30.05.2008
Etude n°10 Sens de sa mort (7-06-08)
Etude n°10 : Le sens de sa mort (7-06-08)
Jean 3,11-21
Observons
Le contexte
L’entretien avec Nicodème que Jean a placé au début de son évangile, suit les Noces de Cana et l’expulsion des vendeurs du temple (ch 2) Cet entretien permet à Jean de résumer les importantes révélations de Jésus au sujet de sa personne et de sa mission.
Après avoir révélé à Nicodème la nécessité d’une nouvelle naissance pour entrer dans son royaume spirituel, Jésus s’étonne de l’incompréhension de ce docteur de la loi (3.1-10). (Illustration : Heures d’Henry II, 16è le serpent d'airain)
Le texte constitue la seconde partie de l’entretien et a pour sujet la mission du Fils :
a) 11-13 : le Fils de l’Homme seul habilité à témoigner des choses célestes
b) 14-16 : le Fils envoyé du Père par amour, seul source de salut du monde
c) 17-18 : le Fils venu dans le monde non pour juger mais pour sauver
d) 19-21 : le Fils est le critère du jugement de Dieu sur l’homme.
Le raisonnement dans chaque paragraphe est fondé sur des répétitions et des oppositions de mots et d’expressions qui déterminent le sens des propos :
a) 11-13 : témoignage rendu par « nous » et non reçu par « vous »
Choses terrestres ‡ choses célestes
Personne n’est monté au ciel ‡ Fils de l’Homme est descendu du ciel
b) 14-16 : Serpent élevé // Fils de l’homme élevé
Fils de l’homme // Fils unique // Fils envoyé
Vie éternelle (2x) // croire en lui (2x)
c) 17-18 : juger ‡ sauver
Ne pas croire au Fils = être jugé // croire au Fils = ne pas être jugé
d) 19-21 : lumière ‡ ténèbres
Œuvres mauvaises = haine et peur de la lumière ‡ Œuvres faites en Dieu = pratique de la vérité et venue à la lumière.
Comprenons
Le contexte
Dès la première partie de l’entretien, Jésus bouleverse toutes les idées de Nicodème : en tant que Pharisien, versé dans les Ecritures, Nicodème se préoccupait du Royaume de Dieu, et l’attendait comme un royaume terrestre, politique et national, où les bons observateurs de la Loi entreraient de droit. En lui proclamant la nécessité d’une nouvelle naissance intérieure pour y entrer, Jésus essaie de lui faire comprendre la nécessité de l’abandon de ses idées « terrestres » (v 12) trop attachées à la matérialité (voir la question du v 4), au visible ou au sensible (v 8) c'est-à-dire des idées fondées sur l’apparence des choses ou sur le « faire ». A la place, Jésus demande d’accepter d’entrer dans le domaine de l’invisible, de « l’être », de l’Esprit de Dieu, ce que Jésus appelle « les choses célestes ».
A nouveau, Nicodème s’étonne (v 9), bien que son incrédulité ironique du début (v 4) ait fait place à une curiosité disons « scientifique » : il cherche à savoir le « comment » du processus plutôt que le sens de la nouvelle naissance. Jésus répond par un autre étonnement : Nicodème, docteur de la Loi , avait toute la connaissance des Ecritures pour saisir le sens des paroles de Jésus (Ezéchiel 11.19-20 ; 36.26-27 ; Jérémie 31.31-34) !
Le texte
a) Avant de donner à Nicodème plus de lumière sur sa personne, Jésus le reprend sévèrement sur son incrédulité et celle de ses collègues. Il ne s’agit pas de comprendre le comment des choses célestes, des réalités spirituelles, il faut surtout en recevoir par le cœur le témoignage rendu par le seul qui soit capable d’en parler, le Fils de l’Homme « qui est dans le ciel » et qui est descendu du ciel pour cela. S’il « est dans le ciel », c’est qu’il fait partie de ce monde spirituel du Dieu Invisible où personne du monde terrestre ne peut accéder. Cette parole fait écho à celle du prologue de Jean (1.18) : Personne n’a jamais vu Dieu ; Dieu, le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître. ». Plus tard jésus dira aussi de lui-même : « Nul ne vient au Père que par moi », parce que « celui qui m’a vu a vu le Père, car je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jean 14.6, 9, 11).
