmes honnêtes, mentionnée aussi par Paul (1 Co 11.5-15).

  Question pour une application dans la  vie chrétienne

-         Comment est-ce que je considère mes voisins non-croyants ? Avec méfiance et peur pour la pratique de ma foi, ou respect et bienveillance comme étant appelés à devenir enfants de Dieu ? Est-ce que je prie pour eux et leur manifeste de l’intérêt et de la générosité ? En quoi suis-je auprès d’eux une « image de Dieu » ?

-         Quelle leçon me donne le jugement de Dieu sur Abimelek, au sujet de mon propre jugement des autres, et de ma responsabilité envers eux  ?

 

B- Genèse 21

a)                 La naissance d’Isaac (21.1-7) conclut à la fois l’épisode avec Abimélek et introduit celui du renvoi d’Agar et Ismaël . Le fils de la promesse n’est pas l’aîné d’Abraham, comme le prétendront plus tard les musulmans, mais le plus jeune, né de la seule volonté et de la puissance de Dieu. Il fait la joie de la femme raillée à cause de sa stérilité « infamante » à l’époque, et l’émerveillement de tous ceux qui l’entourent, devant la bonté de Dieu (6-7).

 

b)       Le renvoi d’Agar et d’Ismaël (21.8-14)

Quelque temps après la naissance d’Isaac, Abraham est contraint de se séparer de son fils aîné Ismaël, qu’il continue à aimer (21.11). Ismaël, jeune homme plus âgé de 15 ans que son frère Isaac, devait être fier de sa force et de sa position d’aîné. Comme dans toutes les familles il ne manquait pas de taquiner son cadet, et de se moquer de sa faiblesse, de “ rire ” de lui. En temps ordinaire cela ne porte pas à conséquences graves, mais Sara veillait et se rappelait la promesse de bénédiction spéciale qui reposait sur Isaac, l’héritier de la promesse de bénédiction sur toutes les peuples 17.21 ; 12.3 !

Se moquer de lui revenait à se moquer du plan de Dieu, donc à s’y opposer. C’était mettre Dieu en doute et revendiquer des droits humains, comme le droit d’aînesse, incompatibles avec la libre volonté de Dieu (Galates 4.29)

C’est pourquoi Sara demande d’éloigner Ismaël pour qu’au foyer règne le respect de Dieu et la paix entre tous les membres de la famille. Abraham consulte Dieu qui confirme le bien-fondé de la suggestion de Sara. Abraham malgré sa peine obéit aussitôt et renvoie Agar et Ismaël.

Dieu nous demande aussi d’écarter de nos vies tout ce qui peut nous pousser à douter de lui, ou à l’offenser ; paroles, pensées, actes, et mêmes personnes chères ne doivent pas nous séparer de Dieu et nous faire oublier son plan de salut pour tous. 

 La sollicitude de Dieu (21.15-21) se manifeste encore envers les exclus. Il consent à éloigner Ismaël et sa mère, qui n’ont sans doute pas bien compris le plan de Dieu (Agar semble avoir oublié sa rencontre avec Dieu dans le désert et les promesses pour son fils). Cela ne signifie pas que Dieu se désintéresse d’eux et les abandonne à leur sort ! Lorsque l’eau donnée par Abraham vient à manquer, il en fournit lui-même à Agar et Ismaël mourant de soif, et renouvelle sa promesse de descendance princière à Ismaël. Il le protège dans sa croissance et sa vie au désert, comme il l’avait promis à Abraham (21.13 ; 17.20). La bénédiction de Dieu sur Abraham s’étend à ses fils, qu’ils soient héritiers ou non. On peut voir là une première réalisation de la promesse faite à Abraham (12.2) “ Tu seras une bénédiction pour les autres ”

Malgré cette sollicitude, le mariage d’Ismaël avec une Egyptienne montre qu’il choisit de s’écarter encore plus d’Abraham et de l’adoration de son Dieu pour se tourner vers l’Egypte, considérée dans la Bible comme l’ennemi spirituel du peuple de Dieu (Ap 11.8).

  c)     L’alliance avec Abimélek

Abimelek dans ses relations avec son hôte étranger a compris par sa prospérité qu’il était béni de son Dieu et qu’il valait mieux être son allié que son ennemi. Il lui propose devant témoin une alliance qu’Abraham s’attache à rendre équitable. Lui aussi veut assurer l’avenir de sa tribu dans un pays où l’eau est vitale. Il cherche à obtenir une reconnaissance officielle de propriété pour le puits qu’il a construit et qu’on veut lui dérober. Il en paye le prix de sept brebis, dont le nombre sacré révèle la solennité du serment, et scelle l’alliance par un sacrifice, tandis qu’Abimélec lui accorde droit de séjour. Cette histoire de puits permet à Abraham de marquer son passage et d’invoquer le Dieu de l’éternité  (v 33).

 

Pour une application actuelle

- Nous sommes appelés à être aussi une bénédiction pour les autres, croyants ou incroyants, fidèles ou infidèles, en manifestant à chacun l’amour que Dieu a pour lui.  A qui pouvons-nous cette semaine manifester de l’attention, même s’il n’est pas croyant, s’il est d’un autre pays, d’une autre race, d’une autre religion que vous ?

 

- Nous aussi, nous sommes étrangers habitant une terre dominée par le mal. Comme Abraham, savons-nous creuser des puits d’eau vive tirée de la Parole de Dieu, pour nous abreuver et désaltérer ceux de notre entourage qui ont soif de vie éternelle ?

- Comment par notre témoignage de vie chrétienne donner envie à notre entourage de connaître notre Dieu et d’être nos amis ?

Etude n°9b : Le triomphe de la foi, Gn 22-24

A- Genèse 22  medium_Abraham_sacrifie_Isaac.3.jpg
  
Illustration : Enluminure, Psautier danois                                                      I) le dernier sacrifice (22.1-19)

Le chapitre 22 marque le point culminant de l’expérience de vie d’Abraham avec son Dieu. Il est particulièrement intéressant de faire une étude comparative entre ce texte et celui de Genèse 21.8-21. Dans les deux passages on trouve des similitudes frappantes :

1- Abraham doit se séparer d’un fils

2- Une promesse céleste est faite au sujet d’un grand peuple qui sortira de ce fils.

3- Abraham se lève tôt et fait les préparatifs.

4- Abraham donne à Agar du pain et une outre d’eau qu’il place sur son épaule. Il place le bois et un couteau sur Isaac.

5- Le fils en question est en danger de mort.

6- L’ange de Dieu intervient en cet instant dramatique.

7- Agar voit le puits d’eau. Abraham voit le bélier.

8- Dieu demande à Abraham d’écouter ce que lui demande Sara. Abraham a écouté la voix de      Dieu.

9- Agar doit prendre son fils par la main. Abraham et Isaac marchèrent ensemble.

10- Ismaël habita le désert de Paran. Isaac habite avec Abraham à Beer-Shéba.

Les deux chapitres ne peuvent pas être lus séparément. Dans les deux cas, les gens sont mis à l’épreuve au sujet de la vie d’un enfant. Dans les deux cas Dieu intervient et transforme l’épreuve en bénédiction. Les deux fils sont l’objet d’une promesse de Dieu. Même si pour Isaac, Dieu a un tout autre plan que pour Ismaël, il est tout aussi bienveillant à  l’égard de chacun.

Les récits concernant Abraham nous montrent qu’il a rencontré Dieu maintes fois et de diverses manières :

a) 12.1 : “ Le Seigneur dit à Abram... ”

b) 12.7 : “ Le Seigneur apparut à Abram ”

c) 13.14 : “ Le Seigneur dit à Abram ”

d) 15.1 : “ Le Seigneur apparut à Abram et lui dit... ”

e) 17.1 : “ Quand Abraham fut âgé de 99 ans, le Seigneur lui apparut ”

f) 18.1 : “ Le Seigneur apparut à Abraham ”

g) 22.1 : “ Dieu l’appela et Abraham répondit ”

Dieu parlait à Abraham et lui apparaissait (littéralement : se laissait voir). On peut donc dire qu’Abraham était un voyant ou un prophète (20.7). Tout au long de sa vie Abraham a fait des expériences avec Dieu. Ses rencontres devenaient toujours plus intimes et plus intenses. Il y a une grande différences entre la première (12.1) et la dernière (22.1)!

12.1 : Abraham part vers l’inconnu, laissant derrière lui son pays, sa région natale, et la maison de son père. Il quitte le monde de ses pères et tout ce qui faisait son passé.

22.1 : Abraham part vers l’inconnu, laissant son espérance (une nombreuse postérité, un grand nom, la possession de Canaan). Il quitte le monde de ses fils et tout ce qui fait son avenir !

La première fois, il sait qu’il va vers la promesse, la dernière fois, il sait (pour autant qu’il puisse savoir) qu’il va vers l’annulation de la promesse, par sa propre main, puisqu’il doit tuer le fils sur lequel repose la promesse !

Dans les deux cas la réaction d’Abraham force l’admiration : il ne parle pas, il agit. Il se révèle, comme dans d’autres circonstances, l’homme de la confiance en Dieu (foi) qui se manifeste par l’obéissance. Ce n’est pas pour rien qu’il est appelé le père de la foi.

II- Les différents sens du sacrifice d’Isaac medium_Abraham_sacrifie_Isaac_fresque.jpg(Illustration: Fresque de N.Greschny, Chatel-Guyon)

Pourquoi Dieu donne-t-il cet ordre incompréhensible de sacrifier Isaac, l’enfant héritier de la bénédiction qui doit s’étendre à toutes les nations ?

1- Pour Abraham, l’homme de l’Ancien Testament : A son époque et dans sa culture, les sacrifices humains d’enfants ou d’adultes, étaient courants en Canaan et aux alentours. On offrait à la divinité ce à quoi on tenait le plus, en général le premier-né de ses enfants ou de son troupeau, pour obtenir en retour la faveur du dieu. L’Ancien Testament mentionne de tels sacrifices (2 Rois 16.3 ; 21.6 ; 23.10), tout en les rejetant énergiquement (Exode 13.13 ; 34.20 ; Michée 6.7-8). En lui demandant ce sacrifice, puis en l’interrompant à la dernière minute, Dieu veut apprendre à Abraham :

- qu’Il ne veut pas de sacrifice humain, qu’il doit rompre avec les coutumes courantes et les influences de la société où il vit.

- que cette épreuve permettait à Abraham de mieux se connaître, de savoir jusqu’où il était prêt à aller pour Dieu. Dieu n’avait pas besoin de preuves de la foi d’Abraham, il la connaissait parfaitement. C’est Abraham qui avait besoin de connaître ses limites.

Ainsi Abraham dut sacrifier ce qui lui était le plus cher, son fils, qui représentait son avenir immédiat. En s’abandonnant totalement à Dieu, Abraham a pu mesurer sa propre foi. Il  a retrouvé ensuite son fils, après le sacrifice de ses espérances, il l’a vu grandir, se marier, avoir des enfants. Il a ainsi vu se multiplier et s’étendre à plusieurs la bénédiction qu’il avait reçue.

 2- Pour Abraham, le croyant de tous les temps :

Dieu apprend au croyant que le sacrifice qu’il offre ne sert pas à amadouer Dieu et à acheter sa faveur : celle-ci lui est acquise avant même le sacrifice. Dieu est un Dieu bon, qui veut bénir et sauver. Le sacrifice du croyant est un geste de foi et de reconnaissance pour sa bonté !

Abraham montre sa confiance en Dieu  en disant “ Oui, je t’écoute (v 1,11), en faisant les préparatifs dès le lendemain tôt (v 3), en affirmant aux serviteurs “ nous reviendrons ! ” (v 5), et en disant à Isaac que “ Dieu pourvoira lui-même à l’agneau ”.(v 8)

Isaac montre sa confiance en son père en marchant ensemble avec son père (v 8b) et en se laissant lier par son père sur l’autel (v 9). Il aurait très bien pu se défendre et bousculer son père pour échapper à la mort !

