27.02.2009

Etude n°10 Message du prophète (07 03 09)

Etude n°10 : Le message du prophète, 1Tim 4.1-16 (O7 O3 O9)

 

Observons

Le contexte  (Paul et Timothée, peinture 13è, Norvège)Paul et Timothée, peinture 13è Norvège.jpg

Notre chapitre fait partie de la première des trois lettres pastorales de Paul, adressées à ses collaborateurs spirituels, responsables des Eglises d’Ephèse pour Timothée, et de Crète pour Tite. Timothée, de père grec, a été enseigné dans la foi juive par sa mère et sa grand’mère, et a entendu la prédication de l’évangile lors du premier voyage de Paul à Lycaonie en Asie Mineure. Au second voyage, Paul le fait circoncire pour qu’il soit reçu parmi les Juifs auxquels il s’adresserait, et se l’attache comme compagnon de mission. Timothée reçoit alors l’imposition des mains des anciens (1 Ti 4.14) malgré sa jeunesse, sans doute à la suite de prophéties prononcées sur sa vocation (1 Ti 1.18 ; 4.14).

Après avoir partagé la première captivité de Paul à Rome, Timothée est envoyé à Philippes par Paul (Phil 2.19-24). On pense qu’ensuite il devint pasteur de l’Eglise d’Ephèse, où Paul lui adresse ses deux dernières lettres avant son martyre. L’état des églises est bien différent de celui décrit dans les Actes, car les hérésies annoncées (Actes 20.29-30) semblent s’être bien développées. Paul fait des recommandations pressantes à Timothée sur la conduite à tenir face à ces faux enseignements (3.14-15), rappelant la profession de foi de l’Eglise (3.16).

Le texte (ch 4) :

A-1-5 : Réfutation des hérétiques prêchant l’ascétisme

B- 6-10 : Recommandation de cultiver la piété dans la foi au Sauveur

C-11-16 : Devoirs du porte-parole ou prophète de Dieu.

 

Comprenons

Le contexte

3.16 : la profession de foi de l’Eglise chrétienne est présentée par Paul en style poétique (elle était peut-être chantée), de façon très synthétique. La manifestation de Dieu est « le grand mystère de la piété », c’est-à-dire une révélation de ce qui était jusque-là caché. Cette manifestation de Dieu en Christ est la vérité (v 15), source de toute piété, c’est-à-dire de la foi et de la vie du croyant. Paul développe ensuite ce « grand mystère », dans une série de six propositions qui opposent deux à deux le ciel et la terre :

Première antithèse : Dieu s’est incarné en Jésus-Christ (s’est manifesté dans la chair) ; est ainsi précisée la nature humaine, terrestre, de Jésus. En opposition, est suggérée sa nature divine, spirituelle car il est «justifié par l’Esprit » lors de la résurrection (Rm 1.3-4).

Seconde antithèse : Le ciel, monde spirituel de Dieu et des anges a été témoin de cette apparition de Christ d’abord dans l’humilité de sa vie terrestre, puis dans sa gloire d’Agneau assis à la droite de Dieu (Ap 5.6, 11-12 ; Rm 8.34). La gloire de Jésus, Sauveur du monde par la croix (Col 1.20), a été pour les anges une révélation nouvelle de l’amour de Dieu pour les hommes (Ep 3.9-10 ; 1 Pi 1.12c ; Ap 5.12 ; 12.10a). Mais elle est aussi l’objet de la prédication sur terre parmi les nations.

Troisième antithèse : L’œuvre du Christ partout dans le monde où elle a été prêchée, a suscité la foi, tandis que Christ a retrouvé la gloire céleste qu’il avait quittée lors de son incarnation.

Paul n’en dit pas plus, mais dans cette profession de foi extrêmement concise il suggère toute l’œuvre de rédemption du monde par Christ : incarnation, mort et résurrection, glorification et intercession (Rm 8.34).

 

Le texte

A- 1-5 : Réfutation des hérésies

Ayant établi la vérité de l’Evangile que l’Eglise professe, Paul peut maintenant combattre les hérésies auxquelles doivent faire face Timothée et,  à travers lui, tous les « prophètes », porte-parole de Dieu, dans tous les temps. Pour Paul, « les derniers temps » (v 1) ont commencé dès l’ascension de Jésus et s’étendent jusqu’à son retour. Il prévient les responsables de l’Eglise que les temps postérieurs à sa propre mort, verront se développer de multiples fausses doctrines, inspirées par les puissances des ténèbres, par le père du mensonge (Jn 8.44). « Les doctrines de démons » représentent dans la pensée de Paul les cultes idolâtres, les faux dieux étant assimilés aux démons qui éloignent de l’adoration du vrai Dieu (1 Co 10. 20-21). Les faux docteurs « de mensonge » sont condamnés par Paul pour leur hypocrisie, qui « marque leur conscience au fer rouge » des criminels (v 2), car elle conduit à la mort spirituelle ceux qu’elle séduit. Paul reprend les invectives de Jésus contre les Pharisiens hypocrites qui « nettoient le dehors de la coupe » pleine à l’intérieur « de rapines et d’intempérance » (Mat 23. 25-28).

