29.10.2006
Etude n°5a : Genèse 5-6.2, d'Adam à Noé
A- Ch 5 : Descendance de Seth jusqu’à Noé
Observons
4.25 à 26 : Après la descendance de Caïn, annonce de la naissance de Seth et son fils, qui commencent à adorer l’Éternel.
5. 1 à 5 : Adam créé à la ressemblance de Dieu
v 6 à 31 : 9 générations à la ressemblance d’Adam
v 32 : Noé et ses fils : 10ème et 11ème générations.
Une durée de vie incroyablement longue et légèrement dégressive, est attribuée à chacun des patriarches antédiluviens ; seul le fils aîné de chacun est nommé, ses frères et sœurs sont
seulement mentionnés anonymement. A la 7ème génération, Hénoc se distingue par sa marche avec Dieu (répété deux fois, v 22 et 24), et par son enlèvement par Dieu sans passer par la mort.V 29 : Lémek, père de Noé, exprime la douleur de sa condition laborieuse et l’espoir qu’il met dans son fils pour l’en consoler, pour l’en « reposer ».
Comprenons
Le texte présente les deux généalogies opposées de Caïn et de Seth (ch 4 et 5). Caïn et sa lignée se sont éloignés loin de la présence de Dieu (4.16) et après 7 générations ont disparu dans l’anonymat, tandis qu’à partir de Seth, on commença à invoquer le nom de l’Eternel (4.26), et, pour Hénoc, à marcher avec Dieu . A cause de cette relation avec Dieu, la lignée de Seth a gardé une identité qui s’est poursuivie jusqu’à Noé, puis après le déluge jusqu’à Abraham. De plus, la longévité exceptionnelle de ces patriarches (aucun âge pour les descendants de Caïn) peut suggérer que ces hommes remplis de foi bénéficient de la promesse que Dieu répètera plus tard (Ex 20. 12) : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel ton Dieu, te donne ». En adorant leur Créateur divin, ces hommes entraient dans la vie éternelle, dont leur longévité pouvait être un signe.
Le début du ch 5, mentionne pour la troisième fois la création d’Adam, à la ressemblance de Dieu (v 1). Puis le texte dit de Seth, le troisième fils, qu’il fut engendré à la ressemblance et à l’image d’Adam (v 3). Ce qui suggère que « l’image de Dieu » de l’origine a été altérée par la désobéissance d’Adam, et qu’il ne peut transmettre que ce qu’il est devenu, un pécheur et un mortel (Rom 5. 12). Il faudra attendre Christ pour retrouver l’image de Dieu intacte, et la restaurer en l’homme (Col 1. 15 ; Rm 8. 29). Hénoc, placé au 7ème rang dans la lignée d’Adam, signe de sa vie exemplaire, est le seul dont on ne parle pas de mort, mais d’enlèvement après une marche avec Dieu durant seulement 365 ans, fort peu en comparaison de sa parenté ! Il devient ainsi le type des croyants de la dernière génération, qui ne passeront pas par la mort, mais seront transformés et enlevés à la rencontre du Christ revenant en gloire (1 Th 4. 17). Dans le texte de Hé 11. 5, le verbe traduit par « enlever » signifie à la fois « changer » et « transporter ». Même Hénoch, l’homme de foi qui a marché 365 ans avec Dieu, eut besoin de la grâce de Dieu pour restaurer une image parfaite de Dieu en lui. Sa marche avec Dieu ne fut pas une œuvre méritoire qui lui acquit le salut, il resta un homme imparfait, qui avait besoin de la grâce divine pour vivre éternellement. Son fils Mathusalem dut recevoir une éducation spirituelle très fructueuse si l’on en croit sa longévité exceptionnelle de 969 ans, plus longtemps qu’Adam et Yéred (930 et 962 ans) !
Enfin, au v 29, le nom de Noé annonce prophétiquement la « consolation » qu’il apportera de la part de Dieu à une humanité déchue qui court à sa perdition. Noé prêchera la justice (2 Pi 2.5) et invitera les hommes à trouver le « repos » (= sens du nom Noé) de leurs malheurs en se réfugiant en Dieu avec lui dans l’arche. En cela il est vraie « figure » ou « type » du Christ, cherchant à sauver l’humanité par son sacrifice.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comment passer de l’image d’Adam à l’image de Dieu ?- Que signifie pour moi « marcher avec Dieu » ? Comment cela se traduit-il de façon concrète ?
B- Genèse 6.1-2 : Les fils de Dieu
Qui sont ces fils de Dieu ?
Au chapitre 6, les deux lignées sont désignées sous les noms de « fils de Dieu » pour celle de Seth, et « fils des hommes » pour celle de Caïn. Pourquoi cette distinction ?
Tout d’abord, il faut savoir que l’expression hébraïque « fils de… » n’indique pas seulement une filiation par le sang, mais surtout par l’esprit, le caractère, la foi. Par exemple était « fils d’Abraham », pour les Juifs, celui qui était né dans le peuple juif, mais pour Jésus, c’était celui qui avait la foi d’Abraham (Jean 8.33, 39). Romains 8.14 nous dit que « ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. » (voir aussi Ro 9.26). Galates 3.26 confirme : « Vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ ». Le psaume 82.6-7 fait la distinction entre « dieux » appliqué au peuple de Dieu, et « hommes » pour désigner ceux qui n’en font pas partie : « J’avais dit : Vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut. Cependant vous mourrez comme des hommes… ». Dans Jean 10.36, Jésus fait allusion au Psaume 82, en disant : « Si la parole de Dieu a appelé dieux ceux à qui elle a été adressée, et si l’Ecriture ne peut être anéantie… ».
A partir de ces textes, il nous est possible de voir dans la lignée de Seth, les fils de Dieu qui désignent les croyants, ceux qui sont en relation avec Dieu, et dans la lignée de Caïn, les fils des hommes, les incroyants.
Le fait que ce soient les fils de Dieu qui sont séduits par la beauté des filles des hommes, rappelle le choix de vie d’Adam, premier fils de Dieu, qui préféra sa relation avec Eve déjà séparée de Dieu, plutôt que sa relation avec Dieu. Spirituellement le choix est le même pour tous : vivre avec Dieu ou vivre selon les hommes.
Les géants qui naissent de ces unions « mixtes », ont bénéficié de la stature et de la force extraordinaires que les fils de Dieu avaient reçues en héritage du premier couple nourri par l’arbre de vie, mais au lieu de les utiliser à la gloire de Dieu, ils les utilisent à la gloire des hommes (v 6.4). Les bénédictions de Dieu ne sont pas retirées au pécheur, mais celui-ci les utilise à son gré, pour Dieu ou pour lui-même !
Voir la suite à la note 5b : le déluge
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Etude n°5b : Destruction et Régénération
C- Noé et le déluge : Genèse 6.3-9.17
Le texte biblique n'étant pas écrit pour nous renseigner sur le comment des événements, mais pour nous enseigner sur leur pourquoi, sur le plan de Dieu à l'égard de l'homme, nous vous renvoyons, pour toutes les questions d'ordre scientifique ou historique qui se posent à propos du déluge, au livre "La Terre" (Clyde Webster, Ed. Vie et Santé, 1994) et à la mallette pédagogique "Evolution ou Création " (Département Education de la FFS). Les textes de la Genèse ne s’intéressent pas tant à l’histoire qu’à la signification spirituelle des faits racontés, à ce qu’ils révèlent de la relation de Dieu avec les humains. Ainsi la question du nombril d’Adam peut prendre sens si on l’envisage sous l’angle non pas physique, mais spirituel, de ce que signifie le nombril : il est signe du lien avec sa mère, qui a permis au bébé de vivre pendant la gestation. Adam peut avoir eu un nombril, comme signe du lien avec Dieu son créateur qui lui a donné vie !Nous vous invitons, pour cette étude, à vous fixer l'objectif de découvrir ce que le texte nous apprend sur le caractère de Dieu et sur son plan de salut.
Mosaïques de Montreale (Sicile)
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Observons
Le récit du déluge dans son ensemble couvre trois chapitres construits selon le procédé de style hébraïque des parallèles concentriques, pour mettre en valeur le centre :
La construction de la pensée s'appuie soit sur un parallélisme : A A' : Noé / Noé ; B B' : Sem, Cham, Japhet, soit sur une opposition : C C' : l'arche est construite / l'arche est délaissée ; D D' : le déluge est annoncé / le déluge n'aura plus jamais lieu.
Au centre de tout ce récit, comme au sommet de la vague, la phrase Dieu se souvint de Noé est le pivot du texte.
Le récit peut être séparé en trois parties avant, pendant et après le déluge :
1- Avant : 6.5-7.5 : Dieu juge
2- Pendant : 7.6-8.20 : Dieu sauve
3- Après : 8.21-9.17 : Dieu renouvelle l'alliance.
Vocabulaire : Les répétitions de mots ou de phrases permettent de déterminer les parallèles : ex : 6.18 : Avec toi j'établirai mon alliance // 9.9 : J'établis mon alliance avec vous. Les anthropomorphismes pour parler de Dieu sont nombreux : 6.6 : l'Eternel regretta, son cœur fut affligé ; 8.21 : L'Eternel sentit une odeur agréable ; (Dieu voit, écoute, entend, répond, se met en colère) Toutes ces expressions indiquent que Dieu est vivant, tout proche, s'intéresse aux hommes, et éprouve des sentiments, au contraire des idoles païennes.
Dans la première partie, trois thèmes s'entremêlent tout en progressant :
1) Dieu constate avec affliction la méchanceté de la terre (6.5, 7, 11-12), puis décide la destruction (v 7, 13), enfin annonce par quel moyen : un déluge d'eau (6.17 ; 7.4).
2) Dieu reconnaît Noé juste (6.9, 7.1), indique un moyen de salut, l'arche (6. 14-16) et l'alliance (6.18), enfin ordonne la participation active de Noé (6.14 : Fais-toi ; v 19 : tu feras entrer ; v 21 : prends de tous les aliments ; 7.1 : Entre dans l'arche).
3) Noé obéit en toutes choses : 6.9 : il marchait avec Dieu ; 6.22 et 7.5 : il agit en tous points comme Dieu le lui avait ordonné.
Dans la seconde partie (7.6-8.20), on peut observer
1- Les interventions de Dieu :
- à l'entrée dans l'arche de tous les êtres vivants qui obéissent à son ordre (7.9,16), et sur lesquels il ferme lui-même la porte (7.16)
- à la fin de la montée des eaux (8.1) où il fait passer un vent desséchant,
- à la fin de la descente des eaux, où il ordonne la sortie de l'arche (8.16-17).
2- Les actes de Noé
- il entre avec sa famille et les animaux dans l'arche (8.7-9, 13-16),![]()
- il ouvre la fenêtre du toit (8.6)
- il lâche des oiseaux (8.7, 8, 10, 12) à intervalles réguliers,
- il ôte le toit (8.13) et regarde le sol séché
- il attend l'ordre de Dieu pour sortir (8.18)
- il construit un autel et offre des holocaustes au Seigneur (8.20);
Dans la troisième partie (8.21-9.17), Dieu prend pitié de sa création (8.21-22), indique les nouvelles conditions de vie et relations qui vont régner entre les êtres (9.1-7), renouvelle son alliance avec la terre et en donne le signe visible par tous (9.8-17).
Comprenons
Première partie : Dieu juge (6.5-7.5)
Plusieurs questions se posent : Pourquoi Dieu n'a-t-il pas agi plus tôt pour empêcher le mal de se développer sur la terre ? Pourquoi n'a-t-il pas sauvé les gens avant qu'ils en arrivent à de tels excès de méchanceté ? N'est-il pas tout-puissant ?
Dieu a donné tout le temps de la construction :120 ans (6.3) pour que le peuple interroge Noé et entende l'appel de Dieu à revenir à lui. Noé est appelé le prédicateur de la justice (2 Pierre 2.5), car Dieu a une patience infinie pour sauver tous ceux qui le veulent (2 Pi 3.9). Mais comme il est un Dieu Saint et juste, le spectacle de sa création emplie de méchanceté lui est insupportable et réclame de lui une intervention.
Nous sommes ici en plein dans le débat de la toute-puissance de Dieu et de la liberté de l'homme, de l'amour de Dieu qui sauve, et de sa justice qui ne laisse pas le mal impuni.
La coupure d'avec Dieu conduit les hommes à des actions horribles, au temps de Noé comme à notre époque. Le texte de Mat 24.37-39 décrit ce que nous pouvons observer : beaucoup s'occupent uniquement de leurs affaires matérielles, et ne s'intéressent pas à la présence de Dieu. Ils se coupent eux-mêmes de la source de la vie qui est en Dieu.
Le cœur de Noé, celui qui marchait avec Dieu, comme le nôtre, et comme la création toute entière, soupire après l'arrêt des atrocités qui se commettent sur les créatures de la terre (Romains 8.19-22).
Par le récit du déluge, le Seigneur a révélé qu'un jour il stoppera l'emprise du mal sur la terre. Mais avant de condamner, il appelle et appelle encore l'homme à revenir à lui. Ensuite il donne le moyen de salut : une alliance avec lui et une arche, symbole du don de son Fils Jésus pour le salut du monde (Jean 3.16). Entrer dans l'arche, c'est accepter l'alliance avec Dieu (6.18), c'est s'en remettre avec confiance en sa grâce.
