27.11.2009
Etude 10 Nb 22-24 Folie du prophète (05 12 09)
Etude n°10 Nombres 22-24.25 : La folie du prophète (05 12 09)
1 Tim 6.10 : "l'amour de l'argent est la racine de tous les maux. Quelques-uns, pour s'y être adonnés, se sont égarés loin de la foi, et se sont infligé à eux-mêmes bien des tourments."
Observons (Illustration : gravure de Gustave Doré, 19è)
Trois chapitres de récits et de prophéties terminent la narration du voyage dans le désert.
Ch 22 : le prophète Balaam
1-21 : la tentation de Balaam
22-35 : l'ânesse de Balaam
36-41 : Arrivée de Balaam auprès du roi de Moab
Ch 23-24 : les discours de Balaam
23.1-12 : 1er discours : Israël, peuple à part et très nombreux (9-10)
13-26 : 2ème discours : Israël béni de Dieu, à l'abri de l'occultisme, aura la révélation de son avenir (20-23)
23.27-4.9 : 3ème discours : Israël sera magnifique et vainqueur des nations (7)
24.10-19 : 4ème discours : un astre royal sortira d'Israël (17)
20-25 : Prophéties sur les Amalécites et les Kéniens.
Comprenons
Après sa victoire en Transjordanie sur les rois amoréens, Sihon et Og, le peuple hébreu s'établit dans les plaines de Moab, à l'est du Jourdain et au nord de la Mer Morte, dans le territoire jusque-là occupé par les Amoréens, envahisseurs de Moab, qu'il vient de vaincre.
A- Balaam
Son nom signifie sans doute "celui qui dévore le peuple" et lui fut donné à posteriori pour rappeler son conseil à Balak, roi de Moab, pour entraîner Israël dans l'idolâtrie et l'impureté (Nb 31.16).
Le roi Balak est effrayé par l'invasion de ce peuple vainqueur de l'occupant amoréen de son pays. N'ayant aucune force militaire à lui opposer, il pense à l'aide surnaturelle d'une malédiction pour affaiblir Israël. Il fait appel à un devin renommé de Mésopotamie, à 800km de là, sur les bords de l'Euphrate, dans une région où avait habité la famille d'Abraham, plusieurs siècles auparavant.
Balaam est un curieux personnage. D'un côté, il connaît l'Eternel et le consulte (22.8). Il respecte sa parole et n'agit qu'avec son accord (22.18, 20, 35). Il semble renoncer aux avantages financiers plutôt que de contrevenir à la volonté de Dieu (22.18 ; 24.13). Pourtant de l'autre côté, il n'est pas un vrai prophète de Dieu : il fait payer ses services, il s'associe avec le païen Balak, et emploie pour communiquer avec Dieu des moyens auxquels n'ont jamais recours ses prophètes : les rites incantatoires et magiques (23.3-4, 15 ; 24.1). Il finit par succomber à l'appât du gain en conseillant à Balak, d'induire Israël à l'idolâtrie et à l'impureté, pour le séparer de Dieu et lui faire perdre sa protection (Nb 25.1-3 ; 31.16 ; Jude 11 ; Ap 2.14). Balaam finit par être emporté dans la défaite des ennemis d'Israël (Nb 31.8 ; Josué 13.22).
Il ne porte pas le titre de nabi (prophète) ni de chozé (voyant), même s'il l'usurpe dans son orgueil (24.15-16) ; il n'est que kosem (devin ou magicien, Jos 13.22). Il connaissait l'Eternel à cause des descendants de la famille d'Abraham, Nacor et Laban, installés au nord de la Mésopotomie. Seulement dans le respect que Balaam avait pour l'Eternel se mêlaient les pratiques magiques et la conception de la divinité, qui avaient cours dans le pays : versatile et influençable par la magie des initiés, le dieu servait le pouvoir des devins, plus qu'il n'était servi par eux !
Par ses contradictions, Balaam reste très proche de beaucoup d'hommes et de femmes qui prétendent croire en Dieu, mais ont une conception superstitieuse de sa personne et de son culte, multipliant les rites, les prières et les actes "méritoires" pour se rendre Dieu favorable. D'où la nécessité d'étudier les Ecritures pour comprendre qui est Dieu et l'adorer "en esprit et en vérité" (Jean 4.24).
B- La tentation de Balaam (22.1-20)
v 6 : Selon la coutume de l'époque, le roi Balak espérait que la malédiction affaiblirait le peuple et qu'il pourrait ainsi le battre par les armes. Si Balaam retient ses messagers pour la nuit, c'est que la consultation des dieux se faisait ordinairement de nuit, en vision ou en songe. Dieu consent à communiquer avec Balaam parce qu'il s'agit de son peuple. Par là, il fait comprendre à Balaam que l'affaire est importante et grave. Dieu révèle clairement sa volonté : "Tu n'iras pas avec eux, tu ne maudiras pas ce peuple, car il est béni !"
Remarquons comment Balaam retransmet cet ordre (v 13); il affirme bien le refus de Dieu de le laisser partir, mais n'en donne pas la raison profonde. Il trahit ainsi son secret désir de ne pas rompre définitivement la négociation avec les messagers de Balak. Aussi ce refus peut-il passer aux yeux de Balak comme un essai de surenchère, comme un marchandage, pour se faire payer plus ; Balak en effet semble l'avoir compris ainsi, en lui proposant honneurs et exaucement de ses désirs (v 17).
v 18 : Balaam affirme haut et fort des principes excellents d'obéissance absolue à l'Eternel, tout en révélant, à la façon orientale, le prix qu'il désire (voir le marché d'Abraham pour obtenir le champ de Macpéla, Gen 23.14-15 : on nie demander, et on déclare le plus pour avoir un peu moins !).
v 19 : il envisage en même temps un éventuel revirement de Dieu, alors que sa volonté était très claire. Il fait croire ainsi aux messagers que la négotiation est encore ouverte.
v 20 : Dieu respecte, même dans ses errements, la liberté de choix de l'homme. Il ne revient pas sur sa position précédente, car Balaam est entré dans une situation nouvelle, en acceptant d'accueillir une seconde fois les messagers de Balak. Dieu accompagne Balaam sur la voie que celui-ci a choisi de suivre, mais il l'avertit du danger. Dieu aurait été glorifié par le refus définitif de Balaam, s'il l'avait expliqué correctement. Mais en consentant à laisser partir Balaam selon son choix, il sera encore plus glorifié par les paroles qu'il mettra dans sa bouche, si contraires à la volonté de Balak ! Pour cela, il faut que Balaam lui obéisse entièrement. C'est ce qui exlique l'épisode suivant.
C- L'ânesse "medium " (22.22-35)
Après l'acceptation condescendante de Dieu, Balaam qui connaissait bien sa volonté, aurait encore pu s'arrêter. Devant son obstination, Dieu décide d'intervenir avec force, pour frapper sa conscience et l'avertir du danger de la voie équivoque qu'il a prise : danger pour Balaam qui risque sa vie par convoitise, danger pour le peuple d'Israël si ce prophète considéré comme inspiré par Dieu, venait à donner aux ennemis d'Israël plus de force et d'espoir de victoire, danger pour la gloire de Dieu, si Balaam désobéissait encore une fois à Dieu. (Illustration : Rembrandt, 17è)
L'ange de l'Eternel, que l'on considère ordinairement comme l'apparition aux hommes de la personne divine avant son incarnation en Jésus, est vu trois fois par l'ânesse, et non par le soit-disant "voyant". Les tentatives de l'ânesse pour protéger son maître n'éveillent pas son attention ! L'humour de Dieu apparaît dans ce renversement des rôles : celui qui ne discerne pas, est l'être prétendument le plus clairvoyant, l'homme ; tandis que celui qui perçoit la présence de l'ange, est l'être le moins intelligent, l'animal !
v 28 : Alors, de même que Satan en Eden avait utilisé le serpent comme medium, peut-être Dieu utilise-t-il l'ânesse comme porte-parole pour "ouvrir les yeux"du "voyant". Dieu consent à se servir de moyens que le devin connaît, pour lui révéler sa volonté (v 31). On peut aussi penser que les paroles qu'entend Balaam viennent de l'ange qu'il ne voit pas, et sont attribuées à l'ânesse qu'il voit, Balaam en tant que devin, étant habitué aux phénomènes de communication avec les esprits par l'intermédiaire de médiums.
