25.04.2008
Etude n°5 Ses oeuvres miraculeuses
Etude n°5 Ses œuvres miraculeuses (3-05)
Matthieu 9.27-36
Observons
Le contexte (Polyptique de Monbéliard 16è, guérison de deux aveugles)
Matthieu fait suivre le long discours sur la montagne (ch 5-7) du récit de nombreux miracles opérés par Jésus en Galilée au début de son ministère : tempête apaisée (8.23-27), guérisons d’un lépreux, d’un serviteur de centenier, de la belle-mère de Pierre, de deux démoniaques Gadaréniens (ch 8), d’un paralytique, d’une femme malade, et même la résurrection d’une jeune fille (9.1-26). Ces miracles troublent et attirent les foules à Jésus qui appelle à le suivre sans regarder en arrière (8.18-22 ; 9.9-17). Deux derniers miracles précèdent le choix des apôtres et leur ordre de mission (ch 10)
Le texte (9.27-36)
a) 27-31 : Guérison de deux aveugles
b) 32-34 : La guérison d’un possédé muet provoque admiration ou accusation
c) Compassion de Jésus pour les brebis de son peuple sans bergers.
Comprenons
Le ministère de Jésus se manifeste dès le début par des actes miraculeux, comme il l’avait annoncé à Nazareth (Luc 4.16-20), en prenant à son compte les prophéties d’Esaïe 61.1-2 : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a oint pour guérir ceux qui ont le cœur brisé…, pour proclamer aux captifs la délivrance, aux aveugles le recouvrement de la vue…, pour proclamer une année de grâce du Seigneur ! »
Il nous faut donc considérer tous ces récits de miracles comme autant d’enseignements sur la mission de Jésus.
Les deux aveugles supplient Jésus en l’appelant « Fils de David ». Après avoir entendu parler de la résurrection de la fille de Jaïrus, ils reconnaissent en Jésus par ce titre qu’il est le Messie : c’est ainsi qu’on le nommait populairement d’après les prophéties de l’Ancien Testament (Ps 132.11 ; Es 11.1-2 ; Jér 23.5). Jésus ne désirant pas céder à l’attrait de la foule pour le spectaculaire, ne répond pas à leurs cris en public. Sans se laisser rebuter par son silence, les deux aveugles insistent et le suivent chez lui. Jésus, selon son habitude, les interroge sur leur foi : ils doivent professer leur confiance en sa puissance de guérison ! Le Messie n’est pas pour eux seulement le libérateur politique attendu par tous, mais il est celui qui peut les délivrer personnellement de leur handicap physique. La foi en Jésus ouvre leurs cœurs à son action divine de guérison et leurs yeux ouverts physiquement symbolisent leur changement de regard spirituel sur Dieu et sur leur vie. Leur enthousiasme est si grand qu’ils passent outre aux ordres de silence de Jésus ! Jésus ne fait pas de miracles pour se glorifier ou s’imposer comme puissant guérisseur. Il répond seulement à la demande de « ses brebis sans berger » (36) !
La guérison du démoniaque muet (on expliquait le mutisme incompréhensible par une possession démoniaque), à la demande de ses amis, provoque l’étonnement admiratif de la foule, mais l’incrédulité haineuse et jalouse des Pharisiens, dont la suspicion et l’accusation blasphématoire de guérir par la puissance de Satan, amènera un peu plus tard Jésus à définir le péché contre le Saint-Esprit (Mt 12.22-37). (Polyptique de Montbéliard, 16è, guérison d’un démoniaque muet)
Matthieu résume dans les v 35-36, l’activité du Sauveur, comme il l’avait déjà fait en 4.22-23. Il y rajoute au v 36, le sentiment de compassion éprouvé par Jésus devant la fatigue et l’abattement plus spirituels que physiques de son peuple livré à lui-même. L’amour de Jésus pour son peuple misérable lui fait désirer son entrée dans le Royaume qu’il compare à la moisson. Pour cela il a besoin de serviteurs qui en montrent le chemin et prépare les cœurs à l’accueillir. Les miracles de Jésus ont pour but de révéler l’amour, la compassion de Jésus pour ses frères humains, et de les conduire d’une guérison physique à une guérison spirituelle, par la découverte de la puissance libératrice du Sauveur. Les aveugles dont les yeux s’ouvrent au toucher de Jésus, symbolisent l’aveuglement spirituel du peuple, plongé dans l’obscurité par méconnaissance de l’amour de Dieu (Os 4.6a). Comme eux, le peuple aspire à la lumière sans trouver de guide pour y accéder. Leur guérison et celle du possédé de mutisme révèlent à tous que seul Jésus peut délivrer des chaînes de l’Adversaire. Le désir de Jésus de trouver des aides pour cette œuvre de libération a pour conséquence le choix des douze apôtres et leur ordre de mission, que Matthieu rapporte au ch 10. A la prédication du Royaume, ils auront à joindre une œuvre de guérison physique et morale, image de la guérison spirituelle que le Sauveur désire pour son peuple (10.7-8).