3- Pour Abraham, le prophète :

Le texte de Hébreux 11.19 nous permet de comprendre que Dieu voulait révéler à Abraham le plan du salut pour l’homme. Abraham a vécu ce que Dieu lui même accomplirait plus tard en Jésus-Christ qui descendrait de lui. Comme Abraham a marché ensemble avec Isaac, Dieu accompagnera Jésus dans sa marche vers le lieu du sacrifice de Golgotha (C’est sur le Mont Morija, à Jérusalem, que le temple de Salomon fut construit. C’est là que furent célébrés tous les sacrifices qui annonçaient la mort de Christ. Par extension, on dit que la montée de Jésus à Jérusalem fut sa montée à la mort, ...et à la résurrection).

Isaac a porté le bois comme Jésus  portera la croix. Isaac s’est laissé lier sur l’autel, comme Jésus se laissera clouer sur la croix. Isaac a retrouvé la vie, comme Jésus ressuscitera. La seule différence est dans la mort réelle et volontaire que Jésus a assumée.

La substitution du bélier à Isaac enseignait à Abraham la substitution que Dieu a consentie en Jésus pour que l’homme puisse vivre. Isaac à ce niveau ne représente plus seulement le Christ, il nous représente chacun individuellement. Nous sommes pécheurs, séparés de Dieu, et nous allons à la mort éternelle. Mais Dieu intervient et substitue son propre fils , pour que nous ne soyons pas anéantis. A nous de le croire, comme Abraham l’a cru et a utilisé le bélier-Jésus à la place de son fils, cette fois-ci dans un sacrifice d’actions de grâces pour cette “ sorte de résurrection ”!

Ce plan du salut, absolument impossible à saisir par nos esprits humains naturels (1 Corinthiens 2.14) Dieu le met à notre portée par son Esprit (1 Corinthiens 2.12), grâce à cet épisode de la vie d’Abraham. Nous avons l’avantage sur Abraham, de vivre après la réalisation de cette prophétie en Jésus. Abraham ne put que pressentir ce jour et le saluer de loin (Hébreux 11.13). Et il s’en est réjoui à l’avance (Jean 8.56).

Ce texte est essentiel pour  présenter Dieu comme un Dieu d’amour et de salut, qui veut la vie et non la mort, et qui va jusqu’à se donner lui-même en son fils, pour que chacun puisse vivre. Toute la Bonne Nouvelle est là !

 

III- le serment de Dieu (22.16-18)

C’est le seul serment que Dieu prononce dans la Bible. Le Pentateuque y fait souvent allusion (Genèse 24.7 ; 26.3 ; 50.24 ; Exode 13.5,11 ; 33.4 ; Deutéronome 4.31 ; 34.4....)

L’épître aux Hébreux (6.17) donne une raison de ce serment par rapport aux promesses antérieures “ montrer encore plus clairement aux héritiers des biens promis qu’il ne modifierait jamais sa décision ”, car “ Dieu ne reprend pas ce qu’il a donné et ne change pas d’idées à l’égard de ceux qu’il a appelés ” (Romains 11.29).

Ce serment atteste la vérité des promesses de Dieu et sa fidélité à les remplir. Il authentifie aussi la réalisation qui en sera faite en Jésus-Christ.

Dieu ne pouvant pas jurer par quelqu’un de supérieur à lui-même, comme cela se fait dans tous les serments humains pour en garantir la valeur, jure par lui-même ! Il s’engage donc lui-même tout entier dans ces promesses.

Le serment reprend les trois éléments de la promesse :

- une postérité innombrable (étoiles et sable réunis = postérité spirituelle qu’est le peuple des croyants,  et postérité naturelle, terrestre qu’est le peuple juif ?).

- la possession des villes ennemies = promesse de la conquête de Canaan, de la possession du pays.

- l’étendue de la bénédiction à toutes les nations.

Ce serment de Dieu s’est réalisé historiquement : - Le peuple d’Israël s’est développé en nombre, même en Egypte (Exode 17)ou en diaspora. - la conquête de Canaan a permis au peuple hébreu de s’installer dans le pays, puis d’y établir le royaume de David. - la venue du Messie et la naissance de l’Eglise ont permis d’étendre les bénédictions de Dieu sur le peuple juif à toutes les nations.

Le serment s’est réalisé aussi spirituellement : - Le peuple des croyants du monde entier et de toutes les époques a mis sa confiance en Dieu à la suite d’Abraham. - Grâce à la victoire de Jésus sur Satan à la croix et à la résurrection, le croyant a la victoire sur les puissances du mal, sur le péché et sur la mort spirituelle. - Dieu n’a pas réservé le salut au seul peuple juif, il veut sauver “ quiconque croit en lui et en son Fils Jésus ”(Jean 3.16).

Ces réalisations partielles confirment la vérité de la dernière réalisation future (Apocalypse 22.6) : - Le peuple innombrable des croyants de tous les temps et tous les lieux sera rassemblé au retour de Jésus (1 Thessaloniciens 4.16-17)

- Le royaume de Dieu sera vainqueur de Babylone. Dieu y habitera avec les hommes (Apocalypse 21.3).

- Tous ceux qui auront aimé Dieu et auront répondu à son appel lancé à toute nation, toute tribu, toute langue, tout peuple (Apocalypse 14.6-7), seront sauvés.

IV) La famille d’Abraham (22.19-24)

Ces quelques versets préparent le mariage d’Isaac raconté au chapitre 24 en définissant la parenté d’Abraham restée à Haran, où Eliezer sera envoyé pour trouver une femme pour Isaac.

Questions pour une application dans la vie chrétienne

- Sommes nous prêts à ne compter que sur l’amour de Dieu “  qui fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment ” Romains 8.28 ?

En demandant à Abraham, le croyant, de sacrifier ce qui faisait toute son espérance et son avenir, Dieu veut aussi nous enseigner  sur les fondements de notre foi : En qui mettons-nous notre confiance pour notre vie et notre avenir ? En nos biens, nos affections, notre progéniture, ou en Dieu seul ?

- Voulons-nous faire partie de cette postérité d’Abraham innombrable, bénie de Dieu, promise à la victoire, au salut  et au royaume de Dieu ? Comme Abraham, mettons notre confiance en Dieu et obéissons-lui, dans la mesure de notre perception de sa volonté, sans crainte, avec joie et espérance !

- Quelle parenté avons-nous laissée derrière nous lorsque nous nous sommes décidés à suivre Jésus ? Avons-nous encore des contacts avec elle ? Comment combler l’éloignement affectif et spirituel provoqué par les différents chemins de vie pris par chacun ?

 

 Genèse 23 : Mort et enterrement de Sara

Observons

1-2 : Décès de Sara à Hébron

3-18 : négociations pour l’achat de la grotte de Macpéla

19-20 : ensevelissement dans la grotte de Macpéla

Comprenons

Abraham a longtemps habité au sud de Canaan, à Beér-Chéba, en territoire administré par les Philistins (21.33-34). Lorsque sa femme meurt, trente sept ans après la naissance d’Isaac, il se trouve près d’Hébron, habitée par des Hittites, peuple biblique longtemps contesté par les historiens, mais aujourd’hui absolument reconnu comme ayant vécu en Asie Mineure, avant de s’étendre jusqu’en Egypte. Le Pharaon dont Joseph fut le vice-roi était sans doute un Hittite. Un musée à Ankara réunit aujourd’hui les vestiges de leur civilisation.

Abraham se reconnaît devant les Hittites comme un immigrant et un résident temporaire. Quelle humilité, lui à qui Dieu a promis la possession de Canaan ! Il refuse le « cadeau » d’Ephron, ne voulant rien devoir à sa générosité, et il marchande selon la coutume orientale l’achat du terrain pour y enterrer Sara. Ce tombeau sera la seule possession en Canaan qu’Abraham aura acquise de son vivant. Il y sera lui-même enterré, et le lieu sera vénéré jusqu’à nos jours par tous les descendants d’Abraham, juifs ou musulmans. Si Abraham acheta cette caverne pour y ensevelir sa femme, ce n’était pas pour en faire « un lieu saint », mais pour « éloigner de lui le corps de sa femme »(v 4). Il n’y a pas de culte des morts dans la Bible. Le tombeau est le lieu où repose le corps dans l’inconscience, en attendant la résurrection. Les vivants ne doivent pas s’y recueillir, car toucher un tombeau rendait « impur » (Nb 19.16) pendant 7 jours ! Une fois le mort enterré, et le deuil terminé, le vivant se tourne vers l’avenir, en marchant dans une vie qui honore sa mémoire, dans l’espoir et l’attente de la résurrection (Hé 11.19), sans être lié à lui par des rites funéraires constants. Abraham après la mort de Sara se remarie et engendre encore de nombreux fils ! (Gn 25.1-4)

Questions pour une application dans la vie chrétienne

- Quelle est mon attitude face à la perspective de la mort de ceux que j’aime ?

- Comment est-ce que je pense devoir les honorer, une fois disparus ? Suis-je attaché à un tombeau, au point de ne plus vivre le présent, ni envisager l’avenir, sans la personne chère ? Comment témoigner de mon espérance en la résurrection ?

 

Genèse 24 : Mariage d’Isaac             

(Nicolas Poussin : Rencontre d’Eliezer et Rebecca)

           medium_Eliezer_rencontre_Rebecca.jpg

Observons

1-9 : Abraham envoie chercher une femme pour Isaac à Haran, dans sa famille.

10-14 : prière du serviteur à son arrivée en Mésopotamie

15-27 : exaucement avec la rencontre de Rébecca

28-33 : Accueil chez Laban, frère de Rebecca

34-49 : Demande en mariage avec rappel des événements guidés par Dieu

50-53 : acceptation de la famille et rites de fiançailles

54-61 : Départ de Rébecca

62-67 : mariage d’Isaac et Rébecca

Comprenons

Ce long récit détaillé manifeste le souci spirituel d’Abraham de voir son fils épouser une femme de la même foi que lui. Il engage son serviteur par un serment qui implique symboliquement ses descendants comme témoins. Le serviteur, qu’on a cru pouvoir identifier à Eliezer (15.2) expérimente la présence et l’exaucement de Dieu, après s’en être remis totalement à lui.

On s’aperçoit que Rébecca, si elle est soumise à sa parenté masculine, à la mode orientale, manifeste de l’indépendance et de l‘esprit de décision, en acceptant de suivre le serviteur d’Abraham sans hésitation. La bénédiction nuptiale prononcée sur elle par ses parents est la première et la seule mention biblique pour une union conjugale. Elle est reprise aujourd’hui encore dans les rites israélites de mariage. Elle donne au mariage un but essentiellement de procréation et prolonge la promesse faite par Dieu à Abraham de descendance nombreuse et royale (v 60 ; 17.6 ).  A cette époque patriarcale, après le contrat et les cadeaux de fiançailles à la famille de la jeune fille, il n’y a pas d’autre cérémonie « religieuse » ou civile, que l’union des deux époux (v 67). Isaac, âgé de 40 ans, trouva auprès de sa femme, une consolation au deuil de sa mère. C’est exprimer avec brièveté et pudeur les sentiments profonds de cet homme sensible et discret. Mais c’est aussi faire entendre toute la vérité de l’injonction divine à la création : « L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme… » (Gn 2.24). Comme Abraham s’est tourné vers la vie, son fils Isaac a dû laisser « s’éloigner de lui » le corps de sa mère, ses regrets de fils, pour devenir pleinement lui-même et être capable de fonder un foyer dans un amour conjugal adulte.

Questions pour une application dans la vie chrétienne

- Comment préparer nos enfants à un mariage où Dieu est présent dans les cœurs et pas seulement dans les cérémonies ?