Ouvrir les yeux, dans l'Ancien Testament, c'est percevoir le monde invisible, spirituel, au-delà du monde physique, visible. Dieu seul peut donner ce pouvoir (2 Rois 6.17 ; Luc 24.16, 31), dont Satan s'est emparé et qu'il a développé dans toutes les formes du spiritisme antique et moderne. Il est intéressant de remarquer comment Dieu utilise l'ânesse pour amener Balaam à comprendre sa situation : l'ânesse prend un chemin de traverse pour éviter l'ange, comme Balaam a dévié du droit chemin de l'obéissance à Dieu en acceptant de partir vers Moab ; l'ânesse s'engage dans un chemin de plus en plus resserré et écrase le pied de son maître, comme Balaam en partant vers Moab s'est engagé sur une voie de plus en plus dangereuse pour lui, car contraire à la volonté divine. L'écrasement du pied aurait pu et dû faire comprendre à Balaam que sa décision de partir malgré l'ordre clair de Dieu (v 12) était vouée à l'échec (v 32). Puis en s'affalant à terre devant l'ange, l'ânesse montrait à Balaam le sort qui l'attendait s'il refusait d'obéir à Dieu. Enfin, les coups que l'ânesse reçoit de son maître sont à l'image de ce que mériterait Balaam pour son obstination à désobéir à Dieu.
v 32 : L'intention de Dieu est : 1- d'avertir Balam, 2- de l'amener à plus d'humilité : il doit la vie à un animal ! 3- d'exclure en lui toute vélléité de désobéissance, en l'impressionnant par la vision de l'épée nue qui menace sa vie, et qui dans la main de l'ange est le symbole de la Parole de Dieu (Héb 4.12), pénétrant et lisant dans les coeurs.
v 34 : Balaam reconnaît son péché, mais en l'atténuant : pour lui, il a péché en injuriant et en battant l'ânesse, par ignorance de la présence de l'ange, tandis que son vrai péché est de n'avoir pas tenu compte de l'ordre clair de Dieu, par convoitise (v 12). Il semble prêt à renoncer à son projet, mais c'est trop tard. A ce stade d'engagement, il ne glorifierait pas Dieu en retournant chez lui. Il ne ferait qu'accroître la surenchère de Balak. Dieu le laisse donc aller pour manifester encore plus glorieusement son amour pour son peuple, par les paroles inattendues qu'il mettra dans la bouche de Balaam.
D- Les préparatifs de Balaam (22.36 et 23.1-4)
Balak vient à la rencontre du devin pour l'honorer et obtenir ainsi le service demandé. Balak a été blessé dans son orgueil par le refus de Balaam (v 37) : il a supposé que Balaam le pensait insuffisamment riche et puissant pour le récompenser dignement. Balaam le détrompe, en lui faisant comprendre que dans cette affaire, il dépend d'un dieu supérieur. Le message est d'ailleurs compris puisque Balak sacrifie à ce dieu pour se le rendre favorable (v 40).
Balak montre à Balaam le peuple d'Israël depuis trois points de vue différents de façon à lui en donner une vision globale et impressionnante (22.41 ; 23.13-14, 28). Balaam fait offrir trois fois 7 taureaux et 7 béliers, pour que Dieu lui accorde un entretien, selon les rites occultes qu'il pratique. Pendant ce temps, il se retire à l'écart, pour chercher à entrer en contact avec Dieu par l'extase et la magie (24.1). Dieu condescend à communiquer deux fois avec lui selon ce mode, pour atteindre la conscience de Balaam. Mais la troisième fois, Balaam a enfin compris que Dieu ne changerait rien. Il délaisse donc toutes les pratiques magiques et peut alors recevoir l'Esprit de Dieu directement. Il en est de même pour le croyant : il ne peut recevoir la plénitude de l'Esprit-Saint que s'il a délaissé dans son coeur et dans sa vie, les habitudes contraires à la volonté de Dieu, et s'il s'est donné entièrement à Dieu.
E- Les discours de Balaam (ch 23-24)
Seuls les deux derniers sont précédés de la formule qui accompagne généralement les prophéties de Dieu : Parole ou Oracle (voir version Segod ou TOB). Seulement Balaam, au lieu de mentionner "Oracle du Seigneur", s'attribue la gloire de ces prophéties, dans un mouvement de vantardise publicitaire : "Parole de Balaam, l'homme au regard pénétrant, celui qui entend les paroles de Dieu, qui pénètre les secrets du Très-Haut, et contemple les visions envoyées par le Tout-Puissant", "car il se révèle à moi quand je l'adore" (BFC), ou "quand il tombe en extase et que ses yeux s'ouvrent" (TOB). Il se présente ici comme le grand initié aux mystères divins, et non comme celui qui connaît Dieu, c'est-à-dire qui a une relation intime d'amour avec lui. C'est un peu comme s'il disait "J'ai les moyens de forcer Dieu à me livrer ses secrets. Je suis le gand "manitou", écoutez-moi !" Il n'empêche que malgré ces attitudes de forfanterie, Dieu se sert de lui pour faire passer son message aux païens.
Il y a gradation entre les quatre discours. Le premier fait ressortir le caractère spécial d'Israël, peuple mis à part pour et par Dieu parmi les nations, et sa multitude innombrable. Ce sont des bénédictions de Dieu qui l'empêchent d'être maudit. Le second discours célèbre la force de résister à la magie, et annonce la révélation de son avenir, qu'Israël découvre dans la présence et la bénédiction de Dieu. Le troisième discours est une vision de la vitalité et de la puissance actuelle et future (v 7) d'Israël, qui le rendent victorieux de ses ennemis. Enfin le quatrième discours est une vision prophétique de l'avenir d'Israël : l'apparition d'un souverain (astre et sceptre, v 17), lui donnera la suprématie sur tous les peuples : Edom et Moab actuellement épargnés comme descendants d'Esaü et de Lot, lui seront soumis, et les peuples païens qui ont été en relation hostile (Amalécites) ou amicales (Quénites ou Kéniens) avec Israël pendant son voyage au désert disparaîtront.Les Amalécites iront à la ruine effectivement avec Saül et David, puis avec les Siméonites (1 Samuel 15 et 30 ; 1 Chroniques 4.42-43). Les Kéniens après une période de sécurité en Israël disparaîtront avec le royaume du nord d'Israël, sous les coups de l'envahisseur Assyrien en 722 av JC.
Assur était fils de Sem (Gn 10.24) et devint l'ancêtre des Assyriens, peuple oriental déjà puissant à l'époque de Balaam. C'est lui qui conquit le Moyen-Oient et en -722 emmena en captivité et dispersa les dix tribus d'Israël. Heber (Gn 10.24) était l'arrière-petit-fils de Sem par son fils Arpacschad. Il fut l'ancêtre, par Péleg son aîné, de la lignée d'Abraham, donc des Hébreux, et par son cadet Joktan, il fut l'ancêtre des tribus arabes (Gn 10.26-30 ; 11.10-26). Ces peuples sémites furent plus tard dominés par les peuples venus d'occident (Philistins, Grecs ou Romains), représentés ici par les navires de Kittim ou de Chypre. Balaam termine sa prophétie par l'annonce que ce dernier envahisseur occidental va lui aussi à sa ruine. Seul demeure parmi les nations le peuple qui est béni de Dieu. Ainsi le devin dans une vision prophétique, à l'égal des prophètes Daniel et Jean, voit le déroulement de l'histoire du peuple de Dieu jusqu'à la fin des temps !
