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27/11/2009

Etude 10 Nb 22-24 Folie du prophète (05 12 09)

Etude n°10 Nombres 22-24.25 : La folie du prophète (05 12 09)

1 Tim 6.10 : "l'amour de l'argent est la racine de tous les maux. Quelques-uns, pour s'y être adonnés, se sont égarés loin de la foi, et se sont infligé à eux-mêmes bien des tourments."

Observons (Illustration : gravure de Gustave Doré, 19è)

Trois chapitres de récits et de prophéties terminent la narration du voyage dans le désert.

Ch 22 : le prophète Balaamânesse de Balaam (G Doré).jpg

1-21 : la tentation de Balaam

22-35 : l'ânesse de Balaam

36-41 : Arrivée de Balaam auprès du roi de Moab

Ch 23-24 : les discours de Balaam

23.1-12 : 1er discours : Israël, peuple à part et très nombreux (9-10)

      13-26 : 2ème discours : Israël béni de Dieu, à l'abri de l'occultisme, aura la révélation de son avenir (20-23)

23.27-4.9 : 3ème discours : Israël sera magnifique et vainqueur des nations (7)

24.10-19 : 4ème discours : un astre royal sortira d'Israël (17)

      20-25 : Prophéties sur les Amalécites et les Kéniens.

Comprenons

Après sa victoire en Transjordanie sur les rois amoréens, Sihon et Og, le peuple hébreu s'établit dans les plaines de Moab, à l'est du Jourdain et au nord de la Mer Morte, dans le territoire jusque-là occupé par les Amoréens, envahisseurs de Moab, qu'il vient de vaincre.

A- Balaam

Son nom signifie sans doute "celui qui dévore le peuple" et lui fut donné à posteriori pour rappeler son conseil à Balak, roi de Moab, pour entraîner Israël dans l'idolâtrie et l'impureté (Nb 31.16).

Le roi Balak est effrayé par l'invasion de ce peuple vainqueur de l'occupant amoréen de son pays. N'ayant aucune force militaire à lui opposer, il pense à l'aide surnaturelle d'une malédiction pour affaiblir Israël. Il fait appel à un devin renommé de Mésopotamie, à 800km de là, sur les bords de l'Euphrate, dans une région où avait habité la famille d'Abraham, plusieurs siècles auparavant.

Balaam est un curieux personnage. D'un côté, il connaît l'Eternel et le consulte (22.8). Il respecte sa parole et n'agit qu'avec son accord (22.18, 20, 35). Il semble renoncer aux avantages financiers plutôt que de contrevenir à la volonté de Dieu (22.18 ; 24.13). Pourtant de l'autre côté, il n'est pas un vrai prophète de Dieu : il fait payer ses services, il s'associe avec le païen Balak, et emploie pour communiquer avec Dieu des moyens auxquels n'ont jamais recours ses prophètes : les rites incantatoires et magiques (23.3-4, 15 ; 24.1). Il finit par succomber à l'appât du gain en conseillant à Balak, d'induire Israël à l'idolâtrie et à l'impureté, pour le séparer de Dieu et lui faire perdre sa protection (Nb 25.1-3 ; 31.16 ; Jude 11 ; Ap 2.14). Balaam finit par être emporté dans la défaite des ennemis d'Israël (Nb 31.8 ; Josué 13.22).

Il ne porte pas le titre de nabi (prophète) ni de chozé (voyant), même s'il l'usurpe dans son orgueil (24.15-16) ; il n'est que kosem (devin ou magicien, Jos 13.22). Il connaissait l'Eternel à cause des descendants de la famille d'Abraham, Nacor et Laban, installés au nord de la Mésopotomie. Seulement dans le respect que Balaam avait pour l'Eternel se mêlaient les pratiques magiques et la conception de la divinité, qui avaient cours dans le pays : versatile et influençable par la magie des initiés, le dieu servait le pouvoir des devins, plus qu'il n'était servi par eux !

Par ses contradictions, Balaam reste très proche de beaucoup d'hommes et de femmes qui prétendent croire en Dieu, mais ont une conception superstitieuse de sa personne et de son culte, multipliant les rites, les prières et les actes "méritoires" pour se rendre Dieu favorable. D'où la nécessité d'étudier les Ecritures pour comprendre qui est Dieu et l'adorer "en esprit et en vérité" (Jean 4.24).

