19.12.2008
Etude n°13 Expiation et Harmonie universelle (27 Déc 08)
Etude n°13 : Réconciliation et Harmonie Universelle (27 Déc 08)
Nous réunissons dans cette étude de conclusion tous les textes de l’Apocalypse abordés cette semaine dans le Guide d’étude de la Bible.
Texte : Apocalypse 20.1 à 21.8
Observons
Le contexte
La première partie de l’exécution des jugements se situe sur terre (ch 19) : Au retour de Christ, les élus participent au festin des noces de l’Agneau, tandis que les impies et le duo des puissances terrestres responsables des maux terrestres (bête et faux prophète v 20) disparaissent dans le festin des oiseaux et l’étang de feu.
Reste à régler le sort définitif de l’Adversaire de Dieu, et à mettre fin au grand conflit pour la gloire de Dieu..
Le texte (20.1 à 21.8)
Assez long, il est constitué de 3 parties :
1- les mille ans : a) l’emprisonnement de Satan (20.1-3)
b) le jury des élus (20.4-6)
a’) le dernier combat et l’anéantissement de Satan (20.7-10)
2- le jugement dernier des impies (20.11-15)
3- la nouvelle Jérusalem ou la consommation de l’union de Christ et de son épouse (21.1-8)
Les deux premiers tableaux sont liés par les mots : mille ans (6 fois) trône (3 fois : v 4, 11,12), juger (2 fois : v 4, 13). Ce lien permet de penser qu’il n’y a pas d’ordre chronologique dans la présentation de ces deux tableaux : l
e jugement dernier des impies par les élus est annoncé dans la partie centrale du tableau des mille ans (v 4a), et développé ensuite, en parallèle du sort de Satan. Dans notre logique nous aurions placé ces tableaux ainsi : 1-a), 1-b), 2-, 1-a’, 3-.
Le troisième tableau est lié aux précédents par les expressions : seconde mort (20.6, 14, 21.8) étang de feu (20.10, 14, 15, 21.8), trône (21. 3,5 ).
(Miniature du 15è : la Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste)
Comprenons 1- Les mille ans
a) l’emprisonnement de Satan (20.1-3)
Après l’élimination des impies, hommes de toutes catégories, et de leurs puissants (Bête et faux prophète), l’ange « qui avait la clé de l’abîme » s’en prend au grand responsable du mal, Satan lui-même, identifié comme le dragon, le serpent ancien, le diable (v 2).
L’abîme est considéré dans la Bible comme le lieu profond et insondable où se trouvent les démons, et dans lequel ils ne veulent pas retourner, car en y étant jetés, ils n’auraient plus d’occasion de nuire sur terre. C’est ainsi que les démons du Gérasénien guéri par Jésus préfèrent aller dans un troupeau de pourceaux plutôt que de retourner dans l’abîme où ils n’auraient plus de pouvoir (Lc 8.31-32). L’abîme est devenu ainsi synonyme du « séjour des morts », puisque les morts n’y ont plus aucun pouvoir (Ecc 9.5-6,10).
Enchaîner Satan, le jeter dans l’abîme, et l’y sceller, c’est donc lui ôter toute faculté de nuire, tout pouvoir sur la terre. C’est d’autant plus compréhensible, que toute vie a été détruite sur terre (v 5), de sorte qu’il ne peut plus agir sur les nations et les personnes.
Celui qui a la clé de l’abîme est le Christ lui-même qui « a les clés de la mort et du séjour des morts » (Ap 1.18). Toutes ces images contribuent à la révélation de la toute puissance de Christ, qui s’est rendu maître de l’Adversaire à la croix, et qui maintenant exerce les pleins pouvoirs sur lui. Il limite toutefois son emprisonnement et son isolement à la durée de mille ans, période qu’on a coutume d’appeler le millenium. Ce terme n’est pas biblique, étant donné ses mauvaises interprétations dues à la méconnaissance du texte, il faut éviter de l’employer.
Les mille ans sont-ils littéraux ou pas ? Peu importe ! L'expression répétée 6 fois dans le passage, suggère que c'est un temps nécessaire pour régler le sort de Satan (6 = chiffre de l'imparfait, de l'impie par rapport au 7, chiffre de la perfection ou plénitude divine); et pour juger les mécréants, c’est-à-dire faire constater aux élus la justice et l'amour de Dieu à leur égard. Les élus peuvent reconnaître que les impies n'auraient pas supporté l’éternité avec Celui qu'ils ont rejeté toute leur vie. Dieu ne s'impose à personne.
Ainsi s’achève la partie terrestre des jugements. Ce qui suit sera situé "au ciel", pendant les mille ans de purification de la terre par le feu, dont parlait Pierre (2 Pi 3.10) : « La terre avec les oeuvres qu’elle contient sera consumée ».
b) le jury des élus (20.4-6)
Au centre du passage concernant Satan, se situe la scène montrant les ressuscités de la première résurrection (v 5-6), sacrificateurs de Dieu, rois et juges avec Christ (v 4,6). Cette situation au centre veut mettre l’accent sur eux et sur ce qui se passe dans cette période de mille ans.
Toutefois, les deux scènes avec les élus (20.4-6 et 21.1-7) encadrent une scène touchant aux impies. En effet leur sort intéresse en premier chef les élus :
Pourquoi n’ont-ils pas participé à la première résurrection ? Leur condamnation est-elle justifiée ? Disparaîtront-ils définitivement, ou y aura-t-il encore des risques de rebellion et de mal dans le royaume de Dieu ? Telles sont les questions que peuvent se poser les élus, et qui trouvent une réponse dans ces passages.
Tandis que sur terre règnent la solitude et la désolation qui condamnent Satan à l’inaction, dans le ciel fonctionne encore le tribunal de Dieu. Cette fois, ce sont les élus qui siègent sur les « trônes et reçoivent le pouvoir de juger » (v 4). En outre, « ils règnent avec Christ pendant mille ans ».
Qui sont ces élus ? Le texte précise que ce sont d’un côté « les martyrs pour leur foi et leur témoignage », et de l’autre (il n’y a pas le même pronom en grec pour les désigner) « ceux qui n’ont pas adoré la bête et son image », « ceux qui n’ont pas reçu la marque de la bête sur leur front et sur leur main ».
Ces mentions indiqueraient qu’il y a deux catégories parmi les élus, qui règnent avec Christ, la catégorie de ceux qui ont traversé victorieusement la grande tribulation finale (7.14) et qui ont été transformés au retour de Jésus (1 Th 4.17), et la catégorie de tous ceux qui, dans tous les temps, sont restés fidèles et ont donné leur vie à Dieu dans leurs persécutions et tribulations ?
Les deux expressions sont mises en parallèles autour d’un centre qui donne la raison du martyre et de la fidélité des deux catégories d’élus : le témoignage de Jésus et la parole de Dieu.
On peut en tirer l'application pratique que l'étude de la Parole affermit la fidélité et rend capable de témoigner de Jésus, malgré les difficultés de l’oppression qui provoque la mort physique, et de l'influence impie et idolâtre des pouvoirs politico-économico-religieux qui imposent une unité de pensée et d'action à la fin des temps (Ap 13.11-17).
Les élus font partie de la première résurrection (v 4,6) , celle qui a accompagné le retour de Jésus (1Th 4. 16) et sont sacrificateurs de Dieu : c’est la troisième fois que l’Apocalypse mentionne le peuple de sacrificateurs pour Dieu (1.6 ; 5.10 ; 20.6) en l’associant au royaume de Dieu. C’est le peuple de ceux qui « servent le Seigneur jour et nuit dans son temple » (7.15).
(résurrection des morts, Psautier de Hildesheim 13è)
c) le jugement dernier (v 11-15)
Les élus ont le pouvoir de juger, mais qui ou quoi ?
Pendant ces mille ans, ils vont pouvoir constater la justice de la sentence divine sur les impies. Ils ont accès aux livres des oeuvres (v 12) et peuvent ainsi comprendre pourquoi ces impies ne sont pas inscrits sur le livre de vie avec eux (v 15).
En même temps, ils peuvent reconnaître Dieu innocent de toutes les accusations de Satan. C’est pourquoi, pour la seule fois dans l’Apocalypse, le trône de Dieu est qualifié de « blanc » (v 11) : Dieu est justifié au yeux de tous.
Ainsi pour les élus, il n’y a plus aucune ombre sur l’amour de Dieu. Ils voient que même la décision d’élimination des impies est une décision d’amour pour eux, les élus, qui ne pourraient pas côtoyer éternellement des gens qui ne partagent pas leur amour et leur adoration de Dieu, mais aussi pour les impies eux-mêmes : ils n’auraient pas pu supporter de vivre l’éternité avec un Dieu qu’ils n’ont jamais aimé.
2- La fin des mille ans :
a) le combat final (20.7-9),
Si un doute pouvait encore subsister sur la faculté de repentance des impies à la dernière minute, ce doute est dissipé par le mouvement de révolte contre Dieu et son peuple, qui rassemble tous les impies ressuscités pour entendre la sentence divine sur leurs œuvres.
Le passage n’est pas construit chronologiquement. On peut comprendre ainsi le scénario :
Satan est libéré de son isolement par la résurrection des impies, qui entendent les raisons de leur condamnation (v 7, 13, 12, 15). Puis Satan les rassemble dans une dernière tentative de révolte qui est interrompue brusquement par Dieu (v 8-9).
Les hommes, puis leur séducteur, la mort et le séjour des morts qui l’accompagnent, sont éliminés par le feu (v 15, 9-10, 14, 21.8).
Ce combat contre le camp des saints et la ville bien-aimée (20. 9) est sans doute à considérer comme une révolte terrestre, manifestée contre les élus que les impies ressuscités aperçoivent au ciel, puisque la ville sainte n’est pas encore descendue sur la terre purifiée (21.2). Symboliquement c'est le dernier combat des humains non régénérés, restés "terrestres" dans leur pensée et tout leur être intérieur, contre l'Esprit de Dieu qui habite les élus.
b) l’anéantissement de Satan (20.10,14-15, 21.8).
L’image de l’étang de feu pour signifier la seconde mort (v 14 et 21.8)) est caractéristique de la pensée hébraïque : le feu servait à éliminer les déchets de la terre, et brûlait tant qu’il était alimenté. Une fois éteint, il ne laissait d’autres traces que sa fumée, puis des cendres. Utiliser cette image permettait de faire comprendre que la disparition du mal sera totale et irrémédiable, comme le précise la troisième partie du passage :
21.4 « la mort ne sera plus, il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses auront disparu. ».
Un problème se pose à propos de 20.10 : « Ils seront tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles ». Si les impies disparaissent définitivement dans une seconde mort, comment peuvent-ils continuer à être tourmentés « éternellement » ? Ce verset justifierait-il l’idée d’un enfer éternel ?
Les notions de perpétuité, d’éternité ne sont pas humaines et sont transcrites en hébreu et en grec par des termes qui n’indiquent pas l’infini, dont on ne peut avoir une conception précise. En général les expressions employées signifient seulement un long temps, une durée limitée à l’existence de la terre, ou des hommes. Ainsi « aux siècles des siècles » ne signifie pas « éternellement » comme nous le pensons aujourd’hui, mais seulement « un long moment ». Il faut prendre dans ce sens aussi l’expression « jour et nuit », qui ne correspondrait à rien dans une nouvelle création « où il n’y aura plus de nuit »(22.5). Le tourment des impénitents et du diable aura une durée, longue selon le texte, (mais qu’est-ce que cela signifie dans un monde hors de notre temps ?!), en fonction de la gravité de leurs torts, et jusqu’à leur disparition définitive. On en perdra alors jusqu’au souvenir, puisque selon Esaïe « on ne se rappellera plus les événements du début, ils ne remonteront plus à la pensée » (65.17).
2- La nouvelle Jérusalem (21.1-8) (Tableau moderne de la Jérusalem céleste)
Tandis qu’est fixé le sort éternel des impies, on pourrait se demander ce que sera celui des élus. Le début du chapitre 21 répond à cette question.
Ce passage est inclus dans la section des jugements, car il précise le sort éternel des élus et des impénitents. En effet, il se termine par l’identification de ces impénitents et par la précision de leur sort : la seconde mort (v 8). Cette 3ème répétition certifie la vérité divine énoncée auparavant (20. 6, 14).
v 1 : Après le millénium, il y aura « un nouveau ciel et une nouvelle terre... où la mer ne sera plus ». Inutile de s’imaginer ce monde ! Il appartiendra à une toute autre économie, où l’agitation des peuples, symbolisée par la mer, n’aura plus lieu d’être.
v 2 : Le peuple de Dieu, enlevé au ciel pour la durée des mille ans, descendra vivre sur la terre. Son union avec le Christ sera complète, c’est à ce moment là que sera consommé le mariage de l’Agneau avec son Epouse, comme le précise le verset 3 : « Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes ! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux ». Le tabernacle, c’est la tente de la rencontre, la maison où Dieu vit avec les siens, sans aucun obstacle désormais à leur communion (v 4).
v 5 : Dieu lui-même, la voix sortie du trône (v 3) certifie la véracité de cette promesse de nouveauté de vie avec lui.
v 6 : Enfin retentit le « C’est fait ! » qui marque la fin des jugements. Dieu signe sa révélation en reprenant les termes de Ap 1.8 : « Je suis l’Alpha et l’Omega » expliqués par « le commencement et la fin ». Il renouvelle son appel au lecteur, en insistant sur la gratuité de son offre de l’eau de la vie. Cet appel sera repris une dernière fois dans la conclusion du livre (22.17). Il exprime tout le message d’amour qui se fait entendre de la première à la dernière page de la Bible. Dieu met tout son amour dans la promesse d’appeler « son fils » celui qui l’entendra et « qui vaincra » (v 7).
Texte : Apocalypse 21.22-22.5
Observons
Le contexte : La séquence de l’exécution des derniers jugements de l’humanité, commencée au chapitre 15 s’est terminée au chapitre 21.8, avec une dernière mention de ceux qui se seront exclus du Royaume de Dieu. A ce moment (v 9), l’ange montre à Jean l’épouse, la femme de l’Agneau, sous la forme de la ville sainte, la Jérusalem céleste qui descend du ciel, d’auprès de Dieu (v 10). Son aspect glorieux est décrit par des symboles qui insistent sur son ouverture à tout le peuple de Dieu, sur la solidité et la richesse de ses fondements, et sur sa pureté (v 11-21).
Le texte
21.22-23 : Présence de la Gloire de Dieu et de l’Agneau dans la Ville
24-27 : Population de la Ville : la gloire et l’honneur des nations
22.1-2 : Le fleuve d’eau de la vie et l’arbre de vie
3-5 : les serviteurs de l’Agneau seront dans la lumière du Dieu Éternel.
