31.10.2008

Etude n°6l'expiation symbolisée 1 (8 Nov 08)

Etude n°6 Symboles de la réconciliation (1)

Premier symbole du salut

Gen 3.21: Promesse de vie : don d’un vêtement de peau

(Zabou : don du vêtement de peau, Dis Papa, explique-moi le vêtement. FFS)

vêtements de peau Zabou 2.jpg

 

 

Pour une étude complète de ce ch 3 se reporter à l’étude n°04 de la catégorie Genèse, dans les Archives.

L’homme pécheur va devoir vivre hors de la chaleureuse présence de Dieu, dans un monde hostile et mortel. Dieu se soucie alors de son bien-être physique, en lui offrant la protection d’une peau de bête, qui l’abritera contre les différences de température. De plus, revêtu par Dieu d’une autre peau, symbole du Christ (Gal 3.27), l’homme, psychiquement libéré de sa vieille nature coupable, va pouvoir développer une personnalité et des relations avec les autres, fondées non plus sur des rapports de force, sur le mensonge et la dissimulation, mais sur la vérité, la droiture et la miséricorde*.

Enfin, par ce geste prophétique du sacrifice d’un animal innocent en faveur de l’homme coupable, Dieu lui révèle son plan de salut : le sacrifice de son Fils permettra au pécheur qui se l’approprie et s’identifie au Christ, de vivre éternellement (Jean 3.36).

*voir Rom 13.14 ; Eph 4.24 ; Col 3.9-10, 12, où la métaphore du vêtement appuie celle de la nouvelle naissance.

Question pour une application à la vie chrétienne

-          Comment l’Eglise et moi-même accueillons-nous cette promesse de protection et de nouvelle vie psychique et spirituelle que nous offre Dieu par cette image de la peau de bête sacrifiée pour nous, de cette prophétie de la vie de Christ offerte en notre faveur ?

-          Le don de Christ a-t-il changé quelque chose à notre personnalité et à nos relations mutuelles ? Si ce n’est pas le cas, comment y remédier ?

-          Comment se manifeste concrètement la vie éternelle que nous avons commencé à vivre ici-bas ?

Second symbole du salut

Genèse 4.1-5 « le sacrifice d’Abel »

Observons

Le contexte : Pour introduire notre texte, le ch 3 se termine par trois gestes de Dieu qui lui enseignent le chemin de la Vie :

3.15 : victoire de la postérité de la femme sur le serpentCain et Abel.jpg

3.21 : don d’un vêtement fait de la peau d’un animal innocent sacrifié par Dieu

3.24 : chemin de l’arbre de vie préservé et gardé par les chérubins à l’épée flamboyante.

Le texte (4.1-17) illustre la vie sur terre loin du jardin d’Eden :

1-2 : naissance, nomination et profession des deux fils d’Eve (2ème génération)

3-5 : les offrandes des deux frères ; colère de Caïn

Comprenons

Le contexte

Symboliquement, les trois gestes de Dieu enseignaient aux hommes tout le plan du salut : la venue d’un Sauveur victorieux du mal (3.15), la justice accordée à l’homme pour vivre, par le don de la vie de ce Sauveur divin (3.21), le chemin de la Vie (= Jésus-Christ), toujours préservé et montré par l’Esprit, au moyen de l’épée flamboyante de la Parole de Dieu (3.24).

Le texte révèle ce que les humains ont fait de l’enseignement reçu de Dieu dans le jardin d’Eden, et de l’enseignement de leurs parents hors du jardin,

a) Les deux frères sont bien différenciés : pour son aîné, Eve mentionne avec fierté et reconnaissance la participation de Dieu à cette naissance. Rien de tel pour le second, qualifié par anticipation de fragile, de vanité. N’a-t-elle retenu de cette naissance que les difficultés annoncées par Dieu (3.16) ? Leurs professions font remplir par l’un et l’autre les fonctions confiées à Adam : avant la chute (1.26) dominer sur les animaux = Abel ; après la chute (3.19) cultiver le sol pour se nourrir = Caïn. L’un et l’autre contribuent  à la vie et à l’entretien de l’environnement comme de l’homme.

b) la nature des offrandes manifeste une différence d’état d’esprit  entre les deux frères. Comme le texte le suggère (v 4b, 5a), Dieu regarde le donateur avant l’offrande. D’autre part, l’offrande d’Abel demande un choix plus précis et réfléchi : les premiers nés, et parmi eux les plus gras, tandis que celle de Caïn n’a aucune mention particulière. 1Jean 3.12 et Hébreux 11.4 permettent d’approcher les raisons de la faveur de Dieu. Abel, par un sacrifice à l’image du geste accompli par Dieu manifesta sa foi dans sa promesse de salut, et sa dépendance de Dieu pour vivre. Caïn par l’offrande de fruits du sol manifestait sa méconnaissance ou son indifférence pour le sens spirituel des gestes de Dieu enseignés par ses parents. Ses œuvres sont « mauvaises » car elles trahissent une foi païenne : l’offrande à Dieu sert à s’acquérir la faveur d’un Dieu qui fonctionnerait sur le mode du « donnant-donnant ».

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-          Quel est notre état d’esprit lorsque nous nous approchons de Dieu ? Cherchons-nous sa faveur avec nos « sacrifices » ou notre « bonne conduite » et notre fidélité, nos prières et nos chants, nos dîmes et nos offrandes ?

-          Comment notre adoration, nos liturgies, notre vie manifestent-elles notre reconnaissance pour le don de la vie de Christ pour nous sauver ?

Troisième symbole du salut : le rachat

1 Pierre 1.18-19 : Rachetés par le sang de Christ

Ces deux versets se situent après un appel à la sainteté (v 13-17), les disciples étant enfants d’un Père saint qui juge chacun selon ses œuvres (v 17). Cette sainteté de vie est opposée à la « vaine manière de vivre héritée des pères » (v 18), dont les croyants sont libérés, non par un prix monnayable (or, argent) et périssable, comme cela se faisait pour des prisonniers ou des esclaves, mais par le « sang précieux de Christ », comparé à l’agneau sans défaut de la Pâque (Ex 12.5), dont le sang répandu sur les linteaux des portes en Egypte a sauvé de la mort les premiers-nés juifs. Pierre s’inspire là des textes d’Esaïe 52.3 et 53.7.

L’œuvre de Jésus sur la croix est exprimée ici par une image tirée du contexte de l’esclavage : pour racheter un esclave, le nouveau maître, ou l’esclave lui-même pour acquérir la liberté, devait payer une rançon, un prix égal à sa valeur.

 Les apôtres ont souvent utilisé cette image, surtout en référence à la libération de l’Egypte et de Babylone, pour exprimer l’œuvre spirituelle de libération du péché accomplie par Jésus. Jésus lui-même a utilisé cette image de la rançon (Mat 20.28). liberté rendue.jpg

Paul en Romains 3.24, fait du « rachat », de « la rédemption » qui est en Christ le moyen d’être gratuitement libéré du péché et « justifié ».

Pour saisir le sens et la portée de l’expression employée par Pierre et Paul, nous vous livrons quelques extraits de Jean-Yves Thériault bibliste catholique, professeur d’exégèse au département des sciences religieuses et d’éthique de l’Université du Québec à Rimousky.

(Nouveau Vocabulaire biblique, sous la dir. de Jean-Pierre Prévost, Paris - Montréal, Bayard-Médiaspaul, 2004, 16 X 24, 496 p). C’est nous qui en soulignons les passages significatifs :

 « Le nom d'action apolutrôsis est un composé sur le nom lutron, « rançon, salaire », plus fréquemment employé au pluriel, dont la racine lu- a produit une importante famille de mots, depuis le verbe grec luô, « délier », « dissoudre », ou les verbes latins luo, « payer, expier », soluo, « délier », jusqu'au nom « analyse » (le fait de décomposer un tout en ses parties) en français. Le verbe lutroô (au passif dans ce texte de Pierre) signifie « livrer, délivrer contre une rançon ».

Le verbe lutroomai (employé 90 fois) a régulièrement Dieu comme sujet, et il traduit différents mots hébreux : ga'al, « mettre en liberté, agir en go'el » ; padah, « racheter, délivrer, sauver »; paraq, « arra­cher à un danger ». Par amour gratuit, Dieu fait sortir d'Égypte après « avoir arraché à l'esclavage » (Dt 7,8; 9,26, etc.) et il libère de la captivité de Babylone (Is 41,14; 44,22-24, etc.). Il délivre de divers maux et malheurs (Ps 130,7-8). Il délivre pour adopter : « Je vous délivrerai de leur servi­tude, et je vous rachèterai à bras étendu et grands jugements. Et je vous prendrai à moi comme peuple » (Ex 6,6-7)….

Dans la Septante , les termes issus de cette racine sont devenus tradi­tionnels pour dire cette activité divine qui libère son peuple afin de se l'acquérir comme « bien précieux » (segullah en hébreu). C'est le sens de « payer son tribut » en Lc 1,68, du « rachat de Jérusalem » en Lc 2,38, de la « délivrance » attendue en Lc 21,28 et du « rachat » en 24,21.