B- La tentation de Balaam (22.1-20)

v 6 : Selon la coutume de l'époque, le roi Balak espérait que la malédiction affaiblirait le peuple et qu'il pourrait ainsi le battre par les armes. Si Balaam retient ses messagers pour la nuit, c'est que la consultation des dieux se faisait ordinairement de nuit, en vision ou en songe. Dieu consent à communiquer avec Balaam parce qu'il s'agit de son peuple. Par là, il fait comprendre à Balaam que l'affaire est importante et grave. Dieu révèle clairement sa volonté : "Tu n'iras pas avec eux, tu ne maudiras pas ce peuple, car il est béni !"

Remarquons comment Balaam retransmet cet ordre (v 13); il affirme bien le refus de Dieu de le laisser partir, mais n'en donne pas la raison profonde. Il trahit ainsi son secret désir de ne pas rompre définitivement la négociation avec les messagers de Balak. Aussi ce refus peut-il passer aux yeux de Balak comme un essai de surenchère, comme un marchandage, pour se faire payer plus ; Balak en effet semble l'avoir compris ainsi, en lui proposant honneurs et exaucement de ses désirs (v 17).

v 18 : Balaam affirme haut et fort des principes excellents d'obéissance absolue à l'Eternel, tout en révélant, à la façon orientale, le prix qu'il désire (voir le marché d'Abraham pour obtenir le champ de Macpéla, Gen 23.14-15 : on nie demander, et on déclare le plus pour avoir un peu moins !).

v 19 : il envisage en même temps un éventuel revirement de Dieu, alors que sa volonté était très claire. Il fait croire ainsi aux messagers que la négotiation est encore ouverte.

v 20 : Dieu respecte, même dans ses errements, la liberté de choix de l'homme. Il ne revient pas sur sa position précédente, car Balaam est entré dans une situation nouvelle, en acceptant d'accueillir une seconde fois les messagers de Balak. Dieu accompagne Balaam sur la voie que celui-ci a choisi de suivre, mais il l'avertit du danger. Dieu aurait été glorifié par le refus définitif de Balaam, s'il l'avait expliqué correctement. Mais en consentant à laisser partir Balaam selon son choix, il sera encore plus glorifié par les paroles qu'il mettra dans sa bouche, si contraires à la volonté de Balak ! Pour cela, il faut que Balaam lui obéisse entièrement. C'est ce qui exlique l'épisode suivant.

C- L'ânesse "medium " (22.22-35)ânesse de Balaam Rembrandt 1626.jpg

Après l'acceptation condescendante de Dieu, Balaam qui connaissait bien sa volonté, aurait encore pu s'arrêter. Devant son obstination, Dieu décide d'intervenir avec force, pour frapper sa conscience et l'avertir du danger de la voie équivoque qu'il a prise : danger pour Balaam qui risque sa vie par convoitise, danger pour le peuple d'Israël si ce prophète considéré comme inspiré par Dieu, venait à donner aux ennemis d'Israël plus de force et d'espoir de victoire, danger pour la gloire de Dieu, si Balaam désobéissait encore une fois à Dieu. (Illustration : Rembrandt, 17è)

L'ange de l'Eternel, que l'on considère ordinairement comme l'apparition aux hommes de la personne divine avant son incarnation en Jésus, est vu trois fois par l'ânesse, et non par le soit-disant "voyant". Les tentatives de l'ânesse pour protéger son maître n'éveillent pas son attention ! L'humour de Dieu apparaît dans ce renversement des rôles : celui qui ne discerne pas, est l'être prétendument le plus clairvoyant, l'homme ; tandis que celui qui perçoit la présence de l'ange, est l'être le moins intelligent, l'animal !

v 28 : Alors, de même que Satan en Eden avait utilisé le serpent comme medium, peut-être Dieu utilise-t-il l'ânesse comme porte-parole pour "ouvrir les yeux"du "voyant". Dieu consent à se servir de moyens que le devin connaît, pour lui révéler sa volonté (v 31). On peut aussi penser que les paroles qu'entend Balaam viennent de l'ange qu'il ne voit pas, et sont attribuées  à l'ânesse qu'il voit, Balaam en tant que devin, étant habitué aux phénomènes de communication avec les esprits par l'intermédiaire de médiums.

Ouvrir les yeux, dans l'Ancien Testament, c'est percevoir le monde invisible, spirituel, au-delà du monde physique, visible. Dieu seul peut donner ce pouvoir (2 Rois 6.17 ; Luc 24.16, 31), dont Satan s'est emparé et qu'il a développé dans toutes les formes du spiritisme antique et moderne. Il est intéressant de remarquer comment Dieu utilise l'ânesse pour amener Balaam à comprendre sa situation : l'ânesse prend un chemin de traverse pour éviter l'ange, comme Balaam a dévié du droit chemin de l'obéissance à Dieu en acceptant de partir vers Moab ; l'ânesse s'engage dans un chemin de plus en plus resserré et écrase le pied de son maître, comme Balaam en partant vers Moab s'est engagé sur une voie de plus en plus dangereuse pour lui, car contraire à la volonté divine. L'écrasement du pied aurait pu et dû faire comprendre à Balaam que sa décision de partir malgré l'ordre clair de Dieu (v 12) était vouée à l'échec (v 32). Puis en s'affalant à terre devant l'ange, l'ânesse montrait à Balaam le sort qui l'attendait s'il refusait d'obéir à Dieu. Enfin, les coups que l'ânesse reçoit de son maître sont à l'image de ce que mériterait Balaam pour son obstination à désobéir à Dieu.