- Où en suis-je moi-même dans mon couple ? Suis-je lié(e) à mon conjoint par un amour adulte et responsable ? Comment, sans les blesser ni les renier, me détacher de l’emprise de mes parents pour faire un choix personnel de vie ? (Voir « Itinéraires de croissance »)

19.11.2006

Etude n°8a : Foi et Fragilité, Gn 16-17

08- Genèse 16.1 à 19.38 : Foi et Fragilité

Cette section de la Genèse comprend quatre chapitres importants dans la vie de foi d’Abraham :

1-     ch 16 : Abram et Agar, naissance d’Ismaël

2-     ch 17 : la circoncision, signe de l’alliance avec Dieu, changement de nom

3-     ch 18 : Visite de l’Éternel auprès d’Abraham et Sara ; intercession d’Abraham pour Sodome et Gomorrhe

4-     ch 19 : Destruction de Sodome et Gomorrhe ; Inceste des filles de Loth

Genèse 16 

Observons

v 1-6 : Faiblesse d’Abraham qui écoute sa femme Saraï pour engendrer d’Agar

v 7-12 : promesses de l’Éternel à Agar en fuite

v 13-15 : Réaction d’Agar et naissance d’Ismaël

Comprenons

Un coup de pouce à Dieu aux lourdes conséquences !

Abram dut raconter à Saraï son expérience avec Dieu. Elle qui à 75 ans n’avait pas eu d’enfant et ne pouvait humainement plus en avoir, ne retient des promesses divines que l’annonce d’un héritier né d’Abram. Tout naturellement elle cherche à réaliser cette promesse en utilisant une coutume de l’époque : donner son esclave à son mari comme mère-porteuse !

La faiblesse d’Abram se révèle par son attention à la proposition de sa femme, au lieu de laisser Dieu agir lui-même. Le doute, l’impatience et notre logique humaine nous font souvent agir de même sans mesurer les conséquences que cette attitude entraîne. Nous cherchons à résoudre les problèmes par nos propres moyens logiques, sans croire à l’intervention possible de Dieu.

Pour Abram, les conséquences ne se firent pas attendre : mépris, querelles, violence au sein du foyer entre les deux femmes, fuite d’Agar rattrapée par le Seigneur qui préserve sa vie et celle de son enfant.

Pour l’avenir, il promet que cet enfant, Ismaël (= Dieu entend)  sera le père d’un peuple nombreux mais rebelle, guerrier et solitaire. Réconfortée par cette intervention divine, Agar reconnaît le Dieu d’Abram comme le « Vivant qui me voit », un Dieu personnel qui fait attention à sa créature en peine, malgré sa condition d’esclave, ou son péché de mépris de sa maîtresse stérile. Elle retourne dans la tribu d’Abram, pour donner un père à son fils, mais on verra plus tard que l’esprit de moquerie ne l’a pas quittée (Ge 21.9) et qu’il causera à nouveau la dissension dans la famille.

Nous subissons encore aujourd’hui cette situation, dans la guerre incessante entre Israël et les Arabes, descendants d’ Ismaël. Dieu n’avait pas désiré cette situation, mais il laissa Abram apprendre par lui-même à placer sa confiance en Dieu seul. Les circonstances difficiles que nos mauvais choix provoquent ne sont pas supprimées par Dieu, parce qu’elles servent à nous rapprocher plus de Dieu, en nous faisant prendre conscience de notre faiblesse et de notre incapacité à gérer la situation tout seuls.

Questions pour une application dans notre vie de chrétien

-         Quand les promesses de Dieu tardent à s’accomplir, comment agissons-nous : en essayant de les réaliser  par nos moyens humains, ou en usant de patience et de confiance en Lui ?

-         Comment considérons-nous l’autre lorsque nous avons acquis un avantage qu’il n’a pas ? Comment accueillir cet avantage sans le blesser, et en faire une occasion de rapprochement et non de querelle ?

-         Comment ce texte nous aide-t-il à comprendre la situation internationale du Moyen-Orient, sans parti pris ni passion inconsidérés ?

Genèse 17

Observons :

Le contexte : 14 ans s’écoulent entre les chapitres 16 et 17 ! Abram a eu le temps de réfléchir aux promesses de Dieu, d’expérimenter l’alliance que Dieu avait signée avec lui, et de constater dans son foyer les conséquences désastreuses de sa hâte à voir se réaliser la promesse d’un fils.

Le texte : On y distingue quatre parties :  trois sont ponctuées par l’expression « Dieu dit à Abraham » et constituent le dialogue entre Dieu et Abraham :

1-8 : le rappel des promesses de l’alliance ; changement du nom

9-14 : la circoncision, signe de l’alliance ;

15-22 : la promesse du fils de l’alliance),

La dernière partie (23-27) concerne l’acte d’obéissance d’Abraham.

Le mot « alliance » répété 12 fois  donne son sens au passage.

Comprenons

1. Le renouvellement de l’alliance (17.1-8)

A toutes les questions qu’Abram dut se poser pendant ces 14 ans, Dieu répond enfin ! Il rappelle son alliance et pour la quatrième fois ses promesses, en y ajoutant quelques éléments nouveaux :

a)     Il se présente avec un nouveau nom : El-Shaddaï, Dieu Puissant (Les deux premières fois il était l’Eternel, la troisième fois, le Bouclier -12.8 ; 13.17 ; 15.4). Cela le caractérise comme celui qui dirige les événements pour réaliser son plan. Mais un jeu de mots en hébreu donne son sens à la toute-puissance de Dieu. Dans le mot Shaddaï on entend Shad qui désigne le sein maternel, symbole de l’amour nourricier d’une mère pour son enfant. L’expression évoque alors la toute-puissance de Dieu qui s’exprime dans l’amour qui répond aux besoins vitaux, et non dans le totalitarisme ou la force ! L’Eternel va révéler son amour à Abram, en accomplissant sa promesse de descendance malgré les obstacles humains de son âge, ou de ses efforts pour la réaliser par lui-même.

Il change le nom de Abram en Abraham, père d’une multitude et le nom de Saraï en Sara, princesse, c’est-à-dire mère d’une race royale. Il affirme par là son autorité de Parent sur Abraham et Sara (c’était le père ou la mère qui nommait les enfants), sa connaissance parfaite d’Abraham et Sara, et sa fidélité à sa promesse de descendance nombreuse. Le changement de noms intervient avant l’obéissance d’Abraham et avant l’annonce de la naissance prochaine. C’est une grâce de Dieu et non une récompense ! Elle fait appel à la foi et non à la vue pour croire.

b)     Il donne à Abraham les engagements qu’il doit prendre. Dans cette alliance, c’est Dieu qui donne descendance, pays et directives. Abraham en acceptant ces dons, comme le montre son adoration (v 3), accepte en même temps :

1- de marcher intègre devant Dieu (v 1), c’est-à-dire d’être un, non partagé, non divisé, fidèle à la relation avec Dieu,

2- d’adorer Dieu comme son Dieu personnel et exclusif (v 7) : l’alliance crée un lien exclusif d’intimité entre les deux alliés,

3- de consacrer sa vie et celle de sa postérité à la direction de Dieu, en acceptant le signe de la circoncision dans la chair. 14 ans auparavant, Dieu  avait promis une descendance nombreuse et un pays. Il n’avait pas demandé d’adoration en retour, seulement de la confiance en sa parole. Au ch 17, la relation devient à double sens, beaucoup plus étroite.

Ces engagements sont encore ceux du croyant qui fait alliance avec Dieu, le signe de la circoncision ayant été remplacé, après Jésus, par celui du baptême.

2- L’annonce du fils promis (15-22)

Dieu confirme le rire de surprise (plus que de doute !) d’Abraham, par le nom de son fils Isaac = Il a ri, ou = On a ri.  Ce nom rappellera les 4 rires qui ont accompagné Isaac dès l’annonce de sa naissance : le rire de surprise et de doute d’Abraham (17.17), le premier rire d’incrédulité de Sara (18.12), son rire de joie et de reconnaissance à la naissance de son fils (21.6) et le rire de moquerie d’Ismaël (21.9).

L’alliance éternelle (v 19, 21) se fera exclusivement  avec Isaac et sa descendance, tandis qu’Ismaël sera seulement béni par une descendance nombreuse, et pour lui aussi princière (v 20).

3- la circoncision (9-14 ; 23-27)

On peut se demander pourquoi ce signe-là pour marquer l’alliance avec Dieu. En fait, par cet acte dans sa chair la plus intime, dans les sources mêmes de la vie humaine, Dieu demande à Abraham de lui manifester qu’il lui fait, après l’épisode d’Agar, totalement confiance pour l’accomplissement de la promesse de progéniture, et qu’il lui abandonne toute la direction de sa vie et de son avenir. Abraham reconnaît ainsi qu’il s’en remet de tout son être à Dieu. La circoncision de la chair est le signe visible, le symbole de la circoncision du cœur, du don du cœur à Dieu (Jérémie 9.25 ; Romains 2.28-29).

Abraham et sa maisonnée furent circoncis adultes. L’ordre de pratiquer cet acte sur les enfants de huit jours devait rappeler à l’Israélite que son enfant est consacré à Dieu dès sa naissance, mis à part pour le servir. Peu à peu les juifs lui donnèrent le sens d’appartenance au peuple élu, et non plus à Dieu, et les musulmans reprirent ce signe à leur compte dans ce dernier sens d’appartenance au peuple!

Toute la maisonnée d’Abraham dut pratiquer la circoncision, même Ismaël qui n’est pas le fils de la promesse, et même les étrangers qui faisaient partie de ses serviteurs. Dieu annonce sans doute par là que son désir d’alliance s’étend à tous, à travers l’alliance particulière d’Abraham. Prépare-t-il son peuple à accepter l’universalité du salut qu’il proposera en Jésus-Christ ? Tous ceux qui l’accepteront comme leur Dieu entreront dans son alliance.

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-  Le changement de nom d’Abram et Saraï préfigurait le nom nouveau de « Christ » que portera celui qui entrera dans l’alliance de Dieu (Ap 3.12 ; 22.4). Suis-je conscient de porter ce nom, et comment l’honorer dans ma vie ?

- En entrant dans l’alliance avec Dieu, me suis-je saisi des promesses divines (fidélité de l’amour de Dieu, fécondité spirituelle, royaume éternel = pays promis) ? Comment y ai-je répondu ? Comment rendre visible  l’abandon de tout mon être à sa direction ? ( voir Rm 6.6,11-13) ? Comment est-ce que je remplis mes engagements d’intégrité et d’obéissance par amour, qui constituent ma part dans cette alliance ?

-  Isaac n’a pu naître qu’après l’abandon total à Dieu d’Abraham et Sara. Ai-je laissé naître et grandir le Fils en moi ? Sinon, comment puis-je le permettre ? Si oui, comment cela se voit-il dans mes relations avec les autres dans l’Eglise ou à l’extérieur ?

Pour témoigner : Comment ma vie et mes paroles peuvent-elles témoigner de la toute-puissance d’amour du Dieu que j’adore et que je sers ?

Voir la suite dans la note n°8b

Etude n°8b : Foi et fragilité : Gn 18-19

Suite de l'étude n°8b 

Genèse 18  

 (Mosaïques de Monreale, Sicile)medium_Abraham_agenouille_devant_3_anges.jpg

Observons

A- v 1-15 : La visite des trois messagers de Dieu :

      a)     1-8 : l’accueil d’Abraham

      b)     9-10 : la promesse d’un fils

     c)     11-15 : Rire de Sara

B- v 16-33 : Prière d’intercession d’Abrahammedium_Abraham_recoit_ses_hotes.jpg

     a)     16-22 : révélation du projet de Dieu

     b)     23-33 : Dialogue entre Abraham et Dieu.