En se nommant « Fils de l’Homme », Jésus renvoie Nicodème à la prophétie de Daniel 7.13-14 qui annonçait la venue d’un Fils d’Homme s’approchant de l’Ancien des jours pour recevoir une royauté qui ne serait jamais détruite. Jésus fait comprendre à Nicodème que venant du ciel (= du monde invisible et spirituel de Dieu), il est ce Fils de l’Homme qui a vu les réalités spirituelles et peut en témoigner avec vérité, alors que personne sur terre n’a pu pénétrer ce monde ni en parler d’expérience.
b) v 14 : Après avoir affirmé son identité et sa qualification de Révélateur des choses divines, Jésus en se servant à nouveau des connaissances bibliques de Nicodème, lui fait connaître le sens de sa mission symbolisée par l’épisode du serpent d’airain dans l’histoire de la sortie d’Egypte du peuple hébreu (Nombres 21.5-11). (Illustration : F.Floris 16è, le serpent d'airain)
A la suite de sa révolte contre Dieu et Moïse, le peuple, s’étant ainsi privé de la protection divine, est livré aux morsures de serpents venimeux. Dans la souffrance, il se repent et crie à l’Éternel. Celui-ci ordonne à Moïse de faire une image ou « signe », une sculpture de l’auteur de leur souffrance, un serpent de bronze qu’il doit fixer sur une perche élevée à la vue de tous. Ceux qui étaient mordus, pouvaient retrouver la santé et la vie s’ils regardaient à ce serpent d’airain. Ce simple regard manifestait leur foi en la puissance de Dieu qui mettait à mort le serpent, origine de leur douleur et de leur mort.
En se comparant à ce serpent, Jésus fait entendre qu’il vient réaliser spirituellement ce symbole : les hommes se sont révoltés contre Dieu ; séparés de Dieu, ils meurent des morsures du serpent du péché. Jésus en s’identifiant à la nature humaine, en en portant le péché(Mt 8.17 ; Es 53.4 ; 2 Co 5.21) et en le faisant mourir dans son corps sur la croix(1 Pi 2.24), va permettre à l’homme qui regarde à lui avec foi de participer à sa nature divine et d’avoir la vie éternelle (v 15).
Dieu n’a pas voulu laisser sa créature humaine (= le monde) livrée à elle-même, dans la souffrance et l’éternelle séparation d’avec lui (= le péché) ; son amour l’a poussé à partager la condition humaine en la personne de son Fils, pour lui donner la possibilité de retrouver la vie éternelle en Sa présence. Le Fils est Unique (c’est la seule fois où Jésus se nomme ainsi) parce qu’il est le seul à représenter parfaitement le Père (1.14, 18), et à donner la Vie puisqu’il est la Vie (14.6).
c) v 17-18 : Alors que les Pharisiens comme Nicodème vivaient dans la crainte du jugement de Dieu et espéraient y échapper par leur obéissance stricte à la loi, dans le mépris du monde (Luc 18.11-12), Jésus révèle que Dieu est avant toute chose Amour, et désire le salut du monde. L’amour de Dieu est si grand et si inconditionnel que le salut est offert à tous ceux qui croient, quels que soient leur origine et leurs actes passés. Le vrai jugement de Dieu se fait dès aujourd’hui sur le seul critère du rejet ou de la foi en son Fils. C’est l’homme qui décide de son sort éternel en acceptant ou en refusant, durant sa vie, l’amour de Dieu qui vient pour le sauver.
d) V 19-21 : Fermer son cœur à cet amour manifesté par le Fils élevé sur la croix, c’est rester dans les ténèbres, séparé de Dieu, dans l’erreur et le mal, c’est refuser la vie éternelle (3.36). En refusant Jésus, l’homme se juge lui-même. En acceptant Jésus, il met au jour, « en lumière » par ses actes, son amour pour Dieu ; il vient à la vérité et à la vie dans l’amour et la présence de Dieu.
(Illustration, Rubens et Van Dyck, 17è, le serpent d'airain)
Jésus, « antitype » du serpent d’airain, ne pouvait pas mieux faire comprendre à Nicodème et à nous-mêmes, le sens de sa mort sur la croix. Ce n’est pas une mort subie malgré soi, mais un acte d’amour pour délivrer les hommes qui croient en lui, de l’emprise du péché et de la mort sur l’humanité. Délivrer = « racheter », cette image tirée du contexte de l’époque où régnait l’esclavage, ne doit pas être poussée trop loin, pour éviter des impasses dans le raisonnement, par exemple l’idée incongrue d’un marchandage entre Dieu et Satan pour payer le prix de la rançon de l’homme ! *
On peut à la rigueur concevoir que selon la coutume romaine, le prix du rachat de la liberté est donné à l'esclave par son nouveau maître. Jésus donne sa vie pour libérer ses amis de l'esclavage du péché.