Le peuple délivré est un peuple que Dieu acquiert, fait naître et sanc­tifie. On retrouve ainsi la triade de 1 Co 1,30 dans laquelle le terme apolutrôsis montre que l'« ajustement» [dikaiosunê] au Seigneur et la « consécration » [hagiasmos] à son service comportent aussi une action d'arrachement à l'emprise du mal, une délivrance de l'esclavage antérieur. En effet, cette « délivrance » (apolutrôsis) en Jésus Christ est aussi le « pardon des fautes » (aphesin tôn hamartiôn, Col 1,14) et un « pardon des transgressions » (aphesin tôn paraptomatôn, Ep 1,7). Elle n'est encore qu'un « acompte » fourni par le Souffle saint (Ep 1,14) en attendant la « délivrance » définitive qui nous fera accéder à la « filiation » sans entrave (Rm 8,23), comme Jésus avec le Père…

En Rm 3,24-25, les mots longtemps traduits par «rédemption» et «expiation » sont une expression condensée de l'action libératrice de Dieu qui justifie : « Et s'ils sont justifiés, c'est par la gratuité de sa grâce qui nous donne le rachat [apolutrôsis], celui qui s'accomplit en Jésus Christ, lui que Dieu a exposé, instrument de pardon [ilastêrion] grâce à la fidélité expri­mée par son sang. » La traduction, inspirée de la Vulgate , par «rédemption» ou «rachat» du terme apolutrôsis, peut conduire à une compréhension mercantile du salut chrétien, surtout quand elle est asso­ciée aux termes «expiation» (ilastêrion) et «rançon» (lutron) entendus souvent aujourd'hui dans un contexte d'actions criminelles. On charge ces mots d'un sens trop juridique ou trop commercial qui n'est conforme ni à leur enracinement biblique ni à leur contexte paulinien…

Certes, une telle compréhension pourrait s'appuyer sur l'usage, dans le monde gréco-romain antique, de lutron pour désigner la rançon d'un prisonnier, ou le prix payé en échange de sa liberté; de lutrôsis pour la libération et la délivrance au moyen d'une somme payée. Une telle libé­ration représente une forme d'échange et renvoie à un droit au moins coutumier. Mais si Christ Jésus nous libère ainsi moyennant un « prix » versé à quelqu'un (voir 1 Co 6,10; 7,23), en « payant de sa vie » (Mt 20,28 et Mc 10,45) comme une «rançon» donnée, avec qui peut bien s'établir ce contrat ou s'opérer ce marchandage ? On voit mal un représentant du camp divin négocier avec le diable. Il ne convient nullement, selon les textes évangéliques et pauliniens, d'imaginer Dieu en partenaire d'une transaction commerciale ou en débiteur exigeant une compensation quel­conque équivalente au péché.

C'est plutôt en référence aux grandes libérations que sont l'exode et le retour d'exil que le vocabulaire paulinien trouve son enracinement séman­tique. Yhwh a libéré un peuple pour l'acquérir comme son bien précieux (voir Ep 1,14) et lui proposer l'Alliance. Ainsi, le Père, oeuvrant à travers le Christ, libère le croyant de toute servitude pour se l'acquérir comme un fils, en y mettant le prix (1 Co 6,20; 7,23). La notion de prix (timê) implique que l'action est valide et conforme à ce qui est exigé, ici la « fidélité » (pistis) de Jésus jusqu'à la mort. S'il est question d'un prix fort, c'est pour dire la valeur de la créature nouvelle issue de la déli­vrance (voir 1 P 2,9 et Ac 20,28). Et s'il est question d'un tarif pour la libération, c'est « à la mesure infinie de sa grâce [ charis ] » (Ep 1,7). Rm 3,24 atteste la réalisation définitive de cette action libératrice promise, jusqu'à la «délivrance » [apolutrôsis] finale (voir Lc 21,28; Rm 8,23; Ep 4,30).

Le terme apolutrôsis ajoute à l'idée de justification gratuite la convic­tion que Dieu a mis tout son coeur dans cette oeuvre, Jésus sur la croix étant ce qu'il a de plus aimable. C'est ainsi qu'on doit comprendre l'as­pect onéreux de l'action divine, signifié par la vie ou le sang donnés comme témoignages de la valeur du geste (Mt 20,28; Mc 10,45; 1 Tm 2,6; Tt 2,14 ; 1 P 1,19). La délivrance du croyant est précieuse, puisqu'elle est à la mesure d'un amour si grand. Les croyants sont acquis en Christ, non par une rançon payée à l'ennemi, mais moyennant un sang d'alliance qui justifie, c'est-à-dire institue un rapport nouveau à Dieu, celui de filia­tion. Jésus « paie de sa vie » en posant un geste d'amour et de fidélité qui libère des entraves humaines empêchant de s'ouvrir à Dieu et de lui être « réconcilié » ou « ajusté ».

Ce projet de libération de l’homme par le Christ a été conçu « avant la fondation du monde (1 Pi 1.20), ce qui signifie que Dieu n’a pas été pris au dépourvu, et n’a pas dû s’adapter en urgence aux circonstances, mais que sa volonté de salut procède de son amour infini pour sa créature, et le pousse à se donner entièrement pour elle, en Jésus-Christ, en sa vie comme en sa mort (deux sens possibles du mot « sang »).

Pour expliquer  l’expression « le sang du Christ » si souvent employée dans le Nouveau Testament, voici quelques sens donnés par Philippe Augendre :

« - Le sang, c’est la vie ou l’âme ». Ce sens, à la fois litté­ral au plan physio­lo­gi­que et sym­bo­lique au plan spi­ri­­tu­el, est fon­da­men­tal. C’est lui qui rend comp­te de l’em­ploi du sang dans (presque) tous les sa­­cri­­fi­ces.

- Lors­que le sang coule, c’est la mort ; en hébreu un mot repré­sente sou­vent une chose (ici la vie), sa conséquence, et son contraire (la mort).

- Une mort san­­­g­­lan­te parti­cu­lière, très fré­quen­te, c’est l’im­­mo­la­tion. Le sang, dans beau­coup de tex­­­tes, si­gni­fie donc le sacri­­fi­ce. Ce sera le cas des ré­fé­rences bibli­ques au sang du Christ. Le sang, pas plus celui de Jésus que celui des animaux, n’a de vertu ou de pou­voir en lui-même ; c’est la vie, la mort et la ré­sur­­rection du Christ qui sont puis­sances de salut.

- Le sang, c’est en­core, une voix,  un té­moi­­­gnage souvent à char­ge (Gn 4. 10).

- Enfin, le sang (ou le vin) est d’un point de vue eschatologi­que la vie, le signe de l’alli­ance que Christ partage­ra avec nous dans la commu­nion retrouvée (Mt 26.28-29) ».

On le voit, ces symboles sont très riches et porteurs de sens multiples, pour nous faire approcher au plus près les réalités spirituelles, si étrangères à nos esprits humains limités ! Il est recommandé de ne pas s’arrêter à un seul de ces symboles, ni vouloir donner un sens spirituel à tous leurs détails, pour ne pas réduire notre champ de compréhension !

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-          Quelles résonances dans notre vie a cette image du « rachat par le sang de Christ » ? Comment se manifeste notre libération du péché et de tout ce qui nous sépare de Dieu ?

-          De quoi Jésus doit-il encore nous libérer ? (habitudes, traditions humaines, défauts, préjugés, haines, complexes, etc.) ? Comment l’Eglise peut-elle aider chacun dans cette œuvre de libération personnelle et collective ?

  

24.10.2008

Etude n°5 l'expiation annoncée (1er Nov 08)

 

Etude n°5  L’annonce de la réconciliation : Esaïe 52.13 à 53.12

 

 

Observonssacrifice du taureau.jpg

 

a)     52.13-15 : Paroles de Dieu sur l’élévation à la gloire de son Serviteur souffrant

 

b)     53.1-10 : paroles du prophète révélant au peuple les souffrances du Serviteur

 

c)      53.11-12 : Paroles de Dieu sur la mission de son serviteur glorifié.

 

Les souffrances imméritées mais libératrices du serviteur (exprimées au passé en b) sont encadrées par les promesses (au futur en a et c) de son élévation et des effets de son œuvre.

 

La description de ses souffrances est émaillée de versets révélant l’incrédulité du peuple (13b, 4b, 8a), ou donnant le sens spirituel caché de ces souffrances (4a, 5,6b,8b,10a,11b,12b).

 

Le vocabulaire fait référence aux rites des sacrifices pour l’effacement des péchés dans le sanctuaire terrestre, et en donne le sens prophétique : Le Serviteur souffrant incarne les victimes de ces sacrifices.

 

 

Comprenons

 

Ce chapitre est le sommet de la prophétie d’ Esaïe et de l’ancien Testament. Il ne peut s’appliquer qu’au Christ qui en a réalisé les moindres détails dans sa passion. Les Juifs y voient encore le symbole des souffrances de leur peuple, mais le peuple est nettement distingué du Serviteur dans ce passage (8b).

 

Ignoré et victime des hommes (v 2-3), le Messie innocent de tout mal (8-9), s’est offert volontairement (10b) à la place des hommes pécheurs, pour leur éviter la mort qu’entraîne leur séparation d’avec Dieu (v 4-6, 8). Il est devenu l’antitype de tous les animaux sacrifiés au temple sous l’ancienne alliance (v 7) : par l’imposition de ses mains sur la tête de l’animal apporté au temple en signe de confession de son péché, le pécheur s’identifiait à l’animal. La mort de l’animal mettait à mort  symboliquement son péché, le délivrait de sa culpabilité et lui permettait de vivre pardonné et justifié.

