20.06.2008

Etude n°13 : Son retour (28-06-08)

Etude n°13 : Quand reviendra notre Roi et Ami (28-06-08)

1 Th 4.13-18

Observons

Le contexte : Dans la deuxième partie de son épître aux Thessaloniciens, Paul exhorte ses destinataires à la sanctification (4.1-12), avant de rappeler la doctrine chrétienne de la résurrection des morts au retour de Jésus (13-18). (Zabou, Dis Papa explique-moi l’avenir, FFS) d2a0cbe5a4a15da5d2b58bbc7893a840.jpg

Il termine sa lettre par des recommandations à la vigilance (5.1-6), et à l’exercice d’une vie tout entière sanctifiée par Dieu (5.23).

Le texte

V 13.14 : la résurrection des morts est l’objet de l’espérance chrétienne

V 15-17 : Processus de l’avènement du Seigneur et de la résurrection des morts

V 18 : Exhortation à la consolation par cette espérance.

Comprenons

Le contexte

La première lettre aux Thessaloniciens est le premier écrit du Nouveau Testament et de Paul. Il l’a envoyée lors de son séjour à Corinthe, au début des années 50  ap JC, pour répondre aux besoins des disciples de cette ville portuaire et commerçante, où il avait prêché quelques temps auparavant, au cours de son second voyage missionnaire. Cette église sous prétexte que le Seigneur allait revenir bientôt, négligeait le travail quotidien et minimisait l’importance d’une vie droite (4.3-12). Au point de vue de la fermeté de la foi (3.6-9)  et de l’amour fraternel (4.9) elle pouvait servir de modèle aux autres croyants du pays (1.7). Seulement elle devait progresser dans la connaissance (4.1) et la pratique de la vie chrétienne (4.10-12).

En particulier, ces chrétiens de la première génération s’inquiétaient du sort de ceux qui étaient déjà morts, avant le retour de Christ. Paul veut les rassurer, fortifier leur espérance et affermir leur patience.

Le texte ad41537bd8d52fdee6d91fa2facd3828.jpg(Illustration : les 7 anges aux trompettes, 11ès)

Les chrétiens de Thessalonique n’avaient pas été suffisamment enseignés sur ce que la résurrection de Christ entraînait pour les défunts, car Paul n’avait pas pu rester longtemps dans leur ville (Ac 17.1-10,13), à cause de l’incrédulité et de la violente hostilité des Juifs. Paul leur expose ici la doctrine biblique de l’état des morts : plongés dans un « sommeil » inconscient de leur être, ils attendent dans la poussière de la terre la résurrection des corps qui accompagnera le retour de Christ. Cette conception de la mort comme un sommeil, suivie de la résurrection générale, ou éveil à une nouvelle vie, au Jour du Seigneur, est fondée sur quelques textes de l’Ancien Testament (Ec 9.5-6, 10 ; Dn 12.2, 13 ; Ps 49.16), et sur des paroles de Jésus (Mt 9.24 ; Jn 11.11), qui s’opposent à la croyance d’une autre vie immédiate et éternelle après la mort. Paul développera cette doctrine un peu plus tard (1 Co 15) et Jean à la fin du siècle l’évoquera dans l’Apocalypse (14.13 ; 20.4-6).

Qui parle de sommeil, sous-entend un réveil après un temps plus ou moins long de repos dans l’inconscience de l’environnement. Le sommeil de la mort est plus complet que celui du repos nocturne, car il est sans rêve, sans réaction aux stimuli extérieurs ou intérieurs du corps. L’espérance du chrétien est que ce sommeil débouche sur un éveil pour la vie éternelle.

Les chrétiens de Thessalonique croyant que Jésus allait revenir de leur vivant s’attristaient devant les décès de leurs frères croyants, se demandant s’ils verraient comme eux ce retour tant attendu. Paul leur détaille donc le processus de la résurrection générale, dont l’espérance se fonde sur la mort et la résurrection de Christ, en prémices de celles de tous les croyants. Par elles, Christ a vaincu la condamnation à la mort éternelle qui pèse sur tout pécheur, et il lui accorde la grâce de vivre avec lui dès à présent et pour l’éternité. C’est donc bien par Jésus et avec lui que le croyant retrouve la vie (14b). Il commence spirituellement sa vie éternelle au moment où il s’unit à Lui par la foi (Jn 5.24). Il recevra la vie éternelle dans sa plénitude au retour de Jésus qui rassemblera tous ses disciples fidèles (Jn 5.25, 28-29 ; Jn 6.40).

V 15 : Paul affirme qu’il tient cette conviction de la Parole du Seigneur, celle qui est transmise dans les Ecritures, ou celle qui lui a été révélée particulièrement (1 Co 11.23a ; Ga 1. 11-12). Ce qu’il va enseigner aux Thessaloniciens vient du Seigneur, et se fonde sur « l’analogie de la foi » (Rm 12.6) : son enseignement est en correspondance ou concorde avec l’enseignement des Ecritures. En conséquence, on ne peut ajouter foi à ce que la Parole de Dieu n’aborde pas ou contredit. La croyance en la survie éternelle et naturelle d’une « âme » de l’homme n’est pas biblique, mais est issue de la philosophie grecque de Platon, introduite dès le 1er siècle av JC dans la pensée juive par les Juifs hellénistiques d’Alexandrie, comme le philosophe juif Philon.

Paul révèle un scénario de la résurrection générale des croyants qui constitue la première résurrection (Ap 20.6), mais il n’en donne évidemment pas la date (Nul ne sait le jour ni l’heure (Mt 24.36). C’est Dieu qui décide du moment (16a ; Ap 10.7) et comme Il l’a toujours fait, Il descend du ciel (= monde invisible et spirituel) (16b) vers l’homme soumis aux lois du monde terrestre et concret, pour l’élever jusqu’à Lui (17).3a7105c5d13b5fd454f30d1fe473cdad.jpg (Illustration les 7 trompettes de l’Apocalypse, Miniature médiévale)

Le son de la trompette annonce et accompagne sa venue : la trompette était l’instrument utilisé pour appeler les hommes à se rassembler pour un combat ou pour une assemblée religieuse. Elle accompagne toutes les théophanies (= apparitions divines) dans l’Ancien Testament et l’Apocalypse, pour symboliser la puissance de la voix de Dieu. Dans l’Apocalypse (ch 8-11) comme à la prise de Jéricho, les trompettes annoncent l’événement important qui va suivre (destruction de la ville ou arrivée du Roi-Juge), pour préparer les cœurs et les esprits à le vivre dans l’humilité et la repentance. Elles symbolisent dans l’Apocalypse (ch 8-9 et 11.15) les événements terrestres qui avertissent l’humanité et interpellent les croyants, juste avant le retour de Christ, comme Jésus les avait annoncés (Mt 24 et Luc 21).

La dernière trompette de Dieu sera sa voix puissante pour réveiller les morts en Christ (16) accompagnée des acclamations des êtres célestes (Ap 11.15-19) . Les croyants, vivant à la dernière génération (Paul croyait en faire partie, et tout croyant doit le croire pour stimuler sa vigilance, sa patience et son esprit de prière), seront régénérés dans leur être tout entier, revêtiront l’immortalité (1 Co 15.52-54), et pourront alors accompagner les ressuscités dans une sorte d’ascension dans les airs : cette image reprend le récit de l’ascension de Jésus (Ac 1.9), pour symboliser le passage de notre économie terrestre imparfaite et pécheresse à l’économie supérieure du monde invisible et parfait de Dieu, où nous serons éternellement unis au Seigneur (17c). (Illustration : Les 7 trompettes de l’Apocalypse, 20è)6c0296cac087546b15976829a4833999.jpg

Paul ne localise pas physiquement cette vie éternelle. Il insiste seulement sur le fait qu’elle est comblée par la présence du Seigneur qui élimine toute souffrance et toute faiblesse (Ph 3.21 ; Ap 21.3-4).

Paul veut consoler les chrétiens de Thessalonique (18) avec cette pensée que nul ne sera défavorisé, ni par une mort prématurée, ni par un prolongement de vie. Dieu accueillera dans son royaume éternel les uns et les autres également et au même moment.

Paul ne parle pas ici de la résurrection des impies pour connaître leur jugement (= le sort éternel qu’ils se sont choisi de leur vivant : Jn 3.18-21) et la seconde mort (Dn 12.2 ; Ap 20.5 ; Jn 5.29), car ce n’était point la préoccupation des Thessaloniciens. L’apôtre Jean en rapporte la vision dans Apocalypse 20.11-15, et la situe à la fin des mille ans (Ap 20.5).

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-          La Parole de Dieu concernant l’état des morts et leur résurrection est-elle suffisamment connue de moi pour m’apporter, à moi et aux autres, consolation et espérance au moment d’un deuil ?

-          Comment attendons-nous le retour du Christ : avec indifférence, incrédulité, crainte, espérance et impatience, joie, activité ou paresse ? Comment ma vie en est-elle influencée, socialement, familialement et ecclésialement ?

-          Pourquoi ce message d’espérance n’est-il pas plus d’actualité dans nos églises, alors que les scientifiques et les penseurs avertissent le monde d’une catastrophe imminente pour la terre ? Qu’est-ce qui l’occulte dans nos esprits et nos pratiques ? Comment le remettre à l’honneur dans nos liturgies et nos prédications  pour le bien de tous, sans tomber dans le catastrophisme ambiant, ni l’enseignement de la peur ?

13.06.2008

Etude n°12 : Son ministère sacerdotal (21-06-08)

Etude n°12  : Un ministère sacerdotal efficace   (21-06-08)

Hébreux 9.11-28.

Ce texte, étant un des plus difficiles du Nouveau Testament pour les croyants du 21ème siècle, nécessite une traduction la plus fidèle possible au texte original, et quelques éléments d’exégèse, pour éviter les contresens que les traducteurs ont introduit dans le texte. Pour cette raison, nous étudions le texte dans la Bible TOB , qui est la plus respectueuse de l’original grec de cet écrit adressé aux Hébreux. Pour l’exégèse et la compréhension du texte, nous nous sommes inspirés de l’étude de Norbert Hugedé : Le sacerdoce du Fils (Ed Fischbacher-Paris-1983), et de réflexions partagées avec Philippe Augendre.

Observons

Le contextedfdd2759f3cf312dc2a76df1fe21f6a3.jpg

Le texte termine la partie centrale du livre et en même temps le second exposé sur le sacerdoce de Christ. Cette partie centrale (ch 8 et 9) constitue une critique détaillée du culte lévitique de la première alliance, pour en démontrer l’imperfection par rapport au ministère du Christ dans la seconde alliance.

Le texte est immédiatement précédé (9.1-10) de la description du « tabernacle » ou « tente » terrestre (v 8), symbole pour « un temps de relèvement ». Le verset 8 oppose cette première tente au sanctuaire ou « Saint des saints », dont elle n’ouvrait pas encore l’accès.

Le texte est suivi de la démonstration de l’efficacité du sacrifice unique et du ministère de grand-prêtre de Christ pour ôter le péché (ch 10).

Le texte

Il est fondé sur la même opposition que précédemment, entre les rites de la première alliance et le ministère sacerdotal de Christ. Vous pouvez en faire dresser le tableau comparatif au cours de l’observation en groupe.

Les mots-outils de liaison (v 11 : mais ; v 15 : voilà pourquoi ; v 16 : car ; v 18 : aussi ; v 23 : donc ; v 24 : en effet ; v 26 : car ; v 28 : ainsi) font de ce texte une argumentation logique qui est du style de la prédication ou du traité de théologie, plus que d’une lettre. Ils permettent aussi de structurer l’argumentation :

A- v 11-14 : argument principal : Christ souverain sacrificateur de la nouvelle alliance :

a) v 11-12 : le moyen d’accès au sanctuaire du grand-prêtre Jésus :  « son propre sang »

b) v 13-14 : l’efficacité spirituelle de l’offrande du sang de Christ : la purification de la conscience des croyants.

B- v 15-22 : Christ médiateur d’une nouvelle alliance

a) v 15 : la mort du Christ pour le péché garantit l’héritage promis aux appelés.

b) v 16-17 : Comparaison avec le droit coutumier : la mort du testateur ouvre l’héritage ;

c) v 18-22 : Comparaison avec l’histoire d’Israël : le sang des victimes sacrifiées scelle l’alliance avec Dieu et purifie rituellement du péché.

A’- v 23-28 : Reprise de l’argument principal en conclusion des ch 8 et 9 : Supériorité du sacerdoce du Christ pour le salut :

a) v 23 : Supériorité des réalités célestes sur les terrestres.

b) v 24-25 : supériorité du sacerdoce de Christ à cause de son entrée dans le ciel même et de sa présence devant Dieu (v 24), à cause de son sacrifice unique et de l’offrande de son propre sang, de sa propre vie (v 25).

c) v 26-28 : But du sacerdoce de Christ : abolir le péché par son sacrifice unique (v 26) apparaître une seconde fois pour le salut définitif (27-28).

Remarquer :

1- l’abondance des répétitions du mot « sang » (10 fois) fait de ce mot le thème principal de l’argumentation.