v 32 : L'intention de Dieu est : 1- d'avertir Balam, 2- de l'amener à plus d'humilité : il doit la vie à un animal !                3- d'exclure en lui toute vélléité de désobéissance, en l'impressionnant par la vision de l'épée nue qui menace sa vie, et qui dans la main de l'ange est le symbole de la Parole de Dieu (Héb 4.12), pénétrant et lisant dans les coeurs.

v 34 : Balaam reconnaît son péché, mais en l'atténuant : pour lui, il a péché en injuriant et en battant l'ânesse, par ignorance de la présence de l'ange, tandis que son vrai péché est de n'avoir pas tenu compte de l'ordre clair de Dieu, par convoitise (v 12). Il semble prêt à renoncer à son projet, mais c'est trop tard. A ce stade d'engagement, il ne glorifierait pas Dieu en retournant chez lui. Il ne ferait qu'accroître la surenchère de Balak. Dieu le laisse donc aller pour manifester encore plus glorieusement son amour pour son peuple, par les paroles inattendues qu'il mettra dans la bouche de Balaam.

D- Les préparatifs de Balaam (22.36 et 23.1-4)

Balak vient à la rencontre du devin pour l'honorer et obtenir ainsi le service demandé. Balak a été blessé dans son orgueil par le refus de Balaam (v 37) : il a supposé que Balaam le pensait insuffisamment riche et puissant pour le récompenser dignement. Balaam le détrompe, en lui faisant comprendre que dans cette affaire, il dépend d'un dieu supérieur. Le message est d'ailleurs compris puisque Balak sacrifie à ce dieu pour se le rendre favorable (v 40).

 Balak montre à Balaam le peuple d'Israël depuis trois points de vue différents de façon à lui en donner une vision globale et impressionnante (22.41 ; 23.13-14, 28). Balaam fait offrir trois fois 7 taureaux et 7 béliers, pour que Dieu lui accorde un entretien, selon les rites occultes qu'il pratique. Pendant ce temps, il se retire à l'écart, pour chercher à entrer en contact avec Dieu par l'extase et la magie (24.1). Dieu condescend à communiquer deux fois avec lui selon ce mode, pour atteindre la conscience de Balaam. Mais la troisième fois, Balaam a enfin compris que Dieu ne changerait rien. Il délaisse donc toutes les pratiques magiques et peut alors recevoir l'Esprit de Dieu directement. Il en est de même pour le croyant : il ne peut recevoir la plénitude de l'Esprit-Saint que s'il a délaissé dans son coeur et dans sa vie, les habitudes contraires à la volonté de Dieu, et s'il s'est donné entièrement à Dieu.

E- Les discours de Balaam (ch 23-24)

Seuls les deux derniers sont précédés de la formule qui accompagne généralement les prophéties de Dieu : Parole ou Oracle (voir version Segod ou TOB). Seulement Balaam, au lieu de mentionner "Oracle du Seigneur", s'attribue la gloire de ces prophéties, dans un mouvement de vantardise publicitaire : "Parole de Balaam, l'homme au regard pénétrant, celui qui entend les paroles de Dieu, qui pénètre les secrets du Très-Haut, et contemple les visions envoyées par le Tout-Puissant", "car il se révèle à moi quand je l'adore" (BFC), ou "quand il tombe en extase et que ses yeux s'ouvrent" (TOB). Il se présente ici comme le grand initié aux mystères divins, et non comme celui qui connaît Dieu, c'est-à-dire qui a une relation intime d'amour avec lui. C'est un peu comme s'il disait "J'ai les moyens de forcer Dieu à me livrer ses secrets. Je suis le gand "manitou", écoutez-moi !" Il n'empêche que malgré ces attitudes de forfanterie, Dieu se sert de lui pour faire passer son message aux païens.

