30.05.2008

Etude n°10 Sens de sa mort (7-06-08)

Etude n°10 : Le sens de sa mort  (7-06-08)

 Jean 3,11-21

Observons

Le contexte

L’entretien avec Nicodème que Jean a placé au début de son évangile, suit les Noces de Cana et l’expulsion des vendeurs du temple (ch 2) Cet entretien permet à Jean de résumer les importantes révélations de Jésus au sujet de sa personne et de sa mission.

Après avoir révélé à Nicodème la nécessité d’une nouvelle naissance pour entrer dans son royaume spirituel, Jésus s’étonne de l’incompréhension de ce docteur de la loi (3.1-10). (Illustration : Heures d’Henry II, 16è le serpent d'airain)14218576ebf0e2a289b72d51ca639f83.jpg

Le texte constitue la seconde partie de l’entretien  et a pour sujet la mission du Fils :

a)     11-13 : le Fils de l’Homme seul habilité à témoigner des choses célestes

b)     14-16 : le Fils envoyé du Père par amour, seul source de salut du monde

c)      17-18 : le Fils venu dans le monde non pour juger mais pour sauver

d)     19-21 : le Fils est le critère du jugement de Dieu sur l’homme.

Le raisonnement dans chaque paragraphe est fondé sur des répétitions et des oppositions de mots et d’expressions qui déterminent le sens des propos :

a) 11-13 : témoignage rendu par « nous » et non reçu par « vous » 

 Choses terrestres ‡ choses célestes

Personne n’est monté au ciel ‡ Fils de l’Homme est descendu du ciel

b) 14-16 : Serpent élevé // Fils de l’homme élevé

 Fils de l’homme // Fils unique // Fils envoyé

Vie éternelle (2x) // croire en lui (2x)

c) 17-18 : juger ‡ sauver

 Ne pas croire au Fils = être jugé // croire au Fils = ne pas être jugé

d) 19-21 : lumière ‡ ténèbres

Œuvres mauvaises = haine et peur de la lumière ‡ Œuvres faites en Dieu = pratique de la vérité et venue à la lumière.

Comprenons

Le contexte

Dès la première partie de l’entretien, Jésus bouleverse toutes les idées de Nicodème : en tant que Pharisien, versé dans les Ecritures, Nicodème se préoccupait du Royaume de Dieu, et l’attendait comme un royaume terrestre, politique et national, où les bons observateurs de la Loi entreraient de droit. En lui proclamant la nécessité d’une nouvelle naissance intérieure pour y entrer, Jésus essaie de lui faire comprendre la nécessité de l’abandon de ses idées « terrestres » (v 12) trop attachées à la matérialité (voir la question du v 4), au visible ou au sensible (v 8) c'est-à-dire des idées fondées sur l’apparence des choses ou sur le « faire ». A la place, Jésus demande d’accepter d’entrer dans le domaine de l’invisible, de « l’être », de l’Esprit de Dieu, ce que Jésus appelle « les choses célestes ».

A nouveau, Nicodème s’étonne (v 9), bien que son incrédulité ironique du début (v 4) ait fait place à une curiosité disons « scientifique » : il cherche à savoir le « comment » du processus plutôt que le sens de la nouvelle naissance. Jésus répond par un autre étonnement : Nicodème, docteur de la Loi , avait toute la connaissance des Ecritures pour saisir le sens des paroles de Jésus (Ezéchiel 11.19-20 ; 36.26-27 ; Jérémie 31.31-34) !

Le texte

a)     Avant de donner à Nicodème plus de lumière sur sa personne, Jésus le reprend sévèrement sur son incrédulité et celle de ses collègues. Il ne s’agit pas de comprendre le comment des choses célestes, des réalités spirituelles, il faut surtout en recevoir par le cœur le témoignage rendu par le seul qui soit capable d’en parler, le Fils de l’Homme « qui est dans le ciel » et qui est descendu du ciel pour cela. S’il « est dans le ciel », c’est qu’il fait partie de ce monde spirituel du Dieu Invisible où personne du monde terrestre  ne peut accéder. Cette parole fait écho à celle du prologue de Jean (1.18) : Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu, le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître. ». Plus tard jésus dira aussi de lui-même : « Nul ne vient au Père que par moi », parce que « celui qui m’a vu a vu le Père, car je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jean 14.6, 9, 11).

En se nommant  « Fils de l’Homme », Jésus renvoie Nicodème à la prophétie de Daniel 7.13-14 qui annonçait la venue d’un Fils d’Homme s’approchant de l’Ancien des jours pour recevoir une royauté qui ne serait jamais détruite. Jésus fait comprendre à Nicodème que venant du ciel (= du monde invisible et spirituel de Dieu), il est ce Fils de l’Homme qui a vu les réalités spirituelles et peut en témoigner avec vérité, alors que personne sur terre n’a pu pénétrer ce monde ni en parler d’expérience.

b)     v 14 : Après avoir affirmé son identité et sa qualification de Révélateur des choses divines, Jésus en se servant à nouveau des connaissances bibliques de Nicodème, lui fait connaître le sens de sa mission symbolisée par l’épisode du serpent d’airain dans l’histoire de la sortie d’Egypte du peuple hébreu (Nombres 21.5-11). (Illustration : F.Floris 16è, le serpent d'airain)863e18278ba35b8d3357519ec3badf54.jpg

A la suite de sa révolte contre Dieu et Moïse, le peuple, s’étant ainsi privé de la protection divine, est livré aux morsures de serpents venimeux. Dans la souffrance, il se repent et crie à l’Éternel. Celui-ci ordonne à Moïse de faire une image ou « signe », une sculpture de l’auteur de leur souffrance, un serpent de bronze qu’il doit fixer sur une perche élevée à la vue de tous. Ceux qui étaient mordus, pouvaient retrouver la santé et la vie s’ils regardaient à ce serpent d’airain. Ce simple regard manifestait leur foi en la puissance de Dieu qui mettait à mort le serpent, origine de leur douleur et de leur mort.