2- l’imprécision des traductions sur les mots « tente, sanctuaire, lieux saints » (employés pour les deux termes grecs « skénè » = tente ou corps, et « ta hagia » = lieux saints), rend le texte souvent difficile à comprendre.

3- l’ambivalence de signification de certains mots : skénè (déjà évoqué), diathéké (= alliance et testament v 15), est intraduisible en français. Elle était immédiatement compréhensible aux destinataires de la lettre, et elle est utilisée par l’auteur librement. Elle doit donc être présente à l’esprit par une double traduction pour comprendre l’évolution de l’argumentation.

4- l’ajout dans certaines versions du mot « d’homme » à l’expression « fabriqué de la main », au lieu de garder l’expression originale qui a pour sens « non fabriqué, non matériel » v 11 et 24, crée une opposition qui n’existe pas dans le texte entre ce qui est fait de la main de l’homme, et ce qui est fait de la main de Dieu, qui peuvent être tous deux matériels, alors que le texte dit simplement « non fabriqué, immatériel ».

5- Il existe au v 24 une confusion entre le mot « image, copie, préfiguration, imitation » (= type) et le mot « modèle » (Littéralement = antitype). Il y a aussi équivoque sur le mot traduit par « véritable » (v 24). Ce « véritable» sanctuaire  est ici mis en opposition avec les réalités célestes ou immatérielles du v 23 ; le mot « véritable » prend alors le sens de « réel, visible, historique, qui a réellement existé sur cette terre ». La mauvaise traduction du v 24 crée un vrai non-sens, parce qu’on ne sait plus de quel sanctuaire il s’agit, le visible, matériel et terrestre (v 1) ou l’invisible, non fabriqué, céleste ou spirituel (v 11, 24).

6- la méconnaissance du sens de l’opposition « céleste et terrestre » qu’il ne faut pas entendre comme une opposition géographique ou « topographique », mais comme une opposition entre les notions de « spirituel, immatériel*, non fabriqué, abstrait », et « matériel, fabriqué, concret ».

*Lorsqu’on parle de « non matériel », il ne faut pas traduire comme beaucoup de personnes le font inconsciemment et faussement, en « irréel, inexistant, imaginaire, ou même symbolique » (ce qui amène au rejet de ce qui va suivre !). Dans la Bible où Dieu Esprit est la Réalité suprême de référence (2 CO 3.17),  « immatériel » ne veut pas dire « irréel » mais « spirituel ». Il s’ensuit que « spirituel » ou « qui  n’est pas de cette création »  loin d’être une déficience d’être et de réalité est,  au contraire l’affirmation d’une réalité, invisible et difficile à cerner peut-être, mais incontestablement  supérieure.   

Comprendre

Le contexte

Le rôle d’un sacrificateur était essentiellement de permettre le rétablissement de la relation rompue entre Dieu et l’homme à cause du péché. Pour cela, Dieu avait donné le culte lévitique et en particulier le jour des Expiations, comme une image rudimentaire d’une autre réalité spirituelle meilleure (8.4-6).

Une fois par an seulement, le jour des Expiations, le grand-prêtre entrait dans la seconde partie du temple terrestre avec le sang pur (= sans l’imposition des mains qui identifie le pécheur à la victime) des victimes expiatoires (celles-ci préfiguraient ce jour-là le Christ, victime innocente) ; il le répandait* sur le couvercle de l’arche contenant la loi qui était placée au-delà du voile dans le lieu Très Saint (9.1-7).

Le verset 8.10 introduit l’idée que ce rituel n’était qu’un symbole, une image concrète, incapable de donner le pardon de la conscience et de rétablir la relation véritable avec Dieu, de donner l’accès direct au « sanctuaire céleste, aux Lieux Saints » (ta hagia), à la présence de Dieu, tant que demeurait sa préfiguration par le sanctuaire terrestre, appelé ici la première tente.

De la description topographique des lieux (9.1-7), l’auteur est passé insensiblement avec le v 8, à une interprétation chronologique sur les étapes de la rencontre avec Dieu : le sanctuaire terrestre avec ses deux parties et ses deux rites (quotidien dans le lieu Saint, annuel dans le lieu Très Saint), est devenu le symbole de l’histoire du salut avec ses deux alliances.

* Selon les spécialistes** le mot moment crucial du pardon n’est pas dans l’immolation  (qui ne serait qu’une nécessité  préparatoire)  mais dans le fait de « répandre » et d’« asperger » (cf le geste avec l’hysope). Les deux expressions sont souvent synonymes ou employées parallèlement.

**E. Jacob (1955), fait remarquer la parenté sémantique de pardonner (salah) et d’asperger. Plus récent  Jean-Yves Thériault in Nouv Voc Bibliq (Bayard 2004)  écrit : « Précisons le rôle du sang. Dans la tradition biblique, ce n’est pas l’immolation de la victime mais l’effusion de sang qui est le point culminant des rites qui l’utilisent », p. 286, art. apolutrôsis.

 

Le texte

A- Première partie (v 11-14) C’est le Saint-Esprit, donc la révélation chrétienne qui explique ce qu’est le « sanctuaire ». Avant Jésus, personne n’avait pu avoir réellement accès aux véritables Lieux Saints, que le verset 24 précise être « le ciel même », lieu de la présence de Dieu. Ces Lieux Saints ou « biens à venir » pour tous les croyants de l’ancienne comme de la nouvelle alliance, sont le but de tous les rites de l’ancien sacerdoce. f549098bd0a6b48d96cb0cc9aa392204.jpg

Seul Christ a été qualifié comme vrai prêtre de ces biens, comme médiateur entre l’homme et Dieu (v 15 ; 1 Tim 2.5), comme chemin d’accès du pécheur à la présence de Dieu, pour deux causes :

v 11-12 : la version de la TOB colle au texte original et indique ces deux causes du libre accès de Christ aux Lieux Saints, sanctuaire (v 12) ou ciel (v 24) : il est entré

1- « grâce à, en fonction de » (= dia + génitif) la tente (skénè) plus grande et plus parfaite, qui n’est pas œuvre des mains, qui n’est pas de cette création, non matérielle »,

2- « grâce à l’offrande de son propre sang »

Qu’est cette « tente plus grande et plus parfaite » non matérielle ? L’auteur joue sur le double sens du mot : « tente » pour faire allusion au sanctuaire de Moïse, et « corps » pour faire allusion à la Passion du Christ et à la Cène (Luc 22.19-20). Désormais, pour accéder à la présence de Dieu, on ne passe plus par une tente matérielle comme autrefois, mais au travers du corps de Christ incarné et ressuscité (Marc 14.58), « voie nouvelle et vivante » (Hé.10.20). En offrant spontanément son corps et son sang, le Christ, à la fois souverain sacrificateur et sacrifice pour l’absolution du péché, offre à tous les croyants l’accès au pardon et à la grâce de Dieu. Il réalise ainsi spirituellement ce que l’ancienne alliance préfigurait matériellement dans le rituel lévitique de la « purification du sanctuaire ».

En poussant la métaphore plus loin, le « corps (skénè) qui n’est pas fabriqué, qui n’est pas matériel, qui n’est pas de cette création » (v 11) est représenté par l’ensemble des croyants nés de nouveau spirituellement, qui participent à la communion au corps et au sang de Christ, qui s’identifient à sa mort et à sa résurrection (1 Co 10.16-17 ; 12.12-27 ; Ep 2.6, 15, 18).  Au sanctuaire visible et matériel de l’ancienne alliance qui n’avait pas permis une véritable approche de Dieu et même l’avait empêchée par sa seule présence (9.8), s’oppose dans la nouvelle alliance, le corps de Christ, qu’est l’Eglise (Ep 4.12), « le sanctuaire » spirituel, « la tente plus grande et plus parfaite », car elle n’est pas réservée aux seuls prêtres mais à tous les hommes, et qu’elle fait de chaque homme un homme transformé à l’image de Christ, entièrement consacré à Dieu et purifié dans sa conscience des oeuvres du péché privées de vie et mortelles (v 14).

B- La partie centrale de notre texte (v 15-22), un peu plus accessible, centre l’argumentation sur le pardon et la vie (appelés aussi « héritage promis » v 15) obtenus par l’offrande du sang. L’auteur joue sur les deux sens du mot « diathéké » : « alliance » ou « testament », dont il faut conserver la double traduction pour suivre le raisonnement. Comme la mort seule du testateur permet l’héritage, la mort de Christ donne accès à la vie éternelle, et scelle « l’alliance » de Dieu avec le croyant.

Le rappel de l’inauguration de la première alliance par Moïse avec le sang des victimes, permet à l’auteur de rappeler les paroles de Christ, inaugurant la seconde alliance à la Cène « Ceci est mon corps...ceci est le sang de la nouvelle alliance ».

Comme le corps et le sang des victimes portaient virtuellement, symboliquement la nature pécheresse du croyant, et comme la mort de la victime faisait mourir cette nature pour permettre au croyant une vie nouvelle, consacrée à Dieu (le sang, = la vie, était porté dans le lieu saint), le corps et le sang de Christ, offerts et sacrifiés pour le pardon du péché, libèrent le croyant de ce péché et le purifient pour une vie nouvelle au service de Dieu.

A’- (v 23-28) La conclusion de notre passage et des ch 8 et 9, réaffirme les arguments précédents dans une formulation plus concise. Elle introduit aussi sur le thème de l’espérance chrétienne (v 28b) le développement suivant qui concerne les conséquences du sacerdoce de Christ pour l’Eglise.

V 23 : « ce qui est dans les cieux, les réalités célestes » doivent s’entendre par opposition aux « images », aux représentations terrestres, dans le sens de « réalités spirituelles » de l’histoire du salut.

V 24 : il est nécessaire de revenir à une traduction au plus près du texte grec pour éviter toute confusion. Voici ce que ce verset donne : « Le Christ n’est pas entré dans des Lieux Saints (ta hagia) faits de main (= matériels) qui auraient servi de modèle (antitype) aux véritables, aux visibles et réels dans ce monde, (= le sanctuaire  qui a existé dans la réalité historique, celui qu’a fait construire Moïse), mais il est entré dans « le ciel même  (= dans le monde spirituel du Dieu invisible), afin de paraître maintenant devant la face de Dieu pour nous ».

Puisque l’ancienne alliance a disparu comme étant «l’image provisoire », le « type » de la nouvelle alliance (qui en est « l’antitype, le modèle »), il est incongru d’imaginer que Christ officie à la manière concrète des anciens sacrificateurs, dans un sanctuaire matériel, quelque part au ciel. Notre texte est très clair à ce sujet. On ne peut imaginer le monde spirituel de Dieu sur le modèle de notre monde matériel. Ce serait inverser les choses, et se faire un Dieu à notre image.

C’est le ciel tout entier, lieu spirituel de la présence divine qui est appelé « Lieux Saints » « réalités ou sanctuaire célestes » et qui a servi de modèle au sanctuaire terrestre et à ses rites. L’ancienne économie sacerdotale, et en particulier le Jour des Expiations, préfiguraient toute l’économie chrétienne (= le « plan du salut ») : mort, résurrection, médiation de Christ, purification des péchés, et même le retour glorieux de Christ à la fin des temps, pour accorder aux croyants l’héritage de la vie éternelle (v 25-28).

Ce dernier point, objet de l’espérance chrétienne était préfiguré par la réapparition publique du souverain sacrificateur hors du temple. C’était la preuve visible que tout le peuple était pardonné. Dans notre texte, à la fois la résurrection de Christ et sa parousie sont la preuve du salut promis que les croyants attendent avec ardeur, après le jugement et l’exclusion du péché décrits dans Ap 4 à 19, et préfigurés au jour des Expiations par la comparution du souverain sacrificateur, représentant du peuple, devant l’arche de l’alliance, et par la purification du sanctuaire (Lév 16.16-20).

C- Essayons de transposer ces images pour comprendre en quoi consiste aujourd’hui le ministère sacerdotal de Christ, depuis son Ascension475216bcd8f3466d5142c8ff084083c7.jpg

a) Dans une première phase de ce ministère, les sacrificateurs portaient chaque jour dans le lieu saint, devant le voile du lieu très saint, le sang des victimes. Ce sang représentait la vie des croyants : pardonnés grâce au sacrifice de leur nature pécheresse symbolisé par le sacrifice de l’animal, ils se mettaient au service de Dieu et sous sa direction pour recevoir de lui la lumière du St Esprit (chandelier) et la nourriture de sa Parole (pains de proposition).

Ainsi, Jésus sacrificateur et victime à la fois, fait bénéficier le croyant qui s’en remet et s’identifie à lui, du sacrifice « offert une fois pour toutes sur la croix » (v 26-28) ; par son pardon, il le purifie intérieurement du péché (v14), le nourrit de sa Parole et l’éclaire  de son Esprit, afin qu’il serve le Dieu vivant (v 14b). Comme le sacrificateur répandait le parfum sur l’autel d’or du lieu saint pour faire écran entre la sainteté de Dieu et le péché de l’homme, Christ comme « médiateur »(v 15) intercède pour le croyant, c'est-à-dire qu’il s’interpose devant Dieu (v 24) entre le croyant et l’Adversaire qui l’accuse, en présentant son sacrifice pour le justifier, et en lui accordant son Esprit pour le sanctifier.