 

Pour une meilleure perception de ce que représente le sacrifice « expiatoire » ou réconciliateur, nous vous donnons, avec son accord, un extrait d’une prédication de Philippe Augendre sur le sujet :

 

« Nous avons vu le sens général et fort de l’imposition de la main : établir une étroite et intense relation, po­ten­tiellement polyvalente, de com­mu­nion, de délégation de pouvoir, rarement de confes­sion (une seule fois au Yom Kippour sur le bouc émissaire), plus généralement d’asso­cia­tion et de consécration dans une même démarche pour laquelle la notion d’identification me semble pertinen­te. Qu’est-ce que cela signi­fie dans le cas de sacrifices pour le péché ? Cela veut déjà dire qu’il ne s’agit pas d’une opération de mar­chan­dage, de paiement, du genre : « j’ai pé­ché, tu exi­ges un animal, le voici, nous som­mes quit­tes ». Démarche non seulement faus­se et sans réel pouvoir de salut, mais surtout assez vile, fondée sur un esprit de cal­cul. C’est d’abord l’expres­sion de la recon­naissance de mon état, d’une re­pen­­tan­ce profonde et vraie, d’une accepta­tion des consé­quen­ces de mes actes : « je dois mou­rir ». Mais c’est surtout un acte de foi : « j’ac­cepte, Seigneur, le sentier de par­don que tu me proposes. Et ma vie, par cet ani­mal qui me représente, je te l’of­fre ». Si effecti­ve­­ment cet animal meurt physi­que­­ment pour moi, alors, c’est moi qui, en m’iden­tifiant à lui, accep­te de mou­rir à moi-mê­me. On le voit, c’est tout l’Evan­gile avant la lettre ! Et si, para­do­­xa­le­ment, je meurs tout en conti­nuant à vivre, c’est que je suis invité à vivre en nouveauté de vie, à me consacrer à Dieu. La proclama­tion de Paul « ce n’est plus moi qui vit, c’est Christ qui vit en moi » serait, ici, ana­chro­nique his­toriquem­ent et culturelle­ment, mais pas spi­ri­tuelle­ment. Le pardon, éta­pe décisive dans le processus du salut, se vit dans la reconnaissance de ses fau­tes, dans l’acceptation de leurs consé­­quen­­ces, dans la mort à soi-même, par une identifi­ca­­tion à la victime, réalité ultime du sacri­fi­ce pour le péché.    ( Miniature du 13è)animal apporté en sacrifice Miniature.jpg

 

                              

 

Mais quelle est l’action de Dieu en réponse à la démarche repen­tante du pécheur ? Car le sacri­fi­ce ne peut se suffire d’une approche sub­jec­tive, unilatérale, de l’homme. Le seul fonde­ment objectif de l’efficacité du sacrifi­ce, c’est Dieu qui y attache une promesse et main­tenant va l’accomplir. L’offrant peut croi­re, par la foi, que Dieu efface réellement ses péchés : le rite est dit d’ab­so­lu­tion, pour « faire l’expia­tion » disent les versions habi­tu­el­les. Le terme si­gni­fie l’efface­ment du pé­ché…

 

En conséquence, les péchés sont « expiés », en­levés, effacés, lavés, ôtés, absous, pardonnés.  Lors­qu’il est l’ex­pres­sion d’une sin­cè­re repen­tance, le sa­cri­fice pour le péché est une abso­lution, un effa­ce­ment réel des péchés, pro­mis et ac­com­­­pli par Dieu ; le pardon deman­dé est ac­cor­dé et la récon­ciliation rendue effective.

 

 

 

Le texte d’Esaïe 53 applique exactement la signification spirituelle des sacrifices du sanctuaire au « sacrifice »  que le Messie accomplira parfaitement sur la croix une fois pour toutes. Les résultats de cette œuvre de sacrifice pour l’absolution des péchés concernent d’abord le Serviteur lui-même : sa résurrection (10b), son ascension (52.13), sa glorification (52.14b) et sa joie (11-12), son œuvre d’intercession (12b) sont annoncées ; puis les effets de ce sacrifice sur les pécheurs sont précisés : la paix du pardon (5b), la purification (52.15), la justification (11), la connaissance de Dieu et la communion avec Lui (12).

 

Le mot « châtiment » (v 5) pose aussi problème ; Une fois encore je citerai un large extrait d’une prédication de Philippe Augendre, qui nous réconcilie avec l’image de Dieu que nos traductions traditionnelles véhiculent à grand dommage :  « Il por­tera les souffrances et se char­gera des dou­leurs de l’humanité (v.4).  Conditionnés par nos traditions de lecture nous restreignons ces mots à son sa­cri­fice sur la croix. Mais le N.T., lui, applique cette parole (Mt 8.17) au minis­tère de guéri­son. Porter nos souf­­frances, se char­ger de nos in­fir­mités, ne se rattache pas unique­ment à sa mort. Ce fait  peut nous aider à mieux saisir le sens du ministère du Christ : une har­monie existe en­tre les diffé­rentes pha­ses de son ac­tion sa­lutaire ; sa vie et sa mort s’éclairent mutuellement. Ce texte majeur sur le sa­lut, parado­xalement, n’utili­se pas le mot salut mais ceux, très voisins, bien qu’avec d’im­portantes nuances, de paix et de guérison.

 

 

Le peuple continue en reconnais­sant ses er­reurs (« nous l’esti­mions frappé de Dieu ... mais »). Seul l’Esprit peut dis­­cerner un aveuglement si habituel. Celui des amis de Job tra­­duisait la propen­sion des hom­mes à croi­re que les malheurs frap­pant les hom­mes sont des châti­ments de Dieu. Les au­di­­teurs d’Esaïe et ceux du Christ pen­sent de même. Pourtant Jésus fut clair à ce sujet[1], mais trop de chré­tiens, y com­pris, hélas ! des tra­duc­teurs de la Bible , ont ad­héré à cette argumen­tation mal­sai­ne et anti-évan­gélique. Penser la vie du Serviteur en terme de châti­ment, croire que le salut des hom­mes rend légitime de faire payer un in­no­cent, re­vient à adopter - et c’est grave - le principe « la fin justifie les mo­yens ». Esaïe dit expressément l’in­ver­­­se. Le che­­min de dou­leur du Servi­teur n’est pas la punition d’une faute. Au contrai­re, en s’en­­­gageant dans une humble voie de rec­titude, de soli­da­­rité, il s’identi­fie à la con­di­tion pé­che­resse et mortelle de l’hom­me et l’assume (« sur lui la faute de nous tous », v. 6) jusqu’à en mourir. Ce n’est pas un « fa­tum »(destin) qui tombe injustement sur lui, c’est une démarche libre, volontaire, intentionnel­le en vue de com­bat­­tre le péché : « per­cé à cause de nos ré­­vol­tes, écrasé à cau­se[2] de nos fau­­tes »).crucifié evangile et peinture.jpg La cause morale de sa mort est le péché des hommes. Par la force de l’amour il en triom­­phera. L’a­bais­sement du Christ est le pro­­ces­­sus par lequel le mal sera dé­non­cé, radi­ca­le­ment, attaqué dans ses effets, vaincu à sa racine, au bénéfice d’une multi­tude. Tel est le che­min du salut. (Evangile et Peinture, Percé à cause de nous)

 

Ce message, qui dénon­ce le fait de consi­dérer un homme atteint par le mal com­me frappé de Dieu, donne au v. 5 un sens rafraîchis­sant. La version « le châti­ment qui nous don­­ne la paix est tombé sur lui » est dou­blement fau­tive : contresens par rapport à l’intention du pas­sa­ge que je viens de relever et faute de tra­duction[3]. « Sur lui la correction de notre paix » (A.T inter­liné­aire) », « Il a sur lui la discipline de notre paix » (Chouraqui). Je retiendrai la traduc­tion : « l’éducation de notre paix lui incombe ». Avec la notion de paix[4] comme expression du salut, cette dé­cla­ration éclaire la mis­sion du Ser­vi­teur d’un jour nouveau et profond que va confir­mer la suite : « dans ses plaies no­tre gué­ri­son ». Par son exemple, son mes­sage et son ministère de délivrance, un des a­spects (ce n’est pas le seul) de l’œuvre rédem­ptri­ce du Christ, se révèle être pédago­gique et théra­peutique : le Serviteur apporte le salut, en étant tout d’abord un modèle puis en devenant l’éducateur de notre paix et le mé­de­cin de nos âmes. » 

 

«  Le v. 10, douloureux, est difficile à com­­prendre, aussi bien litté­rai­rement que théo­­logique­ment. Mais, à nou­­veau, très encoura­geant puisque « il verra une descendance … et la volonté du Seigneur aboutira ». Comme pour les ver­sets précé­dents sa struc­ture est complexe.

 

Pour la 1ère déclaration je retien­drai la traduction de la TOB (1983) « Mais Sei­gneur, que broyé par la souf­france, il te plaise[5] ». « Ce n’est pas la souffrance ni la mort du serviteur qui ont plu à YHWH ! Mais que les pécheurs soient sauvés, fût-ce au prix de la mort du serviteur. Ainsi la mort humiliée accomplit un mystérieux plan de Dieu[6] ».