Dans ce court passage, l’Agneau est mentionné cinq fois, toujours associé au Seigneur Dieu, à sa gloire ou son trône, et au livre de vie.
Comprenons
Dès le début de cette septième et dernière section de l’Apocalypse, décrivant la nouvelle Jérusalem, le personnage qui en est la tête et le centre est désigné sous le nom de l’Agneau. Nous avons vu tout ce trimestre, à quoi faisait allusion ce nom donné à Jésus-Christ. « Il est l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde » (Jn 1.29) », celui dont le sacrifice permet l’élimination du péché. On aurait pu penser que dans la nouvelle Jérusalem, le Fils de Dieu ayant retrouvé la gloire du Père, serait désigné par son nom de Jésus-Christ, le Sauveur et l’Oint de Dieu. Or voilà qu’il garde pour l’éternité son nom d’Agneau, parce que ce nom rappelle sa relation à son peuple : Il a donné sa vie pour lui accorder la vie éternelle.
Le texte prend bien soin de lier Dieu et l’Agneau : ils sont tous deux le temple (21.22), la lumière (21.23) ; ils occupent tous deux le même trône (22.1, 3). C’est le Dieu Tout-Puissant qui s’est donné pour le salut de son peuple, et qui se rend visible sous la forme de l’Agneau pour un face à face avec son peuple.
La dernière section tente de faire comprendre par des images symboliques quels seront les liens entre Dieu et son peuple dans la vie éternelle, lorsqu’il n’y aura plus d’obstacle à la relation avec Dieu.
21.9 : le premier lien évoqué est celui du couple, tels que Paul les a évoqués en Eph 5.21-27, unis dans l’amour, le partage et l’humilité.
21.22-23 : Le second lien est la lumière de Dieu, le Saint-Esprit ( ?) qui permet mutuellement de se voir, de se comprendre, de s’accepter, sans zones d’ombre, ni mensonge, en toute transparence (v 25, 27).
V 24-26 : le troisième lien entre Dieu et les hommes sera l’obéissance de tous les élus devenus rois par leur foi en l’Agneau et leur service de Dieu (1 Pi 2.9 ; Ap 5.10 ; 22.5b). Ils représenteront la gloire et l’honneur des peuples de la terre. Cette gloire et cet honneur ne consistent pas dans la grandeur sociale terrestre, mais dans une vie dirigée par l’Esprit de Dieu, menée selon sa volonté, dans la communion avec Lui et avec les frères.
L’image de l’inscription dans le livre de vie de l’Agneau renvoie au chapitre 5, où l’Agneau a reçu le livre scellé de 7 sceaux, parce qu’il est le seul digne de l’ouvrir, ayant donné sa vie pour que se réalise le salut de ceux qui croient en Lui.(5.9) Ainsi se referme la prise de connaissance de ce livre de vie, ou en d’autres termes le plan du salut établi par Dieu dès la fondation du monde.
Le quatrième lien entre Dieu et son peuple est suggéré dans les images symboliques du fleuve
de l’eau vive
et de l’arbre de vie éternellement productif, qui nous renvoient aux origines (Gen 2.9-10). La présence de Dieu, sans obstacle (v 5), donnera à tous sans interruption une vie harmonieuse (symbolisée par l’eau vive, limpide comme le cristal, et la nourriture abondante offerte par l’arbre), riche de fruit, exempte de maladies de toute nature (21.4), où domineront la justice (=trône) et l’amour de Dieu (= l’Agneau). Le projet de vie d’origine est enfin totalement réalisé grâce au don de soi de l’Agneau, pour éliminer le péché du monde (= faire l’expiation).
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- L’étude précise de ces textes me permet-elle d’envisager la fin des temps avec la sérénité demandée par Jésus dans Jean 14.1-3 ? Puis-je être reconnaissant(e) envers Dieu pour cette révélation ? Quelles sont encore mes angoisses ou mes interrogations ?
- A quoi m’incite la connaissance de la fin du grand conflit entre Dieu et Satan ? A redouter de ne pas faire partie de la première résurrection ? A attendre passivement et impatiemment la réalisation de la prophétie ? A affermir ma foi par la Parole de Dieu pour être parmi les élus ? A témoigner de l’amour de Dieu pour attirer à lui le plus grand nombre ?
- Quels aspects de Dieu révélés dans ces textes m’aident à vivre dans sa présence dès aujourd’hui ?
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12.12.2008
Etude n°12 Unis au Christ
Romains 6.1-14
Observons
Le contexte
Le ch 6 fait partie du traité doctrinal sur le salut par la foi en Jésus-Christ, qui occupe les ch 1-11. Paul vient de comparer l’œuvre d’Adam et celle de Christ (5.12-21), montrant combien la grâce de Christ a surpassé la faute d’Adam : Christ a introduit la justice et la vie éternelle au lieu du péché et de la mort (5.21).
Le ch développe les conséquences de cette œuvre de salut de Christ en faveur de l’homme pécheur.
Le texte
On distingue trois parties :
1- v 1-4 : par le baptême nous sommes morts au péché pour vivre en nouveauté de vie avec Christ.
2- v 5-11 : Crucifixion en Christ de notre nature pécheresse pour vivre avec Dieu.
3- V 12-14 : Laissons Christ régner dans nos vies pour pratiquer la justice.
Les mots péché et mort reviennent 11 et 13 fois, avec leur cortège de mots : ensevelis, crucifiés, impuissance, esclavage, dominer, régner, corps mortel, convoitise, armes pour l‘injustice, être sous la loi.
En opposition, les mots vie, résurrection, nouveauté de vie, vivre avec Christ, vivants revenus de la mort, s’entrelacent avec les précédents.
Comprenons
(Dessin de Zabou : Dis, maman, explique-moi…le baptême) 
Affirmer que « là où le péché abonde, la grâce surabonde », pourrait soulever l’objection souvent entendue : « continuons à pécher, à vivre selon nos pulsions égoïstes et orgueilleuses, Dieu qui est très bon, nous pardonnera toujours ! » Paul réfute cet argument fallacieux par l’affirmation que le chrétien, en passant par le baptême, a changé de Maître, de Seigneur. Par le baptême il s’est identifié à la mort et à la résurrection de Christ-Jésus. Il a reconnu que sur la croix, Jésus a fait mourir la nature pécheresse de l’homme, afin de lui donner par la résurrection, la possibilité de vivre une vie nouvelle.
« Christ a affronté une mort réelle et physique. La mort du croyant est réelle aussi, mais psychologique et spirituelle, non biologique » (Ph. Augendre, De la peur à la paix et la joie, Essai sur la possession démoniaque et la vie chrétienne, p 129, Ed V&S),
Le symbolisme du baptême par immersion est extrêmement parlant : le plongeon dans l’eau représente l’ensevelissement et la purification de tout ce qui éloigne de Dieu, de tout ce qui, dans notre être, est dominé par le désir d’indépendance de Dieu, par l’égoïsme et l’orgueil, par les aspirations à la gloire, au pouvoir, au profit. Ce qui meurt symboliquement et spirituellement, ce n’est pas la personnalité du baptisé, c’est son vieil homme sans Dieu (Rm 6.6), son naturel non régénéré par l’Esprit.
La sortie de l’eau est une image de la résurrection de Christ qui a vaincu la mort définitivement, et s’est rendu maître de tout ce qui y conduisait. C’est aussi une image de la nouvelle naissance du baptisé, qui uni à Christ, se retrouve libéré de la domination du péché. Christ devient le Seigneur de son être intérieur, pardonné et purifié, et lui permet de marcher (= progresser) dans une vie sanctifiée par sa présence. Le baptisé devient alors un instrument de « justice » ; s’il reste dans la communion de Christ, il reçoit la grâce de vivre pour et par Dieu, en témoin des lois et des bienfaits de son royaume.
Dans la faiblesse de notre foi, nous oublions trop souvent la promesse de Dieu au moment de l’engagement du baptême, de nous « ressusciter » réellement dès à présent. Accrochés à notre « vieil homme », nous le laissons surnager, manifestant par là notre difficulté à nous livrer au Seigneur ! Rappelons-nous que ce que Dieu promet, il l’accomplit, et que unis au Christ, nous sommes vivants pour Dieu ! Comment le manifesterons-nous dans notre vie personnelle et dans notre vie d’église ?
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Quel regard est-ce que je porte sur moi ? (v 11). Suis-je un pécheur invétéré, un pardonné affranchi de la loi (= pouvant vivre sans me soucier de la volonté de Dieu), un libéré de la domination et de la condamnation du péché, désireux de vivre avec Dieu à tout instant ? Quelles attitudes entraîne chacune de ces visions ?
- Qui domine mes désirs, mes souhaits, ma volonté ? Si c’est Jésus le Seigneur, comment cela se manifeste-t-il concrètement dans ma vie (relations, affections, loisirs, usage du temps et de l’argent).
- Comment être aujourd’hui une arme de justice (= justesse, droiture) dans la main de Dieu, une bénédiction pour les autres, un appel à une vie nouvelle avec Dieu ?
- L’union au Christ vécue dans le baptême est-elle acquise une fois pour toutes à ce moment ? Comment l’entretenir pour qu’elle demeure et transforme nos vies personnelles et notre vie d’église ?
- Quels éléments de mon vieil homme surnagent encore et freinent ma croissance en Christ ?
Annexe
Pour ceux qui voudraient reprendre, à l’occasion de cette étude sur le sens du baptême, le texte de 1 Co 15.29 sur la question du baptême pour les morts, nous vous renvoyons à l’étude n° 11 du 2è trimestre 08 : "la puissance de sa résurrection", en y ajoutant ces quelques réflexions : la tentative traditionnelle d’expliquer ce verset en s’appuyant sur une coutume spécifique de l’Eglise de Corinthe de baptiser « au-dessus » des (tombes des) morts , ne se justifie pas bibliquement : comment baptiser par immersion au-dessus d’une tombe ? Et pourquoi baptiser pour des morts dont la bible dit qu’ils sont dans un sommeil sans conscience ?
Il s’agit pour Paul de démontrer la vanité d’un acte de baptême qui mime la mort et la résurrection de Christ, si on ne croit pas à sa résurrection ni à celle des morts. C’est stupide de se faire baptiser, de « faire mourir son vieil homme», s’il n’y a pas de résurrection ! Si les morts restent à l’état de cadavres, pourquoi se faire baptiser ? Le rite perd son sens, et la nouvelle naissance et la résurrection finale n’existent pas. Alors autant profiter des jouissances matérielles de ce monde et sombrer ensuite dans le néant !
Cette interprétation s’appuie sur le contexte, sur la logique du raisonnement, et sur une autre ponctuation du texte. Rappelons que le texte grec d’origine en langue populaire (la koïnê), n’est pas ponctué et élide le verbe être, et que les éditeurs de la Bible ont rajouté la ponctuation beaucoup plus tard, selon leur interprétation des textes. Voici un essai de ponctuation qui donne à l’argumentation un ton beaucoup plus parlé : « Autrement, que feraient ceux qui se font baptiser ? Pour (rester) des cadavres, si les morts ne ressuscitent absolument pas ! Pourquoi se faire baptiser pour (être) des cadavres ? ».
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05.12.2008
Etude n°11 les bienfaits du sacrifice expiatoire de Christ (13 Déc 08)
Etude n° 11 : Bienfaits du sacrifice de Christ (13 12 08)
Hébreux 7.20-28
Observons
Le contexte
Le chapitre 7 de l’épître aux Hébreux est consacré à la démonstration de la supériorité du sacerdoce de Jésus « selon l’ordre de Melchisédek » (Ps 110.4). Dans les versets 1 à 10, l’auteur comparant Jésus à Melchisédek, établit sa supériorité par rapport à Abraham et aux Lévites.
Le texte
V 20-22 : Christ institué sacrificateur par un serment divin
V 23-25 : Christ seul sacrificateur éternel, sauveur parfait et intercesseur
V 26-28 : le Fils par sa sainteté est un sacrificateur parfait.
Toute l’argumentation tourne autour du rôle du souverain sacrificateur.
Comprenons
Le contexte
En tant que sacrificateur du Très-Haut, et roi de Salem (= paix), Melchisédek (= roi de justice) est considéré très tôt, par David lui-même, comme un « type » du Messie à venir. Jésus le confirme en rappelant le Psaume 110, composé par David « animé par l’Esprit », et en s’appropriant la prophétie de ce psaume (Mat 22.43-44).
Melchisédek, apparu sans généalogie ni descendance, pour recevoir la dîme des mains d’Abraham, lui fut donc supérieur, ainsi qu’aux Lévites qui, issus d’Abraham, furent consacrés au sacerdoce (Hé 7.4-11). Tous furent mortels et faillibles, alors que Christ fut institué sacrificateur, par la puissance d’une vie impérissable (v 16) et sans péché, sans être issu d’une tribu sacerdotale ; il a donc supprimé le sacerdoce lévitique, devenu inutile (v 18) et a introduit une meilleure espérance « par laquelle nous nous approchons de Dieu » (v 19).
Dès cette introduction à notre texte, apparaît un des bienfaits du sacrifice expiatoire et rédempteur de Christ : sa médiation comme sacrificateur, pour nous permettre l’accès à Dieu.
Le texte
Pour comprendre l’intercession de Jésus, il faut se souvenir que le sacrificateur de l’ancienne alliance était consacré au service du temple comme représentant du peuple auprès de Dieu, en présentant les prières du peuple sur l’autel des parfums et en en aspergeant les cornes du sang des victimes sacrifiées ; outre cette représentation, il était aussi représentant de Dieu auprès du peuple, surtout le Jour des Expiations, où, après avoir purifié le sanctuaire, il en ressortait pour éliminer symboliquement le mal, en le transférant sur le bouc émissaire.
Le sacrificateur œuvrait donc pour transmettre aux fidèles de la part de Dieu l’assurance du pardon. L’auteur de l’épître aux Hébreux compare Jésus-Christ à ces sacrificateurs humains pour montrer combien le sacerdoce de Jésus dépasse celui des nombreux hommes mortels qui l’ont précédé.
Alors qu’il n’est pas de la tribu de Lévi d’où sortaient les sacrificateurs, Jésus a été institué sacrificateur, non selon une loi humaine, mais selon un serment de Dieu (v 6.17 ; Ps 110.4). Le serment n’a de valeur que s’il est garanti par une autorité, une personne supérieure à celui qui le prononce. On prête serment sur son père, sa mère, le roi, le temple, un objet ou une personne sacrée, pour attester de la vérité de ses mots. Dieu rend sa parole sûre en jurant par lui-même, car il n’y a personne de plus grand que lui ! Il y a peu de serments de Dieu dans la Bible. Notre texte fait allusion au premier serment de bénédiction par l’ange de l’Éternel à Abraham après le sacrifice d’Isaac (Genèse 22.16).