En effet, sous prétexte d’œuvrer au salut des membres de l’Eglise, ces faux prophètes les entraînent dans la voie de l’ascétisme (célibat et abstention d’aliments) qui n’est qu’un culte de la « pureté », soit une recherche du salut par ses propres efforts de sainteté. Séduits par l’idée fausse que le péché réside dans « la chair », dans les désirs et les besoins du corps, certains chrétiens, dans tous les temps, cherchent à gagner leur salut par des mortifications physiques, des jeûnes, des abstentions d’aliments, ou par l’abstinence sexuelle. Ils attachent une importance si grande pour leur salut à toutes ces pratiques extérieures, qu’ils en oublient la grâce de Dieu et l’œuvre de l’Esprit , nécessaires pour transformer le cœur et purifier la conscience de tout ce qui sépare de Dieu.

v 4 : Paul libère les scrupules excessifs au sujet des aliments, en demandant aux fidèles d’accepter avec reconnaissance tout ce que Dieu a créé de bon. Ce serait faire preuve d’ingratitude de se le refuser, mais ce libre usage n’est légitime que lorsqu’il est sanctifié « par la Parole de Dieu et la prière ». Seules la Parole et la prière apprennent à user de ces dons avec générosité, tempérance et humilité (Mat 6.17-18 ; 1 Co 7.8-9,35) selon le fruit de l’Esprit (Gal 5.22), et avec reconnaissance et adoration pour le Créateur qui les accorde. Oublier que tout est grâce du Seigneur, c’est annihiler son œuvre de salut pour nous et rejeter la vérité du « mystère de la piété » (3.16).

 

B- v 6-10 : Recommandations sur la piété et la foi

Face aux fables doctrinales qualifiées de « profanes et contes de vieille femme », le bon serviteur de Jésus-Christ restera attaché à la Parole de Dieu qui lui enseigne la foi (Rm 10.17 ; 14.17, 20) et la vraie piété, c’est-à-dire la vie en communion avec Dieu dans l’amour et la joie. Cela est possible, non par des pratiques extérieures (« l’exercice corporel » n’est pas l’équivalent de notre gymnastique, c’est un terme général pour désigner les pratiques ascétiques prônées par les faux docteurs), mais par une recherche de la présence de Dieu dans son cœur et ses pensées, pour inspirer et diriger les actes. Au lieu de s’attacher aux réalités physiques et passagères qui nourrissent la propre-justice et l’égocentrisme, le bon serviteur en s’exerçant à la vraie piété, a l’assurance d’être béni et en paix intérieure dès sa vie terrestre jusque dans l’éternité (v 8).

Pour terminer ce point central du chapitre sur la vraie piété, Paul affirme (9) la vérité de ce qu’il vient d’exposer (8), en opposition aux fausses doctrines (7). Il confirme cette vérité par la proclamation de sa foi : la confiance et l’espérance mises dans le Sauveur permettent de supporter les tribulations (travaux = peines, tortures) et les combats de la vie terrestre. Par cette mention du « Sauveur de tous les hommes », Paul s’oppose à l’hérésie mentionnée plus haut qui n’accorde le salut qu’aux « purs », adeptes du célibat et de l’ascétisme alimentaire. Jésus-Christ sauve tout homme qui croit en lui et en son amour inconditionnel (1 Ti 2.4-6).

 

C- 11-16 : Devoirs du « prophète »

La fin des recommandations de Paul à Timothée aborde la pratique de l’enseignement de la vérité divine. Il semblerait que Timothée ait reçu très jeune le don de l’enseignement de la Parole, par des prophéties que l’imposition des mains des anciens ont confirmées, en particulier au moment de la vocation de ce disciple et « fils spirituel » de Paul. Pour remplir cette tâche importante de guide spirituel dans l’Eglise d’Ephèse, dont Timothée est le responsable, tout dans sa vie doit concourir à l’édification, à l’enseignement et à la croissance spirituelle de chacun : ses paroles, ses actes, ses activités intellectuelles, sa conduite morale, son amour pour les autres sont autant de moyens à utiliser dans ce ministère de porte-parole de Dieu. La lecture des Ecritures est primordiale, car elles sont la source des encouragements et des enseignements à prodiguer. Paul demande donc de s’y appliquer avec concentration et persévérance (v 15-16), car c’est par cet exercice constant que la connaissance de Dieu progresse et que les dons de la grâce portent des fruits pour la croissance spirituelle et le salut de tous, porte-parole de Dieu (= prophète) et auditeurs.

« Comment prétendre établir le royaume de Dieu dans le cœur des autres, si on néglige de l’établir en soi-même » (BAN, note de Quesnel).

 

L’Eglise adventiste se reconnaît la mission prophétique d’annoncer « l’Evangile Eternel » aux nations dans les derniers temps du monde (Ap 14.6). Les textes bibliques sélectionnés par notre Guide d’études de la Bible pendant cette semaine plus particulièrement consacrée au « message du prophète », précisent ce que l’Eglise adventiste entend par l’Evangile Eternel. Son fondement, comme pour tous les chrétiens, reste la justification par la foi en la grâce de Jésus-Christ (Rm 3.21-28).

L’Eglise adventiste rappelle l’importance de la Loi divine, dont l’observation du sabbat en hommage au Créateur (Ex 20.1-17), et de la doctrine du sanctuaire comprenant deux étapes :

1-     le plan du salut en Christ, symbolisé par le sanctuaire terrestre, et le Jour des Expiations image ou « type » du jugement dernier (Lév 16),

2-     le ministère actuel d’intercession de Christ (Héb 8.1-2 et 9.23), et de purification de son peuple (Héb 9.14), afin de présenter à Dieu, à son retour en gloire sur terre (Mat 24.24-31), une Eglise-Epouse pure et sans tache (Phi 2.15 ; Ap 19.7-8).

Ce dernier message destiné au monde est tiré de la Parole de Dieu et constitue un tout homogène, mais il ne met pas notre Eglise adventiste à l’abri de déviations semblables à celles que Paul réfute dans sa lettre à Timothée.