Parce qu'il aime sa créature, Dieu renonce à sa toute-puissance et lui donne la liberté de dire non ! L'homme peut connaître l'amour de Dieu et recevoir la force de se détourner du mal pour bien agir. Mais il doit choisir et c'est ce qui fait sa dignité, sa responsabilité de créature « à l'image de Dieu ». Ce choix a toujours existé, du temps de Noé comme de notre temps.
Le jugement de Dieu n'est que le constat de ce choix personnel : Dieu juge (= il condamne) le mal qui mène ceux qui s'entêtent à le pratiquer jusqu'à la destruction. Mais en même temps il juge (= il libère) et sauve ceux qui amorcent le moindre petit mouvement vers lui. En sauvant les huit personnes du déluge, Dieu donnait la chance de le connaître à l'humanité qui sortirait d'elles (donc à nous aussi !).
La justice et l'intégrité de Noé venaient de ce qu'il marchait avec Dieu (6.9). C'est Dieu et non les hommes, qui le déclare juste devant lui (7.1) Sa relation avec le Seigneur se révélait par une conduite différente de celle de ses contemporains : au lieu de se soucier uniquement des choses matérielles, il se préoccupait de la volonté de son Dieu (Rm 12.2). Cette marche se caractérisait par l'obéissance volontaire et confiante aux ordres de Dieu. Son attitude, et ses paroles interpellaient les consciences et œuvraient avec Dieu pour les amener à lui. Si dans ce monde pervers, Noé a su établir une relation avec Dieu et maintenir sa communion avec lui, la porte était aussi ouverte aux autres, comme elle l'est pour nous.
Seconde partie : Dieu sauve (7.6-8.20) L'amour de Dieu se révèle dans le fait qu'il avait révélé à Noé ses intentions, puis lui avait demandé sa participation active à l'œuvre de salut de la création : Dieu ne sauve pas à notre insu, ni de force. Il nous considère comme des êtres libres. De plus, il nous associe à son oeuvre de salut en nous donnant la responsabilité de témoigner aux autres de son amour et de son désir de les sauver. Il nous rend responsables des plus faibles, comme il a rendu Noé responsable de la vie des animaux dans l'arche. : Noé a du tout préparer pour eux et les nourrir pendant un an ! Dieu ferme la porte de la grâce au moment qu'il a prévu (7.16b), avant la tempête, qui se déchaîne, semble-t-il sept jours après (7.10). Nous ne savons pas l'heure de la fin du temps de grâce. Comme Noé, nous ne pouvons que nous en remettre à Dieu, qui sait nous mettre à l'abri de la destruction étemelle sous la protection de la croix de Christ. La construction du texte, nous l'avons vu, place l'intervention de Dieu au sommet de la vague de douleur et de destruction. Comme à la Création, l'Esprit se mouvait au-dessus des eaux, au déluge, l'Esprit est toujours là au sommet des flots qui ballottent l'arche. Dieu est là, dans nos désespoirs les plus sombres. Il chasse le passé, assèche les pleurs, redonne espoir et vie. Noé qui n'a rien fait pendant cette période de détresse extrême, va pouvoir se tourner vers l'avenir. Dans l'arche, Noé ouvre la fenêtre, située tout en haut. Une seule ouverture demeure pour ceux qui sont à l'abri de l'arche : la vision du ciel. C'est un appel à diriger nos regards vers Dieu, lorsque nous sommes ballottés par les flots de l'adversité. Lui seul peut nous donner la paix et la lueur d'espérance qui soutiennent nos forces. A intervalles de temps réguliers, de sept jours en sept jours (7.10,12), il sonde les cieux et l'état de la terre, renouvelant son espoir et fortifiant sa foi dans une nouvelle vie sur terre. Ainsi notre vie d'attente du royaume de Dieu, est-elle ponctuée de jours spéciaux, les sabbats, pour sonder les réalisations du plan de salut de Dieu, et affermir notre foi en lui. Ses holocaustes constituent son premier geste à la sortie de l'arche : ils marquent sa demande de pardon, sa consécration toute entière au Seigneur, et sa reconnaissance pour la vie qu'il lui permet de recommencer. Ils laissent entendre que Noé connaissait le sens des sacrifices, qu'il se remettait à la grâce divine, qu'il excluait toute idolâtrie en se tournant vers Dieu, et non vers les forces de la nature !
Troisième partie (8.21-9.17) : Dieu renouvelle son alliance
1- Le projet de Dieu à la Création est renouvelé (9.1): Noé est responsable du renouvellement de la vie sur terre. Dieu fait confiance à l'homme, et lui offre l'occasion de vivre une nouvelle histoire.
Les conditions sont beaucoup plus difficiles : la terre est dévastée et sans végétation, c'est pourquoi la permission de se nourrir de viande est accordée à l'homme ; les relations entre les créatures animales et humaines sont par là même des relations de peur et de force (9.2-3).
Pourtant Dieu prend des mesures pour protéger la vie :
a) Manger le sang est interdit, car le sang c'est la vie (9.4). Cette interdiction n'est pas seulement une mesure d'hygiène alimentaire. C'est une mesure symbolique de portée sociale : nous ne devons pas « sucer le sang » des êtres plus faibles, les exploiter pour nous enrichir.
C'est aussi une mesure de portée spirituelle : à la différence des rites magiques pour acquérir la force et la vie de celui qu'on mange, le croyant ne cherche sa vie et son énergie que dans sa communion avec le Seigneur.
b) Dieu rappelle la valeur de la vie humaine plus grande à ses yeux que celle des animaux, puisque la suppression d'une vie humaine rendra coupable son auteur, qu'il soit animal ou humain ! (8.5). L'homme a cette valeur, parce qu'il est à l'image de Dieu (8.7). Ce qu'on fait à l'homme, atteint le Seigneur. Jésus reprendra cette image comme critère de jugement des nations : Tout ce que vous avez fait...ou non...c'est à moi...(Mt25.35.45).
2- / 'alliance
Elle est contractée entre Dieu et la création : hommes, animaux, nature (8.21-22 ; 9.9-11). Dieu devient le garant de la stabilité du monde où vivent ses créatures. Pour rappeler son engagement, il donne un signe dans les cieux : l'arc-en-ciel, signe d'alliance, de paix et d'espérance, qui devait rassurer les populations futures, traumatisées par le souvenir et les traces de cette catastrophe du déluge. Dieu n'attend pas des conditions idéales pour faire alliance avec nous. Il est prêt à répondre à celui qui, comme Noé, lui marque son désir de communion et de vie avec lui.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
Jésus nous a prévenus que ce qui arriva du temps de Noé, arriverait aux derniers temps (Luc 17.26) :
- Quelles sont nos préoccupations dans ce monde si semblable à celui des antédiluviens ?
- Notre obéissance à Dieu est-elle faite de confiance ou de crainte ? S'applique-t-elle à tous les aspects de notre vie, temps, biens matériels, aptitudes et compétences, conduite de nos personnes, respect pour notre environnement ?
- Avons-nous conscience d'être les Noé de notre temps ? Remplissons-nous notre mission de prédicateurs de la justice (2 Pi 2.5) ? Avec un "zèle amer" (Jc 3.16) ? Ou avec amour pour tous, que Dieu veut sauver ?
- Voulons-nous fermer la porte de l'arche du salut nous-mêmes après y être entrés, ou espérons-nous qu'elle restera ouverte encore longtemps, pour le salut des autres ?
- Savons-nous ouvrir la fenêtre du ciel (étude de la Bible et prière) pour y voir le salut de Dieu et son amour ?
- Reconnaissons-nous les signes de la présence de l'Esprit, même dans les situations les plus difficiles ?
- Comment pouvons-nous être ces signes de paix et de vie auprès de ceux qui nous entourent, comme le furent le corbeau et la colombe pour Noé et sa famille ?
- Notre alliance avec Dieu est-elle renouvelée chaque Sabbat, dans la reconnaissance et la joie de sa grâce ? Où puisons-nous nos forces de vie ?
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22.10.2006
Etude n° 4a : Le paradis perdu : Genèse 3
Genèse 3
Le 3e chapitre de la Genèse est aussi important que les deux premiers pour comprendre la situation actuelle de l’homme et de la création par rapport à Dieu. Il permet de saisir le plan de Dieu qui veut sortir l’être humain de la catastrophe provoquée par son choix désastreux de vivre à sa guise, sans tenir compte de Lui.
Observons
Le récit de la seconde création, concernant surtout l’humain, commence en Genèse 2.4b et ne se termine pas avant la fin du chapitre 3. Il est donc indispensable, de prendre un peu de recul pour voir le contenu d’ensemble. L’écrivain biblique n’a pas écrit ce texte au hasard. Il a pris la peine de donner à son récit une structure élaborée qui permet d’en faire ressortir l’essentiel.
La méthode dite inductive permet de repérer cette structure en observant les mots et expressions qui se répètent. Ces expressions répétitives font ici apparaître une structure concentrique, dans laquelle les expressions des extrémités se font écho de part et d’autre d’un axe central constitué par Genèse 3.9.
Voici, présentée sous la forme d’un tableau général, cette structure :
A. 2.4-17 : l’homme dans le jardin
a. 2. 7,8 : dans le jardin, l’homme
b. 2.15 : l’homme doit cultiver et garder le jardin
c. 2.16,17 : il peut manger de tous les arbres sauf de celui de la connaissance du bien et du mal.
B. 2.18-25 : des relations agréables
a. 2.18 : l’homme a besoin d’un vis à vis
b. 2.20 : il donne des noms aux animaux
c. 2.23 : la femme est tirée de l’homme
d. 2.25 : ils sont nus sans honte
C. 3.1a : Dieu et le serpent
a. 3.1a : le serpent créé par Dieu
b. 3.1a : le plus rusé des animaux
c. 3.1a : le serpent parle à la femme
D. 3.1b-6 : Dieu accusé
a. 3.1b : vous ne devez manger aucun fruit ?
b. 3.2,3 : vous ne devez pas en manger de peur d’en mourir
c. 3.4,5a : vous verrez les choses telles elles sont
d. 3.5b : vous serez comme Dieu
e. 3.6 : elle en prit et en mangea, puis en donna à son mari.
E. 3.7,8 : l’attitude de l’homme
a. 3.7 : ils se rendirent compte qu’ils étaient nus
b. 3.8a : ils entendirent le Seigneur se promener
c. 3.8b : ils se cachèrent
X . 3.9 : Le Seigneur appelle l’homme : Où es-tu ?
E’. 3.10 : l’attitude de l’homme
b’. 3.10a : je t’ai entendu
a’. 3.10b : j’ai eu peur car je suis nu
c’. 310c : et je me suis caché
D’. 3.11-13 : l’homme responsable
a’. 3.11 : avez-vous mangé du fruit défendu ?
b’. 3.12 : c’est la femme
c’. 3.13a : pourquoi as-tu fait cela ?
d’. 3.13b : le serpent m’a séduite
e’. 3.13c : j’ai mangé
C’. 3.14,15 : Dieu maudit le serpent
a’. 3.14 : Dieu maudit
b’. 3.14 : le plus méprisé des animaux
c’. 3.15 : le serpent sera vaincu par la postérité de la femme
B’. 3.16-21 : des relations endommagées
a’. 3.16 :l’homme dominera sur sa femme
b’. 3.17,18 : l’homme tirera sa subsistance du sol
c’. 3.20 : l’homme donne un nom à sa femme
d’. 3.21 : ils n’ont plus honte car Dieu les habille
A’. 3.22-24 : l’homme hors du jardin
c’. 3.22 : l’homme ne peut plus manger de l’arbre de vie
b’. 3.23 : il doit cultiver le sol hors du jardin
a’. 3.24 : il ne peut plus rester dans le jardin.
Comprenons
1. Cette structure fait apparaître que l’axe autour duquel tout le récit est construit est l’intervention de Dieu auprès de l’homme. Cette intervention n’est pas agressive : Dieu appelle, et il est présenté non seulement avec son titre Dieu, mais avec son nom propre : L’Éternel (le tétragramme YHVH).
Les paroles qu’il prononce ne sont ni des accusations, ni des reproches, ni une condamnation, mais une question. Pédagogiquement c’est à l’homme de se situer, de dire à Dieu où il est, et où il en est dans sa relation avec lui-même, avec la femme, avec la nature que Dieu a faite pour lui, et avec Dieu, son créateur.
2. Tout ce qui est avant l’axe décrit la situation initiale jusqu’à l’acte commis et à ses premières conséquences indépendantes de toute intervention de Dieu. La situation initiale comporte des risques indiqués par l’ordre de ne pas manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, et par la présence du serpent, qui va se révéler instrument de séduction.
3. Tout ce qui est après l’axe montre la situation finale compte tenu de l’intervention de Dieu. Cette situation est marquée par un certain nombre de conséquences liées à la désobéissance de l’homme.
A- La séduction : Gen 3.1-7
La séduction faisant appel essentiellement aux sens et à la sensibilité, le séducteur va s’attaquer à celui des deux êtres humains où ils sont les plus développés, la femme, par rapport aux facultés de raisonnement logique, et de maîtrise de soi que l’on attribue plutôt à l’homme.