Le dernier discours, le seul des quatre à avoir une dimension nettement prophétique, a été souvent lu dans une perspective messianique : "l'astre" qui apparaît parmi les descendants de Jacob (v 17), était en Orient signe des dieux et des rois. Il visait sans doute le "souverain" David et sa lignée, et plus loin le Messie. Cette prophétie sur Israël prononcée par un devin mésopotamien, se propagea en Orient, et fut à l'origine de la venue des mages chaldéens auprès de l'enfant Jésus (Mt 2.2). Ils l'avaient entendue, sans doute de la part des descendants de Juifs restés après l'exil en Babylonie. La chute successive des pouvoirs terrestres annoncée par Balaam trouve un écho dans la prophétie de la statue que Daniel expliqua à Nébucanetsar d'une façon beaucoup plus précise (Da 2.31-45).
De tous les discours de Balaam nous retiendrons que :
- Dieu se sert même d'un devin pour faire connaître aux impies son amour pour Israël et la mission qu'il lui confie,
- Dieu veut bénir Israël pour en faire le témoin parmi les nations de Sa puissance, de Sa fidéité, de Sa royauté, de Sa bienveillance.
- Israël ou le peuple de Dieu réalise ainsi la prophétie faite à Abraham (Gn 12.2) : "Tu seras une bénédiction pour les autres... Avec toi, je bénirai toutes les nations de la terre".
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Sous quels prétextes tentons-nous d'esquiver l'obéissance aux ordres précis de Dieu ? Comment ne pas nous aveugler sur nos mobiles profonds ?
- Comment éviter de donner trop d'importance à notre intérêt financier ou matériel dans notre relation avec Dieu ou avec les autres ? (voir Mt 6.27-34).
- Comment reconnaître les signes naturels (et non surnaturels) par lesquels Dieu nous parle dans notre vie quotidienne ?
- Prions pour que Dieu nous "ouvre les yeux" sur notre réelle situation spirituelle, et sur la main qu'il nous tend pour nous avertir et nous protéger.
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20.11.2009
Etude 9 Nb 20-21 Péché de Moïse et Aaron (28 11 09)
Etude n°9 Nombres 20- 21 : le péché de Moïse et Aaron et la fin du voyage dans le désert (28 11 09).
Dt 3.27 : « Monte au sommet de Pisga, porte les regards à l’ouest, au nord, au sud et à l’est, et contemple de tes yeux ; car tu ne passeras pas ce Jourdain. »
Observons
Le récit reprend pour relater les derniers événements de la marche dans le désert.
Ch 20
1-13 : les eaux de Mériba et la faute de Moïse et Aaron (Evangile et Peinture : Moïse frappant le rocher)
14-21 : Edom refuse le passage à Israël
22-29 : Mort d’Aaron
Ch 21
1-9 : le serpent d’airain
10-35 : Conquête des Amoréens
Comprenons
Le livre des Nombres nous rapporte peu d’événements de ces 40 ans au désert, un récit de violation du Sabbat (ch 15), un autre de la révolte contre l’autorité de Moïse et Aaron (ch 16), la manifestation du choix de Dieu pour Aaron comme sacrificateur, et des lévites comme prêtres (c 17-18), les ordonnances au sujet de l’eau de purification nécessaire pour tout homme rendu impur par le contact avec la mort. On sait par le Deutéronome, que la nouvelle génération refit les mêmes expériences et les mêmes erreurs que la précédente, preuve que le coeur humain est le même à travers les âges.
1- Les eaux de Mériba*
Au chapitre 20, on est brusquement placé à la fin des 40 ans. Le peuple s’installe pour la seconde fois à Kadès, au nord du désert de Tsin. Marie, soeur aînée de Moïse y meurt, conséquence lointaine mais parlante, de sa jalousie envers le rôle de prophète et de chef de Moïse (ch 12). Malheureusement, la nouvelle génération ne semble pas avoir compris le message de cette mort et de celle de leurs parents : devant les difficultés de la vie quotidienne, elle reproduit leurs révoltes et leurs regrets d’un passé imaginaire (20.2-5).
Moïse et Aaron remplissent leur fonction d’intermédiaires, d’intercesseurs, et Dieu répond : sans reproches, avec bonté et générosité, il donnera à boire à tous, hommes et bêtes, sans restrictions (v 8).
Ses ordres sont précis :
a- prendre le bâton comme insigne de l’autorité divine déléguée à Moïse
b- rassembler le peuple
c- parler au rocher devant le peuple, pour qu’il donne de l’eau en abondance.
La répétition « Oui, tu feras jaillir de l’eau » est destinée à donner à Moïse confirmation de la puissance divine qui va opérer à travers lui, et assurance de la réalisation de cette promesse.
Aaron et Moïse obéissent aux deux premiers ordres, puis dans un mouvement d’impatience, Moïse oublie la suite :
a- il ne parle pas au rocher mais au peuple ;
b- il manifeste une colère et un jugement contre le peuple « rebelle », que Dieu n’avait pas montrés.
c- il exprime un doute, (ou est-ce de l’ironie ?) sur sa capacité à provoquer un jaillissement d’eau du rocher( v 11).
d- il ne mentionne pas Dieu et se met en avant par l’utilisation de la première personne «Ferons-nous sortir?»
e- il frappe deux fois le rocher.
Ces paroles ont pour résultat de faire tourner les regards du peuple, non sur la miséricorde et la puissance de Dieu qui sont oubliées, mais sur l’autorité et la puissance quasi magiques des deux chefs, qui se sont mis en avant.
C’est ce que va leur reprocher Dieu, en disant qu’ils « n’ont pas cru et ne l’ont pas sanctifié (= mis à part) aux yeux du peuple » (v 12).
À cause de cette valorisation d’eux-mêmes à la place du Seigneur, les deux chefs ne pourront pas entrer dans le pays promis terrestre ! (v 13)
Dieu dans sa bonté a quand même abreuvé en abondance gens et animaux, ce qui fait dire au texte, qu’il a été « sanctifié parmi eux », c’est-à-dire que parmi eux se sont révélés le pardon et la miséricorde de Dieu pour leur contestation.
Pourquoi cette différence entre, d’un côté, un peuple contestataire, superficiel, ignorant et infidèle, mais qui, pardonné, reste en vie, et entrera dans le pays, de l’autre côté, deux chefs, fidèles serviteurs, qui pour un moment de colère et d’orgueil, se voient refuser l’entrée dans le pays vers lequel toute leur vie était tendue?
Dieu veut-il nous enseigner la vigilance dans notre cheminement avec Lui, ou notre responsabilité de croyants d’autant plus grande que notre connaissance de Dieu est plus profonde ? Ce ne serait pas un encouragement à progresser dans la relation avec Dieu !
Ne veut-il pas plutôt enseigner que la mission du croyant est avant tout de « sanctifier l’Éternel », c’est-à-dire de le mettre en avant, Lui et non notre personne. Sanctifier Dieu dans notre vie, c’est révéler, faire reconnaître, par nos paroles et dans nos actes, son amour pour tous, avant de parler de son jugement ; c’est placer en Lui notre confiance, au lieu de douter de Lui, et c’est nous contenter d’être les instruments de son salut, au lieu de nous croire les sauveurs du monde !