Il y a gradation entre les quatre discours. Le premier fait ressortir le caractère spécial d'Israël, peuple mis à part pour et par Dieu parmi les nations, et sa multitude innombrable. Ce sont des bénédictions de Dieu qui l'empêchent d'être maudit. Le second discours célèbre la force de résister à la magie, et annonce la révélation de son avenir, qu'Israël découvre dans la présence et la bénédiction de Dieu. Le troisième discours est une vision de la vitalité et de la puissance actuelle et future (v 7) d'Israël, qui le rendent victorieux de ses ennemis. Enfin le quatrième discours est une vision prophétique de l'avenir d'Israël : l'apparition d'un souverain (astre et sceptre, v 17), lui donnera la suprématie sur tous les peuples : Edom et Moab actuellement épargnés comme descendants d'Esaü et de Lot, lui seront soumis, et les peuples païens qui ont été en relation hostile (Amalécites) ou amicales (Quénites ou Kéniens) avec Israël pendant son voyage au désert disparaîtront.Les Amalécites iront à la ruine effectivement avec Saül et David, puis avec les Siméonites (1 Samuel 15 et 30 ; 1 Chroniques 4.42-43). Les Kéniens après une période de sécurité en Israël disparaîtront avec le royaume du nord d'Israël, sous les coups de l'envahisseur Assyrien en 722 av JC.

Assur était fils de Sem (Gn 10.24) et devint l'ancêtre des Assyriens, peuple oriental déjà puissant à l'époque de Balaam. C'est lui qui conquit le Moyen-Oient et en -722 emmena en captivité et dispersa les dix tribus d'Israël. Heber (Gn 10.24) était l'arrière-petit-fils de Sem par son fils Arpacschad. Il fut l'ancêtre, par Péleg son aîné, de la lignée d'Abraham, donc des Hébreux, et par son cadet Joktan, il fut l'ancêtre des tribus arabes (Gn 10.26-30 ; 11.10-26). Ces peuples sémites furent plus tard dominés par les peuples venus d'occident (Philistins, Grecs ou Romains), représentés ici par les navires de Kittim ou de Chypre. Balaam termine sa prophétie par l'annonce que ce dernier envahisseur occidental va lui aussi à sa ruine. Seul demeure parmi les nations le peuple qui est béni de Dieu. Ainsi le devin dans une vision prophétique, à l'égal des prophètes Daniel et Jean, voit le déroulement de l'histoire du peuple de Dieu jusqu'à la fin des temps !

Le dernier discours, le seul des quatre à avoir une dimension nettement prophétique, a été souvent lu dans une perspective messianique : "l'astre" qui apparaît parmi les descendants de Jacob (v 17), était en Orient signe des dieux et des rois. Il visait sans doute le "souverain" David et sa lignée, et plus loin le Messie. Cette prophétie sur Israël prononcée par un devin mésopotamien, se propagea en Orient, et fut à l'origine de la venue des mages chaldéens auprès de l'enfant Jésus (Mt 2.2). Ils l'avaient entendue, sans doute de la part des descendants de Juifs restés après l'exil en Babylonie. La chute successive des pouvoirs terrestres annoncée par Balaam trouve un écho dans la prophétie de la statue que Daniel expliqua à Nébucanetsar d'une façon beaucoup plus précise (Da 2.31-45).

De tous les discours de Balaam nous retiendrons que :

- Dieu se sert même d'un devin pour faire connaître aux impies son amour pour Israël et la mission qu'il lui confie,

- Dieu veut bénir Israël pour en faire le témoin parmi les nations de Sa puissance, de Sa fidéité, de Sa royauté, de Sa bienveillance.

- Israël ou le peuple de Dieu réalise ainsi la prophétie faite à Abraham (Gn 12.2) : "Tu seras une bénédiction pour les autres... Avec toi, je bénirai toutes les nations de la terre".

Questions pour une application dans la vie chrétienne

- Sous quels prétextes tentons-nous d'esquiver l'obéissance aux ordres précis de Dieu ? Comment ne pas nous aveugler sur nos mobiles profonds ?

- Comment éviter de donner trop d'importance à notre intérêt financier ou matériel dans notre relation avec Dieu ou avec les autres ? (voir Mt 6.27-34).

- Comment reconnaître les signes naturels (et non surnaturels) par lesquels Dieu nous parle dans notre vie quotidienne ?

- Prions pour que Dieu nous "ouvre les yeux" sur notre réelle situation spirituelle, et sur la main qu'il nous tend pour nous avertir et nous protéger.

 

20/11/2009

Etude 9 Nb 20-21 Péché de Moïse et Aaron (28 11 09)

Etude n°9  Nombres 20- 21 : le péché de Moïse et Aaron et la fin du voyage dans le désert (28 11 09).

 

Dt 3.27 : « Monte au sommet de Pisga, porte les regards à l’ouest, au nord, au sud et à l’est, et contemple de tes yeux ; car tu ne passeras pas ce Jourdain. »

 

Observons

 

Le récit reprend pour relater les derniers événements de la marche dans le désert.