V 1 : Le serpent (médium et symbole de Satan (Ap 12.9) avant de séduire cherche à semer le doute dans l’esprit d’Eve sur la parole de Dieu.
V 2-3 : Les ajouts ou transformations de la parole de Dieu apportés par Eve, montrent combien l’interprétation de la Parole de Dieu dépend de l’esprit auquel on se soumet pour interpréter : cherche-t-on à être guidé et éclairé par Dieu, ou par sa propre intelligence ou par ses sentiments? Si on n’y cherche pas une relation intime avec Dieu, la lecture et l’étude de la Bible seront vaines, ou influencées par d’autres esprits que l’Esprit Saint. Eve en écoutant le serpent s’est déjà mise sous son influence et le montre tout de suite par son ajout à la parole divine. Mettre en doute la parole de Dieu (1) ouvre la porte à toutes les convoitises. Celles des yeux et de la chair (1 Jean 2.16) se manifestent (6a) dans le désir d’Eve de posséder ce que symbolise pour elle le fruit de l’arbre défendu : l’immortalité (4) et le discernement personnel du bien et du mal, qui sont les privilèges de Dieu (5). Satan a su éveiller en elle l’aspiration à sortir de sa condition dépendante de Dieu, et à conquérir le pouvoir divin de décider ce qui est bien ou mal.
Or les promesses de Satan se révèlent totalement fallacieuses : leurs yeux s’ouvrent -Cette expression, dans la Bible, s’applique toujours aux « voyants », prophètes de Dieu ou devins, qui ont accès au monde invisible (voir 2 Rois 6.16-17)- non pas sur le monde spirituel des dieux, mais sur leur situation de dénuement total de créatures sans Dieu !
Nous retrouvons quotidiennement les facettes de cet « orgueil de la vie », lorsque sans même nous en rendre compte, et souvent avec les meilleures intentions du monde, nous nous mettons à la place de Dieu. Déterminer qui est sauvé ou pas, décider de la vie de ses proches ou de l’Église selon sa propre volonté, chercher à briller aux yeux des hommes, ou à grimper dans les hiérarchies pour exercer un pouvoir sur les autres, toutes ces attitudes reproduisent le péché de nos premiers parents. Il les rendit mortels, et les conduisit à cacher leur faiblesse devant Dieu et les autres par des moyens de fortune précaires (7). Ainsi en est-il de nos efforts pour donner le change et faire croire à une capacité personnelle de nous sortir des impasses dans lesquelles nous nous enfonçons par notre insoumission à Dieu. Illustration de Zabou : Adam et Eve séduits par le serpent ![]()
Comment Dieu agit-il face à l’échec de son plan de vie pour l’homme ?
V 4-5 : Les paroles du serpent présentent les 7 dogmes de l’humanisme spirituel qu'a repris le Nouvel-Age, et qui s’infiltrent dans la pensée contemporaine. Ils ont comme objectif de séparer l’homme de Dieu, et de faire de l’homme un rival de Dieu en lui faisant croire à son indépendance, son pouvoir et son intelligence.
1- Vous serez comme des dieux : c’est le refus du statut de créature dépendante de Dieu, et l’aspiration à l’auto-adoration.
2- Vous ne mourrez pas : c’est la croyance en l’immortalité naturelle, que l’on retrouve dans toutes les religions, et qui conduit à la foi en la réincarnation.
3- Vos yeux s’ouvriront : dans la Bible cette expression s’emploie pour la prise de connaissance du monde occulte, donc inaccessible au profane, au non-initié. Eve va croire que Dieu la condamne à la naïveté, à avoir les yeux fermés sur ces pouvoirs de l’esprit, sur cette intelligence de l’infini et de l’au-delà.
4- Vous connaîtrez le bien et le mal : chacun sera capable de déterminer ce qui est son bien ou son mal : c’est le relativisme moral, où l’homme n’a de compte à rendre à personne d'autre que lui-même.
5- Dieu a-t-il réellement dit ...: le doute est semé sur la révélation divine, qui prend moins d’importance que la communication de l’esprit humain avec les forces surnaturelles.
6- Dieu sait que ...: Dieu est présenté comme un Dieu d’obscurantisme, un Dieu qui veut garder jalousement son savoir, qui interdit à l’homme la connaissance, l’ouverture d’esprit.
7- Un fruit précieux pour ouvrir l’intelligence : la recherche du développement du cerveau par l’énergie cosmique (symbolisée par cet arbre) avec laquelle on entre en contact grâce à la méditation, est l’idée-clé de la philosophie humaniste spirituelle du Nouvel-Age. Elle s’introduit aussi dans l’Eglise, lorsqu’on ne perçoit pas toute la subtilité des propositions sataniques, dont le but est de séparer de Dieu.
V 6 : La tentation d’Eve reprend les trois convoitises dont parle l’apôtre Jean (1 Jean 2.16) : convoitise des yeux, convoitise de la chair et orgueil de la vie. La tentation d’Adam est un peu différente : il devait choisir entre écouter Dieu et perdre sa femme, ou écouter sa femme, perdre Dieu et se perdre tous les deux. Il préféra la seconde solution, ce qui fait penser que le péché d’Adam avait une connotation sexuelle. Mais en aucun cas, nous ne pouvons prétendre que le péché de nos parents fut l’acte sexuel ! Celui-ci était voulu et béni par Dieu, pour le bonheur de l’être humain et le peuplement de la terre, et même pour symboliser l’union que Dieu voulait vivre avec la créature à son image !
B- Le dialogue entre Dieu et le couple ( Gen 3.8-20) :
La sollicitude de Dieu est très important pour comprendre la rupture des relations entre Dieu et la créature, et entre les êtres créés eux-mêmes. Il n’y a plus confiance, mais peur et accusations mutuelles. Seul Dieu continue à aimer : Il va au devant de l’homme, Il le recherche, Il lui parle, Il veut l’amener à prendre conscience de sa responsabilité et à se tourner vers Lui, Il lui fait des promesses, et concrètement lui donne les moyens de comprendre Son amour. Ce dialogue nous apprend sur Dieu qu’
a. il accepte de se laisser accuser indirectement sans se fâcher, b. il s’adresse au serpent séducteur et le maudit, c. il annonce la guerre qui s’ouvre entre l’humanité et le serpent et en révèle l’issue favorable à l’humanité, il est donc un Dieu d’espérance; d. il ne cache pas les difficultés : il y aura blessure au talon, e. il permet à la femme de vivre suffisamment de temps pour transmettre la vie, même si cette transmission se fera dans la douleur, f. il ne maudit ni la femme, ni l’homme, g. il sait qu’il y aura à la fois attirance de la femme vers l’homme et domination de l’homme sur la femme : il ne donne pas l’ordre qu’il en soit ainsi, h. il sait que le travail de la terre sera difficile, i. il sait que les humains seront mortels (et c’est une grâce dans ces nouvelles conditions de vie), j. il agit pour enlever la honte de l’homme et de la femme : il est donc un Dieu de pardon, de grâce.
Il n’y a donc aucune raison d’avoir peur de Dieu. Tout nous pousse à l’aimer et à lui manifester notre reconnaissance pour ce qu’il est et ce qu’il fait. Au lieu de reprocher à l’homme sa désobéissance, ou de se détourner de lui par dépit et fureur de voir son œuvre parfaite gâchée, Dieu s’approche du couple dans un désir de reprendre la relation rompue, à l’heure la plus propice pour un échange dans l’intimité. Les questions posées n’ont d’autre but que de pousser l’humain à faire le point sur sa situation, à reconnaître sa responsabilité et à revenir humblement à son Créateur.
Adam ne saisit pas la perche tendue, et s’enfonce dans sa culpabilité en accusant Dieu et sa femme (12), tandis qu’Eve reconnaît rapidement avoir été séduite : cette plus grande capacité de la femme à avouer sa faiblesse expliquerait-elle la présence plus nombreuse des femmes dans nos églises ?
La différence des réactions à l’interrogation de Dieu entre l’homme et la femme n’est pas sans conséquence : Dieu promet à la femme que sa postérité vaincra le serpent, et à l’homme il rappelle qu’il est poussière et retournera à la poussière (Gen 3.19). Pourquoi n’est-il pas dit « leur » postérité ?Si l’on rapproche ce texte de celui qui concerne la postérité d’Abraham (Gal 3.16,29) qui reçoit l’héritage promis par la justice de la foi (Rom 4.13), la postérité d’Eve victorieuse du serpent ne concernerait que celle qui, comme elle, sait reconnaître avec humilité son péché devant Dieu (Gen 3.13), qui accepte comme Abel (Gen 4.4), puis Seth (4.26), ou comme l’Église (Rom 16.20), de dépendre de Dieu pour son salut et sa victoire, tel que Christ le vivra parfaitement en se donnant lui-même sur la croix. La postérité d’Adam au contraire, refuse comme Caïn, d’écouter Dieu, se détourne de lui et retourne à la poussière ! Attention à ne pas désigner l’autre comme faisant partie de cette postérité : nous avons tous en nous un Adam et une Eve, l’un qui ne veut jamais reconnaître ses torts et accuse autrui pour se justifier, l’autre qui accepte sa faiblesse et revient humblement vers son Sauveur. Lequel des deux privilégions-nous ?
C- La nudité (3.7)
En fait, on peut trouver une piste d’interprétation de ces versets, dans le jeu de mots qui existe dans la langue hébraïque entre le mot nu et le mot lumière. Quand il entendait le verset 25 du ch 2, l’hébreu pouvait presque comprendre ils étaient lumière. Cette lumière leur venait de la présence de Dieu. Et voilà que, après leur désobéissance, ils comprennent qu’ils se sont séparés de la présence de Dieu, ils ont perdu sa lumière et se retrouvent seuls face à eux-mêmes, sans sa protection. Le froid et la peur qu’ils en éprouvent se traduisent par la honte de se voir tels qu’ils sont.
La nudité dans la Bible devient alors le symbole de l’état de péché du coeur de l’homme, qu’il ne peut cacher devant Dieu. Mais physiquement elle n’a pas de valeur négative, de même que le sexe et la sexualité. Ils ont été voulus par Dieu pour le bonheur, la complémentarité et la procréation des êtres humains. C’est le péché introduit par l’homme, la séparation d’avec Dieu, qui en a fait des tabou, des sujets de honte et de souffrance. La conscience de la nudité qu’a l’être humain à ce moment est l’expression physique, somatique (sentiment de froid) de sa détresse intérieure, psychique, en s’apercevant qu’il s’est coupé de Dieu, qu’il se retrouve seul, démuni de sa protection, et voué à la mort. Ici, leur honte intérieure de s’être séparés de Dieu, se transfère sur leur nudité : ils ne peuvent plus se regarder eux-mêmes en face, tels qu’ils sont, ils ne s’aiment plus eux-mêmes, et ne peuvent plus aimer l’autre, car chacun renvoie à l’autre l’image d’un être faible et privé de la présence et de l’amour de Dieu.
Les feuilles de figuier qu’ils utilisent pour se couvrir sont le symbole des efforts humains pour cacher l’état de pécheur, et pour mériter son salut. Dieu va en montrer toute la vanité, en offrant lui-même un vêtement de peau. Pour cela, Il est contraint de sacrifier le premier animal innocent. Il enseigne ainsi concrètement le plan du salut de l’homme : Il sacrifiera son propre Fils pour que l’homme puisse vivre ! C’est le sens des sacrifices bibliques.
D- « Les malédictions » (v 14,17) Il est indispensable d’être au clair au sujet des malédictions. Encore faut-il s’entendre sur le sens des malédictions divines : Dieu ne veut jamais le mal pour personne. Simplement il voit à l’avance ce qui va découler du mauvais choix de chacun, et il l’annonce. On pourrait transcrire le «tu seras maudit » par « tu seras malheureux, toi qui … ». Dieu ne fait que constater les dégâts que la rupture de l’homme avec Dieu entraîne sur ses relations dans le couple (16), dans la nature (17-19), et sur ses facultés de donner (16) et d’entretenir la vie (19). Les malédictions n’atteignent que le serpent (14) et le sol (17), dont Dieu annonce l’impossibilité de sortir de leur nouvelle condition !
La souffrance va atteindre chacun dans ses forces de vie : la femme dans sa faculté de transmettre la vie, l’homme dans sa faculté d’entretenir la vie, le sol dans sa capacité de produire les moyens de vie, et le serpent dans son pouvoir de séduire et d’ôter la vie. Ce n’est pas la volonté de Dieu qu’il en soit ainsi. Dieu constate seulement ce que la séparation d’avec lui entraîne.
En voulant être comme Dieu, en devenant rival de Dieu, on devient rival de son vis-à-vis. Lorsqu’on accepte d’être à nouveau adopté par Dieu comme fils ou fille, les rapports avec le vis-à-vis sont transformés et retrouvent l’amour et l’égalité voulus par Dieu à l’origine. Ce ne sont pas des fatalités, puisque, en même temps Dieu annonce le remède, par ses paroles et ses actes: ainsi Dieu annonce la victoire sur l’adversaire (v 15), le moyen de cette victoire par le sacrifice d’un être innocent pour conserver la vie de l’homme (v 21), et la fin de la mortalité (v 22), puisque le pécheur ne peut pas prolonger éternellement son état de péché, l’accès à l’arbre de vie sur cette terre lui étant désormais impossible. Dieu prévient l’homme des conséquences désastreuses de son mauvais choix en lui indiquant les signes de la mort introduite
- dans la nature * pour le serpent : malédiction parmi les animaux, poussière comme nourriture, reptation sur le ventre, * pour les relations du serpent et des humains : guerre avec les humains qui se terminera par la mort du serpent. * pour le sol : malédiction du sol qui devient difficile à cultiver et encombré de mauvaises herbes.