Comprenons

A-    La visite des messagers de Dieu

a) Dieu descend lui-même visiter Abraham, peu de temps après l’engagement par la circoncision d’Abraham dans l’alliance. L’hospitalité d’Abraham est immense : il ne connaît pas ces serviteurs, mais court à leur rencontre (v 2), les salue avec respect en se prosternant, les invite chez lui, court de nouveau prévenir Sara de choisir un animal, de le faire apprêter en vitesse par un serviteur, et enfin il les sert lui-même. Avons-nous le même zèle pour accueillir chez nous et honorer nos hôtes qui sont peut-être des messagers de Dieu envoyés vers nous comme ils le furent vers Abraham ?

b) Abraham ne reconnaît le Seigneur qu’au verset 13, lorsque la promesse d’un enfant de Sara lui est confirmée, c’est pourquoi le nom de l’Éternel n’apparaît pas avant. Il se rappelle alors ce que Dieu lui a déjà dit la dernière fois. C’étaient les mêmes termes (17.21), et le visiteur connaissait le nom de Sara !

D’où la nécessité pour nous de mémoriser la parole de Dieu. Souvent nous n’avons pas conscience que Dieu nous parle, et nous ne le reconnaissons que lorsque se confirme une parole, une promesse de Dieu déjà entendue ou lue. Les disciples d’Emmaüs en firent l’expérience le jour de la résurrection de Jésus (Luc 24.13-35).

c) Les rires de Sara (18.11-15 et 21.1-7) Agée de 89 ans, il y avait de quoi rire à l’annonce qu’elle allait enfanter ! Le Seigneur entend ce rire et comprend la pensée d’incrédulité qu’il traduit. Il en fait la remarque, en affirmant à nouveau sa toute puissance, comme il l’avait fait à Abraham (17.1 et 19), et en relevant le mensonge craintif de Sara.

Réponse de Dieu (v 19-21) :

1- C’est ta femme Sara qui te donnera un fils.

2- Il s’appellera Isaac

3- Je maintiendrai mon alliance avec lui et avec ses descendants

4- Je bénirai Ismaël, il sera le père de douze princes et l’ancêtre d’un grand peuple.

5- Mais l’alliance sera avec Isaac qui naîtra l’an prochain.

Dieu passera outre à cette faute de Sara, et changera son rire de doute en rire de joie à la naissance d’Isaac. Abraham et Sara rient tous les deux, mais pas du même rire. Abraham marque sa surprise, vu son âge, et s’en remet à Dieu, en pensant à son fils Ismaël, pour lequel il demande la vie et la protection de Dieu (v 18). Dieu se contente de reformuler sa promesse. Sara est plus incrédule, elle insiste plus sur l’impossibilité physique d’avoir un enfant, et le Seigneur le lui reproche, en dénonçant son mensonge, et en affirmant sa toute puissance.

Le texte du ch 21 est difficile et controversé. La version en français courant le simplifie et lui donne un sens tout à fait plausible : Quelle joie pour cette femme stérile et très âgée, d’avoir un enfant bien à elle ! La malédiction que l’on attachait à la stérilité, et la honte qu’elle entraînait disparaissent complètement aux yeux de son entourage. Elle devient la preuve vivante de la bonté de Dieu à qui rien n’est impossible !

Les grâces que Dieu nous fait, servent à témoigner de la bonté de Dieu qui cherche à nous rendre heureux pour en attirer plusieurs à lui. Notre vie donne-t-elle ce témoignage ? Savons-nous être heureux de ce que Dieu nous donne et en montrer de la reconnaissance ?

                          

B-    La prière d’intercession d’Abraham

a)     La révélation de Dieu (16-22) : Abraham semble avoir du mal à laisser s’éloigner ses visiteurs. Il les raccompagne un bout de chemin, pendant lequel L’Éternel, l’un des trois visiteurs lui révèle la cause de sa venue : Abraham, en tant que père des croyants est appelé à leur enseigner les voies de la justice et de la droiture de Dieu (v 19), il lui faut donc en être tenu informé pour être un prophète fidèle.

Dieu révèle donc son projet qui est de vérifier la vérité « du cri qui monte de Sodome et Gomorrhe à cause du péché si grand de ces deux villes ». Au-delà de l’anthropomorphisme qui prête à Dieu des interrogations sur une situation qu’il doit connaître, il nous faut observer qu’il n’est pas question dans ces paroles de « punition », comme pourtant va le comprendre Abraham (v 24). Le cri dont il est question ici nous renvoie au cri d’Abel assassiné (Genèse 4.10), ou au cri des martyrs égorgés pour le nom de l’Éternel (Ap 6.9-10), demandant justice et réhabilitation. Cela nous suggère que Dieu ne descend pas vers la terre d’abord pour punir et détruire, mais pour sauver ceux qui peuvent l’être et rendre justice à tous ceux qui subissent injustement l’oppression du mal. Le jugement de Dieu s’exerce d’abord en faveur de ses enfants qu’il désire délivrer du mal (dans la bible, « juger » = « libérer »Juges 2.16). Cette libération entraîne par voie de conséquence la destruction de ceux qui oppriment, comme nous le voyons au ch 19.

b)     l’intercession d’Abraham

Son souci ne concerne pas le sort des pécheurs invétérés, mais celui des éventuels « justes » qui demeurent dans ces deux villes. Selon la coutume orientale, il va « marchander » avec insistance mais humilité (v 27) la vie de ces hommes, de 50 à 10, estimant que ce chiffre était le minimum au-delà duquel on ne pouvait pas descendre ! Dieu ne pourra sauver que Loth et ses deux filles, les deux villes seront donc détruites (19.29).

Ce qu’on peut retenir de cette intercession, c’est l’attention patiente de Dieu aux demandes d’Abraham et sa promesse de pardon (26), le souci de la justice de Dieu (25) et du sort des autres chez Abraham.

Questions pour une application dans la vie chrétienne

A-

- Comment est-ce que j’accueille le visiteur de passage ou inconnu, chez moi ou à l’Eglise ? Ma façon d’accueillir l’impromptu dénote ma capacité à me laisser bousculer dans mes habitudes par Dieu !

-  Comment est-ce que je réagis aux promesses divines ? Me faut-il en voir la réalisation pour y croire ?

B-

- Ai-je le même désir de rester dans la présence de Dieu qu’Abraham ? Comment sonder les Écritures pour nourrir ma vie spirituelle et découvrir toujours plus la beauté et la bonté de notre Dieu ?

- De quoi sont faites nos prières ? Quelle place y tient l’intercession pour le salut des autres ?

-  La perspective de la proximité de la fin du monde nous stimule-t-elle pour témoigner de l’amour de Dieu autour de nous ? Comment l’envisager sans crainte, ni égoïsme ou repli sur soi ? Comment concilier l’appel à « sortir de Babylone » avec la mission de proclamer à tous la Bonne Nouvelle du salut ?

Genèse 19 : Chute de Sodome et Gomorrhe

Rubens : Fuite de Loth et sa famille

   medium_Fuite_de_Loth.jpg

Observons

Le récit fait suite immédiatement au dialogue d’Abraham avec Dieu, et se termine par un rappel de cette conversation au v 29, pour en marquer l’influence sur le déroulement des événements. En contraste, l’influence des dépravations de Sodome se fait sentir sur les pensées et les actes des filles de Loth, dont la relation suit le sauvetage (v 30-38).

A-    Sauvetage de la famille de Loth V 1-3 : accueil empressé des anges par Loth V 4-9 : tentatives de Loth pour épargner les anges des violences des Sodomites V 10-14 : tentatives des anges pour sauver Loth et sa famille V 15-23 : Sauve-qui-peut ! V 24-26 : destruction des deux villes et de la femme de Loth V 27-2 : Abraham, dont Dieu s’est souvenu pour sauver Loth, constate les dégâts

B-    Loth et ses filles V 30 : incrédulité de Loth qui se réfugie dans la montagne V 31-35 : inceste des deux filles de Loth V 36-38 : conséquences des incestes : naissances de Moab et Ammon.

 

Comprenons

A- Sauvetage de Loth

1- L’attitude de Loth : Autant Loth fut-il empressé à recevoir les deux visiteurs inconnus, pour les préserver des sévices de ses concitoyens, autant il fut réticent à les suivre hors de la ville et ensuite à aller dans la montagne comme ils le lui proposaient (17) ! Pourtant il avait été l’objet de leurs soins lorsque les Sodomites avaient voulu lui faire violence pour sa défense des étrangers. Ensuite il avait eu leur faveur puisqu’il avait reçu d’eux l’avertissement de la catastrophe projetée. Sans doute influencé par le refus de ses gendres de l’écouter, il s’attarde, il discute, il supplie d’épargner une petite ville où il préfère aller. Qu’il est difficile de croire à ce que Dieu annonce et réalise, quand on reste attaché à son confort, à ses craintes à ses préjugés et à ses regrets comme le fit sans doute la femme de Loth. Regarder en arrière pour regretter ce qu’on perd est une attitude stérile : on se coupe de la vie qui est mouvement, élan et dynamisme pour construire un avenir. Il faut toute la force de Dieu et la prise au mot de sa Parole pour rompre en l’homme ses vaines hésitations (16, 22). Curieusement Dieu accorde ce que Loth demande en sa faveur (v 21), et retarde la destruction pour donner à Loth le temps de se réfugier à Tsoar. Dans la seconde partie du récit on voit que malgré tous ces signes de bonté de Dieu envers lui, Loth reste incrédule et finit par accomplir la volonté initiale de Dieu (17), en fuyant dans la montagne. Cette incrédulité causera sa faiblesse et celle de ses filles.  

2- La bonté de Dieu : Les envoyés divins ne s’imposent pas à Loth, ils se font même prier pour entrer chez lui. Dieu n’agit jamais contre la volonté de celui qu’il veut sauver. Cette faiblesse apparente de Dieu préserve la liberté de l’homme qui doit se déterminer lui-même. Les anges ensuite laissent Loth aller à la limite de ses possibilités d’hôte accueillant, au péril de l’honneur de ses filles et de sa propre vie. Ils n’interviennent que lorsque chacun, Loth et les habitants de Sodome, a dévoilé le fond de son cœur. C’étaient la dernière perche tendue à ces Sodomites pour revenir sur leur inconduite et changer d’attitude. Il en est de même pour les proches directs de Loth, à qui est offerte une dernière chance de salut (12-14). Dieu ne désire pas la mort du pécheur mais qu’il vive !(Ezéchiel 33.11). Le méchant (= l’incrédule, l’impie), comme le croyant, est responsable de son sort final (Ez 33.4-5). La destruction de la ville impie est le contrepoint du salut de Loth et de ceux qui ont écouté les avertissements des anges. Pour les préserver de cette destruction, Dieu est intervenu positivement en les appelant à sortir (14), en les accompagnant au dehors (16), en leur accordant leur ultime vœu (21-22). Ce délai de grâce en leur faveur n’a pas empêché Dieu d’accomplir sa justice envers les impénitents de Sodome et Gomorrhe. La grâce ayant quitté la ville en la personne de Loth et des anges, la ville est laissée au sort qu’elle s’est choisie. L’insistance du verset 24 sur l’action destructrice de l’Éternel (le nom encadre la pluie de feu et de soufre sur les deux villes) ne doit pas nous tromper : c’est parce que Dieu qui est vie se retire, que la mort a libre champ et fait son œuvre. Le feu et le soufre sont symboles du jugement irrémédiable de Dieu, dont la bonté et l’amour ont été rejetés ostensiblement et obstinément.

3- Symbolique du récit : Jésus a repris ce récit comme « type » de l’incrédulité à son égard, et du sort que choisissent ceux qui refusent de le reconnaître comme Sauveur (Mt 10.15). Le jugement de Sodome et Gomorrhe préfigure le jugement dernier des « morts » spirituellement parlant (Ap 11.8 ; 21.11-15 ; 21.8). On trouve aussi dans ce récit une préfiguration de ce qui précède ce jugement final, et qui est prophétisé dans l’Apocalypse (7 et 14) : la révélation de la foi et de l’accueil fait à Dieu par les croyants de la dernière génération, la dernière mission qui leur est confiée d’annoncer le salut autour d’eux pour sauver le plus grand nombre possible, la protection de Dieu à leur égard malgré leurs hésitations et leur tiédeur à croire et à suivre la Parole divine.