Esaïe 45.22b-23 rapporte le serment de Dieu appelant les hommes à se tourner vers lui : « Tournez-vous vers moi et vous serez sauvés, car je suis Dieu, et il n’y en a pas d’autre. Je le jure par moi-même, la vérité sort de ma bouche, et ma parole ne sera pas révoquée… ».
Dans Apocalypse 10.5-7, l’ange debout sur la mer et sur la terre (= image du Christ intercesseur) jure par l’Éternel et le Créateur qu’il « n’y aura plus de délai » pour l’accomplissement du mystère de Dieu.
Dans notre texte aux Hébreux, Dieu s’engage solennellement à accomplir par Jésus une œuvre de salut et de médiation en faveur de son peuple. Parce que Christ ressuscité et saint, vit éternellement, son rôle de sacrificateur médiateur entre les hommes et Dieu, est unique (il ne peut avoir de successeurs) et parfait : il sauve vraiment et intercède (v 24-25).
On peut se demander en quoi consiste l’intercession de Christ auprès de Dieu. Comment imaginer un Dieu séparé en deux, le Père, juge qui a besoin d’être supplié par son Fils qui lui présente son sacrifice pour le rendre favorable aux pauvres humains ? C’est une dichotomie absolument contraire aux Evangiles et aux paroles de Christ (Jean 17.21-22), disant ne faire qu’un avec son Père.
Selon notre habitude, cherchons dans la Bible une explication de l’intercession divine à travers des épisodes où interviennent des sacrificateurs, « types » du Christ. 
Le premier texte se situe en Nombres 17.6-15 : A la suite de la révolte de Koré et de son châtiment le peuple murmure contre Dieu, Moïse et Aaron. Une plaie décime les tribus. Moïse ordonne à son frère le sacrificateur Aaron de parcourir le camp en offrant le parfum de l’autel d’or pour « faire l’expiation » du peuple (= effacer son péché). « Aaron se plaça entre les morts et les vivants, et la plaie fut arrêtée (v 13). Aaron avec son encensoir brûlant les parfums symbolisant les prières de repentance du peuple, fut le médiateur qui au nom de Dieu purifia le peuple, effaça son péché et ainsi conserva la vie à ceux qui étaient pardonnés. De même Christ, dans son sacerdoce éternel, se place entre ses fidèles repentants et celui qui les accuse devant Dieu et cherche à les perdre. Il les défend, les protège, les purifie et leur accorde le feu de l’Esprit pour vivre et persévérer dans la foi, au sein d’un monde où se déchaînent les puissances des ténèbres.
Le second texte d’intercession (Zacharie 3.1-5) est encore plus précis, puisqu’il met en scène l’ange de l’Éternel, Satan, l’Éternel, devant lequel comparaît le sacrificateur Josué, en vêtement sales. Dieu récuse les accusations de Satan et sous la forme de l’ange, purifie Josué en le revêtant d’habits précieux, en signe de son pardon !
Un troisième texte biblique nous montre sous forme d’images symboliques l’intercession de Christ pour son peuple de la fin des temps. Dans Apocalypse 8.3-5, un ange à l’encensoir (rappel d’Aaron et de sa fonction sacerdotale d’intercesseur) est placé sur l’autel d’or : ce qui signifie qu’il est à la fois sacrificateur (le sacrificateur seul pénétrait dans le lieu Saint où se situait l’autel d’or des parfums, mais se tenait devant et non dessus !) et victime (dont le sang était aspergé sur les cornes de l’autel. (Dessin de Zabou) 
Cet ange représente Christ, qui seul est à la fois prêtre et victime, opposant le don de sa vie sur la croix en faveur des croyants en son sacrifice, aux accusations de culpabilité proférées par Satan. Son intercession les libère de son emprise maléfique et sournoise, les assure de son pardon et de la transmission de son Esprit (Ap 8.5) en jetant le feu de l’autel sur la terre. Ils en sont fortifiés et scellés (7.3), pour persévérer dans la foi au milieu des fléaux avertisseurs qui tombent sur la terre, véritables trompettes appelant les hommes à se repentir (Ap 8.21).
Ainsi ces trois textes nous permettent d’approcher la compréhension de la rédemption et de l’intercession parfaites de Christ. Sa mort sur la croix efface le péché de notre nature humaine sans Dieu, son sang (= sa vie), donné volontairement en notre faveur (v 27), nous offre la possibilité d’une autre vie, une vie nouvelle guidée par l’Esprit qu’il répand sur ceux qui s’approchent de Dieu avec un cœur contrit, son intercession nous défend et nous protège contre les fausses culpabilisations suggérées à notre esprit par l’adversaire ; le feu de son Esprit Saint nous purifie et nous anime d’une nouvelle ardeur pour le servir auprès de nos frères les hommes, il nous éclaire dans les dédales et les embûches d’un monde déboussolé et agité de violences.
V 28 : Etabli par Dieu sous le sceau d’un serment solennel, dans ce ministère après sa résurrection et son ascension, Jésus-Christ, vivant pour l’éternité, sauve ceux qui s’approchent de Dieu par lui (v 25), le médiateur d’une alliance plus excellente que celle de l’ancien culte terrestre, qui n’était que « l’image et l’ombre des choses célestes. » (Hé 8.5)
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comment intégrer à ma vie personnelle et à celle de mon église la révélation de ce texte sur l’intercession de Christ ? En quoi cette intercession peut-elle modifier nos prières, nos projets d’action dans le monde, nos relations avec les autres, et avec Dieu ?
- Pourquoi ne pas demander au Seigneur de nous éclairer dans l’étude des textes difficiles de sa Parole, pour comprendre comment il agit en notre faveur à travers les événements du monde et de notre vie ?
- Ai-je l’assurance du pardon parfait acquis pour moi par Christ sur la croix ? Comment sa puissance de résurrection et d’intercession agit-elle en mon cœur et ma conscience ? Un sentiment de culpabilité subsiste-t-il toujours ? Pourquoi ? et Comment l’éliminer ?
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28.11.2008
Etude n°10 L'expiation à la croix
Etude n°10 : Réconciliation à la croix Col 1,12-23 (6 12 08)
Observons
Le contexte (1.1-11)
Paul rend grâces à Dieu pour la foi et la charité des chrétiens de Colosses, église de Phrygie en Asie Mineure, fondée et dirigée par Epaphras (v 7). Il prie pour qu’ils soient remplis de la connaissance de la volonté de Dieu, « en toute sagesse et intelligence spirituelle» (v 9), et qu’ils marchent d’une manière digne du Seigneur (v 10-11)
Le texte (v 12-23)
V 12-14 : Sujets d’action de grâces des croyants : la rédemption, le pardon des péchés en Christ.
V 15-20 : Qualités du Rédempteur et Réconciliateur
V 21-23 Réconciliation et justification en Christ ont pour fruit la persévérance dans la foi et l’espérance.
Vocabulaire pour l’œuvre de salut :
V 13 : délivrer du pouvoir des ténèbres, en opposition au v 12 à avoir part à l’héritage des saints dans la lumière.
V 14 : la rédemption = le rachat de l’esclave grâce à une rançon, = la libération (1 Pi 1.18-19)
V 14 : le pardon des péchés = l’élimination, l’expiation (Dan 9.24 ; Hé 2.12 ; 9.12)
V 20 : Tout réconcilier avec lui par le sang de la croix (Rm 5.10-11 ; Eph 2.13-18)
V 22 : faire paraître devant lui saint, sans défaut, sans reproche = la justification et la sanctification.
Comprenons
Comme nous l’avons vu la semaine dernière, les notions de rédemption et d’expiation sont si intimement liées que les auteurs bibliques et Paul en particulier les emploie souvent indifféremment l’une pour l’autre.
Pour saisir le sens de ce mot expiation, voici des extraits de l’article « Expiation » du Vocabulaire de théologie biblique (sous la direction de Léon Dufour, Le Cerf 1991 :
« Les traductions françaises de la Bible utilisent souvent le terme « expiation » ou parfois « propitiation » (hb. kipper, gr. hilaskesthai) dans l’AT soit à propos des sacrifices « pour le péché » où le prêtre est dit « accomplir le rite de l'expiation « (Lv 4), soit plus spécialement encore à propos de la fête annuelle du 10 tishri, généralement nommée « le jour des expiations » ou « le grand jour de l'expiation » et dont Lv 16 décrit en détail le rituel.
Dans le NT, si le terme est rare (Rm 3,25 ; He 2,17; 1 Jn 2,2; 4,10), l'idée se retrouve fréquemment, non seulement dans toute l'épître aux Hébreux qui assimile le rôle rédempteur du Christ à la fonction du Grand Prêtre au « jour des expiations », mais, plus ou moins certainement, chaque fois que le Christ est déclaré « mourir pour nos péchés » (1Co 15,3) ou « répandre son sang pour la rémission des péchés » (Mt 26,28).
1. Expiation et Péché. En français comme dans nombre de langues modernes, la notion d'expiation tend à se confondre avec celle de châtiment. Au contraire, pour tous les anciens - tel est le sens du verbe expiare dans la Vulgate comme dans la liturgie -, qui dit « expier » dit essentiellement «purifier », plus exactement rendre un objet, un lieu, une personne désormais agréables aux dieux, alors qu'auparavant ils ne leur agréaient pas. Toute expiation suppose donc l'existence d'un péché et a pour effet de le détruire.
Comme ce péché n'est pas conçu à la façon d'une souillure matérielle qu'il serait au pouvoir de l'homme de faire disparaître, mais qu'il s'identifie à la rébellion même de l'homme contre Dieu, l'expiation efface le péché en réunissant de nouveau l'homme à Dieu, en le lui « consacrant » selon le sens de l'aspersion du sang… Une expiation authentique ne saurait avoir de valeur indépendamment des dispositions intérieures de celui qui l'offre; elle est d'abord un acte spirituel, que le geste extérieur exprime mais qu'il ne peut suppléer. Elle exclut également toute prétention de l'homme à forcer Dieu à lui devenir favorable. Une telle prière se ramène à un acte de foi en la fidélité de Dieu. Ainsi conçue, l'expiation ne tend point, sinon aux yeux de l'homme, à changer les dispositions de Dieu, mais à disposer l'homme à accueillir le don de Dieu.
2. Expiation et pardon. Aussi le «jour des expiations » était-il plus encore dans la conscience religieuse des juifs le « jour des pardons ». Et quand, à deux reprises saint Jean, évoquant soit l'intercession céleste du Christ auprès du Père (1 Jn 2,2), soit l'oeuvre accomplie ici-bas par sa mort et sa résurrection (1 Jn 4,10), déclare qu'il est, ou que le Père l'a fait, « hilasmos pour nos péchés », le terme offre sans doute le même sens qu'il a toujours dans l’AT grec (Ps 130,4) et que le mot latin propitiatio offre aussi toujours dans la liturgie : par le Christ et dans le Christ le Père réalise le dessein de son amour éternel (1 Jn 4,8) en « se montrant propice », c'est-à-dire en « pardonnant » aux hommes, d'un pardon efficace, qui détruise vraiment le péché, qui « purifie » l'homme, lui communique sa propre vie (1 Jn 4,9). (Stanilas LYONNET)
Notre texte de Colossiens place les deux mots de « rédemption » (apolutrõsis) et de « rémission » (aphesis) des péchés (v 14) au cœur de l’action de grâce du croyant en Jésus-Christ, et prend soin de décliner les qualités du Christ qui font de lui le seul Sauveur de l’Univers et de l’Eglise, pour ensuite énoncer les fruits de la rédemption.
Avant d’expliquer le sens que Paul donne à l’œuvre d’expiation par le sang de Christ, examinons les qualifications de Christ pour l’accomplir (v 15-20).
V 15 : Jésus est l’image du Dieu invisible : il est le seul qui rende perceptible à l’homme la divinité invisible, spirituelle (Jn 1.18). Il est la vraie manifestation de l’amour de Dieu (Jn 8.19 ; 14.9), car lui seul est descendu du ciel pour le révéler (Jn 3.13). (Zabou : La Parole créatrice)
V 16-17 : Le premier-né de la création : contrairement à certains interprètes, il ne faut pas prendre cette expression littéralement dans son sens biologique. Le premier-né était un titre qui marquait la fonction éminente, la dignité suprême, ou l’origine d’un événement. Les versets 16-17 expliquent l’expression : « Tout, (visible et invisible) a été créé en lui, par lui, et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui». Sa préexistence de Concepteur (en lui), de Créateur (par lui) et de destinataire (pour lui) le rend supérieur et d’une autre essence que toutes les autres créatures angéliques (Hé 1), humaines, animales, ou végétales, que l’homme aurait tendance à adorer comme intermédiaires entre la Divinité et lui (2.18). Cette puissance créatrice qui n’appartient qu’à lui, le rend à même de conserver l’univers, de soutenir son existence (v 17), car sans lui, livré à lui-même, l’univers irait à sa destruction. L’exemple de Pharaon, livré à son endurcissement de cœur qui le conduit à la mort (Exode 11 et 14.7-18, 28) est là pour nous faire comprendre que lorsque l’Esprit qui soutient toute chose est obstinément refusé, Il se retire et laisse le monde livré aux forces destructrices. C’est peut-être ce que nous commençons à voir se réaliser dans le monde aujourd’hui. Mais heureusement, Dieu par amour « use de patience, car il ne veut pas qu’aucun périsse, mais il veut que tous arrivent à la repentance (2 Pi 3.9).
V 18 : Après l’exposé du rapport de Christ à Dieu le Père, et de son rapport à l’Univers, Paul aborde son rapport à l’Eglise : Il en est la tête, le chef, ce que les faux docteurs de Colosses semblent avoir contesté (2.18). L’Eglise, corps du Christ est une image chère à Paul (1 Co 10.17 ; 12.12 ; Eph 1.22-23,…) pour exprimer l’union de Christ avec les croyants qu’il dirige et anime, et leur solidarité dans la diversité des membres qui la composent. L’Eglise est ici considérée comme une seconde création, spirituelle, dont Jésus est l’origine, le commencement, comme il l’a été de la création physique. Grâce à la résurrection de Christ, l’humanité peut commencer une nouvelle vie dont Christ est la source. Comme « premier-né d’entre les morts »(v 18), « prémices de ceux qui sont décédés (1 Co 15.20), il ouvre le chemin de la vie éternelle à tous ceux qui croient en lui.