- dans la condition de la femme : la souffrance des accouchements augmentera. Cela ne signifie pas que la souffrance existait déjà avant, simplement le travail de l’accouchement devient sensible et douloureux : le seuil de sensibilité s’est considérablement abaissé !
- dans la condition de l’homme : peine quotidienne pour trouver de la nourriture, retour à la poussière, donc mort.
- dans leurs relations mutuelles : le désir d’amour de la femme pour son mari se heurtera à l’esprit de domination de l’homme sur elle : les relations d’amour et d’égalité entre eux font place à des rapports de force.
Dieu est-il « sadique » ?
L’expression « je rendrai tes grossesses très difficiles » est une de celles qui ont répandu l’image d’un Dieu qui s’acharne sur sa créature ! Elle vient de la conception vétérotestamentaire d’un Dieu Unique et Tout-Puissant, source de tout ce qui existe, bien comme mal (Job 1.21). La pensée d’un auteur du mal, indépendant de Dieu et révolté contre lui était inconcevable pour des croyants farouchement opposés au polythéisme païen. Seuls Job (1), Zacharie (3.1) et Daniel (10.13,20 ; 12.1) y font allusion, et il faudra attendre le Nouveau Testament pour avoir une notion plus précise de ce conflit cosmique entre Satan et Christ. On peut alors comprendre que « Dieu n’éprouve personne » (Jac 1.13), et que dans l’épreuve, il envoie la force et les moyens d’en sortir (1 Cor 10.13) à celui qui se confie en Lui.
E- Les promesses divines
Au centre de ces prévisions de l’avenir de l’homme, Dieu prononce la première promesse messianique, en deux volets (15) : 1- l’homme et la femme ne mourront pas immédiatement, ils auront une postérité. 2- Dans cette descendance apparaîtra celui qui, au prix de ses souffrances (blessure au talon) sera vainqueur du serpent mortel, symbole de Satan (Ap 12.9 ; Héb 2.14).
Le grand combat entre Christ et Satan, dont nous sommes à la fois les acteurs et les enjeux est clairement annoncé par Dieu dès la Genèse, et fera l’objet de ses révélations aux prophètes, sans être vraiment compris jusqu’à l’incarnation de son Fils. Discernons-nous au milieu de nos souffrances, la lumière d’espoir que le Seigneur entretient, pour nous permettre de les surmonter ? Adam l’a si bien saisie, que de toutes les paroles de Dieu il n’a retenu que cette promesse. Il l’en remercie en donnant à sa compagne le nom de son espérance : la Vivante ! L’avenir de l’homme, c’est la Vie promise par Dieu !
Dieu leur laisse d’autres promessesmerveilleuses - - le couple aura une postérité, donc la vie continue ! - cette postérité, malgré la souffrance causée par le mal vaincra le mal (v 15). Cette première promesse messianique projette le couple dans un avenir certain et permet à l’homme (isch) de reconnaître en sa compagne (ischa) Eve, la mère des vivants (20). - v 21 : Dieu est avec eux et pourvoit à leurs besoins physiques (un vêtement chaud contre le froid), moraux (le vêtement de peau donné par Dieu symbolise la nouvelle peau = la nouvelle façon de vivre et de percevoir les choses grâce à Dieu), spirituels (le sacrifice d’un animal innocent pour que l’homme coupable vive, symbolise le salut offert à l’homme par le sacrifice de Christ sur la croix). Ce geste d’amour de Dieu remplira le couple de reconnaissance, il enseignera à ses enfants à le reproduire dans un sacrifice de foi et de soumission à Dieu, comme Abel le comprendra (Gn 4 et Hb11.4). - v 22-23 : Dieu leur donne un avenir avec la perspective de la fin du mal : ils ne vivront pas éternellement pécheurs, mais la mort leur sera une image concrète qu’un jour le mal aussi mourra (Ap 21.4). Etre chassé du jardin où l’arbre de vie subsiste n’est pas une punition, mais une étape nouvelle de leur existence, pour leur permettre de croître dans des conditions de vie différentes, incompatibles avec celle de l’Eden à cause de l’introduction du péché. L’homme devra non seulement cultiver la terre, mais encore le terrain de sa personnalité, pour grandir jusqu’à la “stature parfaite de Christ (Ep 4.13). - v 24 : Pour cela, le chemin de l’arbre de vie subsiste, il est “gardé”, et même montré de façon claire par l’épée de la Parole de Dieu (Hb 4.12), flamboyante de la lumière de l’Esprit (Act 2.3-4 ; Jn 14.26), agitée sous les yeux des hommes par les quatre chérubins, symboles de la justice, la miséricorde, la fidélité et la vérité de Dieu (Ps 89.15 ; Ez 1 ; Ap 4.6). Quelle plus belle espérance Dieu pouvait-il donner que celle de la vie éternelle offerte en Christ à celui qui, pécheur repentant, veut marcher sur son chemin (Christ) selon les directives de sa Parole ?
F- La liberté de choix
Dieu avait mis en garde l’homme, qui connaissait donc les données du problème, comme nous les connaissons aussi par la Bible aujourd’hui. Mais Dieu dans son amour, laisse l’homme libre, car il ne veut pas s’imposer par la force et faire de l’homme une marionnette. En refusant la liberté de la vie avec Dieu, l’homme devient une marionnette, un esclave de Satan. Seul Dieu peut alors le libérer, et il a tout prévu pour cela. Mais là aussi il faut le consentement de l’esclave, l’acceptation du plan de Dieu.
Appliquons dans la vie chrétienne
- La lecture de ce texte fondamental pour l’humanité me fait-elle considérer Dieu comme punissant et poursuivant l’homme de sa colère, ou comme un Dieu d’amour, accompagnant sa créature en détresse pour lui donner l’espérance d’une nouvelle vie avec lui ? En hébreu le verbe traduit par « punir » dans Ex 20.5, peut signifier aussi « visiter, s’occuper de, prendre soin de », comme notre verbe "corriger" peut s'entendre comme "redresser, mener à un progrès", et pas seulement "punir".
- Comment est-ce que je réagis aux difficultés et aux souffrances ? en accusant Dieu et les autres, en m’accrochant à ses promesses, en faisant de ces obstacles et de ces promesses des moyens de “cultiver mon sol”, en remerciant Dieu de me laisser un chemin vers la Vie ?
- Quels actes quotidiens et quelles attitudes concrètes témoignent de l'espérance qui m'habite, malgré les manifestations du mal en moi et autour de moi ?
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Etude n°4b : Le paradis perdu, Genèse 4
Suite de l'étude n°4a
Genèse 4.1-17 (Mosaïque de Monreale, Sicile : Caïn tue Abel)
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Observons
Le contexte : Pour introduire notre texte, le ch 3 se termine par trois gestes de Dieu qui lui enseignent le chemin de la Vie : 3.15 : victoire de la postérité de la femme sur le serpent 3.21 : don d’un vêtement fait de la peau d’un animal innocent sacrifié par Dieu 3.24 : chemin de l’arbre de vie préservé et gardé par les chérubins à l’épée flamboyante.
le texte (4.1-17) illustre la vie sur terre loin du jardin d’Eden :
a) 1-2 : naissance, nomination et profession des deux fils d’Eve (2ème génération)
b) 3-5 : les offrandes des deux frères ; colère de Caïn
c) 6-7 : Avertissements de Dieu à Caïn = première perche tendue
d) 8 : Meurtre d’Abel
c’) 9-15 Dialogue entre Dieu et Caïn = trois autres perches tendues à Caïn
b’) 16 : fuite de Caïn loin de Dieu a’) 17 : installation de la troisième génération humaine. Le meurtre d’Abel par Caïn est entouré des divers dialogues de Dieu avec Caïn.
Comprenons
Le contexte Symboliquement, les trois gestes de Dieu enseignaient aux hommes tout le plan du salut : la venue d’un Sauveur victorieux du mal, la justice accordée à l’homme pour vivre, par le don de la vie de ce Sauveur divin, le chemin de la Vie toujours préservé et montré par l’épée flamboyante de la Parole de Dieu.
Le texte révèle ce que les humains ont fait de l’enseignement reçu de Dieu dans le jardin d’Eden, et de l’enseignement de leurs parents hors du jardin.
a)Les deux frères sont bien différenciés : pour son aîné, Eve mentionne avec fierté et reconnaissance la participation de Dieu à cette naissance. Rien de tel pour le second, qualifié par anticipation de « fragile », de « vanité » sens du nom « Abel ». N’a-t-elle retenu de cette naissance que les difficultés annoncées par Dieu (3.16) ? Leurs professions font remplir par l’un et l’autre les fonctions confiées à Adam : avant la chute (1.26) dominer sur les animaux = Abel ; après la chute (3.19) cultiver le sol pour se nourrir = Caïn. L’un et l’autre contribuent à la vie et à l’entretien de l’environnement comme de l’homme.
b )la nature des offrandes manifeste une différence d’état d’esprit entre les deux frères. Comme le texte le suggère (v 4b,5a) en nommant d’abord chacun des deux frères, Dieu regarde le donateur avant l’offrande. D’autre part, l’offrande d’Abel demande un choix plus précis et réfléchi : les premiers nés, et parmi eux les plus gras, tandis que celle de Caïn n’a aucune mention particulière. L’offrande d’Abel manifeste une implication personnelle dans son sacrifice ( l’emploi du possessif « son petit bétail » marque l’implication personnelle d’Abel, à la différence de Caïn pour qui le texte reste impersonnel et lapidaire) : il s’offre lui-même à Dieu dans ce don de reconnaissance et de foi (Héb 11.4), il a compris le sens spirituel et prophétique du sacrifice d’un animal, semblable à celui d’Eden qui était une véritable préfiguration de celui du Christ Abel par un sacrifice à l’image du geste accompli par Dieu manifesta sa foi dans sa promesse de salut, et sa dépendance de Dieu pour vivre .. Caïn par l’offrande de fruits du sol manifestait sa méconnaissance ou son indifférence pour le sens spirituel des gestes de Dieu enseignés par ses parents. Ses œuvres sont « mauvaises » (I Jean 3.12) car elles trahissent une foi païenne : l’offrande à Dieu sert à s’acquérir la faveur d’un Dieu qui fonctionnerait sur le mode du « donnant-donnant ». Son orgueil d’aîné l’incite à croire que la faveur de Dieu lui est due, d’où sa déception et son irritation profonde devant le regard favorable de Dieu sur son frère. Par ce regard favorable sur Abel (on ne sait pas par quoi Caïn le perçut, mauvaise récolte pour lui ou accroissement du troupeau d’Abel ?), Dieu répondait à la foi humble et enseignait dans quel état d’esprit son peuple devait le servir.
(Illustration : fresque de Nicolas Greschny, Chatel-Guyon)
c) Dieu lance une perche à Caïn (v 7): il ne laisse pas Caïn livré à sa colère. Il intervient par des questions, comme avec ses parents, pour lui faire saisir sa responsabilité dans le développement de ses sentiments (Jac 1.14), et le placer devant un choix : le bien ou le mal. Il lui donne aussi les moyens de choisir : « relever la tête » lui permettrait de se détacher du passé et de ses ruminations intérieures, de regarder à Dieu et à l’avenir, et de trouver la force de dominer la tentation du mal tapi en lui (Jac 4.7 ; 1Pi 5.8). Quand la tentation vient, le Seigneur envoie le moyen d’en sortir, même à sa créature la plus révoltée ! (1 Co 10.13) Tant que Caïn n’est pas passé à l’acte, il est exposé à la tentation de pécher, mais il n’a pas péché. S’il cultive son ressentiment, il ne pourra plus dominer le mal. Mais il a toujours la possibilité de refuser le mal en lui, en « relevant la tête », en regardant à Dieu.
c’) Dieu n’abandonne pas Caïn après son crime (v 9-15): Après le meurtre d’Abel, il aurait pu le poursuivre de sa vengeance (voir l’encadré), mais au lieu de châtier, Dieu le place à nouveau devant sa responsabilité et les conséquences funestes de son meurtre sur sa vie : comme il a souillé et stérilisé du sang d’Abel le sol qui lui donnait sa subsistance, il sera obligé de vivre de la vie de nomade de son frère ! Dieu cherche ainsi à l’éduquer en lui donnant une possibilité de vivre une nouvelle vie, celle de son frère tué. Ne peut-on pas voir ici une préfiguration de la nouvelle naissance qui nous fait adopter la vie de Christ, celui que nous avons mis à mort par nos péchés ? Ancien agriculteur sédentaire, devenu « vagabond et errant », Caïn pourra apprendre à ne plus se fier à ses propres capacités ou ses droits (son offrande pouvait avoir ce sens), mais à compter sur Dieu pour sa subsistance et sa sécurité, à l’exemple de son frère. Dieu fait tout pour que Caïn ne s’éloigne pas de lui, il lui donne une nouvelle chance de vie en lui accordant une protection toute spéciale (15)contre la violence qu’il a déclenchée lui-même. Dieu lui manifeste ainsi son amour en protégeant sa vie. Nulle part il n’est affirmé que Caïn devra se cacher loin de lui (v 14)! Dieu a tenté de ramener son enfant à lui en utilisant les conséquences mêmes de sa faute, mais s’est heurté à l’incompréhension et au refus.
b’ Fermé à tous ces gestes de bonté Caïn (v 16) choisit lui-même de sortir de la présence de Dieu, de ne pas saisir les perches tendues pour son bonheur, il ne se repent pas et ne voit en Dieu que celui qui le punit!
a’) la troisième génération (v 17) poursuit cet éloignement de Dieu en s’installant en ville, exactement à l’opposé du nomadisme proposé par Dieu pour retrouver le sentiment de dépendance envers Lui. Cette lignée de Caïn perpétuera le choix de rechercher la sécurité et la gloire dans les œuvres matérielles, de suivre ses émotions et ses passions (v 18-24) au lieu d’écouter la Parole de Dieu. Loin de Dieu, la lignée de Caïn, à la septième génération se perd dans l’anonymat. En contraste, Seth, troisième fils d’Adam et Eve, choisit avec son fils d’invoquer l’Éternel, et devient le père de la lignée des « fils de Dieu », adorateurs de leur Père céleste, dont les noms nous sont éternellement connus ! (4.26 ; 6.2 ; 5) Malgré nos fautes et bien souvent notre mauvaise volonté, Dieu est là pour soutenir, éclairer, protéger, éduquer, avec le même désir de rétablir avec nous des relations de Père à enfant. Saurons-nous nous réfugier dans ses bras tendus, pour dominer nos irritations ou nos révoltes ?
