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09/10/2026

Etude n° 3 : Le prophète de l’AT, Elie, 1 Rois 19.1-18 (17 10 26)

Etude n° 3 : Le prophète de l’AT, Elie, 1 Rois 19.1-18 (17 10 26) 

«  Soyez fermes dans votre confiance en l’Eternel votre Dieu et vous serez affermis, soyez fermes dans votre confiance en ses prophètes et vous aurez du succès » 2 Chroniques 20.20 

Observons

Le contexte :

 Le prophète de Dieu, Elie, a provoqué par un défi lancé aux prêtres de Baal, l’intervention en force de l’Éternel pour montrer au peuple qui adorer (v 37-39). Fort de cet exaucement de sa prière, Elie s’est arrogé le droit et le pouvoir d’égorger les 400 prêtres idolâtres (v 40). A sa prière, la pluie tombe enfin sur Israël, après trois ans de sécheresse et de famine. Emporté par son enthousiasme, Elie court devant le char du roi Achab jusqu’à Jizréel.

Le texte

V 1-2 : menaces de mort de Jézabel (illustration de sa fureur)Jézabel.jpg

V 3-4 : Fuite d’Elie, effrayé et déprimé

V 5-8 : double intervention d’un ange pour le fortifier

V 9-14 : Révélation de Dieu à son serviteur désespéré

V 15-18 : Ordre de marche laissé à Elie par Dieu. 

A relever : les mouvements d’Elie, ses paroles (v 4, 10, 14) révélatrices de son stress et de ses sentiments, les actes et paroles de Dieu pour réconforter son serviteur et modifier sa pensée. 

Comprenons

Le contexte : Elie vient de vivre une expérience extraordinaire avec Dieu et avec les hommes : il a « démontré » la puissance de Dieu, il a décimé de sa propre initiative le culte de Baal en assassinant ses prêtres, il a fait revenir la pluie, il a couru comme un héros devant le roi. Il devait s’estimer comblé et digne de mener des jours heureux dans les honneurs et la gloire d’avoir converti le peuple à Dieu ! Il pouvait s’estimer « meilleur que ses pères »(v 4) ! Et voilà que la chute est rapide et douloureuse : Jézabel la reine idolâtre veut venger la mort des prêtres de Baal par la mort du prophète.

Le texte : Le stress s’empare d’Elie qui oublie ses expériences précédentes de la sollicitude de Dieu à son égard, au torrent de Kerith (Eric de Saussure, 20è), et chez la veuve de Sarepta (17.2-4, 15-16) (Email du 12ès).

Terrorisé et désespéré, il s’enfuit et s’isole loin de la cour, dans le désert. Son stress est tel qu’il demande la mort, et s’avoue « pas meilleur ou plus grand, que ses pères ». Son regard sur lui-même est passé d’un extrême à l’autre.

Le stress conduit à s’isoler, à se dévaloriser, à amplifier les difficultés de la réalité, à oublier les aspects positifs, à ignorer les solutions possibles, et enfin à désirer la mort pour mettre fin à une situation jugée intolérable « C’en est trop » (v 4). Nous avons pu voir comment ce processus a conduit au suicide ou au burn-out certains employés d’entreprises, sous la pression du stress professionnel qu’ils subissaient.

La différence avec Elie, c’est que le prophète reste en contact avec son Dieu, même s’il en oublie tous les traits de caractère dont il a fait précédemment l’expérience. Elie lui présente son désespoir, son désir de mort, son sentiment d’incapacité à surpasser ses prédécesseurs ; il avoue ainsi son ambition orgueilleuse et secrète : dans son glorieux ministère prophétique, il espérait convertir tout le peuple, et voilà qu’il se retrouve pourchassé par la vindicte de Jézabel, et qu’il reste seul fidèle à Dieu selon ses vues déformées par la dépression (v 10 et 14)!elie et les corbeaux.jpg

Après l’aveu d’impuissance exprimé par Elie et son cri vers Dieu, le Seigneur intervient en sa faveur. Il n’abandonne pas son serviteur. Il le réconforte d’abord physiquement en le nourrissant et l’abreuvant, en le visitant deux fois dans sa solitude, et en soutenant ses forces durant la longue marche vers le rendez-vous donné à Horeb ou Sinaï. Les quarante jours de marche dans le désert préparent Elie à recevoir une révélation plus profonde de Dieu, à faire le point sur la confiance qu’il place en Lui, et sur son désir de le servir et l’honorer. Pour Jésus aussi, il a fallu 40 jours de solitude au désert après son baptême, pour  avoir une pleine vision de sa mission et pour accepter le chemin à parcourir pour la remplir.

La nuit dans la grotte du Sinaï est à l’image de la nuit qui demeure dans l’esprit et le cœur d’Elie déprimé. C’est le passage obligé qui débouche sur l’aurore et la clarté du jour. C’est au plus profond de son obscurité intérieure et de sa solitude que le prophète va pouvoir entendre l’appel de Dieu à sortir de lui-même et à Le contempler. Comme une balle jetée à terre doit toucher le sol pour pouvoir rebondir, il faut à l’homme déprimé atteindre le fond de sa détresse pour s’appuyer sur le seul élément solide, l’amour de Dieu ou de quelqu’un d’autre extérieur à lui, qui lui permet de remonter la pente, d’acquérir ce qu’on appelle la faculté de résilience.

