19.11.2006

Etude n°8a : Foi et Fragilité, Gn 16-17

08- Genèse 16.1 à 19.38 : Foi et Fragilité

Cette section de la Genèse comprend quatre chapitres importants dans la vie de foi d’Abraham :

1-     ch 16 : Abram et Agar, naissance d’Ismaël

2-     ch 17 : la circoncision, signe de l’alliance avec Dieu, changement de nom

3-     ch 18 : Visite de l’Éternel auprès d’Abraham et Sara ; intercession d’Abraham pour Sodome et Gomorrhe

4-     ch 19 : Destruction de Sodome et Gomorrhe ; Inceste des filles de Loth

Genèse 16 

Observons

v 1-6 : Faiblesse d’Abraham qui écoute sa femme Saraï pour engendrer d’Agar

v 7-12 : promesses de l’Éternel à Agar en fuite

v 13-15 : Réaction d’Agar et naissance d’Ismaël

Comprenons

Un coup de pouce à Dieu aux lourdes conséquences !

Abram dut raconter à Saraï son expérience avec Dieu. Elle qui à 75 ans n’avait pas eu d’enfant et ne pouvait humainement plus en avoir, ne retient des promesses divines que l’annonce d’un héritier né d’Abram. Tout naturellement elle cherche à réaliser cette promesse en utilisant une coutume de l’époque : donner son esclave à son mari comme mère-porteuse !

La faiblesse d’Abram se révèle par son attention à la proposition de sa femme, au lieu de laisser Dieu agir lui-même. Le doute, l’impatience et notre logique humaine nous font souvent agir de même sans mesurer les conséquences que cette attitude entraîne. Nous cherchons à résoudre les problèmes par nos propres moyens logiques, sans croire à l’intervention possible de Dieu.

Pour Abram, les conséquences ne se firent pas attendre : mépris, querelles, violence au sein du foyer entre les deux femmes, fuite d’Agar rattrapée par le Seigneur qui préserve sa vie et celle de son enfant.

Pour l’avenir, il promet que cet enfant, Ismaël (= Dieu entend)  sera le père d’un peuple nombreux mais rebelle, guerrier et solitaire. Réconfortée par cette intervention divine, Agar reconnaît le Dieu d’Abram comme le « Vivant qui me voit », un Dieu personnel qui fait attention à sa créature en peine, malgré sa condition d’esclave, ou son péché de mépris de sa maîtresse stérile. Elle retourne dans la tribu d’Abram, pour donner un père à son fils, mais on verra plus tard que l’esprit de moquerie ne l’a pas quittée (Ge 21.9) et qu’il causera à nouveau la dissension dans la famille.

Nous subissons encore aujourd’hui cette situation, dans la guerre incessante entre Israël et les Arabes, descendants d’ Ismaël. Dieu n’avait pas désiré cette situation, mais il laissa Abram apprendre par lui-même à placer sa confiance en Dieu seul. Les circonstances difficiles que nos mauvais choix provoquent ne sont pas supprimées par Dieu, parce qu’elles servent à nous rapprocher plus de Dieu, en nous faisant prendre conscience de notre faiblesse et de notre incapacité à gérer la situation tout seuls.

Questions pour une application dans notre vie de chrétien

-         Quand les promesses de Dieu tardent à s’accomplir, comment agissons-nous : en essayant de les réaliser  par nos moyens humains, ou en usant de patience et de confiance en Lui ?

-         Comment considérons-nous l’autre lorsque nous avons acquis un avantage qu’il n’a pas ? Comment accueillir cet avantage sans le blesser, et en faire une occasion de rapprochement et non de querelle ?

-         Comment ce texte nous aide-t-il à comprendre la situation internationale du Moyen-Orient, sans parti pris ni passion inconsidérés ?

Genèse 17

Observons :

Le contexte : 14 ans s’écoulent entre les chapitres 16 et 17 ! Abram a eu le temps de réfléchir aux promesses de Dieu, d’expérimenter l’alliance que Dieu avait signée avec lui, et de constater dans son foyer les conséquences désastreuses de sa hâte à voir se réaliser la promesse d’un fils.

Le texte : On y distingue quatre parties :  trois sont ponctuées par l’expression « Dieu dit à Abraham » et constituent le dialogue entre Dieu et Abraham :

1-8 : le rappel des promesses de l’alliance ; changement du nom

9-14 : la circoncision, signe de l’alliance ;

15-22 : la promesse du fils de l’alliance),

La dernière partie (23-27) concerne l’acte d’obéissance d’Abraham.

Le mot « alliance » répété 12 fois  donne son sens au passage.

Comprenons

1. Le renouvellement de l’alliance (17.1-8)

A toutes les questions qu’Abram dut se poser pendant ces 14 ans, Dieu répond enfin ! Il rappelle son alliance et pour la quatrième fois ses promesses, en y ajoutant quelques éléments nouveaux :

a)     Il se présente avec un nouveau nom : El-Shaddaï, Dieu Puissant (Les deux premières fois il était l’Eternel, la troisième fois, le Bouclier -12.8 ; 13.17 ; 15.4). Cela le caractérise comme celui qui dirige les événements pour réaliser son plan. Mais un jeu de mots en hébreu donne son sens à la toute-puissance de Dieu. Dans le mot Shaddaï on entend Shad qui désigne le sein maternel, symbole de l’amour nourricier d’une mère pour son enfant. L’expression évoque alors la toute-puissance de Dieu qui s’exprime dans l’amour qui répond aux besoins vitaux, et non dans le totalitarisme ou la force ! L’Eternel va révéler son amour à Abram, en accomplissant sa promesse de descendance malgré les obstacles humains de son âge, ou de ses efforts pour la réaliser par lui-même.