 

 La suite est tout aussi déli­cate. Mot à mot : « Si tu fais répa­ra­tion son âme ». La NBS et la TOB (2004)  tradui­sent : « Si tu fais de sa vie un sacrifice de réparation, il verra une des­cendance ». Pour comprendre ce ver­set il est né­ces­saire de prêter attention à trois éléments signi­­ficatifs : le sens et le sujet du verbe « fai­re », le « si » et le terme « répara­tion ». Le verbe, très fréquent en hé­breu, a une large palette de sens : mettre, po­ser, pla­cer, établir, décla­rer, faire éclater, donner, etc. Le contexte indique que le sujet de l’ac­tion (« tu »), c’est YHWH. Le « si » montre que le Seigneur, en posant, par un acte libre de sa sou­ve­rai­neté, la vie du Servi­teur com­me une répara­tion, per­met­tra l’éclosion d’une descen­dan­ce, une nouvelle lignée d’êtres délivrés du péché, cel­le du second Adam. Ce crime qui a­chè­ve la vie du Ser­viteur, Dieu, par une surabon­dance de sa Grâce, le fait éclater en répara­tion. Mais qu’entendre par là ? … La notion de sacri­fice d’absolu­tion se subdi­visait en deux catégories, le sacrifice « pour le péché » et le sacrifice de répara­tion[7]. Le pre­mier, le plus courant, of­fert en vue de l’ef­facement du péché trou­vera son ac­com­plis­­se­ment en Christ et de fait, l’idée du par­don des fau­­­tes est très présente (v. 5a, 5b, 6c, 11c, 11d, 12e) dans le poème. Mais nous n’avi­ons pas étudié le second, « réparation » moins fré­quent, em­plo­yé ici. Bien que le ca­dre litur­gique de ce chant soit plus relation­nel que sacrifi­ciel, le lexique du sacrifice affleu­re. Ce mot « seule la Bible en dévoile la signifi­cation. L’idée commune aux divers usages du ter­me… paraît être celle de l’obli­gation de ré­pa­rer un tort, de restituer un objet, de restau­rer un état ». Le Serviteur démontre la victoire possible du bien sur le satan, sans usage de la force, uniquement de l’amour. Dieu peut alors reconnaître sa vie tout en­tière, y compris sa mort, ce qui n’était évi­dem­­ment pas prévu par ses adversaires, com­me un sacri­fice, une offrande de répara­tion. Les trois sens cités plus haut me sem­blent perti­nents pour prophétiser le minis­tère du Christ.  Le pé­ché a produit un tort im­­men­se ; par une exis­tence sans péché, fi­dè­le jus­qu’au bout, le Messie le répare. Le péché a volé à Dieu son bien très pré­cieux, la créature à son image, le Fils de l’Hom­me le restitue. Le péché a créé une rupture avec le Père, l’unique Médiateur restaure l’alliance avec Lui. C’est bien le fil conducteur que Paul déve­lop­pera dans Rm 5.19 « par la désobéissance d'un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même, par l'obéissance d'un seul, la multi­tude sera rendue juste »  Le prophète conclut : « le désir/volon­té de YHWH, par sa main, se réa­lisera/réussira » : en accom­plissant la volonté de Dieu le Serviteur permet à Dieu de faire de sa vie une réparation qui ouvre le salut à la multitude. »  

 

 

 

La réponse aux questions que pose la mort de Christ, se trouve clairement exposée dans ce chapitre d’Esaïe, 700 ans avant sa réalisation ! Ce chapitre nous invite à rechercher le sens spirituel des rites du sanctuaire, des paraboles et des images symboliques, par lesquels le Seigneur a cherché à enseigner et à faire comprendre son projet de salut à des humains limités par leur péché. Ce sera l’objet de nos prochaines études.

 

 

 

Questions pour une application dans la vie chrétienne

 

 

-          Puis-je m’identifier au « nous » du texte ? Est-ce que la paix de Christ remplit mon cœur et me guérit de mes culpabilités et de mes blessures profondes ? (5). Ai-je conscience que Christ a subi la mort qu’entraîne  ma séparation d’avec Dieu, et qu’il me permet ainsi de vivre une relation nouvelle avec Dieu ?

 

 

-          La connaissance du plan du salut annoncé par Esaïe et accompli par Christ me remplit-elle de joie et de reconnaissance et resserre-t-elle ma communion avec Lui ? (12a).

 

 

-          Comment manifester dans ma vie la libération de ma culpabilité par le sacrifice réparateur de Jésus ? Par quoi se révèle la nouvelle vie qu’il m’offre ?

 

 

-          Face à la croix de Jésus, suis-je poussé à la confession de ma culpabilité envers lui, puis à l’identification avec Lui pour « mourir au péché » (Rm 6.5-6)? Dans quels domaines ai-je encore à m’identifier à la mort de Jésus, pour ressusciter à une nouvelle vie dès maintenant (Rm 6.11)?

 

 



[1]; Jn 9.2-3.

[2]  Sens, en hébreu comme en grec, du  « pour ».  

[3] Le mot hébreu (moûsâr, 50 mentions) veut dire cein­ture (Jb 12.18), instruction, enseignement (Pr 4.1 : 8.10), leçon (Pr 1.3), cor­rec­tion ou discipline (Pr 3.11), science (Jr 10.8), exemple (Ez 5. 15). Dans une cul­ture où les châti­ments corporels étaient usuels, le sens de châ­ti­ment est réel mais dévoyé ; appliqué à l’action de Dieu c’est une dégénérescence mondaine et monstrueuse. Dans le grec (LXX), c’est le mot pai­deia (d’où péda­gogie), éducation.

[4] Héb. shâlôm, «La racine shlm est attestée …selon un large éventail de sens … plénitude, paix, santé, bien-être, salut » J.-P. Prévost, « shalôm », Nouveau Vocabulaire Bibl­i­que (NVB), Bayard, 2004.

[5] Autre exemple de la difficulté de ce texte : la traduction de la LXX  : « le Seigneur veut le purifier de sa blessure (laver ses plaies ?) ».

[6] A.-M. Pelletier, Le livre d’Isaïe, Cerf, 2008, p.132.

[7] ( Lv chap. 5 ; 6 ; 7 ; 14).

17.10.2008

Etude n°4 l'expiation, initiative divine

Etude n°4 : Réconciliation et Initiative divine

Pont bleu.jpg

Ephésiens 1.3-14 (Jésus, un pont entre Dieu et l’homme)

Observons

Après les salutations, Paul entame une longue louange à Dieu où en une seule phrase il énumère les bénédictions de la grâce divine.

Après un cri de louange qui répète trois fois le mot « béni ou bénédiction » en un seul verset (3), quatre moments sont introduits par l’expression « En lui »(= Christ) : v 4,7,11,13. Chacune de ces parties est construite de la même façon :

1-     l’œuvre de Dieu pour nous : 4-5a ; 7-8 ; 11a ; 13

2-     selon son dessein bienveillant : 5 ; 9 ; 11b ; 13c-14a

3-     dans le but …que nous célébrions sa gloire : 6 ; 12 ; 14c

que Christ réunisse tout en lui : 10

que soit accomplie la rédemption de tous les élus (14ab), juifs (nous, v12) et païens convertis (vous, v 13).

Comprenons

Paul a construit sa lettre en deux grandes parties : un exposé des vérités du salut en Jésus-Christ (ch 1-3) et une exhortation à les démontrer dans une vie chrétienne conséquente (ch 4-6). On y retrouve développée avec exaltation la pensée du discours d’adieu de Paul aux anciens d’Ephèse (Ac 20). Dès le début de sa lettre,

Paul manifeste sa reconnaissance pour

1-     l’œuvre de Dieu en notre faveur. C’est une œuvre de bénédiction (v 3), donc pour le bien des bénéficiaires, spirituelle, qui concerne la relation de Dieu avec l’homme. Elle vient des lieux célestes (voir aussi 2.6), c’est-à-dire du monde invisible de la présence éternelle de Dieu, avec qui elles nous mettent en contact, nous qui vivons dans le monde visible de la terre. Ne cherchons surtout pas à localiser matériellement cette expression, mais voyons-y une invitation à comprendre les bénédictions de Dieu dont va parler Paul, comme des bienfaits concernant notre salut.

Dieu dans son amour a d’abord élu (= choisi, v 4) ses enfants, il les a  prédestinés à l’adoption (5). Cette élection ne vient pas d’un quelconque mérite (foi, sagesse, bonnes dispositions du cœur, bonne éducation ou bonne conduite, etc) de l’homme, mais uniquement de l’amour et de la bienveillance de Dieu (Dt 7.7-8). La prédestination dont il est question ici n’est que positive : Dieu a formé le projet et le plan de sauver ses créatures séparées de lui par le péché : grâce à Jésus-Christ, elles peuvent redevenir ses enfants. Il les « adopte » comme tels, volontairement ; esclaves du péché, il les libère en les rachetant (sens du mot « rédemption »,v 7).

Paul dans ce mot associe l’affranchissement de l’esclave dans l’antiquité, et la libération du condamné à mort  (Gal 3.13 ; 4.5). Le prix de ce rachat de l’esclavage du péché, c’est le don de sa vie que Jésus-Christ a fait sur la croix (symbolisé par le mot « sang »,v 7), Christ mourant à la place et en faveur du condamné à mort qu’est chaque pécheur dont il porte volontairement le péché (voir l’épisode de la substitution de Jésus à Barabbas (Mt 27.17, 20-21). Ce rachat est la manifestation du pardon des péchés (7) offert par Dieu à celui qui se repent (voir le larron sur la croix, Luc 23.43). Il permet au repenti d’avoir accès à toute la richesse ou l’abondance de la grâce de Dieu dont il a besoin quotidiennement pour marcher en communion avec Lui. L’esclave libéré, le condamné grâcié et pardonné deviennent par adoption (v 5) fils héritiers (v 14 ; Gal 4.7).