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Lorsque nous refusons notre solidarité avec nos frères les hommes, ou le chemin de Vie que Dieu nous propose en Jésus-Christ, nous commettons la même faute que Caïn : croire que nos solutions sont les meilleures et que nous pouvons vivre loin de Dieu. Acceptons-nous de considérer les épreuves de notre vie comme des conséquences de notre éloignement personnel ou collectif de Dieu, que Dieu peut utiliser pour nous rappeler à Lui ?
- Mon frère est-il un rival dans ma relation avec Dieu ? Quelle est mon attitude vis-à-vis de lui et de Dieu s’il réussit mieux que moi dans ses entreprises ou ses relations affectives et sociales ?
- Dans quel état d’esprit j’apporte à Dieu ma dîme et mes offrandes ? Est-ce pour obéir à un rite ou un élan du cœur occasionnel, est-ce pour gagner sa faveur, ou lui montrer de façon réfléchie et systématique ma reconnaissance pour la vie terrestre qu’il me donne et le salut éternel qu’il propose, est-ce pour manifester ma solidarité avec tous ses serviteurs ?
- Suis-je attentif aux appels de Dieu à me confier en lui pour vaincre la tentation, aux perches qu’il me tend pour me ramener à lui ?
08:00 Publié dans Genèse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.10.2006
Etude n°3 : La terre à ses débuts Genèse 2
Introduction
Nous avons choisi la version Segond révisée, dite à la Colombe, pour ce texte difficile et controversé, car elle est la plus proche du texte hébreu.
La version en français courant est déjà une tentative d’interprétation, dépendante des courants de pensée moderne (par exemple, elle dit au verset 4 du ch 2 : Dieu créa par étapes le ciel et la terre. Le texte original ne contient pas le par étapes, qui marque une approche "scientifique" hors de son objectif.
Contrairement à beaucoup de critiques de la Bible, nous considérons le second récit de la Création comme un développement de la partie essentielle du premier récit, la création de l’humain. Nous avons vu dans le premier récit comment tout était prévu et réalisé par Dieu pour permettre la vie de l’être humain sur la terre.
Dans le second récit certains détails sont précisés sur son environnement, ses conditions de vie, sa mission de représentant de Dieu sur terre.
La compréhension de ce texte est primordiale pour saisir la volonté de Dieu et les réflexions de Jésus et des apôtres sur la mission de l’homme et de la femme. Sans cesse la Bible se réfère à ce texte, que nous étudions avec précision, toujours dans une optique spirituelle (considérant la relation entre Dieu et l’homme), et non scientifique.
En effet si l’on s’engage à chercher les réalités géographiques (quels sont les 4 fleuves ?), chronologiques (combien de temps Adam fut-il seul ?), morphologiques (Adam eut-il une côte en moins ?), ou autres, on se trouve vite dans des impasses.
Le texte a pour but d’éclairer l’homme sur ce que Dieu a voulu pour son bonheur terrestre et ses relations avec les autres créatures.
Observons
La construction du texte :
V 1 à 3 : conclusion du ch 1 ou transition avec le second récit de la création : le septième jour
Second récit de la Création
a) V 4 à 6 : État de la terre à l’origine
b) V 7 à 15 : Création de l’homme et de son environnement dans le jardin d’Eden
c) V 16 à 17 : les commandements de Dieu à l’homme
b’) V 18 à 25 : l’homme et les animaux
a’) v 21 à 25 : l’homme et la femme
Au centre du second récit de la création, nous trouvons les premières paroles de Dieu adressées à l’homme, une autorisation (= une liberté épanouissante) et un interdit (= une limite structurante) ; à la fin du chapitre nous découvrons les premières paroles de l’homme pour sa compagne : un chant d’amour.
Comprenons
A la différence des croyances païennes qui conçoivent des dieux indifférents ou hostiles à l’homme, le récit biblique montre un Dieu Créateur, soucieux jusqu’au bout de la créature qui porte son image. Il ne se contente pas de lui offrir de quoi satisfaire ses besoins physiques, air, eau, nourriture, abri. Il se préoccupe de ses besoins psychiques, affectifs, moraux, relationnels et spirituels. Le sabbat en est l’expression la plus adéquate.
Nous nous attacherons à découvrir comment Dieu pourvoit aux besoins essentiels de l’homme.
A- Le sabbat
En étudiant attentivement le récit de la création, le lecteur se rend compte de l’importance du chiffre 7 : 7 jours, 7 fois le mot bon, 7 fois le verbe créer, 7 fois le verbe faire. On ne peut pas parler de hasard, surtout quand on se réfère à la symbolique des nombres en hébreu.
Il semble que l’auteur veut montrer ainsi que la création est complète (v 2) et que le temps indiqué de sept jours marque le rythme parfait de toute vie humaine sur terre Jésus rappellera que « le sabbat a été fait pour l’homme…(Mc 2.27) ; le sabbat étant le septième jour, on peut en déduire que le temps de la semaine a aussi été créé par Dieu pour l’homme.
Dieu n’a accompli aucune oeuvre créatrice le septième jour. Au contraire, il s’est "reposé", a "béni" et "sanctifié" ce jour, juste après la création de l’homme.
1. Dieu se reposa
Il est évident qu’il ne s’agit pas ici d’un problème de fatigue ! Le constat du sixième jour en donne la raison, reprise par Genèse 2.2.
- Tout était très bon.
- L’oeuvre était achevée : parfaite en son genre d’après le Larousse.
Le plan conçu par Dieu était réalisé. Tout était en place, il restait aux bénéficiaires de le vivre avec reconnaissance et dans une relation d’écoute avec celui qui en était l’auteur et qui pouvait donc apporter toute la compréhension, tout le soutien pour développer la vie d’une manière harmonieuse.
2. Dieu bénit ce jour
Le mot bénir, du latin benedicere, signifie : dire du bien. Dieu dit que ce jour est bon, est nécessaire pour l’homme. Il l’a prévu en fonction de l’homme, de ses besoins physiques, psychiques et spirituels. Il fait partie intégrante de la réussite du plan de vie heureuse qu’il a prévu pour l’homme. Dès le départ, le sabbat est lié à une idée de bienfait pour l’homme et la femme. La bénédiction du sabbat fait suite à celle des êtres vivants (Genèse 1. 22 et 28).
3. Dieu sanctifia ce jour
Ce verbe signifie autant séparer, distinguer que appartenir à Dieu. Ce qui est sanctifié est mis à part pour un but particulier, le service de Dieu. Ainsi le septième jour est un jour différent des autres.
4. Caractéristiques du sabbat
a) Un jour de repos :
- pour Dieu. Dieu, l’Eternel, le hors du temps, qui domine le temps et l’espace, s’est en quelque sorte introduit dans le temps qu’il a conçu pour l’homme. Il l’y a précédé en organisant le temps de travail, six jours et le temps de repos, le septième jour. S’arrêtant lui-même de créer, il indique à l’homme qui est son image, d’arrêter ce jour-là aussi ses activités « profanes », pour le servir.
- pour l’homme. Il semblerait qu’au départ, l’homme créé parfait ne devait pas connaître la fatigue ni le stress. Il avait un "patron" discret, des animaux dociles, un jardin sans mauvaises herbes, pas de maladies.
Dieu a-t-il prévu ce repos, en cas de...? Sans doute, mais pas seulement. Il a tout fait parfait pour ce moment-là, car le sabbat n’est pas qu’un jour de cessation d’activités pour reposer on corps.
b) Un jour pour se souvenir ... un jour qui lui est réservé, car il s’y reposa de tout son travail de Créateur (v 3 version F.C.). Dieu rappelle qu’il est l’auteur de toute la création. Il en est le Seigneur, le Maître. Il possède seul la sagesse pour donner les instructions parfaites qui feront la réussite de l’avenir. L’homme, en adoptant le rythme de vie que Dieu lui propose, premièrement se place dans une perspective heureuse; deuxièmement annonce de semaine en semaine qu’il est le bénéficiaire d’un cadeau qu’il doit gérer et faire fructifier. Le donateur, le propriétaire, c’est Dieu. L’homme le proclamera de génération en génération. Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César..., dira Jésus (Mc 12. 17)
c) Un jour pour confirmer notre identité
France Quéré, dans La Famille, p. 253, écrit ceci : « Qui suis-je ? Je suis aimé ! Voilà mon identité.... Bonne nouvelle que l’amour des autres dépose dans nos cœurs et avec cette vérité-là, nous irons au bout du monde : je suis aimé, donc je suis : toute terre m’est une patrie, tout homme devient mon frère. »
Je suis aimé de Dieu ! Voilà mon identité ! Porter une attention particulière au jour du sabbat, c’est reconnaître Dieu comme le créateur plein d’amour de toute forme de vie et affirmer que nous avons notre origine en lui. C’est nous déclarer fils et filles bien-aimés de Dieu. C’est rejeter le hasard, c’est bannir la peur de l’avenir. C’est affirmer, semaine après semaine : je sais d’où je viens et où je vais, je sais qui je suis.
Le sabbat est un jour qui m’indique aussi mes limites : je suis créature, et ma sécurité est en Lui.
d) Un jour de fête : Après une bonne nouvelle comme celle-ci, comment ne pas faire la fête ! Comment, aujourd’hui, alors que la plupart de nos contemporains courent après une identité par l’appartenance à un groupe sportif ou religieux, à un parti d’opposants au pouvoir en place, au monde des vedettes, à celui des industriels ou de la finance, de la marginalité, etc., comment ne pas se réjouir de se savoir fils ou fille de Dieu ? Ne faut-il pas fêter chaque semaine cette bonne nouvelle avec ceux qui reconnaissent la paternité de Dieu ? Ne faut-il pas louer l’auteur de notre vie ? Peut-être pourrait-on mettre un panneau à l’entrée de nos églises pour dire aux gens : aujourd’hui nous nous réjouissons que Dieu soit notre créateur ! Voulez-vous partagez notre joie ? ... A condition qu’elle soit réellement à l’intérieur de nos portes !
e) Un jour pour la délivrance : S’il est vrai qu’au départ Adam et Eve n’avaient pas besoin d’un jour pour se défatiguer, est-il besoin, aujourd’hui d’insister sur la nécessité absolue de prendre du repos physiquement et psychiquement (compétition, tensions, conflits, stress).
Le travail est devenu le symbole de l’esclavage, de l’anti-liberté. C’est la course aux loisirs en même temps que la course à l’argent. Gagner gros en un minimum de temps. Nous sommes dans une économie de pouvoir, de domination de l’homme par l’homme. Sans compter l’injustice suprême : ne pas avoir de travail !
Le sabbat nous rappelle que Dieu nous a créés ni dominés, ni dominants, mais équivalents (= ayant même valeur) devant Lui qui est notre seul Maître. En ce sens, le sabbat nous délivre de l’oppression de l’homme par l’homme. C’est à la sortie d’Egypte que le peuple reçoit les commandements (Exode 20.1-17; Dt 5. 6-21). Ils sont reliés à la délivrance opérée par Dieu. C’est moi le Seigneur, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude... (v.2.)
Cette notion de délivrance est reprise dans Hébreux 3.7 à 4.11, où nous sommes appelés à sortir de la révolte (comme à Massa et Mériba, Exode 17.7) pour entrer, dans le repos de Dieu, qui, dans ce texte, est clairement relié au repos du 7e jour.