Ce qui peut paraître une punition divine sévère pour un acte mineur de la part des deux chefs, peut être compris aussi comme une grâce : Dieu évitait à ses deux serviteurs très âgés, toutes les difficultés de la conquête de Canaan. Il accordait le repos à Aaron, âgé de 123 ans, et réservait à Moïse un sort exceptionnel, l’entrée dans la vie éternelle par une résurrection anticipée, qui lui permettrait d’entourer Jésus avec Elie à la Transfiguration (Dt 34.6 ; Jude 9 ; Luc 9.30). Moïse qui avait contemplé le plan du salut, modèle spirituel et céleste du sanctuaire terrestre, devait tourner son regard, non sur l’entrée dans la terre promise de la Canaan terrestre, mais vers le Royaume éternel, dont Christ lui ouvrait la porte (Hé 11.26-27).
1 La racine verbale « rib » (contester), contenue dans le nom de Meriba, se retrouve encore deux fois dans le texte (3,13).
2- Passage refusé en Edom
Comme le cortège égyptien avait ramené à Hébron le corps de Jacob (Ge 50.7-11), Moïse voulait conduire le peuple en Canaan, non par la route directe vers le nord, mais en passant par l’est du Jourdain et de la Mer Morte, pour éviter les monts du désert de Juda. Or, les descendants d’Esaü, considérés comme des « frères » par les Israélites (14), s’étaient établis au sud de la mer Morte, dans la plaine désertique qui va de cette mer au golfe d’Akaba. Le peuple d’Israël devait donc traverser le territoire des Edomites, dans toute sa largeur, par la route « royale » des caravanes. Les messagers s’engagent à ne causer aucun tort, et à payer l’eau qu’ils puiseraient. Mais à leurs propositions pacifiques et humbles, ils reçoivent un refus catégorique et armé ! Edom, descendant d’Esaü, manifestait par là sa rancœur, transmise de générations en générations, envers les fils de Jacob qui l’avait supplanté et volé de la bénédiction d’Isaac.
Israël préfère attendre à Kadès un autre moment plus favorable (Dt 2.4, 29) pour ne pas faire couler le sang fraternel. Devant une opposition musclée, il vaut mieux éviter d’insister, et patienter jusqu’à une autre opportunité. Nous avons là un exemple d’attitude non-violente, et confiante dans l’action de Dieu qui prépare le chemin pour son peuple ! Avons-nous la même réserve et la même sagesse pour éviter les conflits fratricides en Eglise, ou entre Eglises-sœurs ?
3- Mort d’Aaron (22-29)
La montagne d’Hor semble se situer au nord-ouest d’Edom, près du territoire d’Arad, où se trouvait une route d’accès en Canaan, que les espions d’Israël avaient peut-être empruntée quarante ans auparavant1. Aaron y trouva la mort, conséquence de sa désobéissance à Dieu à Meriba (24), mais aussi, comme nous l’avons vu, grâce divine pour cet homme âgé de 123 ans, incapable de supporter les épreuves de la conquête de Canaan.
La passation du ministère sacerdotal est symbolisée par la transmission des vêtements d’Aaron à son fils. Elle se fait avant la mort du grand-prêtre, pour éviter toute souillure au contact du mort, surtout pour le nouveau grand-prêtre. Si la mort reste toujours un signe du péché qui nous sépare de Dieu, elle peut, par la foi, s’envisager comme un repos, et se préparer par des dispositions légales avant le décès, afin d’assurer aux survivants un avenir paisible, en communion avec Dieu.
1 Selon le jeu de mots hébraïque entre « Atarim » (21.1) = chemins tracés, et « Tarim » = les espions (14.6).
4- 21.1-9 : Les serpents brûlants
Après la mort d’Aaron, Moïse essaie de conduire le peuple vers le nord –Est, en passant entre le sud de la mer Morte et la frontière nord d’Edom. Mais il rencontre l’opposition du roi Arad qui fait quelques prisonniers ; Il reconnaît à ce signe que ce n’est pas encore le bon chemin. Il revient en arrière et longe la frontière ouest d’Edom assez désertique, jusqu’à la mer Rouge. De là seulement il put passer à l’est d’Edom, pour remonter au nord, vers la rive est de la mer Morte. La réalisation du vœu sur les Cananéens du Sud (v 2-3) est sans doute une anticipation de l’exécution qui eut lieu avec Josué (12.14 ; Jug 1.17). Illustration : Franz Floris 16ès Moïse et les serpents brûlants)
Devant le détour à accomplir de nouveau par le désert, Israël une fois de plus se plaint et s’impatiente contre Moïse et contre Dieu, dont il méprise le don de la manne « cette nourriture de misère ! » Ne cultivant que des pensées de mort, ils trouvent la mort avec des serpents : Dieu leur a retiré sa protection contre ces reptiles, appelés brûlants à cause de la sensation que provoquent leur morsure et leur venin.
N’est-ce pas aussi l’impression que nous éprouvons sous la morsure de nos angoisses et de nos rancunes qui emplissent notre coeur d’un feu brûlant ? N’est-ce pas aussi le symbole de notre situation spirituelle, lorsque nous devenons la proie du désespoir devant les difficultés d’une vie qui ne reconnaît pas les interventions de Dieu ?
Dans sa détresse, le peuple se repent et crie à Dieu. Une fois encore, Dieu intervient pour sauver, ni par un baume, ni par une formule magique, mais par un objet symbolique en métal, qui fait appel à la foi : « Quiconque aura été mordu et regardera le serpent de métal fixé sur sa perche, aura la vie sauve. »
Que voyait la victime d’un serpent, en regardant ce serpent de métal, inerte sur son bâton ?(Rubens et Van Dyck: Le serpent d’airain)
Physiquement, elle voyait l’image de son bourreau mort, la cause de son mal identifiée et anéantie.
Symboliquement, le serpent représentant depuis la chute (Genèse 3) la puissance du mal sur l’homme, celui qui était atteint par lui voyait que Dieu l’anéantissait, puisqu’il ordonnait de le représenter mort sur un bâton. Le mal étant vaincu, le malade pouvait guérir.
Pourtant cette image en elle-même n’avait aucun pouvoir, comme le crurent les Israélites par la suite ; ils en firent une idole que, plusieurs siècles après, le roi Ezéchias dut détruire (2 Rois 18.4-5). Il fallait la regarder avec les yeux de la foi et croire en la guérison que Dieu avait promise, pour que le symbole représenté par ce serpent de métal devienne efficace.
Prophétiquement, comme Jésus l’a expliqué lui-même (Jean 3.14), le serpent de métal annonçait la mort de notre nature d’homme pécheur portée par Jésus, « fait péché pour nous » sur la croix (Romains 8.3 et 2 Cor 5.21 ou Gal 3.13). Notre péché étant mort sur la croix, nous pouvons vivre d’une vie nouvelle, guérie, dans la foi en notre Sauveur.
Ainsi les deux récits des eaux de Mériba et du serpent d’airain, ont-ils en commun un appel de Dieu à Le regarder (= lui faire confiance) en toutes circonstances, pour notre vie matérielle, physique et spirituelle, au lieu de nous tourner vers des hommes, ou des manifestations de puissances magiques, pour obtenir du secours. Ils sont une illustration du Ps 121.1-2 : face aux angoisses et souffrances de ce monde de péché, seul Dieu apporte du secours à celui qui s’attend à lui avec foi.
Illustration :
De l’image en noir et blanc de taches confuses ressort bientôt, au regard attentif, un visage du Christ contrasté : au centre, vers le haut, l’arête du nez sépare, à gauche de l’image, le côté du visage en noir avec une pommette blanche et un point blanc dans l’oeil, et à droite de l’image, le côté du visage en blanc avec un oeil noir. La bouche (ou le menton) se détache en blanc sur le noir de la barbe, des moustaches et des cheveux qui tombent sur les épaules.