Il est facile d’oublier le fondement du salut par la grâce de Jésus-Christ, et de donner une valeur absolue à tel ou tel autre point de doctrine ou de pratique pour en faire une condition « sine qua non » de salut. Ni l’observation du sabbat, ni la « réforme alimentaire », ni la rigueur morale, ni les rites religieux, ne donnent la « pureté » et l’accès à la vie éternelle. Ils ne remplacent jamais le travail de l’Esprit Saint dans les cœurs et les consciences, ouverts à son action et humblement réceptifs au pardon offert gratuitement par Dieu grâce à l’œuvre de Jésus-Christ.

 

Questions pour une application dans la vie chrétienne

 

-          Quelle place ont dans ma vie la Parole et la grâce de Dieu ? Comment m’aident-elles à discerner, selon Dieu, le vrai du faux, le Bien du Mal, dans les coutumes, les idéologies, les pensées et les actions de moi-même et de mon entourage ?

 

-          Quelle importance prend dans mon temps, mes pensées et mes intérêts, la recherche de la « pureté » extérieure ? Par exemples : la façon d’observer le sabbat, les aliments dans mon assiette et dans l’assiette de mon voisin, la tenue vestimentaire des femmes…Comment garder une juste place à ces pratiques ? Quelle pureté rechercher et comment ? (voir le Ps 51 et Rom 7.18-25).

 

-          Comment se manifeste concrètement ma foi dans la grâce au sein de mes relations de couple, de famille, d’amis, de travail et d’Eglise ?

 

-          Ai-je eu l’occasion de partager une partie du « message de l’Evangile Eternel » autour de moi ? Serais-je prêt à apporter cette semaine un message biblique à ceux que je connais dans l’angoisse, la peine, les difficultés ou même la joie ? En quoi mon ouverture à de telles questions peut être un aliment pour ma foi plutôt qu'une "culpabilisation" ?

20.02.2009

Etude n°9 L'intégrité du prophète (28 02 09)

Etude N°9 l’intégrité du don de prophétie 2 Chr 18.4-27 (28 O2 O9)

Observons

Le contexte : Josaphat, roi de Juda, s’est allié à Achab,roi d’Israël, par le mariage de leurs enfants. Lors d’une visite, les deux rois nouent une alliance militaire contre Ramoth en Galaad, occupée par les Syriens.

(Vitrail 14è Notre-Dame Paris : un prophète anonyme)prophète anonyme vitrail Notre Dame Paris13è.jpg

Le texte

4-8 : demande de Josaphat de consulter l’Eternel auprès du prophète Michée

9-11 : Prophéties mensongères favorables à Achab

12-13 : Refus de Michée de prophétiser autre chose que la Parole de Dieu

14-17 : Ironie et prophétie de Michée sur l’issue fatale du combat

18-22 : vision de Michée sur les faux prophètes d’Achab

23-27 : Prophéties contre Sédécias et le roi, qui emprisonne Michée.

Comprenons

Josaphat : Le roi Josaphat est décrit comme un roi pieux et actif pour enseigner le peuple de Juda à revenir à Dieu (17.3, 6-9). Par ses réformes administratives, judiciaires et religieuses (ch 19), son règne fut prospère et glorieux (18.1). Il commit toutefois l’erreur de s’allier familialement et militairement avec Achab le roi d’Israël (= royaume du Nord). Josaphat sut pourtant garder la foi et la recherche de la présence de Dieu (18.6,31), et reconnut son erreur après le blâme du prophète Jéhu (19.1-3).

La piété et la fidélité à Dieu de Josaphat l’opposent du tout au tout à Achab.

Achab : Ce roi est dénoncé dans la Bible comme cupide et soumis à sa femme païenne Jézabel. Achab, en effet, agit selon ses intérêts personnels (1 Rois 21), écoute sa femme pour bannir ou persécuter les prophètes de l’Eternel (1 Rois 18.4,13), s’entoure de 400 « prophètes » courtisans (2 Chr 18.5), qui imitent les gestes et les formules prophétiques des hommes de Dieu. Achab consulte ces « faux-prophètes » sans doute par superstition et par goût de la flatterie, car ils ne parlent qu’en fonction des désirs du roi, et non de révélations ou d’ordres de Dieu (2 Chr 18.5, 10-12). Malgré un repentir éphémère sous les remontrances d’Elie (1 Rois 21.27-29), les choix de vie d’Achab, systématiquement contraires à la volonté de Dieu, le conduisirent à une mort honteuse au combat, déguisé en simple soldat et frappé par une flèche « perdue » (2Chr 18.28-34).

Michée : ce prophète qui s’oppose à Achab n’est pas l’auteur du livre biblique du même nom. Il le précède d’environ 150 ans. Son nom hébreu est le même que Michaël, et signifie « Qui est comme Dieu ? ». Cet homme de Dieu, face à la foule des faux prophètes, a donc pour mission auprès du roi d’Israël Achab, de démontrer qui est l’Eternel. Eloigné de la cour où ses paroles irritaient Achab, il est réclamé par Josaphat, le roi de Juda, qui ne se satisfait pas des flatteries des prophètes courtisans, et ne supporte pas le mépris d’Achab pour le prophète qui s’oppose à lui (v 7-8). Il subodore qu’il y a plus d’intégrité et de vérité en Michée qu’en Sédécias et ses acolytes.