C’est l’œuvre quotidienne de Christ en faveur de ses enfants.

b) Maintenant, il existe une seconde phase du ministère sacerdotal, c’est l’œuvre accomplie par le grand sacrificateur au Jour des Expiations une seule fois dans l’année, dans le lieu très saint et dans l’ensemble du sanctuaire. Ce jour symbolisait le jugement du peuple de Dieu à la fin des temps. Il faut entendre dans le mot « jugement » le sens biblique de « Révélation et libération des enfants de Dieu » (Rm  8.19, 21b). La détermination ou la reconnaissance des « fils de Dieu » était symbolisée par l’aspersion sur le propitiatoire et sur tout le mobilier du lieu saint du sang pur du bouc pour l’Éternel, sacrifié pour tout le peuple rassemblé devant le sanctuaire (Lév 16.15).

Ainsi Jésus, à la fois grand sacrificateur et bouc pour l’Éternel, sacrifié pour tout le peuple qui se réclame de lui, rassemble son peuple pendant ce temps que nous appelons « jugement préliminaire » à son retour, (et que nous croyons commencé depuis le milieu du 19ème siècle (1844) d’après les prophéties chronologiques de Daniel 9) ; non seulement il le rassemble, mais il le purifie et l’oint de son Esprit pour le sceller pour la rédemption éternelle, c'est-à-dire qu’il le déclare « juste », parce qu’il a cru en lui (Ep 1.13). Ap 6.11 nous révèle que cette œuvre durera jusqu’à ce que soit complet le nombre des membres de son Royaume.

L’œuvre spirituelle de « purification ou de justification du sanctuaire » (Da 8.14) a de plus une autre conséquence qui touche non plus les croyants, mais Dieu lui-même : Selon Romains 3.26, en justifiant par grâce ceux qui ont foi en Jésus,  Dieu peut être reconnu juste ! Il est blanchi des accusations que Satan avait portées contre lui, mettant en doute son amour inconditionnel pour sa créature humaine. Nous trouvons dans Apocalypse 20.11 l’image de la justification de Dieu à la fin du « jugement »  dans la seule mention qui existe dans la Bible de son « trône blanc » ! Cette reconnaissance de Dieu comme juste par toute la création était préfigurée dans l’Ancien Testament dans la conclusion du Jugement de Salomon (1 Rois 3.28) où tout le peuple reconnaît en son roi la sagesse de Dieu. Elle était aussi annoncée dans la vision de Daniel 7.14, où le Fils de l’Homme reçoit la royauté qui ne sera jamais détruite.

Cette œuvre de « jugement » et de « justification » de sa maison (1 Pi 4.17) et par là même de son amour, constitue le ministère sacerdotal actuel de Christ notre souverain sacrificateur.

c) La dernière phase de son ministère sacerdotal, (son retour et l’élimination définitive de l’auteur du mal) était symbolisée par la sortie du sanctuaire du souverain sacrificateur pour envoyer au désert le bouc émissaire*, porteur du principe du péché et de ses conséquences universelles, par imposition des mains. Nous verrons cette œuvre plus en détail la semaine prochaine. 

* Lv 16.21-22

Questions pour une application dans la vie chrétienne

- Que représente pour moi le sacerdoce de Christ depuis son ascension ? L’assurance que Christ ressuscité officie comme grand-prêtre devant Dieu, change-t-elle quelque chose à ma vie quotidienne ? M’aide-t-elle à mieux vivre dans la foi et l’espérance de son retour ? En quoi cela se manifeste-t-il concrètement ?

- Comment la compréhension du ministère sacerdotal de Christ en notre faveur (intercession, sceau de l’Esprit, pardon et sanctification) nous permet-elle de vivre comme membres actifs et responsables de notre vie spirituelle,  dans le sanctuaire spirituel de Christ qu’est son Eglise ?

- Dans quelle mesure l’Eglise, corps et sanctuaire de Christ, m’offre-t-elle la nourriture de la Parole de Dieu , la lumière de l’Esprit-Saint et l'intercession de mes frères (= oeuvre dans le Lieu-Saint) ? Comment rend-elle sensible l'oeuvre de pardon accomplie par Christ (= Lieu Très-Saint) ? Comment y rendre plus efficace ces aspects du ministère de Christ en notre faveur ?

- Comment se traduit dans la pratique, ma foi en l’œuvre de libération du mal, accomplie pour moi actuellement par Christ et symbolisée autrefois par l’œuvre du souverain sacrificateur dans le Lieu Très Saint une fois par an ? 

06.06.2008

Etude n°11 : Puissance de sa résurrection (14-06-08)

Etude n° 11 : La puissance de sa résurrection (14-06-08)

l Corinthiens 15   1d60890c1699149080d88d909d44a4de.jpg

OBSERVONS

(Retable d’Isenheim, Colmar, 16è s)

Texte en 6 parties:

1-v 1-11 : Christ est-il ressuscité?  Oui, selon les Ecritures et les témoins.

2-v 12-19: S’il n’y a pas de résurrection des morts? Sept conséquences

3- v 20-28 : Jésus-Christ, prémices de la résurrection des morts

4- v 29-34 : Pourquoi se faire baptiser, ou souffrir, si la résurrection n’existe pas?

5- v 35-49 : La résurrection des corps

6- v 50-58 : La vie éternelle et ses conséquences ici-bas pour le chrétien.

Répétitions

Vain : v 2, 10, 14 (2 fois), 17, 58, versets auxquels il faut ajouter l’idée de vanité contenue dans les versets 29-32 = 7 fois I

Résurrection, ressusciter: v 4, 12 (2x), 13 (2x), 14, 15 (3x), 16 (2x), 17, 20, 21, 29, 32, 35(2x), 42 (2x), 43 (2x), 44, 52 = 24 fois I

Oppositions : céleste /terrestre : v 40, 47-49 (3x); spirituel I naturel v 44 (2x), 45, 46

Corruptible  / incorruptible : v 42, 50,53, 54.

- Les 7 conséquences de la négation de la résurrection des morts:

1- Christ n’est pas ressuscité

2- La prédication des apôtres est vaine

3- La foi des chrétiens est vaine

4- Les apôtres sont des faux témoins à l’égard de Dieu

5- Les chrétiens sont encore dans leurs péchés

6- Ceux qui sont morts en Christ sont perdus

7- Sans espérance hors de cette terre, les chrétiens sont les plus malheureux des hommes.

Qu’apprenons-nous sur Christ?

v 20 : Il est ressuscité

Il  est les prémices de ceux qui sont morts.

v 21 : Par lui qui était homme, est venue la résurrection des morts

v 25 : Il règne jusqu’à ce qu’il ait mis ses ennemis sous ses pieds

v 27 : Dieu lui a soumis toutes choses

v 45 : Dernier Adam, il est devenu esprit vivifiant

v 46-48 : Il vient du ciel, il est spirituel, céleste.

v 57 : Dieu donne par lui la victoire aux croyants.

v 38-41: Dieu donne à chacun un corps selon son espèce (humaine, animale, céleste, astrale) et selon sa volonté.

Qu’apprenons-nous sur l’homme?

v 17 :      Sans la résurrection il est encore dans ses péchés

v 19 :      Sans espérance eschatologique, il est le plus malheureux

v 22 :      tous meurent en Adam   

 v 29-32 : S’il n’y a pas de résurrection, son baptême ou ses souffrances sont vains, n’ont pas de sens et aboutissent au néant.

v 33-34 : Corrompu et pécheur parce qu’il n’a pas la connaissance de Dieu.

v 36-38 : il est semblable à un grain semé qui meurt et renaît différent selon sa semence.

v 42-49: Corruptible, méprisable, faible, corps naturel ou psychique ou animal, être vivant, terrestre, porteur de l’image du terrestre

v 50-54  : Chair et sang, corruptible, ne peut hériter du Royaume, corps mortel sous la puissance du péché révélé par la loi.

v 57-58  : Mais rendu vainqueur par JC, peut rester ferme, inébranlable dans la foi, débordant de zèle pour le Seigneur, assuré que son travail pour Dieu n’est pas vain.

Qu’apprenons-nous sur l’avenir?

v 22-23  : Tous revivront en Christ, chacun en son rang, d’abord Christ, puis les siens, à son avènement

v 24-28  : Viendra alors la fin de notre monde : soumission des ennemis à Christ, disparition de toutes puissances, destruction de la mort, remise à Dieu du Royaume par le Fils, soumission du Fils au Père, Dieu tout en tous.

v 42-49  : Résurrection avec un corps incorruptible, glorieux, plein de force, spirituel, céleste, à l’image du céleste = animé par l’Esprit.

v 50-56: Transformation immédiate des vivants à la résurrection des morts, au son de la dernière trompette avec un corps incorruptible et immortel. Victoire sur la mort et le péché qui la provoque et que révèle la loi,

COMPRENONS

La composition: f639bcf5fee058a44fb7a2cd7fe2ef48.jpg

La répétition (7 fois) du mot vain du début à la fin du chapitre donne la clé du raisonnement.

A) La pensée de Paul procède par associations d’idées beaucoup plus souvent que dans notre logique de pensée, Nous en avons plusieurs exemples dans ce chapitre:

1- v 10 : Paul fait une digression sur sa propre personne, pour montrer que «la grâce n’a pas été vaine » envers lui,

2- v 29-34 : ces versets seraient logiquement placés après le verset 19, car ils poursuivent la démonstration de la vanité de la foi et de la vie du chrétien si la résurrection des morts n’existe pas. Le v 29 peut être traduit autrement pour comprendre le raisonnement de l’auteur : Que feraient ceux qui se font baptiser au-dessus ou à cause des morts (litt.= des cadavres) si les morts ne ressuscitent absolument pas ! Pourquoi se font-ils baptiser pour eux ?

Paul fait allusion sans doute à une coutume des Corinthiens, inconnue ailleurs, qui se rapproche des sacrifices pour le péché et des prières que Judas Maccabée offrit pour  ses soldats morts, dans l’espoir de leur résurrection (2 Macc 12.43 ; Note de la NBS ) Si les morts ne ressuscitent pas, ces sacrifices, ces prières, ces baptêmes sont vains !

Sur ce seul verset, l’Eglise des saints des derniers jours (les Mormons) a fondé sa doctrine du baptême pour les morts, pour les retrouver à la résurrection. Rien dans la Bible ne peut autoriser une telle doctrine de substitution d’hommes pour le salut d’autres hommes, à fortiori de vivants pour des morts ; voir les textes d’Ez 18.19-20, 30).

Paul continue (v 30-34): Pourquoi souffrons-nous chaque jour pour notre foi ? S’il n’y a pas de résurrection, c’est pour rien, c’est en vain ! Autant vivre comme ceux qui n’ont pas d’espérance.  Paul appelle les croyants à s’écarter de telles conceptions de la vie  et d’une telle méconnaissance  de la pensée de Dieu (v 34).

3 - v 35-49 : après la parenthèse des deux derniers arguments contre la négation de la résurrection, Paul reprend le raisonnement. Mais là encore une digression vient l’interrompre :

Au lieu de poursuivre la comparaison avec le grain semé qui meurt et renaît sous une autre forme, Paul, à partir de l’idée de la différence d’aspect entre le grain et l’épi, développe l’idée de la diversité des corps créés par Dieu, que l’on peut constater dans la nature et  même dans l’univers! Sans doute veut-il démontrer que Dieu a la puissance de donner au mort un corps différent de celui qu’il avait sur terre, lorsqu’il le ressuscitera, comme il a eu la puissance de donner à chaque espèce un corps différent. Nous avons ici un argument qui contredit l’idée de l’évolution des espèces

- v 56 : autre association d’idées : la puissance du péché, c’est la loi ! Que vient faire cette allusion à la loi ? Il faut se reporter à Rm 7.7 « La loi est-elle péché ? Certes non, mais je n’ai connu le péché que par la loi. » La loi révèle la puissance du péché qui conduit à la mort.

B- v 20-28 Paul n’a pas voulu rester sur le verset tragique (19) du malheur du chrétien si la résurrection n’existe pas, et il a aussitôt affirmé la résurrection du Christ comme modèle et prémices de celles des morts, comme espérance pour tous d’une vie éternelle.

Les versets 20-28 constituent le résumé de la vision eschatologique de Paul. Il détaille cette vision dans les deux dernières parties du chapitre. On peut mettre cette vision en parallèle entre autres avec 1Th 4.13-17, Phi 3.20-21, Rm 5.12, 17, Ap 11,17 ; 19.6 ; 21.3.

1- Christ prémices des ressuscités3db46cc84142afd943abb83fe01f6f75.jpg

Paul a établi la réalité de la résurrection de Christ, en la fondant sur les Ecritures et sur le témoignage de ceux qui l’ont vue. Il a aussi démontré l’absurdité de la négation de la résurrection des morts. Il pose alors comme admise la résurrection de Christ et démontre que Christ, étant homme, a donné sa vie pour délivrer les hommes du péché, pour qu’ils soient pardonnés. Dieu en le ressuscitant l’établit comme Seigneur et principe de résurrection pour ceux qui lui appartiennent. Tout ce que Christ est devenu par sa résurrection sert de modèle à ce que deviendront les siens ressuscités ou transformés.

