28.11.2008

Etude n°10 L'expiation à la croix

Etude n°10 : Réconciliation à la croix Col 1,12-23 (6 12 08)

Observons

Le contexte (1.1-11)crucifié evangile et peinture.jpg

Paul rend grâces à Dieu pour la foi et la charité des chrétiens de Colosses, église de Phrygie en Asie Mineure, fondée et dirigée par Epaphras (v 7). Il prie pour qu’ils soient remplis de la connaissance de la volonté de Dieu, « en toute sagesse et intelligence spirituelle» (v 9), et qu’ils marchent d’une manière digne du Seigneur (v 10-11)

Le texte (v 12-23)

V 12-14 : Sujets d’action de grâces des croyants : la rédemption, le pardon des péchés en Christ.

V 15-20 : Qualités du Rédempteur et Réconciliateur

V 21-23 Réconciliation et justification en Christ ont pour fruit la persévérance dans la foi et l’espérance.

Vocabulaire pour l’œuvre de salut :

V 13 : délivrer du pouvoir des ténèbres, en opposition au v 12 à avoir part à l’héritage des saints dans la lumière.

V 14 : la rédemption = le rachat de l’esclave grâce à une rançon, = la libération (1 Pi 1.18-19)

V 14 : le pardon des péchés = l’élimination, l’expiation (Dan 9.24 ; Hé 2.12 ; 9.12)

V 20 : Tout réconcilier avec lui par le sang de la croix (Rm 5.10-11 ; Eph 2.13-18)

V 22 : faire paraître devant lui saint, sans défaut, sans reproche = la justification et la sanctification.

Comprenons

Comme nous l’avons vu la semaine dernière, les notions de rédemption et d’expiation sont si intimement liées que les auteurs bibliques et Paul en particulier les emploie souvent indifféremment l’une pour l’autre.

Pour saisir le sens de ce mot expiation, voici des extraits de l’article « Expiation » du Vocabulaire de théologie biblique (sous la direction de Léon Dufour, Le Cerf 1991 :

« Les traductions françaises de la Bible utilisent souvent le terme « expiation » ou parfois « propi­tiation » (hb. kipper, gr. hilaskesthai) dans l’AT soit à propos des sacrifices « pour le péché » où le prêtre est dit « accomplir le rite de l'expiation «  (Lv 4), soit plus spécialement encore à propos de la fête annuelle du 10 tishri, généralement nommée « le jour des expiations » ou « le grand jour de l'expiation » et dont Lv 16 décrit en détail le rituel.

Dans le NT, si le terme est rare (Rm 3,25 ; He 2,17; 1 Jn 2,2; 4,10), l'idée se retrouve fré­quemment, non seulement dans toute l'épître aux Hébreux qui assimile le rôle rédempteur du Christ à la fonction du Grand Prêtre au « jour des expia­tions », mais, plus ou moins certainement, chaque fois que le Christ est déclaré « mourir pour nos péchés » (1Co 15,3) ou « répandre son sang pour la rémission des péchés » (Mt 26,28).

1. Expiation et Péché. En français comme dans nombre de langues modernes, la notion d'expia­tion tend à se confondre avec celle de châtiment. Au contraire, pour tous les anciens - tel est le sens du verbe expiare dans la Vulgate comme dans la liturgie -, qui dit « expier » dit essentiellement «purifier », plus exac­tement rendre un objet, un lieu, une personne désormais agréables aux dieux, alors qu'aupara­vant ils ne leur agréaient pas. Toute expiation suppose donc l'existence d'un péché et a pour effet de le détruire.

Comme ce péché n'est pas conçu à la façon d'une souillure matérielle qu'il serait au pouvoir de l'homme de faire disparaître, mais qu'il s'iden­tifie à la rébellion même de l'homme contre Dieu, l'expiation efface le péché en réunissant de nou­veau l'homme à Dieu, en le lui « consacrant » selon le sens de l'aspersion du sang… Une expiation authentique ne saurait avoir de valeur indépendamment des dispositions intérieures de celui qui l'offre; elle est d'abord un acte spirituel, que le geste extérieur exprime mais qu'il ne peut suppléer. Elle exclut également toute prétention de l'homme à forcer Dieu à lui devenir favorable. Une telle prière se ramène à un acte de foi en la fidélité de Dieu. Ainsi conçue, l'expiation ne tend point, sinon aux yeux de l'homme, à changer les dispositions de Dieu, mais à disposer l'homme à accueillir le don de Dieu.

2. Expiation et pardon. Aussi le «jour des expia­tions » était-il plus encore dans la conscience reli­gieuse des juifs le « jour des pardons ». Et quand, à deux reprises saint Jean, évoquant soit l'interces­sion céleste du Christ auprès du Père (1 Jn 2,2), soit l'oeuvre accomplie ici-bas par sa mort et sa résurrection (1 Jn 4,10), déclare qu'il est, ou que le Père l'a fait, « hilasmos pour nos péchés », le terme offre sans doute le même sens qu'il a tou­jours dans l’AT grec (Ps 130,4) et que le mot latin propitiatio offre aussi toujours dans la litur­gie : par le Christ et dans le Christ le Père réalise le dessein de son amour éternel (1 Jn 4,8) en « se montrant propice », c'est-à-dire en « pardonnant » aux hommes, d'un pardon efficace, qui détruise vraiment le péché, qui « purifie » l'homme, lui communique sa propre vie (1 Jn 4,9). (Stanilas LYONNET)

Notre texte de Colossiens place les deux mots de « rédemption » (apolutrõsis) et de « rémission » (aphesis) des péchés (v 14) au cœur de l’action de grâce du croyant en Jésus-Christ, et prend soin de décliner les qualités du Christ qui font de lui le seul Sauveur de l’Univers et de l’Eglise, pour ensuite énoncer les fruits de la rédemption.

