31.10.2008
Etude n°6l'expiation symbolisée 1 (8 Nov 08)
Etude n°6 Symboles de la réconciliation (1)
Premier symbole du salut
Gen 3.21: Promesse de vie : don d’un vêtement de peau
(Zabou : don du vêtement de peau, Dis Papa, explique-moi le vêtement. FFS)

Pour une étude complète de ce ch 3 se reporter à l’étude n°04 de la catégorie Genèse, dans les Archives.
L’homme pécheur va devoir vivre hors de la chaleureuse présence de Dieu, dans un monde hostile et mortel. Dieu se soucie alors de son bien-être physique, en lui offrant la protection d’une peau de bête, qui l’abritera contre les différences de température. De plus, revêtu par Dieu d’une autre peau, symbole du Christ (Gal 3.27), l’homme, psychiquement libéré de sa vieille nature coupable, va pouvoir développer une personnalité et des relations avec les autres, fondées non plus sur des rapports de force, sur le mensonge et la dissimulation, mais sur la vérité, la droiture et la miséricorde*.
Enfin, par ce geste prophétique du sacrifice d’un animal innocent en faveur de l’homme coupable, Dieu lui révèle son plan de salut : le sacrifice de son Fils permettra au pécheur qui se l’approprie et s’identifie au Christ, de vivre éternellement (Jean 3.36).
*voir Rom 13.14 ; Eph 4.24 ; Col 3.9-10, 12, où la métaphore du vêtement appuie celle de la nouvelle naissance.
Question pour une application à la vie chrétienne
- Comment l’Eglise et moi-même accueillons-nous cette promesse de protection et de nouvelle vie psychique et spirituelle que nous offre Dieu par cette image de la peau de bête sacrifiée pour nous, de cette prophétie de la vie de Christ offerte en notre faveur ?
- Le don de Christ a-t-il changé quelque chose à notre personnalité et à nos relations mutuelles ? Si ce n’est pas le cas, comment y remédier ?
- Comment se manifeste concrètement la vie éternelle que nous avons commencé à vivre ici-bas ?
Second symbole du salut
Genèse 4.1-5 « le sacrifice d’Abel »
Observons
Le contexte : Pour introduire notre texte, le ch 3 se termine par trois gestes de Dieu qui lui enseignent le chemin de la Vie :
3.15 : victoire de la postérité de la femme sur le serpent
3.21 : don d’un vêtement fait de la peau d’un animal innocent sacrifié par Dieu
3.24 : chemin de l’arbre de vie préservé et gardé par les chérubins à l’épée flamboyante.
Le texte (4.1-17) illustre la vie sur terre loin du jardin d’Eden :
1-2 : naissance, nomination et profession des deux fils d’Eve (2ème génération)
3-5 : les offrandes des deux frères ; colère de Caïn
Comprenons
Le contexte
Symboliquement, les trois gestes de Dieu enseignaient aux hommes tout le plan du salut : la venue d’un Sauveur victorieux du mal (3.15), la justice accordée à l’homme pour vivre, par le don de la vie de ce Sauveur divin (3.21), le chemin de la Vie (= Jésus-Christ), toujours préservé et montré par l’Esprit, au moyen de l’épée flamboyante de la Parole de Dieu (3.24).
Le texte révèle ce que les humains ont fait de l’enseignement reçu de Dieu dans le jardin d’Eden, et de l’enseignement de leurs parents hors du jardin,
a) Les deux frères sont bien différenciés : pour son aîné, Eve mentionne avec fierté et reconnaissance la participation de Dieu à cette naissance. Rien de tel pour le second, qualifié par anticipation de fragile, de vanité. N’a-t-elle retenu de cette naissance que les difficultés annoncées par Dieu (3.16) ? Leurs professions font remplir par l’un et l’autre les fonctions confiées à Adam : avant la chute (1.26) dominer sur les animaux = Abel ; après la chute (3.19) cultiver le sol pour se nourrir = Caïn. L’un et l’autre contribuent à la vie et à l’entretien de l’environnement comme de l’homme.