B- Loth et ses filles

La fin du chapitre essaie de donner une explication des origines des deux peuples voisins et ennemis d’Israël, Moab et Ammon, à l’est du Jourdain. En les faisant naître de l’incrédulité et de la faiblesse de Loth, et de la dépravation de ses filles, le texte les charge d’une lourde hérédité. Bien qu’ils aient été sauvés par la miséricorde de Dieu, ces trois personnages n’ont pas mis longtemps pour perdre confiance en Dieu, et pour retrouver leurs penchants naturels. 

 Questions pour une application actuelle dans la vie chrétienne

A-

-  La difficulté  de Loth et sa femme à « quitter » leurs attaches est une interpellation  pour nous :

- La manière de recevoir les paroles de Dieu  (conseils, avertissements, exhortations, promesses) révèle notre degré de confiance en Dieu. Où en suis-je dans ma relation avec Dieu à ce sujet ?

- Comment est-ce que j’accueille la nécessité de « lâcher prise » sur les autres, sur mes acquis matériels, intellectuels, affectifs, moraux ou spirituels ?

- Comment surmonter mes peurs, mes regrets, mes échecs, mes souvenirs douloureux du passé, pour en faire des tremplins pour vivre pleinement mon présent et construire un avenir épanoui ? En quoi ma foi peut-elle être une aide pour ce travail sur moi ?

- Comment discerner les « perches » de Dieu dans les circonstances de ma vie et les saisir ?

B-

- Comment affermir ma confiance en Dieu, et demeurer en sa présence en toute situation favorable ou non ?

- A quels moments de ma vie ai-je eu conscience des bienfaits de Dieu à mon égard ? Comment ma reconnaissance a-t-elle pu se manifester ?Si je ne l’ai pas montrée, comment puis-je le faire aujourd’hui ?

« Statues de sel » sur les bords de la Mer Morte

 

medium_Femme_de_Loth_en_sel.jpg

 

 

12.11.2006

Etude n°7a : L'homme Abram, Gn 12-13

Genèse 12-13 : l’installation d’Abram en Canaanmedium_Abraham.jpg

 Observons

11. 27-32 : Famille d’Abram de la lignée de Sem

12. 1-9 : L’appel divin à entrer en Canaan

12.10-20 : L’expérience égyptienne

13.1-13 : Séparation d’Abram et de Loth

13.14-18 : Nouvelles promesses de Dieu

La marche en Canaan est ponctuée de trois constructions d’autels à l’Éternel (12.7,8 ;13.18), en opposition avec le séjour en Egypte où Dieu n’est pas mentionné. Abram invoque l’Éternel lorsqu’il s’installe près de Béthel (13.4), Loth ne voit que la séduction du pays qu’il choisit (13.10-11).

Le mot qui revient le plus dans la bouche de Dieu est bénir ou bénédiction (5 fois + 2 fois la même racine dans le verbe maudire).

Dieu intervient 3 fois dans le texte :

12.1 : C’est le premier ordre

12.7 : à Sichem, à l’entrée en Canaan  

13.14 : après la séparation d’Abram et de Lot.

 

Comprenons

1- De Babel à Abram

Les onze premiers chapitres de la Genèse ont été consacrés à l’histoire générale des débuts de  l’humanité. Le chapitre 12 commence l’histoire particulière de la famille des patriarches, ancêtres et fondateurs du peuple de Dieu. Il est relié au précédent chapitre par le thème de la célébrité du nom : les hommes de Babel construisirent la tour pour se “ faire un nom ”,  “ être  célèbres ” (11.4), tandis que Dieu révèle à Abram qu’Il  «  rendra célèbre son nom » (12.2). La problématique est la même dans ces deux passages : la prolongation ou la célébrité de la vie humaine dépend-elle de Dieu ou des efforts humains ?

2- D’Our en Chaldée à Haran (en Turquie) :

Après la dispersion de Babel, la famille de Sem s’installa à l’embouchure des deux fleuves de Babylonie, le Tigre et l’Euphrate, dans la région riche et commerçante d’Our, en Iraq actuel. Sous l’influence du paganisme ambiant, cette famille se mit à adorer les dieux du pays (Josué 24.2), tout en conservant sans doute le souvenir des récits du déluge transmis par Sem et ses descendants de génération en génération. Abram put ainsi avoir entendu parler de ce Dieu créateur qui avait sauvé ses ancêtres de la destruction générale.

On ne sait pas pourquoi Téra le père d’Abram décida d’émigrer vers Canaan (11.31), en remontant l’Euphrate avec une partie de sa famille. Etait-ce pour des raisons commerciales, économiques, religieuses ? Toujours est-il qu’il accomplit un voyage de plus de 2500 km le long du fleuve, avec son fils Abram, et son petit-fils Loth, et leurs biens. Il s’installa près d’une ville qui prit le nom du père de Loth, décédé à Our. Haran se situe dans le Sud-Est de l’actuelle Turquie. On y a retrouvé les traces du même culte de la lune qui était pratiqué tout le long du fleuve. Le récit biblique de Rachel cachant les idoles de son père Laban, lors du retour de Jacob en Canaan (Genèse 31.32-34), montre que la famille continuait d’adorer des idoles en même temps que Dieu.

3- L’appel d’Abram. (12.1) De Haran à Canaan.

A Haran, Dieu s’adressa directement en particulier à Abram et lui demanda de poursuivre le voyage commencé par son père, cette fois-ci sous sa direction et avec ses promesses. Cet ordre venait sans doute en réponse à un souci d’Abram, à un moment important de sa vie : après la mort de son père, Abram se retrouvait chef de famille, seul responsable des décisions à prendre pour la vie du clan. Jusqu’alors c’était Tera qui décidait. Qu’allait décider maintenant son fils ? Devait-il rester à Haran et continuer sur la lancée de son père ? Devait-il innover, prendre son indépendance, vivre selon ses propres aspirations et sa propre foi ?

Dieu intervient alors. Par son ordre “ Va vers toi ! ”(traduction littérale), il fait comprendre à Abram qu’il lui est nécessaire de quitter toutes ses sécurités humaines : pays, famille, religion établie, pour découvrir qui il est et surtout qui est ce Dieu dont il a entendu parler et qui s’adresse à lui personnellement. A 75 ans, Abram devait se prendre en charge, découvrir ses propres capacités, expérimenter une nouvelle vie d’adulte responsable, sous la direction de Dieu.

En prenant la décision d’obéir à cette voix divine (audible ou intérieure, on ne sait), Abram accomplit son premier pas d’adulte et se lance dans l’aventure de la vie avec Dieu. Cette démarche est comparable à celle de l’adolescent qui un jour doit décider lui-même l’orientation de sa vie professionnelle, affective, morale et spirituelle. Elle répond à l’ordre de Dieu donné en Eden : L’homme quittera son père et sa mère (Genèse 2.24).

4- Les promesses (12.2-3)

Dieu ne laisse pas Abram seulement avec cet ordre de partir. Il lui fait des promesses importantes pour lui, afin de soutenir son espérance dans l’aventure qu’il lui demande de vivre avec Lui. Dieu dit 7 fois “ Je ”. Par cette insistance, Dieu veut montrer qu’il est le seul à pouvoir réaliser les rêves de célébrité des hommes et qu’il est le Maître qui dirige tout.

Bénir, c’est rendre le nom célèbre (12.2), donner une descendance innombrable (13.16), protéger et rendre heureux (12.3), donner un pays (13.17)

a) v 1: Il montrera à Abram le pays où il devra se rendre. Il sera donc son guide dans cette marche vers l’inconnu. Lorsque Dieu ordonne, il donne en même temps les moyens d’accomplir sa volonté !

b) v 2 : Il promet une descendance à cet homme âgé sans enfants ! La stérilité était et est encore dans certaines civilisations, considérée comme une malédiction : elle rend impossible la continuation du nom à travers les siècles, et religieusement on pensait qu’elle coupait toute possibilité de vie éternelle. En effet on ne connaissait pas encore les révélations de Dieu à ce sujet, et on croyait que le seul moyen de lutter contre la mort et l’extinction de son nom, était d’avoir des enfants. Abram apprend par cette promesse, que Dieu donne la vie présente et éternelle !

c) v 2 : Dieu affirme sa volonté de bénir, de faire du bien, non seulement à Abram, mais aussi à l’humanité à travers lui. Marcher avec Dieu rend le marcheur heureux et lui permet à son tour de rendre heureux ceux qui le connaissent.

d) v 2 : la promesse de célébrité se trouve dans la phrase hébraïque entourée des promesses de bénédictions selon le schéma suivant :

a- promesse de descendance personnelle

b- bénédiction de Dieu sur Abram

c- promesse de célébrité

b’- bénédiction d’Abram sur les autres

a’- promesse de bénédiction universelle

Cette célébrité convoitée par les constructeurs de Babel, n’est pas le résultat des efforts humains pour acquérir la gloire et la grandeur. Elle viendra : - de l’intervention de Dieu dans la vie d’un homme pour faire de lui le père d’un peuple. (On verra plus loin que ce sera le peuple des croyants). - du témoignage que la vie de cet homme rendra auprès des autres de l’existence et de la bonté de ce Dieu qui donne tout pour être heureux. - des conséquences de ce témoignage parmi ceux à qui il s’adresse : la vie pour ceux qui acceptent de reconnaître Dieu, la mort pour ceux qui refusent de voir la main de Dieu et d’entendre son appel.

On retrouvera la même idée chez l’apôtre Paul lorsqu’il écrit aux Corinthiens (2 Co 2.14-16): “ Dieu nous utilise pour faire connaître le Christ en tout lieu. Nous sommes comme un parfum à l’odeur agréable offert par Christ à Dieu...pour ceux qui sont sur la voie du salut et pour ceux qui se perdent. Pour ceux qui se perdent c’est une odeur de mort qui donne la mort, pour ceux qui sont sur la voie du salut, c’est une odeur de vie qui donne la vie. ”

Dieu propose le même choix à chacun pour sa vie : une célébrité toute humaine qui conduit à la mort, ou une grandeur spirituelle par l’attachement à Dieu qui conduit à la vie éternelle.

5- En Canaan (12.4-9)

Le premier pas d’Abram l’a conduit à quitter son pays et une partie de sa famille. Il garde de grandes richesses. A-t-il conservé les dieux de son père ?

Le verset 6 indique qu’il traversa Canaan jusqu’à Sichem. Là, Abram trouve le chêne sacré de Moré, honoré par les Cananéens, comme moyen de communication avec le dieu de la fertilité représenté par la lune ! (les chênes verts, ou térébinthes, en Orient, ne perdent pas leur feuillage et symbolisent la vie). Jacob après le drame de Sichem, à son retour en Canaan, enterrera au pied de ces chênes les idoles emportées par sa famille de chez Laban (Ge 35.4). Abram retrouve donc les mêmes divinités que là d’où il vient. Va-t-il les honorer ?

Le Seigneur en lui apparaissant, et en lui promettant la possession de ce pays, le place devant un choix important : quel dieu adorer ? Abram répond en se détournant des objets sacrés idolâtres, et en dressant une sorte de pierre commémorative de sa rencontre personnelle avec Dieu. Par là il signifie aux Cananéens qu’il adore un autre Dieu. Son trajet est marqué  de ces monuments commémoratifs : le premier à Sichem, le second à Béthel (v 8), le troisième à Hébron (13.18). Ils sont les signes de son adoration du Dieu qu’il reconnaît comme son Seigneur et Maître.