Avant d’expliquer le sens que Paul donne à l’œuvre d’expiation par le sang de Christ, examinons les qualifications de Christ pour l’accomplir (v 15-20).

V 15 : Jésus est l’image du Dieu invisible : il est le seul qui rende perceptible  à l’homme la divinité invisible, spirituelle (Jn 1.18). Il est la vraie manifestation de l’amour de Dieu (Jn 8.19 ; 14.9), car lui seul est descendu du ciel pour le révéler (Jn 3.13). (Zabou : La Parole créatrice)Création par la Parole Zabou.jpg

V 16-17 : Le premier-né de la création : contrairement à certains interprètes, il ne faut pas prendre cette expression littéralement dans son sens biologique. Le premier-né était un titre qui marquait la fonction éminente, la dignité suprême, ou l’origine d’un événement. Les versets 16-17 expliquent l’expression : « Tout, (visible et invisible) a été créé en lui, par lui, et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui». Sa préexistence de Concepteur (en lui), de Créateur (par lui) et de destinataire (pour lui) le rend supérieur et d’une autre essence que toutes les autres créatures angéliques (Hé 1), humaines, animales, ou végétales, que l’homme aurait tendance à adorer comme intermédiaires entre la Divinité et lui (2.18). Cette puissance créatrice qui n’appartient qu’à lui, le rend à même de conserver l’univers, de soutenir son existence (v 17), car sans lui, livré à lui-même, l’univers irait à sa destruction. L’exemple de Pharaon, livré à son endurcissement de cœur qui le conduit à la mort (Exode 11 et 14.7-18, 28) est là pour nous faire comprendre que lorsque l’Esprit qui soutient toute chose est obstinément refusé, Il se retire et laisse le monde livré aux forces destructrices. C’est peut-être ce que nous commençons à voir se réaliser dans le monde aujourd’hui. Mais heureusement, Dieu par amour « use de patience, car il ne veut pas qu’aucun périsse, mais il veut que tous arrivent à la repentance (2 Pi 3.9).

V 18 : Après l’exposé du rapport de Christ à Dieu le Père, et de son rapport à l’Univers, Paul aborde son rapport à l’Eglise : Il en est la tête, le chef, ce que les faux docteurs de Colosses semblent avoir contesté (2.18). L’Eglise, corps du Christ est une image chère à Paul (1 Co 10.17 ; 12.12 ; Eph 1.22-23,…) pour exprimer l’union de Christ avec les croyants qu’il dirige et anime, et leur solidarité dans la diversité des membres qui la composent. L’Eglise est ici considérée comme une seconde création, spirituelle, dont Jésus est l’origine, le commencement, comme il l’a été de la création physique. Grâce à la résurrection de Christ, l’humanité peut commencer une nouvelle vie dont Christ est la source. Comme « premier-né d’entre les morts »(v 18), « prémices de ceux qui sont décédés (1 Co 15.20), il ouvre le chemin de la vie éternelle à tous ceux qui croient en lui.

Puisque Christ est prééminent en tout, origine de tout, et qu’il est ressuscité, il a la puissance de vie et les qualifications pour accomplir parfaitement l’œuvre de rédemption et d’expiation de l’homme. Nous avons vu la semaine dernière que si au départ le mot « rédemption » signifiait « le rachat » d’un esclave, il est devenu dans le langage biblique synonyme de « salut ». L’expiation, au sens de « libération des péchés » est la première étape de cette œuvre de salut. Le « Jour des Expiations » (Kippourim) symbolisait dans ses rites le processus d’effacement, d’absolution des péchés, qui libère de l’esclavage du mal, l’homme voué à la mort par suite de son péché (= état de séparation d’avec Dieu). Le sang pur du bouc pour l’Éternel, sacrifié sans imposition des mains, aspergé sur l’arche de la Loi , et sur tous les objets du Lieu Saint et sur l’autel des sacrifices, les purifiait des souillures provoquées par le sang des sacrifices quotidiens, qui avaient porté devant Dieu les fautes confessées par les fidèles repentants. Ce que préfigurait ce Jour des Expiations, Christ l’a accompli parfaitement à la croix : Il a pris sur lui le péché de l’homme, bien qu’il soit innocent (2 Co 5.21), et il l’a fait mourir sur la croix dans sa mort (Rm 8.3). Il a ainsi « ôté  le péché du monde», l’a « expié » (Dan 9.24 ; Hé 2.17 ; 9.12), extirpé du cœur de celui qui accepte ce chemin de salut et s’identifie à Christ sur la croix : « la vieille nature (pécheresse) a été crucifiée avec lui, afin que ce corps de péché soit réduit à l’impuissance et que nous ne soyons plus esclaves du péché » (Rm 6.6).

V 20- 22 : Christ ayant accompli cette purification, cette élimination du péché, a anéanti ce qui séparait l’homme de Colombe de paix 2.jpgDieu, et a permis au croyant d’être réconcilié (seconde étape du salut) avec son Père et de retrouver la paix du cœur dans une relation d’amour avec lui (v 20), sans crainte ni culpabilité, car Dieu dans son amour le déclare « juste » devant lui (Luc 18.14 ; Es 53.11). C’est ce qu’on appelle la justification (troisième étape), qui a pour fruit la sanctification (quatrième étape) par l’Esprit pour que le croyant « paraisse devant lui, (à son avènement), saint, sans défaut et sans reproche » (v 22).