Que le récit de la création compte chaque journée d’un coucher du soleil à l’autre, n’est pas gratuit pour entrer dans le repos du sabbat : pendant la première soirée, puis la nuit, l’homme a le temps de se détacher de ses préoccupations de la semaine, pour préparer son corps et son esprit à la rencontre avec son Dieu dès le matin (Amos 4.12).
Le jour du sabbat nous ramène tous à égalité : tous esclaves du péché, avec ou sans gros sous, avec ou sans travail ! Et tous sauvés, si nous écoutons, aujourd’hui, la voix de Dieu et entrons avec joie dans son repos. Tous dépendants de la grâce de Dieu. De son amour infini qui nous délivre, nous rachète tous au même prix, celui de la vie de son Fils.
Le sabbat est plus que libération des fatigues du travail, il est symbole de libération du mal, du péché qui envahit nos vies et la préfiguration du repos en présence de Dieu, pour l’éternité.
B- L’environnement
Les versets 4-6 décrivent l’état de la terre mentionné en 1.2 : une terre inculte et vide. La pluie et la vapeur d’eau apparaissent ici comme signes de l’intervention de Dieu pour rendre la terre propre à la vie végétale, animale et humaine. Même le monde physique a besoin de l’intervention divine pour faire germer la vie.
Cette eau restera dans toute la Bible le symbole de la faveur divine pour un peuple vivant en Orient et craignant par dessus tout la sécheresse. Spirituellement, la pluie est devenue le symbole de l’intervention puissante de l’Esprit (Joël 2.23-3.2 ; Actes 2.17-21). Sans cette pluie de l’Esprit, rien ne peut vivre éternellement.
Les versets 8-14 montrent l’organisation de la matière terrestre par Dieu pour permettre le développement de la vie humaine. Jardin avec arbres et fruits, fleuve à 4 bras, pierres précieuses, or, parfums, tout doit satisfaire les besoins physiques ou esthétiques de l’homme.
Les noms du Tigre et de l’Euphrate localisent ce jardin à l’Est du Moyen Orient, le pays de Kouch désigne la région de la Haute Egypte, Nubie et Ethiopie, le Guihon pourrait être le Nil. Ces localisations ont comme intérêt de donner un cadre aux Hébreux sortis d’Egypte et à la recherche de la Terre Promise en Canaan. Celle-ci leur est présentée ici comme le jardin d’Eden, le Paradis où il fait bon vivre.
Pour nous, ce jardin est aussi le symbole de la Terre Promise de la Nouvelle Création, héritage des élus dont parle Apocalypse 22.1-2. On y retrouve le fleuve et l’arbre de vie, symboles de la présence de Dieu dont dépend la vie éternelle de l’homme.
C- Les conditions de vie
a) la nature de l’homme
v 7 : les traductions de ce verset varient selon les versions et les conceptions des traducteurs ! Il est important de faire remarquer que
- l’homme est fait de matière créée par Dieu
- cette matière a besoin du souffle de vie donné par Dieu pour devenir vivante.
- Ce souffle de vie est accordé aussi aux animaux, c’est la respiration
- Il n’est pas question ici ni d’une parcelle d’Esprit Saint introduite dans le corps matériel de l’homme, ni d’une âme indépendante et immortelle qui viendrait habiter momentanément le corps mortel et lui donner ainsi un peu de son immortalité ! Lorsque Jésus sur la croix dit : Père, je remets mon esprit entre tes mains, il ne dit rien d’autre que Je te rends le souffle que tu m’as donné. Le texte dit en Genèse 2.7 : l’homme devint un être vivant (ou âme vivante). Il ne dit pas qu’il eut une âme ! Ce n’est pas le verset 7 qui explique l’image de Dieu du ch 1.27. Ce sont les suivants qui explicitent la responsabilité et la mission de l’homme à la ressemblance de Dieu.
À remarquer que le mot souffle de vie « ruah » de Genèse 1.2. a été traduit en grec et en latin par le mot esprit, sous l’influence des idées dualistes du philosophe grec Platon . Comme il est précisé que c’est Dieu qui le donna à l’être humain, on en déduisit, dans une lecture spirituelle et non plus littérale, que Dieu donnait son Esprit à l’homme, ou bien lui accordait une faculté étrangère aux animaux, l’esprit, par laquelle Il pourrait communiquer avec lui. Il ne nous semble pas que le texte nous permette d’aller jusque là.
(Pour aborder ce sujet de l’âme, vous pouvez consulter la mallette pédagogique Après la vie (Fédération France Sud) qui traite en détails ce thème spécifique à l’Église adventiste.
b) La responsabilité de l’être humain, (versets 9, 16-17).L’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal sont placés au centre du jardin : ils en sont donc les éléments essentiels, selon le processus de pensée hébraïque, qui met au milieu du développement l’argument important. Dieu se sert des réalités physiques, matérielles, pour faire comprendre des vérités spirituelles. On ne doit pas exclure la matérialité de ces deux arbres, mais ils avaient surtout une fonction pédagogique. Ils, peuvent être interprétés comme les symboles de deux façons de vivre :
* L’arbre de vie représente la vie dans la dépendance de Dieu, et sous-entend le développement harmonieux de toutes les capacités spirituelles, intellectuelles, morales et physiques de l’être humain dans la lumière de la présence de Dieu.
* L’arbre de la connaissance du bien et du mal est le symbole inverse d’une vie sans Dieu, dans l’indépendance de sa volonté, et même en opposition à Dieu, puisque l’être humain désire prendre sa place, en devenant comme Dieu.(Voir le ch 3)
Les symboles dont s’est servie l’artiste Zabou dans sa représentation des arbres du jardin d’Eden essaient de rendre l’enseignement de ces arbres. Ils permettaient à l’être humain de prendre conscience de sa liberté de choisir sa vie : soit une vie avec Dieu, dépendante de Lui et éternelle (= arbre de vie, portant des grappes, symbole du Christ et du sang versé pour nous (Luc 22.20), soit une vie d’expériences personnelles sans Dieu, qui conduit à la mort (= arbre de la connaissance du bien et du mal portant les « yeux » de la connaissance).
Illustration de Zabou : Au centre du Jardin d’Eden
Il ne s’agit pas ici de la connaissance intellectuelle, du savoir, de la science. La langue hébraïque a l’habitude de désigner une notion abstraite par son nom en y associant son contraire. Le bien ou bon, c’est la présence de Dieu. L’arbre de vie donnait à l’homme la possibilité de rester en contact avec Dieu, ce qui est le bien pour l’homme. L’autre arbre lui faisait connaître le contraire : le mal, c’est-à-dire la privation, l’absence de Dieu. On le voit, la connaissance dont il s’agit, est spirituelle, et ne s’oppose en rien à la science. Dieu ne voulait pas maintenir l’homme dans une ignorance scientifique et intellectuelle, indigne de sa condition d’image de Dieu ! La liberté de choisir sa vie confère à l’être humain sa dignité. Seule créature animale à pouvoir échapper au déterminisme de ses instincts et de ses besoins, l’être humain est responsable de sa vie présente et future (v 16-17). Qui dit choix sous-entend raisonnement et volonté. En cela l’homme est image de Dieu : Dieu en effet a pensé la Création et l’a réalisée selon sa volonté, comme nous l’avons vu.
c) La mission
Le texte nous indique les différents aspects de la mission de représentation de Sa personne confiée par Dieu à la seule créature qui soit à sa ressemblance.
1) Dieu ayant créé par la Parole, est un Dieu de communication et de révélation l’être humain le représentera grâce à sa faculté de communiquer et de parler : c’est lui qui nommera les animaux et qui accueillera son complément féminin par le premier poème d’amour de l’humanité (v 18-20, 23).
2) Dieu étant le maître de l’univers, l’homme sera le maître de la terre et des animaux : il en sera le gestionnaire et le responsable, gardien du jardin (v 15). Il aura à cultiver la nature, donc à en maîtriser la connaissance et en contrôler les mécanismes, la nature étant aussi bien l’environnement que la nature humaine dans toutes ses dimensions.
Cet aspect de la mission confiée par Dieu dès la Création est mis en oeuvre dans l’Église adventiste dans la pratique de la Gestion Chrétienne de la Vie. (Se reporter à la page de définition de la Gestion Chrétienne de la Vie (GCV)
3) Dieu étant un Dieu d’amour, attentif à chacun, l’homme partagera son amitié et son respect avec les animaux et avec ses semblables (v 19-20) : donner un nom à quelqu’un était considéré dans l’Antiquité comme une véritable adoption, une reconnaissance de paternité qui impliquait des liens d’affection, de respect et de protection.
(Illustration : Adam nomme les animaux, de Zabou)
4) La création de la femme entre aussi dans le projet de Dieu de faire de l’être humain son représentant sur la terre. Ce passage, souvent mal compris, a servi à maintenir la femme dans un rôle subalterne et inférieur sous prétexte que sa création vient en dernier, et que le mot « aide ou auxiliaire » sous-entend infériorité dans nos esprits. Ces arguments fondés sur des préjugés culturels ne tiennent pas après une étude du texte. En effet, on l’a vu, le fait que le récit de la création de la femme vienne en second dans le récit de la Création tient au procédé littéraire du récit hébraïque où on revient toujours sur les détails importants, après avoir rapporté les généralités. La création de la femme au chapitre 2 explicite le texte : Il les créa homme et femme de 1.27. De plus le mot aide, loin d’avoir une connotation péjorative, est employé dans la Bible toujours pour parler de Dieu qui vient en aide à sa créature, ou encore dans un contexte d’alliance entre deux chefs égaux qui unissent leurs forces pour lutter contre un ennemi commun. On ne peut donc tirer de ce mot l’argument de l’infériorité de la femme. Elle est la partenaire égale et de même nature (comme le suggère le jeu de mots ich / icha, traduit par compagnon / compagne dans la BFC), qui multipliera les forces de l’être humain, et lui permettra d’échanger avec son vis-à-vis.
Dieu a créé la femme d’une côte ou à côté de l’homme pour signifier qu’elle n’est ni au-dessus, ni au-dessous de son compagnon, et qu’elle est exactement de la même nature que lui, avec les mêmes capacités, comme le reconnaît immédiatement Adam avec amour.
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(Dessins de Zabou : Création d’Eve, Eve reconnue par Adam)
L’image de Dieu (1.27) ne pouvait être exacte et complète que dans cette dualité masculin /féminin. Cela ne condamne pas les célibataires, mais signifie à chacun, qu’il a à développer harmonieusement en lui les caractéristiques psychologiques et affectives des deux sexes, et non à étouffer celles qui sont attribuées conventionnellement à l’autre sexe. Par exemple, on dit à un jeune garçon qu’il ne faut pas pleurer, parce que ce sont les filles qui pleurent. On habitue ainsi les hommes à refouler leur sensibilité, pour paraître plus virils, ou on refuse aux filles l’esprit de décision et d’entreprise, pour rester féminines ! Pour que l’homme puisse reconnaître et écouter la composante féminine de sa personnalité, Dieu l’a plongé dans le sommeil, suggérant ainsi que c’est dans le repos et le silence de sa masculinité, qu’il pourra être attentif à ce qui reste caché en lui, et qui doit s’exprimer pour lui permettre de vivre dans l’harmonie voulue par Dieu. Dieu, dont l’être humain est l’image, révèle tout au long de la Bible les aspects masculins et féminins de sa personne. Ainsi Il dirige, organise, agit dans l’univers, mais aussi Il aime et est ému de compassion dans ses entrailles, en hébreu son utérus !
5) L’union de l’homme et de la femme :Dieu éprouvant un amour privilégié pour la créature à son image et désirant s’unir à elle intimement, l’homme s’attachera par un lien d’amour privilégié à son vis-à-vis, dans une communion de pensée, de projet de vie, de sentiments, de sensations et de plaisir (v 24-25). C’est ainsi que Dieu institua l’union conjugale comme signe et image de son caractère et de sa volonté de bonheur pour l’être humain. (voir à ce sujet la mallette pédagogique « l’amour, une dynamique de vie » FFS)
Les versets 24 et 25 sont indissociables, malgré la typographie de certaines Bibles, qui depuis le 4e siècle de notre ère les séparent. On peut considérer ces versets comme l’expression de la volonté de Dieu pour le bonheur du couple humain et l’accomplissement de sa mission. Psychologiquement et affectivement chacun des partenaires du couple cherche à :
- avoir atteint la maturité psychique qui le rend conscient de sa personnalité et responsable de lui-même (quitter son père et sa mère)
- être capable de se détourner de son égoïsme naturel pour s’attacher à l’autre du sexe opposé et l’aimer, comme Dieu aime (il s’attachera à sa femme)
- avoir un projet de vie cohérent, un objectif à atteindre en commun avec l’autre (devenir un seul être, ou une seule chair). Cette expression ne s’entend pas seulement de l’union physique, mais aussi de l’unité intérieure entre les composantes de la personnalité de chacun, et entre les valeurs de vie des deux partenaires.