b) la nature des offrandes manifeste une différence d’état d’esprit entre les deux frères. Comme le texte le suggère (v 4b, 5a), Dieu regarde le donateur avant l’offrande. D’autre part, l’offrande d’Abel demande un choix plus précis et réfléchi : les premiers nés, et parmi eux les plus gras, tandis que celle de Caïn n’a aucune mention particulière. 1Jean 3.12 et Hébreux 11.4 permettent d’approcher les raisons de la faveur de Dieu. Abel, par un sacrifice à l’image du geste accompli par Dieu manifesta sa foi dans sa promesse de salut, et sa dépendance de Dieu pour vivre. Caïn par l’offrande de fruits du sol manifestait sa méconnaissance ou son indifférence pour le sens spirituel des gestes de Dieu enseignés par ses parents. Ses œuvres sont « mauvaises » car elles trahissent une foi païenne : l’offrande à Dieu sert à s’acquérir la faveur d’un Dieu qui fonctionnerait sur le mode du « donnant-donnant ».
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Quel est notre état d’esprit lorsque nous nous approchons de Dieu ? Cherchons-nous sa faveur avec nos « sacrifices » ou notre « bonne conduite » et notre fidélité, nos prières et nos chants, nos dîmes et nos offrandes ?
- Comment notre adoration, nos liturgies, notre vie manifestent-elles notre reconnaissance pour le don de la vie de Christ pour nous sauver ?
Troisième symbole du salut : le rachat
1 Pierre 1.18-19 : Rachetés par le sang de Christ
Ces deux versets se situent après un appel à la sainteté (v 13-17), les disciples étant enfants d’un Père saint qui juge chacun selon ses œuvres (v 17). Cette sainteté de vie est opposée à la « vaine manière de vivre héritée des pères » (v 18), dont les croyants sont libérés, non par un prix monnayable (or, argent) et périssable, comme cela se faisait pour des prisonniers ou des esclaves, mais par le « sang précieux de Christ », comparé à l’agneau sans défaut de la Pâque (Ex 12.5), dont le sang répandu sur les linteaux des portes en Egypte a sauvé de la mort les premiers-nés juifs. Pierre s’inspire là des textes d’Esaïe 52.3 et 53.7.
L’œuvre de Jésus sur la croix est exprimée ici par une image tirée du contexte de l’esclavage : pour racheter un esclave, le nouveau maître, ou l’esclave lui-même pour acquérir la liberté, devait payer une rançon, un prix égal à sa valeur.
Les apôtres ont souvent utilisé cette image, surtout en référence à la libération de l’Egypte et de Babylone, pour exprimer l’œuvre spirituelle de libération du péché accomplie par Jésus. Jésus lui-même a utilisé cette image de la rançon (Mat 20.28). 
Paul en Romains 3.24, fait du « rachat », de « la rédemption » qui est en Christ le moyen d’être gratuitement libéré du péché et « justifié ».
Pour saisir le sens et la portée de l’expression employée par Pierre et Paul, nous vous livrons quelques extraits de Jean-Yves Thériault bibliste catholique, professeur d’exégèse au département des sciences religieuses et d’éthique de l’Université du Québec à Rimousky.
(Nouveau Vocabulaire biblique, sous la dir. de Jean-Pierre Prévost, Paris - Montréal, Bayard-Médiaspaul, 2004, 16 X 24, 496 p). C’est nous qui en soulignons les passages significatifs :
« Le nom d'action apolutrôsis est un composé sur le nom lutron, « rançon, salaire », plus fréquemment employé au pluriel, dont la racine lu- a produit une importante famille de mots, depuis le verbe grec luô, « délier », « dissoudre », ou les verbes latins luo, « payer, expier », soluo, « délier », jusqu'au nom « analyse » (le fait de décomposer un tout en ses parties) en français. Le verbe lutroô (au passif dans ce texte de Pierre) signifie « livrer, délivrer contre une rançon ».