Chacune des étapes de la rédemption ou libération des puissances des ténèbres (pardon des péchés, réconciliation, justification, sanctification) procède de la mort et de la résurrection de Christ, de sorte que nul ne peut se glorifier d’un quelconque mérite personnel. Ce ne sont pas nos efforts de sainteté et d’obéissance, ni nos sacrifices coûteux qui nous sauvent, qui éliminent le péché en nous, mais c’est parce que Christ est mort et ressuscité pour nous, que nous avons accès à la vie éternelle et que nous pouvons vivre, ancrés dans la foi et l’espérance, une vie consacrée au service du Seigneur et fidèle à l’Evangile, comme Paul (V 23).

Le salut offert par Christ s’accompagne donc, s’il est accepté d’un cœur repentant et sincère, d’une nouvelle naissance (Jn 3.5-6 ; 2 Co 5.17-18), où la réconciliation avec Dieu permet à l’Esprit de régénérer l’être intérieur, et de produire des œuvres qui témoigneront de notre appartenance à un Dieu d’amour inconditionnel (Jn 3.16 ; Rm 5.8).

Questions pour une application dans la vie chrétienne -          Comment ma rencontre avec le Christ crucifié et ressuscité m’a-t-elle délivré du « pouvoir des ténèbres » ?  Ai-je encore un sentiment de culpabilité, une angoisse de la mort et du jugement, une rancune tenace, une habitude nocive, qui troublent ma vie ? Si oui, comment obtenir la paix ? Sinon, comment ma libération se remarque-t-elle, dans mes relations à Dieu et aux autres ?

-      En quoi les textes de l’étude de cette semaine peuvent-ils m’aider à avancer sur le chemin de la réconciliation avec Dieu, avec moi-même et avec les autres ?

-      Comment l’Eglise me permet-elle d’expérimenter le pardon de Dieu ? Quelle est ma participation dans cette œuvre ? Comment concilier discipline ecclésiastique et pardon ?

-      Quel état d’esprit implique la foi dans l’œuvre d’expiation ou de pardon accomplie par Christ sur la croix ? (Humilité, repentance, reconnaissance à Dieu, engagement au service de Dieu) Comment nos liturgies nous invitent-elles à marcher sur ce chemin ?

schéma rédemption 001.jpg
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21.11.2008

Etude n°9 métaphores du salut (29 Nov 08)

Etude n° 9 : Métaphores du salut (Rédemption/réconciliation) 28 Nov 08

Romains 3.19-26

Observons

Le contexte

Après avoir démontré dans les ch 1 et 2 de sa lettre aux Romains, l’universalité du péché (non-Juifs et Juifs sont à égalité, même si les Juifs ont l’avantage primordial d’être les dépositaires de la Parole de Dieu (3.1-9), Paul appuie sa démonstration sur les textes des Écritures qui affirment que tous les hommes sont coupables parce que « la crainte de Dieu n’est pas devant leurs yeux » (v 10-18).

  Le texte Crucifixion Le Tintoret.jpg

Structure

V 19-20 : La loi fait connaître le péché

V 21-22 : La justice de Dieu s’obtient par la foi en JC

V 23-26 : La mort de JC, moyen de rédemption et d’expiation pour tous.

(Le Tintoret Crucifixion, détail)

Répétitions :

Justifié = v 19, 20, 24

Justice de Dieu = v 21,22,25,26

Dieu reconnu juste : v 26

Dieu justifiant : v 26

6 fois Dieu justifie ou accorde sa justice, 2 fois l’homme est l’objet de la justice de Dieu. Le vocabulaire est essentiellement juridique.

3 fois les destinataires de l’œuvre de salut de JC sont désignés comme « ceux qui croient » (22), « ceux qui ont la foi en son sang » (25), celui qui a la foi en Jésus » (26)

Opposition entre l’œuvre de justification de Dieu et l’état de péché de l’homme (v 19,20,23,25)

Au centre du texte (v 24-25) on trouve les notions de « rédemption » en Christ, et « d’expiation » opérée par Christ pour « ceux qui ont la foi en son sang ». Ces deux termes sortent du vocabulaire juridique : ils sont du domaine social (relation entre les hommes) et religieux (relation avec Dieu).

Comprenons

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Le contexte

Paul vient de citer quelques passages des Ecritures qui justifient son affirmation de l’universalité du péché :  Ps 14.1-3 pour les versets 10-12 ; Ps 5.10 ; 140.4 ; 10.7 pour les v 13-14 ; Es 59.7-8 pour les v 15-17. Paul cite ces textes selon la version des Septante en grec qu’il connaissait. Ces passages dénoncent l’injustice générale et l’égarement de l’humanité qui « ne cherche pas Dieu ». Cet égarement se manifeste dans la parole  mortelle et l’activité  meurtrière et destructrice, dans l’absence de paix et de crainte ou respect de Dieu, qui règnent parmi les hommes.

Le texte

V 19-20 : Paul conclut que ces révélations de l’Ancienne Alliance s’adressent aux Juifs « qui sont sous la loi », c’est-à-dire qui en sont les dépositaires, pour les avertir que eux aussi sont concernés puisque « tous sont coupables  devant Dieu» (ch 1-2), car la source du péché se trouve dans le cœur humain. L’observation de la loi morale ou rituelle ne peut donc constituer un mérite pour obtenir la justice de Dieu, ou en d’autres termes pour être considéré comme juste par Dieu. Les efforts faits pour observer la loi sont vains et imparfaits, s’ils ont pour but de gagner le salut, émanant ainsi d’un cœur orgueilleux et suffisant, et non d’un amour véritable pour Dieu. L’Éternel n’a pas donné la loi à l’homme comme moyen d’acquérir la vraie justice ou la sainteté, mais comme révélateur de son état profond de péché, pour le conduire à Dieu dans la repentance (Ga 3.24).