Si l’homme actuel, comme Adam, est un être vivant, de nature terrestre, soumis à son psychisme (chair et sang = sens, émotions, sentiments et passions), voué à la corruption et à la mort, l’homme ressuscité, à l’image de Jésus Christ, sera un être de nature spirituelle, c’est-à-dire soumis entièrement à l’Esprit, avec un corps vivifié par l’Esprit, incorruptible, immortel. Le contraste entre Adam, êre vivant ou âme vivante et Jésus, second Adam, esprit vivifiant, met en valeur la différence de nature entre les deux. L’un reçoit la vie, reste dominé par son psychisme, est soumis à la mort tant qu’il est sur terre, l’autre est dominé par l’Esprit, a la vie en lui-même et peut la transmettre à tous ceux qui la désirent.

2- L’opposition terrestre / céleste n’est pas à considérer sur le plan de la localisation topographique, mais sur le plan de la différenciation de nature. L’économie de la vie éternelle sera totalement différente de l’économie terrestre. Paul n’en révèle pas tous les détails et s’en réfère à ce que le Christ a lui-même révélé par Sa propre résurrection.

3- Toute la 5ème partie (v 35-49) répond à l’interrogation sur la résurrection que se posaient les Grecs, et nous à leur suite: leur philosophie dualiste considérait l’homme comme composé de deux entités, un esprit immortel et un corps mortel. Paul insiste sur l’unité fondamentale de l’homme, qui est entièrement mortel. Lorsqu’il parle ici de corps, il ne distingue pas ses différents éléments (matérialité, psychisme, spiritualité), mais il entend son être tout entier. De même pour le corps spirituel, il s’agit de tout l’être nouveau, capable de vivre dans une économie éternelle, sans vieillissement, sans souffrance et sans mort, parce qu’il est entièrement soumis à la volonté de l’Esprit, ce que suggèrent les images de l’arbre de vie et du fleuve de vie de la Nouvelle Jérusalem (Ap 22.1-2).

La chronologie des événements de la fin n’est apparemment pas respectée, lorsqu’on compare les v 22-28 aux textes parallèles de Paul et de Jean.

Paul insiste ici sur le pouvoir du Christ : il règne actuellement (25,27) dans le but de mettre ses ennemis sous ses pieds, c’est-à-dire de les amener à le reconnaître comme Roi, soit par la conversion de leur cœur et leur obéissance volontaire tant que dure le temps de grâce, soit par l’évidence de ses jugements et leur soumission forcée au moment de son retour (v 24b-26 ; Ap15-22).

A son retour, les morts en Christ ressuscités et les élus vivants transformés constituent le royaume de Dieu que Christ peut remettre à Dieu (v 24). Le ministère de Christ se termine alors, puisque Dieu est tout en tous, il n’y a plus de raison de différencier les trois personnes de la divinité, leurs rôles respectifs n’ayant plus lieu d’être.

La dernière trompette représente dans le langage biblique le cri de la victoire finale et l’appel au rassemblement du peuple. Les trompettes signalaient la victoire dans un combat, et servaient aussi à appeler l’assemblée du peuple lors des grandes fêtes religieuses. Ici la victoire sur la mort que représente la résurrection des morts permet le rassemblement de tout le peuple des élus, morts et vivants, autour du Seigneur qui revient.

L’assurance que donne l’espérance de la résurrection permet à Paul de rendre grâces à Dieu pour la victoire que Christ donne dès aujourd’hui sur toutes les forces de destruction et de mal. La vie éternelle commence dans le cœur du croyant et lui permet de rester ferme dans la foi, et d’œuvrer avec zèle pour le Seigneur (v 58, mot à mot: d’être débordant dans l’oeuvre du Seigneur).

Questions pour une application dans la vie chrétienne

- Quelle place tient la résurrection de Jésus dans ma foi et ma vie : m’aide-t-elle à remporter la victoire sur les tentations, et sur le découragement ? Me console-t-elle dans les souffrances et le deuil en m’anesthésiant par une projection dans un avenir céleste meilleur, ou bien en me permettant de vivre sur terre comme témoin de la puissance de vie de mon Sauveur?

- Suis-je un être vivant, comme Adam, naturel, soumis à mes sens et mes passions, ou ai-je commencé à être un être spirituel, comme le second Adam Christ, soumis à l’Esprit de Dieu qui le vivifie ? Comment cela se manifeste-t-il dans ma vie?

-  L’Eglise vit-elle comme le peuple des ressuscités en esprit, ou comme une assemblée d’êtres terrestres ? Quelle est ma part dans cette identité ? Comment contribuer à rendre mon église plus vivante par l’Esprit ?

- Quand et comment ai-je pu expérimenter la puissance de résurrection de Christ dans ma vie ?

30.05.2008

Etude n°10 Sens de sa mort (7-06-08)

Etude n°10 : Le sens de sa mort  (7-06-08)

 Jean 3,11-21

Observons

Le contexte

L’entretien avec Nicodème que Jean a placé au début de son évangile, suit les Noces de Cana et l’expulsion des vendeurs du temple (ch 2) Cet entretien permet à Jean de résumer les importantes révélations de Jésus au sujet de sa personne et de sa mission.

Après avoir révélé à Nicodème la nécessité d’une nouvelle naissance pour entrer dans son royaume spirituel, Jésus s’étonne de l’incompréhension de ce docteur de la loi (3.1-10). (Illustration : Heures d’Henry II, 16è le serpent d'airain)14218576ebf0e2a289b72d51ca639f83.jpg

Le texte constitue la seconde partie de l’entretien  et a pour sujet la mission du Fils :

a)     11-13 : le Fils de l’Homme seul habilité à témoigner des choses célestes

b)     14-16 : le Fils envoyé du Père par amour, seul source de salut du monde

c)      17-18 : le Fils venu dans le monde non pour juger mais pour sauver

d)     19-21 : le Fils est le critère du jugement de Dieu sur l’homme.

Le raisonnement dans chaque paragraphe est fondé sur des répétitions et des oppositions de mots et d’expressions qui déterminent le sens des propos :

a) 11-13 : témoignage rendu par « nous » et non reçu par « vous » 

 Choses terrestres ‡ choses célestes

Personne n’est monté au ciel ‡ Fils de l’Homme est descendu du ciel

b) 14-16 : Serpent élevé // Fils de l’homme élevé

 Fils de l’homme // Fils unique // Fils envoyé

Vie éternelle (2x) // croire en lui (2x)

c) 17-18 : juger ‡ sauver

 Ne pas croire au Fils = être jugé // croire au Fils = ne pas être jugé

d) 19-21 : lumière ‡ ténèbres

Œuvres mauvaises = haine et peur de la lumière ‡ Œuvres faites en Dieu = pratique de la vérité et venue à la lumière.

Comprenons

Le contexte

Dès la première partie de l’entretien, Jésus bouleverse toutes les idées de Nicodème : en tant que Pharisien, versé dans les Ecritures, Nicodème se préoccupait du Royaume de Dieu, et l’attendait comme un royaume terrestre, politique et national, où les bons observateurs de la Loi entreraient de droit. En lui proclamant la nécessité d’une nouvelle naissance intérieure pour y entrer, Jésus essaie de lui faire comprendre la nécessité de l’abandon de ses idées « terrestres » (v 12) trop attachées à la matérialité (voir la question du v 4), au visible ou au sensible (v 8) c'est-à-dire des idées fondées sur l’apparence des choses ou sur le « faire ». A la place, Jésus demande d’accepter d’entrer dans le domaine de l’invisible, de « l’être », de l’Esprit de Dieu, ce que Jésus appelle « les choses célestes ».

A nouveau, Nicodème s’étonne (v 9), bien que son incrédulité ironique du début (v 4) ait fait place à une curiosité disons « scientifique » : il cherche à savoir le « comment » du processus plutôt que le sens de la nouvelle naissance. Jésus répond par un autre étonnement : Nicodème, docteur de la Loi , avait toute la connaissance des Ecritures pour saisir le sens des paroles de Jésus (Ezéchiel 11.19-20 ; 36.26-27 ; Jérémie 31.31-34) !

Le texte

a)     Avant de donner à Nicodème plus de lumière sur sa personne, Jésus le reprend sévèrement sur son incrédulité et celle de ses collègues. Il ne s’agit pas de comprendre le comment des choses célestes, des réalités spirituelles, il faut surtout en recevoir par le cœur le témoignage rendu par le seul qui soit capable d’en parler, le Fils de l’Homme « qui est dans le ciel » et qui est descendu du ciel pour cela. S’il « est dans le ciel », c’est qu’il fait partie de ce monde spirituel du Dieu Invisible où personne du monde terrestre  ne peut accéder. Cette parole fait écho à celle du prologue de Jean (1.18) : Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu, le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître. ». Plus tard jésus dira aussi de lui-même : « Nul ne vient au Père que par moi », parce que « celui qui m’a vu a vu le Père, car je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jean 14.6, 9, 11).

En se nommant  « Fils de l’Homme », Jésus renvoie Nicodème à la prophétie de Daniel 7.13-14 qui annonçait la venue d’un Fils d’Homme s’approchant de l’Ancien des jours pour recevoir une royauté qui ne serait jamais détruite. Jésus fait comprendre à Nicodème que venant du ciel (= du monde invisible et spirituel de Dieu), il est ce Fils de l’Homme qui a vu les réalités spirituelles et peut en témoigner avec vérité, alors que personne sur terre n’a pu pénétrer ce monde ni en parler d’expérience.

b)     v 14 : Après avoir affirmé son identité et sa qualification de Révélateur des choses divines, Jésus en se servant à nouveau des connaissances bibliques de Nicodème, lui fait connaître le sens de sa mission symbolisée par l’épisode du serpent d’airain dans l’histoire de la sortie d’Egypte du peuple hébreu (Nombres 21.5-11). (Illustration : F.Floris 16è, le serpent d'airain)863e18278ba35b8d3357519ec3badf54.jpg

A la suite de sa révolte contre Dieu et Moïse, le peuple, s’étant ainsi privé de la protection divine, est livré aux morsures de serpents venimeux. Dans la souffrance, il se repent et crie à l’Éternel. Celui-ci ordonne à Moïse de faire une image ou « signe », une sculpture de l’auteur de leur souffrance, un serpent de bronze qu’il doit fixer sur une perche élevée à la vue de tous. Ceux qui étaient mordus, pouvaient retrouver la santé et la vie s’ils regardaient à ce serpent d’airain. Ce simple regard manifestait leur foi en la puissance de Dieu qui mettait à mort le serpent, origine de leur douleur et de leur mort.

En se comparant à ce serpent, Jésus fait entendre qu’il vient réaliser spirituellement ce symbole : les hommes se sont révoltés contre Dieu ; séparés de Dieu, ils meurent des morsures du serpent du péché. Jésus en s’identifiant à la nature humaine, en en portant le péché(Mt 8.17 ; Es 53.4 ; 2 Co 5.21) et en le faisant mourir dans son corps sur la croix(1 Pi 2.24), va permettre à l’homme qui regarde à lui avec foi de participer à sa nature divine et d’avoir la vie éternelle (v 15).

Dieu n’a pas voulu laisser sa créature humaine (= le monde) livrée à elle-même, dans la souffrance et l’éternelle séparation d’avec lui (= le péché) ; son amour l’a poussé à partager la condition humaine en la personne de son Fils, pour lui donner la possibilité de retrouver la vie éternelle en Sa présence. Le Fils est Unique (c’est la seule fois où Jésus se nomme ainsi) parce qu’il est le seul à représenter parfaitement le Père (1.14, 18), et à donner la Vie puisqu’il est la Vie (14.6).

c)      v 17-18 : Alors que les Pharisiens comme Nicodème vivaient dans la crainte du jugement de Dieu et espéraient y échapper par leur obéissance stricte à la loi, dans le mépris du monde (Luc 18.11-12), Jésus révèle que Dieu est avant toute chose Amour, et désire le salut du monde. L’amour de Dieu est si grand et si inconditionnel que le salut est offert à tous ceux qui croient, quels que soient leur origine et leurs actes passés. Le vrai jugement de Dieu se fait dès aujourd’hui sur le seul critère du rejet ou de la foi en son Fils. C’est l’homme qui décide de son sort éternel en acceptant ou en refusant, durant sa vie, l’amour de Dieu qui vient pour le sauver.

d)     V 19-21 : Fermer son cœur à cet amour manifesté par le Fils élevé sur la croix, c’est rester dans les ténèbres, séparé de Dieu, dans l’erreur et le mal, c’est refuser la vie éternelle (3.36). En refusant Jésus, l’homme se juge lui-même. En acceptant Jésus, il met au jour, « en lumière » par ses actes, son amour pour Dieu ; il vient à la vérité et à la vie dans l’amour et la présence de Dieu.cdf4a8eee91e61751017af02b4f51bcf.jpg (Illustration, Rubens et Van Dyck, 17è, le serpent d'airain)

Jésus, « antitype » du serpent d’airain, ne pouvait pas mieux faire comprendre à Nicodème et à nous-mêmes, le sens de sa mort sur la croix. Ce n’est pas une mort subie malgré soi, mais un acte d’amour pour délivrer les hommes qui croient en lui, de l’emprise du péché et de la mort sur l’humanité. Délivrer = « racheter », cette image tirée du contexte de l’époque où régnait l’esclavage, ne doit pas être poussée trop loin, pour éviter des impasses dans le raisonnement, par exemple l’idée incongrue d’un marchandage entre Dieu et Satan pour payer le prix de la rançon  de l’homme ! *

 On peut à la rigueur concevoir que selon la coutume romaine, le prix du rachat de la liberté est donné à l'esclave par son nouveau maître. Jésus donne sa vie pour  libérer  ses amis de l'esclavage du péché.