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Pourquoi les miracles physiques ne sont-ils pas plus nombreux parmi les chrétiens ?
- De quelles guérisons avons-nous encore besoin personnellement et en église ? Comment en bénéficier réellement ?
- Où Jésus m’a-t-il touché(e) ? Sur quoi m’a-t-il ouvert les yeux de la foi ? Qu’est-ce que cela a transformé dans ma vie et mon comportement ?
- De quelles actions de Jésus en ma faveur puis-je témoigner autour de moi pour contribuer à l’œuvre de guérison du Sauveur et à la « moisson » du Seigneur ? Qu’est-ce qui m’empêche d’en parler ?
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18.04.2008
Etude n°4 La sagesse de ses enseignements (26 04 08)
Etude n°4 : la sagesse de ses enseignements (26-04-08)
Pour étudier le sermon sur la montagne, se reporter à l'étude n°7 dans la catégorie "Etre disciple"
Marc 1.21-28
(Polyptique de Montbéliard, 16è, Jésus enseigne et guérit)
Observons
Le contexte
Après le baptême de Jésus, sa tentation et l’appel de quatre disciples (1.9-20), Marc place cette guérison de Capernaüm pour illustrer l’enseignement de Jésus.
Le texte
Il se compose de trois parties que l’on peut distinguer par les répétitions :
- il les enseignait avec autorité (v 22), // un nouvel enseignement donné avec autorité (v 27).
-les gens étaient très étonnés (v 22) // les gens furent si étonnés (v 27).
Ces répétitions encadrent la partie centrale de la guérison du démoniaque.
A- 21-22 : L’autorité de Jésus dans son enseignement provoque l’étonnement
B- 23-26 : Jésus est reconnu par le démon et le chasse de l’homme possédé
A’-27-28 : L’autorité de Jésus, et dans son enseignement et sur le démon, provoque l’étonnement de tous.
On remarque aussi les oppositions
- entre Jésus et les maîtres de la loi à propos de l’autorité,
- entre Jésus le Saint de Dieu et les esprits mauvais ou impurs,
- entre l’homme et le démon, qui sont différenciés par Jésus.
Comprendre
Jésus est au début de son ministère, il se comporte comme tout Juif pieux et va le Sabbat, à la synagogue, pour « célébrer le Seigneur, invoquer son nom, ou selon la BFC , dire à tous qui est Dieu » (1 Chroniques 16.8).
Selon la coutume, tout homme qui le voulait pouvait prendre la parole pour lire et commenter une portion des Ecritures devant l’assemblée réunie dans la synagogue. Jésus se met donc à enseigner. Le texte ne nous dit pas ce qu’il enseigne. Mais Luc raconte le même épisode immédiatement après celui de Nazareth, où Jésus avait lu Esaïe 61.1-2, en se désignant comme l’Oint de l’Esprit du Seigneur pour apporter la Bonne Nouvelle de l’année de grâce de Dieu.
Son enseignement à Capernaüm doit être très proche, puisque tous sont étonnés de son autorité. Celle-ci diffère de celle des scribes qui avaient l’habitude de faire assaut de commentaires et de savoir, pour mieux briller personnellement.
L’autorité de Jésus vient
- de sa connaissance en profondeur des Ecritures,
- de la conscience qu’il a d’être venu les accomplir parfaitement (Matthieu 5.17),
- de sa relation intime avec Dieu le Père qu’il a pour mission de révéler (Jean 14.9),
- de la clarté de ses explications,
- de l’assurance tranquille de ses affirmations (Luc 4.21).
- de la sagesse pratique de son enseignement.
Jésus « disait à tous qui était Dieu » (1 Chroniques 16.8-36) : « un Dieu qui fait des prodiges, qui remplit ses promesses, qui protège, qui sauve, un Dieu Créateur et Roi qui vient rendre la justice sur terre et délivrer son peuple, un Dieu Saint dont l’amour est infini ».