En se comparant à ce serpent, Jésus fait entendre qu’il vient réaliser spirituellement ce symbole : les hommes se sont révoltés contre Dieu ; séparés de Dieu, ils meurent des morsures du serpent du péché. Jésus en s’identifiant à la nature humaine, en en portant le péché(Mt 8.17 ; Es 53.4 ; 2 Co 5.21) et en le faisant mourir dans son corps sur la croix(1 Pi 2.24), va permettre à l’homme qui regarde à lui avec foi de participer à sa nature divine et d’avoir la vie éternelle (v 15).

Dieu n’a pas voulu laisser sa créature humaine (= le monde) livrée à elle-même, dans la souffrance et l’éternelle séparation d’avec lui (= le péché) ; son amour l’a poussé à partager la condition humaine en la personne de son Fils, pour lui donner la possibilité de retrouver la vie éternelle en Sa présence. Le Fils est Unique (c’est la seule fois où Jésus se nomme ainsi) parce qu’il est le seul à représenter parfaitement le Père (1.14, 18), et à donner la Vie puisqu’il est la Vie (14.6).

c)      v 17-18 : Alors que les Pharisiens comme Nicodème vivaient dans la crainte du jugement de Dieu et espéraient y échapper par leur obéissance stricte à la loi, dans le mépris du monde (Luc 18.11-12), Jésus révèle que Dieu est avant toute chose Amour, et désire le salut du monde. L’amour de Dieu est si grand et si inconditionnel que le salut est offert à tous ceux qui croient, quels que soient leur origine et leurs actes passés. Le vrai jugement de Dieu se fait dès aujourd’hui sur le seul critère du rejet ou de la foi en son Fils. C’est l’homme qui décide de son sort éternel en acceptant ou en refusant, durant sa vie, l’amour de Dieu qui vient pour le sauver.

d)     V 19-21 : Fermer son cœur à cet amour manifesté par le Fils élevé sur la croix, c’est rester dans les ténèbres, séparé de Dieu, dans l’erreur et le mal, c’est refuser la vie éternelle (3.36). En refusant Jésus, l’homme se juge lui-même. En acceptant Jésus, il met au jour, « en lumière » par ses actes, son amour pour Dieu ; il vient à la vérité et à la vie dans l’amour et la présence de Dieu.cdf4a8eee91e61751017af02b4f51bcf.jpg (Illustration, Rubens et Van Dyck, 17è, le serpent d'airain)

Jésus, « antitype » du serpent d’airain, ne pouvait pas mieux faire comprendre à Nicodème et à nous-mêmes, le sens de sa mort sur la croix. Ce n’est pas une mort subie malgré soi, mais un acte d’amour pour délivrer les hommes qui croient en lui, de l’emprise du péché et de la mort sur l’humanité. Délivrer = « racheter », cette image tirée du contexte de l’époque où régnait l’esclavage, ne doit pas être poussée trop loin, pour éviter des impasses dans le raisonnement, par exemple l’idée incongrue d’un marchandage entre Dieu et Satan pour payer le prix de la rançon  de l’homme ! *

 On peut à la rigueur concevoir que selon la coutume romaine, le prix du rachat de la liberté est donné à l'esclave par son nouveau maître. Jésus donne sa vie pour  libérer  ses amis de l'esclavage du péché.

Comme le serpent d’airain élevé sur sa perche représentait à la vue des hommes, la mort du serpent qui les avait mordus, Christ élevé sur la croix représente pour les croyants, la mort de leur nature pécheresse séparée de Dieu par le péché, afin que, comme Christ est ressuscité (= s’est relevé), ils puissent vivre d’une nouvelle vie au service et dans la présence de Dieu.

* « La traduction, inspirée de la Vulgate , par «rédemption» ou «rachat» du terme apolutrôsis, peut conduire à une compréhension mercantile du salut chrétien, surtout quand elle est asso­ciée aux termes «expiation» (ilastêrion) et «rançon» (lutron) entendus souvent aujourd'hui dans un contexte d'actions criminelles. On charge ces mots d'un sens trop juridique ou trop commercial qui n'est conforme ni à leur enracinement biblique ni à leur contexte paulinien. Certes, une telle compréhension pourrait s'appuyer sur l'usage, dans le monde gréco-romain antique, de lutron pour désigner la rançon d'un prisonnier, ou le prix payé en échange de sa liberté; de lutrôsis pour la libération et la délivrance au moyen d'une somme payée. Une telle libé­ration représente une forme d'échange et renvoie à un droit au moins coutumier. Mais si Christ Jésus nous libère ainsi moyennant un « prix » versé à quelqu'un (voir 1 Co 6,10; 7,23), en « payant de sa vie » (Mt 20,28 et Mc 10,45) comme une «rançon» donnée, avec qui peut bien s'établir ce contrat ou s'opérer ce marchandage ? On voit mal un représentant du camp divin négocier avec le diable. Il ne convient nullement, selon les textes évangéliques et pauliniens, d'imaginer Dieu en partenaire d'une transaction commerciale ou en débiteur exigeant une compensation quel­conque équivalente au péché… Les croyants sont acquis en Christ, non par une rançon payée à l'ennemi, mais moyennant un sang d'alliance qui justifie, c'est-à-dire institue un rapport nouveau à Dieu, celui de filia­tion. Jésus « paie de sa vie » en posant un geste d'amour et de fidélité qui libère des entraves humaines empêchant de s'ouvrir à Dieu et de lui être « réconcilié » ou « ajusté ». Nouveau Vocabulaire biblique, sous la dir. de Jean-Pierre Prévost, Paris-Montréal, Bayard-Médiaspaul, 2004, 496 p. Article »Apolutrôsis » de Jean-Yves Thériault, bibliste et sémioticien catholique, prof. d’exégèse au département des sc. religieuses et d’éthique de l’Université du Québec à Rimousky.

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-          Comment apprendre à dépasser notre logique matérialiste, pour comprendre les réalités spirituelles révélées par Jésus ? (1 Co 2.12-14)

-          En quoi cet entretien avec Jésus a-t-il bouleversé la pensée et la vie de Nicodème ? Comment à l’exemple de Nicodème, les révélations de Jésus sur sa mission et sa vie, ont-elles bouleversé ma conception de la vie et mes pratiques religieuses ?

-          Que représente la croix pour moi ? : un horrible et injuste supplice, un échec cuisant de la vie de Jésus, un mystère insaisissable, la mort de ma nature humaine pécheresse et ma libération de l’emprise du péché sur moi, un geste d’amour de Dieu pour moi, pour me donner une vie nouvelle en Dieu ?