Comme le serpent d’airain élevé sur sa perche représentait à la vue des hommes, la mort du serpent qui les avait mordus, Christ élevé sur la croix représente pour les croyants, la mort de leur nature pécheresse séparée de Dieu par le péché, afin que, comme Christ est ressuscité (= s’est relevé), ils puissent vivre d’une nouvelle vie au service et dans la présence de Dieu.

* « La traduction, inspirée de la Vulgate , par «rédemption» ou «rachat» du terme apolutrôsis, peut conduire à une compréhension mercantile du salut chrétien, surtout quand elle est asso­ciée aux termes «expiation» (ilastêrion) et «rançon» (lutron) entendus souvent aujourd'hui dans un contexte d'actions criminelles. On charge ces mots d'un sens trop juridique ou trop commercial qui n'est conforme ni à leur enracinement biblique ni à leur contexte paulinien. Certes, une telle compréhension pourrait s'appuyer sur l'usage, dans le monde gréco-romain antique, de lutron pour désigner la rançon d'un prisonnier, ou le prix payé en échange de sa liberté; de lutrôsis pour la libération et la délivrance au moyen d'une somme payée. Une telle libé­ration représente une forme d'échange et renvoie à un droit au moins coutumier. Mais si Christ Jésus nous libère ainsi moyennant un « prix » versé à quelqu'un (voir 1 Co 6,10; 7,23), en « payant de sa vie » (Mt 20,28 et Mc 10,45) comme une «rançon» donnée, avec qui peut bien s'établir ce contrat ou s'opérer ce marchandage ? On voit mal un représentant du camp divin négocier avec le diable. Il ne convient nullement, selon les textes évangéliques et pauliniens, d'imaginer Dieu en partenaire d'une transaction commerciale ou en débiteur exigeant une compensation quel­conque équivalente au péché… Les croyants sont acquis en Christ, non par une rançon payée à l'ennemi, mais moyennant un sang d'alliance qui justifie, c'est-à-dire institue un rapport nouveau à Dieu, celui de filia­tion. Jésus « paie de sa vie » en posant un geste d'amour et de fidélité qui libère des entraves humaines empêchant de s'ouvrir à Dieu et de lui être « réconcilié » ou « ajusté ». Nouveau Vocabulaire biblique, sous la dir. de Jean-Pierre Prévost, Paris-Montréal, Bayard-Médiaspaul, 2004, 496 p. Article »Apolutrôsis » de Jean-Yves Thériault, bibliste et sémioticien catholique, prof. d’exégèse au département des sc. religieuses et d’éthique de l’Université du Québec à Rimousky.

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-          Comment apprendre à dépasser notre logique matérialiste, pour comprendre les réalités spirituelles révélées par Jésus ? (1 Co 2.12-14)

-          En quoi cet entretien avec Jésus a-t-il bouleversé la pensée et la vie de Nicodème ? Comment à l’exemple de Nicodème, les révélations de Jésus sur sa mission et sa vie, ont-elles bouleversé ma conception de la vie et mes pratiques religieuses ?

-          Que représente la croix pour moi ? : un horrible et injuste supplice, un échec cuisant de la vie de Jésus, un mystère insaisissable, la mort de ma nature humaine pécheresse et ma libération de l’emprise du péché sur moi, un geste d’amour de Dieu pour moi, pour me donner une vie nouvelle en Dieu ?

-          Comment ma vie témoigne-t-elle de la libération du péché que la croix de Christ m’a acquise ? Quels changements dans mon comportement et dans mes conceptions sur le salut dois-je encore opérer pour être un témoin véridique de l’amour inconditionnel de Dieu pour tous ?

                                                                                       ***

En annexe, un large extrait de l’article du pasteur Aleksandar S Santrac, paru dans le numéro d’Avril 2008 de la Revue Adventiste :

La mort du Christ :   Le sens de la crucifixion
« Pour ce qui me concerne, loin de moi la pensée de me glorifier d'autre chose que de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ par qui le monde est crucifié pour moi, comme je le suis pour le monde !» (Galates 6.14) Dans cet article, je voudrais faire de la croix du Christ quelque chose de très personnel dans notre expérience. Et, à mon avis, un des meilleurs textes bibliques en ce sens se trouve dans l'épître aux Galates (6.14). Le texte parle au moins de trois façons d'être crucifié avec le Christ.
Crucifixion dans le sens spirituel
Premièrement, c'est la crucifixion de notre ancien moi dans le sens moral ou spirituel. Lorsque l'apôtre Paul mentionne qu'il ne se glorifie que de la croix de Jésus-Christ et qu'il est crucifié sur cette croix avec le Christ, il répète l'idée trouvée dans d'autres textes de sa théologie de la croix et du salut. Dans l'épître aux Galates (2.20), il dit avoir été crucifié avec le Christ et que, s'il vit, ce n'est plus lui qui vit, c'est le Christ qui vit en lui. Une meilleure explication de cette idée se trouve dans Romains 6.6: « Sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fut détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché. » Dans le sens moral ou spirituel, notre crucifixion avec le Christ est la crucifixion de notre ancien moi, notre ancienne nature charnelle, corps du péché (en grec, le mot corps sarxs donne plutôt une idée de la nature charnelle que celle de l'existence uniquement dans le corps). C'est la seule manière de vivre le salut et l'identification personnelle avec le Christ.
Cette identification avec le Christ et l'imitation de sa mort sont cruciales dans la rédemption. C'est la forme subjective de la mort objective du Christ sur le Calvaire. Par la foi, nous subjectivisons sa mort dans notre propre crucifixion avec Lui. C'est la raison pour laquelle Paul se glorifie de la croix de Jésus-Christ. Paul comprenait que c'est uniquement à la croix et par la croix que son ancien moi pourrait mourir et que lui-même sera en état de cesser de pécher contre Dieu. Donc, la fin du péché dans la théologie de l'apôtre Paul n'est pas dépeinte comme une détermination morale, mais comme la foi dans le Sauveur crucifié, en qui nous avons subi notre propre crucifixion de l'ancien moi.
Crucifixion dans le sens social
Deuxièmement, c'est la crucifixion du moi dans le sens social.
Dans le sens social, la croix signifie la crucifixion de notre alliance avec le monde et en même temps la crucifixion de notre haine pour les gens. Il est évident que, lorsque Paul parle de la crucifixion de notre moi pour le monde, il pense que le monde en tant qu'ennemi spirituel n'a plus de prise sur nous.

Cela veut dire que les désirs du monde, les normes du monde, les valeurs spirituelles du monde sont tous crucifiés pour moi sur la croix et moi pour eux. Le monde n'a pas de prise sur un chrétien, car, si le Christ vit en nous, il n'y a plus de désir de satisfaire aux normes et demandes du monde….

Crucifixion dans le sens religieux

Finalement, en disant que le monde est crucifié pour lui et lui pour le monde dans notre Seigneur Jésus-Christ, Paul pense également à un contexte religieux. Nous n'ignorons pas que son appartenance aux Pharisiens sous-entendait une théologie de séparation totale dans le sens religieux. Cette séparation n'était pas seulement spirituelle, mais aussi formellement religieuse, dans le sens de séparation légaliste. Même après la présentation très claire du Messie comme la fin de la loi (Romains 10.4), certains chrétiens d'origine hébraïque pensaient que les païens devaient se faire circoncire et faire partie du peuple historique de Dieu avant de recevoir la grâce du Messie. C'est pourquoi Paul dit dans Galates 6.15 : « Car ce n'est rien d'être circoncis ou incirconcis; ce qui est quelque chose, c'est d'être une nouvelle création. » Et ce texte vient immédiatement après notre texte principal affirmant que c'est seulement en Christ que nous sommes crucifiés pour le monde et le monde pour nous.

Cela pourrait signifier que le monde crucifié en Christ comprend aussi une dimension religieuse. Notre appartenance religieuse n'a pas de valeur en ce qui concerne notre statut devant Dieu. Au dire de Paul, ce qui compte, c'est d'être une nouvelle création.

C'est pourquoi les religions et le christianisme ont des compréhensions et des concepts différents. Les religions sont des représentations formelles de nos propres efforts pour nous réconcilier avec Dieu. Dans le christianisme, Dieu nous dit que nous sommes dans une situation désespérée et que seuls le Christ et sa croix peuvent nous procurer la paix et l'harmonie avec Dieu.

Rien ne compte, excepté le Christ. Nous pourrions témoigner d'un grand zèle dans l'élaboration de notre identité religieuse, de la ferveur dans nos efforts pour unir tous les chrétiens dans un rassemblement religieux pour faire cesser les confrontations. Nous pourrions même redoubler de zèle pour présenter notre propre tradition, quelle que soit sa valeur, mais en réalité, le seul chemin du salut, c'est la crucifixion de notre monde religieux en Christ. En Lui, nous perdons tout afin d'obtenir tout…

C'est seulement dans le vrai Christ et non dans nos représentations religieuses du Christ que nous trouverons le salut. Cela ne veut pas dire que la vérité en Christ n'est pas importante ou que la doctrine de la Parole de Dieu est sous-estimée. Cela signifie que rien ne peut sauver si ce n'est la croix de Jésus-Christ. Le monde (avec ses religions) a été crucifié pour moi et moi pour le monde.

Oswald Chambers a dit un jour : « Le ciel entier s'intéresse à la croix du Christ, l'enfer entier a terriblement peur de cette croix, alors que les humains sont les seuls êtres qui ignorent plus ou moins sa signification. »

Intéressons-nous profondément à la crucifixion du Christ, car c'est quelque chose de très personnel. Nous sommes crucifiés en Lui et avec Lui. Notre ancien moi, nos attitudes sociales concernant le monde et notre faux zèle pour une vaine religion, tout cela est crucifié en Lui et avec Lui.

C'est pour cette raison que nous devrions toujours nous glorifier uniquement dans la croix de Jésus-Christ.

23.05.2008

Etude n°9 Tendresse de son amour

Etude n°9 la tendresse de son amour (31-05)

Texte étudié : Jean 8.3-11

(Lucas Cranach l’Ancien,15è, La femme adultère)8940a6ef75b574876b564c98972d1876.jpg

 Observons

Le contexte

Lors d’un séjour à Jérusalem, Jésus divise la foule, et est de plus en plus contesté par les Pharisiens qui cherchent à lui tendre des pièges pour l’arrêter. Pourtant il continue à enseigner ouvertement dans le temple.

Le texte

En trois parties :

- 3-6a : le piège tendu à Jésus au sujet d’une femme adultère

- 6b-8 : Jésus renvoie chacun à sa conscience

- 9-11 : Après le retrait des accusateurs, Jésus absout la femme.

Le champ sémantique  légaliste et juridique insiste sur la condamnation du péché par la loi (3-5), les prescriptions de Moïse (5,7 // Dt 17.7), sur la prise de conscience par les scribes de leur culpabilité personnelle (9), sur l’absence de condamnation de la femme (10-11, où le mot condamner se trouve deux fois). Ce vocabulaire donne la clef d’interprétation du piège dressé contre Jésus, de son attitude et de son pardon.

Comprenons

-         Les scribes et les Pharisiens se considéraient comme les défenseurs de la stricte observation de la loi et s’érigeaient en garants et censeurs des bonnes mœurs du peuple. Devant la liberté et l’enseignement de Jésus qui leur semble renier les prescriptions mosaïques en fréquentant les pécheurs, et devant sa compassion pour les humbles et les femmes, ils essaient de lui tendre un piège au sujet de la loi. En présentant à Jésus une femme adultère qu’ils s’arrogent le droit de juger, ils cherchent à trouver un prétexte d’accuser Jésus devant le sanhédrin de mépriser la loi de Moïse s’il l’absout, ou bien une raison de le discréditer  auprès du peuple comme rigoriste s’il la condamne à la lapidation (peine pour l’adultère, devant être appliquée selon la loi aux deux amants, Dt 22.22).

-         Second point légal : selon Dt 17.7, les premiers à jeter la pierre sur le condamné étaient les témoins du délit. Etait-ce les scribes ? Que faisaient-ils à épier cette femme ? Par jalousie, par convoitise, par haine ? En ce cas, ils enfreignaient eux aussi la loi ! S’ils n’étaient pas les témoins, ils n’avaient aucun droit à la lapider eux-mêmes !