Cette illustration peut faire comprendre le regard de la foi, qui voit le Seigneur à travers les difficultés de la vie, ou le mécanisme du symbole qui, derrière la perception immédiate d’un objet (ici un tableau en noir et blanc de taches confuses) cache un sens spirituel (ici le portrait du Christ), qu’il faut découvrir pour que le symbole prenne sens, comme pour le serpent d’airain.
5- 21.10 -20 : Etapes des Israélites dans le voyage vers Canaan
Les diverses étapes mentionnées ici veulent préciser que le peuple a bien respecté l’interdiction de pénétrer le territoire d’Edom, puis de Moab (Juges 11.17-18), à cause des liens de parenté qui les liaient : Edom descendait d’Esaü, Moab et Ammon descendaient de Lot. Les Ammonites autrefois installés au nord de Moab et de la rivière Arnon, avaient été chassés de leur territoire par les Cananéens Amoréens, au moment de l’arrivée des Hébreux (v 26).
Depuis Kadès, les Hébreux durent donc descendre vers le sud en longeant la frontière ouest d’Edom, puis par l’est et le nord remonter toujours dans le désert, vers l’orient de la mer Morte et de Moab. La sortie de la route désertique et l’entrée dans une vie plus normale, est marquée par la convocation de l’Éternel autour d’un puits creusé par les hommes (v 16-18). Avec ce cantique de reconnaissance pour le travail humain qui leur permet de trouver de l’eau dans un puits artésien, le peuple inaugure une nouvelle vie. C’est le premier cantique de la seconde génération, depuis le chant de reconnaissance à l’Éternel de la première génération, après le passage de la Mer Rouge (Ex 15). Dans le cantique du livre des Nombres, nulle mention de l’Éternel ! Le peuple est conduit par Dieu vers ce puits, mais ne le reconnaît pas ! Combien de fois aussi, ignorons-nous la main de Dieu derrière les circonstances favorables qui émaillent notre vie, en nous arrêtant au visible ?
6- v 21-35 : Conquête des deux royaumes amoréens
Les Amoréens s’étaient installés au nord de Moab, de l’Arnon au sud, au Yabbok au nord, du nord-est de la mer Morte à l’ouest jusqu’au territoire des Ammonites à l’est (v 24). Sihon, le roi cananéen, ayant refusé le passage aux Hébreux, Israël conquit par la force son territoire. Ses poètes chantèrent cette victoire, en tournant en dérision le dieu moabite Kémosch, qui aurait livré ses fils d’abord aux Amoréens, puis aux Hébreux (v 29-30). Son territoire, à l’embouchure du Jourdain, garda le nom de plaines de Moab, où les Hébreux établirent leur dernier campement (Nb 22.1)
Une expédition plus au nord, permet aux Hébreux d’éliminer un ennemi dont les attaques auraient pu leur causer du tort avant leur entrée en Canaan (Dt 2.30-3). Le géant Og, roi de Basan, est resté célèbre par son lit de fer de 4,50 mètres de long et 2 m de large (Dt 3.11) ! Signe que les Cananéens possédaient l’art de traiter le fer, qu’ignorèrent encore longtemps les Israélites. Son territoire entre le Yabbok et la montagne de Hermon au nord, fut attribué, au partage de Canaan, à la demi-tribu de Manassé (Dt 3.13).
La victoire sur ces deux royaumes cananéens marqua profondément le peuple qui la rappela très souvent dans sa tradition (9 fois, du Deutéronome, à Néhémie 9.22, en passant par les Psaumes 135 et 136). Elle rappelait que l’Éternel leur livra ces rois pour protéger le peuple de l’idolâtrie qui régnait dans leur territoire (Ex 23.23-24 ; Dt 12.29-31). C’était en effet le moment prophétisé à Abraham (Gen 15.16) où la déchéance morale des Amoréens avait atteint son comble et devait disparaître, pour permettre au peuple de Dieu de lui rester fidèle, une fois entré en Canaan.
Cet épisode prophétisait l’élimination définitive de Satan et de ses suppôts, avant l’établissement des élus dans la nouvelle Jérusalem (Ap 20.10 et 21.8).
Questions pour une application dans la vie chrétienne
1- Comment ma vie et mes paroles sanctifient-elles l’Éternel ? Comment révèlent-elles l’amour et le pardon de Dieu, au lieu du jugement des autres et de la prétention humaine ? Vers qui est-ce que je cherche à faire tourner les regards, vers ma personne ou vers celle du Seigneur ?
2- Comment réagissons-nous à la critique ou à l’opposition de nos frères de l’église, ou des autres chrétiens ?
3- Ma confiance en Dieu me permet-elle d’envisager avec sérénité ma disparition, et de donner à mon entourage l’assurance de la présence et de la grâce de Dieu jusqu’à la fin du monde ? (Mt 28.20) ?
4- Dans les difficultés et les souffrances, comment ma foi en Dieu se manifeste-t-elle ? Comment puis-je surmonter le désespoir et l’angoisse de la mort ?
5- Comment accueillons-nous les événements heureux de notre vie ? Comment en faire des occasions de témoigner de l’amour de Dieu pour ses enfants ?
6- Ai-je laissé l’Esprit Saint détruire en moi tout ce qui m’empêche de communier pleinement avec Dieu ? Comment rester attaché à Dieu seul, dans ma marche vers son Royaume éternel ?
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13.11.2009
Etude 8 Nb 9 et 18-19 Prêtres et Lévites (21 11 09)
Etude n°8 : Nb 18-19 Prêtres et Lévites (21 11 09)
Nb 18.20 : « L’Éternel dit à Aaron : « Tu n’auras pas d’héritage dans leur pays, et il n’y aura pas de part pour toi au milieu d’eux ; c’est moi qui suis ta part et ton héritage au milieu des Israélites. »
Observons
Ces deux chapitres sans rapport entre eux présentent des instructions de Dieu sur le sacerdoce, et sur la purification de la souillure de la mort.
Ch 18
1-7 : Responsabilités des sacrificateurs et des Lévites
8-19 : Revenus des sacrificateurs
20 : Héritage des sacrificateurs
21-24 : Revenus des Lévites
25-32 : Dîme des dîmes des Lévites
Ch 19
1-10 : Préparation de l’eau de purification avec les cendres de la vache rousse
11-13 : durée du temps de purification
14-16 : Loi sur l’impureté au contact avec un mort
17-22 : Rites de purification
Comprenons
Ch 18 Sacrificateurs et Lévites
Les sacerdoces d’Aaron et des Lévites ont été confirmés par Dieu grâce à la floraison du bâton d’Aaron. Maintenant Dieu précise leurs responsabilités respectives et leurs revenus.
V 1 : Responsabilités des sacrificateurs et des Lévites : Les atteintes à l’ordre établi par Dieu dans le sanctuaire et les fautes personnelles des prêtres seront de leur responsabilité. Leur service concerne les sacrifices et tout ce que contient l’intérieur du tabernacle, lieu-saint et lieu-très saint (v 7). Pour ce qui est sur le parvis, devant le sanctuaire, ils seront aidés des Lévites leurs serviteurs (v 2-4), qui ne peuvent pas pénétrer dans la Tente ni toucher aux meubles sacrés (v 3, 6). Prêtres et Lévites seuls pourront approcher Dieu sans mourir (v 5, 22).
