28.11.2008
Etude n°10 L'expiation à la croix
Etude n°10 : Réconciliation à la croix Col 1,12-23 (6 12 08)
Observons
Le contexte (1.1-11)
Paul rend grâces à Dieu pour la foi et la charité des chrétiens de Colosses, église de Phrygie en Asie Mineure, fondée et dirigée par Epaphras (v 7). Il prie pour qu’ils soient remplis de la connaissance de la volonté de Dieu, « en toute sagesse et intelligence spirituelle» (v 9), et qu’ils marchent d’une manière digne du Seigneur (v 10-11)
Le texte (v 12-23)
V 12-14 : Sujets d’action de grâces des croyants : la rédemption, le pardon des péchés en Christ.
V 15-20 : Qualités du Rédempteur et Réconciliateur
V 21-23 Réconciliation et justification en Christ ont pour fruit la persévérance dans la foi et l’espérance.
Vocabulaire pour l’œuvre de salut :
V 13 : délivrer du pouvoir des ténèbres, en opposition au v 12 à avoir part à l’héritage des saints dans la lumière.
V 14 : la rédemption = le rachat de l’esclave grâce à une rançon, = la libération (1 Pi 1.18-19)
V 14 : le pardon des péchés = l’élimination, l’expiation (Dan 9.24 ; Hé 2.12 ; 9.12)
V 20 : Tout réconcilier avec lui par le sang de la croix (Rm 5.10-11 ; Eph 2.13-18)
V 22 : faire paraître devant lui saint, sans défaut, sans reproche = la justification et la sanctification.
Comprenons
Comme nous l’avons vu la semaine dernière, les notions de rédemption et d’expiation sont si intimement liées que les auteurs bibliques et Paul en particulier les emploie souvent indifféremment l’une pour l’autre.
Pour saisir le sens de ce mot expiation, voici des extraits de l’article « Expiation » du Vocabulaire de théologie biblique (sous la direction de Léon Dufour, Le Cerf 1991 :
« Les traductions françaises de la Bible utilisent souvent le terme « expiation » ou parfois « propitiation » (hb. kipper, gr. hilaskesthai) dans l’AT soit à propos des sacrifices « pour le péché » où le prêtre est dit « accomplir le rite de l'expiation « (Lv 4), soit plus spécialement encore à propos de la fête annuelle du 10 tishri, généralement nommée « le jour des expiations » ou « le grand jour de l'expiation » et dont Lv 16 décrit en détail le rituel.
Dans le NT, si le terme est rare (Rm 3,25 ; He 2,17; 1 Jn 2,2; 4,10), l'idée se retrouve fréquemment, non seulement dans toute l'épître aux Hébreux qui assimile le rôle rédempteur du Christ à la fonction du Grand Prêtre au « jour des expiations », mais, plus ou moins certainement, chaque fois que le Christ est déclaré « mourir pour nos péchés » (1Co 15,3) ou « répandre son sang pour la rémission des péchés » (Mt 26,28).
1. Expiation et Péché. En français comme dans nombre de langues modernes, la notion d'expiation tend à se confondre avec celle de châtiment. Au contraire, pour tous les anciens - tel est le sens du verbe expiare dans la Vulgate comme dans la liturgie -, qui dit « expier » dit essentiellement «purifier », plus exactement rendre un objet, un lieu, une personne désormais agréables aux dieux, alors qu'auparavant ils ne leur agréaient pas. Toute expiation suppose donc l'existence d'un péché et a pour effet de le détruire.
Comme ce péché n'est pas conçu à la façon d'une souillure matérielle qu'il serait au pouvoir de l'homme de faire disparaître, mais qu'il s'identifie à la rébellion même de l'homme contre Dieu, l'expiation efface le péché en réunissant de nouveau l'homme à Dieu, en le lui « consacrant » selon le sens de l'aspersion du sang… Une expiation authentique ne saurait avoir de valeur indépendamment des dispositions intérieures de celui qui l'offre; elle est d'abord un acte spirituel, que le geste extérieur exprime mais qu'il ne peut suppléer. Elle exclut également toute prétention de l'homme à forcer Dieu à lui devenir favorable. Une telle prière se ramène à un acte de foi en la fidélité de Dieu. Ainsi conçue, l'expiation ne tend point, sinon aux yeux de l'homme, à changer les dispositions de Dieu, mais à disposer l'homme à accueillir le don de Dieu.