-         L’attitude de Jésus interpelle : il refuse d’entrer dans le débat en écrivant sur le sol ; il leur signifie ainsi qu’il n’est pas là pour juger de leurs affaires juridiques (Luc 12.14). Pourtant, comment par son double refus (6,8) arrive-t-il à les placer devant leur conscience (9) ?e64a3c49069fcbfbb4c50bdbcb0b9a97.jpg

Dans la Bible , seuls trois textes nous parlent de Dieu écrivant : au Sinaï, sur les tables de pierre, il inscrit la loi (Ex 34.28), à Babylone, sur le mur du palais, sa main inscrit le jugement prononcé sur le roi Belchatsar, profanateur des objets sacrés du temple de Jérusalem. Le troisième texte est le nôtre où Jésus écrit sur le sol dans un contexte de désobéissance à la loi et de jugement.

 On peut penser que ce qu’il écrit n’est pas étranger à ces deux autres écrits de Dieu qui manifestent sa loi et son jugement. Au lieu de ne retenir que le 7ème commandement comme le font les accusateurs de la femme, Jésus leur rappelle peut-être les autres commandements qu’ils ont enfreints eux-mêmes. Placés ainsi individuellement devant leur culpabilité, les accusateurs deviennent accusés (Jn 7.19) et ne peuvent pas répondre à l’exigence de Jésus (7). Mais en même temps, ils peuvent pressentir leur pardon dans le fait que Jésus écrit sur le sol effaçable, et non sur la pierre comme le fut la loi. La loi éternelle révèle le péché et condamne (Rm 3.19),  mais la miséricorde de Jésus efface et pardonne les péchés 1 Jn 1.9 ; 2.1b).

-         La femme adultère aurait pu profiter du départ de ses accusateurs pour s’éclipser discrètement, avec sa culpabilité au cœur, comme les scribes. Le fait qu’elle reste prouve qu’elle a été touchée par les paroles de Jésus, le seul qui est sans péché, et suggère qu’elle en attend plus : au-delà de l’angoisse de la mort qui s’éloigne, et du sentiment de culpabilité qui l’envahit, elle espère sans doute la compassion que Jésus a déjà manifestée à d’autres. Elle ne fuit pas Jésus, mais s’attend à lui qui seul peut la sauver.

-         Jésus, en ne condamnant pas la femme, comme les scribes voulaient le pousser à faire, et comme il était le seul à pouvoir le faire, libère la femme du sentiment écrasant d’une culpabilité bien réelle, dont elle se repent, pour l’inviter à faire le pas suivant de la conversion : Va, et ne pêche plus ! ».

La culpabilité mise à jour peut conduire, sans Christ, au désespoir, au repli sur soi, à la névrose, mais présentée à Jésus avec repentance, elle produit le désir de changement et de libération. Le pardon obtenu entraîne la reconnaissance et l’amour pour le Sauveur dont la miséricorde opère la régénération du cœur et de la vie.

Par ses actes comme par ses paroles, Jésus enseigne la sagesse d’un Dieu d’amour et de justice, qui permet aux hommes de Le connaître et de marcher dans ses voies (Pr 2.1-9, 20-21).

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-         Quelle place tient la loi dans ma vie : est-ce un code de références pour accuser les autres de péchés que je ne crois pas commettre moi-même, un miroir pour révéler mes fautes et me culpabiliser dans mes efforts de sainteté et de perfection, un moyen pédagogique pour me faire tourner vers Christ en lui avouant mes faiblesses (Ga 3.24), des directives pour m’indiquer comment manifester ma reconnaissance pour le pardon reçu de Christ ?

-         Est-ce que je crois que Jésus a tout pardonné en moi ? Qu’est-ce qui m’empêche d’obéir à sa voix : Va, et ne pêche plus !

-         En quoi la sagesse de Dieu diffère-t-elle de la sagesse humaine ? Comment mon église et moi-même vivons-nous cette sagesse divine et miséricordieuse ?

-         Comment imiter la miséricorde de Christ devant le péché évident d’un de mes voisins, ou d’un membre de ma famille  ou de mon église ? Le pardon équivaut-il pour moi à l’oubli de la faute, à la faiblesse qui ferme les yeux, à l’offre d’une nouvelle vie ?

      

16.05.2008

Etude n°8 un cheminement intense (24-05-08)

Etude n°8 Intensité de son cheminement  avec Dieu (24-05-08)

Texte étudié : Jean 17

Observons

Le contexte

Dans un dernier discours, Jésus a annoncé à ses disciples son départ auprès du Père (16.28) et leur propre abandon (32). Pour les rassurer il leur a affirmé sa victoire sur le monde et ses tribulations (33), prophétisant ainsi le sens de la croix et de la résurrection. En présence de ses disciples, Jésus prononce la prière ultime qui va transformer la vie de Jean, le seul disciple qui restera avec les femmes au pied de la croix et qui nous transmettra cette intercession.

Le texte8805e29a8e238e21b5222418d7cf189e.jpg

A-    v 1-5 : intercession pour la glorification de Christ en faveur des croyants (glorifier : 4 fois, gloire : 1 fois). (Trinité dans la gloire, 15è s)

B-    v 6-19 : intercession

a) (6-12) pour la protection divine (garder : 3 fois) sur les disciples que Dieu a donnés à Jésus (5 fois) et qui ont cru en la parole qu’il leur a donnée (3 fois) ;

b) (13-19) pour leur sanctification (3 fois).

C-    v 20-26 : intercession pour l’unité (4 fois), dans l’amour de Dieu (v 23-24, 26), des disciples qui croiront en lui.

Comprenons

A-    A la veille du don de sa vie, Jésus anticipe les événements pour porter ses regards sur l’au-delà de la croix, dont il sait que l’heure est venue. Sa demande de glorification, c’est-à-dire de reconnaissance de sa divinité éternelle et de son pouvoir sur toute créature (2) manifeste sa confiance en sa résurrection. Celle-ci en effet permettra de faire reconnaître son identité de Dieu, sa qualité de Sauveur (sens du nom Jésus) et de Christ (= Messie, Oint de Dieu), son pouvoir de donner la vie éternelle à ceux que le Père a conduits par l’Esprit à croire en lui et en son œuvre.

Cette œuvre a consisté, dans tout son cheminement, pas à pas (Luc 2.40) de la crèche à la croix, à rendre gloire à son Père, c’est-à-dire à le révéler comme le seul Dieu de vie et de gloire ; la gloire de Dieu consiste en son amour selon le récit de Moïse réclamant de voir la gloire de Dieu, et recevant la réponse qu’il pourrait voir sa miséricorde, en Ex 33.17-19, seule face de Dieu visible pour l’homme pécheur. Jésus demande à Dieu de révéler sa puissance d’amour et de vie en le ressuscitant, et en lui accordant de retourner dans sa présence glorieuse, qu’il avait quittée en s’incarnant (Phi 2.6-11). Car ressuscité et retrouvant sa puissance divine, il pourra alors œuvrer universellement pour la vie éternelle de ses frères humains (v 2).

B-    Faire connaître le nom de Dieu, c’est-à-dire sa personne tout entière selon le sens du nom dans la langue hébraïque, a été la mission terrestre de Jésus, son Fils (= le porteur du nom, le représentant de la personne). Les versets 6 à 10 insistent sur les échanges de dons entre le Père et le Fils. Le Père  a donné à son Fils ses paroles (8), Jésus à son tour les a transmises à ceux que le Père lui a donnés et qui l’ont reçue.  Le Saint-Esprit a travaillé dans le cœur et l’intelligence de ceux qui se sont ouverts à entendre la Parole de Dieu et leur a permis d’accepter d’y croire, en reconnaissant son origine divine (7). Le Saint-Esprit leur donne la possibilité de se démarquer par leur foi du monde incrédule et les garde de toute déviation de sa Vérité (v 15-17 ; Ep 4.14-15).

Dans la conversion d’un cœur, il y a toujours rencontre de ces deux actions : celle de Dieu qui guide et se révèle, et celle de l’homme qui s’ouvre et reçoit. Celui qui accepte la révélation du Père en son Fils appartient désormais à Dieu et non plus à l’esprit du monde, à l’exemple de Christ. Cette appartenance fait bénéficier les disciples de sa protection contre les divisions (v 11), contre la tristesse du désespoir (v 13), et contre la souillure du mal (15).

Sanctifier prend tout son sens ici : la Parole de Dieu permet aux disciples d’être « mis à part » pour le service de Dieu, consacrés entièrement à Dieu, comme le Fils l'a fait toute sa vie (v 19) et va le faire encore en offrant sa vie en sacrifice pour le pardon du péché. De même les disciples, au contact de la Vérité deviennent saints, semblables à Christ (1 Pi 1.15-16) et peuvent offrir leur vie pour proclamer aux hommes la vérité de l’amour de Dieu révélé dans sa Parole (17-19). L'image de l'aimant, attirant à lui l'aiguille et l'aimantant de telle sorte qu'elle devient elle-même aimant pour les autres aiguilles, peut nous faire saisir le processus de la sanctification du disciple au contact de l'Amour et de la Vérité du Père, notre grand Aimant ! Cette vérité de l’amour démesuré de Dieu pour l’homme pénétre le cœur des disciples et les transforme : il leur fait oublier l’égoïsme et le goût du pouvoir qui règnent dans le monde, pour devenir des témoins de cet amour (16, 18).

C-    Après avoir prié pour ses premiers disciples de son vivant sur terre, Jésus pense à ceux qui croiront en sa parole grâce à leur témoignage, c’est-à-dire à son Eglise universelle (v 20). 87aaf403725629bb1f8c9682d8bf8f25.jpgJésus sait que la diversité des personnes et des cultures sera pour son Eglise une tentation de désunion. Sa prière fonde la vraie unité de ses disciples dans l’amour qui lie le Père au Fils et vice-versa. Chacun  des deux a ses caractéristiques et ses fonctions, mais le lien d’amour qui les unit leur permet d’avoir le même objectif : le salut de l’homme pécheur. Jésus prie pour que les disciples de tous les siècles, de toutes les cultures et de toutes les personnalités trouvent leur unité dans le même amour de et pour Dieu, qui les pousse à Le proclamer au monde pour son salut (v 23). (Terre vue du ciel de Yan Artus Bertrand)

L’unité dans l’amour, malgré ou avec les diversités d’expression, permettra au monde de connaître qui est ce Dieu d’amour que Jésus a lui-même fait connaître.

La prière de Jésus se termine par la promesse qu’il continuera à révéler Dieu par l’amour qui habitera dans le cœur de ceux qui voudront le recevoir (26).

Questions pour une application dans la vie chrétienne

1-     Comment suivre  le chemin de croissance de Christ à la gloire de Dieu dans ma vie et dans la vie de l’Eglise ? Par quelles étapes passer, quelles décisions de vie prendre ? (Mt 4.4 ; Luc 6.12)

2-     Ai-je fait l’expérience de la puissance de vie et de  transformation de la Parole dans mon cœur ? Ai-je été "aimanté" par elle ? A-t-elle vaincu en moi l’égoïsme et le goût du pouvoir ou de la vaine gloire ? M’a-t-elle poussé au don de moi pour servir Dieu au travers du service des autres ? Comment puis-je continuer à la laisser transformer mon caractère ?

3-     La prière de Jésus pour l’unité de son Eglise contient-elle l’idée d’uniformité ? Voir comment Paul l’a comprise en 1 Co 12.4-31, et 13.

4-     Qu’est-ce qui peut me permettre d’accepter dans l’Eglise les différences de caractère, de compréhension de la Parole , ou de pratiques ?

5-     L’amour de Dieu pour moi, manifesté par Jésus à la croix, me pousse-t-il à avoir, pour les autres, le même désir de salut et le même amour ? Prions que l’Esprit agisse pleinement en nous dans ce sens et nous inspire les façons de lui rendre gloire adaptées aux circonstances actuelles.

Nous vous proposons la lecture (très accessible à tous) d’un livre qui offre une méditation sur Jean 17 par le Pasteur Daniel Bourguet, responsable de «  la Fraternité spirituelle des Veilleurs »* : Le monde, sanctuaire et champ de bataille (Ed Réveil Publications 2002 ; 8, 90 euros)
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*Fondée en 1923 au sein du protestantisme, par Wilfred et Théodore Monod, elle a pour but d'aider chacun dans sa vie de prière personnelle et dans ses engagements dans l'Eglise et dans le monde.

09.05.2008

Etude n°7 Un comportement qui intrigue (17-05-08)

Etude n° 7 : Un comportement qui intrigue (17-05)

Mt 8.28-34 

Observons

Le contexte

Le ch 8 de Matthieu fait suite au Sermon sur la montagne, et rapporte divers miracles de Jésus qui manifestent sa puissance divine sur la maladie, sur les éléments naturels et sur les puissances démoniaques. Au centre de ces miracles (v 18-22), Jésus répond à ceux qui veulent le suivre en affirmant la précarité de sa vie terrestre (v20) et son désir de choix exclusif de la part de ses disciples (v 22). (Enluminure du 11è s, guérison d'un démoniaque) 85e54ae47e98c2aacf99288909672a64.jpg

Le texte

V 28 : Situation des personnages

V 29 : cri des démoniaques

V 30-32 : guérison des démoniaques

V 33-34 : réactions des habitants du pays

Comprenons

Le texte parallèle de Luc 8.26-39 donne plus de détails sur ce miracle insolite de Jésus, en territoire païen, à l’est de la mer de Galilée. Nous vous invitons à vous y reporter pour compléter le texte de Matthieu qui met en scène deux démoniaques au lieu d’un chez Luc.