Comme le serpent d’airain élevé sur sa perche représentait à la vue des hommes, la mort du serpent qui les avait mordus, Christ élevé sur la croix représente pour les croyants, la mort de leur nature pécheresse séparée de Dieu par le péché, afin que, comme Christ est ressuscité (= s’est relevé), ils puissent vivre d’une nouvelle vie au service et dans la présence de Dieu.
* « La traduction, inspirée de la Vulgate , par «rédemption» ou «rachat» du terme apolutrôsis, peut conduire à une compréhension mercantile du salut chrétien, surtout quand elle est associée aux termes «expiation» (ilastêrion) et «rançon» (lutron) entendus souvent aujourd'hui dans un contexte d'actions criminelles. On charge ces mots d'un sens trop juridique ou trop commercial qui n'est conforme ni à leur enracinement biblique ni à leur contexte paulinien. Certes, une telle compréhension pourrait s'appuyer sur l'usage, dans le monde gréco-romain antique, de lutron pour désigner la rançon d'un prisonnier, ou le prix payé en échange de sa liberté; de lutrôsis pour la libération et la délivrance au moyen d'une somme payée. Une telle libération représente une forme d'échange et renvoie à un droit au moins coutumier. Mais si Christ Jésus nous libère ainsi moyennant un « prix » versé à quelqu'un (voir 1 Co 6,10; 7,23), en « payant de sa vie » (Mt 20,28 et Mc 10,45) comme une «rançon» donnée, avec qui peut bien s'établir ce contrat ou s'opérer ce marchandage ? On voit mal un représentant du camp divin négocier avec le diable. Il ne convient nullement, selon les textes évangéliques et pauliniens, d'imaginer Dieu en partenaire d'une transaction commerciale ou en débiteur exigeant une compensation quelconque équivalente au péché… Les croyants sont acquis en Christ, non par une rançon payée à l'ennemi, mais moyennant un sang d'alliance qui justifie, c'est-à-dire institue un rapport nouveau à Dieu, celui de filiation. Jésus « paie de sa vie » en posant un geste d'amour et de fidélité qui libère des entraves humaines empêchant de s'ouvrir à Dieu et de lui être « réconcilié » ou « ajusté ». Nouveau Vocabulaire biblique, sous la dir. de Jean-Pierre Prévost, Paris-Montréal, Bayard-Médiaspaul, 2004, 496 p. Article »Apolutrôsis » de Jean-Yves Thériault, bibliste et sémioticien catholique, prof. d’exégèse au département des sc. religieuses et d’éthique de l’Université du Québec à Rimousky.
Questions pour une application dans la vie chrétienne
- Comment apprendre à dépasser notre logique matérialiste, pour comprendre les réalités spirituelles révélées par Jésus ? (1 Co 2.12-14)
- En quoi cet entretien avec Jésus a-t-il bouleversé la pensée et la vie de Nicodème ? Comment à l’exemple de Nicodème, les révélations de Jésus sur sa mission et sa vie, ont-elles bouleversé ma conception de la vie et mes pratiques religieuses ?
- Que représente la croix pour moi ? : un horrible et injuste supplice, un échec cuisant de la vie de Jésus, un mystère insaisissable, la mort de ma nature humaine pécheresse et ma libération de l’emprise du péché sur moi, un geste d’amour de Dieu pour moi, pour me donner une vie nouvelle en Dieu ?
- Comment ma vie témoigne-t-elle de la libération du péché que la croix de Christ m’a acquise ? Quels changements dans mon comportement et dans mes conceptions sur le salut dois-je encore opérer pour être un témoin véridique de l’amour inconditionnel de Dieu pour tous ?
***
En annexe, un large extrait de l’article du pasteur Aleksandar S Santrac, paru dans le numéro d’Avril 2008 de la Revue Adventiste :
Cela veut dire que les désirs du monde, les normes du monde, les valeurs spirituelles du monde sont tous crucifiés pour moi sur la croix et moi pour eux. Le monde n'a pas de prise sur un chrétien, car, si le Christ vit en nous, il n'y a plus de désir de satisfaire aux normes et demandes du monde….