2. Expiation et pardon. Aussi le «jour des expiations » était-il plus encore dans la conscience religieuse des juifs le « jour des pardons ». Et quand, à deux reprises saint Jean, évoquant soit l'intercession céleste du Christ auprès du Père (1 Jn 2,2), soit l'oeuvre accomplie ici-bas par sa mort et sa résurrection (1 Jn 4,10), déclare qu'il est, ou que le Père l'a fait, « hilasmos pour nos péchés », le terme offre sans doute le même sens qu'il a toujours dans l’AT grec (Ps 130,4) et que le mot latin propitiatio offre aussi toujours dans la liturgie : par le Christ et dans le Christ le Père réalise le dessein de son amour éternel (1 Jn 4,8) en « se montrant propice », c'est-à-dire en « pardonnant » aux hommes, d'un pardon efficace, qui détruise vraiment le péché, qui « purifie » l'homme, lui communique sa propre vie (1 Jn 4,9). (Stanilas LYONNET)
Notre texte de Colossiens place les deux mots de « rédemption » (apolutrõsis) et de « rémission » (aphesis) des péchés (v 14) au cœur de l’action de grâce du croyant en Jésus-Christ, et prend soin de décliner les qualités du Christ qui font de lui le seul Sauveur de l’Univers et de l’Eglise, pour ensuite énoncer les fruits de la rédemption.
Avant d’expliquer le sens que Paul donne à l’œuvre d’expiation par le sang de Christ, examinons les qualifications de Christ pour l’accomplir (v 15-20).
V 15 : Jésus est l’image du Dieu invisible : il est le seul qui rende perceptible à l’homme la divinité invisible, spirituelle (Jn 1.18). Il est la vraie manifestation de l’amour de Dieu (Jn 8.19 ; 14.9), car lui seul est descendu du ciel pour le révéler (Jn 3.13). (Zabou : La Parole créatrice)
V 16-17 : Le premier-né de la création : contrairement à certains interprètes, il ne faut pas prendre cette expression littéralement dans son sens biologique. Le premier-né était un titre qui marquait la fonction éminente, la dignité suprême, ou l’origine d’un événement. Les versets 16-17 expliquent l’expression : « Tout, (visible et invisible) a été créé en lui, par lui, et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui». Sa préexistence de Concepteur (en lui), de Créateur (par lui) et de destinataire (pour lui) le rend supérieur et d’une autre essence que toutes les autres créatures angéliques (Hé 1), humaines, animales, ou végétales, que l’homme aurait tendance à adorer comme intermédiaires entre la Divinité et lui (2.18). Cette puissance créatrice qui n’appartient qu’à lui, le rend à même de conserver l’univers, de soutenir son existence (v 17), car sans lui, livré à lui-même, l’univers irait à sa destruction. L’exemple de Pharaon, livré à son endurcissement de cœur qui le conduit à la mort (Exode 11 et 14.7-18, 28) est là pour nous faire comprendre que lorsque l’Esprit qui soutient toute chose est obstinément refusé, Il se retire et laisse le monde livré aux forces destructrices. C’est peut-être ce que nous commençons à voir se réaliser dans le monde aujourd’hui. Mais heureusement, Dieu par amour « use de patience, car il ne veut pas qu’aucun périsse, mais il veut que tous arrivent à la repentance (2 Pi 3.9).
V 18 : Après l’exposé du rapport de Christ à Dieu le Père, et de son rapport à l’Univers, Paul aborde son rapport à l’Eglise : Il en est la tête, le chef, ce que les faux docteurs de Colosses semblent avoir contesté (2.18). L’Eglise, corps du Christ est une image chère à Paul (1 Co 10.17 ; 12.12 ; Eph 1.22-23,…) pour exprimer l’union de Christ avec les croyants qu’il dirige et anime, et leur solidarité dans la diversité des membres qui la composent. L’Eglise est ici considérée comme une seconde création, spirituelle, dont Jésus est l’origine, le commencement, comme il l’a été de la création physique. Grâce à la résurrection de Christ, l’humanité peut commencer une nouvelle vie dont Christ est la source. Comme « premier-né d’entre les morts »(v 18), « prémices de ceux qui sont décédés (1 Co 15.20), il ouvre le chemin de la vie éternelle à tous ceux qui croient en lui.
Puisque Christ est prééminent en tout, origine de tout, et qu’il est ressuscité, il a la puissance de vie et les qualifications pour accomplir parfaitement l’œuvre de rédemption et d’expiation de l’homme. Nous avons vu la semaine dernière que si au départ le mot « rédemption » signifiait « le rachat » d’un esclave, il est devenu dans le langage biblique synonyme de « salut ». L’expiation, au sens de « libération des péchés » est la première étape de cette œuvre de salut. Le « Jour des Expiations » (Kippourim) symbolisait dans ses rites le processus d’effacement, d’absolution des péchés, qui libère de l’esclavage du mal, l’homme voué à la mort par suite de son péché (= état de séparation d’avec Dieu). Le sang pur du bouc pour l’Éternel, sacrifié sans imposition des mains, aspergé sur l’arche de la Loi , et sur tous les objets du Lieu Saint et sur l’autel des sacrifices, les purifiait des souillures provoquées par le sang des sacrifices quotidiens, qui avaient porté devant Dieu les fautes confessées par les fidèles repentants. Ce que préfigurait ce Jour des Expiations, Christ l’a accompli parfaitement à la croix : Il a pris sur lui le péché de l’homme, bien qu’il soit innocent (2 Co 5.21), et il l’a fait mourir sur la croix dans sa mort (Rm 8.3). Il a ainsi « ôté le péché du monde», l’a « expié » (Dan 9.24 ; Hé 2.17 ; 9.12), extirpé du cœur de celui qui accepte ce chemin de salut et s’identifie à Christ sur la croix : « la vieille nature (pécheresse) a été crucifiée avec lui, afin que ce corps de péché soit réduit à l’impuissance et que nous ne soyons plus esclaves du péché » (Rm 6.6).