Jésus a traversé le lac avec ses disciples, en apaisant la tempête qui s’y était élevée. Il ose aborder un territoire de la Décapole , occupé par les Romains, et s’approcher de deux hommes considérés comme si dangereux à cause de leur folie qu’ils en sont réduits à survivre dans les grottes isolées qui servaient de cimetière.

Les Géranésiens étaient prisonniers du plus profond des cachots : possédés de mille démons (nommés « Légion » chez Luc), exclus de la société, ils étaient des morts-vivants, liés de chaînes (Luc 8.29) que les hommes lui mettaient pour se protéger de leur folie furieuse. Ils n’étaient plus maîtres d’eux-mêmes et personne ne pouvait les délivrer, les hommes renforçant la domination sur eux des puissances surnaturelles mauvaises par leurs mesures de protection sociale.

Ces hommes prisonniers de leurs semblables, des démons, d’eux-mêmes, de leur folie, de leur violence, de la solitude, et de leur ignorance de Dieu, dans un moment de lucidité se sont approchés de Jésus ; ce premier pas est essentiel ! La puissance démoniaque à l’œuvre dans leurs corps, reconnaît alors le Seigneur, le Fils de Dieu en la personne de Jésus et prend peur, car les démons connaissent sa puissance sur eux (Ja 2.19). Tant qu’à être chassés hors de ces possédés, ils préfèrent continuer à nuire dans les corps des pourceaux, animaux impurs par excellence pour les Juifs, mais source de grand profit dans le monde non-juif ! Jésus curieusement acquiesce à leur demande. Le résultat ne se fait pas attendre, tout le troupeau, rendu fou, se précipite dans les eaux : les démons sont quand même allés à l’abîme, mais ont eu la satisfaction de ruiner leurs propriétaires !

Pourquoi Jésus l’a-t-il accepté ? Voulait-il donner une leçon aux démons ? Rappeler aux Juifs l’impureté de ces animaux ? Manifester de façon éclatante aux habitants du pays et à ses disciples sa puissance sur le monde démoniaque ? Interpeller avec force tous les assistants en touchant à leurs intérêts financiers ?

Un tel cas de folie furieuse était considéré comme l’œuvre du Démon, qui par les anges déchus qui le servent, prend possession d’hommes ou de femmes. C’est-à-dire que ces personnes ne maîtrisent plus ni leurs pensées, ni leur volonté, ni leur comportement : elles sont complètement aliénées, esclaves de ces esprits mauvais, qui n’ont d’autre but que d’arracher à Dieu ces créatures humaines.

La relation de ces esprits avec Satan est suggérée par

            - le lieu où sont relégués les possédés : parmi les sépulcres ; ils vivent dans l’impureté de la mort, ils sont des déjà-morts, des morts-vivants. 

            - le lieu où les démons redoutent d’aller : l’abîme est dans la Bible , le lieu symbolique de la résidence et de l’emprisonnement de Satan (Apocalypse 9.1, 2, 11 ; 20.3). Les démons redoutent d’y être envoyés car alors ils n’auraient plus aucun pouvoir sur personne ! 

           - la force surnaturelle de ces hommes qui brisent les chaînes qu’on leur met pour tenter de les maîtriser (Luc 8.29)

            - le lieu (chez Luc) où étaient poussés les possédés : le désert n’est pas un lieu de vie mais de mort pour les hommes. 

            - la connaissance surnaturelle qu’ils ont de Jésus, leur peur et leur haine à son égard (Mt 8. 29 ; Lc 8.28).  Aussitôt ils l’identifient comme le Fils de Dieu qui a pouvoir sur eux, malgré leur résistance.

            - le choix qu’ils font d’aller dans les pourceaux, considérés comme animaux impurs par les Juifs.

On peut voir l’humour de Jésus qui accède à leur demande : la folie démoniaque va s’emparer de ces bêtes impures et les conduire à l’abîme, la mer où elles vont trouver la mort. Les démons iront bien en fin de compte à l’abîme, n’ayant plus rien à posséder !

La relation de Jésus avec ces esprits démoniaques est intéressante à remarquer : 246acdd236e12ae266ff93fb6c022ea2.jpgil n’a pas crainte de les approcher : il savait où il allait en abordant à cet endroit désolé de la côte.  Il décèle tout de suite leur présence, mais aussi la lueur de lucidité du possédé qui s’est avancé à sa rencontre. Pour s’en rendre maître, Jésus oblige les démons à se nommer. Donner son nom c’était s’en remettre à celui qui le recevait, se soumettre à sa domination. Tous les efforts des esprits mauvais pour échapper à la puissance divine sont alors vains. (Polyptique de Montbéliard, 16è s)

Cette libération a suffi pour que les deux démoniaques deviennent des hommes sensés, calmés, rétablis parmi les leurs et témoins des oeuvres de Dieu en leur faveur (Luc 8.38-39). Jésus en les guérissant, les rétablit dans leur intégrité physique, sociale, affective et spirituelle. Aucun lien ne résiste à l’intervention libératrice de Christ.

 C’est important pour tous ceux qui peuvent avoir mis le doigt dans l’engrenage du tabagisme, de l’alcoolisme ou de la drogue, de savoir que Jésus est plus puissant que ces esclavages, et peut les libérer s’ils le lui demandent de tout leur coeur.

A contrario, les villageois,  ruinés dans leurs intérêts économiques, refusent de se réjouir de la guérison de leurs concitoyens, et chassent Jésus. Ils ne supportent pas ses actes extraordinaires qui les dérangent trop !

Psychologiquement ce récit peut nous enseigner  l’importance de prendre conscience, grâce à la Parole de Dieu, de ce qui nous anime (sentiments négatifs, peurs, colère, violence, culpabilité…). En prendre conscience permet de reconnaître notre faiblesse et de nous tourner vers le Seigneur, qui saisit le moindre mouvement vers lui pour guérir, apaiser, régénérer, comme il l’a fait pour les Guéranésiens.

 

Questions pour une application dans la vie chrétienne

- Avons-nous été délivrés par Jésus de notre esclavage du mal, de nos haines, de nos peurs, de notre violence ? Si oui, comment cela se manifeste-t-il concrètement ? Si non, comment bénéficier de l’intervention libératrice de Jésus ?

- Quels comportements individuels et collectifs de notre part Christ peut-il utiliser pour intriguer nos voisins, et leur faire prendre conscience de sa présence bienfaisante dans notre vie ? (Jean 13.35 ; 8.31 ; Mt 18.21-22 ; Mt 23.23 ; Mc 2.27 ; etc.)

- Comment imiter Jésus et oser aller vers ceux qui ne sont pas conformes à nos critères de foi et de vie ?

- Comment réagissons-nous nous-mêmes devant des actes de libération par Christ (conversion, guérison, changement de comportement, réconciliation...) qui nous dérangent dans nos intérêts et nos convictions ?

02.05.2008

Etude n°6 Des paroles qui interpellent (10 05 08)

Etude n°6 : Des paroles qui interpellent (10-05)

Jean 7.37-52

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Le contexte

Jésus enseigne dans le temple à l’occasion d’une fête et provoque l’étonnement de tous (7.14-29), par sa hardiesse et son autorité. Les Pharisiens cherchent à se saisir de lui et envoie des gardes pour le saisir (v 30-32). Jésus annonce à la foule son incapacité future à le trouver à cause de son incrédulité et son endurcissement (33-36). (Evangile et Peinture, Berna, Fleuve d'eau vive)

Le texte

a)     37-39 : appel de Jésus à venir boire à sa source d’eau vive

b)     40-44 : Réactions diverses dans la foule

c)       45-49 : Incrédulité et mépris des Pharisiens

d)      50-52 : Remontrances de Nicodème

Comprenons

a)     La fête qui réunissait le peuple à Jérusalem et durait huit jours était sans doute celle des Tabernacles (Jn 7.2), célébrée en Octobre. Le peuple vivait sous des tentes pendant cette semaine, en mémoire de l’Exode et du séjour dans le désert, et il louait Dieu pour sa protection et sa providence durant cette errance de 40 ans. Chaque matin on faisait une libation d’eau pure, en plus des sacrifices au temple, en souvenir de l’eau jaillie du rocher (Ex 17 ; Nb 20) : un prêtre descendait à la source de Siloé, y puisait de l’eau et la portait dans un vase d’or au parvis du temple. Là, les sacrificateurs et la foule le recevaient en chantant les paroles d’Esaïe 12.3 : « Vous puiserez de l’eau avec joie aux sources du salut. » Le sacrificateur versait ensuite l’eau sur l’autel des holocaustes du côté de l’ouest, et une coupe de vin du côté de l’est. 9879cedc94ddee9485bc30d27de0fb9c.jpg

Jésus utilise ce rite institué par les hommes et non par Dieu (il n’en est pas fait mention dans la Bible ), pour lui donner son véritable sens spirituel : il est à la fois l’eau qui désaltère (v 37) et le rocher d’Horeb d’où coulent les eaux vives du salut (v 38 ; Jn 4.14 ; 1 Co 10.4). Les images de la soif et des eaux vives encadrent l’expression « venir à lui et boire », qui est expliquée par « croire en Jésus ».

Croire en lui, c’est le seul moyen d’avoir la vie (comme l’eau est indispensable à la vie) ; c’est aussi la seule condition pour recevoir l’Esprit dans sa plénitude (symbolisé par l’eau vive), de façon à être régénéré et à devenir soi-même source de vie pour les autres (v 39), qui ont aussi soif de salut. (Pont à Anduze)

Cette promesse de Jésus, annoncée par les prophètes (Es 35.6-7 ; 41.17-18 ; 48.21 ; Joël 2.23 ; Ps 114.8), s’est réalisée totalement à la Pentecôte (Ac 2) et dans les siècles suivants. Jean explique ainsi les paroles de Jésus prononcées avant sa passion pour annoncer l’effusion de l’Esprit après sa résurrection et son ascension.(Jn 14.15… ;16.5…).

La présence de Jésus en chair empêchait les disciples de voir en lui le Fils de Dieu. Sa résurrection et son retour au Père leur ouvriront les yeux de la foi et permettront à l’Esprit de se répandre sur eux tous et de créer une vraie communion spirituelle avec Christ.

b)     Réactions diverses

Les paroles de Jésus ont des résonances diverses sur les auditeurs selon leurs préjugés ou leur ouverture d’esprit. Les uns, sérieusement impressionnés, croient reconnaître en lui « le prophète » promis à Moïse (Dt 18.18), que les Juifs pensaient être le précurseur du Messie (Jn 1.21 ; 6.14). D’autres voient en lui le Messie même, que tous attendaient pour les délivrer de l’occupation romaine (41).

Par contre, les sceptiques et les blasés, s’appuyant sur leurs connaissances des Ecritures (Mi 5.1), mais mal renseignés sur les origines davidiques et béthléemites de Jésus, ne peuvent pas croire que l’homme de Nazareth en Galilée, soit celui qu’ils attendent. Ils oublient les paroles d’Esaïe 9.1, qui prédisaient que « le peuple qui marche dans les ténèbres, verrait une grande lumière ». la Galilée située aux confins du monde païen était considérée avec mépris par les Juifs de Judée comme « marchant dans l’ombre de la mort » !

Les paroles de Jésus provoquent une telle division que certains en viennent à vouloir se saisir de lui (44). Pourtant les gardes envoyés par les Pharisiens pour l’arrêter, ne le font pas, car ils sont si impressionnés qu’ils auraient cru commettre un sacrilège. Leur étonnement admiratif et respectueux transparaît dans leur réponse aux Pharisiens, sans excuse ni justificatifs. Pris entre leur devoir d’obéissance et leur humble conviction naissante, ils préfèrent se taire devant les sarcasmes méprisants des Pharisiens.

c)      Les Pharisiens, gardiens de l’orthodoxie de la foi, se posent en modèles, mais leur orgueil leur fait croire que leur groupe incrédule est sans faille (48), ce que Nicodème va immédiatement démentir (50). Ils manifestent la profondeur de leur vanité par le mépris avec lequel ils considèrent la foule ignorante, et la malédiction contre elle qui annonce l’excommunication qu’ils vont lancer plus tard contre ceux qui croiront en Jésus (Jn 9.22).

d)     Nicodème, venu voir Jésus de nuit (ch 3) par crainte de ses pairs, ose cette fois objecter avec ironie à la condamnation de Jésus les prescriptions de la loi pour la défense d’un accusé. Vexés par ce rappel de leur « omission » de lois dont ils prétendent être les enseignants et les garants, les Pharisiens ne peuvent qu’injurier Nicodème en le traitant de « Galiléen », ce qui sous-entend « sympathisant de Jésus ». Eux aussi de façon impardonnable, oublient la prophétie d’Esaïe (9.1), et la nationalité des prophètes Jonas (2 Rois 14.25), Elie et Nahum, originaires du royaume du nord.103671dd02f2c62a6292a7ce97c6f75c.jpg

La parole de Christ, par ses images appropriées aux situations vécues, touche au plus profond de l’être, où Dieu a placé la pensée et la soif de l’éternité (Ec 3.11). Elle ne laisse personne indifférent. Chacun est poussé à se déterminer entre l’accueil et le rejet, donc entre la vie et la mort (Dt 30.19-20). Ce choix est influencé par le regard que nous portons sur nous-mêmes et sur les autres. Une partie des auditeurs attendaient humblement la venue du Messie libérateur, et purent étancher leur soif d’une vie nouvelle. Les autres, pleins de leurs certitudes, de leurs préjugés religieux ou racistes, se fermèrent à l’interpellation de Jésus, et s’endurcirent dans l’incrédulité ! De quel côté nous situons-nous face aux paroles de Dieu ?