6- L’expérience en Egypte (12.10-20)

Curieusement dans son périple en Egypte, Abram ne construit pas d’autel et se laisse aller à la tromperie. Il n’était plus dans le pays promis et pensait que Dieu n’était pas en Egypte. Ou bien sa relation avec Dieu s’était relâchée, puisque au lieu de s’en remettre à Dieu, par deux fois Abram cherche à protéger sa vie lui-même : 12.10 et 12-13 il fuit la famine, et il ment sur l’identité de Saraï qu’il fait passer pour sa soeur (elle était sa demi-soeur et son épouse). Il n’invoque pas Dieu et cède sa femme à la convoitise de Pharaon. A ce moment, Sara n’était pour lui qu’une monnaie d’échange contre la vie et d’immenses biens ! C’est s’enrichir facilement ! Dieu pourtant intervient pour lui apprendre toute la valeur de sa femme : il fait en sorte qu’elle devienne source de malheur pour Pharaon, mais source de richesse pour Abram ! (12.17-19).

L’amour de Dieu n’est pas une conséquence de la conduite impeccable d’Abram ou de  nous-mêmes, il est inconditionnel. A nous, comme Abram le fit à Béthel en rentrant en Canaan, de le reconnaître et de le rechercher malgré nos faiblesses. Dieu a demandé à Abram de quitter son pays et sa famille pour le séparer de l’idolâtrie  ambiante, et se faire mieux connaître à Abram. Il voulait lui apprendre à n’adorer que lui, à ne pas compter sur ses propres stratagèmes ni sur les autres hommes, à faire régner la paix autour de lui, à penser et à croire par lui-même, et à faire confiance à Dieu seul.

Dans cette expérience en Egypte, Abram apprit à ne pas compter sur ses ruses ou sur les puissants du pays, pour subsister. Il reconnut que Dieu seul l’avait sorti des conséquences néfastes de ses actes.

 

Genèse 13

7- Une séparation pleine d’amour ! 1-13 

De sa parenté, seul Loth l’avait accompagné en Canaan. Ce devait être un réconfort pour Abram qui pensait peut-être faire de ce neveu un fils adoptif qui lui donnerait la descendance promise. Pourtant les circonstances vont rendre la séparation inévitable : le pays ne peut pas nourrir tout le monde, et des querelles de bergers éclatent. En tant que chef de famille, Abram pouvait imposer son autorité à son neveu et lui ordonner de partir dans un autre pays que Canaan, ou dans une contrée qu’il lui aurait choisie. Au lieu de cela, il laisse à Loth le choix de son habitat ! Il ne le chasse pas, et lui permet de décider lui-même quelle part du pays il désire. Il lui manifeste le même amour inconditionnel qu’il a reçu de Dieu. Sa relation avec Dieu lui a appris à vaincre son orgueil et son égoïsme, pour se soucier de l’intérêt de son neveu avant le sien, sans défendre ses droits légitimes ! (Philippiens 2.3-4).

8- Le choix de Lot

On voit d’après le texte que Loth fait un choix prémédité : il considère les avantages matériels de la vallée du Jourdain, fertile comme un véritable paradis, et jouissant de la présence de deux villes prospères. Loth ne regarde pas les aspects moraux et spirituels de la situation : les habitants de cette contrée offensaient gravement le Seigneur. Loth s’est laissé guider par la facilité, le confort, et a négligé la qualité de la relation avec Dieu de son entourage. Il s’est mis délibérément dans un contexte de vie pernicieux. Nous voyons ainsi qu’un choix est toujours motivé : on ne choisit pas par hasard ! Loth a choisi Sodome, guidé par son désir de confort et de facilité, Abram a choisi Dieu, poussé par son désir de le connaître mieux et de se connaître lui-même.

9- Le rappel de la promesse (13.14-18)

Une fois seul, Abram a dû éprouver un moment d’angoisse : il se retrouvait solitaire en pays étranger ; il n’avait pas d’enfant : comment s’accomplirait la promesse de Dieu ? Il habitait la partie la plus difficile du pays, la montagne ; son neveu avait choisi de vivre dans une région idolâtre où il risquait de perdre sa foi et sa vie. Le Seigneur intervient directement à ce moment de déprime pour le réconforter : qu’il ne s’inquiète pas, tout le pays serait un jour à lui et à ses descendants innombrables. Dieu soutient sa foi en lui faisant regarder non pas à sa situation actuelle précaire, mais à la promesse de Son intervention dans sa vie pour la rendre riche et pleine. Dieu veut ainsi soutenir et épanouir la vie de ceux qui mettent leur confiance en Lui, quelles que soient les circonstances favorables ou non. Abram dut quitter ce qui le protégeait pour expérimenter une vie fondée sur la confiance en Dieu. Dans cette marche avec Dieu, Abram est amené à se dépouiller peu à peu de ses acquis, de ses compromis, et même de ses affections familiales. Il dut se détacher : de son pays, de sa parenté, de la maison de son père (v 1) de la tentation que représente la fausse sécurité de l’Egypte (10,20) du désir de choisir lui-même sa part du pays de la présence de son neveu Loth  Il apprit ainsi petit à petit à s’appuyer sur Dieu seul.

Ayant connu par ces expériences sa propre faiblesse et surtout l’amour inconditionnel de Dieu à son égard, Abram construisit  le troisième autel de son chemin, là où plus tard il achètera la seule terre qu’il pourra posséder en propre dans le pays, celle des chênes de Mamré à Hébron. Il y sera enterré avec Sara.

 

Questions pour une application dans notre vie de chrétien

- Comment, selon ce texte, devenir adulte et construire ma personnalité ? sur quoi fonder les choix de ma vie ?

- Comment faisons-nous nos choix de vie, de profession, d’amitié, de loisirs ? Considérons-nous comme Loth les avantages  matériels ou le plaisir immédiat, ou pensons-nous aussi aux mauvaises influences d’un environnement qui rejette Dieu, sur notre relation avec Lui ?

-Comme Abram avec ses autels dressés en Canaan, par quels signes témoignons-nous à l’extérieur de notre foi en Dieu ? On peut trouver une réponse dans Romains 12.2 : “ Ne vous conformez pas aux habitudes de ce monde, mais laissez Dieu vous transformer par un changement complet de votre intelligence. ”

-         Sur quoi se fonde mon assurance dans la vie ? Qu’est-ce que Dieu peut me demander de « quitter », à l’exemple d’Abram ou du jeune homme riche (Mt 19.16-23) ?

-         Comment dans mes relations avec mes proches ou mes voisins manifester l’amour inconditionnel de Dieu, sans me « laisser marcher sur les pieds » ?

-         Quand Dieu me fait comprendre mes erreurs par des circonstances de vie parfois difficiles, comment est-ce que je réagis ? Est-ce que je reviens comme Abram à mon point de départ, en me confiant dans son pardon et sa direction ?

Voir la suite (Gn 14-15) dans la note suivante Etude n° 7b

Etude n°7b : l'homme Abram Gn 14-15

Genèse 14. 17-24 : Abram et Melchisedek

Observons

Le contexte

Abram et Loth s’étaient séparés après le choix de Loth d’habiter Sodome. Or cette ville a été attaquée et pillée par une coalition de rois du nord. Par solidarité familiale, Abram part au secours de Loth et réussit avec trois alliés à reprendre le butin et la population enlevés par les rois du nord. Il rentre vainqueur vers Sodome.

Le texte :

a)     v 17a : retour d’Abram vainqueur de la coalition

b)     v 17b : le roi de Sodome vient à sa rencontre

c)      v 18-20 : Interposition de Melchisédek à qui Abram remet la dîme

b’) v 21-23 : Refus par Abram de la proposition du roi de Sodome

a’) v 24 : Abram sert ses alliés.

Au centre de tout le texte (v 19), donc au point le plus important dans la pensée hébraïque, on trouve la bénédiction du Dieu Très-Haut ; de part et d’autre en parallèles, on a ses serviteurs, Melchisédek et Abram, puis la mention du roi de Sodome (il sort, et propose) ; enfin la mention des deux partis en guerre encadre le texte.medium_abraham_melchisedek.jpg

Les situations et actions

a) Abram : Lutte, poursuite et victoire sur les ennemis

b) Béra, roi de Sodome « sort » (de son enlisement dans le bitume) pour aller à la rencontre d'Abram

c) Melkisédek fait apporter du pain et du vin et bénit Abram dit 3 paroles :

- béni soit Abram                                                                                                                                           - béni soit le Dieu Très-Haut                                                                                                                          - qui a livré les adversaires

c') Abram lui donna la dîme de tout

b') Le roi de Sodome dit : Donne-moi et prends                                                                             Abram répondit : Je lève la main vers le Dieu très Haut, Rien pour moi

a') Abram sert ses gens et ses  alliés

Comprenons

Ce texte fait apparaître pour la première fois dans la Bible la prise en compte par l’homme de la Seigneurie de Dieu sur ses ressources.

Au retour du vainqueur qui possède maintenant tous ses biens, le roi de Sodome, sorti du bitume où il s’était enfoncé (symbole de sa déroute complète) vient chercher à sauver son titre de roi en récupérant sinon ses biens, du moins ses sujets, sans lesquels il n’a plus de royauté !

A l’opposé Melchisédek (dont le nom signifie : roi de justice, et qui est roi de Salem = paix, Hb 7.2), manifeste la présence incarnée du Dieu  Très-Haut dont il est le sacrificateur, au moment où Abram est placé devant un choix important : prendre les richesses cédées par le roi de Sodome, ou reconnaître sa dépendance de Dieu. Melchisédek ne demande rien, mais offre la bénédiction de Dieu et le partage du pain et du vin (symboles prophétiques du repas de la Cène, donc du sacrifice de Christ pour sauver l’homme pécheur). Ce geste , signe d’accueil, de communion, de relation et de partage, est aussi un acte pour rassasier, désaltérer, soutenir la vie.

Les bénédictions prononcées par Melchisédek concernent d’abord Abram à qui est rappelé la Seigneurie de Dieu sur le ciel et la terre : le Dieu Créateur est donc le maître qui bénit (= veut du bien à) Abram. Celui-ci peut ainsi comprendre à qui il doit la victoire qu’il vient de remporter. Ensuite la seconde bénédiction explicite clairement cette pensée.  Par  trois fois, Dieu est appelé Très-Haut pour bien marquer la supériorité de sa majesté et de sa royauté universelle.

Abram réalise l’abondance  des bénédictions divines ; et c’est dans ce sens qu’on peut interpréter la promesse de Mal 3.10 : discerner la main de Dieu derrière tout ce que nous recevons, remplit le cœur de reconnaissance, de confiance et d’adoration. Abram manifeste aussitôt sa reconnaissance à Dieu et sa dépendance totale du Dieu propriétaire de l’univers, de sa propre vie et de ses biens, en remettant à Melchisédek, son représentant terrestre, la dîme de toutes ses ressources. Abram applique ici la devise reprise bien plus tard par Jeanne d’Arc : « Messire Dieu premier servi !»

Une fois Dieu mis à la première place, les hommes vont régler leurs affaires.

Le roi de Sodome se fait autoritaire et tentateur : Donne-moi en premier ceux qui me rendront mon pouvoir de roi, et prends les biens matériels pour toi. On peut voir en lui le symbole de l’attitude et des prétentions de Satan, qui cherche toujours à dominer les hommes et à les tenter par l‘argent.

Face à cette tentation, Abram confirme par un serment solennel son choix de ne dépendre que de Dieu. Il prêche au roi de Sodome la bonne nouvelle d’une autre façon de vivre, dans la confiance totale au Dieu suprême, jusque dans les moindres détails de sa vie matérielle  (v 23) ! Ainsi en est-il de la remise de la dîme qui manifeste aux yeux du monde une autre vision de la vie.