-          Comment ma vie témoigne-t-elle de la libération du péché que la croix de Christ m’a acquise ? Quels changements dans mon comportement et dans mes conceptions sur le salut dois-je encore opérer pour être un témoin véridique de l’amour inconditionnel de Dieu pour tous ?

                                                                                       ***

En annexe, un large extrait de l’article du pasteur Aleksandar S Santrac, paru dans le numéro d’Avril 2008 de la Revue Adventiste :

La mort du Christ :   Le sens de la crucifixion
« Pour ce qui me concerne, loin de moi la pensée de me glorifier d'autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde !» (Galates 6.14) Dans cet article, je voudrais faire de la croix du Christ quelque chose de très personnel dans notre expérience. Et, à mon avis, un des meilleurs textes bibliques en ce sens se trouve dans l'épître aux Galates (6.14). Le texte parle au moins de trois façons d'être crucifié avec le Christ.
Crucifixion dans le sens spirituel
Premièrement, c'est la crucifixion de notre ancien moi dans le sens moral ou spirituel. Lorsque l'apôtre Paul mentionne qu'il ne se glorifie que de la croix de Jésus-Christ et qu'il est crucifié sur cette croix avec le Christ, il répète l'idée trouvée dans d'autres textes de sa théologie de la croix et du salut. Dans l'épître aux Galates (2.20), il dit avoir été crucifié avec le Christ et que, s'il vit, ce n'est plus lui qui vit, c'est le Christ qui vit en lui. Une meilleure explication de cette idée se trouve dans Romains 6.6: « Sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fut détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché. » Dans le sens moral ou spirituel, notre crucifixion avec le Christ est la crucifixion de notre ancien moi, notre ancienne nature charnelle, corps du péché (en grec, le mot corps sarxs donne plutôt une idée de la nature charnelle que celle de l'existence uniquement dans le corps). C'est la seule manière de vivre le salut et l'identification personnelle avec le Christ.
Cette identification avec le Christ et l'imitation de sa mort sont cruciales dans la rédemption. C'est la forme subjective de la mort objective du Christ sur le Calvaire. Par la foi, nous subjectivisons sa mort dans notre propre crucifixion avec Lui. C'est la raison pour laquelle Paul se glorifie de la croix de Jésus-Christ. Paul comprenait que c'est uniquement à la croix et par la croix que son ancien moi pourrait mourir et que lui-même sera en état de cesser de pécher contre Dieu. Donc, la fin du péché dans la théologie de l'apôtre Paul n'est pas dépeinte comme une détermination morale, mais comme la foi dans le Sauveur crucifié, en qui nous avons subi notre propre crucifixion de l'ancien moi.
Crucifixion dans le sens social
Deuxièmement, c'est la crucifixion du moi dans le sens social.
Dans le sens social, la croix signifie la crucifixion de notre alliance avec le monde et en même temps la crucifixion de notre haine pour les gens. Il est évident que, lorsque Paul parle de la crucifixion de notre moi pour le monde, il pense que le monde en tant qu'ennemi spirituel n'a plus de prise sur nous.

Cela veut dire que les désirs du monde, les normes du monde, les valeurs spirituelles du monde sont tous crucifiés pour moi sur la croix et moi pour eux. Le monde n'a pas de prise sur un chrétien, car, si le Christ vit en nous, il n'y a plus de désir de satisfaire aux normes et demandes du monde….

Crucifixion dans le sens religieux

Finalement, en disant que le monde est crucifié pour lui et lui pour le monde dans notre Seigneur Jésus-Christ, Paul pense également à un contexte religieux. Nous n'ignorons pas que son appartenance aux Pharisiens sous-entendait une théologie de séparation totale dans le sens religieux. Cette séparation n'était pas seulement spirituelle, mais aussi formellement religieuse, dans le sens de séparation légaliste. Même après la présentation très claire du Messie comme la fin de la loi (Romains 10.4), certains chrétiens d'origine hébraïque pensaient que les païens devaient se faire circoncire et faire partie du peuple historique de Dieu avant de recevoir la grâce du Messie. C'est pourquoi Paul dit dans Galates 6.15 : « Car ce n'est rien d'être circoncis ou incirconcis; ce qui est quelque chose, c'est d'être une nouvelle création. » Et ce texte vient immédiatement après notre texte principal affirmant que c'est seulement en Christ que nous sommes crucifiés pour le monde et le monde pour nous.

Cela pourrait signifier que le monde crucifié en Christ comprend aussi une dimension religieuse. Notre appartenance religieuse n'a pas de valeur en ce qui concerne notre statut devant Dieu. Au dire de Paul, ce qui compte, c'est d'être une nouvelle création.

C'est pourquoi les religions et le christianisme ont des compréhensions et des concepts différents. Les religions sont des représentations formelles de nos propres efforts pour nous réconcilier avec Dieu. Dans le christianisme, Dieu nous dit que nous sommes dans une situation désespérée et que seuls le Christ et sa croix peuvent nous procurer la paix et l'harmonie avec Dieu.

Rien ne compte, excepté le Christ. Nous pourrions témoigner d'un grand zèle dans l'élaboration de notre identité religieuse, de la ferveur dans nos efforts pour unir tous les chrétiens dans un rassemblement religieux pour faire cesser les confrontations. Nous pourrions même redoubler de zèle pour présenter notre propre tradition, quelle que soit sa valeur, mais en réalité, le seul chemin du salut, c'est la crucifixion de notre monde religieux en Christ. En Lui, nous perdons tout afin d'obtenir tout…

C'est seulement dans le vrai Christ et non dans nos représentations religieuses du Christ que nous trouverons le salut. Cela ne veut pas dire que la vérité en Christ n'est pas importante ou que la doctrine de la Parole de Dieu est sous-estimée. Cela signifie que rien ne peut sauver si ce n'est la croix de Jésus-Christ. Le monde (avec ses religions) a été crucifié pour moi et moi pour le monde.

Oswald Chambers a dit un jour : « Le ciel entier s'intéresse à la croix du Christ, l'enfer entier a terriblement peur de cette croix, alors que les humains sont les seuls êtres qui ignorent plus ou moins sa signification. »

Intéressons-nous profondément à la crucifixion du Christ, car c'est quelque chose de très personnel. Nous sommes crucifiés en Lui et avec Lui. Notre ancien moi, nos attitudes sociales concernant le monde et notre faux zèle pour une vaine religion, tout cela est crucifié en Lui et avec Lui.