La joie d’être son fils et de le faire connaître transparaissait dans ses enseignements au point de remplir d’étonnement l’assistance.
Le miracle de la guérison du démoniaque prend un triple sens dans le contexte du jour du Sabbat (v 21) :
1- il est la démonstration du droit de Jésus d’enseigner avec autorité et sagesse : les démons lui sont soumis et le reconnaissent comme le Saint de Dieu : celui que Dieu a mis à part pour son service (Jean 10.36) et celui qui a le pouvoir de les détruire (v 24), celui qui est rempli de la sagesse divine face à celui qui est rempli de la folie du démon.
2- il est l’illustration pratique de son enseignement : Jésus vient délivrer l’homme de l’emprise du mal sur lui. Le démoniaque symbolise l’humanité esclave de Satan, incapable de se libérer elle-même mais que Jésus vient délivrer et rendre à sa dignité. La sagesse de l’enseignement de Jésus ne se manifeste pas dans des discours intellectuels et moraux, à l’image des philosophes grecs ou des rabbins juifs, mais dans des actes puissants et révélateurs de sa mission. Jésus suit en cela la sagesse hébraïque plus pratique que spéculative.
3- Accomplie le jour du Sabbat, cette guérison donne à ce jour d’adoration du Seigneur une signification particulière : c’est un jour de délivrance, non seulement du travail, mais aussi de la maladie spirituelle de l’être humain qu’est sa séparation d’avec Dieu, maladie qui rend l’homme « insensé » comme le démoniaque, dominé par Satan. Le jour du sabbat, l’homme pécheur peut avoir le cœur en joie pour proclamer par ses chants, ses prières, ses dons, son partage des Ecritures et de ses expériences avec Dieu, combien est grande la bonté de celui qui le sauve (1 Chr 16.10, 23), de celui qui est Créateur tout puissant (1 Chr16.26-27), du Saint qui par sa présence même chasse les démons qui l’assaillent. Délivré, le fidèle peut partager avec tous l’espoir et la confiance qu’il place dans l’amour et la venue du Seigneur (1 Chr 16.33-34).
Ainsi, Jésus a-t-il révélé, ce jour de sabbat, qui était Dieu, dans son enseignement et dans ses actes.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comment enseigner la Parole de Dieu dans nos églises, à l’exemple de Jésus ? Comment révéler concrètement qui est Dieu ?
- Que considérons-nous chez nos prédicateurs ? Leur accordons-nous notre attention parce qu’ils parlent brillamment, parce qu’ils touchent notre sensibilité, parce qu’ils ont une autorité de par leur fonction, parce qu’ils rendent claire la Parole de Dieu, parce qu’ils vivent ce qu’ils prêchent, parce qu’ils nous aident à vivre mieux dans la présence libératrice de Dieu ?
- Prions pour que la sagesse divine inspire nos paroles et nos actes de façon à révéler l’amour de Dieu autour de nous !
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11.04.2008
Etude n°3 La réalité de son humanité (19-04-08)
Etude n°3 : La réalité de son humanité (19-04-08)
(Nativité de La Tour , 17è)
Hébreux 4.14-16 ; 5.7-10
Observons
Le contexte
Depuis le début de son exposé, l’auteur précise la profession de foi des croyants en Christ, leur Sauveur parfait, à partir des « types » du rituel du sanctuaire. Christ, supérieur aux anges (ch 1), à Moïse et à Josué (ch 3), « a été fait pour un peu de temps inférieur aux anges » (2.9) ; « semblable en tout à ses frères » humains (2.17), il a souffert la mort pour tous (2.10) afin d’écraser par sa mort celui qui détenait le pouvoir de la mort (2.14) et d’être un souverain sacrificateur miséricordieux et fidèle dans le service de Dieu, pour faire l’expiation des péchés du peuple (2.17-18). A partir du chapitre 4.14, l’auteur développe cet aspect de la personne de Jésus qu’il avait abordé brièvement en 2.17-18.
Le texte
A : 4.14-16 :
a) v 14 : Exhortation à la fermeté de la profession de foi en Christ, souverain sacrificateur.
b) V 15 : Il peut compatir à nos faiblesses ayant lui-même été tenté, sans pécher.
a’) v 16 : Exhortation à s’approcher de la grâce de Dieu avec assurance.