Le verbe lutroomai (employé 90 fois) a régulièrement Dieu comme sujet, et il traduit différents mots hébreux : ga'al, « mettre en liberté, agir en go'el » ; padah, « racheter, délivrer, sauver »; paraq, « arracher à un danger ». Par amour gratuit, Dieu fait sortir d'Égypte après « avoir arraché à l'esclavage » (Dt 7,8; 9,26, etc.) et il libère de la captivité de Babylone (Is 41,14; 44,22-24, etc.). Il délivre de divers maux et malheurs (Ps 130,7-8). Il délivre pour adopter : « Je vous délivrerai de leur servitude, et je vous rachèterai à bras étendu et grands jugements. Et je vous prendrai à moi comme peuple » (Ex 6,6-7)….
Dans la Septante , les termes issus de cette racine sont devenus traditionnels pour dire cette activité divine qui libère son peuple afin de se l'acquérir comme « bien précieux » (segullah en hébreu). C'est le sens de « payer son tribut » en Lc 1,68, du « rachat de Jérusalem » en Lc 2,38, de la « délivrance » attendue en Lc 21,28 et du « rachat » en 24,21.
Le peuple délivré est un peuple que Dieu acquiert, fait naître et sanctifie. On retrouve ainsi la triade de 1 Co 1,30 dans laquelle le terme apolutrôsis montre que l'« ajustement» [dikaiosunê] au Seigneur et la « consécration » [hagiasmos] à son service comportent aussi une action d'arrachement à l'emprise du mal, une délivrance de l'esclavage antérieur. En effet, cette « délivrance » (apolutrôsis) en Jésus Christ est aussi le « pardon des fautes » (aphesin tôn hamartiôn, Col 1,14) et un « pardon des transgressions » (aphesin tôn paraptomatôn, Ep 1,7). Elle n'est encore qu'un « acompte » fourni par le Souffle saint (Ep 1,14) en attendant la « délivrance » définitive qui nous fera accéder à la « filiation » sans entrave (Rm 8,23), comme Jésus avec le Père…
En Rm 3,24-25, les mots longtemps traduits par «rédemption» et «expiation » sont une expression condensée de l'action libératrice de Dieu qui justifie : « Et s'ils sont justifiés, c'est par la gratuité de sa grâce qui nous donne le rachat [apolutrôsis], celui qui s'accomplit en Jésus Christ, lui que Dieu a exposé, instrument de pardon [ilastêrion] grâce à la fidélité exprimée par son sang. » La traduction, inspirée de la Vulgate , par «rédemption» ou «rachat» du terme apolutrôsis, peut conduire à une compréhension mercantile du salut chrétien, surtout quand elle est associée aux termes «expiation» (ilastêrion) et «rançon» (lutron) entendus souvent aujourd'hui dans un contexte d'actions criminelles. On charge ces mots d'un sens trop juridique ou trop commercial qui n'est conforme ni à leur enracinement biblique ni à leur contexte paulinien…
Certes, une telle compréhension pourrait s'appuyer sur l'usage, dans le monde gréco-romain antique, de lutron pour désigner la rançon d'un prisonnier, ou le prix payé en échange de sa liberté; de lutrôsis pour la libération et la délivrance au moyen d'une somme payée. Une telle libération représente une forme d'échange et renvoie à un droit au moins coutumier. Mais si Christ Jésus nous libère ainsi moyennant un « prix » versé à quelqu'un (voir 1 Co 6,10; 7,23), en « payant de sa vie » (Mt 20,28 et Mc 10,45) comme une «rançon» donnée, avec qui peut bien s'établir ce contrat ou s'opérer ce marchandage ? On voit mal un représentant du camp divin négocier avec le diable. Il ne convient nullement, selon les textes évangéliques et pauliniens, d'imaginer Dieu en partenaire d'une transaction commerciale ou en débiteur exigeant une compensation quelconque équivalente au péché.