Enfin, respectueux de ses propres troupes, et loyal envers ses alliés, même s’ils ne partagent pas sa foi, Abram va prélever sur le butin ce qui revient de droit à chacun. Quelle fierté, quel désintéressement et quelle tolérance il manifeste ainsi ! Sa relation avec Dieu lui permet de repousser avec assurance et générosité la tentation de s’approprier l’honneur, le pouvoir et la richesse que pouvait lui procurer sa victoire, et de penser à ceux qui l’entourent. Par son attitude de liberté vis-à-vis des biens matériels, il témoigne de son appartenance totale à un Dieu en qui il reconnaît le maître de sa vie. Par sa générosité envers ses proches, il témoigne aussi de l’amour inconditionnel de Dieu pour tout un chacun.

Application dans la vie chrétienne

-          Ma relation avec Dieu m’a-t-elle rendu lucide sur les bénédictions reçues et à recevoir de la part de Dieu ? Comment cela influence-t-il mon regard sur mes ressources, et ma façon de rendre la dîme et faire des offrandes ?

-          Dieu est-il le Seigneur premier servi dans l’établissement de mon budget familial et ecclésial ? Dans quel état d’esprit est-ce que je le sers sur ce plan financier : par devoir d’obéissance, par défi pour éprouver la fidélité de Dieu à ses promesses, par marchandage (si je donne, Dieu en tiendra compte pour me donner en retour), par reconnaissance et confiance, par amour pour Lui et pour les autres ?

-          Quelle part consacrerai-je en plus de la dîme, aux offrandes volontaires à mon église, à mes proches, à des causes humanitaires, etc. ?

-          Ce texte m’a-t-il fait comprendre l’enjeu spirituel et le témoignage à Dieu que comporte la pratique de la dîme et des offrandes, dans un monde dominé par le dieu Argent ?

 

 

Genèse 15 : L’alliance

Observons

On peut distinguer trois parties dans ce texte : deux parties de dialogue avec Dieu encadrant une courte partie d’actions d’Abram. Chacune de ces trois parties est construite sur des parallélismes concentriques qui mettent en valeur la phrase centrale :

Première partie : 15.1-9 :

a) v 1 : intervention de Dieu pour protéger et consoler

 b) v 2-3 : doute d’Abram sur la descendance                                                      

c) v 4 : promesse de descendance innombrable

d) v 6 : confiance et justification d’Abram

c’) v 7 : promesse de possession du pays

b’) v 8 : doute sur la possession du pays

a’) v 9 : intervention de Dieu pour un sacrifice d’alliance

Deuxième partie :    

a) v 10 : Préparatifs d’Abram pour le sacrifice d’alliance

b) v 11 : Abram chasse les vautours prédateurs

a’) v 12 : Terreur d’Abram dans le soir

Troisième partie   

a) v  13-16 : Promesse de Dieu : l’histoire des descendants

b) v 17-18a : Dieu signe seul l’alliance

a’) v 18b-21 : Promesse de Dieu : les limites du pays.

Les trois propositions mises en valeur par cette construction révèlent toutes les attentions de Dieu envers Abram pour lui apprendre à vaincre ses doutes et angoisses et à Lui accorder une totale confiance.

Comprenons

1- Abram le juste

Une fois encore, le Seigneur apparaît à Abram à un moment où il est anxieux, comme le prouve son expression : “ N’aie pas peur ! Je suis ton protecteur ! ”. En effet, Abram est isolé dans un pays étranger où les razzias des voisins peuvent recommencer. Son neveu n’a pas tiré leçon de sa mésaventure et s’en est retourné à Sodome. Il reste seul, vieux et sans enfant !

Dans son dialogue avec Dieu il exprime toutes ses interrogations et même semble accuser Dieu de n’avoir pas encore tenu sa promesse de descendance. Dans sa déprime, il ne désire plus rien de matériel : A quoi bon toutes ces richesses ? A qui iront-elles ? Abram ne voit que la solution humaine, conforme aux coutumes, d’adopter comme héritier un de ses fidèles serviteurs.

Dieu rejette cette solution et lui promet un héritier de son sang. Pour concrétiser cette promesse, il place Abram devant la vision du ciel constellé d’étoiles innombrables : ainsi sera sa descendance ! Pour Abram, c’est une promesse d’éternité ! Les étoiles du ciel sont désormais pour lui le signe de la réalisation de cette promesse de Dieu. Si Dieu a pu les créer, il pourra aussi donner une nombreuse descendance.

Nous avons ensuite la première claire affirmation, dans la Bible, de la justification par la foi. Au moment où Abram n’a rien fait d’autre que croire à la parole de Dieu, il est considéré comme juste, c’est-à-dire comme intègre et droit devant Dieu, sans péché !

Ce ne sont pas ses oeuvres précédentes, ni une obéissance parfaite, ni même une foi à toute épreuve (la suite montrera qu’elle est chancelante), qui le rendent juste. C’est seulement le mouvement de confiance de son coeur répondant à la révélation de l’amour et de la promesse de Dieu.

Si l’on se rappelle que le péché, c’est la séparation d’avec Dieu, Abram peut être considéré sans péché au moment où il accepte de faire confiance, d’entrer dans une relation intime avec Dieu. C’est ce que désirait Dieu depuis la Création, et qu’il propose encore à chacun.

 

2- Les préparatifs du sacrifice d’alliance

La foi qu’Abram accorde à Dieu à propos de sa descendance doit aussi s’affirmer à propos du pays promis. Comme Dieu avait donné pour la descendance le signe des étoiles, il va donner pour le pays le signe de l’alliance. Pour cela il utilise la coutume orientale du sacrifice d’alliance où les parts d’animaux représentent les deux partis alliés. Pour signer l’alliance, il fallait passer ensemble entre les morceaux des animaux, signifiant ainsi qu’on s’engageait à subir le sort de ces cadavres, si l’alliance était rompue !(Jér 34.18-20)

Abram prépare tout correctement, puis attend que Dieu se manifeste pour signer cette alliance. Lorsqu’on fait alliance, c’est pour lutter contre un ennemi commun. Cet ennemi est symbolisé par les vautours qui s’abattent sur les cadavres d’animaux. S’ils venaient à les dévorer, il ne pourrait plus y avoir d’alliance, ni d’accomplissement de la promesse du pays ! Malgré sa victoire sur eux, Abram voit dans ces vautours un mauvais présage pour la réalisation de la promesse, c’est pourquoi la terreur l’envahit quand le soir tombe ! Conscient de sa propre faiblesse devant les difficultés à surmonter pour posséder un pays rempli d’ennemis, et pour tenir tout seul un pacte d’alliance où Dieu ne s’est pas manifesté, il craint de s’engager entre les animaux, de peur de mourir s’il transgresse cette alliance.

Celui qui veut faire alliance avec Dieu, doit avoir éprouvé ce moment d’angoisse devant sa faiblesse humaine, de besoin ardent de trouver une aide, ce désir de la présence de Dieu dans sa vie. C’est au moment où l’homme se sent le plus faible devant les menaces et les doutes que Dieu intervient.(2 Cor 12.9-10)

3- Les révélations de Dieu

Dans l’impasse où se trouve Abram, Dieu renouvelle d’abord ses promesses. Les promesses révèlent d’une part l’histoire des descendants, où s’explique l’épisode des vautours, d’autre part la fin d’Abram lui-même, et enfin l’étendue du pays.

Dieu fait comprendre à Abram que les vautours représentent les deux peuples qui tenteront d’empêcher ses descendants de posséder le pays : les Egyptiens et les Amorrhéens (ce nom particulier d’un peuple habitant les montagnes voisines d’Hébron désigne en fait l’ensemble des peuples cananéens du pays). Ces deux peuples dont auront à souffrir les descendants d’Abram, seront jugés par Dieu en leur temps. Pour que Dieu fasse tomber une nation et donne sa place à une autre, il faut qu’elle soit arrivée au point où le mal y est devenu absolument incurable. Cette loi se vérifiera bientôt avec Sodome et Gomorrhe, plus tard encore avec la destruction des Cananéens sous l’action de Josué.

Elle annonce aussi la longue patience de Dieu à la fin des temps (2 Pierre 3.9, 15), pour faire prendre conscience au plus grand nombre possible des conséquences catastrophiques du mal, et de la nécessité de se tourner vers Dieu pour résoudre les problèmes humains et changer de vie. Lorsque les peuples et les gens auront fait la preuve qu’ils ne veulent pas changer ni se tourner vers lui (Apocalypse 9.20-21), Dieu interviendra pour délivrer son peuple fidèle (Apocalypse 11.17-18), comme il est intervenu pour chasser et détruire les ennemis du peuple hébreu lors de la conquête du pays de Canaan.

Les vautours sont aussi le symbole des difficultés physiques, des tentations morales et spirituelles que chacun rencontre dans sa relation avec Dieu : Satan essaie d’empêcher notre alliance avec Dieu par tous les moyens. Comme Abram il nous faut résister, en nous appuyant  sur le Seigneur et sur ses promesses. L’exemple d’Abram dans cet épisode est un puissant encouragement pour notre propre expérience de la vie avec Dieu !

Après l’histoire des descendants, Dieu révèle les limites du pays. Il n’atteindra jamais les deux fleuves du Nil et de l’Euphrate, mais ces fleuves désignent les empires qu’ils arrosent, entre lesquels se trouvera le royaume de David et Salomon. De même, spirituellement on peut voir dans cette promesse, la prévision de la place du peuple de Dieu au milieu des nations hostiles à Dieu.

Enfin, Dieu rassure Abram sur son avenir personnel immédiat, il n’aura plus de guerres à soutenir, et vieillira en paix. Le croyant qui se confie en Dieu, peut traverser en paix toutes les difficultés et s’endormir dans une mort sereine, car son espérance est dans les promesses de Dieu.

4- Le signe de l’alliance  “ A la vie, à la mort ”

Au moment le plus obscur physiquement et moralement (dans la nuit et la terreur), Dieu apparaît selon le mode consacré dans l’Ancien Testament pour les théophanies, sous forme de feu et de fumée (voir la colonne de feu et la nuée qui accompagneront Moïse et le peuple hébreu dans le désert, et qui formeront la Shékina au-dessus du tabernacle). Dieu ne laisse pas son allié dans le désarroi et répond au-delà de son attente : le sacrifice d’alliance est accompli parfaitement, les promesses seront tenues, mais en plus c’est Dieu seul qui subira la mort, en cas de rupture de l’alliance par l’homme !

Dieu annonçait par là à Abram son plan de salut pour l’homme pécheur : Christ, Dieu lui-même, s’offrait déjà pour que le pécheur, qui avait rompu l’alliance avec lui, puisse vivre. Dieu prend les devants pour préserver son allié de la mort, et s’engage à fond en donnant sa vie ! La seule contrepartie demandée à Abram pour le moment est sa foi, sa confiance dans la parole de Dieu.

Questions pour une application dans la vie chrétienne

- Comment est-ce que je réagis aux difficultés rencontrées, professionnellement, familialement, ou dans l’église ? Comment puis-je en faire des occasions de grandir dans ma relation avec Dieu, au lieu de m’en plaindre ou d’en accuser les autres ?

- Sur quelles promesses de Dieu me suis-je déjà appuyé ? Quels enseignements en ai-je tiré ?

- Est-ce que je me crois « justifié » par Dieu ? Comment cela se traduit-il dans mes pensées et mes attitudes ?

-   A la lecture de cette alliance d’Abram, quel sens nouveau puis-je donner à mon baptême, qui a signé mon alliance avec Dieu ?

 

05.11.2006

Etude n°6 : La terre après le déluge Gn 9-11

Genèse 9. 18 à 11.26 : La terre après le déluge

 

A- Genèse 9. 18-29 : Noé et ses fils

Observons

Le contexte : Dieu vient de sceller une alliance avec Noé et l’humanité représentée par les fils de Noé, dont la descendance sera développée au ch 10.