Ch 20Moïse au rocher d'Horeb.jpg

1-13 : les eaux de Mériba et la faute de Moïse et Aaron (Evangile et Peinture : Moïse frappant le rocher)

14-21 : Edom refuse le passage à Israël

22-29 : Mort d’Aaron

Ch 21

1-9 : le serpent d’airain

10-35 : Conquête des Amoréens

 

Comprenons

Le livre des Nombres nous rapporte peu d’événements de ces 40 ans au désert, un récit de violation du Sabbat (ch 15), un autre de la révolte contre l’autorité de Moïse et Aaron (ch 16), la manifestation du choix de Dieu pour Aaron comme sacrificateur, et des lévites comme prêtres (c 17-18), les ordonnances au sujet de l’eau de purification nécessaire pour tout homme rendu impur par le contact avec la mort. On sait par le Deutéronome, que la nouvelle génération refit les mêmes expériences et les mêmes erreurs que la précédente, preuve que le coeur humain est le même à travers les âges.

 

1- Les eaux de Mériba*

Au chapitre 20, on est brusquement placé à la fin des 40 ans. Le peuple s’installe pour la seconde fois à Kadès, au nord du désert de Tsin. Marie, soeur aînée de Moïse y meurt, conséquence lointaine mais parlante, de sa jalousie envers le rôle de prophète et de chef de Moïse (ch 12). Malheureusement, la nouvelle génération ne semble pas avoir compris le message de cette mort et de celle de leurs parents : devant les difficultés de la vie quotidienne, elle reproduit leurs révoltes et leurs regrets d’un passé imaginaire (20.2-5).

Moïse  et Aaron remplissent leur fonction d’intermédiaires, d’intercesseurs, et Dieu répond : sans reproches, avec bonté et générosité, il donnera à boire à tous, hommes et bêtes, sans restrictions (v 8).

Ses ordres sont précis :

a- prendre le bâton comme insigne de l’autorité divine déléguée à Moïse

b- rassembler le peuple

c- parler au rocher devant le peuple, pour qu’il donne de l’eau en abondance.

La répétition « Oui, tu feras jaillir de l’eau » est destinée à donner à Moïse confirmation de la puissance divine qui va opérer à travers lui, et assurance de la réalisation de cette promesse.

Aaron et Moïse obéissent aux deux premiers ordres, puis dans un mouvement d’impatience, Moïse oublie la suite :

a- il ne parle pas au rocher mais au peuple ;

b- il manifeste une colère et un jugement contre le peuple « rebelle », que Dieu n’avait pas montrés.

c- il exprime un doute, (ou est-ce de l’ironie ?) sur sa capacité à provoquer un  jaillissement d’eau du rocher( v 11).

d- il ne mentionne pas Dieu et se met en avant par l’utilisation de la première personne «Ferons-nous sortir?»

e- il frappe deux fois le rocher.

Ces paroles ont pour résultat de faire tourner les regards du peuple, non sur la miséricorde et la puissance de Dieu qui sont oubliées, mais sur l’autorité et la puissance quasi magiques des deux chefs, qui se sont mis en avant.

C’est ce que va leur reprocher Dieu, en disant qu’ils « n’ont pas cru et ne l’ont pas sanctifié (= mis à part) aux yeux du peuple » (v 12).

À cause de cette valorisation d’eux-mêmes à la place du Seigneur, les deux chefs ne pourront pas entrer dans le pays promis terrestre ! (v 13)

Dieu dans sa bonté a quand même abreuvé en abondance gens et animaux, ce qui fait dire au texte, qu’il a été « sanctifié parmi eux », c’est-à-dire que parmi eux se sont révélés le pardon et la miséricorde de Dieu pour leur contestation.

 

Pourquoi cette différence entre, d’un côté, un peuple contestataire, superficiel, ignorant et infidèle, mais qui, pardonné, reste en vie, et entrera dans le pays, de l’autre côté, deux chefs, fidèles serviteurs, qui pour un moment de colère et d’orgueil, se voient refuser l’entrée dans le pays vers lequel toute leur vie était tendue?

Dieu veut-il nous enseigner la vigilance dans notre cheminement avec Lui, ou notre responsabilité de croyants d’autant plus grande que notre connaissance de Dieu est plus profonde ? Ce ne serait pas un encouragement  à progresser dans la relation avec Dieu !