Puisque Christ est prééminent en tout, origine de tout, et qu’il est ressuscité, il a la puissance de vie et les qualifications pour accomplir parfaitement l’œuvre de rédemption et d’expiation de l’homme. Nous avons vu la semaine dernière que si au départ le mot « rédemption » signifiait « le rachat » d’un esclave, il est devenu dans le langage biblique synonyme de « salut ». L’expiation, au sens de « libération des péchés » est la première étape de cette œuvre de salut. Le « Jour des Expiations » (Kippourim) symbolisait dans ses rites le processus d’effacement, d’absolution des péchés, qui libère de l’esclavage du mal, l’homme voué à la mort par suite de son péché (= état de séparation d’avec Dieu). Le sang pur du bouc pour l’Éternel, sacrifié sans imposition des mains, aspergé sur l’arche de la Loi , et sur tous les objets du Lieu Saint et sur l’autel des sacrifices, les purifiait des souillures provoquées par le sang des sacrifices quotidiens, qui avaient porté devant Dieu les fautes confessées par les fidèles repentants. Ce que préfigurait ce Jour des Expiations, Christ l’a accompli parfaitement à la croix : Il a pris sur lui le péché de l’homme, bien qu’il soit innocent (2 Co 5.21), et il l’a fait mourir sur la croix dans sa mort (Rm 8.3). Il a ainsi « ôté le péché du monde», l’a « expié » (Dan 9.24 ; Hé 2.17 ; 9.12), extirpé du cœur de celui qui accepte ce chemin de salut et s’identifie à Christ sur la croix : « la vieille nature (pécheresse) a été crucifiée avec lui, afin que ce corps de péché soit réduit à l’impuissance et que nous ne soyons plus esclaves du péché » (Rm 6.6).
V 20- 22 : Christ ayant accompli cette purification, cette élimination du péché, a anéanti ce qui séparait l’homme de
Dieu, et a permis au croyant d’être réconcilié (seconde étape du salut) avec son Père et de retrouver la paix du cœur dans une relation d’amour avec lui (v 20), sans crainte ni culpabilité, car Dieu dans son amour le déclare « juste » devant lui (Luc 18.14 ; Es 53.11). C’est ce qu’on appelle la justification (troisième étape), qui a pour fruit la sanctification (quatrième étape) par l’Esprit pour que le croyant « paraisse devant lui, (à son avènement), saint, sans défaut et sans reproche » (v 22).
Chacune des étapes de la rédemption ou libération des puissances des ténèbres (pardon des péchés, réconciliation, justification, sanctification) procède de la mort et de la résurrection de Christ, de sorte que nul ne peut se glorifier d’un quelconque mérite personnel. Ce ne sont pas nos efforts de sainteté et d’obéissance, ni nos sacrifices coûteux qui nous sauvent, qui éliminent le péché en nous, mais c’est parce que Christ est mort et ressuscité pour nous, que nous avons accès à la vie éternelle et que nous pouvons vivre, ancrés dans la foi et l’espérance, une vie consacrée au service du Seigneur et fidèle à l’Evangile, comme Paul (V 23).
Le salut offert par Christ s’accompagne donc, s’il est accepté d’un cœur repentant et sincère, d’une nouvelle naissance (Jn 3.5-6 ; 2 Co 5.17-18), où la réconciliation avec Dieu permet à l’Esprit de régénérer l’être intérieur, et de produire des œuvres qui témoigneront de notre appartenance à un Dieu d’amour inconditionnel (Jn 3.16 ; Rm 5.8).
Questions pour une application dans la vie chrétienne - Comment ma rencontre avec le Christ crucifié et ressuscité m’a-t-elle délivré du « pouvoir des ténèbres » ? Ai-je encore un sentiment de culpabilité, une angoisse de la mort et du jugement, une rancune tenace, une habitude nocive, qui troublent ma vie ? Si oui, comment obtenir la paix ? Sinon, comment ma libération se remarque-t-elle, dans mes relations à Dieu et aux autres ?
- En quoi les textes de l’étude de cette semaine peuvent-ils m’aider à avancer sur le chemin de la réconciliation avec Dieu, avec moi-même et avec les autres ?
- Comment l’Eglise me permet-elle d’expérimenter le pardon de Dieu ? Quelle est ma participation dans cette œuvre ? Comment concilier discipline ecclésiastique et pardon ?
- Quel état d’esprit implique la foi dans l’œuvre d’expiation ou de pardon accomplie par Christ sur la croix ? (Humilité, repentance, reconnaissance à Dieu, engagement au service de Dieu) Comment nos liturgies nous invitent-elles à marcher sur ce chemin ?
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21.11.2008
Etude n°9 métaphores du salut (29 Nov 08)
Etude n° 9 : Métaphores du salut (Rédemption/réconciliation) 28 Nov 08
Romains 3.19-26
Observons
Le contexte
Après avoir démontré dans les ch 1 et 2 de sa lettre aux Romains, l’universalité du péché (non-Juifs et Juifs sont à égalité, même si les Juifs ont l’avantage primordial d’être les dépositaires de la Parole de Dieu (3.1-9), Paul appuie sa démonstration sur les textes des Écritures qui affirment que tous les hommes sont coupables parce que « la crainte de Dieu n’est pas devant leurs yeux » (v 10-18).
Le texte 
Structure
V 19-20 : La loi fait connaître le péché
V 21-22 : La justice de Dieu s’obtient par la foi en JC
V 23-26 : La mort de JC, moyen de rédemption et d’expiation pour tous.
(Le Tintoret Crucifixion, détail)
Répétitions :
Justifié = v 19, 20, 24
Justice de Dieu = v 21,22,25,26
Dieu reconnu juste : v 26
Dieu justifiant : v 26
6 fois Dieu justifie ou accorde sa justice, 2 fois l’homme est l’objet de la justice de Dieu. Le vocabulaire est essentiellement juridique.
3 fois les destinataires de l’œuvre de salut de JC sont désignés comme « ceux qui croient » (22), « ceux qui ont la foi en son sang » (25), celui qui a la foi en Jésus » (26)
Opposition entre l’œuvre de justification de Dieu et l’état de péché de l’homme (v 19,20,23,25)
Au centre du texte (v 24-25) on trouve les notions de « rédemption » en Christ, et « d’expiation » opérée par Christ pour « ceux qui ont la foi en son sang ». Ces deux termes sortent du vocabulaire juridique : ils sont du domaine social (relation entre les hommes) et religieux (relation avec Dieu).
Comprenons

Le contexte
Paul vient de citer quelques passages des Ecritures qui justifient son affirmation de l’universalité du péché : Ps 14.1-3 pour les versets 10-12 ; Ps 5.10 ; 140.4 ; 10.7 pour les v 13-14 ; Es 59.7-8 pour les v 15-17. Paul cite ces textes selon la version des Septante en grec qu’il connaissait. Ces passages dénoncent l’injustice générale et l’égarement de l’humanité qui « ne cherche pas Dieu ». Cet égarement se manifeste dans la parole mortelle et l’activité meurtrière et destructrice, dans l’absence de paix et de crainte ou respect de Dieu, qui règnent parmi les hommes.
Le texte
V 19-20 : Paul conclut que ces révélations de l’Ancienne Alliance s’adressent aux Juifs « qui sont sous la loi », c’est-à-dire qui en sont les dépositaires, pour les avertir que eux aussi sont concernés puisque « tous sont coupables devant Dieu» (ch 1-2), car la source du péché se trouve dans le cœur humain. L’observation de la loi morale ou rituelle ne peut donc constituer un mérite pour obtenir la justice de Dieu, ou en d’autres termes pour être considéré comme juste par Dieu. Les efforts faits pour observer la loi sont vains et imparfaits, s’ils ont pour but de gagner le salut, émanant ainsi d’un cœur orgueilleux et suffisant, et non d’un amour véritable pour Dieu. L’Éternel n’a pas donné la loi à l’homme comme moyen d’acquérir la vraie justice ou la sainteté, mais comme révélateur de son état profond de péché, pour le conduire à Dieu dans la repentance (Ga 3.24).
V 21-22 : En opposition, (« Mais maintenant » = sous la Nouvelle Alliance ) à cette prétention d’obtenir le salut par l’obéissance à la loi, Paul va développer avec joie (ce « mais maintenant » manifeste un soulagement, une libération !), la vraie source de justice que révèle tout l’Ancien Testament (= Loi et Prophètes) : Dieu accorde sa justice à tous ceux qui croient en Jésus (v 22 // 1.16-17), sans que l’obéissance à la loi joue un rôle pour l’obtenir.
V 23-24 : Pour comprendre en quoi consiste cette justice ou sainteté accordée par Dieu « gratuitement et par grâce » (la redondance insiste sur l’idée du don inconditionnel de Dieu), à celui sans distinction d’origine, et sans mérite, qui croit dans le « sang » de Christ, Paul use de deux métaphores, la rédemption et l’expiation, qui même si elles sont fort employées dans le Nouveau Testament, demandent à chaque fois d’être expliquées. (Nous nous attacherons dans cette étude à la rédemption, et dans l’étude de la semaine prochaine à l’expiation).
La rédemption
Privé de la gloire de Dieu, c’est à dire coupé de l’image de Dieu qu’il était destiné à être (Ge 1.27 // 1 Co 11.7), parce qu’il s’est soumis à Satan, l’homme est devenu esclave du péché dont il ne peut s’affranchir lui-même (Rm 6.16 ; 7.23-24 ; 2 Ti 2.26 ; 2 Pi 2.19).
Le mot « rédemption » est de la même racine (ou gā’al en hébreu, lutroô ou agorazô en grec) que le mot « rachat » et signifie dans la Bible « racheter, libérer » d’un asservissement des humains ou des biens, au moyen d’une aide extérieure ou « rançon ». Il a pris dans le langage actuel une extension de sens pour désigner « le plan du salut de Dieu en Jésus-Christ ». Dans l’Ancien Testament (Lév 25.25 ; Ruth 3 et 4 ; Jér 32.6-9), le rachat d’une personne, d’un bien, d’une propriété aliénée ou hypothéquée, est opéré par le «go’ēl » le « racheteur » qui est le plus proche parent, pour préserver l’intégrité familiale. La racine « pādā » est utilisée pour la libération des Israélites esclaves en Egypte (Ex 6.6 ; 15.3) et pour le rachat des premiers-nés normalement consacrés à l’Éternel (Ex 13.13)
L’idée de rançon et de rachat de liberté nous est bien connu aujourd’hui lors de la libération des otages retenus prisonniers par leur ravisseur.
Ici Paul fait « du sang du Christ » ou en d’autres mots de la mort de Christ sur la croix, la rançon, le prix payé par Dieu pour libérer sa créature du péché qui l’éloigne de Lui.
Cette idée de prix ou de rançon payée est en contradiction avec celle de la gratuité de la justice de Dieu, de la grâce offerte à tous ! Il ne faut donc pas pousser la métaphore trop loin, sinon on introduit une notion mercantile dans le processus du salut. A qui en outre Dieu (ou Jésus) payerait-il de sa vie ce salut ?*
* Voir la note du Nouveau Vocabulaire Biblique, déjà citée dans l’étude n°10 du 2ème trimestre 2008 : le sens de la mort de Jésus »)
Retenons ici simplement l’idée de libération de l’esclavage du péché et de la mort.
Comment le sang de Jésus (= sa vie, que Jésus a donnée sur la croix) permet-il à celui qui croit d’être libéré de la mort, de la culpabilité et du péché, et d’être considéré comme « juste » devant Dieu ?
Dans chacun des cas de rachat ou de libération mentionnés précédemment, il y a une notion de substitution : Au premier-né consacré à l’Éternel, est substitué un agneau offert à Dieu (Ex 13.13).Plus tard la consécration de toute la tribu de Lévi remplaça la consécration des premiers-nés des autres tribus (Nb 3.41). A la sortie d’Egypte, à la dixième plaie, le sang d’un agneau prend la place des premiers-nés de la maison où il a été aspergé, pour les libérer de la mort. Dans le récit de Ruth, Booz est le « go’el » de la famille de Naomi, et en rachetant la propriété de Naomi, il se substitue au mari défunt de Ruth pour lui donner une descendance et lui conserver son héritage.
La libération est liée à la substitution par le « rédempteur » au moyen d’une rançon (sang ou argent) au profit du racheté. Dans le rachat par Jésus « qui donne sa vie en rançon pour beaucoup » (Mc 10.45 ; Mt 20.28), la même idée de substitution apparaît : la mort de Jésus se substitue à la mort de tous les pécheurs, pour que ceux qui croient en lui bénéficient de sa vie. Un épisode très symbolique de la passion de Jésus peut nous aider à comprendre cette substitution (Jn 18.39-40): Condamné à mort pour ses crimes, le brigand Barrabas (= fils du père !) est délivré parce que Jésus (Fils du Père !) prend sa place : il paye de sa vie la libération de Barrabas.
De même Caïphe prononce une parole prophétique inconsciente en disant (Jean 11.50) : « il est avantageux pour vous qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation entière ne périsse pas ! » Son choix politique pour sauver le peuple Juif de la colère des Romains s’est révélé donner le sens spirituel de la mort de Jésus. Dieu a choisi de se substituer lui-même en Jésus à l’ensemble de l’humanité, et de subir à sa place la mort qui l’attend à la suite de sa séparation d’avec Lui. Ce faisant il réintègre dans sa famille, dans sa maisonnée, celui qui accepte ce don d’amour ; Il le réconcilie avec Lui, selon l’autre image qu’emploie Paul en 2 Co 5.18-19 pour parler du sens de la croix.
Les histoires d’otages libérés contre rançon, ou de Juifs sauvés des camps de concentration par la substitution d’hommes ou de femmes qui ont accepté de prendre leur place peuvent nous faire comprendre le rachat de notre vie et de notre liberté par Jésus (Rm 5.7-8).
Pour bénéficier de ce rachat, de cette réconciliation, Paul affirme qu’il suffit au pécheur repentant de croire que Jésus l’a accompli en sa faveur, de s’approprier personnellement ce don et d’intégrer à sa vie la libération du péché. La Bible annotée de Neuchâtel commente ainsi ce processus de justification (note sur Rm 3.24) : « Devenu un avec Christ, qui s’est mis à sa place et a assumé pour lui (la conséquence de son péché), le pécheur à son tour est admis par sa foi à prendre la place de Christ lui-même. Il devient enfant de Dieu, fils de Dieu, héritier de Dieu et cohéritier de Christ (Rm 8.14,17) », il est considéré comme juste devant Dieu et peut alors commencer une vie nouvelle, affranchie de l’esclavage du péché, marchant dans la sainteté et la justice que lui communique sa communion avec son Rédempteur (Jean 17.17 ; 1Jn 3.3,5-6).
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Ai-je pris conscience de mon impossibilité à racheter moi-même la vie éternelle, à me libérer du péché par mes efforts de sainteté ? Quelles sont encore mes illusions à ce sujet : obéissance à la loi, observation du sabbat, appartenance à « l’Eglise du Reste », hygiène alimentaire, ou toute autre pratique « méritoire » ?