C'est pour cette raison que nous devrions toujours nous glorifier uniquement dans la croix de Jésus-Christ.

23.05.2008

Etude n°9 Tendresse de son amour

Etude n°9 la tendresse de son amour (31-05)

Texte étudié : Jean 8.3-11

(Lucas Cranach l’Ancien,15è, La femme adultère)8940a6ef75b574876b564c98972d1876.jpg

 Observons

Le contexte

Lors d’un séjour à Jérusalem, Jésus divise la foule, et est de plus en plus contesté par les Pharisiens qui cherchent à lui tendre des pièges pour l’arrêter. Pourtant il continue à enseigner ouvertement dans le temple.

Le texte

En trois parties :

- 3-6a : le piège tendu à Jésus au sujet d’une femme adultère

- 6b-8 : Jésus renvoie chacun à sa conscience

- 9-11 : Après le retrait des accusateurs, Jésus absout la femme.

Le champ sémantique  légaliste et juridique insiste sur la condamnation du péché par la loi (3-5), les prescriptions de Moïse (5,7 // Dt 17.7), sur la prise de conscience par les scribes de leur culpabilité personnelle (9), sur l’absence de condamnation de la femme (10-11, où le mot condamner se trouve deux fois). Ce vocabulaire donne la clef d’interprétation du piège dressé contre Jésus, de son attitude et de son pardon.

Comprenons

-         Les scribes et les Pharisiens se considéraient comme les défenseurs de la stricte observation de la loi et s’érigeaient en garants et censeurs des bonnes mœurs du peuple. Devant la liberté et l’enseignement de Jésus qui leur semble renier les prescriptions mosaïques en fréquentant les pécheurs, et devant sa compassion pour les humbles et les femmes, ils essaient de lui tendre un piège au sujet de la loi. En présentant à Jésus une femme adultère qu’ils s’arrogent le droit de juger, ils cherchent à trouver un prétexte d’accuser Jésus devant le sanhédrin de mépriser la loi de Moïse s’il l’absout, ou bien une raison de le discréditer  auprès du peuple comme rigoriste s’il la condamne à la lapidation (peine pour l’adultère, devant être appliquée selon la loi aux deux amants, Dt 22.22).

-         Second point légal : selon Dt 17.7, les premiers à jeter la pierre sur le condamné étaient les témoins du délit. Etait-ce les scribes ? Que faisaient-ils à épier cette femme ? Par jalousie, par convoitise, par haine ? En ce cas, ils enfreignaient eux aussi la loi ! S’ils n’étaient pas les témoins, ils n’avaient aucun droit à la lapider eux-mêmes !

-         L’attitude de Jésus interpelle : il refuse d’entrer dans le débat en écrivant sur le sol ; il leur signifie ainsi qu’il n’est pas là pour juger de leurs affaires juridiques (Luc 12.14). Pourtant, comment par son double refus (6,8) arrive-t-il à les placer devant leur conscience (9) ?e64a3c49069fcbfbb4c50bdbcb0b9a97.jpg

Dans la Bible , seuls trois textes nous parlent de Dieu écrivant : au Sinaï, sur les tables de pierre, il inscrit la loi (Ex 34.28), à Babylone, sur le mur du palais, sa main inscrit le jugement prononcé sur le roi Belchatsar, profanateur des objets sacrés du temple de Jérusalem. Le troisième texte est le nôtre où Jésus écrit sur le sol dans un contexte de désobéissance à la loi et de jugement.

 On peut penser que ce qu’il écrit n’est pas étranger à ces deux autres écrits de Dieu qui manifestent sa loi et son jugement. Au lieu de ne retenir que le 7ème commandement comme le font les accusateurs de la femme, Jésus leur rappelle peut-être les autres commandements qu’ils ont enfreints eux-mêmes. Placés ainsi individuellement devant leur culpabilité, les accusateurs deviennent accusés (Jn 7.19) et ne peuvent pas répondre à l’exigence de Jésus (7). Mais en même temps, ils peuvent pressentir leur pardon dans le fait que Jésus écrit sur le sol effaçable, et non sur la pierre comme le fut la loi. La loi éternelle révèle le péché et condamne (Rm 3.19),  mais la miséricorde de Jésus efface et pardonne les péchés 1 Jn 1.9 ; 2.1b).

-         La femme adultère aurait pu profiter du départ de ses accusateurs pour s’éclipser discrètement, avec sa culpabilité au cœur, comme les scribes. Le fait qu’elle reste prouve qu’elle a été touchée par les paroles de Jésus, le seul qui est sans péché, et suggère qu’elle en attend plus : au-delà de l’angoisse de la mort qui s’éloigne, et du sentiment de culpabilité qui l’envahit, elle espère sans doute la compassion que Jésus a déjà manifestée à d’autres. Elle ne fuit pas Jésus, mais s’attend à lui qui seul peut la sauver.

-         Jésus, en ne condamnant pas la femme, comme les scribes voulaient le pousser à faire, et comme il était le seul à pouvoir le faire, libère la femme du sentiment écrasant d’une culpabilité bien réelle, dont elle se repent, pour l’inviter à faire le pas suivant de la conversion : Va, et ne pêche plus ! ».

La culpabilité mise à jour peut conduire, sans Christ, au désespoir, au repli sur soi, à la névrose, mais présentée à Jésus avec repentance, elle produit le désir de changement et de libération. Le pardon obtenu entraîne la reconnaissance et l’amour pour le Sauveur dont la miséricorde opère la régénération du cœur et de la vie.

Par ses actes comme par ses paroles, Jésus enseigne la sagesse d’un Dieu d’amour et de justice, qui permet aux hommes de Le connaître et de marcher dans ses voies (Pr 2.1-9, 20-21).

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-         Quelle place tient la loi dans ma vie : est-ce un code de références pour accuser les autres de péchés que je ne crois pas commettre moi-même, un miroir pour révéler mes fautes et me culpabiliser dans mes efforts de sainteté et de perfection, un moyen pédagogique pour me faire tourner vers Christ en lui avouant mes faiblesses (Ga 3.24), des directives pour m’indiquer comment manifester ma reconnaissance pour le pardon reçu de Christ ?