Michée en effet refuse tout net (v 13) d’écouter la suggestion prudente du messager du roi de ne pas contredire les prophètes de la cour. Sous serment, il affirme sa fidélité à la seule inspiration de Dieu. C’est un choix personnel, volontaire et courageux, car il sait qu’Achab le persécutera (v 25-26). Sa fermeté se manifeste dans l’ironie avec laquelle il aborde Achab, reprenant mot pour mot les conseils des faux prophètes qu’il n’avait pas entendus ! Achab ne s’y trompe pas : irrité, il en vient à adjurer Michée de dire la vérité au nom de l’Éternel, mais quand il l’entend, sa fureur éclate sans frein devant Josaphat (v 17) et devant la cour (v 25-26).

Michée à la différence des faux prophètes, révèle les visions que l’Éternel lui a données de la situation : d’abord dans un poème (v 16), il annonce la mort d’Achab qui laissera Israël sans berger ; puis dans une sorte de parabole, Michée fait comprendre à Achab que les faux prophètes dont il s’est entouré ne sont que des instruments de mensonge et de tromperie qui l’entraînent dans le malheur et la mort (v 18-22).

Le ton et les images sont solennels pour avertir Achab non pas tant de la volonté de malheur de Dieu à son égard* que pour lui faire saisir la vérité de la révélation divine sur sa situation catastrophique.

V 23-24 : le faux-prophète Sédécias se sentant découvert et injurié, contre-attaque par la violence physique et le sarcasme blasphématoire : il ose parler de l’Esprit Saint comme d’un vulgaire esprit inspirateur de la gifle. Il trahit par là même le mensonge de sa prétention à être  prophète de Dieu, car « les esprits des prophètes de Dieu sont soumis aux prophètes » (1 Co 14.32), Dieu ne pouvant pas se contredire ni inspirer violence et mépris des autres**. 

Face à cette violence, Michée ne réagit que par la fermeté et le calme (Es 30.15), prédisant la mort du faux prophète au moment de la défaite d’Achab qui dispersera tout Israël. Michée agit exactement comme Jésus le fera en annonçant sa passion à ses disciples (Jean 14.29) : « Je vous ai dit ces choses avant qu’elles n’arrivent, afin que lorsqu‘elles arriveront vous croyiez ». Sédécias comprendra de quel esprit il est animé, lorsque se réalisera la prophétie de Michée !

L’intégrité et l’assurance de Michée se révèlent encore lorsqu’il ne cède pas à la menace d’Achab d’être emprisonné et maintenu au régime sec. Au lieu de chercher à se protéger, il renchérit sur ses prédictions et en appelle à tout le peuple. La réalisation de sa prophétie lui prouvera la vérité de la Parole de Dieu.

En résumé, l’intégrité du prophète de Dieu consiste dans la fidélité et la fermeté de sa confiance en Dieu ; il reste indifférent aux conseils de prudence, aux menaces, aux persécutions, aux tentatives d’intimidation comme Jérémie (43.2-4) ou Daniel à Babylone (6.11), et aux tentations de compromissions, auxquelles ne résista pas Balaam (Ap 2.14), faux prophète chaldéen, (momentanément inspiré par Dieu contre son gré).

 

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-         Comment ne pas me laisser impressionner ou désorienter lorsque ma foi rencontre l’opposition, l’ironie ou même la malveillance ?

-         Quelle assurance m’apporte la réalisation des prophéties messianiques de l’Ancien Testament ? Ma foi dans les prophéties du retour de Jésus en est-elle renforcée ?

-         Comment ce récit des Chroniques m’enseigne-t-il à discerner le vrai prophète de Dieu ? A quelle attitude spirituelle m’invite-t-il ? (Actes 17.11)

-         Quelles conséquences la confiance dans la vérité de la Parole de Dieu a-t-elle sur ma façon de l’étudier, de la comprendre, de la mettre en pratique et de la partager avec d’autres ?

-         Quelle est la limite entre la confiance inébranlable en la vérité de la Parole de Dieu et l’intransigeance intolérante et « intégriste » dans sa proclamation en public et en privé ?

                                                        

*(Ne nous étonnons pas de la formulation, il est naturel dans l’Ancien Testament de tout faire dépendre de Dieu, le bien comme le mal, puisqu’il est Dieu Unique et Créateur, la conscience d’une puissance maléfique opposée à Dieu n’apparaît que peu à peu, et assez tardivement dans Job 2 ; 1 Chr 21.1 ; Dan 10. 13).

** Voir l’histoire de Balaam qui sous l’inspiration divine ne pouvait pas maudire Israël, malgré les adjurations et les menaces du roi de Moab Balak, Nb 23.16-24.13).

13.02.2009

Etude n°8 L'autorité du prophète (21 02 09)

Etude n°8 : L’autorité du prophète Actes 16.16-40 (21 02 09)

 

Observons

Le contexte Paul.jpg

Paul dans son second voyage missionnaire est passé en Europe, poussé par l’Esprit. Dans la ville macédonienne de Philippes, Lydie, une femme grecque « craignant Dieu », a accepté Christ et a accueilli chez elle les missionnaires.

Le texte

16-18 : Confrontation de Paul avec la servante possédée d’un esprit de divination

19-21 : vengeance des maîtres de la servante

22-25 : Emprisonnement de Paul et Silas

26-27 : tremblement de terre libérateur

28- 34 : Paul sauve la vie de son geôlier qui se convertit

35-40 : Confrontation de Paul avec les autorités romaines qui le libèrent officiellement.

 

Paul, messager de Dieu, apparaît dans ce récit maître de la situation malgré les circonstances adverses.