V 21-22 : En opposition, (« Mais maintenant » = sous la Nouvelle Alliance ) à cette prétention d’obtenir le salut par l’obéissance à la loi, Paul va développer avec joie (ce « mais maintenant » manifeste un soulagement, une libération !), la vraie source de justice que révèle tout l’Ancien Testament (= Loi et Prophètes) : Dieu accorde sa justice à tous ceux qui croient en Jésus (v 22 // 1.16-17), sans que l’obéissance à la loi joue un rôle pour l’obtenir.

V 23-24 : Pour comprendre en quoi consiste cette justice ou sainteté accordée par Dieu « gratuitement et par grâce » (la redondance insiste sur l’idée du don inconditionnel de Dieu), à celui sans distinction d’origine, et sans mérite, qui croit dans le « sang » de Christ, Paul use de deux métaphores, la rédemption et l’expiation, qui même si elles sont fort employées dans le Nouveau Testament, demandent à chaque fois d’être expliquées. (Nous nous attacherons dans cette étude à la rédemption, et dans l’étude de la semaine prochaine à l’expiation).

La rédemption

Privé de la gloire de Dieu, c’est à dire coupé de l’image de Dieu qu’il était destiné à être (Ge 1.27 // 1 Co 11.7), parce qu’il s’est soumis à Satan, l’homme est devenu esclave du péché dont il ne peut s’affranchir lui-même (Rm 6.16 ; 7.23-24 ; 2 Ti 2.26 ; 2 Pi 2.19).

Le mot « rédemption » est de la même racine (ou gā’al en hébreu, lutroô ou agorazô en grec) que le mot « rachat » et signifie dans la Bible « racheter, libérer » d’un asservissement des humains ou des biens, au moyen d’une aide extérieure ou « rançon ». Il a pris dans le langage actuel une extension de sens pour désigner « le plan du salut de Dieu en Jésus-Christ ».  Dans l’Ancien Testament (Lév 25.25 ; Ruth 3 et 4 ; Jér 32.6-9), le rachat d’une personne, d’un bien, d’une propriété aliénée ou hypothéquée, est opéré par le «go’ēl » le « racheteur » qui est le plus proche parent, pour préserver l’intégrité familiale. La racine « pādā » est utilisée pour la libération des Israélites esclaves en Egypte (Ex 6.6 ; 15.3) et pour le rachat des premiers-nés normalement consacrés à l’Éternel (Ex 13.13)

L’idée de rançon et de rachat de liberté nous est bien connu aujourd’hui lors de la libération des otages retenus prisonniers par leur ravisseur.libération.jpg

Ici Paul fait « du sang du Christ » ou en d’autres mots de la mort de Christ sur la croix, la rançon, le prix payé par Dieu pour libérer sa créature du péché qui l’éloigne de Lui.

Cette idée de prix ou de rançon payée est en contradiction avec celle de la gratuité de la justice de Dieu, de la grâce offerte à tous ! Il ne faut donc pas  pousser la métaphore trop loin, sinon on introduit une notion mercantile dans le processus du salut. A qui en outre Dieu  (ou Jésus) payerait-il de sa vie ce salut ?*

* Voir la note du Nouveau Vocabulaire Biblique, déjà citée dans l’étude n°10 du 2ème trimestre 2008 : le sens de la mort de Jésus »)

Retenons ici simplement l’idée de libération de l’esclavage du péché et de la mort.

Comment le sang de Jésus (= sa vie, que Jésus a donnée sur la croix) permet-il à celui qui croit d’être libéré de la mort, de la culpabilité et du péché, et d’être considéré comme « juste » devant Dieu ?

Dans chacun des cas de rachat ou de libération mentionnés précédemment, il y a une notion de substitution : Au premier-né consacré à l’Éternel, est substitué un agneau offert à Dieu (Ex 13.13).Plus tard la consécration de toute la tribu de Lévi remplaça la consécration des premiers-nés des autres tribus (Nb 3.41). A la sortie d’Egypte, à la dixième plaie, le sang d’un agneau prend la place des premiers-nés de la maison où il a été aspergé, pour les libérer de la mort. Dans le récit de Ruth, Booz est le « go’el » de la famille de Naomi, et en rachetant la propriété de Naomi, il se substitue au mari défunt de Ruth pour lui donner une descendance et lui conserver son héritage.

La libération est liée à la substitution par le « rédempteur » au moyen d’une rançon (sang ou argent) au profit du racheté. Dans le rachat par Jésus « qui donne sa vie en rançon pour beaucoup » (Mc 10.45 ; Mt 20.28), la même idée de substitution apparaît : la mort de Jésus se substitue à la mort de tous les pécheurs, pour que ceux qui croient en lui bénéficient de sa vie. Un épisode très symbolique de la passion de Jésus peut nous aider à comprendre cette substitution (Jn 18.39-40): Condamné à mort pour ses crimes, le brigand Barrabas (= fils du père !) est délivré parce que Jésus (Fils du Père !) prend sa place : il paye de sa vie la libération de Barrabas.Jesus et Barabbas.jpg

De même Caïphe prononce une parole prophétique inconsciente en disant (Jean 11.50) : «  il est avantageux pour vous qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation entière ne périsse pas ! » Son choix politique pour sauver le peuple Juif de la colère des Romains s’est révélé donner le sens spirituel de la mort de Jésus. Dieu a choisi de se substituer lui-même en Jésus à l’ensemble de l’humanité, et de subir à sa place la mort qui l’attend à la suite de sa séparation d’avec Lui. Ce faisant il réintègre dans sa famille, dans sa maisonnée, celui qui accepte ce don d’amour ; Il le réconcilie avec Lui, selon l’autre image qu’emploie Paul en 2 Co 5.18-19 pour parler du sens de la croix.