 Dans sa grâce, Dieu donne au repenti la sagesse (8), ou compréhension des choses de l’Esprit (1 Co 2.13), et l’intelligence ou discernement de leurs applications pratiques (Col 1.9-10). Autre bénédiction de Dieu (v 9réconciliation.jpg) : il révèle sa volonté de salut éternel en Jésus-Christ, son désir de réunir, de réconcilier (Col 1.20) toutes choses (Mt 17.11 ; Mal 3.23) terrestres (= les hommes) et célestes (= les anges de Dieu,1.21 ; 3.15). Dieu fait connaître son désir de rétablir la communication entre toutes ses créatures par son Fils Jésus qui en lui-même par sa double nature lie la divinité à l’humanité. Par là, Dieu met à part (11), ou sanctifie ses serviteurs, les Juifs qui vivaient dans l’espérance du Messie (12) et les païens qui ont la foi en la Parole de vérité(13) : tous ont reçu le sceau de l’Esprit (2 Co 1.22). Aux uns et aux autres ce sceau garantit l’appartenance à Dieu (Rm 8.16), l’héritage de la vie éternelle et le travail de sanctification qu’opère l’Esprit dans les cœurs et la vie des croyants (2 Co 3.18).

2-                             Toutes ces bénédictions, Dieu ne les dispense pas au coup par coup, en s’adaptant aux circonstances. Il les a préparées d’avance dans sa pré-science, dès la fondation du monde (v 4), dans un dessein bienveillant (5, 9), selon un plan établi volontairement et non sous l’influence des événements. Paul insiste par là sur la bienveillance de Dieu envers les hommes pour qui il a préparé le seul moyen possible de sauvetage, dans le cas d’un naufrage dû à l’usage erroné de la liberté de l’homme. Ce sauvetage s’est réalisé en Jésus-Christ et s’accomplira définitivement dans la « plénitude des temps »(v 10 et Rm 8.19-21, 23).

3-                             Paul, enfin, par trois fois nous indique le but de toutes ces bénédictions spirituelles. Dieu désire que ses enfants, élus, rachetés, pardonnés et sanctifiés par l’Esprit célèbrent la gloire de sa grâce (6, 12, 14). Cette expression réunit tout ce que le chrétien est appelé à refléter dans sa vie : la miséricorde ou bonté (Ex 33.18-19), la sainteté, l’amour de Dieu qui ne cesse de pardonner et de transformer celui qui croit en lui. Celui-ci devient une lettre de Christ écrite par l’Esprit (2 Co 3.3) pour que tous ceux qui la lisent croient en Jésus-Christ, le Sauveur et Seigneur (Jean 17.23 ; Mt 5.16)

Questions pour une application dans la vie chrétienne

1-     Ai-je conscience des bénédictions spirituelles dont parle Paul ? Me transportent-elles de la même joie et du même amour que lui pour mon Sauveur ? Laquelle de ces bénédictions me semble étrangère à ma vie ? Qu’est-ce qui m’empêche d’en jouir pleinement et comment vivre et partager ces bénédictions ?

2-     La pré-science ou pré-vision de Dieu à mon sujet me trouble-t-elle ou m’apaise-t-elle ? Comment la concilier avec ma liberté de choix ? Implique-t-elle une détermination de ma vie, une soumission à mon « destin », ou me permet-elle de me confier en toutes choses dans l’amour prévoyant de Dieu ?

3-     Comment ma vie manifeste-t-elle le sceau de l’Esprit que je suis censé avoir reçu à mon baptême ? Comment dans tout ce que je fais, pense et dis, puis-je glorifier Dieu, et manifester son amour inconditionnel et gratuit ?

4-     Prions pour que cette louange de Paul ravive la foi, la reconnaissance, la disponibilité au service et la conscience du but de la vie (Ep 1.12 = 1 Co 6.20 ; 10.31) dans nos églises du 21ème siècle !

10.10.2008

Etude n°3 La chute dans le péché (18 10 08)

Etude n° 3 : La chute (18 Oct 08) Genèse 3  Chute Zabou.jpg

Illustration de Zabou : Adam et Eve séduits par le serpent

Le 3e chapitre de la Genèse est aussi important que les deux premiers pour comprendre la situation actuelle de l’homme et de la création par rapport à Dieu. Il permet de saisir le plan de Dieu qui veut sortir  l’être humain de la catastrophe provoquée  par son choix désastreux de  vivre à sa guise, sans tenir compte de Lui.

 

Observons

Le récit de la seconde création, concernant surtout l’humain, commence en Genèse 2.4b et ne se termine pas avant la fin du chapitre 3. Il est donc indispensable, de prendre un peu de recul  pour voir le contenu d’ensemble.

L’écrivain biblique n’a pas écrit ce texte au hasard. Il a pris la peine de donner à son récit une structure élaborée qui permet d’en faire ressortir l’essentiel. La méthode dite inductive permet de repérer cette structure  en observant les mots et expressions qui se répètent. Ces expressions répétitives font ici apparaître une structure concentrique, dans laquelle les expressions des extrémités se font écho de part et d’autre d’un axe central constitué par Genèse 3.9.

Voici, présentée sous la forme d’un tableau général, cette structure :

A.  2.4-17 :    l’homme dans le jardin

a. 2. 7,8 :        dans le jardin, l’homme

b. 2.15 :          l’homme doit cultiver et garder le jardin

c. 2.16,17 :    il peut manger de tous les arbres sauf de celui de la connaissance du bien et du mal.

 

B.2.18-25 :    des relations agréables 

 a. 2.18 :          l’homme a besoin d’un vis à vis

b. 2.20 :          il donne des noms aux animaux 

 c. 2.23 :          la femme est tirée de l’homme 

 d. 2.25 :          ils sont nus sans honte

 

C. 3.1a :    Dieu et le serpent

a. 3.1a :          le serpent créé par Dieu

b. 3.1a :          le plus rusé des animaux 

 c. 3.1a :          le serpent parle à la femme 

 

  D. 3.1b-6 :     Dieu accusé 

 a. 3.1b :     vous ne devez manger aucun fruit ?

 b. 3.2,3 :    vous ne devez pas en manger de peur d’en mourir

c. 3.4,5a :  vous verrez les choses telles elles sont

d. 3.5b :     vous serez comme Dieu 

 e. 3.6 :       elle en prit et en mangea, puis en donna à son mari.

 

 E. 3.7,8 :        l’attitude de l’homme

a. 3.7 :       ils se rendirent compte qu’ils étaient nus 

 b. 3.8a :          ils entendirent le Seigneur se promener

c. 3.8b :          ils se cachèrent

 

                        X . 3.9 :     Le Seigneur appelle l’homme : Où es-tu ?

 

  E’. 3.10 :   l’attitude de l’homme

b’. 3.10a : je t’ai entendu

a’. 3.10b : j’ai eu peur car je suis nu

c’. 310c :   et je me suis caché

 

 D’. 3.11-13 : l’homme responsable 

 a’. 3.11 :         avez-vous mangé du fruit défendu ?

b’. 3.12 :         c’est la femme 

 c’. 3.13a :       pourquoi as-tu fait cela ?

d’. 3.13b :      le serpent m’a séduite

e’. 3.13c :       j’ai mangé

 

C’. 3.14,15 : Dieu maudit le serpent 

 a’. 3.14 :         Dieu maudit

 b’. 3.14 :         le plus méprisé des animaux 

 c’. 3.15 :         le serpent sera vaincu par la postérité de la femme

 

B’. 3.16-21 : des relations endommagées

a’. 3.16 :         l’homme dominera sur sa femme 

 b’. 3.17,18 :   l’homme tirera sa subsistance du sol

c’. 3.20 :    l’homme donne un nom à sa femme

d’. 3.21 :    ils n’ont plus honte car Dieu les habille

 

A’. 3.22-24 : l’homme hors du jardin

c’. 3.22 :    l’homme ne peut plus manger de l’arbre de vie

b’. 3.23 :    il doit cultiver le sol hors du jardin

a’. 3.24 :    il ne peut plus rester dans le jardin.

 

Comprenons  

1. Cette structure fait apparaître que l’axe autour duquel tout le récit est construit est l’intervention de Dieu auprès de l’homme.

Cette intervention n’est pas agressive : Dieu appelle, et il est présenté non seulement avec son titre Dieu, mais avec son nom propre : L’Éternel (le tétragramme YHVH). Les paroles qu’il prononce ne sont ni des accusations, ni des reproches, ni une condamnation, mais une question. Pédagogiquement c’est à l’homme de se situer, de dire à Dieu où il est, et où il en est dans sa relation avec lui-même, avec la femme, avec la nature que Dieu a faite pour lui, et avec Dieu, son créateur.     

2. Tout ce qui est avant l’axe décrit la situation initiale jusqu’à l’acte commis et à ses premières conséquences indépendantes de toute intervention de Dieu. La situation initiale comporte des risques indiqués par l’ordre de ne pas manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, et par la présence du serpent, qui va se révéler instrument de séduction.     

3. Tout ce qui est après l’axe montre la situation finale compte tenu de l’intervention de Dieu. Cette situation est marquée par un certain nombre de conséquences liées à la désobéissance de l’homme          

1- La séduction Gen 3.1-7 (Mosaïque Monreale, Sicile)Mosaïque Monreale tentationEve.jpg

La séduction faisant appel essentiellement aux sens et à la sensibilité, le séducteur va s’attaquer à celui des deux êtres humains où ils sont les plus développés, la femme,  par rapport aux facultés de raisonnement logique, et de maîtrise de soi que l’on attribue plutôt à l’homme.