 

Comprendre

La servante « pythonisse »

La Grèce possédait à Delphes un sanctuaire célèbre dédié à Apollon, où on se rendait pour connaître son avenir. La légende racontait qu’Apollon s’était rendu maître du serpent monstrueux Python, qui rendait des oracles en ce lieu par l’intermédiaire d’une prêtresse, la « Pythie ». Apollon aurait remplacé le serpent et continué les oracles en utilisant la Pythie. Celle-ci, sorte de « médium » entre le dieu et les hommes, droguée par les vapeurs sulfureuses qui s’échappaient d’une faille du rocher, prononçait des paroles inintelligibles, qui étaient interprétées par des prêtres, en fonction des demandes des consultants. Tout devin de l’avenir était considéré comme inspiré par le même serpent Python, que la Bible nous apprend être un esprit malin. (Voir au sujet de la possession démoniaque le nouvel ouvrage de Philippe Augendre : « De la peur…à la paix et la joie » aux éditions Vie et Santé).

La servante de Philippes était à une moindre échelle une pythie, exploitée par ses maîtres pour s’enrichir. Elle était doublement esclave : socialement elle travaillait pour des maîtres qui utilisaient son don de divination à leur seul profit ; spirituellement elle était possédée, étouffée par l’esprit démoniaque Python, dont l’objectif satanique est de tromper les hommes par des prédictions pour les enchaîner loin de Dieu.

Cet esprit reconnaît les serviteurs de Dieu, comme il reconnaissait en Jésus le fils de Dieu (Luc 4.34-35, 41), sans doute poussé par la crainte que Jésus lui inspirait (Jacques 2.19). On pourrait penser que la publicité véridique que le démon fait aux apôtres était acceptable. Pourtant, comme Jésus, Paul la refuse catégoriquement, afin qu’il n’y ait aucune confusion possible, aucune apparence de solidarité ou de connivence entre eux et le démon.

Paul aura le même problème dans l’Eglise de Corinthe, où les prophètes et les glossolales (doués du don de langue extatique) étaient nombreux. Ils étaient exposés à devenir la proie des esprits mauvais. Paul invite l’Eglise à cultiver le don de discernement des esprits à leur sujet. Le culte chrétien ne doit pas ressembler aux cultes païens, plus ou moins médiumniques (1 Co 12.10 ; 14.29, 32).

L’esclave est libérée instantanément par la puissance de Jésus-Christ dont le nom est invoqué par Paul avec une autorité (v 18) fondée sur sa foi sans faille en la Parole de Dieu (Rm 1.16). Le témoignage rendu à Jésus est puissant dans cette ville idolâtre.
Il est important d’insister sur cette libération spirituelle totale : Jésus est plus fort que toutes les puissances des ténèbres. Dans un monde où le spiritisme, la drogue, le monde parapsychologique attirent et en même temps font trembler et enchaînent beaucoup de personnes, il est bon de rappeler la puissance libératrice du Seigneur. Ici, il délivre cette femme, même si elle n’a rien demandé ! On ne sait pas ce qu’elle est devenue, ni si elle a cru au Seigneur, le texte ne le dit pas. En tous cas, elle avait retrouvé la liberté de le recevoir ou non dans son cœur.

La vengeance des maîtres de la servante

C’est la cupidité des maîtres de la servante qui les fait se retourner contre ceux qui les privent de leur gagne-pain. L’accusation portée contre les missionnaires de troubler l’ordre public est propre à les faire condamner par les autorités romaines. C’est un procédé toujours utilisé contre les chrétiens par des accusateurs, lorsque le motif religieux n’est pas recevable par les autorités, car hors de leur compétence.

Les maîtres y ajoutent un autre grief qui marque leur orgueil de Romains, et leur mépris pour les Juifs (v 21) : « ils sont Juifs et enseignent des doctrines et des coutumes interdites aux Romains ». Une loi romaine interdisait officiellement l’introduction de religions nouvelles sous peine de mort ou de déportation. Evidemment elles se répandaient clandestinement, et attiraient à cause de ce caractère occulte et secret qu’elles étaient obligées d’avoir. La religion juive était autorisée mais méprisée par les Romains, qui toléraient les Juifs à cause de leur service de banquiers de l’Etat et de prêteurs…donc jugés usuriers, mais indispensables ! La facilité avec laquelle les magistrats romains flagellent et emprisonnent sans jugement Paul et Silas, présentés comme des Juifs, donne la mesure de leur mépris pour eux. Le silence des missionnaires sur leur identité de romains est interpellant ! Ils ne se défendent pas alors qu’ils en ont le droit. A notre époque où on revendique ses droits à tout propos, quelle leçon d’humilité et de non violence !

En prison Paul et Silas.jpg

Prisonniers, les fers aux pieds, Paul et Silas restent libres spirituellement, au point de prier et chanter les louanges de Dieu en prison, de façon à faire connaître la Bonne Nouvelle aux autres prisonniers ! De quoi pouvaient-ils rendre grâces ? D’être en vie, de pouvoir encore annoncer la Parole du salut, de savoir que Dieu était présent auprès d’eux, des promesses de délivrance qu’Il leur avait laissées. En toutes circonstances, même les plus pénibles, ils s’oublient eux-mêmes pour se tourner vers leur Seigneur et manifester la joie de lui appartenir et de le servir.

Le Seigneur répond avec puissance à leur confiance en lui, en les délivrant de leurs chaînes par un tremblement de terre, non seulement eux, mais aussi les autres prisonniers. Les serviteurs de Dieu sont en bénédiction à leur entourage. Cette délivrance physique semble s’accompagner pour les autres prisonniers d’un changement de comportement : ils ne pensent même pas à profiter de l’occasion pour s’évader, tant l’attitude des deux missionnaires et la réponse divine à leurs prières les ont impressionnés. De prisonniers qu’ils étaient Paul et Silas deviennent les maîtres de la situation.