Le don du sacerdoce accordé par Dieu à la famille d’Aaron est une grâce à laquelle personne n’a le droit de prétendre (v 7). Dieu établit une véritable hiérarchie sacerdotale qui crée une nation théocratique : le peuple est dirigé par les représentants de Dieu qui lui transmettent sa volonté. Israël, à la fin du ministère du prophète et juge Samuel, refusera cette théocratie, et réclamera un roi pour ressembler aux autres nations. Le système théocratique devait les former à accepter la seigneurie de Dieu dans tous les domaines de leur vie personnelle, sociale et religieuse. Les religieux de tous les temps ont malheureusement compris ce don du sacerdoce comme un droit divin d’exercer un pouvoir sur les fidèles, pour les maintenir sous leur emprise spirituelle, morale et politique. Jésus saura dénoncer cette ambition chez les Pharisiens et le sanhédrin de son époque, se déclarant le seul vrai représentant de Dieu, le seul vrai seigneur des consciences (Mat 5.17-48 ; 11.25-27 ; 22.2-36)
V 8-19 : Revenus des sacrificateurs
Les sacrificateurs prélèvent des revenus en nature sur les sacrifices et les offrandes des fidèles. Dieu insiste sur la sainteté de ces revenus qui obéissent aussi à une sorte de hiérarchie entre eux !
a) Les victimes et les offrandes, choses très saintes, sont réservées, en dehors de ce qui doit être brûlé, à la nourriture des prêtres dans l’enceinte du Tabernacle (v 9-10, 17).
b) Les prélèvements sur les sacrifices d’action de grâces sont saints et sont pour la famille des prêtres, en état de pureté (v 11).
c) Les prémices de toutes les productions de la terre reviennent aussi aux membres de la famille sacerdotale, en état de pureté (v 13).
d) Ce qui est dévoué par interdit appartient à l’Éternel, ne peut être ni racheté ni vendu, et revient à l’usage des sacrificateurs.
e) Les sommes payées pour le rachat des premiers-nés humains ou d’animaux impurs (= qui ne pouvaient pas être sacrifiés à Dieu) reviennent aux sacrificateurs.
f) Le sixième revenu des sacrificateurs constitué par les dîmes des Lévites n’est mentionné qu’un peu plus loin (v 26).
Tous ces prélèvements sur les sacrifices et les offrandes du peuple sont accordés aux sacrificateurs en signe « d’alliance de sel », c’est-à-dire alliance perpétuelle : comme le sel préserve de la corruption (Lév 2.13), ces revenus en nature ou argent préserveront la vie matérielle des sacrificateurs. De même, l’alliance avec Dieu préserve la vie éternelle des croyants.
V 20 : L’héritage des sacrificateurs et des Lévites
Ce verset sert de transition avec ce qui concerne les lévites, car prêtres de la famille d’Aaron et Lévites n’auront aucun territoire dans le partage de Canaan. Ils dépendront de la fidélité du peuple. C’est un appel à l’abandon de toute possession terrestre, de toute cupidité, un appel à la confiance en Dieu et à la consécration de toute leur vie au service de Dieu dans le sanctuaire.
V 21-32 : Revenus des Lévites et dîme des dîmes
Les dîmes des fidèles reviendront aux Lévites en échange de leur service dans le sanctuaire(v 31). Ils rendront eux-mêmes une dîme sur ces dîmes aux sacrificateurs (v 26-28). Ils pourront disposer de ces dîmes pour leur vie et celle de leurs familles, sans sacrilège en quelque lieu que ce soit.
Ce chapitre constitue l’ordonnance fondamentale relative à l’entretien du sacerdoce en Israël. A la différence des Egyptiens dont le clergé possédait le tiers des terres du pays (Gen 47.22, 26b), et jouissait de l’exemption d’impôts, le clergé israélite ne posséda que certaines demeures et certains pâturages en banlieue des villes, nécessaires pour leur habitat et pour leurs troupeaux (Nb 35.1-8). Cette position de dépendance économique de la fidélité des croyants enseignait au clergé sa dépendance spirituelle de Dieu, et devait le préserver de la cupidité et de l’égoïsme naturels au cœur de l’homme.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- En tant que serviteurs de Dieu dans son sanctuaire spirituel qu’est l’Eglise (1Pi 2.5 ; Ap 1.6 ; 1Co 3.16 ; Ep 2.21-22), nous sentons-nous investis par Dieu de la responsabilité collective et individuelle de sa bonne marche vers le Royaume ? En quoi consiste notre « garde » du sanctuaire ?(18 ;5)
- De quoi nourrissons-nous notre vie spirituelle et aidons-nous nos responsables à nourrir la leur ?
- Notre héritage spirituel de la vie éternelle nous permet-il de considérer avec détachement nos biens terrestres ? Comment chasser de nos cœurs la cupidité ou le goût de la possession ?
- Pourquoi et à qui rendons-nous notre dîme ? Quelle est notre fidélité dans ce domaine ?
Ch 19 : La vache rousse et la purification de la souillure du contact avec un mort. 
La loi sur la purification de la souillure due au contact avec un mort n’a pas de lien avec ce qui précède. Elle est placée ici, pendant le voyage au désert, à cause du problème, aigu dans le campement, posé par l’abondance des morts pendant 40 ans. On a calculé qu’il devait y avoir 40 décès d’adultes mâles par jour ! Toute la première génération des adultes périt au désert, sauf Caleb, Josué, et Moïse ! (voir le cantique de Moïse à ce sujet Ps 90). En considérant le contact avec un mort comme impur, Israël se distinguait là encore des Egyptiens qui n’avaient aucune conscience d’une souillure, et cherchaient par l’embaumement des morts à les conserver parmi eux. L’idée de souillure, attachée à la mort, rompt avec la vénération des Egyptiens pour tout ce qui concerne leurs morts. Le peuple sorti d’Egypte doit comprendre que la mort est le salaire du péché (Rm 6.23). Au-delà d’une simple règle d’hygiène élémentaire, cette loi enseigne déjà le plan de Dieu pour le salut de l’homme.
La souillure dont le peuple doit être purifié, est aussi bien physique (l’hygiène et la médecine moderne l’ont prouvée), que morale (l’attachement aux morts, à leur mode de pensée, à leurs traditions, ou la consultation spirite des morts, freinent la croissance de la vie et corrompent la perception du présent), et spirituelle (l’attachement au péché, aux habitudes contraires à la volonté de Dieu, conduit à la séparation d’avec Dieu, à la mort spirituelle.
Tous ces rites de purification ont pour but de faire prendre conscience au peuple de la gravité du péché et de la nécessité d’une purification pour vivre en présence de Dieu.
Les rites de la préparation de l’eau de purification sont chargés de symboles messianiques. Ordinairement, un jeune taureau était sacrifié pour le pardon des péchés du peuple (Lév 4 ;14), avec imposition des mains. Il symbolisait le Christ mort sur la croix pour libérer les hommes de leur péché qu’il avait endossé. Ici, Christ est représenté par une vache rousse symbolisant la vie (fécondité de l’animal et couleur du sang = force et vie) par opposition à la mort dont il faut ôter la souillure. « N’ayant pas porté de joug », la vache rousse n’avait pas participé au travail de l’homme pécheur, n’avait pas été souillée par son péché, et était pure comme le fut Christ. Mais la destination des cendres de cet animal (laver la souillure de la mort), le mettait en relation étroite avec la mort, et lui faisait endosser la souillure de la mort qu’il ôtait à l’homme. Serait-ce une préfiguration de l’œuvre de Christ devenant péché pour nous libérer (2 Co 5.21) ? C’est pourquoi tous ceux qui avaient participé à la confection de l’eau de purification ou qui l’utilisaient pour autrui étaient rendus impurs (v 7,10,21-22) ! Pour la même raison la vache rousse devait être égorgée, non sur l’autel des sacrifices, mais hors du camp, comme Jésus fut crucifié hors des murs de Jérusalem.
Le sang de la vache exceptionnellement non versé à terre, mais brûlé avec les restes de l’animal, comme en holocauste, devait transmettre à la cendre sa force de vie et de purification ; il était mêlé aux cendres des substances purificatrices du cèdre, bois très sain et durable, de l’hysope, et du ruban cramoisi qui les liait, substances employées déjà pour purifier un lépreux (Lév 14.6-7).