Le déchaînement des éléments, puis le murmure doux et léger  révèlent à Elie à la fois la puissance et la sollicitude de Dieu, mais n’ont pas effacé son orgueil spirituel car il ressasse ses exploits au service de Dieu, l’infidélité des autres israélites, sa solitude et son sentiment de persécution (v 10 et 14).

Tant que l’on reste le regard fixé sur soi, que l’on s’obstine à accuser les autres de ses malheurs, il est difficile de sortir de la « grotte » de sa dépression. Elie a fait un pas au dehors en entendant la présence du Seigneur dans le silence, mais il reste à l’entrée, le visage couvert devant la sainteté divine. Il n’est pas encore guéri de sa dépression, il est prêt à s’y réfugier à nouveau à la moindre confirmation par Dieu de ses pensées dévalorisantes et désespérées. Il s’attend peut-être à des reproches mérités à cause de son échec, de sa peur, de son abandon.

Or Dieu n’entre pas en matière au sujet du passé. Il ne fait aucun reproche au prophète pour sa dépression, ni pour son oubli de la sollicitude divine, ni pour le massacre des prêtres de Baal, ni même pour le défi à sa puissance lancé de sa propre initiative au Carmel : il n’est dit nulle part qu’une telle démonstration spectaculaire avait été ordonnée par Dieu. Le Seigneur a répondu au prophète car il y allait de sa crédibilité auprès du peuple et de sa gloire en opposition à Baal. Mais en se révélant dans le silence, Dieu fait comprendre à Elie, que le spectaculaire ne convertit personne, car la présence de Dieu n’est perceptible que dans l’intimité du cœur. Dieu donne seulement à Elie les moyens de considérer autrement la relation avec Lui et son caractère d’amour, quelles que soient les situations grandioses ou humbles, dans lesquelles le prophète est appelé à révéler son Dieu. Il réconforte psychologiquement et spirituellement son serviteur, en le confirmant dans sa mission

de prophète : il devra consacrer deux rois et un prophète successeur. Elie comprend qu’il garde toute sa valeur aux yeux de Dieu qui a encore besoin de son service, et lui révèle l’avenir politique et religieux d’Israël. La prédiction du verset 17 se réalisera pendant le ministère d’Elisée (2 Rois 8.7-15 et 9.1 à 10.33). Toutefois l’onction du roi de Syrie ne se fit pas, celle du roi d’Israël fut accomplie par Elisée après la disparition d’Elie. (2 Rois 9. 3,6). Elie fit donc un choix parmi les ordres de Dieu : il refusa de participer à la politique, dont il avait expérimenté les dangers, et se consacra à la formation spirituelle d’Elisée et des autres « fils de prophètes » qui entoureraient son successeur.

Enfin Dieu réconforte affectivement Elie, en balayant son sentiment prétentieux d’être resté lui seul fidèle. Il lui révèle que le Reste fidèle est beaucoup plus nombreux que ce qu’il prétend et imagine : 7 est le chiffre de la plénitude, et 1000 est le nombre de l’infini. Seul Dieu connaît ceux qui lui sont fidèles, car il est le seul à lire dans les cœurs, au-delà des actes (fléchir les genoux) et des mots (bouche). Ni Elie, ni tout autre humain ou dénomination religieuse, ne peuvent s’autoproclamer ou déterminer ceux qui constituent le Reste. Ils sont dispersés dans Israël (v 18), dans tout le peuple spirituel de Dieu qui existe au-delà des rites et des dogmes divers.

Le stress et la dépression d’Elie, confiés au Seigneur disparurent avec la vision d’un Dieu qui pardonne, avec la valorisation de soi qu’il reconnaît, avec la perspective d’un avenir dans un service utile à tous, avec le rétablissement dans un groupe de fidèles solidaires.

De ce récit on peut découvrir un chemin de guérison de la dépression proposé par Dieu. Il est long à parcourir et demande du temps, même pour un homme de Dieu. Il passe par les étapes suivantes sans ordre chronologique, et sans être exhaustives :

  • se retirer à l’écart de la source de stress et de toute sollicitation extérieure
  • rechercher Dieu dans le silence de l’intimité et non dans le spectaculaire
  • exposer à Dieu sa détresse
  • avouer son incapacité à s’en sortir seul
  • se nourrir de la Parole de Dieu pour retrouver des forces
  • renoncer à accuser les autres de sa situation
  • accepter de laisser Dieu transformer son regard sur soi, sur les autres et sur son rôle à son service
  • reconnaître que ceux qui partagent la même foi et le même service peuvent accompagner le dépressif à reprendre vie. C’est ainsi que Jésus a invité les Juifs présents à la résurrection de Lazare à le « délier de ses bandelettes » qui l’entravaient encore (Jn 11.44).

Questions pour une application dans la vie chrétienne

  • De quelles expériences de stress puis-je témoigner ? Comment y ai-je fait face ? Qui ou quoi m’a aidé(e) à en sortir ? 
  • Comment l’Eglise et moi-même réagissons-nous devant un membre de la communauté en dépression ?
  • Sans nous substituer aux soins psychologiques nécessaires, comment pouvons-nous aider le dépressif sur un chemin de guérison ? Quel « gâteau et quel breuvage (v 6) pouvons-nous lui offrir pour reprendre des forces ?
  • Qu’est-ce que le texte nous apprend sur l’accueil de Dieu envers son serviteur déprimé ? Quelles paroles, quelles attitudes devons-nous éviter pour imiter cet accueil divin ?