 

Le geôlier

Cette attitude incompréhensible, et l’appel de Paul qui veut lui préserver la vie, bouleversent le geôlier. Comment est-ce possible de rester en prison alors que les portes sont ouvertes, comment est-ce possible de sauver la vie de celui qui est l’instrument de ses persécuteurs ? Il voit là une intervention surnaturelle d’une divinité qui protège ses serviteurs injustement traités, et il craint de faire les frais de la colère soit de la divinité qui vengerait l’injustice, soit des autorités romaines qui le puniraient de n’avoir pas fait son travail. Son cri « Que faut-il que je fasse pour être sauvé » est d’abord pragmatique : il est entre deux puissances qui ont droit de vie ou de mort sur lui, et il désire évidemment rester en vie ! C’est Paul qui donne à ce cri toute sa portée spirituelle en l’invitant à croire au Seigneur Jésus, et en lui annonçant la Parole du salut, à lui et à sa maisonnée.

Croire au Seigneur Jésus, c’est lui faire confiance du fond du cœur, et c’est être déjà sauvé de la mort éternelle ! Paul n’a pas d’autre message dans toutes ses lettres; C’est le message que l’Eglise a à proclamer à tous.

La conversion du geôlier se manifeste aussitôt par des actes de charité peu ordinaires pour un geôlier : laver les plaies des prisonniers, les accueillir chez lui, les nourrir ! Le Saint-Esprit a vraiment changé son état d’esprit et sa façon d’agir ! La vie de celui qui donne son cœur au Christ est bouleversée et emplie d’amour et de joie.

L’autorité de Paul que le geôlier lui reconnaît sur sa vie en se mettant à son service (v 33), a pour origines l’enchaînement des circonstances qui ont fait du prisonnier juif un maître, le comportement exceptionnel de Paul et des autres prisonniers, la puissance de la présence de Dieu qui s’est manifestée concrètement et la promesse de salut prononcée avec foi par Paul.

 

La libération de prison

Le sort officiel de Paul et Silas n’était pas réglé pour autant. Sans doute, le tremblement de terre avait-il amené les autorités à réfléchir sur leur absence de jugement, dont la divinité se vengeait par ce cataclysme, ou bien ils avaient appris en partie ce qui s’était passé à la prison pendant la nuit, et ils ne voulaient pas aller contre la volonté du Dieu de ces Juifs qui les délivrait, de peur d’encourir sa colère. C’est pourquoi ils donnèrent l’ordre de les relâcher sans autre procédure.

Le geôlier en est doublement heureux, pour eux et pour lui, qui n’aura pas à subir de conséquences de sa générosité. Mais Paul refuse catégoriquement une libération secrète, et révèle sa romanité, qui le rendait intouchable par les autorités, sinon avec procès.

 Pourquoi la veille n’avait-il pas fait valoir sa condition de Romain, et maintenant s’en réclame-t-il ? La veille, ce n’aurait été que pour éviter un supplice et une injure personnels ; cela Paul et Silas étaient capables de le supporter. Mais maintenant, l’honneur et l’influence de leur ministère, la cause et l’autorité de l’Evangile étaient en jeu. Libérés en cachette, ils risquaient d’être considérés comme des évadés, des repris de justice vagabonds, et leur message ne serait pas écouté.

Paul aurait pu invoquer des peines sévères contre ceux qui les avaient traités injustement, il se contente de demander des excuses et une libération officielle. Cela explique la peur des fonctionnaires et leur mansuétude soudaine envers Paul et Silas. S’ils les prient de partir, c’est pour éviter de nouveaux troubles ou pour éloigner ceux qui les avaient gravement compromis.

Paul se servira à nouveau de sa qualité de Romain, non pour éviter personnellement un supplice, mais pour échapper à la mort par assassinat qui aurait mis fin à son ministère : il voulait pouvoir faire entendre le message du salut le plus loin et le plus longtemps possible (Actes 22.24-25). Ce n’est pas son sort personnel qui le préoccupe, mais l’accomplissement de sa mission !

Ici l’autorité de Paul sur les Romains vient de leur système juridique et de leur superstition. Paul est totalement dans son droit, ils risquent gros si leurs supérieurs apprenaient leur bévue ; de plus Paul semble, à leurs yeux, protégé de son Dieu assez puissant pour provoquer un tremblement de terre libérateur. Mieux vaut éviter de le défier encore !

 

Finalement dans sa double confrontation avec le démon de la servante, et avec les autorités romaines, Paul garde son sang-froid, la maîtrise de ses émotions et la conscience de sa mission de porte-parole de Dieu ; il impose son autorité de représentant de Dieu, confiant dans ses promesses. Il suit l’exemple du prophète Jérémie (36.22-31) qui ne se laissa pas détourner de sa mission par la fureur et les menaces du roi. Le chrétien d’aujourd’hui a-t-il la même assurance et la même autorité devant l’injustice commise à son égard et à l’égard des opprimés ?

 

Questions pour une application dans la vie chrétienne

 

-          Sur quoi fondons-nous l’autorité de nos pasteurs, de nos prédicateurs, et de nos enseignants dans l’Eglise ? Sur leur facilité de parole, sur leur prestance ou leur aisance sociale, sur leur autorité personnelle ou fonctionnelle, ou sur l’autorité de la Parole de Dieu qu’ils proclament ? Qu’est-ce que cela change dans notre attitude  à leur égard, et à l’égard de leur message ?

 

-          A quels changement de comportement vis-à-vis des autorités civiles l’attitude de Paul nous invite-t-elle ?

 

-          Comment mes attitudes de chrétien dans l’adversité comme dans le bonheur peuvent-elles être en bénédiction pour mon entourage ?