- Comment changer d’état d’esprit à l’exemple de Paul (Phi 3.8-9) et acquérir la « justice de Dieu » ?
- Si je reconnais que Dieu en me rachetant, me réconcilie avec Lui, me fait entrer dans sa famille, comment puis-je vivre concrètement cette réconciliation dans ma relation avec Lui et avec les autres ? Comment manifester ma reconnaissance et témoigner de ma libération du péché par la grâce de Christ ?
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14.11.2008
Etude n°8 Expiation et Incarnation (22 Nov 08)
Etude n°8 Réconciliation et Incarnation
Mat 1.18-25
(Nativité, icône moderne)
Observons
Le contexte : v 1-17 : Généalogie De Jésus, fils de David, depuis Abraham jusqu’à Joseph, époux de Marie.
Le texte
V 18-19 : Projets de Joseph et Marie
V 20-23 : Intervention de l’ange : Jésus, Dieu avec nous, Sauveur
V 24-25 : Obéissance de Joseph.
Comprenons
Le but de l’Evangile de Matthieu est de mettre en évidence le rapport intime et vivant entre les deux alliances et de montrer ainsi en Jésus-Christ l’aboutissement de toute l’histoire de son peuple et le Libérateur de ses péchés (v21). C’est pourquoi l’évangile commence par une généalogie marquée par les deux grands noms de cette histoire, Abraham et David (v 1).
Dans la postérité d’Abraham devaient être bénies toutes les familles de la terre (Gn 12.3). Cela n’a de sens et d’accomplissement qu’en Jésus-Christ qui offre le salut à tous. De la famille de David devait naître celui dont la royauté serait éternelle, le Messie (Ps 132.11 ; Es 11.1-5)
Christ est venu s’inscrire dans l’humanité à travers une lignée précise, dont Matthieu ne cache pas les imperfections :
1- Non seulement Dieu s’incarne , abandonnant sa gloire et sa puissance pour devenir homme comme nous, mais encore il endosse l’humanité déchue et pécheresse de sa famille terrestre. Matthieu ne se contente pas de nommer les hommes, glorieux ou humbles, comme le demande le genre littéraire de la généalogie, mais il y introduit le nom de cinq femmes qui toutes ont dérogé à la morale sociale du peuple.
Tamar, la cananéenne dut commettre l’inceste avec son beau-père Juda pour donner une descendance à la famille. Rahab la prostituée de Jéricho intégra le peuple d’Israël et devint la mère de Booz, Ruth la Moabite choisit de suivre sa belle-mère en Israël, épousa Booz et devint l’arrière-grand-mère de David, Betsabé femme adultère d’Urie, le Héthien, fut épousée par David après le meurtre d’Urie, et devint mère de Salomon. Enfin Marie, vierge et fiancée à Joseph devint enceinte du Saint-Esprit.
Toutes ces femmes sont entrées dans l’alliance avec Dieu à leurs risques et périls, parce qu’elles désiraient avant tout la présence de ce Dieu qui pardonnait leurs faiblesses et leurs erreurs. Jésus, homme de cette lignée ose assumer cette ascendance pour la libérer du péché.
En mentionnant Joseph, l’époux de Marie, tout en sachant qu’il n’était pas le père naturel de Jésus, Matthieu suggère que Marie faisait partie de la même famille descendant d’Abraham et de David. La généalogie de Luc différente de celle de Matthieu, semble le confirmer (3.23): Luc présente la généalogie de Héli, mentionné comme père de Joseph, mais qui serait en fait père de Marie. Ainsi, en épousant Marie, seule héritière du nom, Joseph entrait légalement, par adoption, dans la lignée d'Héli. Celle-ci d’ailleurs était cousine de celle de Joseph par Nathan (Luc 3.31) fils de David (2.Sa 5.14) frère de Salomon (Mt 1.6). Zacharie (12.12) avait prophétisé que les deux clans porteraient le deuil « du fils unique » divin qu’ils auront transpercé !
Dieu dans cette naissance de Jésus risquait de voir son plan détruit par le refus de Marie, et par l’opposition que sa situation de mère célibataire ou de fiancée adultère pouvait soulever contre elle. Elle était en effet menacée de lapidation pour avoir rompu l’engagement de ses fiançailles. Joseph se trouvait devant un grave dilemne : étant qualifié de « juste », il ne pouvait pas épouser Marie qu’il croyait infidèle, mais l’aimant, il ne pouvait pas non plus la livrer à la honte et à la mort (Dt 22.23). En rompant secrètement avec elle par une lettre de divorce, il la libérait de ses engagements et lui permettait éventuellement d’épouser le père de l’enfant, pour lui éviter la honte et la mort.
2- Dieu n’abandonne pas son humble servante et révèle à Joseph la vérité de la situation, au risque de ne pas être cru par lui ! Matthieu insiste (v 18, 25) sur la virginité de Marie, mais aussi sur son humanité : elle ne deviendra effectivement l’épouse de Joseph qu’après la naissance de Jésus. Il est vraisemblable que les frères de Jésus mentionnés dans plusieurs textes (Mt 12.49, Mc 3.32, Jn 7.5, Ac 1.14) aient été vraiment ses frères et non ses cousins.
Matthieu a construit son récit en encadrant par les données humaines de la naissance de Jésus ce qui est le plus important, les données divines. (Nativité,Georges de La Tour 17è)
3- Par l’intervention d’un ange dans un songe, Joseph a la révélation que cet enfant à naître :
- est conçu du Saint-Esprit (v 20), il est donc Dieu lui-même incarné
- portera le nom de Jésus ce qui signifie Sauveur, Libérateur (21)
- réalisera la prophétie messianique d’Esaïe (7.14) sur Emmanuel, Dieu avec nous,
Il faut remarquer là encore la construction de ces versets de la révélation : ils placent au centre la mission de délivrer des péchés, en l’encadrant par les deux noms significatifs de l’enfant : Jésus = Sauveur, et Emmanuel = Dieu avec nous.
Matthieu multiplie donc les détails qui permettent d’établir la double nature divine et humaine de l’enfant à naître.
En venant dans une chair d’homme (Jean 1.14) Dieu prenait le risque que Jésus se laisse, comme Adam, séduire par Satan et qu’il utilise sa puissance divine à son seul profit. Il n’aurait pas pu ainsi accomplir le salut de l’homme. Mais en toutes circonstances en toutes tentations (Mat 4.1-11, Jésus laissera l’Esprit Saint le guider, et, comme second Adam, être spirituel vivifiant né de l’Esprit (1 Co 15.45), il inaugurera ainsi une nouvelle création dans laquelle il invite chacun à le suivre (Romains 5.12, 18-19).
Dès cette annonce, Jésus est présenté non comme un libérateur politique ou religieux, mais comme un libérateur spirituel qui « ôtera les péchés» (1Jn 3.5 ; Hé 1.3) C’est cela que veut exprimer le mot « expiation », si mal compris aujourd’hui ! Il sera le Réparateur des brèches (Es 58.12 ; Amos 9.11) spirituelles de la maison de Dieu, c’est-à-dire de tous ceux qui croiront en Lui, et il la « dirigera dans le chemin de la paix » (Luc 1.77 et 79).
Joseph le premier après Marie accepte d’obéir, et de collaborer à cette œuvre de salut en devenant le père humain de cet enfant-Dieu, pour lui assurer la protection d’un cadre social, l’amour d’une famille et l’ enseignement des Ecritures, nécessaires à sa croissance, et à la découverte de sa mission. (Sainte famille de Raphaël, 16è)
Il devient avec Marie, l’image du croyant de tous les siècles, appelé à accepter le Christ dans sa vie, à lui permettre de faire sa demeure dans son cœur (Jn 14.23 ; Ap 3.20) et de croître en lui, pour témoigner de l’amour de Dieu et du salut offert à tous.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Quelle importance prend la foi en l’incarnation de Dieu en Jésus dans notre vie spirituelle ? En quoi cela nous aide-t-il à marcher avec Dieu ?
- Comment l’incarnation nous éclaire-t-elle sur le sens de la croix, du salut, du pardon ?
- Comme Joseph et Marie, ai-je accepté de faire naître Christ en mon cœur pour me purifier et restaurer son image en moi ? Comment son action de purification et de libération du péché (= expiation) se manifeste-t-elle dans mon comportement et mes relations ? et dans l’Eglise ?
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07.11.2008
Etude n°7 L'expiation symbolisée 2 (15 Nov 08)
Etude n°7 Symboles de la réconciliation (2)
Lév 16 : Le Jour des Expiations
Observons
1. Contexte
Le chapitre, au centre du livre, décrit la cérémonie du Jour des expiations, à l’automne, à la fin de l’année religieuse. Le v.1 rappelle la faute des fils d’Aaron (ch. 10) qui est la cause de l’institution de ce jour.
2. Composition du texte
Trois parties :
A) Introduction : Préparatifs de la cérémonie (v. 1-5) : sainteté de la présence de Dieu dans le sanctuaire et nécessité pour l’homme pécheur de protection par le sang d’animaux, et de purification par l’eau.
B) Partie centrale : La cérémonie (v. 6-28) : un chiasme met en valeur les actes sacerdotaux
a) v. 6-12 actes devant la tente (changements de vêtements et sacrifices)
b) v. 13-17 actes au-delà du voile(aspersion du sang)
a’) v. 18-28 actes à l’extérieur du sanctuaire(renvoi du bouc émissaire ; changement de vêtements.
Le verbe « faire l’expiation » (kiper), répété 3 fois dans la partie a) du chiasme, 3 fois dans la partie b), et 4 fois dans la partie a’), porte donc tout le sens de cette partie.
A’) Epilogue : reprise des directives essentielles (v. 29-34) :
date (v. 29), fréquence (une fois par an, v. 34), durée perpétuelle (v. 29,31,34),
état d’esprit d’humilité et de repos (v. 29,31),
cause : l’état de péché (v. 30,34),
but : la purification du péché (v. 30),
acteur : le grand sacrificateur seul (v. 32),
objets : sanctuaire, tente, autel (v. 33),
bénéficiaires : sacrificateurs et peuple (v. 33).
3. Lieux remarquables par la répétition : « devant l’Éternel » (v. 7,12,18), « au-delà du voile » (v. 12,15) « devant » et « sur le propitiatoire » (v. 14,15), « dans le sanctuaire » ou « la tente » (v.17,23,24), « dans le désert » (v. 10,21,22), « dans » ou « hors du camp » (v. 26-28).
4. Animaux
un taureau en faveur du sacrificateur et de sa famille (v. 6,14), un bélier offert en holocauste en faveur des sacrificateurs et du peuple (v. 3,5, 24-25), deux boucs séparés par le sort, l’un sacrifié pour l’Eternel en faveur du peuple, l’autre laissé en vie et chassé pour Azazel, chargé du péché du peuple (v. 7-10,15,20-22),
5. Tenue et actes du sacrificateur
- En dehors du Tabernacle : tenue spéciale de lin pur pour entrer dans le sanctuaire (v. 4,23), purifications, par l’eau, de son corps et de celui des officiants annexes (v. 4,24,26,28), tirage au sort des deux boucs (v. 7-10), sacrifice du taureau, d’un bouc, puis d'un bélier (v. 6, 11,9,15,24), expiation et purification de l’autel (v.18-19), imposition des mains et renvoi du second bouc dans le désert (v. 21-22), élimination des restes des animaux (v 26-27).
- A l’intérieur du Tabernacle : parfum brûlé devant le propitiatoire (v. 12-13), 7 aspersions du propitiatoire, à l’orient, avec le sang du taureau, puis celui du bouc sacrifié.
6. Cause et but de cette cérémonie
sainteté de Dieu incompatible avec le péché de l’homme,
besoin d’une expiation, = absolution, effacement du péché, pour que l’homme vive (v. 2,16-17).
Comprenons
1. Vocabulaire : « sanctuaire » (qodesh) = le Lieu Très-Saint, au-delà du voile (v. 2, 16-17) et
« tente d’assignation ou tente de la rencontre » = soit l’ensemble du bâtiment, soit seulement le Lieu Saint (v. 7, 16-17, 20).
« faire l’expiation » (kiper), 16 fois dans le chapitre, sans compter l’utilisation de sa racine pour désigner le propitiatoire, ou couvercle de l’arche (7 fois), a deux sens en hébreu : couvrir dans le sens de « protéger » (et pas de cacher), et « éliminer ». Ce verbe n’a pas le sens de pardonner (salach que l’on trouve en 5.18). Le pardon est obtenu grâce à un sacrifice bi-quotidien, qui réclame une confession et une imposition des mains.
Ici, le sacrifice pour faire l’expiation se fait sans confession et sans imposition des mains. Il symbolise les deux actes de Dieu dans le processus de salut de l’homme, la protection du croyant pécheur face à la Sainteté de Dieu et l’élimination du mal.
Le « sacrifice pour le péché » (v. 3), ou « sacrifice expiatoire », = tout ce qui répare ce qui est sorti du droit chemin. Ce sacrifice rappelle à l’homme sa condition, sa nature, son état de pécheur. C’est un sacrifice collectif et non individuel, en faveur de la famille sacerdotale avec le taureau, et du peuple avec le bouc pour l’Eternel.
Le péché est une notion trop abstraite pour l’hébreu, qui le désigne toujours par son expression concrète, les « transgressions » ou par sa conséquence, la « souillure », « l’impureté ».
L’ « holocauste » (v. 3) = sacrifice entièrement consumé sur l’autel, en signe de consécration totale.
« L’autel » (v. 12) = soit l’autel des parfums du Lieu-Saint, puisqu’il est question de parfums portés au-delà du voile d’entrée du Lieu-Très Saint, soit l’autel des sacrifices, puisqu’il est précisé, comme aux v. 7 et 18, qu’il se trouve « devant l’Éternel », donc devant la tente de la rencontre, ou sanctuaire.
« Azazel »(v. 8) n’est mentionné que dans ce texte. Placé en parallèle avec l’Eternel, il ne peut désigner qu’un personnage destinataire du second bouc. Les Esséniens orthographiaient ce nom « Azzael » dont le sens est « Qui abandonne Dieu ». En hébreu, az = puissant, azl = s’en aller. On aurait ici l’idée d’un « puissant qui s’en va, loin de Dieu » (?).
2. Construction
Elle met en valeur les actes « d’expiation » ou d’élimination de l’impureté accumulée dans le sanctuaire, siège de la présence sainte de Dieu, par le sang des sacrifices quotidiens pour le pardon, et les actes de purification de tout ce qui touche à l’homme, hors du sanctuaire lui-même.