B : 5.7-10 :
a) v 7 : Jésus dans son humanité a souffert l’angoisse de la mort éternelle
b) v 8 : par la souffrance il a appris l’obéissance
a’) v 9-10 : Ressuscité, Jésus est devenu souverain sacrificateur pour le salut éternel de ses disciples.
ComprenonsL’épître aux Hébreux tente de révéler aux croyants de Jérusalem d’origine hébraïque, le ministère de Christ ressuscité pour le salut de ses disciples, en partant des rites du sanctuaire, et plus particulièrement du Jour des Expiations, symbole de la délivrance et de l’absolution définitive du péché du peuple de Dieu. Cet écrit est pour nous, non-juifs du 21 siècle, difficile à expliquer et à comprendre (5.11), à cause de notre éloignement dans le temps et de notre méconnaissance des rites juifs.
L’auteur cherche à démontrer à la fois les ressemblances de Jésus avec les souverains sacrificateurs de l’Ancienne Alliance, et sa supériorité sur eux pour sauver réellement le pécheur.
Toutes les confessions de foi des apôtres partent de l’affirmation que Christ, Parole de Dieu « a été fait chair » (Jn 1.14), qu’il a participé au « sang et à la chair » (Hé 2.14), c’est-à-dire qu’il a été un homme à part entière, avec un corps où coulait du sang, symbole de vie. « Né d’une femme, sous la loi » (Ga 4.4), il est devenu « semblable aux hommes en prenant la condition d’esclave. Après s’être trouvé dans la situation d’un homme il s’est humilié lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort, la mort sur la croix (Phi 2.7-8). L’apôtre Jean insiste sur cette humanité de Jésus comme étant le point de la foi essentiel à son époque pour distinguer ceux « qui sont de Dieu » de ceux qu’il appelle « faux prophètes » (1 Jn 4.2-3). Nier l’humanité de Jésus, comme le prêchait le docétisme à la fin du 1er siècle, c’est dissoudre » (BAN,1Jn 4.3 note), détruire l’œuvre de salut de sa vie, sa mort et sa résurrection. En niant le Jésus humain, on a représenté le Christ comme le « Pantocrator » qui orne les coupoles des églises d’Orient, un Dieu « Tout-Puissant », si éloigné et au-dessus des hommes, qu’il a fallu créer une figure intermédiaire plus humaine en la personne de la Vierge Marie , « Mère de Dieu » !
Pour que Jésus puisse réaliser la volonté de salut de Dieu et délivrer l’homme de sa condition pécheresse, il fallait qu’en tant qu’homme il repasse par les mêmes expériences qu’Adam (Rm 5.12-18). En devenant le second Adam, il est resté cette fois-ci attaché à Dieu jusque dans les souffrances extrêmes et dans les tentations, que tout humain peut éprouver. Sur la croix, il a fait mourir dans son corps d’homme la condition pécheresse de l’homme qui le sépare de Dieu. Ainsi Jésus a pu donner à l’homme la Vie éternelle qui était en lui par sa communion intime avec son Père.
(Christ, souverain sacrificateur, intercesseur)
Comme les anciens grands prêtres pris parmi les hommes offraient des sacrifices pour le pardon des péchés du peuple et compatissaient aux faiblesses humaines qu’ils partageaient eux aussi, Christ, ayant traversé les mêmes épreuves, subi les mêmes tentations, mais sans y succomber, et ayant éprouvé les mêmes souffrances que ses frères humains, peut accueillir avec compassion et miséricorde ceux qui font appel à sa grâce et à son pardon (Hé 4.15-16).
Jésus a ressenti dans son humanité l’angoisse de la mort, non pas tant la mort physique et temporelle, mais la mort spirituelle et éternelle (Hé5.7), dont il avait une vive conscience par son intimité sans faille avec Dieu. Cette souffrance terrible ne l’a toutefois pas éloigné de l’obéissance à son Père dont la volonté est de sauver l’homme en éliminant son péché sur la croix, parce que en Jésus, Il endossait volontairement la nature humaine. Comme les humains, Jésus a dû apprendre l’obéissance et croître dans l’intimité de sa communion avec Dieu le Père, jusqu’à atteindre la maturité spirituelle ou perfection (5.8-9a ; Eph 4.13). Par sa résurrection et son ascension auprès du Père, « il a été élevé à la perfection » (Hé 5.9) par Dieu comme « prémices » de ceux qui lui obéissent et lui appartiennent (1 Co 15.23).