Les histoires d’otages libérés contre rançon, ou de Juifs sauvés des camps de concentration par la substitution d’hommes ou de femmes qui ont accepté de prendre leur place peuvent nous faire comprendre le rachat de notre vie et de notre liberté par Jésus (Rm 5.7-8).

Pour bénéficier de ce rachat, de cette réconciliation, Paul affirme qu’il suffit au pécheur repentant de croire que Jésus l’a accompli en sa faveur, de s’approprier personnellement ce don et d’intégrer à sa vie la libération du péché. La Bible annotée de Neuchâtel commente ainsi ce processus de justification (note sur Rm 3.24) : « Devenu un avec Christ, qui s’est mis à sa place et a assumé pour lui (la conséquence de son péché), le pécheur à son tour est admis par sa foi à prendre la place de Christ lui-même. Il devient  enfant de Dieu, fils de Dieu, héritier de Dieu et cohéritier de Christ (Rm 8.14,17) », il est considéré comme juste devant Dieu et peut alors commencer une vie nouvelle, affranchie de l’esclavage du péché, marchant dans la sainteté et la justice que lui communique sa communion avec son Rédempteur (Jean 17.17 ; 1Jn 3.3,5-6).

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-          Ai-je pris conscience de mon impossibilité à racheter moi-même la vie éternelle, à me libérer du péché par mes efforts de sainteté ? Quelles sont encore mes illusions à ce sujet : obéissance à la loi, observation du sabbat, appartenance à « l’Eglise du Reste », hygiène alimentaire, ou toute autre pratique « méritoire » ?

 -          Comment changer d’état d’esprit à l’exemple de Paul (Phi 3.8-9) et acquérir la « justice de Dieu » ?

-          Si je reconnais que Dieu en me rachetant, me réconcilie avec Lui, me fait entrer dans sa famille, comment puis-je vivre  concrètement cette réconciliation dans ma relation avec Lui et avec les autres ? Comment manifester ma reconnaissance et témoigner de ma libération du péché par la grâce de Christ ?

14.11.2008

Etude n°8 Expiation et Incarnation (22 Nov 08)

Etude n°8  Réconciliation et Incarnation

Mat 1.18-25

(Nativité, icône moderne)Nativité icône de Joëlle.jpg

Observons

Le contexte : v 1-17 : Généalogie De Jésus, fils de David, depuis Abraham jusqu’à Joseph, époux de Marie.

Le texte

V 18-19 : Projets de Joseph et Marie

V 20-23 : Intervention de l’ange : Jésus, Dieu avec nous, Sauveur

V 24-25 : Obéissance de Joseph.

Comprenons

Le but de l’Evangile de Matthieu est de mettre en évidence le rapport intime et vivant entre les deux alliances et de montrer ainsi en Jésus-Christ l’aboutissement de toute l’histoire de son peuple et le Libérateur de ses péchés (v21). C’est pourquoi l’évangile commence par une généalogie marquée par les deux grands noms de cette histoire, Abraham et David (v 1).

Dans la postérité d’Abraham devaient être bénies toutes les familles de la terre (Gn 12.3). Cela n’a de sens et d’accomplissement qu’en Jésus-Christ qui offre le salut à tous. De la famille de David devait naître celui dont la royauté serait éternelle, le Messie (Ps 132.11 ; Es 11.1-5)

Christ est venu s’inscrire dans l’humanité à travers une lignée précise, dont Matthieu ne cache pas les imperfections :

1-                       Non seulement Dieu s’incarne , abandonnant sa gloire et sa puissance pour devenir homme comme nous, mais encore il endosse l’humanité déchue et pécheresse de sa famille terrestre. Matthieu ne se contente pas de nommer les hommes, glorieux ou humbles, comme le demande le genre littéraire de la généalogie, mais il y introduit le nom de cinq femmes qui toutes ont dérogé à la morale sociale du peuple.

Tamar, la cananéenne dut commettre l’inceste avec son beau-père Juda pour donner une descendance à la famille. Rahab la prostituée de Jéricho intégra le peuple d’Israël et devint la mère de Booz, Ruth la Moabite choisit de suivre sa belle-mère en Israël, épousa Booz et devint l’arrière-grand-mère de David, Betsabé femme adultère d’Urie, le Héthien, fut épousée par David après le meurtre d’Urie, et devint mère de Salomon. Enfin Marie, vierge et fiancée à Joseph devint enceinte du Saint-Esprit.

Toutes ces femmes sont entrées dans l’alliance avec Dieu à leurs risques et périls, parce qu’elles désiraient avant tout la présence de ce Dieu qui pardonnait leurs faiblesses et leurs erreurs. Jésus, homme de cette lignée ose assumer cette ascendance pour la libérer du péché.

En mentionnant Joseph, l’époux de Marie, tout en sachant qu’il n’était pas le père naturel de Jésus, Matthieu suggère que Marie faisait partie de la même famille descendant d’Abraham et de David. La généalogie de Luc différente de celle de Matthieu, semble le confirmer (3.23): Luc présente la généalogie de Héli, mentionné comme père de Joseph, mais qui serait en fait père de Marie. Ainsi, en épousant Marie, seule héritière du nom, Joseph entrait légalement, par adoption,  dans la lignée d'Héli. Celle-ci d’ailleurs était cousine de celle de Joseph par Nathan (Luc 3.31) fils de David (2.Sa 5.14) frère de Salomon (Mt 1.6). Zacharie (12.12) avait prophétisé que les deux clans porteraient le deuil « du fils unique » divin qu’ils auront transpercé !