- enfin, être vrai et transparent dans tous les domaines (tous deux étaient nus sans honte) La nudité sans honte est le symbole d’une sexualité acceptée et vécue avec joie parce qu’elle consacre l’union de deux êtres à l’image de Dieu. Comme le suggère la place de ce verset dans le texte, la sexualité voulue par Dieu est le point d’orgue de l’union conjugale : elle en augmente la durée et en resserre les liens déjà noués sur tous les autres plans, mais ce n’est pas elle qui débute et fonde l’union, comme veulent le faire croire les médias et les coutumes actuelles. Elle est aussi le symbole de l’acceptation de soi et de l’autre, tels que nous sommes et tels que Dieu nous voit, dont l’expression moderne être bien dans sa peau est une traduction ! Psychologiquement, la nudité sans honte du jardin d’Eden signifiait qu’entre les deux humains, rien ne faisait obstacle à la communication, tout était clair entre eux, ils n’avaient rien à cacher ni à Dieu ni à eux-mêmes.
La tradition juive joue aussi sur l’homophonie des mots nu et lumière en hébreu. Seule une lettre muette les différencie à l’écriture. Dans le jardin d’Eden, le couple était nu ou dans la lumière de Dieu où rien n’est caché. Le péché créera la séparation avec Dieu, donc l’absence de lumière. La gène de cette disparition et la honte de l’avoir provoquée seront transférées sur la nudité et la sexualité.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Quelle est ma conception du repos ? Comment est-ce que je remplis les moments de cessation de mes activités professionnelles ou familiales ? Est-ce que j’en fais des moments privilégiés de rencontre avec Dieu, avec les autres, des moments de divertissement, de détente totale, de culture intellectuelle ou physique, des occasions d’étourdissement, etc. ?
- Comment vivre le sabbat en harmonie avec l’enseignement biblique ?
- L’image de Dieu que nous sommes a été oblitérée par le péché, mais par sa grâce, Jésus-Christ nous permet de la restaurer. Quelle image de Dieu puis-je donner dans ma vie familiale, professionnelle, ecclésiale, et sociale ?
- Si je suis marié, les relations au sein de mon couple sont-elles harmonieuses, dans le respect et l’amour partagés, avec le désir d’authenticité et de service mutuels ? A quel point dois-je veiller plus particulièrement pour atteindre cet objectif ?
- Si je suis célibataire, ou individuellement pour chacun des membres du couple, comment puis-je harmonieusement développer les aspects masculins et féminins de ma personnalité, pour être une image de Dieu fidèle ?
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08.10.2006
Etude n°2 : Au commencement, Genèse 1
Au commencement, Dieu...(Genèse 1)
(Illustration de Zabou : Création par la Parole) ![]()
Introduction
Pour étudier ce texte poétique, nous avons privilégié une étude globale pour faire ressortir l’enseignement spirituel (= concernant la relation avec Dieu) qu’il contient.
Ce premier récit de la Création est une véritable oeuvre d’art, construit très harmonieusement. Il a une portée avant tout pédagogique. En aucun cas il ne se veut scientifique, expliquant le « comment » des choses. Il est, en effet, organisé pour faire saisir le « pourquoi » des choses que l’homme peut voir dans son environnement.
Observons
Remarquez comment le texte est construit :
Un premier verset qui est un résumé de ce qui est détaillé ensuite, selon la coutume des récits bibliques, un dernier verset (2.4a) que l’on peut considérer soit comme la conclusion du premier récit de la Création, soit comme l’introduction du second récit. Entre ces deux versets, le texte se découpe selon les jours de la semaine rythmés par les refrains : Il y eut un soir et un matin... et les répétitions : Dieu dit = 10 fois, Dieu appela = 5 fois, Il en fut ainsi = 5 fois, créer, Dieu vit que cela était (très) bon = 7 fois ; Dieu bénit = 3 fois, si l’on joint les versets 2. 1-3 au chapitre 1.
On constate en outre que les trois premiers jours sont consacrés aux espaces habitables, les trois jours suivants, à leurs habitants. Dans l’énumération suivante, il est intéressant de remarquer qu’à chaque espace correspond une catégorie d’habitants : les points 1 et 4, 2 et 5, 3 et 6, se correspondent :
Espaces habitables :
1- Lumière (séparation d’avec les ténèbres)
2- Ciel (séparation des eaux d’en-haut = air, des eaux d’en-bas = mer)
3- Terres sèches (séparation d’avec les eaux marines) et végétation
Habitants de ces espaces :
4- Points lumineux (soleil, lune astres)
5- Oiseaux et créatures aquatiques
6- Monde animal (bétail, reptiles, animaux sauvages, et les humains)
Comprenons
Par le récit de la Création, tel que Moïse en a reçu la révélation, Dieu a voulu rétablir la vérité sur Lui, sur l’homme, sur l’univers. Il a voulu montrer que la Création ne pouvait être l’oeuvre que de quelqu’un d’intelligent, de sage, qui savait ce qu’il entreprenait, et avait un but précis : l’épanouissement de la vie et de l’homme sur la terre.
Nous allons voir comment ce message est transmis dans le texte de Genèse 1 :
1- Enseignements sur Dieu
a) Les répétitions du verbe « dire » insistent sur la Parole et ses effets. Pour Dieu, parler est une véritable action qui permet la venue à l’existence de toute chose. Voir les deux textes complémentaires de Ps 33.9 et Jn 1.1-3.
L’homme n’a pas cette capacité de créer la matière et la vie rien que par la parole. Si la parole humaine a beaucoup de puissance bénéfique ou maléfique : compliment qui fait plaisir, encouragement qui redonne le moral, ou injure qui blesse, discours qui trompe et donne de faux espoirs, etc. elle n’a d’effets que sur l’esprit des gens, mais par sur la matière, car l’homme ne peut pas créer, il peut seulement transformer la matière en la manipulant. Dieu se montre ainsi bien supérieur à l’homme !
Les mots « créer » et « Dieu vit que cela était (très) bon » se retrouvent 7 fois. C’est sur ce chiffre qu’est fondée la semaine donnée à l’homme comme repère de temps. Dieu veut signifier par là que ce qu’il a conçu, puis créé, était parfait, et correspondait à ses intentions de bonheur pour l’homme sur la terre. Ce chiffre est un peu comme la marque de qualité que Dieu appose sur son œuvre.
Premier enseignement du récit : Dieu crée tout parfaitement par sa Parole
b) Un problème chronologique et logique, selon notre expérience des phénomènes de photosynthèse, est posé par l’ordre des créations : la lumière et la végétation apparaissent le 1er et le 3ème jour, avant les astres (4ème jour) qui indiquent les saisons, les jours et les nuits. Mais le texte n’est pas un rapport scientifique, il veut apprendre quelque chose sur Dieu : Il est la lumière nécessaire à toute vie (Jn 1.4)
Le verset 2 commence le récit par un tableau de ce qui existait au moment où Dieu organisa la terre pour la vie de l’homme. Ce verset permet de penser qu’il y eut un laps de temps indéterminé entre la création de la matière et son organisation pour la vie. Le texte indique aussi qu’il y avait des ténèbres. D’où venaient-elles ? C’est comme si l’auteur voulait nous dire qu’elles ne venaient pas de Dieu,(comme le mot « ténèbres » employé par Jean dans son prologue de l’Evangile le laisse entendre), mais que l’Esprit de Dieu les maîtrisait. C’est un indice précieux de l’existence du Mal antérieure à la création de notre monde, qu’on peut rapprocher des textes d’Esaïe 14.12-15, Ezéchiel 28.14-19, et Apocalypse 12.7-9, pour tenter de comprendre la rébellion de Satan contre Dieu.
Que la lumière soit ! (v 3): en opposition aux ténèbres, le texte révèle que là où Dieu se manifeste, jaillit la lumière. Si on veut travailler dans un endroit, il faut de la lumière, pour distinguer les objets. La lumière donne la possibilité de prendre conscience des choses. Ainsi nous pouvons comprendre comment sur le plan psychologique et spirituel , Dieu dans sa Parole est lumière pour nous : Il nous permet de prendre conscience de notre état devant Lui, et nous révèle les moyens de rester en communication avec Lui. Le récit ne donne là aucun renseignement scientifique, mais il se place au niveau spirituel.
c)Le processus de création suivi par Dieu est celui d’une œuvre d’art : il y a d’abord création du cadre avec les éléments essentiels à la vie : lumière, air, eau, terre, végétation. L’air est indiqué dans la Bible comme l’étendue. Les Anciens considéraient que cette étendue, ou atmosphère, était la frontière entre les eaux qui sont au-dessus et les eaux qui sont au-dessous, c’est-à-dire celles de la terre. Ils expliquaient ainsi la présence de l’eau de pluie, de la brume et des nuages dans l’atmosphère : c’étaient les eaux du dessus qui passaient par des trous dans l’étendue !
Après le cadre, il y a création du contenu, les trois jours suivants : les astres, les animaux et l’homme.
En ordonnant ainsi le récit, Dieu indique qu’il agit selon un projet précis, voulu, conçu dans sa pensée et exécuté méthodiquement. À comparer avec la démarche de l’architecte, ou celle de l’artiste. Tout a été prévu par Dieu pour que la vie soit possible sur terre.
Remarquons que tout est dit deux fois, d’abord quand Dieu exprime son intention, puis quand il la réalise par sa Parole.
En mentionnant neuf fois « selon son espèce » pour caractériser plantes, arbres et animaux, le récit montre d’abord que Dieu a agi avec ordre. Rien n’a été fait au hasard, tout a été prévu et planifié. Cette insistance fait comprendre que Dieu est très ordonné dans tous les détails, qu’il a conçu chaque chose avec soin, et lui a fixé sa place. Ainsi ni les plantes, ni les animaux n’évoluent en passant d’une espèce à l’autre. Cela contredit la théorie de l’évolution progressive qui voudrait faire descendre l’homme du singe ou du poisson.
Second enseignement : Dieu a tout conçu et réalisé selon un plan précis.
Troisième enseignement : Dieu a voulu chaque créature à sa place, et dans son règne respectif, végétal, animal, humain.
d) Le récit biblique de la Création nous donne un quatrième enseignement : Dieu veut, dans tout l’Ancien Testament, se révéler comme le seul vrai Dieu. Chacun des jours de la Création frappe de plein fouet toutes les idolâtries de l’Antiquité, mais aussi de notre époque avec les philosophies et religions panthéistes, qui adorent la Nature et ses forces, comme l’avaient fait les Egyptiens dont les Hébreux devaient s’affranchir ! Voici la liste des dieux de l’Egypte, qui étaient présents à l’esprit des Hébreux au moment de l’Exode, pendant lequel Moïse eut la révélation des récits de la Genèse :
1- Nout = la voûte céleste avec astres ;
2- Râ = dieu-soleil avec cobra-énergie sur une tête de faucon ;
3- Apis = dieu-taureau de la fertilité, de la vie.
4- Sekhmet = déesse-lionne de la guerre ;
5- Khnoum = dieu-bélier de la crue du Nil ou de la fécondité ;
6- Thot = dieu de la sagesse à tête d’ibis ou de babouin ;
7- Seth ou Anubis = dieu-chacal du mal et de la mort ;
En créant les astres le 4ème jour et les animaux les 5ème et 6ème jour, Dieu leur redonne leur nature de créatures qui lui sont soumises et dépendent entièrement de lui pour leur existence. Les astres ne sont que des luminaires, des lampes, destinés à éclairer la nuit et à marquer le temps pour les habitants de la terre. Il est nécessaire de distinguer ici l’astrologie de l’astronomie. L’astrologie attribue un pouvoir divin aux astres sur les caractères et le destin des hommes. L’astronomie étudie les lois qui régissent le monde de l’espace. C’est une science exacte, alors que l’astrologie vient de l’occultisme.
Grâce aux astres, nous pouvons, comme Moïse, « compter nos jours », nos heures et nos années.
Quand on considère les merveilles de la nature comme l’aile du papillon ou l’oeil d’une mouche,
la splendeur du ciel étoilé ou des montagnes majestueuses, peut-on croire, que tout cela s’est fait tout seul, de soi-même ? La complexité et la beauté de la nature sont justement des raisons de croire que son auteur est un être bien plus intelligent, sage et puissant que l’homme lui-même. Adorer la nature ou la matière, ou l’énergie, c’est leur donner plus d’importance et d’intelligence qu’à l’homme, qui reste incapable de créer la vie, et qui craint les forces qu’il ne maîtrise pas ! Qu’est-ce qui est plus logique : honorer la matière ou un animal, ou honorer un Être intelligent et bon ?
e) L’humain est le fruit d’une décision spéciale d’un Dieu créateur, unique mais aussi paradoxalement « pluriel »: Il énonce son intention au pluriel « Faisons l’humain à notre ressemblance ». On peut voir dans ce pluriel, confirmé par la forme au pluriel du mot hébreu « Elohim » traduit par Dieu, la première suggestion du Dieu trinitaire, que l’Evangile révèlera comme Père, Fils et Saint-Esprit. On peut deviner la présence de ces trois manifestations d’Elohim dans ce chapitre 1 de la Genèse : il y a Dieu le Créateur, qui conçoit et organise son œuvre, Dieu qui par la Parole (Jn 1.1-3) donne existence à ses projets, et Dieu l’Esprit qui « plane au-dessus des eaux », qui protège la création. C’est dire l’importance de la création de l’humain, aux yeux d’un Dieu qui s’engage tout entier pour mettre au monde le chef-d’œuvre de sa création, un être qui va lui ressembler, et porter son image au milieu des autres créatures animales et végétales.