Enfin la souillure du contact avec un mort est si grande qu’une ablution d’eau pure et vive ne suffit pas à la laver, il faut mêler la cendre de la vache rousse à l’eau vive (symbole aussi de la vie et de l’Esprit Saint), pour la rendre efficace. Ainsi pour être libéré de la souillure du péché, les ablutions d’eau, ou le baptême de Jean ne suffisent pas (1 Pi 3.21), il faut passer par le baptême de Jésus, symbole de sa mort et de sa résurrection. La purification par l’eau des cendres de la vache rousse annonçait les paroles des apôtres : « Le sang de Jésus nous purifie de tout péché » (1 Jn 1.7 et Hé 9.22). La vie de Jésus en nous par l’Esprit purifie nos cœurs et nous consacre à son service.
Le rite de purification par la vache rousse préfigurait le moyen que Dieu proposait à l’homme pour être délivré de la mort spirituelle. Si le pécheur accepte Jésus-Christ, qui a donné son sang pour que l’homme puisse vivre dans sa présence, il est purifié du péché, et peut grandir dans la sanctification jusqu’au jour où Christ, à son retour, le délivrera définitivement de la corruption du péché (1 Co 15.51-54).
Les sept jours nécessaires à la purification de la souillure de la mort marquent l’importance de cette souillure qui réclame la plénitude (symbole du chiffre 7), de l’action purificatrice de l’eau de cendres. De même spirituellement il nous faut la plénitude de l’œuvre de Christ sur la croix pour nous purifier et nous libérer du péché.
Enfin, ce chapitre sur la vache rousse peut nous aider à comprendre le sens symbolique des images apocalyptiques d’Ezéchiel (1) et de Jean (Ap 4.7 et 6.4). Les deux prophètes voient les êtres vivants qui entourent le trône de Dieu : chez Ezéchiel, les quatre animaux ont quatre têtes chacun, dont une est celle d’un bovidé ; chez Jean, un seul des quatre êtres vivants porte une tête de bovidé, animal des sacrifices pour le péché et la purification. Il est mentionné en seconde place après le lion (Ap 4.7), et c’est sa voix qui appelle le cheval rouge feu à l’ouverture du second sceau (Ap 6.4). Trône, êtres vivants, cheval, sont dans la Bible associés toujours à un jugement de Dieu sur les hommes. Après s’être fait connaître comme Roi digne de juger (symbole du trône et de la tête royale du Lion
vainqueur, Ap 5.5), Dieu met en œuvre dans son jugement, sa miséricorde, son pardon acquis par le sacrifice de Christ, représenté par le bovidé et la couleur du cheval. Ce sacrifice, révélé par l'épée de la Parole (Héb 4.12) a pour conséquence de séparer l’humanité en deux camps opposés (Ap 6.4) : ceux qui l’acceptent et sont purifiés (Nb 19. 9a), et ceux qui le refusent et sont retranchés d’Israël (Nb 19.12b-13).
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comment rendre sensible à chacun de nos contemporains la gravité de l’état de péché naturel chez l’homme (= séparation d’avec Dieu) et l’abondance de la grâce divine qui nous en purifie (Rm 5.20)
- Comment ma vie prouve-t-elle que Christ la purifie ? Qu’est-ce qui y a été
changé depuis mon baptême ?
- Comment laisser l’eau vive de l’Esprit poursuivre cette purification en moi ?
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06.11.2009
Etude 7 Nb 16-17 : Lutte de pouvoir (14 11 09)
Etude n°7 : Nb 16-17 : Lutte de pouvoir (14 11 09)
Proverbes 16.18 : « L’orgueil précède le désastre et un esprit arrogant précède la chute. »
Observons
Nous avons là un récit de la double révolte contre Moïse et Aaron et de ses conséquences.
16.1-3 : révolte de Koré contre le sacerdoce d’Aaron
4-7 : Moïse face au parti de Koré
8-11 : Moïse face aux lévites jaloux du sacerdoce
12-15 : Moïse face à Datan et Abiram, révoltés contre son autorité
16-24 : Préparatifs du jugement de Koré et intercession de Moïse et Aaron
25-35 : Jugement de Dieu sur les révoltés, confirmation de l’autorité de Moïse
17.1-5 : emploi des encensoirs fondus comme « signes commémoratifs »
6-15 : Murmures du peuple et intercession d’Aaron
16-28 : Confirmation du sacerdoce d’Aaron
Comprenons
Comme nous l’avons vu la semaine dernière, le récit de cette double révolte contre les chefs politiques et religieux, est parallèle au récit du refus du peuple d’entrer dans la Terre Promise. Il montre que l’esprit de révolte de la première génération n’a pas disparu dans le camp, avec la condamnation à mourir dans le désert (14.35). Il s’est propagé dans la seconde génération née pendant la longue marche de 37 ans au désert. On ne sait à quel moment situer cette révolte entre les deux séjours du peuple à Kadès.
Moïse cherche d’abord à séparer les deux causes : Koré et sa troupe de 250 partisans contestaient le pouvoir religieux d’Aaron, Datan et Abiram se révoltaient contre le pouvoir politique de Moïse.
La révolte de Koré prend prétexte de la consécration à Dieu du peuple entier (Ex 19.5-6), pour réclamer l’égalité de tous, et s’élever contre la position supérieure des sacrificateurs. Koré étant Lévite, refuse le rôle de serviteur du sacrificateur, et par orgueil et jalousie réclame une position supérieure. La question touchant au service du sanctuaire, doit donc se régler devant le Tabernacle, au moyen d’un test concernant un objet rituel du culte dans le Lieu-Saint. L’encensoir servait au sacrificateur à offrir sur l’autel d’or des encens dont la fumée faisait écran entre la sainteté de Dieu et la nature pécheresse du prêtre. Moïse s’en remet donc à Dieu pour désigner précisément qui parmi les chefs de tribus il a choisi pour être investi de cette tâche de la sacrificature.
Koré, pour se donner plus de force s’était associé non seulement à des Lévites jaloux des prérogatives d’Aaron, mais aussi à des Israélites qui protestaient contre le droit exclusif des Lévites de s’approcher du Tabernacle (v 9). Par la revendication d’un sacerdoce universel (v 3), ils voulaient détruire la suprématie de Moïse et Aaron, et révélaient leur orgueil et leur ambition.
Moïse les perce à jour (16.10), révèle qu’à travers eux, c’est l’Éternel qu’ils attaquent (v 11), et les convoque devant le jugement de Dieu. Koré ose continuer dans sa révolte même face au Tabernacle (v 19), où il a pris la liberté d’assembler tout le peuple, usurpant le droit de convocation de Moïse.
Pour montrer la gravité de cette provocation, Dieu intervient devant toute l’assemblée. L’auteur du livre lui prête, de façon anthropomorphique, l’intention de détruire tout le peuple à l’exception des deux chefs, pour faire comprendre au peuple qu’on ne s’élève pas contre Dieu impunément, sans provoquer des effets irrémédiables sur sa vie. Ainsi tout pécheur doit savoir que « le salaire du péché, c’est la mort » (Rm 6.23), non par la volonté de Dieu, mais naturellement, puisque le péché coupe du Dieu de la Vie.
L’intercession de Moïse et d’Aaron fait appel à la justice divine qui ne peut faire porter le poids d’une faute que sur le responsable de cette faute (v 22). Comme les fils d’Aaron, qui avaient porté du feu profane dans le Lieu-Saint et sont morts par le feu (Lév 10), ceux qui ont péché en prétendant indûment avoir le droit d’offrir l’encens comme sacrificateurs, périssent par le feu (v 35). Cette règle de cause à effet semblable sera confirmée par Jésus et les apôtres (Mt 26.52 ; 2 CO 9.6 ; Gal 6.7-8).