Ce que symbolisaient les sacrifices et les sacrificateurs lévitiques, Jésus l’a vécu dans sa propre chair, et ainsi, devint le Sauveur de tous les hommes.
Puisque Jésus a été un homme obéissant jusqu’au bout, le chrétien peut marcher sur le même chemin, et croître dans la communion avec Dieu en abandonnant sa volonté propre de puissance et de gloire humaines, même si cela passe par la souffrance (5.7-9).
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Quand je m’adresse à Jésus dans mes prières, qui est-il pour moi : Dieu d’amour tout-puissant, ou homme frère qui me comprend parfaitement ?
- Qu’est-ce qui fait encore obstacle en moi pour m’approcher de Dieu « avec assurance » et confiance ?
- Comment présenter Jésus-Christ à l’homme moderne qui généralement a tendance à ne voir en lui qu’un homme bon, sage et victime de la violence des hommes ?
- Qu’est-ce que l’humanité jointe à la divinité de Jésus change à ma vie et à mes relations avec les autres ?
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04.04.2008
Etude n°2 Le mystère de sa divinité (12-04-08)
Mat 16.13-20
(Profession de foi de Pierre, Polyptique de Montbéliard, 16è)
Introduction : Arrivée de Jésus à Césarée de Philippe
1- v 13-14 : Que dit-on sur le fils de l’homme ? Réponse : c’est un prophète.
2- v 15-16 : Que dites-vous sur lui ? Réponse de Pierre : c’est le Messie, fils du Dieu vivant.
3- v 17-19 : Commentaire de Jésus :
a) C’est Dieu qui révèle la nature de Jésus,
b) Pierre fondateur de l’Eglise immortelle,
c) Clés du royaume conférées à l’Eglise.
Conclusion : Silence recommandé par Jésus sur sa nature.
Comprendre
Contexte
Jusqu’à présent Jésus a prononcé des discours et accompli des miracles pour révéler qui il est (ch 4-10). Il a provoqué des réactions différentes chez Jean-Baptiste, la foule et les Pharisiens (ch 11-12). Devant le doute, le scepticisme et les accusations, il se retire, en enseignant par paraboles (ch 13), et il recherche la solitude, fuyant la foule qui veut en faire son roi terrestre, mais que pourtant il nourrit (ch 14). Il se réfugie en territoire païen (ch 15). Enfin des guérisons et une seconde multiplication des pains provoquent l’attaque des Pharisiens et des Saducéens (ch 16.1-12), dont il s’éloigne à Césarée de Philippe, au nord-est du pays.
A partir de la confession de Pierre (16.13-20), il prépare ses disciples à sa mort (16.21-28), et se révèle à eux comme le Fils de Dieu, à la Transfiguration (ch 17), avant de monter à Jérusalem (ch 18-20).
Texte
La confession de Pierre marque donc un tournant dans l’attitude et l’enseignement de Jésus vis-à-vis de ses disciples. La reconnaissance de sa divinité et de sa messianité leur permet de recevoir la révélation de la réelle mission de Jésus (v 21), même s’ils ne sont pas encore capables de la comprendre (22-23).
1- A l’inverse du peuple et du roi Hérode qui ne voient en Jésus qu’un prophète, dans la lignée des autres, et un précurseur du Messie libérateur du joug des Romains, les disciples, par la bouche de Pierre, confessent que celui qui se nomme lui-même le Fils de l’Homme, ne signifie pas seulement son humble filiation humaine, mais représente bien le personnage de la grande vision eschatologique de Daniel 7.13-14, qui s’avance vers l’Ancien des jours pour recevoir la « domination, l’honneur et la royauté » éternels.
Le nom de « Fils de l’homme » que Jésus seul s’attribue, annonce le Messie, avec l’idée de l’abaissement de son humanité qui sera un jour élevée à la gloire (Phi 2.6-11).
2- Pierre et les disciples inspirés par l’Esprit (v 17) voient, au-delà de l’humanité visible de Jésus, sa gloire de Fils de Dieu, ce que confirmera la Transfiguration.