 

-          Comment ne pas abuser de l’autorité de la Parole divine et éviter de l’utiliser pour imposer notre volonté humaine, dans l’église comme à l’extérieur ?

06.02.2009

Etude n°7 Le travail des prophètes (14 02 09)

Etude n° 7 : Le travail du prophète (14 02 09)

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Le Guide adventiste de lectures bibliques hebdomadaires nous propose cette semaine d’examiner plusieurs passages de la Bible bien connus, pour passer en revue les divers aspects de l’activité de prophètes caractéristiques comme Abraham (Gn 22.1-14), Moïse (OS 12.14), Esaïe (53), Jean-Baptiste (Mt 3.7-10), Paul (1 Co 5.1-5), et même Jésus (Rm 3.21-26). Ces prophètes, porte-paroles de Dieu et « types » de l’œuvre de salut de Christ, ont respectivement préfiguré le sacrifice de Christ, libéré, guidé, protégé le peuple d’Israël à sa sortie d’Egypte, annoncé la mort et la résurrection du Serviteur Souffrant, exercé un ministère de répréhension auprès des chefs Juifs et de l’Eglise chrétienne, et enfin pour Jésus, manifesté la justice gratuite de Dieu. Tous ont eu pour tâche de révéler l’amour inconditionnel de Dieu et de conduire le peuple à croire au Messie pour son salut.

Il nous a semblé que Paul dans sa première lettre aux Corinthiens (ch 14), donnait une admirable synthèse du rôle du prophète dans l’Eglise. C’est pourquoi nous vous proposons d’étudier cette semaine, hors des textes du Guide d’études, ce chapitre particulièrement éclairant sur le travail du prophète.

 

Texte : 1 Corinthiens 14 .1-40

 

Observons

Le contexte

A partir du ch 12, Paul aborde la question des dons spirituels accordés par l’Esprit pour unir et édifier l’Eglise, corps du Christ. Mais (ch 13) ces divers dons n’ont aucune valeur sans l’amour (agapê).

Le texte

A-    1-25 :   Rapport du don des langues avec celui de la prophétie :

      1-6 :     Comparaison entre l’utilité du don des langues et celle du don de prophétie

      7-11 :   deux illustrations : la musique instrumentale et les langages humains ont un sens pour les auditeurs

      12-19 : de même, que les dons spirituels recherchés édifient et instruisent l’Eglise

      20-25 : A la différence du don des langues, la prophétie fait appel à la maturité de jugement des croyants, et peut convaincre et convertir les incroyants.

B- 26-40 : Usage des dons  dans l’Eglise pour l’édification de tous

      26-28 : pour les langues, ordre d’intervention et interprétation sont indispensables

      29-33a : pour la prophétie, même nécessité d’ordre et de soumission mutuelle à l’Esprit

      33b-35 : place des femmes dans l’Eglise

      36-40 : Autorité sur tous de la Parole de Dieu dispensée par l’apôtre. Le don de prophétie est préférable à celui des langues.

 

  

Comprenons

Dans ce chapitre nous nous intéresserons à tout ce que Paul nous dit de la prophétie dans l’Eglise.

 

A- Paul conçoit ce don de façon très générale : la prophétie, c’est le don de s’adresser aux croyants (v 22) de la part de Dieu, de façon significative (v 9), pour les édifier (V 4).

La prophétie n’est pas limitée, comme nous le faisons trop souvent aujourd’hui, à la prédiction personnelle ou à la révélation de l’avenir en général.

Ce n’est pas non plus un don accordé à un spécialiste, car tous peuvent désirer prophétiser (v 5,24,31,39), pourvu que ce soit en vue de l’édification de tous. On peut donc de façon très étendue rechercher ce don de distribuer la parole édifiante de Dieu, lorsqu’on est pasteur, prédicateur/trice, catéchète, membres de groupes bibliques à l’église ou au foyer, témoin de Jésus-Christ devant n’importe quel public. Ainsi se réaliserait le vœu de Paul, mais aussi de Moïse (Nb 11.29 : Puisse tout le peuple de l’Eternel être composé de prophètes, et veuille l’Eternel mettre son Esprit sur eux ! »

Le parler en langues (glossolalie) n’est intelligible à personne d’autre que celui qui le vit. Il ne devient intelligible que si celui-ci l’interprète (v 2,9). Il ne fait pas appel à l’intelligence, ni à la communion des auditeurs (v 14,16) ; il n’est que l’expression d’une action de grâces personnelle. Tandis que la prophétie implique la participation de tous : le prophète pour prononcer des paroles compréhensibles et significatives (v 9,19), et l’assemblée pour saisir les enseignements dispensés et les mettre en pratique par la repentance et l’adoration de Dieu (v 24-25).

Pour Paul, la qualité principale du prophète, c’est qu’il parle à tous les hommes de la part de Dieu : comme le son d’un instrument de musique permet de reconnaître l’instrument qui l’émet, la parole prophétique permet de reconnaître le Seigneur comme libérateur du péché (v 24 ; Osée 12.14), et comme Consolateur des souffrances (v3). Prenant sens pour l’auditeur, elle l’avertit comme une trompette (// Ap 8-11) ; elle le conduit, comme Jean-Baptiste ou Paul, à examiner l’état de son cœur (v 25a), et à se tourner vers Dieu pour l’adorer et jouir de sa présence dans l’assemblée (v 25b). 

Ainsi le prophète (v 3B) en révélant les mystères de Dieu de façon intelligible, exhorte, c’est-à-dire encourage et pousse les auditeurs à prendre des décisions pour leur salut, à se repentir de leur état de pécheurs et à se tourner vers leur Sauveur. Le prophète instruit les autres (v 19) en révélant le plan et l’œuvre de salut de Dieu en Jésus-Christ, comme Abraham ou Esaïe y ont contribué par leurs actes ou leur prédication.