 

V 1 : Le serpent (médium et symbole de Satan (Ap 12.9), avant de séduire cherche à semer le doute dans l’esprit d’Eve sur la parole de Dieu. V 2-3 : Les ajouts ou transformations de la parole de Dieu apportés par  Eve (le fruit, ne pas toucher), montrent combien l’interprétation de la Parole de Dieu dépend de l’esprit auquel on se soumet pour interpréter : cherche-t-on à être guidé et éclairé par Dieu, ou par sa propre intelligence ou par ses sentiments, ou par un esprit de critique ?

Si on n’y cherche pas une relation intime avec Dieu, la lecture et l’étude de la Bible seront vaines, ou influencées par d’autres esprits que l’Esprit Saint. Eve en écoutant le serpent s’est déjà mise sous son influence et le montre tout de suite par son ajout à la parole divine. Mettre en doute la parole de Dieu (1) ouvre la porte à toutes les convoitises. Celles des yeux et de la chair (1 Jean 2.16) se manifestent (6a) dans le désir d’Eve de posséder ce que symbolise pour elle le fruit de l’arbre défendu : l’immortalité (4) et le discernement personnel du bien et du mal, qui sont les privilèges de Dieu (5). Satan a su éveiller en elle l’aspiration à sortir de sa condition dépendante de Dieu, et à conquérir le pouvoir divin de décider ce qui est bien ou mal.  Or les promesses de Satan se révèlent totalement fallacieuses : leurs yeux s’ouvrent* non pas sur le monde spirituel des dieux, mais sur leur situation de dénuement total de créatures sans Dieu !  

Nous retrouvons quotidiennement les facettes de cet « orgueil de la vie », lorsque sans même nous en rendre compte, et souvent avec les meilleures intentions du monde, nous nous mettons à la place de Dieu. Déterminer qui est sauvé ou pas, décider de la vie de ses proches ou de l’Église selon sa propre volonté, chercher à briller aux yeux des hommes, ou à grimper dans les hiérarchies pour exercer un pouvoir sur les autres, toutes ces attitudes reproduisent le péché de nos premiers parents. Il les rendit mortels, et les conduisit à cacher leur faiblesse devant Dieu et les autres par des moyens de fortune précaires (7). Ainsi en est-il de nos efforts pour donner le change et faire croire à une capacité personnelle de nous sortir des impasses dans lesquelles nous nous enfonçons par notre insoumission à Dieu.

*Cette expression dans la Bible s’applique toujours aux « voyants », prophètes de Dieu ou devins, qui ont accès au monde invisible (voir 2 Rois 6.16-17).

V 4-5 : Les paroles du serpent présentent les 7 dogmes de l’humanisme spirituel athée, qui s’infiltrent dans la pensée contemporaine. Ils ont comme objectif subtil et masqué de séparer l’homme de Dieu, et de faire de l’homme un rival de Dieu en lui faisant croire à son indépendance, son pouvoir et son intelligence.

1-      Vous serez comme des dieux : c’est le refus du statut de créature dépendante de Dieu, et l’aspiration à l’auto-adoration.

2-      Vous ne mourrez pas : c’est la croyance en l’immortalité naturelle, que l’on retrouve dans toutes les religions, et qui conduit à la foi en la réincarnation.

3-      Vos yeux s’ouvriront : dans la Bible cette expression s’emploie pour la prise de connaissance du monde occulte, donc inaccessible au profane, au non-initié. Eve va croire que Dieu la condamne à la naïveté, à avoir les yeux fermés sur ces pouvoirs de l’esprit, sur cette intelligence de l’infini et de l’au-delà.

4-      Vous connaîtrez le bien et le mal : chacun sera capable de déterminer ce qui est son bien ou son mal : c’est le relativisme moral, où l’homme n’a de compte à rendre à personne que lui-même.

5-      Dieu a-t-il réellement dit ...: le doute est  semé sur la révélation divine, qui prend moins d’importance que la communication de l’esprit humain avec les forces surnaturelles.

6-      Dieu sait que ...: Dieu est présenté comme un Dieu d’obscurantisme, un Dieu qui veut garder jalousement son savoir, qui interdit à l’homme la connaissance, l’ouverture d’esprit.

7-      Un fruit précieux pour ouvrir l’intelligence : la recherche du développement du cerveau par l’énergie cosmique (symbolisée par cet arbre) avec laquelle on entre en contact grâce à la méditation, est l’idée-clé de la philosophie humaniste spirituelle du Nouvel-Age. Elle s’introduit aussi dans l’Eglise, lorsqu’on ne perçoit pas toute la subtilité des propositions sataniques, dont le but est de séparer de Dieu.

V 6 : La tentation d’Eve reprend les trois convoitises dont parle l’apôtre Jean (1 Jean 2.16) : convoitise des yeux, convoitise de la chair et orgueil de la vie. La tentation d’Adam est un peu différente : il devait choisir entre écouter Dieu et perdre sa femme, ou écouter sa femme, perdre Dieu et se perdre tous les deux. Il préféra la seconde solution, ce qui fait dire que le péché d’Adam avait une connotation sexuelle. Mais en aucun cas, nous ne pouvons prétendre que le péché de nos parents fut l’acte sexuel ! Celui-ci était voulu et béni par Dieu, pour le bonheur de l’être humain et le peuplement de la terre, et même pour symboliser l’union que Dieu voulait vivre avec la créature à son image !     

 2- Le dialogue entre Dieu et le couple (Gen 3.8-20)  est très important pour comprendre la rupture des relations entre Dieu et la créature, et entre les êtres créés eux-mêmes. Il n’y a plus confiance, mais peur et accusations mutuelles dans le couple. (Mosaïque Monreale, Sicile, 11è) Mosaïque Monreale Sicile 11è après chute.jpg

Comment Dieu agit-il face à l’échec de son plan de vie pour l’homme ? Seul Dieu continue à aimer et à manifester sa sollicitude : Il va au devant de l’homme, Il le recherche, Il lui parle, Il veut l’amener à prendre conscience de sa responsabilité et à se tourner vers Lui, Il lui fait des promesses, et concrètement lui donne les moyens de comprendre Son amour.

Ce dialogue  nous apprend sur Dieu qu’:     

 a. il accepte de se laisser accuser indirectement sans se fâcher,

b. il s’adresse au serpent séducteur et le maudit,

c. il annonce la guerre qui s’ouvre entre l’humanité et le serpent et en révèle l’issue favorable à l’humanité, il est donc un Dieu d’espérance;

d. il ne cache pas les difficultés : il y aura blessure au talon, 

 e. il permet à la femme de vivre suffisamment de temps pour transmettre la vie, même si cette transmission se fera dans la douleur,

f. il ne maudit ni la femme, ni l’homme,

g. il sait qu’il y aura à la fois attirance de la femme vers l’homme et domination de l’homme sur la femme : il ne donne pas l’ordre qu’il en soit ainsi, il le voit d’avance. 

 h. il sait que le travail de la terre sera difficile,

i. il sait que les humains seront mortels, et c’est une grâce dans ces nouvelles conditions de vie, pour ne pas perpétuer sans fin souffrances et destructions. 

 j. il agit pour enlever la honte de l’homme et de la femme : il est donc un Dieu de pardon, de grâce.

Il n’y a donc aucune raison d’avoir peur de Dieu. Tout nous pousse à l’aimer et à lui manifester notre reconnaissance pour ce qu’il est et ce qu’il fait.   Au lieu de reprocher à l’homme sa désobéissance, ou de se détourner de lui par dépit et fureur de voir son œuvre parfaite gâchée, Dieu s’approche du couple dans un désir de reprendre la relation rompue, à l’heure la plus propice pour un échange dans l’intimité. Les questions posées n’ont d’autre but que de pousser l’humain à faire le point sur sa situation, à reconnaître sa responsabilité et à revenir humblement à son Créateur. Adam ne saisit pas la perche tendue, et s’enfonce dans sa culpabilité en accusant Dieu et sa femme (12), tandis qu’Eve reconnaît rapidement avoir été séduite : cette plus grande capacité de la femme à avouer sa faiblesse expliquerait-elle la présence plus nombreuse des femmes dans nos églises ?

La différence des réactions à l’interrogation de Dieu entre l’homme et la femme n’est pas sans conséquence : Dieu promet à la femme que sa postérité vaincra le serpent, et à l’homme il rappelle qu’il est poussière et retournera à la poussière (Gen 3.19). Pourquoi n’est-il pas dit « leur » postérité ?Si l’on rapproche ce texte de celui qui concerne la postérité d’Abraham (Gal 3.16,29) qui reçoit l’héritage promis par la justice de la foi (Rom 4.13), la postérité d’Eve victorieuse du serpent ne concernerait que celle qui, comme elle, sait reconnaître avec humilité son péché devant Dieu (Gen 3.13), qui accepte comme Abel (Gen 4.4), puis Seth (4.26), ou comme l’Église (Rom 16.20), de dépendre de Dieu pour son salut et sa victoire, tel que Christ le vivra parfaitement en se donnant lui-même sur la croix. La postérité d’Adam au contraire, refuse comme Caïn, d’écouter Dieu, se détourne de lui et retourne à la poussière ! Attention à ne pas désigner l’autre comme faisant partie de cette postérité : nous avons tous en nous un Adam et une Eve, l’un qui ne veut jamais reconnaître ses torts et accuse autrui pour se justifier, l’autre qui accepte sa faiblesse et revient humblement vers son Sauveur. Lequel des deux privilégions-nous ?