Tous les fils de Koré ne semblent pas s’être joints à sa révolte, et furent épargnés (Nb 26.11), car on retrouve de leurs descendants plus tard dans les Chroniques et les Psaumes (1 Chr 9.19 ; Ps 42 à 49).
Les encensoirs, devenus sacrés par leur purification par le feu de Dieu, fondus et travaillés en lamelles (17.3) servent de revêtement au bronze de l’autel des sacrifices (Ex 27.2 ; 38.2), afin de rappeler au peuple que la révolte contre Dieu a des effets mortels et qu’elle ne peut être pardonnée que par la foi au sacrifice de Christ, préfiguré par les sacrifices du Tabernacle.
Le cas de Dotan et Abiram est traité différemment parce qu’il reste politique, et familial. Ces deux hommes et leurs familles solidaires contestent l’autorité politique de Moïse, en ne se rendant pas à la convocation de Moïse (16.12-13). De plus ils attribuent à l’Egypte les qualités et les bénédictions réservées à Canaan. Ils méprisent ainsi le pays promis vers lequel Moïse les conduit, et embellissent leur situation passée d’esclaves, dont Moïse les a sortis. Ils représentent tous ceux qui spirituellement font la même démarche de se détourner de leur Sauveur et Seigneur, par nostalgie des avantages de leur vie passée, oubliant l’esclavage de leurs passions et de leur péché.
Malgré sa profonde irritation (v 15), Moïse tente une dernière démarche vers eux (v 25), qui se solde par un échec et par la dernière provocation des familles des révoltés (v 27). Leur fin brutale par un tremblement de terre (eux-mêmes avaient voulu provoquer une révolution, un tremblement de terre, dans l’organisation du peuple !), qui les sélectionne au milieu du camp, devait servir au peuple de confirmation de l’autorité de chef et de prophète de Moïse (v 28).
Les murmures du peuple contre Moïse et Aaron
Terrorisé par cet événement naturel et surnaturel, à la mesure de la gravité de la faute des rebelles, le peuple poursuit dans ses murmures, et va dès le lendemain accuser les deux chefs d’avoir provoqué ces morts violentes. Il oublie qu’ils avaient intercédé en sa faveur (v 22). Il est tellement facile dans le malheur de s’aveugler et de rendre les autres, ou Dieu, responsables de ce qui arrive !
L’Éternel se manifeste pour justifier les deux chefs (17.9-10) et une nouvelle fois ceux-ci intercèdent pour leur peuple au lieu de se séparer de lui (v 45).
Aaron et l’encensoir :
Comme sacrificateur, seul Aaron pouvait utiliser un encensoir et être médiateur entre le peuple et la sainteté de Dieu. Il déroge ici à deux rites ordinaires : d’abord, il sort l’encensoir du Lieu-Saint et de l’autel d’or, pour s’élancer au milieu du peuple atteint par une épidémie mortelle, contagion physique et morale provoquée par l’esprit de rébellion et d’accusation. Aaron utilise ensuite le parfum de l’encens pour « faire l’expiation », alors qu’ordinairement il n’avait pas cette vertu, il servait de simple écran, d’intercession entre l’homme et Dieu. Dans ce cas, le peuple doit voir et se rendre compte que le pécheur, pour approcher Dieu et vivre, doit passer par l’intercession du sacrificateur, représentée par le parfum de l’encensoir. Cette démarche symbolisait prophétiquement l’œuvre de Christ, seul médiateur par qui Dieu offre son pardon.
Passant au milieu du camp, Aaron sépare ceux qui acceptent sa médiation, se repentent, reçoivent le pardon et vivent, de ceux qui restent dans leur révolte et meurent. Aaron se fait l’agent du tri dans le peuple entre les croyants sincères et les rebelles.
Ce texte de l’Ancien Testament (qu’on peut rapprocher de celui d’Ezéchiel 9-10) est une véritable préfiguration de l’œuvre de Christ décrite par Jean dans Apocalypse 8.3-5, seul autre texte où l’encensoir de l’autel d’or sort du temple pour répandre parfums et feu dans le peuple : sous la forme de l’ange à l’encensoir d’or, Christ offre le parfum de son intercession en faveur des « saints » et leur envoie son Esprit pour les purifier et les fortifier (feu des charbons ardents), pendant que sur terre les derniers avertissements divins des sept trompettes appellent les hommes à se repentir. Ceux qui acceptent le pardon offert par Christ et reçoivent le sceau de l’Esprit, peuvent subsister (Ap 6.12-7.3) jusqu’au retour de leur Seigneur et Sauveur.
Après cette œuvre d’intercession, de pardon et de salut, Aaron reçoit la confirmation divine de son sacerdoce, par un miracle, vraie prophétie de la résurrection de Christ. Parmi les 12 bâtons représentant les tribus d’Israël, seul celui portant le nom d’Aaron est vivifié par la sève de l’Esprit qui lui fait produire simultanément bourgeons, fleurs et fruits (Ap 22.2). La prérogative des Lévites de s’occuper du sanctuaire est étroitement liée au sacerdoce du sacrificateur. On ne peut les dissocier l’une de l’autre sans leur nuire, mais les rôles restent différenciés. De même, dans l’Eglise, sanctuaire spirituel de Dieu sur terre, nous sommes tous des Lévites, serviteurs du Grand Sacrificateur qu’est le Christ (Hé 7.24-26), auquel nous sommes attachés, sans pouvoir prétendre à nous substituer à Lui ! Parmi tous les hommes de la terre, Dieu s’est choisi un peuple rempli de son Esprit, pour apporter la Bonne Nouvelle de la Vie fructueuse et éternelle (bourgeons, fleurs et fruits), que Dieu veut accorder à tous ceux qui acceptent son alliance et son pardon.
Tel peut être le sens du « signe » du bâton fleuri d’Aaron, placé devant l’arche contenant la Loi, symbole de la justice de Dieu. Mis ensuite à l’intérieur de l’arche, avec le vase de manne (Hé 9.4), le bâton fleuri d’Aaron devait rappeler à tous que la présence vivifiante de Dieu était empreinte de justice et d’amour.
Malheureusement, le peuple ne voit pas dans ce prodige un symbole de l’amour et de la présence bienveillante de Dieu. Aveuglé par son péché et scandalisé par la mort subite de Koré et ses partisans, il se laisse envahir par la peur, et ne retient que la menace de mort pour ceux qui s’approchent du Tabernacle indignement (v 27-28).
N’avons-nous pas parfois la même attitude face à la Sainte-Cène et les avertissements de Paul (1 Co 11.27), ne saisissant pas que l’indignité morale que nous avons tous est pardonnée à celui qui s’approche dans la repentance, et que l’indignité, fustigée par Paul chez les Corinthiens, est spirituelle et concerne le rejet ou le mépris de l’œuvre salvatrice de Christ sur la croix ?
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Dans quel état d’esprit recevons-nous l’autorité de nos responsables d’église (pasteurs, anciens, diacres, enseignants) ? D’où naît dans nos cœurs la contestation de toute autorité, trop souvent fréquente aujourd’hui ?
- Qu’est-ce que l’exemple de Moïse et Aaron peut nous apprendre sur l’attitude à avoir face à la critique et à la contestation ?
- Dieu a pris soin de rappeler continuellement, par des signes concrets placés dans son sanctuaire terrestre et matériel, le pardon accordé aux pécheurs repentants. Comment concrètement aujourd’hui le rappelle-t-il dans son sanctuaire terrestre et spirituel qu’est l’Eglise ?
- Comment laissons-nous la sève de l’Esprit nous transformer, au point de produire les fruits de la Vie avec Dieu (Gal 5.22) ?
- La présence de Dieu nous remplit-elle de peur ou de paix et de joie ? Pourquoi ?
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