Le fruit de l’exhortation, de la révélation et de l’enseignement est double : la consolation personnelle et la « consolidation » ou édification de l’Eglise toute entière. Cette édification au sens de croissance spirituelle, morale et numérique (Ep 4.11-13) est en effet le but suprême des dons de l’Esprit. Le prophète œuvre dans ce sens par sa parole et ses gestes, et par le témoignage de sa vie entière.

 Nous croyons que dans les derniers temps Dieu suscite un peuple de prophètes (« joueurs de harpe jouant de la harpe » Ap 14.2) pour appeler au salut le plus grand nombre possible d’hommes. Ils ont pour mission de proclamer la vérité du Dieu Créateur, Juge et Sauveur (Ap 14.6-12 ; 19.10). Il nous semble important de comprendre le rôle de chacun dans cette œuvre de prophétie, dans un monde qui, sans le savoir, a faim et soif d’entendre la Parole de Dieu (Amos 8.11).

C’est pourquoi pour terminer le chapitre 14 de sa lettre aux Corinthiens Paul s’attache à donner des instructions très pratiques sur l’usage du don de prophétie ou simplement de la parole, au sein des assemblées chrétiennes.

 

B-    Comme l’ordre et la bienséance doivent régner dans les assemblées, Paul établit des règles universelles de communication et de comportement dans un groupe : si l’on veut édifier paisiblement et donner une image de Dieu la plus fidèle possible, chacun doit parler et écouter à son tour, sans cacophonie ni multiplication d’intervenants (v 29-33), ni orgueil personnel. En effet, les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes : c’est-à-dire qu’aucun prophète ne peut prétendre être le seul inspiré, ou avoir une révélation particulière plus importante ou complètement différente des autres prophètes inspirés de Dieu (2 Pi 1.20-21). Cela signifie aussi que celui qui est inspiré de Dieu ne perd pas le contrôle de lui-même, de sa raison, (comme le don des langues semble l’avoir provoqué à Corinthes). Il garde conscience de sa responsabilité vis-à-vis du message à dispenser et vis-à-vis de ses auditeurs. Sa parole est en harmonie avec celle des autres prophètes de la Bible (« selon l’analogie de la foi » Rm 12.6), car Dieu ne peut pas se contredire. Comme porte-parole, le prophète reste humble et soumis à l’Esprit qui l’envoie.

Le passage concernant la parole des femmes dans les assemblées est dicté par un souci culturel de bienséance chrétienne : dans le monde grec d’alors, les femmes honnêtes restaient à la maison, recluses dans le gynécée ; celles qui apparaissaient en public et y prenaient la parole étaient soit des courtisanes, soit des prêtresses du dieu Apollon, qui délivraient, sous l’emprise de drogues, des messages divinatoires comme la Pythie à Delphes (voir la servante possédée d’Actes 16.16). L’Eglise devait éviter soigneusement d’être assimilée à ces pratiques divinatoires et extatiques, pour témoigner d’un Dieu qui inspire ses fidèles dans la paix, l’harmonie et la conscience de soi et de sa place. Paul fait-il allusion au texte de Gn 3.16, en parlant de la « loi » de soumission de la femme à son mari, pour donner autorité à son conseil en en faisant un « commandement du Seigneur » (v 37b), alors que cette parole n’était qu’une prévision divine de l’état des relations entre les époux après la chute !? Combien cette lecture littérale nous semble avoir été néfaste à l’édification de l’Eglise que recherchait ardemment Paul, car l’Eglise s’est privée ainsi des dons accordés par l’Esprit aux femmes comme aux hommes (Ga 3.28) pour l’utilité de l’Eglise ! Ce que Paul nous semble recommander pour le bien et le témoignage de l’Eglise, c’est que la prise de parole au nom de Dieu, la prophétie, ne soit pas l’occasion de bavardage et de désordre dans l’assemblée, de confusion spirituelle sur l’origine de l’inspiration, et de scandale au niveau culturel et social. En cela, il peut dire que son conseil est un commandement, une volonté du Seigneur, applicable et utile à toute époque et dans toute culture.

 

Questions pour une application dans la vie chrétienne

 

-          Comment rendre toute parole prononcée au nom de Dieu dans l’Eglise et hors de l’Eglise, parole d’encouragement, d’enseignement et de consolation ?

-          Suis-je conscient d’être porte-parole de Dieu autour de moi par ma vie et par mes propos ? A quelles réformes cette conscience me conduit-elle au niveau spirituel (= dans ma relation avec Dieu), au niveau relationnel et moral (= dans ma relation avec les autres et avec moi-même), au niveau pratique (dans mon langage et mon vécu) ?

-          Comment mon église remplit-elle son rôle de prophète dans et hors de la communauté ? Quel message porte-t-elle au monde et aux fidèles ?

-          Quelle est ma participation personnelle à cette œuvre de proclamation de la Parole, et plus particulièrement quels sont mon intérêt et mon attention pour la prophétie biblique (Ap 1.3 ; 22.7).

-          Comment mon Eglise utilise-t-elle les dons de la Parole accordés par l’Esprit à des femmes pour l’édification de tous (prédicatrice, pasteure, enseignante, théologienne) ? Par quels préjugés socioculturels à ce sujet est-elle encore freinée dans son développement ?

-          Comment personnellement accepter et respecter la liberté de l’Esprit d’accorder ce don à une femme, quand la vie et la croissance d’une communauté en dépendent ?

 

 

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