-         Est-ce que je crois que Jésus a tout pardonné en moi ? Qu’est-ce qui m’empêche d’obéir à sa voix : Va, et ne pêche plus !

-         En quoi la sagesse de Dieu diffère-t-elle de la sagesse humaine ? Comment mon église et moi-même vivons-nous cette sagesse divine et miséricordieuse ?

-         Comment imiter la miséricorde de Christ devant le péché évident d’un de mes voisins, ou d’un membre de ma famille  ou de mon église ? Le pardon équivaut-il pour moi à l’oubli de la faute, à la faiblesse qui ferme les yeux, à l’offre d’une nouvelle vie ?

      

16.05.2008

Etude n°8 un cheminement intense (24-05-08)

Etude n°8 Intensité de son cheminement  avec Dieu (24-05-08)

Texte étudié : Jean 17

Observons

Le contexte

Dans un dernier discours, Jésus a annoncé à ses disciples son départ auprès du Père (16.28) et leur propre abandon (32). Pour les rassurer il leur a affirmé sa victoire sur le monde et ses tribulations (33), prophétisant ainsi le sens de la croix et de la résurrection. En présence de ses disciples, Jésus prononce la prière ultime qui va transformer la vie de Jean, le seul disciple qui restera avec les femmes au pied de la croix et qui nous transmettra cette intercession.

Le texte8805e29a8e238e21b5222418d7cf189e.jpg

A-    v 1-5 : intercession pour la glorification de Christ en faveur des croyants (glorifier : 4 fois, gloire : 1 fois). (Trinité dans la gloire, 15è s)

B-    v 6-19 : intercession

a) (6-12) pour la protection divine (garder : 3 fois) sur les disciples que Dieu a donnés à Jésus (5 fois) et qui ont cru en la parole qu’il leur a donnée (3 fois) ;

b) (13-19) pour leur sanctification (3 fois).

C-    v 20-26 : intercession pour l’unité (4 fois), dans l’amour de Dieu (v 23-24, 26), des disciples qui croiront en lui.

Comprenons

A-    A la veille du don de sa vie, Jésus anticipe les événements pour porter ses regards sur l’au-delà de la croix, dont il sait que l’heure est venue. Sa demande de glorification, c’est-à-dire de reconnaissance de sa divinité éternelle et de son pouvoir sur toute créature (2) manifeste sa confiance en sa résurrection. Celle-ci en effet permettra de faire reconnaître son identité de Dieu, sa qualité de Sauveur (sens du nom Jésus) et de Christ (= Messie, Oint de Dieu), son pouvoir de donner la vie éternelle à ceux que le Père a conduits par l’Esprit à croire en lui et en son œuvre.

Cette œuvre a consisté, dans tout son cheminement, pas à pas (Luc 2.40) de la crèche à la croix, à rendre gloire à son Père, c’est-à-dire à le révéler comme le seul Dieu de vie et de gloire ; la gloire de Dieu consiste en son amour selon le récit de Moïse réclamant de voir la gloire de Dieu, et recevant la réponse qu’il pourrait voir sa miséricorde, en Ex 33.17-19, seule face de Dieu visible pour l’homme pécheur. Jésus demande à Dieu de révéler sa puissance d’amour et de vie en le ressuscitant, et en lui accordant de retourner dans sa présence glorieuse, qu’il avait quittée en s’incarnant (Phi 2.6-11). Car ressuscité et retrouvant sa puissance divine, il pourra alors œuvrer universellement pour la vie éternelle de ses frères humains (v 2).

B-    Faire connaître le nom de Dieu, c’est-à-dire sa personne tout entière selon le sens du nom dans la langue hébraïque, a été la mission terrestre de Jésus, son Fils (= le porteur du nom, le représentant de la personne). Les versets 6 à 10 insistent sur les échanges de dons entre le Père et le Fils. Le Père  a donné à son Fils ses paroles (8), Jésus à son tour les a transmises à ceux que le Père lui a donnés et qui l’ont reçue.  Le Saint-Esprit a travaillé dans le cœur et l’intelligence de ceux qui se sont ouverts à entendre la Parole de Dieu et leur a permis d’accepter d’y croire, en reconnaissant son origine divine (7). Le Saint-Esprit leur donne la possibilité de se démarquer par leur foi du monde incrédule et les garde de toute déviation de sa Vérité (v 15-17 ; Ep 4.14-15).

Dans la conversion d’un cœur, il y a toujours rencontre de ces deux actions : celle de Dieu qui guide et se révèle, et celle de l’homme qui s’ouvre et reçoit. Celui qui accepte la révélation du Père en son Fils appartient désormais à Dieu et non plus à l’esprit du monde, à l’exemple de Christ. Cette appartenance fait bénéficier les disciples de sa protection contre les divisions (v 11), contre la tristesse du désespoir (v 13), et contre la souillure du mal (15).

Sanctifier prend tout son sens ici : la Parole de Dieu permet aux disciples d’être « mis à part » pour le service de Dieu, consacrés entièrement à Dieu, comme le Fils l'a fait toute sa vie (v 19) et va le faire encore en offrant sa vie en sacrifice pour le pardon du péché. De même les disciples, au contact de la Vérité deviennent saints, semblables à Christ (1 Pi 1.15-16) et peuvent offrir leur vie pour proclamer aux hommes la vérité de l’amour de Dieu révélé dans sa Parole (17-19). L'image de l'aimant, attirant à lui l'aiguille et l'aimantant de telle sorte qu'elle devient elle-même aimant pour les autres aiguilles, peut nous faire saisir le processus de la sanctification du disciple au contact de l'Amour et de la Vérité du Père, notre grand Aimant ! Cette vérité de l’amour démesuré de Dieu pour l’homme pénétre le cœur des disciples et les transforme : il leur fait oublier l’égoïsme et le goût du pouvoir qui règnent dans le monde, pour devenir des témoins de cet amour (16, 18).