3- La nudité (3.7)

En fait, on peut trouver une piste d’interprétation de ces versets, dans le jeu de mots qui existe dans la langue hébraïque entre le mot nu et le mot lumière. Quand on entendait le verset 25 du ch 2, l’hébreu pouvait presque comprendre ils étaient lumière. Cette lumière leur venait de la présence de Dieu. Et voilà que, après leur désobéissance, ils comprennent qu’ils se sont séparés de la présence de Dieu, ils ont perdu sa lumière et se retrouvent seuls face à eux-mêmes, sans sa protection. Le froid et la peur qu’ils en éprouvent se traduisent par la honte de se voir tels qu’ils sont. La nudité dans la Bible devient alors le symbole de l’état de péché du coeur de l’homme, qu’il ne peut cacher devant Dieu. Mais physiquement elle n’a pas de valeur négative, de même que le sexe et la sexualité. Ils ont été voulus par Dieu pour le bonheur, la complémentarité et la procréation des êtres humains. C’est le péché introduit par l’homme, la séparation d’avec Dieu, qui en a fait des tabou, des sujets de honte et de souffrance. La conscience de la nudité qu’a l’être humain à ce moment est l’expression physique, somatique (sentiment de froid) de sa détresse intérieure, psychique, en s’apercevant qu’il s’est coupé de Dieu, qu’il se retrouve seul, démuni de sa protection, et voué à la mort. (Zabou : l’Éternel donne au couple pécheur un vêtement de peau)

vêtements de peau Zabou 2.jpg

Ici, leur honte intérieure de s’être séparés de Dieu, se transfère sur leur nudité : ils ne peuvent plus se regarder eux-mêmes en face, tels qu’ils sont, ils ne s’aiment plus eux-mêmes, et ne peuvent plus aimer l’autre car chacun  renvoie à l’autre l’image d’un être faible et privé de la présence et de l’amour de Dieu.

Les feuilles de figuier qu’ils utilisent pour se couvrir sont le symbole des efforts humains pour cacher l’état de pécheur, et pour mériter son salut. Dieu va en montrer toute la vanité, en offrant lui-même un vêtement de peau. Pour cela, Il est contraint de sacrifier le premier animal innocent. Il enseigne ainsi concrètement le plan du salut de l’homme : Il sacrifiera son propre Fils pour que l’homme puisse vivre ! C’est le sens des sacrifices bibliques.     

4- « Les malédictions » (v 14,17) Il est indispensable d’être au clair au sujet des malédictions. Encore faut-il s’entendre sur le sens des malédictions divines : Dieu ne veut jamais le mal pour personne. Simplement il voit à l’avance ce qui va découler du mauvais choix de chacun, et il l’annonce. On pourrait transcrire le «tu seras maudit » par « tu seras malheureux, toi qui … ».  Dieu ne fait que constater les dégâts que la rupture de l’homme avec Dieu entraîne sur ses relations dans le couple (16), dans la nature (17-19), et sur ses facultés de donner (16) et d’entretenir la vie (19). Les malédictions n’atteignent que le serpent (14) et le sol (17), dont Dieu annonce l’impossibilité totale de sortir de leur nouvelle condition !

 La  souffrance va atteindre chacun dans ses forces de vie : la femme dans sa faculté de transmettre la vie, l’homme dans sa faculté d’entretenir la vie, le sol dans sa capacité de produire les moyens de vie, et le serpent dans son pouvoir de séduire et d’ôter la vie.

 Ce n’est pas la volonté de Dieu qu’il en soit ainsi. Dieu constate seulement ce que la séparation d’avec lui entraîne. En voulant être comme Dieu, en devenant rival de Dieu, on devient rival de son vis-à-vis, qui est image de Dieu. Lorsqu’on accepte d’être à nouveau adopté par Dieu comme fils ou fille, les rapports avec le vis-à-vis sont transformés et retrouvent l’amour et l’égalité voulus par Dieu à l’origine. Ce ne sont pas des fatalités, puisque, en même temps Dieu annonce le remède, par ses paroles et ses actes: ainsi Dieu annonce la victoire sur l’adversaire(v 15), le moyen de cette victoire par le sacrifice d’un être innocent pour conserver la vie de l’homme(v 21), et la fin de la mortalité (v 22), puisque le pécheur ne prolongera pas éternellement son état de péché,  l’accès à l’arbre de vie, qui le ferait vivre éternellement, lui étant désormais impossible.  

Dieu prévient l’homme des conséquences désastreuses de son mauvais choix en lui indiquant les signes de la mort introduite

- dans la nature : *   pour le serpent : malédiction (= peur, dégoût, mépris) parmi les animaux, poussière comme nourriture (symbole de la mort dont se nourrit Satan), reptation sur le ventre (le domaine d’action de Satan sera désormais essentiellement sur terre auprès des hommes et non plus dans le ciel, auprès des anges (Ap 12.7-8).

*   pour les relations du serpent et des humains : guerre avec les humains qui se terminera par la mort du serpent après qu’il les ait blessés.

*   pour le sol : malédiction du sol qui devient difficile à cultiver et encombré de mauvaises herbes.

- dans la condition de la femme : la souffrance des accouchements augmentera. Cela ne signifie pas que la souffrance existait déjà avant, simplement le travail de l’accouchement devient sensible et douloureux : le seuil de sensibilité s’est considérablement abaissé et rend douloureux le travail naturel de l’enfantement !

dans la condition de l’homme : peine quotidienne pour trouver de la nourriture, blessure par le serpent, retour à la poussière, donc mort.

dans leurs relations mutuelles : le désir d’amour de la femme pour son mari se heurtera à l’esprit de domination de l’homme sur elle : les relations d’amour et d’égalité entre eux font place à des rapports de force. En chacun d’eux, le même décalage se fera entre la sensibilité féminine et la force virile.  

Dieu est-il « sadique » ? L’expression « je rendrai tes grossesses très difficiles » est une de celles qui ont répandu l’image d’un Dieu qui s’acharne sur sa créature ! Elle vient de la conception vétérotestamentaire d’un Dieu Unique et Tout-Puissant, source de tout ce qui existe, bien comme mal (Job 1.21). La pensée d’un auteur du mal, indépendant de Dieu et révolté contre lui était inconcevable pour des croyants farouchement opposés au polythéisme païen. Seuls Job (1), Zacharie (3.1) et Daniel (10.13,20 ; 12.1) y font allusion, et il faudra attendre le Nouveau Testament pour avoir une notion plus précise de ce conflit cosmique entre Satan et Christ. On peut alors comprendre que « Dieu n’éprouve personne » (Jac 1.13), et que dans l’épreuve, il envoie la force et les moyens d’en sortir (1 Cor 10.13) à celui qui se confie en Lui.

5- Les promesses divines (Evangile et peinture : Promesse de victoire et de  réconciliation, Gen 3.15)

Au centre de ces prévisions de l’avenir de l’homme, Dieu prononce la première promesse messianique, en deux volets (15) :

1-     l’homme et la femme ne mourront pas immédiatement, ils auront une postérité.

2-     Dans cette descendance apparaîtra celui qui, au prix de ses souffrances (blessure au talon) sera vainqueur du serpent mortel, symbole de Satan (Ap 12.9 ; Héb 2.14).

Le grand combat entre Christ et Satan, dont nous sommes à la fois les acteurs et les enjeux, est clairement annoncé par Dieu dès la Genèse , et fera l’objet de ses révélations aux prophètes, sans être vraiment compris jusqu’à l’incarnation de son Fils. Discernons-nous au milieu de nos souffrances, la lumière d’espoir que le Seigneur entretient, pour nous permettre de les surmonter ? Adam l’a si bien saisie, que de toutes les paroles de Dieu il n’a retenu que cette promesse. Il l’en remercie en donnant à sa compagne le nom de son espérance : la Vivante  ! L’avenir de l’homme, c’est la Vie promise par Dieu !  

Dieu leur laisse d’autres promesses merveilleuses :

-       le couple aura une postérité, donc la vie continue !

-       cette postérité, en la personne de Christ, malgré la souffrance causée par le mal, vaincra le mal (v 15). Cette première promesse messianique projette le couple dans un avenir certain et permet à l’homme (isch) de reconnaître en sa compagne (ischa) Eve, la mère des vivants (20).

-       v 21 : Dieu est avec eux et pourvoit à leurs besoins physiques (un vêtement chaud contre le froid), moraux et psychiques (le vêtement de peau donné par Dieu symbolise la nouvelle peau = la nouvelle façon de vivre et de percevoir les choses grâce à Dieu), spirituels (le sacrifice d’un animal innocent pour que l’homme coupable vive, symbolise le salut offert à l’homme par le sacrifice de Christ sur la croix). Ce geste d’amour de Dieu remplira le couple de reconnaissance, il enseignera à ses enfants à le reproduire quotidiennement  par la foi dans un sacrifice de son Moi égoïste et orgueilleux, et dans la soumission à Dieu, comme Abel le comprendra (Gn 4 et Hb 11.4).