Ne veut-il pas plutôt enseigner que la mission du croyant est avant tout de « sanctifier l’Éternel », c’est-à-dire de le mettre en avant, Lui et non notre personne. Sanctifier Dieu dans notre vie, c’est révéler, faire reconnaître, par nos paroles et dans nos actes, son amour pour tous, avant de parler de son jugement ; c’est placer en Lui notre confiance, au lieu de douter de Lui, et c’est nous contenter d’être les instruments de son salut, au lieu de nous croire les sauveurs du monde !

 

Ce qui peut paraître une punition divine sévère pour un acte mineur de la part des deux chefs, peut être compris aussi comme une grâce : Dieu évitait à ses deux serviteurs très âgés, toutes les difficultés de la conquête de Canaan. Il accordait le repos à Aaron, âgé de 123 ans, et réservait à Moïse un sort exceptionnel, l’entrée dans la vie éternelle par une résurrection anticipée, qui lui permettrait d’entourer Jésus avec Elie à la Transfiguration (Dt 34.6 ; Jude 9 ; Luc 9.30). Moïse qui avait contemplé le plan du salut, modèle spirituel et céleste du sanctuaire terrestre, devait tourner son regard, non sur l’entrée dans la terre promise de la Canaan terrestre, mais vers le Royaume éternel, dont Christ lui ouvrait la porte (Hé 11.26-27).

 

1 La racine verbale « rib » (contester), contenue dans le nom de Meriba, se retrouve encore deux fois dans le texte (3,13).

 

2- Passage refusé en Edom

Comme le cortège égyptien avait ramené à Hébron le corps de Jacob (Ge 50.7-11), Moïse voulait conduire le peuple en Canaan, non par la route directe vers le nord, mais en passant par l’est du Jourdain et de la Mer Morte, pour éviter les monts du désert de Juda.  Or, les descendants d’Esaü, considérés comme des « frères » par les Israélites (14), s’étaient établis au sud de la mer Morte, dans la plaine désertique qui va de cette mer au golfe d’Akaba. Le peuple d’Israël devait donc traverser le territoire des Edomites, dans toute sa largeur, par la route « royale » des caravanes. Les messagers s’engagent à ne causer aucun tort, et à payer l’eau qu’ils puiseraient. Mais à leurs propositions pacifiques et humbles, ils reçoivent un refus catégorique et armé ! Edom, descendant d’Esaü, manifestait par là sa rancœur, transmise de générations en générations, envers les fils de Jacob qui l’avait supplanté et volé de la bénédiction d’Isaac.

Israël préfère attendre à Kadès un autre moment plus favorable (Dt 2.4, 29) pour ne pas faire couler le sang fraternel. Devant une opposition musclée, il vaut mieux éviter d’insister, et patienter jusqu’à une autre opportunité. Nous avons là un exemple d’attitude non-violente, et confiante dans l’action de Dieu qui prépare le chemin pour son peuple ! Avons-nous la même réserve et la même sagesse pour éviter les conflits fratricides en Eglise, ou entre Eglises-sœurs ?

 

 

3- Mort d’Aaron (22-29)

 

La montagne d’Hor semble se situer au nord-ouest d’Edom, près du territoire d’Arad, où se trouvait une route d’accès en Canaan, que les espions d’Israël avaient peut-être empruntée quarante ans auparavant1. Aaron y trouva la mort, conséquence de sa désobéissance à Dieu à Meriba (24), mais aussi, comme nous l’avons vu, grâce divine pour cet homme âgé de 123 ans, incapable de supporter les épreuves de la conquête de Canaan.

La passation du ministère sacerdotal est symbolisée par la transmission des vêtements d’Aaron à son fils. Elle se fait avant la mort du grand-prêtre, pour éviter toute souillure au contact du mort, surtout pour le nouveau grand-prêtre. Si la mort reste toujours un signe du péché qui nous sépare de Dieu, elle peut, par la foi, s’envisager comme un repos, et se préparer par des dispositions légales avant le décès, afin d’assurer aux survivants un avenir paisible, en communion avec Dieu.

 

1 Selon le jeu de mots hébraïque entre « Atarim » (21.1) = chemins tracés, et « Tarim » = les espions (14.6).

 

 

4- 21.1-9 : Les serpents brûlants

Après la mort d’Aaron, Moïse essaie de conduire le peuple vers le nord –Est, en passant entre le sud de la mer Morte et la frontière nord d’Edom. Mais il rencontre l’opposition du roi Arad qui fait quelques prisonniers ; Il reconnaît à ce signe que ce n’est pas encore le bon chemin. Il revient en arrière et longe la frontière ouest d’Edom assez désertique, jusqu’à la mer Rouge. De là seulement il put passer à l’est d’Edom, pour remonter au nord, vers la rive est de la mer Morte.  La réalisation du vœu sur les Cananéens du Sud (v 2-3) est sans doute une anticipation de l’exécution qui eut lieu avec Josué (12.14 ; Jug 1.17). Illustration : Franz Floris 16ès Moïse et les serpents brûlants)Moïse serpent d'airain, Floris 16è.jpg

Devant le détour à accomplir de nouveau par le désert, Israël une fois de plus se plaint et s’impatiente contre Moïse et contre Dieu, dont il méprise le don de la manne « cette nourriture de misère ! » Ne cultivant que des pensées de mort, ils trouvent la mort avec des serpents : Dieu leur a retiré sa protection contre ces reptiles, appelés brûlants à cause de la sensation que provoquent leur morsure et leur venin.