Le texte medium_Noe_et_ses_fils.jpg

18-19 : les fils de Noé repeuplent la terre

20-21 : ivresse de Noé

22-23 : réactions diverses des trois fils

24-27 : réactions de Noé

28-29 : âge de Noé

Comprenons

Pourquoi ce récit nous est-il rapporté ? Après un tel cataclysme, on espèrerait voir une humanité nouvelle, entièrement tournée vers son Dieu Sauveur, et unie dans sa mission de restauration de la vie et de repeuplement de la terre. Et voilà une anecdote pour le moins surprenante, qui révèle une profonde déchirure dans la famille ayant survécu au déluge ! Que veut nous enseigner ce texte sur nos origines?

Le ch 10 indique les peuples sortis des trois fils de Noé et les localise dans le monde connu des Hébreux au moment où la Genèse est révélée à Moïse. On s’aperçoit que de Japhet, l’aîné, naissent les peuples européens, de Cham, les tribus africaines orientales, et de Sem les peuples moyen-orientaux.  Les trois fils donneraient ainsi une image de l’humanité toute entière, appelée à vivre dans la concorde et la fraternité.

Noé en remplissant sa mission de cultiver la terre, se laisse prendre au piège de l’alcoolisation du fruit de la vigne, qu’il avait certainement connue avant le déluge. Son ivresse, cause de son dénuement, révèle la faiblesse de sa maîtrise de lui-même : il n’a pas résisté au plaisir du vin, n’a pas mesuré la quantité absorbée, a perdu le contrôle de sa raison et de son discernement, ce qui l’amène à se découvrir inconsciemment. Sa nudité ne fait que révéler sa faiblesse. Cham qui s’en aperçoit le premier, rapporte l’événement à ses frères au lieu de chercher avec compassion à aider son père à retrouver sa dignité. Il manifeste ainsi un manque de respect pour son père et à travers lui, se moque de son Créateur divin. Il enfreint le 5ème commandement concernant l’honneur dû aux parents, en tournant en dérision la faiblesse de son père. En s’attachant à la nudité de son père, plus qu’aux sentiments filiaux qui le liaient à lui, il révèle un esprit plus tourné vers le physique, la corporalité de l’homme, que vers la réflexion ou la spiritualité, à l’inverse de ses deux autres frères. Sans réfléchir, il suit sa pulsion immédiate, et ne voit ni le sens de son acte ni ses conséquences.

Sem et Japhet au contraire, se solidarisent avec leur père et s’unissent pour trouver une solution qui lui fasse retrouver sa dignité. Ils ont plus d’esprit d’entreprise et de souci de l’autre. Ils écoutent leur cœur et cherchent le moyen adéquat, qui révèle leur respect filial et leur compassion.

Les propos de Noé à la sortie de son ivresse, ne font que constater l’état d’esprit de ses fils : Cham par son attitude irrespectueuse envers son père entraîne sa descendance à suivre la même voie que lui. Comme il a été esclave de son impulsion naturelle et de sa dérision, il transmettra à sa lignée un état d’esprit soumis à sa nature physique, ce qui va la rendre dépendante des autres lignées pour tout ce qui touche aux autres dimensions de l’être humain, la raison, l’esprit d’entreprise, ou de conquête, développés par Japhet (celui qui met au large), et la spiritualité, domaine de Sem, seul fils pour qui Noé bénit l’Eternel (v 26).

La malédiction de Noé sur Cham et son fils, n’est pas une fatalité, ni une punition comme on l’entend ordinairement, mais un cri de douleur profonde à leur sujet (répété 3x), de la part d’un père qui prévoit ou pressent les conséquences psychologiques et sociales de l’état d’esprit révélé par l’attitude de Cham à son égard. Pour les deux autres frères Noé prévoit une union durable, même si Japhet, l’aîné, est placé en second.

Si on lit ce texte comme une parabole psychologique de l’être humain, on s’aperçoit que si l’homme dissocie ou développe inégalement les trois composantes de sa personnalité, le physique, le psychique et le spirituel,  il reste incomplet et tiraillé intérieurement. Le projet de Dieu n’est pas qu’il en soit ainsi, mais que l’homme retrouve son unité intérieure, sans rapport de force entre ses composantes. Pour cela, il faudra la grâce de Jésus-Christ, et en attendant, la primauté donnée à la spiritualité tournée vers l’Éternel permettra à l’homme de dépasser sa condition d’esclave de sa nature pécheresse.

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-         Comment est-ce que j’ai réagi lorsque j’ai été conscient de la faillibilité de mes parents, du pasteur de mon église, ou de mes enfants ? Cela m’a-t-il rempli de rancune, de mépris, de colère, ou ai-je accepté de pardonner et d’aider à dépasser la situation ?

-         Qu’est-ce qui domine en moi, la satisfaction de mes désirs et plaisirs, le souci de la dignité humaine, l’esprit d’entreprise et le raisonnement, la recherche de la présence de Dieu, le désir de refléter son image ?

-         Comment puis-je travailler à la libération de l’esclavage des tendances charnelles en moi et autour de moi ?

 

B- Gen 11.1-9 : Une destruction libératrice

Observons

Le contexte : Les généalogies des fils de Noé encadrent l’histoire de la tour de Babel, pour expliquer comment leurs clans se séparèrent et remplirent la terre (10.5 ; 11.9). La seconde généalogie de Sem reprend en détails la première pour faire le lien avec Abraham et montrer la continuité de la foi dans une humanité où règne la confusion.medium_construction_tour_de_Babel.jpg

Le texte

1-2 : situation initiale d’uniformité et de sédentarité

3-4 : projet humain de monter au ciel

5-7 : Descente de Dieu

8-9 : dispersion finale sur toute la terre

Remarquer les mouvements opposés des hommes et de Dieu, la répétition (2x) de « un même langage » opposée à  «confondre le langage »(3x), l’opposition entre l’installation des hommes (2, 4) et leur dissémination par Dieu (8-9).

 

Comprenons

Situé au centre des deux généalogies de Sem, l’ancêtre d’ Abraham, ce texte montre la confusion de l’humanité, au sein de laquelle, après le déluge, une seule lignée continue à adorer le Créateur. C’est la seule pour qui les âges sont mentionnés comme pour les patriarches antédiluviens. On s’aperçoit qu’après le déluge la longévité décroît rapidement, les conditions de vie ayant été bouleversées par le cataclysme du déluge. D’autre part l’événement de la Tour de Babel est daté (10.25) du temps de Péleg, l’ancêtre d’Abraham, à la 4ème génération après Sem. Une fois encore, vivre dans le respect et l’adoration de l’Éternel, permet de trouver une identité, et une longévité, sinon physique, du moins spirituelle, qui témoigne de la vie que l’on conserve en Dieu seul. 

Le récit de Babel est très souvent considéré comme un jugement négatif de Dieu, pour punir les hommes de leur prétention à l’atteindre. Dieu apparaît ainsi comme inaccessible et jaloux de ses prérogatives. Le texte aurait été écrit pour expliquer la prolifération des langues dont la Pentecôte serait l’antidote. C’est une interprétation qui, pensons-nous, fausse le regard sur Dieu et méconnaît sa volonté de salut pour tous.

1- La situation du récit dans le texte biblique encadré par des généalogies en fait un texte important, selon les lois de composition littéraire hébraïque (parallélisme concentrique ou chiasme) pour comprendre le projet de Dieu pour l’humanité.

2- Une même langue

Cela peut s’entendre au sens propre, mais aussi au sens figuré pour signifier l’union des esprits dans un même projet. Ce n’est pas cette union qui est condamnable, c’est la nature du projet humain ! Le langage n’est que le moyen, l’outil au service de la volonté humaine.  Dieu va frapper cet outil pour empêcher que se réalise un projet concentrationnaire et uniformisant, contraire à sa volonté de salut et de liberté. Le langage deviendra l’outil au service de la volonté de Dieu et de l’homme sous l’action de l’Esprit à la Pentecôte.

3- Le projet humain

Partant de la région où l’on situe généralement l’arrêt de l’arche, sur le mont Ararat, au Nord-Est de la Mésopotamie, tout naturellement les hommes choisissent la voie de circulation la plus facile, les fleuves. Au lieu d’obéir à l’ordre de Dieu (9.7) de se répandre sur toute la terre, ils s’installent tous au même endroit.

Ils pallient l’absence de pierre et de ciment par les moyens du bord, la terre et le goudron. Ils mettent donc toute leur ingéniosité et leur esprit créatif au service de leur projet qui a pour but d’éviter la dispersion ordonnée par Dieu. Ils veulent :

a) construire une ville et une tour,

b) atteindre le ciel,

c) se faire un nom.

Le projet humain apparaît comme une révolte contre la volonté divine et un désir d’indépendance vis-à-vis de Lui, et comme une volonté de s’imposer à tous par la grandeur et la célébrité de l’entreprise. (voir la tentation par le serpent, Gen 3)

4- L’humour de Dieu

Aux deux Allons humains (11.3-4), Dieu répond aussi par un Allons (11.7). Au désir   humain d’ascension et d’escalade du ciel, Dieu répond par une descente et une vision d’ensemble de la situation terrestre (v 5-7). A l’uniformité dans un même langage, il oppose la diversité par des langues diversifiées. Les moyens faisant défaut, le projet humain de construction avorte.

5- Le projet de Dieu

Pourquoi Dieu désirait-il tellement que l’humanité se répande sur la terre ?

Le texte pourrait être une réponse à cette interrogation : lorsque les hommes se rassemblent et se  sédentarisent, ils tombent dans la tentation de l’orgueil, de l’autosatisfaction, du matérialisme qui met la sécurité dans les biens acquis, de l’idolâtrie ou de l’athéisme : on croit pouvoir se passer de Dieu, puisque l’union fait la force. Les exemples historiques de « camp de concentration » ont mis en évidence les outrances tragiques qui résultent de cet esprit d’opposition à Dieu, qui conduit au désespoir. Dieu intervient contre l’orgueil et le totalitarisme concentrationnaire par la diversification du langage et de la pensée, et la dispersion des hommes sur la terre

En dispersant les hommes, Dieu leur donnait une espérance : il désirait leur apprendre à vivre dans la liberté, en comptant non sur leurs propres forces, mais sur sa présence et son appui. La précarité de la vie nomade, l’isolement les uns des autres devaient leur enseigner l’humilité, la confiance en Dieu, l’entraide mutuelle pour subsister dans des conditions difficiles, et la responsabilité personnelle sans laquelle il n’y a pas de croissance possible. Cette dispersion protégeait aussi les croyants qui vivaient parmi ces peuples, des entreprises totalitaires des incroyants.

Ainsi la descendance de Sem put perpétuer la foi en Dieu et témoigner de son amour jusqu’à l’élection d’Abraham.  C’est l’ultime tentative de Dieu envers l’humanité dans son ensemble, avant de se choisir un peuple comme porteur de son nom et du message du salut.

Pour une application  dans la vie chrétienne

- Il ne s’agit pas de prendre ce texte comme prétexte de condamnation des villes ou des efforts d’unité entre les hommes ! Ce n’est pas son but. C’est une mise en garde de Dieu contre tout projet qui exclut Dieu et met l’homme sur un piédestal comme objet d’adoration. Comme la Babylone de l’Apocalypse, un tel projet est voué à sa perte.

 

- Qu’est-ce qui dans nos projets personnels, ou ceux de nos pays, peut s’opposer à la volonté d’amour et de vie pleinement libre de Dieu ?

- Désirons-nous «nous faire un nom » par nos œuvres, ou porter le nom du Seigneur pour manifester son amour ?    

Le texte est aussi un appel à devenir le témoin de ce Dieu d’amour partout où il nous envoie vivre, afin que tous les hommes puissent un jour choisir de répondre à son amour et lui obéir. Comment serai-je témoin du Dieu d’amour  aujourd’hui ?
medium_11_septembre.jpg

Toutes les notes