2- Enseignements sur l’homme
(Illustration du XIème siècle : Création d'Adam)
La création de l’humain n’est pas décrite en détail. Elle fera l’objet de plus de développement au chapitre 2. Mais ce qui en est dit au ch 1 nous révèle déjà bien des éléments essentiels pour connaître ce qu’il est et sa mission :
a) Par ce récit de la Création, la Bible nous enseigne que l’homme est une créature spécialement conçue par Dieu. Les animaux créés à la Parole de Dieu émanent de leur milieu de vie. L’homme, lui aussi créé par la Parole de Dieu, est le seul « à l’image de Dieu », « à sa ressemblance ». Dieu lui accorde ainsi une valeur supérieure au monde animal ou végétal, qu’il doit gérer en maître responsable (= dominer). Ce que Dieu crée est immédiatement conforme à son projet. Il n’a pas besoin d’essais successifs !
b) Comme Dieu est pluriel, l’humain portant son image est aussi pluriel : homme (masculin) et femme (féminin) ; le chapitre deux nous apprendra ensuite que la troisième personne de la Divinité sera donnée à l’humain par le « souffle de Dieu », donnant vie à cette créature humaine, seule « image de Dieu » parmi toutes les autres. C’est dans l’union du masculin et du féminin de la nature humaine que Dieu laisse percevoir ses propres qualités dites masculines (esprit d’entreprise, de décision et d’action, extériorité, logique, jugement, etc.) ou féminines (sensibilité, intériorité, intuition, amour, imagination, etc). Cela rend bien vaines toutes les discussions futures sur la nature et le rôle de la femme, qui ont agité les hommes érudits de tous les siècles, imbus d’une fausse idée de leur supériorité !
c) La ressemblance avec Dieu se poursuit dans la mission donnée à l’humain : il est le roi de la terre qu’il doit « dominer » et « gérer ». Solidaire du règne animal créé le même jour que lui, l’homme n’a pas à se laisser dicter sa conduite par lui, ni à abuser de lui pour son profit, mais il doit gérer la nature pour permettre à chacun de vivre dans l’harmonie des uns et des autres, à l’exemple de son Dieu créateur.
d) Dieu prend soin d’indiquer aussi la nourriture de chaque espèce : la végétation portant semence ou fruit pour l’humain, l’herbe verte pour l’animal. Ce régime végétalien convenait dans un monde exempt du péché mais sera complètement bouleversé après la chute du roi de la terre !
e) Comme pour l’animal (v 22), la bénédiction de Dieu sur l’homme se manifestera par la fécondité, qui permettra de peupler la terre. Mais, comme il est à l’image de Dieu, l’humain non seulement perpétuera la vie physique de son espèce, mais créera et développera tout ce qui est du domaine de la vie morale et relationnelle, artistique et scientifique. Son intelligence sera féconde et sa relation avec Dieu lui permettra de grandir harmonieusement sur tous les plans.
3- Conclusion
Récapitulons quelques-uns des enseignements principaux de ce texte : Le récit très structuré n’est pas scientifique. Ce n’est pas un rapport qui rend compte objectivement des faits observés. De toutes façons l’auteur du livre, n’était pas présent au moment de la Création ! Dans la façon dont il relate cet événement miraculeux, il témoigne de sa foi en un Dieu Roi de l’Univers :
a) Dieu existe à l’origine de tout. Aucune description n’est fournie sur l’apparence de Dieu. Il existe tout simplement.
b) C’est Lui qui a tout fait. Il est à la fois l’architecte, l’ingénieur, l’entrepreneur, l’artiste, le charpentier, le jardinier, l’électricien, etc.
c) Il crée par sa seule Parole : Il ne fabrique pas à partir d’une matière préexistante, il fait jaillir la matière et les êtres vivants de la formulation de sa pensée, à la différence de l’homme qui ne peut que transformer la matière.
d) Dieu est le seul dieu. Il est au-dessus de toutes ses créatures et des corps célestes, qu’il dirige selon son plan. Ce texte réfute l’adoration païenne de la Nature et le polythéisme des religions environnantes. Si Dieu est unique, il se manifeste de façon « plurielle », selon ses fonctions.
e) Dieu est un Dieu d’ordre. Tout était à sa place et occupait la fonction pour laquelle Dieu l’avait créé.
f) Dieu a tout créé bon. Il est parfait et son oeuvre reflétait cette perfection.
L’auteur témoigne aussi de sa foi dans l’être humain, homme et femme, roi de la terre :
a) Créé pour couronner les espèces animales dont il fait partie (créé le même jour), il en est différent par sa ressemblance avec Dieu non pas physique, mais psychique, morale, relationnelle et spirituelle.
b) Il reçoit la mission de gérer la terre et ses habitants. Dieu lui délègue une partie de ses pouvoirs et lui donne une responsabilité. L’organisation du récit révèle que tout a été fait pour que l’homme puisse vivre en harmonie avec la nature et avec son Créateur, le seul vrai Dieu.
Questions pour une mise en pratique dans la vie chrétienne :
a) Dieu procéda à la création du monde selon un plan bien conçu et méthodique : Qu’en est-il de nous ? Agissons-nous toujours conformément à nos intentions ? Et ensuite, donnons-nous la peine de vérifier si notre travail est bien fait?
b) Savons-nous réfléchir et organiser notre action avant de nous lancer dans l’action, ou agissons-nous selon nos impulsions ? Quels en sont les résultats ?
c) Quelle est ma position face à l’astrologie et les horoscopes, tellement prisés de nos jours ? Ai-je conscience que même par simple curiosité, ils me font courir le risque de manquer de confiance en mon Dieu Créateur ?
d) Comment ma vie reflète-t-elle l’image de Dieu : mes actes et mes paroles contribuent-ils à créer la vie et l’harmonie autour de moi ? A quoi dois-je veiller pour atteindre cet objectif ?
e) Comment concrètement, à mon niveau individuel, répondre à la mission confiée par Dieu de « dominer »(= gérer) la Nature, dans le sens de l’environnement (= l’écologie, le respect de la planète), ou de ce qui est « animal » ou « naturel » en moi (= la maîtrise de soi) ?
f) Quel est le but de cette mission de gestionnaire de la terre: devenir saint et puissant comme Dieu, ou manifester le respect dû à une création qu’Il avait jugée bonne pour la vie de l’homme, et rendre Dieu perceptible aux autres à travers ma vie ?
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01.10.2006
Etude n°1- Introduction à la Genèse
Première étude : Les fondements
Texte étudié : Hébreux 11.1-22 (Bible Segond révisée dite « A la Colombe »)
Illustrations : Zabou : Création par la Parole ; Mosaïque de Monreale en Sicile:Sacrifice d'Abraham
Observons
Le contexte :
Après une exhortation à la fermeté dans la foi (10.19-39), les chapitres 11 à 13 sont consacrés à l’illustration de la foi qui a animé les personnages de la Genèse (Hé 11. 1-22), et du reste de l’Ancien Testament jusqu’à Jésus lui –même (12.1-2).
Le texte : Hé 11.1-22
Deux parties de trois paragraphes chacune :
1- a) v 1-2 : définition de la foi qui a permis aux anciens d’être approuvés de Dieu![]()
b) v 3-5 : trois exemples de foi : la Création, Abel, Hénoc)
a’) v 6 : deuxième définition de la foi qui plait à Dieu
2- b’) v 7-12 : trois exemples de foi : Noé, Abraham, Sara
a’’) v 13-16 : la foi dans la patrie meilleure
b’’) v 17-22 : foi des patriarches d’Abraham à Joseph.
Les répétitions et la structure en parallèles permettent de dégager deux thèmes :
1- la foi est l’assurance des choses invisibles, la confiance dans la Parole de Dieu
2- la foi est l’attente fidèle d’une cité aux fondations solides, d’une patrie céleste.
Comprenons
Au moment d’aborder l’étude du livre de la Genèse, il est bon de se demander en quoi ces récits des origines de l’humanité et du peuple hébreu peuvent nous concerner, nous chrétiens du 21ème siècle.
L’auteur du texte des Hébreux a exhorté ses lecteurs, juifs convertis à Christ, à s’approcher du Seigneur avec l’assurance que le croyant est justifié et sauvé (10.19-39) par sa foi en l’œuvre de Jésus-Christ. Il désire au ch 11 montrer par les exemples de l’histoire de leur peuple, quelle est la puissance de cette foi qui pénètre tout l’être du croyant. En se référant aux textes bibliques fondateurs, l’auteur nous indique une de leurs clés d’interprétation : ils sont tous donnés (Rm 15.4) « pour notre instruction, afin que par la patience et par la consolation que donnent les Ecritures, nous possédions l’espérance ».
Les exemples de la Genèse nous invitent à considérer comment la foi en un Dieu de grâce et de bonté a transformé la vie d’hommes et de femmes, faillibles comme nous, et ayant par rapport à nous, le handicap de ne connaître que bien imparfaitement la révélation du salut offert par Dieu et accompli plus tard en Jésus-Christ.
Nous limitons aujourd’hui l’étude du chapitre 11 de l‘épître aux Hébreux aux 22 premiers versets, qui nous donnent des définitions générales de la foi (v 1,6,10,13,16,19) entremêlées d’exemples d’actes de foi et de leurs conséquences dans la vie des premiers personnages bibliques.
V 1-2 :« Ce qui fait la force du croyant et le rend capable de persévérer (10.39), c’est qu’il est dans la nature même de la foi de rendre présent l’avenir, et visible l’invisible » (BAN : Bible annotée de Neuchatel). La foi procure en lui une conviction spirituelle qui ne repose pas sur le témoignage des sens ni sur l’évidence logique, ni sur l’expérience scientifique.
V 3 : Ainsi le récit de la Création ne peut être compris par une lecture scientifique de la raison humaine, mais par la confiance que l’on accorde à ce que Dieu a pris soin de révéler et de nous enseigner pour notre croissance spirituelle. Il devient inutile de chercher dans ces récits une vérité historique et scientifique, leur objectif n’étant pas de nous donner des renseignements dans ces domaines du savoir, mais d’augmenter notre « connaissance » (au sens biblique de « relation intime ») de Dieu et de son plan du salut pour l’homme.
V 4-5, 7-12 : Il est remarquable de voir comment l’auteur du livre des Hébreux saisit le sens spirituel caché des actes d’Abel, Noé, Abraham ou Sara. Toute leur vie s’explique par la relation de confiance et d’obéissance qu’ils ont tissée et entretenue avec un Dieu vivant et attentif à leur recherche de sa présence (v 6).
Il nous faudra dans l’étude de ces récits que nous détaillerons au cours du trimestre, revenir à cette interprétation du livre des Hébreux pour tenter de comprendre les « choses invisibles » qui se cachent derrière des récits souvent très sobres. Nous saisiront alors les enseignements divins propres à fortifier notre foi, à nous encourager, et à nous faire vivre dès à présent les réalités de la vie éternelle à laquelle nous aspirons tous comme nos anciens.(v 10,16,19).
V 13-22 :Comme nous qui attendons et espérons, selon les promesses divines, le rétablissement de toutes choses (Ac 3.21), en n’en discernant que des prémices, Noé, Abraham et les patriarches n’ont été témoins ou acteurs que de réalisations partielles de leur espérance ; elles leur ont pourtant donné un avant goût de la plénitude du salut que Dieu réalisa en Jésus-Christ, et qu’il parachèvera à son retour.
La vision spirituelle du sens des événements de leur vie leur a permis de traverser les épreuves les plus grandes, en restant fermement attachés à la Parole de Dieu.
Cette vision nous incite à chercher à leur ressembler, et faire confiance à Dieu, comme eux, en toutes circonstances, sachant que Dieu « fait concourir toutes choses au bien de ceux qui l’aiment, de ceux qui sont appelés selon son dessein. » (Rm 8.28).
Questions pour une application dans notre Vie Chrétienne :
- Recherchons-nous à la lumière des récits bibliques, le sens caché des circonstances de notre vie, pour en tirer des enseignements propres à nous faire mieux vivre notre présent et mieux percevoir notre avenir ?
- Sur quoi se fonde notre foi en Dieu : sur la réalisation concrète de nos prières, sur la preuve visible de son existence et de son intervention dans notre vie personnelle et dans le monde, sur la confiance en Lui, envers et contre toute évidence de la raison, sur la compréhension de la Parole par l’Esprit ?
- Comment se manifeste dans la gestion de nos personnes, de nos biens, de nos relations, de notre vie professionnelle ou familiale, la conviction que « nous sommes étrangers et voyageurs sur la terre, citoyens d’une cité spirituelle et divine » (v 13,16) ?
- En introduction à l’étude de la Genèse, examinons quel regard nous portons sur ce livre : Voulons-nous y trouver des renseignements scientifiques, historiques ou sociologiques pour savoir « comment ça s’est passé ?» aux origines de la vie ou du peuple élu ?
Cherchons-nous à confronter ces récits avec les mythes fondateurs des autres cultures, pour en mettre en doute l’authenticité et l’inspiration ?
Considérons-nous ces textes comme « sacrés » jusque dans la lettre de leur expression, au point de n’admettre aucune autre interprétation que littérale et matérielle ?
En ferons-nous la base d’une réflexion de foi sur les enseignements profonds qu’ils contiennent, et qui sont indispensables à notre croissance dans la connaissance de Dieu et de nous-même ?
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