N’est-ce pas aussi l’impression que nous éprouvons sous la morsure de nos angoisses et de nos rancunes qui emplissent notre coeur d’un feu brûlant ? N’est-ce pas aussi le symbole de notre situation spirituelle, lorsque nous devenons la proie du désespoir devant les difficultés d’une vie qui ne reconnaît pas les interventions de Dieu ?

Dans sa détresse, le peuple se repent et crie à Dieu. Une fois encore, Dieu intervient pour sauver, ni par un baume, ni par une formule magique, mais par un objet symbolique en métal, qui fait appel à la foi : « Quiconque aura été mordu et regardera le serpent de métal fixé sur sa perche, aura la vie sauve. »

Que voyait la victime d’un serpent, en regardant ce serpent de métal, inerte sur son bâton ?(Rubens et Van Dyck: Le serpent d’airain)Moïse serpent d'airain, Rubens et Van Dyck.jpg

Physiquement, elle voyait l’image de son bourreau mort, la cause de son mal identifiée et anéantie.

Symboliquement, le serpent représentant depuis la chute (Genèse 3) la puissance du mal sur l’homme, celui qui était atteint par lui voyait que Dieu l’anéantissait, puisqu’il ordonnait de le représenter mort sur un bâton. Le mal étant vaincu, le malade pouvait guérir.

Pourtant cette image en elle-même n’avait aucun pouvoir, comme le crurent les Israélites par la suite ; ils en firent une idole que, plusieurs siècles après, le roi Ezéchias dut détruire (2 Rois 18.4-5). Il fallait la regarder avec les yeux de la foi et croire en la guérison que Dieu avait promise, pour que le symbole représenté par ce serpent de métal devienne efficace.

Prophétiquement, comme Jésus l’a expliqué lui-même (Jean 3.14), le serpent de métal annonçait la mort de notre nature d’homme pécheur portée par Jésus, « fait péché pour nous » sur la croix (Romains 8.3 et 2 Cor 5.21 ou Gal 3.13). Notre péché étant mort sur la croix, nous pouvons vivre d’une vie nouvelle, guérie, dans la foi en notre Sauveur.

 

Ainsi les deux récits des eaux de Mériba et du serpent d’airain, ont-ils en commun un appel de Dieu à Le regarder (= lui faire confiance) en toutes circonstances, pour notre vie matérielle, physique et spirituelle, au lieu de nous tourner vers des hommes, ou des manifestations de puissances magiques, pour obtenir du secours. Ils sont une illustration du Ps 121.1-2 : face aux angoisses et souffrances de ce monde de péché, seul Dieu apporte du secours à celui qui s’attend à lui avec foi.

 

Illustration :Visage du Christ.jpg

De l’image en noir et blanc de taches confuses ressort bientôt, au regard attentif, un visage du Christ contrasté : au centre, vers le haut,  l’arête du nez sépare, à gauche de l’image, le côté du visage en noir avec une pommette blanche et un point blanc dans l’oeil, et à droite de l’image, le côté du visage en blanc avec un oeil noir. La bouche (ou le menton) se détache en blanc sur le noir de la barbe, des moustaches et des cheveux qui tombent sur les épaules.

Cette illustration peut faire comprendre le regard de la foi, qui voit le Seigneur à travers les difficultés de la vie, ou le mécanisme du symbole qui, derrière la perception immédiate d’un objet (ici un tableau en noir et blanc de taches confuses) cache un sens spirituel (ici le portrait du Christ), qu’il faut découvrir pour que le symbole prenne sens, comme pour le serpent d’airain.

 

 

5- 21.10 -20 : Etapes des Israélites dans le voyage vers Canaan

Les diverses étapes mentionnées ici veulent préciser que le peuple a bien respecté l’interdiction de pénétrer le territoire d’Edom, puis de Moab (Juges 11.17-18), à cause des liens de parenté qui les liaient : Edom descendait d’Esaü, Moab et Ammon descendaient de Lot. Les Ammonites autrefois installés au nord de Moab et de la rivière Arnon, avaient été chassés de leur territoire par les Cananéens Amoréens, au moment de l’arrivée des Hébreux (v 26).