Les règles du récit biblique n’ont pas les mêmes exigences de chronologie que le récit occidental. Le déroulement de la cérémonie n’est pas rapporté dans l’ordre que demande notre logique. Les faits importants sont simplement mis en relief par le procédé de la « répétition » (sacrifices, entrée au-delà du voile, place du sacrificateur devant le propitiatoire, aspersion, sortie du sanctuaire, ablutions, renvoi du bouc dans le désert). Ces répétitions ne donnent pas une chronologie certaine des actes mentionnés : le sacrificateur porte-t-il au-delà du voile, en une seule fois, en 2 ou 3 fois, le parfum, le sang du taureau, le sang du bouc ? Le texte ne permet pas de le déterminer, et il ne faut pas se hâter de faire des transferts symboliques précis avec la ou les entrées de Jésus dans le sanctuaire céleste (Héb 9).
3. Signification
Ce chapitre, au centre du livre, comme pivot de toutes les lois cultuelles, alerte notre attention sur l’importance de sa signification. Il nous est impossible ici d’entrer dans l’explication de tous les détails. Voici un essai pour dégager l’essentiel de l’enseignement divin dans cette cérémonie.
Après la mort des deux fils d’Aaron, le peuple n’ose plus s’approcher du Dieu Saint, à cause de son état de péché. Dieu révèle ce qu’il a prévu pour permettre la rencontre de sa sainteté avec le peuple pécheur. Il ne s’agit pas de pardon individuel mais d’acceptation collective :
- le sacrificateur, représentant toute l’assemblée, sacrificateurs et peuple, se présente devant la sainteté de Dieu, entouré des prières d’intercession que l’assemblée adresse pour lui à Dieu. Il symbolise aussi la médiation de Jésus pour son peuple, depuis son retour au Père.
- Le sang pur (symbole de la vie et de la mort de Christ) du bouc pour l’Éternel, aspergé sur le propitiatoire (couvercle de l’arche), protège le peuple représenté par le sacrificateur, de la mort que sa nature de péché encourt face à la sainteté de Dieu. Il peut ainsi se tenir debout devant Dieu qui le considère comme « juste ».
- Par le sang de ce bouc, Dieu veut aussi éliminer le mal, qui avait été porté symboliquement par le sang des sacrifices quotidiens sur les cornes de l’autel des parfums, et qui a souillé tout ce que l’homme a touché. Le sacrificateur en asperge tous les objets du sanctuaire, pour le purifier
- L’aspersion du sang du premier bouc dans le sanctuaire effectue le premier acte de l’expiation, la protection du pécheur, mais aussi la purification , l’élimination de la souillure des objets du sanctuaire..
- La responsabilité du mal revient enfin à son auteur d’origine, symbolisé par le bouc pour Azazel envoyé au désert. L’imposition des mains et le renvoi du second bouc effectuent le second acte de l’expiatio
n, l’élimination définitive du mal.
L’expiation-protection du pécheur ne se fait que dans le Lieu-Très Saint, lieu de la présence sainte de Dieu, où le sacrificateur ne pénètre que ce jour-là. La purification ou « élimination du mal »n’est nécessaire que pour ce qui touche à l’homme pécheur, dans le Lieu-Saint sur les cornes de l’autel des parfums, dans le parvis sur l’autel des sacrifices, les vêtements et le corps du sacrificateur.
La « purification » par l’eau (déluge, ablutions rituelles, changements de vêtements v 24, symboles du baptême), par le sang (jour des expiations), par le feu (Sodome, fin des temps, 2Pi 3.10,12, effusion de l’Esprit), est un état transitoire qui fait passer l’homme de l’état de péché à celui de justice ou sainteté, dans laquelle il progressera par la sanctification, qui est la mise à part pour le service exclusif de Dieu dans une vie purifiée.
- L'holocauste de la fin de cérémonie signifie que le peuple et les sacrificateurs, acceptés en la présence de Dieu, et délivrés du péché, peuvent enfin se donner totalement à leur Seigneur.
Par ce jour des expiations, Dieu lève un coin du voile sur le problème du mal et sur sa résolution. Le peuple d’Israël perçoit un peu du grand conflit entre Dieu et l’Adversaire, Azazel. Dieu dit au peuple pécheur, à l’Eglise, qui désire avoir une relation avec lui : « Parce ce que je t’aime et ai donné ma vie pour toi (sacrifices du taureau et du bouc), je te protège par le don de la vie de Christ incarné et mort sur la croix, de la condamnation à mort que ton état de péché encourt, si tu veux bien reconnaître cet état devant moi (humilité et prière d’intercession mutuelle) et mettre ta confiance dans l'acte d'amour de Christ. Je te promets que tu seras délivré définitivement du mal, à la fin des temps, lorsque l’initiateur du mal sera enfin reconnu publiquement responsable et mourra. La disparition du mal te permettra de vivre éternellement dans ma sainte présence, et dans la consécration parfaite à mon service ».
Tel est le message d’espérance de ce jour des Expiations, qui met en lumière l’amour (protection) et la justice (élimination du mal) de Dieu, lors de ce qu’on appelle le Jugement dernier, ou "Libération définitive".
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comment l’Eglise m’aide-t-elle concrètement à prendre conscience de mon état de pécheur devant la sainteté de Dieu, et du pardon libérateur acquis par la mort de Christ pour moi ? Comment nos liturgies le transmettent-elles ? Comment la vie de la communauté et ma propre vie en témoignent-elles ?
- Comment cette promesse de purification totale est-elle un encouragement à me placer sous la protection de Dieu et à vivre dès maintenant pardonné et purifié par lui ?
- Qu’est-ce que ce chapitre me fait comprendre sur le ministère actuel de Christ pour son Eglise et pour moi ? Comment cela transforme-t-il notre relation à Dieu et aux autres ?
- Pourquoi puis-je attendre et annoncer avec joie et reconnaissance le Jugement dernier ? (Ap 14.7)
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31.10.2008
Etude n°6l'expiation symbolisée 1 (8 Nov 08)
Etude n°6 Symboles de la réconciliation (1)
Premier symbole du salut
Gen 3.21: Promesse de vie : don d’un vêtement de peau
(Zabou : don du vêtement de peau, Dis Papa, explique-moi le vêtement. FFS)

Pour une étude complète de ce ch 3 se reporter à l’étude n°04 de la catégorie Genèse, dans les Archives.
L’homme pécheur va devoir vivre hors de la chaleureuse présence de Dieu, dans un monde hostile et mortel. Dieu se soucie alors de son bien-être physique, en lui offrant la protection d’une peau de bête, qui l’abritera contre les différences de température. De plus, revêtu par Dieu d’une autre peau, symbole du Christ (Gal 3.27), l’homme, psychiquement libéré de sa vieille nature coupable, va pouvoir développer une personnalité et des relations avec les autres, fondées non plus sur des rapports de force, sur le mensonge et la dissimulation, mais sur la vérité, la droiture et la miséricorde*.
Enfin, par ce geste prophétique du sacrifice d’un animal innocent en faveur de l’homme coupable, Dieu lui révèle son plan de salut : le sacrifice de son Fils permettra au pécheur qui se l’approprie et s’identifie au Christ, de vivre éternellement (Jean 3.36).
*voir Rom 13.14 ; Eph 4.24 ; Col 3.9-10, 12, où la métaphore du vêtement appuie celle de la nouvelle naissance.
Question pour une application à la vie chrétienne
- Comment l’Eglise et moi-même accueillons-nous cette promesse de protection et de nouvelle vie psychique et spirituelle que nous offre Dieu par cette image de la peau de bête sacrifiée pour nous, de cette prophétie de la vie de Christ offerte en notre faveur ?
- Le don de Christ a-t-il changé quelque chose à notre personnalité et à nos relations mutuelles ? Si ce n’est pas le cas, comment y remédier ?
- Comment se manifeste concrètement la vie éternelle que nous avons commencé à vivre ici-bas ?
Second symbole du salut
Genèse 4.1-5 « le sacrifice d’Abel »
Observons
Le contexte : Pour introduire notre texte, le ch 3 se termine par trois gestes de Dieu qui lui enseignent le chemin de la Vie :
3.15 : victoire de la postérité de la femme sur le serpent
3.21 : don d’un vêtement fait de la peau d’un animal innocent sacrifié par Dieu
3.24 : chemin de l’arbre de vie préservé et gardé par les chérubins à l’épée flamboyante.
Le texte (4.1-17) illustre la vie sur terre loin du jardin d’Eden :
1-2 : naissance, nomination et profession des deux fils d’Eve (2ème génération)
3-5 : les offrandes des deux frères ; colère de Caïn
Comprenons
Le contexte
Symboliquement, les trois gestes de Dieu enseignaient aux hommes tout le plan du salut : la venue d’un Sauveur victorieux du mal (3.15), la justice accordée à l’homme pour vivre, par le don de la vie de ce Sauveur divin (3.21), le chemin de la Vie (= Jésus-Christ), toujours préservé et montré par l’Esprit, au moyen de l’épée flamboyante de la Parole de Dieu (3.24).
Le texte révèle ce que les humains ont fait de l’enseignement reçu de Dieu dans le jardin d’Eden, et de l’enseignement de leurs parents hors du jardin,
a) Les deux frères sont bien différenciés : pour son aîné, Eve mentionne avec fierté et reconnaissance la participation de Dieu à cette naissance. Rien de tel pour le second, qualifié par anticipation de fragile, de vanité. N’a-t-elle retenu de cette naissance que les difficultés annoncées par Dieu (3.16) ? Leurs professions font remplir par l’un et l’autre les fonctions confiées à Adam : avant la chute (1.26) dominer sur les animaux = Abel ; après la chute (3.19) cultiver le sol pour se nourrir = Caïn. L’un et l’autre contribuent à la vie et à l’entretien de l’environnement comme de l’homme.
b) la nature des offrandes manifeste une différence d’état d’esprit entre les deux frères. Comme le texte le suggère (v 4b, 5a), Dieu regarde le donateur avant l’offrande. D’autre part, l’offrande d’Abel demande un choix plus précis et réfléchi : les premiers nés, et parmi eux les plus gras, tandis que celle de Caïn n’a aucune mention particulière. 1Jean 3.12 et Hébreux 11.4 permettent d’approcher les raisons de la faveur de Dieu. Abel, par un sacrifice à l’image du geste accompli par Dieu manifesta sa foi dans sa promesse de salut, et sa dépendance de Dieu pour vivre. Caïn par l’offrande de fruits du sol manifestait sa méconnaissance ou son indifférence pour le sens spirituel des gestes de Dieu enseignés par ses parents. Ses œuvres sont « mauvaises » car elles trahissent une foi païenne : l’offrande à Dieu sert à s’acquérir la faveur d’un Dieu qui fonctionnerait sur le mode du « donnant-donnant ».
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Quel est notre état d’esprit lorsque nous nous approchons de Dieu ? Cherchons-nous sa faveur avec nos « sacrifices » ou notre « bonne conduite » et notre fidélité, nos prières et nos chants, nos dîmes et nos offrandes ?
- Comment notre adoration, nos liturgies, notre vie manifestent-elles notre reconnaissance pour le don de la vie de Christ pour nous sauver ?
Troisième symbole du salut : le rachat
1 Pierre 1.18-19 : Rachetés par le sang de Christ
Ces deux versets se situent après un appel à la sainteté (v 13-17), les disciples étant enfants d’un Père saint qui juge chacun selon ses œuvres (v 17). Cette sainteté de vie est opposée à la « vaine manière de vivre héritée des pères » (v 18), dont les croyants sont libérés, non par un prix monnayable (or, argent) et périssable, comme cela se faisait pour des prisonniers ou des esclaves, mais par le « sang précieux de Christ », comparé à l’agneau sans défaut de la Pâque (Ex 12.5), dont le sang répandu sur les linteaux des portes en Egypte a sauvé de la mort les premiers-nés juifs. Pierre s’inspire là des textes d’Esaïe 52.3 et 53.7.
L’œuvre de Jésus sur la croix est exprimée ici par une image tirée du contexte de l’esclavage : pour racheter un esclave, le nouveau maître, ou l’esclave lui-même pour acquérir la liberté, devait payer une rançon, un prix égal à sa valeur.
Les apôtres ont souvent utilisé cette image, surtout en référence à la libération de l’Egypte et de Babylone, pour exprimer l’œuvre spirituelle de libération du péché accomplie par Jésus. Jésus lui-même a utilisé cette image de la rançon (Mat 20.28). 
Paul en Romains 3.24, fait du « rachat », de « la rédemption » qui est en Christ le moyen d’être gratuitement libéré du péché et « justifié ».
Pour saisir le sens et la portée de l’expression employée par Pierre et Paul, nous vous livrons quelques extraits de Jean-Yves Thériault bibliste catholique, professeur d’exégèse au département des sciences religieuses et d’éthique de l’Université du Québec à Rimousky.
(Nouveau Vocabulaire biblique, sous la dir. de Jean-Pierre Prévost, Paris - Montréal, Bayard-Médiaspaul, 2004, 16 X 24, 496 p). C’est nous qui en soulignons les passages significatifs :
« Le nom d'action apolutrôsis est un composé sur le nom lutron, « rançon, salaire », plus fréquemment employé au pluriel, dont la racine lu- a produit une importante famille de mots, depuis le verbe grec luô, « délier », « dissoudre », ou les verbes latins luo, « payer, expier », soluo, « délier », jusqu'au nom « analyse » (le fait de décomposer un tout en ses parties) en français. Le verbe lutroô (au passif dans ce texte de Pierre) signifie « livrer, délivrer contre une rançon ».
Le verbe lutroomai (employé 90 fois) a régulièrement Dieu comme sujet, et il traduit différents mots hébreux : ga'al, « mettre en liberté, agir en go'el » ; padah, « racheter, délivrer, sauver »; paraq, « arracher à un danger ». Par amour gratuit, Dieu fait sortir d'Égypte après « avoir arraché à l'esclavage » (Dt 7,8; 9,26, etc.) et il libère de la captivité de Babylone (Is 41,14; 44,22-24, etc.). Il délivre de divers maux et malheurs (Ps 130,7-8). Il délivre pour adopter : « Je vous délivrerai de leur servitude, et je vous rachèterai à bras étendu et grands jugements. Et je vous prendrai à moi comme peuple » (Ex 6,6-7)….
Dans la Septante , les termes issus de cette racine sont devenus traditionnels pour dire cette activité divine qui libère son peuple afin de se l'acquérir comme « bien précieux » (segullah en hébreu). C'est le sens de « payer son tribut » en Lc 1,68, du « rachat de Jérusalem » en Lc 2,38, de la « délivrance » attendue en Lc 21,28 et du « rachat » en 24,21.