Il change le nom de Abram en Abraham, père d’une multitude et le nom de Saraï en Sara, princesse, c’est-à-dire mère d’une race royale. Il affirme par là son autorité de Parent sur Abraham et Sara (c’était le père ou la mère qui nommait les enfants), sa connaissance parfaite d’Abraham et Sara, et sa fidélité à sa promesse de descendance nombreuse. Le changement de noms intervient avant l’obéissance d’Abraham et avant l’annonce de la naissance prochaine. C’est une grâce de Dieu et non une récompense ! Elle fait appel à la foi et non à la vue pour croire.

b)     Il donne à Abraham les engagements qu’il doit prendre. Dans cette alliance, c’est Dieu qui donne descendance, pays et directives. Abraham en acceptant ces dons, comme le montre son adoration (v 3), accepte en même temps :

1- de marcher intègre devant Dieu (v 1), c’est-à-dire d’être un, non partagé, non divisé, fidèle à la relation avec Dieu,

2- d’adorer Dieu comme son Dieu personnel et exclusif (v 7) : l’alliance crée un lien exclusif d’intimité entre les deux alliés,

3- de consacrer sa vie et celle de sa postérité à la direction de Dieu, en acceptant le signe de la circoncision dans la chair. 14 ans auparavant, Dieu  avait promis une descendance nombreuse et un pays. Il n’avait pas demandé d’adoration en retour, seulement de la confiance en sa parole. Au ch 17, la relation devient à double sens, beaucoup plus étroite.

Ces engagements sont encore ceux du croyant qui fait alliance avec Dieu, le signe de la circoncision ayant été remplacé, après Jésus, par celui du baptême.

2- L’annonce du fils promis (15-22)

Dieu confirme le rire de surprise (plus que de doute !) d’Abraham, par le nom de son fils Isaac = Il a ri, ou = On a ri.  Ce nom rappellera les 4 rires qui ont accompagné Isaac dès l’annonce de sa naissance : le rire de surprise et de doute d’Abraham (17.17), le premier rire d’incrédulité de Sara (18.12), son rire de joie et de reconnaissance à la naissance de son fils (21.6) et le rire de moquerie d’Ismaël (21.9).

L’alliance éternelle (v 19, 21) se fera exclusivement  avec Isaac et sa descendance, tandis qu’Ismaël sera seulement béni par une descendance nombreuse, et pour lui aussi princière (v 20).

3- la circoncision (9-14 ; 23-27)

On peut se demander pourquoi ce signe-là pour marquer l’alliance avec Dieu. En fait, par cet acte dans sa chair la plus intime, dans les sources mêmes de la vie humaine, Dieu demande à Abraham de lui manifester qu’il lui fait, après l’épisode d’Agar, totalement confiance pour l’accomplissement de la promesse de progéniture, et qu’il lui abandonne toute la direction de sa vie et de son avenir. Abraham reconnaît ainsi qu’il s’en remet de tout son être à Dieu. La circoncision de la chair est le signe visible, le symbole de la circoncision du cœur, du don du cœur à Dieu (Jérémie 9.25 ; Romains 2.28-29).

Abraham et sa maisonnée furent circoncis adultes. L’ordre de pratiquer cet acte sur les enfants de huit jours devait rappeler à l’Israélite que son enfant est consacré à Dieu dès sa naissance, mis à part pour le servir. Peu à peu les juifs lui donnèrent le sens d’appartenance au peuple élu, et non plus à Dieu, et les musulmans reprirent ce signe à leur compte dans ce dernier sens d’appartenance au peuple!

Toute la maisonnée d’Abraham dut pratiquer la circoncision, même Ismaël qui n’est pas le fils de la promesse, et même les étrangers qui faisaient partie de ses serviteurs. Dieu annonce sans doute par là que son désir d’alliance s’étend à tous, à travers l’alliance particulière d’Abraham. Prépare-t-il son peuple à accepter l’universalité du salut qu’il proposera en Jésus-Christ ? Tous ceux qui l’accepteront comme leur Dieu entreront dans son alliance.

Questions pour une application dans la vie chrétienne

-  Le changement de nom d’Abram et Saraï préfigurait le nom nouveau de « Christ » que portera celui qui entrera dans l’alliance de Dieu (Ap 3.12 ; 22.4). Suis-je conscient de porter ce nom, et comment l’honorer dans ma vie ?

- En entrant dans l’alliance avec Dieu, me suis-je saisi des promesses divines (fidélité de l’amour de Dieu, fécondité spirituelle, royaume éternel = pays promis) ? Comment y ai-je répondu ? Comment rendre visible  l’abandon de tout mon être à sa direction ? ( voir Rm 6.6,11-13) ? Comment est-ce que je remplis mes engagements d’intégrité et d’obéissance par amour, qui constituent ma part dans cette alliance ?

-  Isaac n’a pu naître qu’après l’abandon total à Dieu d’Abraham et Sara. Ai-je laissé naître et grandir le Fils en moi ? Sinon, comment puis-je le permettre ? Si oui, comment cela se voit-il dans mes relations avec les autres dans l’Eglise ou à l’extérieur ?

Pour témoigner : Comment ma vie et mes paroles peuvent-elles témoigner de la toute-puissance d’amour du Dieu que j’adore et que je sers ?

Voir la suite dans la note n°8b

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