C-    Après avoir prié pour ses premiers disciples de son vivant sur terre, Jésus pense à ceux qui croiront en sa parole grâce à leur témoignage, c’est-à-dire à son Eglise universelle (v 20). 87aaf403725629bb1f8c9682d8bf8f25.jpgJésus sait que la diversité des personnes et des cultures sera pour son Eglise une tentation de désunion. Sa prière fonde la vraie unité de ses disciples dans l’amour qui lie le Père au Fils et vice-versa. Chacun  des deux a ses caractéristiques et ses fonctions, mais le lien d’amour qui les unit leur permet d’avoir le même objectif : le salut de l’homme pécheur. Jésus prie pour que les disciples de tous les siècles, de toutes les cultures et de toutes les personnalités trouvent leur unité dans le même amour de et pour Dieu, qui les pousse à Le proclamer au monde pour son salut (v 23). (Terre vue du ciel de Yan Artus Bertrand)

L’unité dans l’amour, malgré ou avec les diversités d’expression, permettra au monde de connaître qui est ce Dieu d’amour que Jésus a lui-même fait connaître.

La prière de Jésus se termine par la promesse qu’il continuera à révéler Dieu par l’amour qui habitera dans le cœur de ceux qui voudront le recevoir (26).

Questions pour une application dans la vie chrétienne

1-     Comment suivre  le chemin de croissance de Christ à la gloire de Dieu dans ma vie et dans la vie de l’Eglise ? Par quelles étapes passer, quelles décisions de vie prendre ? (Mt 4.4 ; Luc 6.12)

2-     Ai-je fait l’expérience de la puissance de vie et de  transformation de la Parole dans mon cœur ? Ai-je été "aimanté" par elle ? A-t-elle vaincu en moi l’égoïsme et le goût du pouvoir ou de la vaine gloire ? M’a-t-elle poussé au don de moi pour servir Dieu au travers du service des autres ? Comment puis-je continuer à la laisser transformer mon caractère ?

3-     La prière de Jésus pour l’unité de son Eglise contient-elle l’idée d’uniformité ? Voir comment Paul l’a comprise en 1 Co 12.4-31, et 13.

4-     Qu’est-ce qui peut me permettre d’accepter dans l’Eglise les différences de caractère, de compréhension de la Parole , ou de pratiques ?

5-     L’amour de Dieu pour moi, manifesté par Jésus à la croix, me pousse-t-il à avoir, pour les autres, le même désir de salut et le même amour ? Prions que l’Esprit agisse pleinement en nous dans ce sens et nous inspire les façons de lui rendre gloire adaptées aux circonstances actuelles.

Nous vous proposons la lecture (très accessible à tous) d’un livre qui offre une méditation sur Jean 17 par le Pasteur Daniel Bourguet, responsable de «  la Fraternité spirituelle des Veilleurs »* : Le monde, sanctuaire et champ de bataille (Ed Réveil Publications 2002 ; 8, 90 euros)
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*Fondée en 1923 au sein du protestantisme, par Wilfred et Théodore Monod, elle a pour but d'aider chacun dans sa vie de prière personnelle et dans ses engagements dans l'Eglise et dans le monde.

09.05.2008

Etude n°7 Un comportement qui intrigue (17-05-08)

Etude n° 7 : Un comportement qui intrigue (17-05)

Mt 8.28-34 

Observons

Le contexte

Le ch 8 de Matthieu fait suite au Sermon sur la montagne, et rapporte divers miracles de Jésus qui manifestent sa puissance divine sur la maladie, sur les éléments naturels et sur les puissances démoniaques. Au centre de ces miracles (v 18-22), Jésus répond à ceux qui veulent le suivre en affirmant la précarité de sa vie terrestre (v20) et son désir de choix exclusif de la part de ses disciples (v 22). (Enluminure du 11è s, guérison d'un démoniaque) 85e54ae47e98c2aacf99288909672a64.jpg

Le texte

V 28 : Situation des personnages

V 29 : cri des démoniaques

V 30-32 : guérison des démoniaques

V 33-34 : réactions des habitants du pays

Comprenons

Le texte parallèle de Luc 8.26-39 donne plus de détails sur ce miracle insolite de Jésus, en territoire païen, à l’est de la mer de Galilée. Nous vous invitons à vous y reporter pour compléter le texte de Matthieu qui met en scène deux démoniaques au lieu d’un chez Luc.

Jésus a traversé le lac avec ses disciples, en apaisant la tempête qui s’y était élevée. Il ose aborder un territoire de la Décapole , occupé par les Romains, et s’approcher de deux hommes considérés comme si dangereux à cause de leur folie qu’ils en sont réduits à survivre dans les grottes isolées qui servaient de cimetière.

Les Géranésiens étaient prisonniers du plus profond des cachots : possédés de mille démons (nommés « Légion » chez Luc), exclus de la société, ils étaient des morts-vivants, liés de chaînes (Luc 8.29) que les hommes lui mettaient pour se protéger de leur folie furieuse. Ils n’étaient plus maîtres d’eux-mêmes et personne ne pouvait les délivrer, les hommes renforçant la domination sur eux des puissances surnaturelles mauvaises par leurs mesures de protection sociale.

Ces hommes prisonniers de leurs semblables, des démons, d’eux-mêmes, de leur folie, de leur violence, de la solitude, et de leur ignorance de Dieu, dans un moment de lucidité se sont approchés de Jésus ; ce premier pas est essentiel ! La puissance démoniaque à l’œuvre dans leurs corps, reconnaît alors le Seigneur, le Fils de Dieu en la personne de Jésus et prend peur, car les démons connaissent sa puissance sur eux (Ja 2.19). Tant qu’à être chassés hors de ces possédés, ils préfèrent continuer à nuire dans les corps des pourceaux, animaux impurs par excellence pour les Juifs, mais source de grand profit dans le monde non-juif ! Jésus curieusement acquiesce à leur demande. Le résultat ne se fait pas attendre, tout le troupeau, rendu fou, se précipite dans les eaux : les démons sont quand même allés à l’abîme, mais ont eu la satisfaction de ruiner leurs propriétaires !

Pourquoi Jésus l’a-t-il accepté ? Voulait-il donner une leçon aux démons ? Rappeler aux Juifs l’impureté de ces animaux ? Manifester de façon éclatante aux habitants du pays et à ses disciples sa puissance sur le monde démoniaque ? Interpeller avec force tous les assistants en touchant à leurs intérêts financiers ?