Crucifixion dans le sens religieux
Finalement, en disant que le monde est crucifié pour lui et lui pour le monde dans notre Seigneur Jésus-Christ, Paul pense également à un contexte religieux. Nous n'ignorons pas que son appartenance aux Pharisiens sous-entendait une théologie de séparation totale dans le sens religieux. Cette séparation n'était pas seulement spirituelle, mais aussi formellement religieuse, dans le sens de séparation légaliste. Même après la présentation très claire du Messie comme la fin de la loi (Romains 10.4), certains chrétiens d'origine hébraïque pensaient que les païens devaient se faire circoncire et faire partie du peuple historique de Dieu avant de recevoir la grâce du Messie. C'est pourquoi Paul dit dans Galates 6.15 : « Car ce n'est rien d'être circoncis ou incirconcis; ce qui est quelque chose, c'est d'être une nouvelle création. » Et ce texte vient immédiatement après notre texte principal affirmant que c'est seulement en Christ que nous sommes crucifiés pour le monde et le monde pour nous.
Cela pourrait signifier que le monde crucifié en Christ comprend aussi une dimension religieuse. Notre appartenance religieuse n'a pas de valeur en ce qui concerne notre statut devant Dieu. Au dire de Paul, ce qui compte, c'est d'être une nouvelle création.
C'est pourquoi les religions et le christianisme ont des compréhensions et des concepts différents. Les religions sont des représentations formelles de nos propres efforts pour nous réconcilier avec Dieu. Dans le christianisme, Dieu nous dit que nous sommes dans une situation désespérée et que seuls le Christ et sa croix peuvent nous procurer la paix et l'harmonie avec Dieu.
Rien ne compte, excepté le Christ. Nous pourrions témoigner d'un grand zèle dans l'élaboration de notre identité religieuse, de la ferveur dans nos efforts pour unir tous les chrétiens dans un rassemblement religieux pour faire cesser les confrontations. Nous pourrions même redoubler de zèle pour présenter notre propre tradition, quelle que soit sa valeur, mais en réalité, le seul chemin du salut, c'est la crucifixion de notre monde religieux en Christ. En Lui, nous perdons tout afin d'obtenir tout…
C'est seulement dans le vrai Christ et non dans nos représentations religieuses du Christ que nous trouverons le salut. Cela ne veut pas dire que la vérité en Christ n'est pas importante ou que la doctrine de la Parole de Dieu est sous-estimée. Cela signifie que rien ne peut sauver si ce n'est la croix de Jésus-Christ. Le monde (avec ses religions) a été crucifié pour moi et moi pour le monde.
Oswald Chambers a dit un jour : « Le ciel entier s'intéresse à la croix du Christ, l'enfer entier a terriblement peur de cette croix, alors que les humains sont les seuls êtres qui ignorent plus ou moins sa signification. »
… Intéressons-nous profondément à la crucifixion du Christ, car c'est quelque chose de très personnel. Nous sommes crucifiés en Lui et avec Lui. Notre ancien moi, nos attitudes sociales concernant le monde et notre faux zèle pour une vaine religion, tout cela est crucifié en Lui et avec Lui.
C'est pour cette raison que nous devrions toujours nous glorifier uniquement dans la croix de Jésus-Christ.
08:00 Publié dans Miracle nommé Jésus | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note








Commentaires
La signification de la mort de Jésus est un sujet délicat de faÇon qu'est l'on peut même la considérer comme un scénarion sipirituel si on fait pas tres attention.c'est pourquoi je me pose des questions suivantes:
1)jésus 100%DIEU et 100% homme et nous savons que la divinité est immortelle.alors qu'est ce qui s'est passé à la croit?est-ce que la divinité se serait échapé pour que l'humanité mourut seule.si la divinité n'est pas mort,est ce que jesus a été complètement mort?
2)il y a des versets qui soutiennent la notion de substitution disant que jesus est mort à notre place ,mais la verité est que nous sommes morts en jesus.comment comprendre ces 2 notions contradictoires?comment comprendre la substitution?
3)c'est vrais que les souffrances de jesus ne nous sauvent pas.comment comprendre le verset d'ESAIE 53 qui dit que c'est par ces meurtrissure qui'il nous guerri?
Ecrit par : Jean Bosco HAGWIRINEZA | 04.06.2008
Ecrire un commentaire