C'est plutôt en référence aux grandes libérations que sont l'exode et le retour d'exil que le vocabulaire paulinien trouve son enracinement sémantique. Yhwh a libéré un peuple pour l'acquérir comme son bien précieux (voir Ep 1,14) et lui proposer l'Alliance. Ainsi, le Père, oeuvrant à travers le Christ, libère le croyant de toute servitude pour se l'acquérir comme un fils, en y mettant le prix (1 Co 6,20; 7,23). La notion de prix (timê) implique que l'action est valide et conforme à ce qui est exigé, ici la « fidélité » (pistis) de Jésus jusqu'à la mort. S'il est question d'un prix fort, c'est pour dire la valeur de la créature nouvelle issue de la délivrance (voir 1 P 2,9 et Ac 20,28). Et s'il est question d'un tarif pour la libération, c'est « à la mesure infinie de sa grâce [ charis ] » (Ep 1,7). Rm 3,24 atteste la réalisation définitive de cette action libératrice promise, jusqu'à la «délivrance » [apolutrôsis] finale (voir Lc 21,28; Rm 8,23; Ep 4,30).
Le terme apolutrôsis ajoute à l'idée de justification gratuite la conviction que Dieu a mis tout son coeur dans cette oeuvre, Jésus sur la croix étant ce qu'il a de plus aimable. C'est ainsi qu'on doit comprendre l'aspect onéreux de l'action divine, signifié par la vie ou le sang donnés comme témoignages de la valeur du geste (Mt 20,28; Mc 10,45; 1 Tm 2,6; Tt 2,14 ; 1 P 1,19). La délivrance du croyant est précieuse, puisqu'elle est à la mesure d'un amour si grand. Les croyants sont acquis en Christ, non par une rançon payée à l'ennemi, mais moyennant un sang d'alliance qui justifie, c'est-à-dire institue un rapport nouveau à Dieu, celui de filiation. Jésus « paie de sa vie » en posant un geste d'amour et de fidélité qui libère des entraves humaines empêchant de s'ouvrir à Dieu et de lui être « réconcilié » ou « ajusté ».
Ce projet de libération de l’homme par le Christ a été conçu « avant la fondation du monde (1 Pi 1.20), ce qui signifie que Dieu n’a pas été pris au dépourvu, et n’a pas dû s’adapter en urgence aux circonstances, mais que sa volonté de salut procède de son amour infini pour sa créature, et le pousse à se donner entièrement pour elle, en Jésus-Christ, en sa vie comme en sa mort (deux sens possibles du mot « sang »).
Pour expliquer l’expression « le sang du Christ » si souvent employée dans le Nouveau Testament, voici quelques sens donnés par Philippe Augendre :
« - Le sang, c’est la vie ou l’âme ». Ce sens, à la fois littéral au plan physiologique et symbolique au plan spirituel, est fondamental. C’est lui qui rend compte de l’emploi du sang dans (presque) tous les sacrifices.
- Lorsque le sang coule, c’est la mort ; en hébreu un mot représente souvent une chose (ici la vie), sa conséquence, et son contraire (la mort).
- Une mort sanglante particulière, très fréquente, c’est l’immolation. Le sang, dans beaucoup de textes, signifie donc le sacrifice. Ce sera le cas des références bibliques au sang du Christ. Le sang, pas plus celui de Jésus que celui des animaux, n’a de vertu ou de pouvoir en lui-même ; c’est la vie, la mort et la résurrection du Christ qui sont puissances de salut.
- Le sang, c’est encore, une voix, un témoignage souvent à charge (Gn 4. 10).
- Enfin, le sang (ou le vin) est d’un point de vue eschatologique la vie, le signe de l’alliance que Christ partagera avec nous dans la communion retrouvée (Mt 26.28-29) ».
On le voit, ces symboles sont très riches et porteurs de sens multiples, pour nous faire approcher au plus près les réalités spirituelles, si étrangères à nos esprits humains limités ! Il est recommandé de ne pas s’arrêter à un seul de ces symboles, ni vouloir donner un sens spirituel à tous leurs détails, pour ne pas réduire notre champ de compréhension !
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Quelles résonances dans notre vie a cette image du « rachat par le sang de Christ » ? Comment se manifeste notre libération du péché et de tout ce qui nous sépare de Dieu ?
- De quoi Jésus doit-il encore nous libérer ? (habitudes, traditions humaines, défauts, préjugés, haines, complexes, etc.) ? Comment l’Eglise peut-elle aider chacun dans cette œuvre de libération personnelle et collective ?
08:00 Publié dans Expiation | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








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