Un tel cas de folie furieuse était considéré comme l’œuvre du Démon, qui par les anges déchus qui le servent, prend possession d’hommes ou de femmes. C’est-à-dire que ces personnes ne maîtrisent plus ni leurs pensées, ni leur volonté, ni leur comportement : elles sont complètement aliénées, esclaves de ces esprits mauvais, qui n’ont d’autre but que d’arracher à Dieu ces créatures humaines.

La relation de ces esprits avec Satan est suggérée par

            - le lieu où sont relégués les possédés : parmi les sépulcres ; ils vivent dans l’impureté de la mort, ils sont des déjà-morts, des morts-vivants. 

            - le lieu où les démons redoutent d’aller : l’abîme est dans la Bible , le lieu symbolique de la résidence et de l’emprisonnement de Satan (Apocalypse 9.1, 2, 11 ; 20.3). Les démons redoutent d’y être envoyés car alors ils n’auraient plus aucun pouvoir sur personne ! 

           - la force surnaturelle de ces hommes qui brisent les chaînes qu’on leur met pour tenter de les maîtriser (Luc 8.29)

            - le lieu (chez Luc) où étaient poussés les possédés : le désert n’est pas un lieu de vie mais de mort pour les hommes. 

            - la connaissance surnaturelle qu’ils ont de Jésus, leur peur et leur haine à son égard (Mt 8. 29 ; Lc 8.28).  Aussitôt ils l’identifient comme le Fils de Dieu qui a pouvoir sur eux, malgré leur résistance.

            - le choix qu’ils font d’aller dans les pourceaux, considérés comme animaux impurs par les Juifs.

On peut voir l’humour de Jésus qui accède à leur demande : la folie démoniaque va s’emparer de ces bêtes impures et les conduire à l’abîme, la mer où elles vont trouver la mort. Les démons iront bien en fin de compte à l’abîme, n’ayant plus rien à posséder !

La relation de Jésus avec ces esprits démoniaques est intéressante à remarquer : 246acdd236e12ae266ff93fb6c022ea2.jpgil n’a pas crainte de les approcher : il savait où il allait en abordant à cet endroit désolé de la côte.  Il décèle tout de suite leur présence, mais aussi la lueur de lucidité du possédé qui s’est avancé à sa rencontre. Pour s’en rendre maître, Jésus oblige les démons à se nommer. Donner son nom c’était s’en remettre à celui qui le recevait, se soumettre à sa domination. Tous les efforts des esprits mauvais pour échapper à la puissance divine sont alors vains. (Polyptique de Montbéliard, 16è s)

Cette libération a suffi pour que les deux démoniaques deviennent des hommes sensés, calmés, rétablis parmi les leurs et témoins des oeuvres de Dieu en leur faveur (Luc 8.38-39). Jésus en les guérissant, les rétablit dans leur intégrité physique, sociale, affective et spirituelle. Aucun lien ne résiste à l’intervention libératrice de Christ.

 C’est important pour tous ceux qui peuvent avoir mis le doigt dans l’engrenage du tabagisme, de l’alcoolisme ou de la drogue, de savoir que Jésus est plus puissant que ces esclavages, et peut les libérer s’ils le lui demandent de tout leur coeur.

A contrario, les villageois,  ruinés dans leurs intérêts économiques, refusent de se réjouir de la guérison de leurs concitoyens, et chassent Jésus. Ils ne supportent pas ses actes extraordinaires qui les dérangent trop !

Psychologiquement ce récit peut nous enseigner  l’importance de prendre conscience, grâce à la Parole de Dieu, de ce qui nous anime (sentiments négatifs, peurs, colère, violence, culpabilité…). En prendre conscience permet de reconnaître notre faiblesse et de nous tourner vers le Seigneur, qui saisit le moindre mouvement vers lui pour guérir, apaiser, régénérer, comme il l’a fait pour les Guéranésiens.

 

Questions pour une application dans la vie chrétienne

- Avons-nous été délivrés par Jésus de notre esclavage du mal, de nos haines, de nos peurs, de notre violence ? Si oui, comment cela se manifeste-t-il concrètement ? Si non, comment bénéficier de l’intervention libératrice de Jésus ?

- Quels comportements individuels et collectifs de notre part Christ peut-il utiliser pour intriguer nos voisins, et leur faire prendre conscience de sa présence bienfaisante dans notre vie ? (Jean 13.35 ; 8.31 ; Mt 18.21-22 ; Mt 23.23 ; Mc 2.27 ; etc.)

- Comment imiter Jésus et oser aller vers ceux qui ne sont pas conformes à nos critères de foi et de vie ?

- Comment réagissons-nous nous-mêmes devant des actes de libération par Christ (conversion, guérison, changement de comportement, réconciliation...) qui nous dérangent dans nos intérêts et nos convictions ?

02.05.2008

Etude n°6 Des paroles qui interpellent (10 05 08)

Etude n°6 : Des paroles qui interpellent (10-05)

Jean 7.37-52

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Le contexte

Jésus enseigne dans le temple à l’occasion d’une fête et provoque l’étonnement de tous (7.14-29), par sa hardiesse et son autorité. Les Pharisiens cherchent à se saisir de lui et envoie des gardes pour le saisir (v 30-32). Jésus annonce à la foule son incapacité future à le trouver à cause de son incrédulité et son endurcissement (33-36). (Evangile et Peinture, Berna, Fleuve d'eau vive)

Le texte

a)     37-39 : appel de Jésus à venir boire à sa source d’eau vive

b)     40-44 : Réactions diverses dans la foule

c)       45-49 : Incrédulité et mépris des Pharisiens

d)      50-52 : Remontrances de Nicodème

Comprenons

a)     La fête qui réunissait le peuple à Jérusalem et durait huit jours était sans doute celle des Tabernacles (Jn 7.2), célébrée en Octobre. Le peuple vivait sous des tentes pendant cette semaine, en mémoire de l’Exode et du séjour dans le désert, et il louait Dieu pour sa protection et sa providence durant cette errance de 40 ans. Chaque matin on faisait une libation d’eau pure, en plus des sacrifices au temple, en souvenir de l’eau jaillie du rocher (Ex 17 ; Nb 20) : un prêtre descendait à la source de Siloé, y puisait de l’eau et la portait dans un vase d’or au parvis du temple. Là, les sacrificateurs et la foule le recevaient en chantant les paroles d’Esaïe 12.3 : « Vous puiserez de l’eau avec joie aux sources du salut. » Le sacrificateur versait ensuite l’eau sur l’autel des holocaustes du côté de l’ouest, et une coupe de vin du côté de l’est. 9879cedc94ddee9485bc30d27de0fb9c.jpg

Jésus utilise ce rite institué par les hommes et non par Dieu (il n’en est pas fait mention dans la Bible ), pour lui donner son véritable sens spirituel : il est à la fois l’eau qui désaltère (v 37) et le rocher d’Horeb d’où coulent les eaux vives du salut (v 38 ; Jn 4.14 ; 1 Co 10.4). Les images de la soif et des eaux vives encadrent l’expression « venir à lui et boire », qui est expliquée par « croire en Jésus ».