Le peuple délivré est un peuple que Dieu acquiert, fait naître et sanctifie. On retrouve ainsi la triade de 1 Co 1,30 dans laquelle le terme apolutrôsis montre que l'« ajustement» [dikaiosunê] au Seigneur et la « consécration » [hagiasmos] à son service comportent aussi une action d'arrachement à l'emprise du mal, une délivrance de l'esclavage antérieur. En effet, cette « délivrance » (apolutrôsis) en Jésus Christ est aussi le « pardon des fautes » (aphesin tôn hamartiôn, Col 1,14) et un « pardon des transgressions » (aphesin tôn paraptomatôn, Ep 1,7). Elle n'est encore qu'un « acompte » fourni par le Souffle saint (Ep 1,14) en attendant la « délivrance » définitive qui nous fera accéder à la « filiation » sans entrave (Rm 8,23), comme Jésus avec le Père…
En Rm 3,24-25, les mots longtemps traduits par «rédemption» et «expiation » sont une expression condensée de l'action libératrice de Dieu qui justifie : « Et s'ils sont justifiés, c'est par la gratuité de sa grâce qui nous donne le rachat [apolutrôsis], celui qui s'accomplit en Jésus Christ, lui que Dieu a exposé, instrument de pardon [ilastêrion] grâce à la fidélité exprimée par son sang. » La traduction, inspirée de la Vulgate , par «rédemption» ou «rachat» du terme apolutrôsis, peut conduire à une compréhension mercantile du salut chrétien, surtout quand elle est associée aux termes «expiation» (ilastêrion) et «rançon» (lutron) entendus souvent aujourd'hui dans un contexte d'actions criminelles. On charge ces mots d'un sens trop juridique ou trop commercial qui n'est conforme ni à leur enracinement biblique ni à leur contexte paulinien…
Certes, une telle compréhension pourrait s'appuyer sur l'usage, dans le monde gréco-romain antique, de lutron pour désigner la rançon d'un prisonnier, ou le prix payé en échange de sa liberté; de lutrôsis pour la libération et la délivrance au moyen d'une somme payée. Une telle libération représente une forme d'échange et renvoie à un droit au moins coutumier. Mais si Christ Jésus nous libère ainsi moyennant un « prix » versé à quelqu'un (voir 1 Co 6,10; 7,23), en « payant de sa vie » (Mt 20,28 et Mc 10,45) comme une «rançon» donnée, avec qui peut bien s'établir ce contrat ou s'opérer ce marchandage ? On voit mal un représentant du camp divin négocier avec le diable. Il ne convient nullement, selon les textes évangéliques et pauliniens, d'imaginer Dieu en partenaire d'une transaction commerciale ou en débiteur exigeant une compensation quelconque équivalente au péché.
C'est plutôt en référence aux grandes libérations que sont l'exode et le retour d'exil que le vocabulaire paulinien trouve son enracinement sémantique. Yhwh a libéré un peuple pour l'acquérir comme son bien précieux (voir Ep 1,14) et lui proposer l'Alliance. Ainsi, le Père, oeuvrant à travers le Christ, libère le croyant de toute servitude pour se l'acquérir comme un fils, en y mettant le prix (1 Co 6,20; 7,23). La notion de prix (timê) implique que l'action est valide et conforme à ce qui est exigé, ici la « fidélité » (pistis) de Jésus jusqu'à la mort. S'il est question d'un prix fort, c'est pour dire la valeur de la créature nouvelle issue de la délivrance (voir 1 P 2,9 et Ac 20,28). Et s'il est question d'un tarif pour la libération, c'est « à la mesure infinie de sa grâce [ charis ] » (Ep 1,7). Rm 3,24 atteste la réalisation définitive de cette action libératrice promise, jusqu'à la «délivrance » [apolutrôsis] finale (voir Lc 21,28; Rm 8,23; Ep 4,30).
Le terme apolutrôsis ajoute à l'idée de justification gratuite la conviction que Dieu a mis tout son coeur dans cette oeuvre, Jésus sur la croix étant ce qu'il a de plus aimable. C'est ainsi qu'on doit comprendre l'aspect onéreux de l'action divine, signifié par la vie ou le sang donnés comme témoignages de la valeur du geste (Mt 20,28; Mc 10,45; 1 Tm 2,6; Tt 2,14 ; 1 P 1,19). La délivrance du croyant est précieuse, puisqu'elle est à la mesure d'un amour si grand. Les croyants sont acquis en Christ, non par une rançon payée à l'ennemi, mais moyennant un sang d'alliance qui justifie, c'est-à-dire institue un rapport nouveau à Dieu, celui de filiation. Jésus « paie de sa vie » en posant un geste d'amour et de fidélité qui libère des entraves humaines empêchant de s'ouvrir à Dieu et de lui être « réconcilié » ou « ajusté ».
Ce projet de libération de l’homme par le Christ a été conçu « avant la fondation du monde (1 Pi 1.20), ce qui signifie que Dieu n’a pas été pris au dépourvu, et n’a pas dû s’adapter en urgence aux circonstances, mais que sa volonté de salut procède de son amour infini pour sa créature, et le pousse à se donner entièrement pour elle, en Jésus-Christ, en sa vie comme en sa mort (deux sens possibles du mot « sang »).
Pour expliquer l’expression « le sang du Christ » si souvent employée dans le Nouveau Testament, voici quelques sens donnés par Philippe Augendre :
« - Le sang, c’est la vie ou l’âme ». Ce sens, à la fois littéral au plan physiologique et symbolique au plan spirituel, est fondamental. C’est lui qui rend compte de l’emploi du sang dans (presque) tous les sacrifices.
- Lorsque le sang coule, c’est la mort ; en hébreu un mot représente souvent une chose (ici la vie), sa conséquence, et son contraire (la mort).
- Une mort sanglante particulière, très fréquente, c’est l’immolation. Le sang, dans beaucoup de textes, signifie donc le sacrifice. Ce sera le cas des références bibliques au sang du Christ. Le sang, pas plus celui de Jésus que celui des animaux, n’a de vertu ou de pouvoir en lui-même ; c’est la vie, la mort et la résurrection du Christ qui sont puissances de salut.
- Le sang, c’est encore, une voix, un témoignage souvent à charge (Gn 4. 10).
- Enfin, le sang (ou le vin) est d’un point de vue eschatologique la vie, le signe de l’alliance que Christ partagera avec nous dans la communion retrouvée (Mt 26.28-29) ».
On le voit, ces symboles sont très riches et porteurs de sens multiples, pour nous faire approcher au plus près les réalités spirituelles, si étrangères à nos esprits humains limités ! Il est recommandé de ne pas s’arrêter à un seul de ces symboles, ni vouloir donner un sens spirituel à tous leurs détails, pour ne pas réduire notre champ de compréhension !
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Quelles résonances dans notre vie a cette image du « rachat par le sang de Christ » ? Comment se manifeste notre libération du péché et de tout ce qui nous sépare de Dieu ?
- De quoi Jésus doit-il encore nous libérer ? (habitudes, traditions humaines, défauts, préjugés, haines, complexes, etc.) ? Comment l’Eglise peut-elle aider chacun dans cette œuvre de libération personnelle et collective ?
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24.10.2008
Etude n°5 l'expiation annoncée (1er Nov 08)
Etude n°5 L’annonce de la réconciliation : Esaïe 52.13 à 53.12
Observons
a) 52.13-15 : Paroles de Dieu sur l’élévation à la gloire de son Serviteur souffrant
b) 53.1-10 : paroles du prophète révélant au peuple les souffrances du Serviteur
c) 53.11-12 : Paroles de Dieu sur la mission de son serviteur glorifié.
Les souffrances imméritées mais libératrices du serviteur (exprimées au passé en b) sont encadrées par les promesses (au futur en a et c) de son élévation et des effets de son œuvre.
La description de ses souffrances est émaillée de versets révélant l’incrédulité du peuple (13b, 4b, 8a), ou donnant le sens spirituel caché de ces souffrances (4a, 5,6b,8b,10a,11b,12b).
Le vocabulaire fait référence aux rites des sacrifices pour l’effacement des péchés dans le sanctuaire terrestre, et en donne le sens prophétique : Le Serviteur souffrant incarne les victimes de ces sacrifices.
Comprenons
Ce chapitre est le sommet de la prophétie d’ Esaïe et de l’ancien Testament. Il ne peut s’appliquer qu’au Christ qui en a réalisé les moindres détails dans sa passion. Les Juifs y voient encore le symbole des souffrances de leur peuple, mais le peuple est nettement distingué du Serviteur dans ce passage (8b).
Ignoré et victime des hommes (v 2-3), le Messie innocent de tout mal (8-9), s’est offert volontairement (10b) à la place des hommes pécheurs, pour leur éviter la mort qu’entraîne leur séparation d’avec Dieu (v 4-6, 8). Il est devenu l’antitype de tous les animaux sacrifiés au temple sous l’ancienne alliance (v 7) : par l’imposition de ses mains sur la tête de l’animal apporté au temple en signe de confession de son péché, le pécheur s’identifiait à l’animal. La mort de l’animal mettait à mort symboliquement son péché, le délivrait de sa culpabilité et lui permettait de vivre pardonné et justifié.
Pour une meilleure perception de ce que représente le sacrifice « expiatoire » ou réconciliateur, nous vous donnons, avec son accord, un extrait d’une prédication de Philippe Augendre sur le sujet :
« Nous avons vu le sens général et fort de l’imposition de la main : établir une étroite et intense relation, potentiellement polyvalente, de communion, de délégation de pouvoir, rarement de confession (une seule fois au Yom Kippour sur le bouc émissaire), plus généralement d’association et de consécration dans une même démarche pour laquelle la notion d’identification me semble pertinente. Qu’est-ce que cela signifie dans le cas de sacrifices pour le péché ? Cela veut déjà dire qu’il ne s’agit pas d’une opération de marchandage, de paiement, du genre : « j’ai péché, tu exiges un animal, le voici, nous sommes quittes ». Démarche non seulement fausse et sans réel pouvoir de salut, mais surtout assez vile, fondée sur un esprit de calcul. C’est d’abord l’expression de la reconnaissance de mon état, d’une repentance profonde et vraie, d’une acceptation des conséquences de mes actes : « je dois mourir ». Mais c’est surtout un acte de foi : « j’accepte, Seigneur, le sentier de pardon que tu me proposes. Et ma vie, par cet animal qui me représente, je te l’offre ». Si effectivement cet animal meurt physiquement pour moi, alors, c’est moi qui, en m’identifiant à lui, accepte de mourir à moi-même. On le voit, c’est tout l’Evangile avant la lettre ! Et si, paradoxalement, je meurs tout en continuant à vivre, c’est que je suis invité à vivre en nouveauté de vie, à me consacrer à Dieu. La proclamation de Paul « ce n’est plus moi qui vit, c’est Christ qui vit en moi » serait, ici, anachronique historiquement et culturellement, mais pas spirituellement. Le pardon, étape décisive dans le processus du salut, se vit dans la reconnaissance de ses fautes, dans l’acceptation de leurs conséquences, dans la mort à soi-même, par une identification à la victime, réalité ultime du sacrifice pour le péché. ( Miniature du 13è)
Mais quelle est l’action de Dieu en réponse à la démarche repentante du pécheur ? Car le sacrifice ne peut se suffire d’une approche subjective, unilatérale, de l’homme. Le seul fondement objectif de l’efficacité du sacrifice, c’est Dieu qui y attache une promesse et maintenant va l’accomplir. L’offrant peut croire, par la foi, que Dieu efface réellement ses péchés : le rite est dit d’absolution, pour « faire l’expiation » disent les versions habituelles. Le terme signifie l’effacement du péché…
En conséquence, les péchés sont « expiés », enlevés, effacés, lavés, ôtés, absous, pardonnés. Lorsqu’il est l’expression d’une sincère repentance, le sacrifice pour le péché est une absolution, un effacement réel des péchés, promis et accompli par Dieu ; le pardon demandé est accordé et la réconciliation rendue effective.
Le texte d’Esaïe 53 applique exactement la signification spirituelle des sacrifices du sanctuaire au « sacrifice » que le Messie accomplira parfaitement sur la croix une fois pour toutes. Les résultats de cette œuvre de sacrifice pour l’absolution des péchés concernent d’abord le Serviteur lui-même : sa résurrection (10b), son ascension (52.13), sa glorification (52.14b) et sa joie (11-12), son œuvre d’intercession (12b) sont annoncées ; puis les effets de ce sacrifice sur les pécheurs sont précisés : la paix du pardon (5b), la purification (52.15), la justification (11), la connaissance de Dieu et la communion avec Lui (12).
Le mot « châtiment » (v 5) pose aussi problème ; Une fois encore je citerai un large extrait d’une prédication de Philippe Augendre, qui nous réconcilie avec l’image de Dieu que nos traductions traditionnelles véhiculent à grand dommage : « Il portera les souffrances et se chargera des douleurs de l’humanité (v.4). Conditionnés par nos traditions de lecture nous restreignons ces mots à son sacrifice sur la croix. Mais le N.T., lui, applique cette parole (Mt 8.17) au ministère de guérison. Porter nos souffrances, se charger de nos infirmités, ne se rattache pas uniquement à sa mort. Ce fait peut nous aider à mieux saisir le sens du ministère du Christ : une harmonie existe entre les différentes phases de son action salutaire ; sa vie et sa mort s’éclairent mutuellement. Ce texte majeur sur le salut, paradoxalement, n’utilise pas le mot salut mais ceux, très voisins, bien qu’avec d’importantes nuances, de paix et de guérison.
Le peuple continue en reconnaissant ses erreurs (« nous l’estimions frappé de Dieu ... mais »). Seul l’Esprit peut discerner un aveuglement si habituel. Celui des amis de Job traduisait la propension des hommes à croire que les malheurs frappant les hommes sont des châtiments de Dieu. Les auditeurs d’Esaïe et ceux du Christ pensent de même. Pourtant Jésus fut clair à ce sujet[1], mais trop de chrétiens, y compris, hélas ! des traducteurs de la Bible , ont adhéré à cette argumentation malsaine et anti-évangélique. Penser la vie du Serviteur en terme de châtiment, croire que le salut des hommes rend légitime de faire payer un innocent, revient à adopter - et c’est grave - le principe « la fin justifie les moyens ». Esaïe dit expressément l’inverse. Le chemin de douleur du Serviteur n’est pas la punition d’une faute. Au contraire, en s’engageant dans une humble voie de rectitude, de solidarité, il s’identifie à la condition pécheresse et mortelle de l’homme et l’assume (« sur lui la faute de nous tous », v. 6) jusqu’à en mourir. Ce n’est pas un « fatum »(destin) qui tombe injustement sur lui, c’est une démarche libre, volontaire, intentionnelle en vue de combattre le péché : « percé à cause de nos révoltes, écrasé à cause[2] de nos fautes »).