Dieu dans cette naissance de Jésus risquait de voir son plan détruit par le refus de Marie, et par l’opposition que sa situation de mère célibataire ou de fiancée adultère pouvait soulever contre elle. Elle était en effet menacée de lapidation pour avoir rompu l’engagement de ses fiançailles. Joseph se trouvait devant un grave dilemne : étant qualifié de « juste », il ne pouvait pas épouser Marie qu’il croyait infidèle, mais l’aimant, il ne pouvait pas non plus la livrer à la honte et à la mort (Dt 22.23). En rompant secrètement avec elle par une lettre de divorce, il la libérait de ses engagements et lui permettait éventuellement d’épouser le père de l’enfant, pour lui éviter la honte et la mort.

2-                       Dieu n’abandonne pas son humble servante et révèle à Joseph la vérité de la situation, au risque de ne pas être cru par lui ! Matthieu insiste (v 18, 25) sur la virginité de Marie, mais aussi sur son humanité : elle ne deviendra effectivement l’épouse de Joseph qu’après la naissance de Jésus. Il est vraisemblable que les frères de Jésus mentionnés dans plusieurs textes  (Mt  12.49, Mc 3.32, Jn 7.5, Ac 1.14) aient été vraiment ses frères et non ses cousins.

Matthieu a construit son récit en encadrant par les données humaines de la naissance de Jésus ce qui est le plus important, les données divines. (Nativité,Georges de La Tour 17è)Nativité de La Tour.jpg

3-       Par l’intervention d’un ange dans un songe, Joseph a la révélation  que cet enfant à naître :

- est conçu du Saint-Esprit (v 20), il est donc Dieu lui-même incarné

-         portera le nom de Jésus ce qui signifie Sauveur, Libérateur (21)

-         réalisera la prophétie messianique d’Esaïe (7.14) sur Emmanuel, Dieu avec nous,

Il faut remarquer là encore la construction de ces versets de la révélation : ils placent au centre la mission de délivrer des péchés, en l’encadrant  par les deux noms  significatifs de l’enfant : Jésus = Sauveur, et Emmanuel = Dieu avec nous.

Matthieu multiplie donc les détails qui permettent d’établir la double nature divine et humaine de l’enfant à naître.

En venant dans une chair d’homme (Jean 1.14) Dieu prenait le risque que Jésus se laisse, comme Adam, séduire par  Satan et qu’il utilise sa puissance divine à son seul profit. Il n’aurait pas pu ainsi accomplir le salut de l’homme. Mais en toutes circonstances  en toutes tentations  (Mat 4.1-11, Jésus laissera l’Esprit Saint le guider, et, comme second Adam, être spirituel vivifiant né de l’Esprit (1 Co 15.45),  il inaugurera ainsi une nouvelle création dans laquelle il invite chacun à le suivre (Romains 5.12, 18-19).

Dès cette annonce, Jésus est présenté non comme un libérateur politique ou religieux, mais comme un libérateur spirituel qui « ôtera les péchés» (1Jn 3.5 ; Hé 1.3) C’est cela que veut exprimer le mot « expiation », si mal compris aujourd’hui ! Il sera le Réparateur des brèches (Es 58.12 ; Amos 9.11) spirituelles de la maison de Dieu, c’est-à-dire de tous ceux qui croiront en Lui, et il la « dirigera dans le chemin de la paix » (Luc 1.77 et 79).

Joseph le premier après Marie accepte d’obéir, et de collaborer à cette œuvre de salut en devenant le père humain de cet enfant-Dieu, pour lui assurer la protection d’un cadre social, l’amour d’une famille et l’ enseignement des Ecritures, nécessaires à sa croissance, et à la découverte de sa mission. (Sainte famille de Raphaël, 16è)nativité par Raphael.jpg

Il devient avec Marie, l’image du croyant de tous les siècles, appelé à accepter le Christ dans sa vie, à lui permettre de faire sa demeure dans son cœur (Jn 14.23 ; Ap 3.20) et de croître en lui, pour témoigner de l’amour de Dieu et du salut offert à tous.

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-     Quelle importance prend la foi en l’incarnation de Dieu en Jésus dans notre  vie   spirituelle ? En quoi cela nous aide-t-il à marcher avec Dieu ?

-         Comment l’incarnation  nous éclaire-t-elle sur le sens de la croix, du salut, du pardon ?

-         Comme Joseph et Marie, ai-je accepté de faire naître Christ en mon cœur pour me purifier et restaurer son image en moi ? Comment son action de purification et de libération du péché (= expiation) se manifeste-t-elle dans mon comportement et mes relations ? et dans l’Eglise ?

07.11.2008

Etude n°7 L'expiation symbolisée 2 (15 Nov 08)

Etude n°7 Symboles de la réconciliation (2) 

Lév 16 : Le Jour des Expiations

Observons

1. Contexte

Le chapitre, au centre du livre, décrit la cérémonie du Jour des expiations, à l’automne, à la fin de l’année religieuse.   Le v.1 rappelle la faute des fils d’Aaron (ch. 10) qui est la cause de l’institution de ce jour.

 

2. Composition du textesacrificateur.jpg

Trois parties :

A) Introduction : Préparatifs de la cérémonie (v. 1-5) : sainteté de la présence de Dieu dans le sanctuaire et nécessité pour l’homme pécheur de protection par le sang d’animaux, et de purification par l’eau.

B) Partie centrale : La cérémonie (v. 6-28) : un chiasme met en valeur les actes sacerdotaux

a) v. 6-12 actes devant la tente (changements de vêtements et sacrifices)

                        b) v. 13-17 actes au-delà du voile(aspersion du sang)

a’) v. 18-28 actes à l’extérieur du sanctuaire(renvoi du bouc émissaire ; changement de vêtements.