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-          En quoi la Parole de Dieu est-elle le Rocher d’où coule la source de vie pour moi et mon Eglise ? Comment cela se voit-il dans nos comportements et nos propos ?

-          Mes yeux ont-ils été ouverts sur les réalités spirituelles de Dieu, sur le sens des paroles de Jésus, et sur la direction de l’Esprit dans ma vie ? Comment les ouvrir ? Quels sont les obstacles à cette ouverture ?

-          Quelles paroles de Dieu m’ont interpellé(e) et m’ont fait découvrir son amour pour moi ? Comment les partager avec mon entourage ?

-          En quoi nos efforts d’évangélisation proclament-ils les paroles de Dieu pour attirer à Christ, seule source de vie  (v 37) ?

 

 

25.04.2008

Etude n°5 Ses oeuvres miraculeuses

Etude n°5 Ses œuvres miraculeuses (3-05)

Matthieu 9.27-36

Observons

Le contexte (Polyptique de Monbéliard 16è, guérison de deux aveugles)2ccd3be8cfba7781b2d55f7fee6e0608.jpg

Matthieu fait suivre le long discours sur la montagne (ch 5-7) du récit de nombreux miracles opérés par Jésus en Galilée au début de son ministère : tempête apaisée (8.23-27), guérisons d’un lépreux, d’un serviteur de centenier, de la belle-mère de Pierre, de deux démoniaques Gadaréniens (ch 8), d’un paralytique, d’une femme malade, et même la résurrection d’une jeune fille (9.1-26). Ces miracles troublent et attirent les foules à Jésus qui appelle à le suivre sans regarder en arrière (8.18-22 ; 9.9-17). Deux derniers miracles précèdent le choix des apôtres et leur ordre de mission (ch 10)

Le texte (9.27-36)

a)     27-31 : Guérison de deux aveugles

b)     32-34 : La guérison d’un possédé muet provoque admiration ou accusation

c)      Compassion de Jésus pour les brebis de son peuple sans bergers.

Comprenons

Le ministère de Jésus se manifeste dès le début par des actes miraculeux, comme il l’avait annoncé à Nazareth (Luc 4.16-20), en prenant à son compte les prophéties d’Esaïe 61.1-2 : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a oint pour guérir ceux qui ont le cœur brisé…, pour proclamer aux captifs la délivrance, aux aveugles le recouvrement de la vue…, pour proclamer une année de grâce du Seigneur ! »

Il nous faut donc considérer tous ces récits de miracles comme autant d’enseignements sur la mission de Jésus.

Les deux aveugles supplient Jésus en l’appelant « Fils de David ». Après avoir entendu parler de la résurrection de la fille de Jaïrus, ils reconnaissent en Jésus par ce titre qu’il est le Messie : c’est ainsi qu’on le nommait populairement d’après les prophéties de l’Ancien Testament (Ps 132.11 ; Es 11.1-2 ; Jér 23.5). Jésus ne désirant pas céder à l’attrait de la foule pour le spectaculaire, ne répond pas à leurs cris en public. Sans se laisser rebuter par son silence, les deux aveugles insistent et le suivent chez lui. Jésus, selon son habitude, les interroge sur leur foi : ils doivent professer leur confiance en sa puissance de guérison ! Le Messie n’est pas pour eux seulement le libérateur politique attendu par tous, mais il est celui qui peut les délivrer personnellement de leur handicap physique. La foi en Jésus ouvre leurs cœurs à son action divine de guérison et leurs yeux ouverts physiquement symbolisent leur changement de regard spirituel sur Dieu et sur leur vie. Leur enthousiasme est si grand qu’ils passent outre aux ordres de silence de Jésus ! Jésus ne fait pas de miracles pour se glorifier ou s’imposer comme puissant guérisseur. Il répond seulement à la demande de « ses brebis sans berger » (36) !d1e2ba23892036b95b81d75494e163e0.jpg

La guérison du démoniaque muet (on expliquait le mutisme incompréhensible par une possession démoniaque), à la demande de ses amis, provoque l’étonnement admiratif de la foule, mais l’incrédulité haineuse et jalouse des Pharisiens, dont la suspicion et l’accusation blasphématoire de guérir par la puissance de Satan, amènera un peu plus tard Jésus à définir le péché contre le Saint-Esprit (Mt 12.22-37). (Polyptique de Montbéliard, 16è, guérison d’un démoniaque muet)

Matthieu résume dans les v 35-36, l’activité du Sauveur, comme il l’avait déjà fait en 4.22-23. Il y rajoute au v 36, le sentiment de compassion éprouvé par Jésus devant la fatigue et l’abattement plus spirituels que physiques de son peuple livré à lui-même. L’amour de Jésus pour son peuple misérable lui fait désirer son entrée dans le Royaume qu’il compare à la moisson. Pour cela il a besoin de serviteurs qui en montrent le chemin et prépare les cœurs à l’accueillir. Les miracles de Jésus ont pour but de révéler l’amour, la compassion de Jésus pour ses frères humains, et de les conduire d’une guérison physique à une guérison spirituelle, par la découverte de la puissance libératrice du Sauveur. Les aveugles dont les yeux s’ouvrent au toucher de Jésus, symbolisent l’aveuglement spirituel du peuple, plongé dans l’obscurité par méconnaissance de l’amour de Dieu (Os 4.6a). Comme eux, le peuple aspire à la lumière sans trouver de guide pour y accéder. Leur guérison et celle du possédé de mutisme révèlent à tous que seul Jésus peut délivrer des chaînes de l’Adversaire. Le désir de Jésus de trouver des aides pour cette œuvre de libération a pour conséquence le choix des douze apôtres et leur ordre de mission, que Matthieu rapporte au ch 10. A la prédication du Royaume, ils auront à joindre une œuvre de guérison physique et morale, image de la guérison spirituelle que le Sauveur désire pour son peuple (10.7-8).

 

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-     Pourquoi les miracles physiques ne sont-ils pas plus nombreux parmi les chrétiens ?

-          De quelles guérisons avons-nous encore besoin personnellement et en église ? Comment en bénéficier réellement ?

-          Où Jésus m’a-t-il touché(e) ? Sur quoi m’a-t-il ouvert les yeux de la foi ? Qu’est-ce que cela a transformé  dans ma vie et mon comportement ?

-          De quelles actions de Jésus en ma faveur puis-je témoigner autour de moi pour contribuer à l’œuvre de guérison du Sauveur et à la « moisson » du Seigneur ? Qu’est-ce qui m’empêche d’en parler ?

18.04.2008

Etude n°4 La sagesse de ses enseignements (26 04 08)

Etude n°4 : la sagesse de ses enseignements (26-04-08)

 Pour étudier le sermon sur la montagne, se reporter à l'étude n°7 dans la catégorie "Etre disciple"

Marc 1.21-2886cced81291bffcb1f076045713a72c7.jpg  (Polyptique de Montbéliard, 16è, Jésus enseigne et guérit)

Observons

Le contexte

Après le baptême de Jésus, sa tentation et l’appel de quatre disciples (1.9-20), Marc place cette guérison de Capernaüm pour illustrer l’enseignement de Jésus.

Le texte

Il se compose de trois parties que l’on peut distinguer par les répétitions :

- il les enseignait avec autorité (v 22), // un nouvel enseignement donné avec autorité (v 27).

-les gens étaient très étonnés (v 22) // les gens furent si étonnés (v 27).

Ces répétitions encadrent la partie centrale de la guérison du démoniaque.

A- 21-22 : L’autorité de Jésus dans son enseignement provoque l’étonnement

B- 23-26 : Jésus est reconnu par le démon et le chasse de l’homme possédé

A’-27-28 : L’autorité de Jésus, et dans son enseignement et sur le démon, provoque l’étonnement de tous.

On remarque aussi les oppositions

- entre Jésus et les maîtres de la loi à propos de l’autorité,

- entre Jésus le Saint de Dieu et les esprits mauvais ou impurs,

- entre l’homme  et le démon, qui sont différenciés par Jésus.

Comprendre

Jésus est au début de son ministère, il se comporte comme tout Juif pieux et va le Sabbat, à la synagogue, pour « célébrer le Seigneur, invoquer son nom, ou selon la BFC , dire à tous qui est Dieu » (1 Chroniques 16.8).

Selon la coutume, tout homme qui le voulait pouvait prendre la parole pour lire et commenter une portion des Ecritures devant l’assemblée réunie dans la synagogue. Jésus se met donc à enseigner. Le texte ne nous dit pas ce qu’il enseigne. Mais Luc raconte le même épisode immédiatement après celui de Nazareth, où Jésus avait lu Esaïe 61.1-2, en se désignant comme l’Oint de l’Esprit du Seigneur pour apporter la Bonne Nouvelle de l’année de grâce de Dieu.

Son enseignement à Capernaüm doit être très proche, puisque tous sont étonnés de son autorité. Celle-ci diffère de celle des scribes qui avaient l’habitude de faire assaut de commentaires et de savoir, pour mieux briller personnellement.

L’autorité de Jésus vient

- de sa connaissance en profondeur des Ecritures,

- de la conscience qu’il a d’être venu les accomplir parfaitement (Matthieu 5.17),

- de sa relation intime avec Dieu le Père qu’il a pour mission de révéler (Jean 14.9),

- de la clarté de ses explications,

- de l’assurance tranquille de ses affirmations (Luc 4.21).

- de la sagesse pratique de son enseignement.

Jésus « disait à tous qui était Dieu » (1 Chroniques 16.8-36) : « un Dieu qui fait des prodiges, qui remplit ses promesses, qui protège, qui sauve, un Dieu Créateur et Roi qui vient rendre la justice sur terre et délivrer son peuple, un Dieu Saint dont l’amour est infini ».   

La joie d’être son fils et de le faire connaître transparaissait dans ses enseignements au point de remplir d’étonnement l’assistance.

Le miracle de la guérison du démoniaque prend un triple sens dans le contexte du jour du Sabbat (v 21) :

1- il est la démonstration du droit de Jésus d’enseigner avec autorité et sagesse : les démons lui sont soumis et le reconnaissent comme le Saint de Dieu : celui que Dieu a mis à part pour son service (Jean 10.36) et celui qui a le pouvoir de les détruire (v 24), celui qui est rempli de la sagesse divine face à celui qui est rempli de la folie du démon.

2- il est l’illustration pratique de son enseignement : Jésus vient délivrer l’homme de l’emprise du mal sur lui. Le démoniaque symbolise l’humanité esclave de Satan, incapable de se libérer elle-même mais que Jésus vient délivrer et rendre à sa dignité. La sagesse de l’enseignement de Jésus ne se manifeste pas dans des discours intellectuels et moraux, à l’image des philosophes grecs ou des rabbins juifs, mais dans des actes puissants et révélateurs de sa mission. Jésus suit en cela la sagesse hébraïque plus pratique que spéculative.

3- Accomplie le jour du Sabbat, cette guérison donne à ce jour d’adoration du Seigneur une signification particulière : c’est un jour de délivrance, non seulement du travail, mais aussi de la maladie spirituelle de l’être humain qu’est sa séparation d’avec Dieu, maladie qui rend l’homme « insensé » comme le démoniaque, dominé par Satan. Le jour du sabbat, l’homme pécheur peut avoir le cœur en joie pour proclamer par ses chants, ses prières, ses dons, son partage des Ecritures et de ses expériences avec Dieu, combien est grande la bonté de celui qui le sauve (1 Chr 16.10, 23), de celui qui est Créateur tout puissant (1 Chr16.26-27), du Saint qui par sa présence même chasse les démons qui l’assaillent. Délivré, le fidèle peut partager avec tous l’espoir et la confiance qu’il place dans l’amour et la venue du Seigneur (1 Chr 16.33-34).

Ainsi, Jésus a-t-il révélé, ce jour de sabbat, qui était Dieu, dans son enseignement et dans ses actes.

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-          Comment enseigner la Parole de Dieu dans nos églises, à l’exemple de Jésus  ? Comment révéler concrètement qui est Dieu ?

-          Que considérons-nous chez nos prédicateurs ? Leur accordons-nous notre attention parce qu’ils parlent brillamment, parce qu’ils touchent notre sensibilité, parce qu’ils ont une autorité de par leur fonction, parce qu’ils rendent claire la Parole de Dieu, parce qu’ils vivent ce qu’ils prêchent, parce qu’ils nous aident à vivre mieux dans la présence libératrice de Dieu ?

-          Prions pour que la sagesse divine inspire nos paroles et nos actes de façon à révéler l’amour de Dieu autour de nous !

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