V 20- 22 : Christ ayant accompli cette purification, cette élimination du péché, a anéanti ce qui séparait l’homme de
Dieu, et a permis au croyant d’être réconcilié (seconde étape du salut) avec son Père et de retrouver la paix du cœur dans une relation d’amour avec lui (v 20), sans crainte ni culpabilité, car Dieu dans son amour le déclare « juste » devant lui (Luc 18.14 ; Es 53.11). C’est ce qu’on appelle la justification (troisième étape), qui a pour fruit la sanctification (quatrième étape) par l’Esprit pour que le croyant « paraisse devant lui, (à son avènement), saint, sans défaut et sans reproche » (v 22).
Chacune des étapes de la rédemption ou libération des puissances des ténèbres (pardon des péchés, réconciliation, justification, sanctification) procède de la mort et de la résurrection de Christ, de sorte que nul ne peut se glorifier d’un quelconque mérite personnel. Ce ne sont pas nos efforts de sainteté et d’obéissance, ni nos sacrifices coûteux qui nous sauvent, qui éliminent le péché en nous, mais c’est parce que Christ est mort et ressuscité pour nous, que nous avons accès à la vie éternelle et que nous pouvons vivre, ancrés dans la foi et l’espérance, une vie consacrée au service du Seigneur et fidèle à l’Evangile, comme Paul (V 23).
Le salut offert par Christ s’accompagne donc, s’il est accepté d’un cœur repentant et sincère, d’une nouvelle naissance (Jn 3.5-6 ; 2 Co 5.17-18), où la réconciliation avec Dieu permet à l’Esprit de régénérer l’être intérieur, et de produire des œuvres qui témoigneront de notre appartenance à un Dieu d’amour inconditionnel (Jn 3.16 ; Rm 5.8).
Questions pour une application dans la vie chrétienne - Comment ma rencontre avec le Christ crucifié et ressuscité m’a-t-elle délivré du « pouvoir des ténèbres » ? Ai-je encore un sentiment de culpabilité, une angoisse de la mort et du jugement, une rancune tenace, une habitude nocive, qui troublent ma vie ? Si oui, comment obtenir la paix ? Sinon, comment ma libération se remarque-t-elle, dans mes relations à Dieu et aux autres ?
- En quoi les textes de l’étude de cette semaine peuvent-ils m’aider à avancer sur le chemin de la réconciliation avec Dieu, avec moi-même et avec les autres ?
- Comment l’Eglise me permet-elle d’expérimenter le pardon de Dieu ? Quelle est ma participation dans cette œuvre ? Comment concilier discipline ecclésiastique et pardon ?
- Quel état d’esprit implique la foi dans l’œuvre d’expiation ou de pardon accomplie par Christ sur la croix ? (Humilité, repentance, reconnaissance à Dieu, engagement au service de Dieu) Comment nos liturgies nous invitent-elles à marcher sur ce chemin ?
08:00 Publié dans Expiation | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note









Commentaires
Dans notre "civilisation" judéochrétienne il est déjà difficile au 21e siècle de comprendre tous les symboles et rituels de l'AT ( repris aussi dans le NT) mais comment l'homme "moderne" complètement déconnecté de la religion de ses pères pourrait-il être sensible et donc intéressé à ces dit symboles? N'oublions pas que nous ne supportons plus de tuer un cochon ou de couper la tête d'un poulet, actes tout à fait banals il y a encore 50 ans.Et les tribus encore "vierges" de l'immense territoire du bassin de l'Amazonie pourraient-elles saisir le message évangélique SANS perdre leur genre de vie, leur "civilisation"? Ces gens vivent nus sans complexe et sont heureux mais dès que des "missionnaires" arrivent , ils leur "apportent la Bible avec leur conception de la civilisation et ensuite prennent leurs terres" (dixit Hulot dans un récent reportage) à tel point que le gouvernement du Brésil a interdit à quiconque, missionnaire ou pas, d'entrer en contact avec eux afin de préserver leur identité.
J'en viens à l'essentiel: le langage hébraïque est vieilli et traduire est toujours une "trahison". Le français de nos grands écrivains du 16e 17e et même du 18e siècles est devenu difficile à comprendre! A plus forte raison un hébreu d'il y a 3000ans ou même du grec d'il y a 2000 ans. Les façons de vivre varient non seulement d'un peuple à l'autre mais aussi d'une période à l'autre. Les "images", les "symboles" doivent être compris comme passagers et volatiles donc remis continuellement à jour.
Vos commentaires sont bien faits et nous permettent de mieux comprendre ce langage de Paul en particulier. Merci pour vos efforts dans ce sens.
R.Liénard Bruxelles
Ecrit par : Raymond Liénard | 29.11.2008
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