Croire en lui, c’est le seul moyen d’avoir la vie (comme l’eau est indispensable à la vie) ; c’est aussi la seule condition pour recevoir l’Esprit dans sa plénitude (symbolisé par l’eau vive), de façon à être régénéré et à devenir soi-même source de vie pour les autres (v 39), qui ont aussi soif de salut. (Pont à Anduze)

Cette promesse de Jésus, annoncée par les prophètes (Es 35.6-7 ; 41.17-18 ; 48.21 ; Joël 2.23 ; Ps 114.8), s’est réalisée totalement à la Pentecôte (Ac 2) et dans les siècles suivants. Jean explique ainsi les paroles de Jésus prononcées avant sa passion pour annoncer l’effusion de l’Esprit après sa résurrection et son ascension.(Jn 14.15… ;16.5…).

La présence de Jésus en chair empêchait les disciples de voir en lui le Fils de Dieu. Sa résurrection et son retour au Père leur ouvriront les yeux de la foi et permettront à l’Esprit de se répandre sur eux tous et de créer une vraie communion spirituelle avec Christ.

b)     Réactions diverses

Les paroles de Jésus ont des résonances diverses sur les auditeurs selon leurs préjugés ou leur ouverture d’esprit. Les uns, sérieusement impressionnés, croient reconnaître en lui « le prophète » promis à Moïse (Dt 18.18), que les Juifs pensaient être le précurseur du Messie (Jn 1.21 ; 6.14). D’autres voient en lui le Messie même, que tous attendaient pour les délivrer de l’occupation romaine (41).

Par contre, les sceptiques et les blasés, s’appuyant sur leurs connaissances des Ecritures (Mi 5.1), mais mal renseignés sur les origines davidiques et béthléemites de Jésus, ne peuvent pas croire que l’homme de Nazareth en Galilée, soit celui qu’ils attendent. Ils oublient les paroles d’Esaïe 9.1, qui prédisaient que « le peuple qui marche dans les ténèbres, verrait une grande lumière ». la Galilée située aux confins du monde païen était considérée avec mépris par les Juifs de Judée comme « marchant dans l’ombre de la mort » !

Les paroles de Jésus provoquent une telle division que certains en viennent à vouloir se saisir de lui (44). Pourtant les gardes envoyés par les Pharisiens pour l’arrêter, ne le font pas, car ils sont si impressionnés qu’ils auraient cru commettre un sacrilège. Leur étonnement admiratif et respectueux transparaît dans leur réponse aux Pharisiens, sans excuse ni justificatifs. Pris entre leur devoir d’obéissance et leur humble conviction naissante, ils préfèrent se taire devant les sarcasmes méprisants des Pharisiens.

c)      Les Pharisiens, gardiens de l’orthodoxie de la foi, se posent en modèles, mais leur orgueil leur fait croire que leur groupe incrédule est sans faille (48), ce que Nicodème va immédiatement démentir (50). Ils manifestent la profondeur de leur vanité par le mépris avec lequel ils considèrent la foule ignorante, et la malédiction contre elle qui annonce l’excommunication qu’ils vont lancer plus tard contre ceux qui croiront en Jésus (Jn 9.22).

d)     Nicodème, venu voir Jésus de nuit (ch 3) par crainte de ses pairs, ose cette fois objecter avec ironie à la condamnation de Jésus les prescriptions de la loi pour la défense d’un accusé. Vexés par ce rappel de leur « omission » de lois dont ils prétendent être les enseignants et les garants, les Pharisiens ne peuvent qu’injurier Nicodème en le traitant de « Galiléen », ce qui sous-entend « sympathisant de Jésus ». Eux aussi de façon impardonnable, oublient la prophétie d’Esaïe (9.1), et la nationalité des prophètes Jonas (2 Rois 14.25), Elie et Nahum, originaires du royaume du nord.103671dd02f2c62a6292a7ce97c6f75c.jpg

La parole de Christ, par ses images appropriées aux situations vécues, touche au plus profond de l’être, où Dieu a placé la pensée et la soif de l’éternité (Ec 3.11). Elle ne laisse personne indifférent. Chacun est poussé à se déterminer entre l’accueil et le rejet, donc entre la vie et la mort (Dt 30.19-20). Ce choix est influencé par le regard que nous portons sur nous-mêmes et sur les autres. Une partie des auditeurs attendaient humblement la venue du Messie libérateur, et purent étancher leur soif d’une vie nouvelle. Les autres, pleins de leurs certitudes, de leurs préjugés religieux ou racistes, se fermèrent à l’interpellation de Jésus, et s’endurcirent dans l’incrédulité ! De quel côté nous situons-nous face aux paroles de Dieu ?

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-          En quoi la Parole de Dieu est-elle le Rocher d’où coule la source de vie pour moi et mon Eglise ? Comment cela se voit-il dans nos comportements et nos propos ?

-          Mes yeux ont-ils été ouverts sur les réalités spirituelles de Dieu, sur le sens des paroles de Jésus, et sur la direction de l’Esprit dans ma vie ? Comment les ouvrir ? Quels sont les obstacles à cette ouverture ?

-          Quelles paroles de Dieu m’ont interpellé(e) et m’ont fait découvrir son amour pour moi ? Comment les partager avec mon entourage ?

-          En quoi nos efforts d’évangélisation proclament-ils les paroles de Dieu pour attirer à Christ, seule source de vie  (v 37) ?

 

 

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