La cause morale de sa mort est le péché des hommes. Par la force de l’amour il en triomphera. L’abaissement du Christ est le processus par lequel le mal sera dénoncé, radicalement, attaqué dans ses effets, vaincu à sa racine, au bénéfice d’une multitude. Tel est le chemin du salut. (Evangile et Peinture, Percé à cause de nous)
Ce message, qui dénonce le fait de considérer un homme atteint par le mal comme frappé de Dieu, donne au v. 5 un sens rafraîchissant. La version « le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui » est doublement fautive : contresens par rapport à l’intention du passage que je viens de relever et faute de traduction[3]. « Sur lui la correction de notre paix » (A.T interlinéaire) », « Il a sur lui la discipline de notre paix » (Chouraqui). Je retiendrai la traduction : « l’éducation de notre paix lui incombe ». Avec la notion de paix[4] comme expression du salut, cette déclaration éclaire la mission du Serviteur d’un jour nouveau et profond que va confirmer la suite : « dans ses plaies notre guérison ». Par son exemple, son message et son ministère de délivrance, un des aspects (ce n’est pas le seul) de l’œuvre rédemptrice du Christ, se révèle être pédagogique et thérapeutique : le Serviteur apporte le salut, en étant tout d’abord un modèle puis en devenant l’éducateur de notre paix et le médecin de nos âmes. »
« Le v. 10, douloureux, est difficile à comprendre, aussi bien littérairement que théologiquement. Mais, à nouveau, très encourageant puisque « il verra une descendance … et la volonté du Seigneur aboutira ». Comme pour les versets précédents sa structure est complexe.
Pour la 1ère déclaration je retiendrai la traduction de la TOB (1983) « Mais Seigneur, que broyé par la souffrance, il te plaise[5] ». « Ce n’est pas la souffrance ni la mort du serviteur qui ont plu à YHWH ! Mais que les pécheurs soient sauvés, fût-ce au prix de la mort du serviteur. Ainsi la mort humiliée accomplit un mystérieux plan de Dieu[6] ».
La suite est tout aussi délicate. Mot à mot : « Si tu fais réparation son âme ». La NBS et la TOB (2004) traduisent : « Si tu fais de sa vie un sacrifice de réparation, il verra une descendance ». Pour comprendre ce verset il est nécessaire de prêter attention à trois éléments significatifs : le sens et le sujet du verbe « faire », le « si » et le terme « réparation ». Le verbe, très fréquent en hébreu, a une large palette de sens : mettre, poser, placer, établir, déclarer, faire éclater, donner, etc. Le contexte indique que le sujet de l’action (« tu »), c’est YHWH. Le « si » montre que le Seigneur, en posant, par un acte libre de sa souveraineté, la vie du Serviteur comme une réparation, permettra l’éclosion d’une descendance, une nouvelle lignée d’êtres délivrés du péché, celle du second Adam. Ce crime qui achève la vie du Serviteur, Dieu, par une surabondance de sa Grâce, le fait éclater en réparation. Mais qu’entendre par là ? … La notion de sacrifice d’absolution se subdivisait en deux catégories, le sacrifice « pour le péché » et le sacrifice de réparation[7]. Le premier, le plus courant, offert en vue de l’effacement du péché trouvera son accomplissement en Christ et de fait, l’idée du pardon des fautes est très présente (v. 5a, 5b, 6c, 11c, 11d, 12e) dans le poème. Mais nous n’avions pas étudié le second, « réparation » moins fréquent, employé ici. Bien que le cadre liturgique de ce chant soit plus relationnel que sacrificiel, le lexique du sacrifice affleure. Ce mot « seule la Bible en dévoile la signification. L’idée commune aux divers usages du terme… paraît être celle de l’obligation de réparer un tort, de restituer un objet, de restaurer un état ». Le Serviteur démontre la victoire possible du bien sur le satan, sans usage de la force, uniquement de l’amour. Dieu peut alors reconnaître sa vie tout entière, y compris sa mort, ce qui n’était évidemment pas prévu par ses adversaires, comme un sacrifice, une offrande de réparation. Les trois sens cités plus haut me semblent pertinents pour prophétiser le ministère du Christ. Le péché a produit un tort immense ; par une existence sans péché, fidèle jusqu’au bout, le Messie le répare. Le péché a volé à Dieu son bien très précieux, la créature à son image, le Fils de l’Homme le restitue. Le péché a créé une rupture avec le Père, l’unique Médiateur restaure l’alliance avec Lui. C’est bien le fil conducteur que Paul développera dans Rm 5.19 « par la désobéissance d'un seul être humain la multitude a été rendue pécheresse, de même, par l'obéissance d'un seul, la multitude sera rendue juste » Le prophète conclut : « le désir/volonté de YHWH, par sa main, se réalisera/réussira » : en accomplissant la volonté de Dieu le Serviteur permet à Dieu de faire de sa vie une réparation qui ouvre le salut à la multitude. »
La réponse aux questions que pose la mort de Christ, se trouve clairement exposée dans ce chapitre d’Esaïe, 700 ans avant sa réalisation ! Ce chapitre nous invite à rechercher le sens spirituel des rites du sanctuaire, des paraboles et des images symboliques, par lesquels le Seigneur a cherché à enseigner et à faire comprendre son projet de salut à des humains limités par leur péché. Ce sera l’objet de nos prochaines études.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Puis-je m’identifier au « nous » du texte ? Est-ce que la paix de Christ remplit mon cœur et me guérit de mes culpabilités et de mes blessures profondes ? (5). Ai-je conscience que Christ a subi la mort qu’entraîne ma séparation d’avec Dieu, et qu’il me permet ainsi de vivre une relation nouvelle avec Dieu ?
- La connaissance du plan du salut annoncé par Esaïe et accompli par Christ me remplit-elle de joie et de reconnaissance et resserre-t-elle ma communion avec Lui ? (12a).
- Comment manifester dans ma vie la libération de ma culpabilité par le sacrifice réparateur de Jésus ? Par quoi se révèle la nouvelle vie qu’il m’offre ?
- Face à la croix de Jésus, suis-je poussé à la confession de ma culpabilité envers lui, puis à l’identification avec Lui pour « mourir au péché » (Rm 6.5-6)? Dans quels domaines ai-je encore à m’identifier à la mort de Jésus, pour ressusciter à une nouvelle vie dès maintenant (Rm 6.11)?
[1]; Jn 9.2-3.
[2] Sens, en hébreu comme en grec, du « pour ».
[3] Le mot hébreu (moûsâr, 50 mentions) veut dire ceinture (Jb 12.18), instruction, enseignement (Pr 4.1 : 8.10), leçon (Pr 1.3), correction ou discipline (Pr 3.11), science (Jr 10.8), exemple (Ez 5. 15). Dans une culture où les châtiments corporels étaient usuels, le sens de châtiment est réel mais dévoyé ; appliqué à l’action de Dieu c’est une dégénérescence mondaine et monstrueuse. Dans le grec (LXX), c’est le mot paideia (d’où pédagogie), éducation.
[4] Héb. shâlôm, «La racine shlm est attestée …selon un large éventail de sens … plénitude, paix, santé, bien-être, salut » J.-P. Prévost, « shalôm », Nouveau Vocabulaire Biblique (NVB), Bayard, 2004.
[5] Autre exemple de la difficulté de ce texte : la traduction de la LXX : « le Seigneur veut le purifier de sa blessure (laver ses plaies ?) ».
[6] A.-M. Pelletier, Le livre d’Isaïe, Cerf, 2008, p.132.
[7] ( Lv chap. 5 ; 6 ; 7 ; 14).
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17.10.2008
Etude n°4 l'expiation, initiative divine
Etude n°4 : Réconciliation et Initiative divine

Ephésiens 1.3-14 (Jésus, un pont entre Dieu et l’homme)
Observons
Après les salutations, Paul entame une longue louange à Dieu où en une seule phrase il énumère les bénédictions de la grâce divine.
Après un cri de louange qui répète trois fois le mot « béni ou bénédiction » en un seul verset (3), quatre moments sont introduits par l’expression « En lui »(= Christ) : v 4,7,11,13. Chacune de ces parties est construite de la même façon :
1- l’œuvre de Dieu pour nous : 4-5a ; 7-8 ; 11a ; 13
2- selon son dessein bienveillant : 5 ; 9 ; 11b ; 13c-14a
3- dans le but …que nous célébrions sa gloire : 6 ; 12 ; 14c
que Christ réunisse tout en lui : 10
que soit accomplie la rédemption de tous les élus (14ab), juifs (nous, v12) et païens convertis (vous, v 13).
Comprenons
Paul a construit sa lettre en deux grandes parties : un exposé des vérités du salut en Jésus-Christ (ch 1-3) et une exhortation à les démontrer dans une vie chrétienne conséquente (ch 4-6). On y retrouve développée avec exaltation la pensée du discours d’adieu de Paul aux anciens d’Ephèse (Ac 20). Dès le début de sa lettre,
Paul manifeste sa reconnaissance pour
1- l’œuvre de Dieu en notre faveur. C’est une œuvre de bénédiction (v 3), donc pour le bien des bénéficiaires, spirituelle, qui concerne la relation de Dieu avec l’homme. Elle vient des lieux célestes (voir aussi 2.6), c’est-à-dire du monde invisible de la présence éternelle de Dieu, avec qui elles nous mettent en contact, nous qui vivons dans le monde visible de la terre. Ne cherchons surtout pas à localiser matériellement cette expression, mais voyons-y une invitation à comprendre les bénédictions de Dieu dont va parler Paul, comme des bienfaits concernant notre salut.
Dieu dans son amour a d’abord élu (= choisi, v 4) ses enfants, il les a prédestinés à l’adoption (5). Cette élection ne vient pas d’un quelconque mérite (foi, sagesse, bonnes dispositions du cœur, bonne éducation ou bonne conduite, etc) de l’homme, mais uniquement de l’amour et de la bienveillance de Dieu (Dt 7.7-8). La prédestination dont il est question ici n’est que positive : Dieu a formé le projet et le plan de sauver ses créatures séparées de lui par le péché : grâce à Jésus-Christ, elles peuvent redevenir ses enfants. Il les « adopte » comme tels, volontairement ; esclaves du péché, il les libère en les rachetant (sens du mot « rédemption »,v 7).
Paul dans ce mot associe l’affranchissement de l’esclave dans l’antiquité, et la libération du condamné à mort (Gal 3.13 ; 4.5). Le prix de ce rachat de l’esclavage du péché, c’est le don de sa vie que Jésus-Christ a fait sur la croix (symbolisé par le mot « sang »,v 7), Christ mourant à la place et en faveur du condamné à mort qu’est chaque pécheur dont il porte volontairement le péché (voir l’épisode de la substitution de Jésus à Barabbas (Mt 27.17, 20-21). Ce rachat est la manifestation du pardon des péchés (7) offert par Dieu à celui qui se repent (voir le larron sur la croix, Luc 23.43). Il permet au repenti d’avoir accès à toute la richesse ou l’abondance de la grâce de Dieu dont il a besoin quotidiennement pour marcher en communion avec Lui. L’esclave libéré, le condamné grâcié et pardonné deviennent par adoption (v 5) fils héritiers (v 14 ; Gal 4.7).
Dans sa grâce, Dieu donne au repenti la sagesse (8), ou compréhension des choses de l’Esprit (1 Co 2.13), et l’intelligence ou discernement de leurs applications pratiques (Col 1.9-10). Autre bénédiction de Dieu (v 9
) : il révèle sa volonté de salut éternel en Jésus-Christ, son désir de réunir, de réconcilier (Col 1.20) toutes choses (Mt 17.11 ; Mal 3.23) terrestres (= les hommes) et célestes (= les anges de Dieu,1.21 ; 3.15). Dieu fait connaître son désir de rétablir la communication entre toutes ses créatures par son Fils Jésus qui en lui-même par sa double nature lie la divinité à l’humanité. Par là, Dieu met à part (11), ou sanctifie ses serviteurs, les Juifs qui vivaient dans l’espérance du Messie (12) et les païens qui ont la foi en la Parole de vérité(13) : tous ont reçu le sceau de l’Esprit (2 Co 1.22). Aux uns et aux autres ce sceau garantit l’appartenance à Dieu (Rm 8.16), l’héritage de la vie éternelle et le travail de sanctification qu’opère l’Esprit dans les cœurs et la vie des croyants (2 Co 3.18).
2- Toutes ces bénédictions, Dieu ne les dispense pas au coup par coup, en s’adaptant aux circonstances. Il les a préparées d’avance dans sa pré-science, dès la fondation du monde (v 4), dans un dessein bienveillant (5, 9), selon un plan établi volontairement et non sous l’influence des événements. Paul insiste par là sur la bienveillance de Dieu envers les hommes pour qui il a préparé le seul moyen possible de sauvetage, dans le cas d’un naufrage dû à l’usage erroné de la liberté de l’homme. Ce sauvetage s’est réalisé en Jésus-Christ et s’accomplira définitivement dans la « plénitude des temps »(v 10 et Rm 8.19-21, 23).
3- Paul, enfin, par trois fois nous indique le but de toutes ces bénédictions spirituelles. Dieu désire que ses enfants, élus, rachetés, pardonnés et sanctifiés par l’Esprit célèbrent la gloire de sa grâce (6, 12, 14). Cette expression réunit tout ce que le chrétien est appelé à refléter dans sa vie : la miséricorde ou bonté (Ex 33.18-19), la sainteté, l’amour de Dieu qui ne cesse de pardonner et de transformer celui qui croit en lui. Celui-ci devient une lettre de Christ écrite par l’Esprit (2 Co 3.3) pour que tous ceux qui la lisent croient en Jésus-Christ, le Sauveur et Seigneur (Jean 17.23 ; Mt 5.16)
Questions pour une application dans la vie chrétienne
1- Ai-je conscience des bénédictions spirituelles dont parle Paul ? Me transportent-elles de la même joie et du même amour que lui pour mon Sauveur ? Laquelle de ces bénédictions me semble étrangère à ma vie ? Qu’est-ce qui m’empêche d’en jouir pleinement et comment vivre et partager ces bénédictions ?
2- La pré-science ou pré-vision de Dieu à mon sujet me trouble-t-elle ou m’apaise-t-elle ? Comment la concilier avec ma liberté de choix ? Implique-t-elle une détermination de ma vie, une soumission à mon « destin », ou me permet-elle de me confier en toutes choses dans l’amour prévoyant de Dieu ?
3- Comment ma vie manifeste-t-elle le sceau de l’Esprit que je suis censé avoir reçu à mon baptême ? Comment dans tout ce que je fais, pense et dis, puis-je glorifier Dieu, et manifester son amour inconditionnel et gratuit ?
4- Prions pour que cette louange de Paul ravive la foi, la reconnaissance, la disponibilité au service et la conscience du but de la vie (Ep 1.12 = 1 Co 6.20 ; 10.31) dans nos églises du 21ème siècle !
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