-       v 22-23 : Dieu leur donne un avenir avec la perspective de la fin du mal : ils ne vivront pas éternellement pécheurs, mais la mort leur sera une image concrète qu’un jour le mal aussi mourra (Ap 21.4). Etre chassé du jardin où l’arbre de vie subsiste n’est pas une punition, mais une étape nouvelle de leur existence, pour leur permettre de croître dans des conditions de vie différentes, incompatibles avec celle de l’Eden à cause de l’introduction du péché. L’homme devra non seulement cultiver la terre, mais encore le terrain de sa personnalité, pour  grandir jusqu’à la “stature parfaite de Christ (Ep 4.13).

-       v 24 : Pour cela, le chemin de l’arbre de vie subsiste, il est “gardé”, et même montré de façon claire par l’épée de la Parole de Dieu (Hb 4.12), flamboyante de la lumière de l’Esprit (Act 2.3-4 ; Jn 14.26), agitée sous les yeux des hommes par les quatre chérubins, symboles de la justice, la miséricorde, la fidélité et la vérité que  Dieu met en œuvre dans le jugement libérateur (Ps 89.15 ; Ez 1 ; Ap 4.6), qu’il exerce en faveur de sa créature devenue esclave de Satan (Rm 3.9-18 ; 6.16 ; 7.24-25). Quelle plus belle espérance Dieu pouvait-il donner que celle de la vie éternelle offerte en Christ à celui qui, pécheur repentant, veut marcher sur son chemin (Christ) selon les directives de sa Parole ?

 

6- La liberté de choix

Dieu avait mis en garde l’homme, qui connaissait donc les données du problème, comme nous les connaissons aussi par la Bible aujourd’hui. Mais Dieu dans son amour, laisse l’homme libre, car il ne veut pas s’imposer par la force et faire de l’homme une marionnette. En refusant la liberté de la vie avec Dieu, l’homme devient une marionnette, un esclave de Satan. Seul Dieu peut alors le libérer, et il a tout prévu pour cela. Mais là aussi il faut le consentement de l’esclave, l’acceptation du plan de Dieu.

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-       La lecture de ce texte fondamental pour l’humanité me fait-elle considérer Dieu comme punissant et poursuivant l’homme de sa colère, ou comme un Dieu d’amour, accompagnant sa créature en détresse pour lui donner l’espérance d’une nouvelle vie avec lui ?       En hébreu le verbe traduit à tort par « punir » dans Ex 20.5, signifie en réalité « visiter, s’occuper de, prendre soin de », Dieu prend soin des conséquences désastreuses sur les enfants de la faute de leurs parents, sur au moins trois générations. Il ne les impose pas comme des punitions (ce serait totalement injuste et en contradiction avec Ezéchiel 18, mais il accompagne les enfants pour les en soulager et les en délivrer.

 

-       Comment est-ce que je réagis aux difficultés et aux souffrances ? en accusant Dieu et les autres, en m’accrochant à ses promesses, en faisant de ces obstacles et de ces promesses des moyens de “cultiver mon sol”, en remerciant Dieu de me laisser et de m’ouvrir un chemin vers la Vie ?

-       Quels actes et quelles attitudes témoignent de l’espérance qui m’habite, malgré les manifestations du mal en moi et autour de moi ?

-       Comment ce texte me permet-il de comprendre l’œuvre de réparation accomplie par Christ sur la croix  pour moi? Comment manifester concrètement cette nouvelle perception, dans ma vie quotidienne, et dans ma relation avec Dieu ?

03.10.2008

Etude n°2 Crise cosmique (11 10 08)

Etude n°2 : Le Conflit cosmique entre Christ et Satan

 Ap 12.7-12

ObservonsMichel contre dragon 13è GB.jpg

Le contexte

Au centre de l’Apocalypse (ch 12-14) sont condensées les révélations sur les dessous de l’histoire du peuple de Dieu, enjeu et partie prenante dans un conflit entre la puissance de l’Adversaire Dragon et celle du Fils de Dieu. Le ch 12 dévoile ce conflit en le plaçant au centre (7-12) de ses conséquences pour le peuple des croyants (v 1-6 et 13-18).(Lutte de Michel contre le dragon 13ès)

Le texte

Sa structure en parallélismes concentriques permet de dégager au centre ce qui est le plus important :

a- v 7a :          Introduction : présentation générale du conflit céleste

 

b- v 7b-8 :      Victoire dans le ciel de Micaël (ciel = 2x)

c- v 9 :            Chute de Satan sur terre (précipité = 3x)

d- v 10a :      Le salut acquis par Christ

c’- v 10b :       Chute de l’accusateur des frères (2x)

b’ v 11 :          Victoire terrestre des frères

a’- v 12 :         Conclusion : le combat continue sur terre.

Les protagonistes du combat spirituel  sont d’abord deux chefs parmi les êtres célestes :

Micaël = « Qui (est) comme Dieu ? » contre le dragon Satan, puis sur terre les frères contre leur accusateur mis en parallèle avec Satan (9 // 10b).

Au centre, la victoire de Micaël-Christ lui confère la puissance et la royauté et acquiert le salut des frères.

Le combat au ciel, se poursuit aussi sur terre, victorieusement pour ceux qui se réclament du sang de l’Agneau et donnent leur vie à la proclamation de sa parole (11).

Comprenons

Micaël apparaît 5 fois dans la Bible (Dn 10.13,21 ; 12.1 ; Jude 9 ; Ap 12.7), chaque fois dans un contexte de combat contre une puissance céleste ou terrestre qui conteste son autorité. Les prophètes et les apôtres révèlent que celui « qui est comme Dieu ? » est le Christ (Co 1.15a, 19), seul défenseur de son peuple (Dn 12.1), médiateur (1Ti 2.5), intercesseur (Hb 7.25) et avocat (1 Jn 2.1). Micaël est son nom de guerre parmi les anges dans le conflit qui l’oppose au chérubin garde des sceaux (Ez 28.12-14), qui prétendit devenir « semblable au Dieu Très-Haut » (Es 14.14), et qui devint le dragon Satan, l’Adversaire, le tentateur de l’Eden, et l’accusateur des frères. Le désir de cette créature de voler l’autorité de Christ et de prendre sa place dans la vie des anges et des hommes est toujours le même, et le nom de Micaël est la réponse directe de Christ à cette prétention d’usurpation.

Le conflit a débuté dès l’origine parmi les êtres célestes dont il est dit qu’un tiers fut entraîné par les mensonges de Satan (Ap 12.4 : voir Es 9.14b, Ap 1.20b pour définir la « queue » et « les étoiles »). Ce tiers d’anges devenus démoniaques prit la terre comme théâtre d’exercice. Tant que Christ ne s’était pas incarné et n’avait pas accompli son œuvre terrestre de salut, Satan avait encore accès au ciel (voir le prologue de Job), c’est-à-dire qu’il pouvait encore convaincre des anges : il gardait auprès de ces esprits célestes un certain pouvoir de persuasion, il avait donc encore une place parmi eux (v 8). Mais le jour où le Christ, Agneau de Dieu, s’est sacrifié lui-même (v 11 : Ga 1.4) pour faire mourir, dans sa chair humaine et innocente, le péché de l’homme qu’il endossait (2 Co 5.21), il a prouvé aux esprits célestes l’immense amour de Dieu pour les hommes, et les a définitivement convaincus du mensonge de Satan.Conflit cosmique J Bosch Jugement dernier gauche.jpg Ainsi, à partir de la croix, Satan n’a plus de pouvoir sur eux et est « tombé du ciel comme un éclair » (v 9, 10b : Lc 10.18 : Ici Jésus se réjouit déjà de cette chute de Satan à l’invocation de son nom par ses disciples ; chaque intervention de la puissance de Dieu en Jésus est une victoire sur Satan dont la croix scellera la défaite).

Désormais, le ciel libéré des doutes qu’il y semait par ses mensonges peut se réjouir, tandis que la terre doit se tenir en garde (v 12), car l’œuvre de Satan consiste à tenter de convaincre et d’attirer les hommes à lui, en les séduisant ou en les attaquant physiquement (v 11b : leur faire craindre la mort), et spirituellement (v 10b : les accuser devant Dieu, les culpabiliser, leur faire douter du pardon de Dieu). La seule parade pour les frères (v 11) est de se réclamer du pardon acquis par le sacrifice de Jésus, et proclamer la bonne nouvelle de ce pardon à tous. Contre ces deux armes spirituelles, Satan ne peut plus rien (Jc 4.7 ; 1 Pi 5.8-9), car Christ l’a déjà vaincu par la croix, et a acquis par sa résurrection toute autorité et pouvoir sur lui (v 10). (J.Bosch Conflit céleste, détail du Jugement dernier)

Questions pour une application dans la vie chrétienne

- En quoi la compréhension du Grand Conflit est-elle importante pour ma vie quotidienne ? En retiré-je crainte et tremblement, ou joie et espoir ? Pourquoi ?

- Comment suis-je impliqué dans ce conflit ? Qui règne sur ma vie ? De quelle appartenance ma vie témoigne-t-elle ?

- Suis-je libéré de la peur de la mort et du doute sur l’amour de Dieu ? Comment la victoire de Christ sur Satan apparaît-elle dans ma vie, et dans celle de l’Eglise ?

- La Parole de Dieu est-elle pour moi une arme qui me permet de résister aux tentations de l’indifférence, du désespoir, de la vanité et de l’abandon de la foi ?

- Louons le Seigneur de nous avoir révélé (grâce aux textes d’Es 14,  Ez 28 et Ap 12), la victoire de l’Agneau sur Satan, d’avoir ainsi prouvé son amour et éclairé le sens de notre vie ! Michel et le dragon.jpg

(Michel et le dragon)

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