Depuis Kadès, les Hébreux durent donc descendre vers le sud en longeant la frontière ouest d’Edom, puis par l’est et le nord remonter toujours dans le désert, vers l’orient de la mer Morte et de Moab. La sortie de la route désertique et l’entrée dans une vie plus normale, est marquée par la convocation de l’Éternel autour d’un puits creusé par les hommes (v 16-18). Avec ce cantique de reconnaissance pour le travail humain qui leur permet de trouver de l’eau dans un puits artésien, le peuple inaugure une nouvelle vie. C’est le premier cantique de la seconde génération, depuis le chant de reconnaissance à l’Éternel de la première génération, après le passage de la Mer Rouge (Ex 15). Dans le cantique du livre des Nombres, nulle mention de l’Éternel ! Le peuple est conduit par Dieu vers ce puits, mais ne le reconnaît pas ! Combien de fois aussi, ignorons-nous la main de Dieu derrière les circonstances favorables qui émaillent notre vie, en nous arrêtant au visible ?

 

6- v 21-35 : Conquête des deux royaumes amoréens

Les Amoréens s’étaient installés au nord de Moab, de l’Arnon au sud, au Yabbok au nord, du nord-est de la mer Morte à l’ouest jusqu’au territoire des Ammonites à l’est (v 24). Sihon, le roi cananéen, ayant refusé le passage aux Hébreux, Israël conquit par la force son territoire. Ses poètes chantèrent cette victoire, en tournant en dérision le dieu moabite Kémosch, qui aurait livré ses fils d’abord aux Amoréens, puis aux Hébreux (v 29-30). Son territoire, à l’embouchure du Jourdain, garda le nom de plaines de Moab, où les Hébreux établirent leur dernier campement (Nb 22.1)

Une expédition plus au nord, permet aux Hébreux d’éliminer un ennemi dont les attaques auraient pu leur causer du tort avant leur entrée en Canaan (Dt 2.30-3). Le géant Og, roi de Basan, est resté célèbre par son lit de fer de 4,50 mètres de long et 2 m de large (Dt 3.11) ! Signe que les Cananéens possédaient l’art de traiter le fer, qu’ignorèrent encore longtemps les Israélites. Son territoire entre le Yabbok et la montagne de Hermon au nord, fut attribué, au partage de Canaan, à la demi-tribu de Manassé (Dt 3.13).

La victoire sur ces deux royaumes cananéens marqua profondément le peuple qui la rappela très souvent dans sa tradition (9 fois, du Deutéronome, à Néhémie 9.22, en passant par les Psaumes 135 et 136). Elle rappelait que l’Éternel leur livra ces rois pour protéger le peuple de l’idolâtrie qui régnait dans leur territoire (Ex 23.23-24 ; Dt 12.29-31). C’était en effet le moment prophétisé à Abraham (Gen 15.16) où la déchéance morale des Amoréens avait atteint son comble et devait disparaître, pour permettre au peuple de Dieu de lui rester fidèle, une fois entré en Canaan.

Cet épisode prophétisait l’élimination définitive de Satan et de ses suppôts, avant l’établissement des élus dans la nouvelle Jérusalem (Ap 20.10 et 21.8).

 

 

Questions pour une application dans la vie chrétienne

 

1-     Comment ma vie et mes paroles sanctifient-elles l’Éternel ? Comment révèlent-elles l’amour et le pardon de Dieu, au lieu du jugement des autres et de la prétention humaine ? Vers qui est-ce que je cherche à faire tourner les regards, vers ma personne ou vers celle du Seigneur ?

 

2-     Comment réagissons-nous à la critique ou à l’opposition de nos frères de l’église, ou des autres chrétiens ?

 

3-     Ma confiance en Dieu me permet-elle d’envisager avec sérénité ma disparition, et de donner à mon entourage l’assurance de la présence et de la grâce de Dieu jusqu’à la fin du monde ? (Mt 28.20) ?

 

4-     Dans les difficultés et les souffrances, comment ma foi en Dieu se manifeste-t-elle ? Comment puis-je surmonter le désespoir et l’angoisse de la mort ?

 

5-     Comment accueillons-nous les événements heureux de notre vie ? Comment en faire des occasions de témoigner de l’amour de Dieu pour ses enfants ?

 

6-     Ai-je laissé l’Esprit Saint détruire en moi tout ce qui m’empêche de communier pleinement avec Dieu ? Comment rester attaché à Dieu seul, dans ma marche vers son Royaume éternel ?