Pierre en ajoutant Fils du Dieu « Vivant », l’oppose aux idoles fabriquées par les hommes, et voit Dieu comme la source de toute vie et de celle qui se manifeste en Jésus. Cet élan des disciples brise le moule de la pensée juive, de l’opinion populaire, pour accéder au monde spirituel divin. Car selon l’hébreu, l’expression « fils de… » marque l’identité de nature et de caractère, plus qu’une filiation de sang ! En qualifiant Jésus de fils de Dieu, Pierre lui accorde pleinement la nature et le caractère de Dieu ! (Transfiguration de Jésus, Polyptique de Montbéliard, 16è)
Jésus appelle Pierre « heureux » d’avoir eu cette révélation de l’Esprit, d’avoir pu percevoir au-delà des apparences la réalité divine invisible, car chose impossible à l’homme « naturel », cette « vue de l’Esprit », cette foi en un Dieu fait homme, ouvre à Pierre et à tous les disciples, la source du bonheur présent et éternel.
3- Le commentaire de Jésus, très controversé entre catholiques et protestants est à examiner de près, sans y ajouter ce qu’on aimerait y trouver.
a) D’abord, Jésus rappelle à son disciple le nom qu’il lui a donné au début de leur rencontre (Jean 1.42) : Simon Bar Jona (fils de Jona) signifie : « celui qui écoute », ou « fils de la colombe », emblème de l’Esprit (Mat 3.16). Le disciple qui a confessé la divinité messianique de Jésus, est celui qui a su écouter la voix de l’Esprit et comprendre sa révélation sur Jésus. Il peut alors être considéré comme un « roc » (Petros en latin chez Matthieu, Céphas en grec chez Jean). Ce nom commun au féminin, « petra », désigne un élément solide de la nature (= une pierre en français), et devient un nom propre au masculin, pour nommer un homme au caractère ferme. L’idée sous-jacente de ce jeu de mot est sans doute celle-ci : la foi dans le Christ rend le disciple plein d’assurance et de fermeté dans sa confession.
b) La confession de cette foi en Christ, Fils du Dieu Vivant, permet aux disciples de s’assembler (Eglise = assemblée convoquée) et de « bâtir » une communauté spirituelle de fidèles que la mort spirituelle (= la séparation d’avec Dieu) n’atteindra ni n’engloutira pas (v 18).
De plus, Jésus voit que Pierre, le premier à le confesser publiquement, sera aussi le premier fondateur de l’Eglise parmi les Juifs (Actes 2), parmi les Samaritains (Ac 8.14 et suivants), et parmi les païens (Ac 10). Dans toutes les listes des apôtres, il est nommé en premier (Mt 10.2 ; Mc 3.16 ; Lc 6.14 ; Ac 1.13). Mais cette primauté historique ne lui confère pas un rang supérieur transmissible dans le temps. Il fut le premier fondateur, sans être le fondement (1 Co 3.11) ou la pierre angulaire (1Pi 2.6), que seul Christ est. D’autres apôtres (Paul ou Jean) furent plus grands que lui et jamais Pierre n’eut de suprématie dans le gouvernement de l’Eglise (Ac 11 et 15 ; Ga 2). Marc et Luc ne rapportent pas les remarques de Jésus à cette confession de Pierre, signe que les prérogatives accordées à Pierre n’étaient pas considérées comme primordiales ni éternelles.
c) À travers son disciple, Jésus donne à l’Eglise le sens de sa mission :
« Lier » les hommes à Dieu (Dt 6.8 ; 11.18 ; Hé 8.10), en les invitant à entrer dans son alliance de vie (Mal 2.5 ; Rm 11.27), et les « délier » de leur péché et de leur culpabilité (Luc 13.16 ; Jn 11.44), en leur annonçant le pardon que Dieu leur offre en son Fils Jésus (v 19). Les disciples sont les messagers de cette Bonne Nouvelle, que seul Christ peut accomplir.
La recommandation sévère de Jésus de ne pas révéler avant l’heure qu’il est le Christ, a pour but de ne pas exciter dans le peuple de fausses espérances messianiques, charnelles et terrestres, ni de provoquer trot tôt la haine de ses adversaires. Jésus déclarera lui-même qui il est à l’heure du martyre (Mt 26.63,64).
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Qui est Jésus pour moi ? Un homme extraordinaire, plein d’amour, qui est donné en exemple, Celui par lequel Dieu a manifesté son amour et sa volonté de me sauver (Jn 3.16), un Dieu qui me juge ? Qu’est-ce que ma vision de Jésus change dans ma vie ?- Suis-je lié à Christ et délié de ma culpabilité ? Comment l’Église me permet-elle de le vivre concrètement ?
- Comment puis-je contribuer à lier à Dieu et délier de leur culpabilité ceux qui m’entourent ?
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