Le verbe « faire l’expiation » (kiper), répété 3 fois dans la partie a) du chiasme, 3 fois dans la partie b), et 4 fois dans la partie a’), porte donc tout le sens de cette partie.

A’) Epilogue : reprise des directives essentielles (v. 29-34) :

date (v. 29), fréquence (une fois par an, v. 34), durée perpétuelle (v. 29,31,34),

état d’esprit d’humilité et de repos (v. 29,31),

cause : l’état de péché (v. 30,34),

but : la purification du péché (v. 30),

acteur : le grand sacrificateur seul (v. 32),

objets :  sanctuaire, tente, autel (v. 33),

bénéficiaires : sacrificateurs et peuple (v. 33).

3. Lieux  remarquables par la répétition : « devant l’Éternel » (v. 7,12,18), « au-delà du voile » (v. 12,15) « devant » et « sur le propitiatoire » (v. 14,15), « dans le sanctuaire » ou « la tente » (v.17,23,24), « dans le désert » (v. 10,21,22), « dans » ou « hors du camp » (v. 26-28).

4. Animaux

un taureau en faveur du sacrificateur et de sa famille (v. 6,14), un bélier offert en holocauste en faveur des sacrificateurs et du peuple (v. 3,5, 24-25), deux boucs séparés par le sort, l’un sacrifié pour l’Eternel en faveur du peuple, l’autre laissé en vie et chassé pour Azazel, chargé du péché du peuple (v. 7-10,15,20-22),

5. Tenue et actes du sacrificateur

- En dehors du Tabernacle : tenue spéciale de lin pur pour entrer dans le sanctuaire (v. 4,23), purifications, par l’eau, de son corps et de celui des officiants annexes (v. 4,24,26,28), tirage au sort des deux boucs (v. 7-10), sacrifice du taureau, d’un bouc, puis d'un  bélier (v. 6, 11,9,15,24), expiation et purification de l’autel (v.18-19), imposition des mains et renvoi du second bouc dans le désert (v. 21-22), élimination des restes des animaux (v 26-27).

- A l’intérieur du Tabernacle : parfum brûlé devant le propitiatoire (v. 12-13), 7 aspersions du propitiatoire, à l’orient, avec le sang du taureau, puis celui du bouc sacrifié.

6. Cause et but de cette cérémonie

sainteté de Dieu incompatible avec le péché de l’homme,

besoin d’une expiation, = absolution, effacement du péché, pour que l’homme vive (v. 2,16-17).

Comprenons

1. Vocabulaire : « sanctuaire » (qodesh) = le Lieu Très-Saint, au-delà du voile (v. 2, 16-17) et  arche de l'alliance.jpg « tente d’assignation ou tente de la rencontre » = soit l’ensemble du bâtiment, soit seulement le Lieu Saint (v. 7, 16-17, 20).

« faire l’expiation » (kiper), 16 fois dans le chapitre, sans compter l’utilisation de sa racine pour désigner le propitiatoire, ou couvercle de l’arche (7 fois), a deux sens en hébreu : couvrir dans le sens de « protéger » (et pas de cacher), et « éliminer ». Ce verbe n’a pas le sens de pardonner (salach que l’on trouve en 5.18). Le pardon est obtenu grâce à un sacrifice bi-quotidien, qui réclame une confession et une imposition des mains.

Ici, le sacrifice pour faire l’expiation se fait sans confession et sans imposition des mains. Il symbolise les deux actes de Dieu dans le processus de salut de l’homme, la protection du croyant pécheur face à la Sainteté de Dieu et l’élimination du mal.

Le « sacrifice pour le péché »  (v. 3), ou « sacrifice expiatoire », = tout ce qui répare ce qui est sorti du droit chemin. Ce sacrifice rappelle à l’homme sa condition, sa nature, son état de pécheur. C’est un sacrifice collectif et non individuel, en faveur de la famille sacerdotale avec le taureau, et du peuple  avec le bouc pour l’Eternel.

Le péché est une notion trop abstraite pour l’hébreu, qui le désigne toujours par son expression concrète, les « transgressions » ou par sa conséquence, la « souillure », « l’impureté ».

L’ « holocauste » (v. 3) = sacrifice entièrement consumé sur l’autel, en signe de consécration totale.

« L’autel » (v. 12) = soit l’autel des parfums du Lieu-Saint, puisqu’il est question de parfums portés au-delà du voile d’entrée du Lieu-Très Saint, soit l’autel des sacrifices, puisqu’il est précisé, comme aux v. 7 et 18, qu’il se trouve « devant l’Éternel », donc devant la tente de la rencontre, ou sanctuaire.

« Azazel »(v. 8) n’est mentionné que dans ce texte. Placé en parallèle avec l’Eternel, il ne peut désigner qu’un personnage destinataire du second bouc. Les Esséniens orthographiaient ce nom « Azzael » dont le sens est « Qui abandonne Dieu ». En hébreu, az = puissant, azl = s’en aller. On aurait ici l’idée d’un « puissant qui s’en va, loin de Dieu » (?).

2. Construction

Elle met en valeur les actes « d’expiation » ou d’élimination de l’impureté accumulée dans le sanctuaire, siège de la présence sainte de Dieu, par le sang des sacrifices quotidiens pour le pardon, et les actes de purification de tout ce qui touche à l’homme, hors du sanctuaire lui-même.

Les règles du récit biblique n’ont pas les mêmes exigences de chronologie que le récit occidental. Le déroulement de la cérémonie n’est pas rapporté dans l’ordre que demande notre logique. Les faits importants sont simplement mis en relief par le procédé de la « répétition » (sacrifices, entrée au-delà du voile, place du sacrificateur devant le propitiatoire, aspersion, sortie du sanctuaire, ablutions, renvoi du bouc dans le désert). Ces répétitions ne donnent pas une chronologie certaine des actes mentionnés : le sacrificateur porte-t-il au-delà du voile, en une seule fois, en 2 ou 3 fois, le parfum, le sang du taureau, le sang du bouc ? Le texte ne permet pas de le déterminer, et il ne faut pas se hâter de faire des transferts symboliques précis avec la ou les entrées de Jésus dans le sanctuaire céleste (Héb 9).

3. Signification

Ce chapitre, au centre du livre, comme pivot de toutes les lois cultuelles, alerte notre attention sur l’importance de sa signification. Il nous est impossible ici d’entrer dans l’explication de tous les détails. Voici un essai pour dégager l’essentiel de l’enseignement divin dans cette cérémonie.

Après la mort des deux fils d’Aaron, le peuple n’ose plus s’approcher du Dieu Saint, à cause de son état de péché. Dieu révèle ce qu’il a prévu pour permettre la rencontre de sa sainteté avec le peuple pécheur. Il ne s’agit pas de pardon individuel mais d’acceptation collective :

- le sacrificateur, représentant toute l’assemblée, sacrificateurs et peuple, se présente devant la sainteté de Dieu, entouré des prières d’intercession que l’assemblée adresse pour lui à Dieu. Il symbolise aussi la médiation de Jésus pour son peuple, depuis son retour au Père.

- Le sang pur (symbole de la vie et de la mort de Christ) du bouc pour l’Éternel, aspergé sur le propitiatoire (couvercle de l’arche), protège le peuple représenté par le sacrificateur, de la mort que sa nature de péché encourt face à la sainteté de Dieu. Il peut ainsi se tenir debout devant Dieu qui le considère comme « juste ».

- Par le sang de ce bouc, Dieu veut aussi éliminer le mal, qui avait été porté symboliquement par le sang des sacrifices quotidiens sur les cornes de l’autel des parfums, et qui a souillé tout ce que l’homme a touché. Le sacrificateur en asperge tous les objets du sanctuaire, pour le purifier

- L’aspersion du sang du premier bouc dans le sanctuaire effectue le premier acte de l’expiation, la protection du pécheur, mais aussi la purification , l’élimination de la souillure des objets du sanctuaire..

- La responsabilité du mal revient enfin à son auteur d’origine, symbolisé par le bouc pour Azazel envoyé au désert. L’imposition des mains et le renvoi du second bouc effectuent le second acte de l’expiatiobouc émissaire.jpgn, l’élimination définitive du mal.  

L’expiation-protection du pécheur ne se fait que dans le Lieu-Très Saint, lieu de la présence sainte de Dieu, où le sacrificateur ne pénètre que ce jour-là. La purification ou « élimination du mal »n’est nécessaire que pour ce qui touche à l’homme pécheur, dans le Lieu-Saint sur les cornes de l’autel des parfums, dans le parvis sur l’autel des sacrifices, les vêtements et le corps du sacrificateur.

La « purification » par l’eau (déluge, ablutions rituelles, changements de vêtements v 24, symboles du baptême), par le sang (jour des expiations), par le feu (Sodome, fin des temps, 2Pi 3.10,12, effusion de l’Esprit), est un état transitoire qui fait passer l’homme de l’état de péché à celui de justice ou sainteté, dans laquelle il progressera par la sanctification, qui est la mise à part pour le service exclusif de Dieu dans une vie purifiée.

- L'holocauste de la fin de cérémonie signifie que le peuple et les sacrificateurs, acceptés en la présence de Dieu, et délivrés du péché, peuvent enfin se donner totalement à leur Seigneur.

Par ce jour des expiations, Dieu lève un coin du voile sur le problème du mal et sur sa résolution. Le peuple d’Israël perçoit un peu du grand conflit entre Dieu et l’Adversaire, Azazel. Dieu dit au peuple pécheur, à l’Eglise, qui désire avoir une relation avec lui : « Parce ce que je t’aime et ai donné ma vie pour toi (sacrifices du taureau et du bouc), je te protège par le don de la vie  de Christ incarné et mort sur la croix, de la condamnation à mort que ton état de péché encourt, si tu veux bien reconnaître cet état devant moi (humilité et prière d’intercession mutuelle) et mettre ta confiance dans l'acte d'amour de Christ. Je te promets que tu seras délivré définitivement du mal, à la fin des temps, lorsque l’initiateur du mal sera enfin reconnu publiquement responsable et mourra. La disparition du mal te permettra de vivre éternellement dans ma sainte présence, et dans la consécration parfaite à mon service ».

Tel est le message d’espérance de ce jour des Expiations, qui met en lumière l’amour (protection) et la justice (élimination du mal) de Dieu, lors de ce qu’on appelle le Jugement dernier, ou "Libération définitive".

Questions pour une application dans la vie chrétienne

- Comment l’Eglise m’aide-t-elle concrètement à prendre conscience de mon état de pécheur devant la sainteté de Dieu, et du pardon libérateur acquis par la mort de Christ pour moi ? Comment nos liturgies le transmettent-elles ? Comment la vie de la communauté et ma propre vie en témoignent-elles ?

- Comment cette promesse de purification totale est-elle un encouragement à me placer sous la protection de Dieu et à vivre dès maintenant pardonné et purifié par lui ?

- Qu’est-ce que ce chapitre me fait comprendre sur le ministère actuel de Christ pour son Eglise et pour moi ? Comment cela transforme-t-il notre relation à Dieu et aux autres ?

- Pourquoi puis-je attendre et annoncer avec joie et reconnaissance le Jugement dernier ? (Ap 14.7)

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