12.11.2006

Etude n°7a : L'homme Abram, Gn 12-13

Genèse 12-13 : l’installation d’Abram en Canaanmedium_Abraham.jpg

 Observons

11. 27-32 : Famille d’Abram de la lignée de Sem

12. 1-9 : L’appel divin à entrer en Canaan

12.10-20 : L’expérience égyptienne

13.1-13 : Séparation d’Abram et de Loth

13.14-18 : Nouvelles promesses de Dieu

La marche en Canaan est ponctuée de trois constructions d’autels à l’Éternel (12.7,8 ;13.18), en opposition avec le séjour en Egypte où Dieu n’est pas mentionné. Abram invoque l’Éternel lorsqu’il s’installe près de Béthel (13.4), Loth ne voit que la séduction du pays qu’il choisit (13.10-11).

Le mot qui revient le plus dans la bouche de Dieu est bénir ou bénédiction (5 fois + 2 fois la même racine dans le verbe maudire).

Dieu intervient 3 fois dans le texte :

12.1 : C’est le premier ordre

12.7 : à Sichem, à l’entrée en Canaan  

13.14 : après la séparation d’Abram et de Lot.

 

Comprenons

1- De Babel à Abram

Les onze premiers chapitres de la Genèse ont été consacrés à l’histoire générale des débuts de  l’humanité. Le chapitre 12 commence l’histoire particulière de la famille des patriarches, ancêtres et fondateurs du peuple de Dieu. Il est relié au précédent chapitre par le thème de la célébrité du nom : les hommes de Babel construisirent la tour pour se “ faire un nom ”,  “ être  célèbres ” (11.4), tandis que Dieu révèle à Abram qu’Il  «  rendra célèbre son nom » (12.2). La problématique est la même dans ces deux passages : la prolongation ou la célébrité de la vie humaine dépend-elle de Dieu ou des efforts humains ?

2- D’Our en Chaldée à Haran (en Turquie) :

Après la dispersion de Babel, la famille de Sem s’installa à l’embouchure des deux fleuves de Babylonie, le Tigre et l’Euphrate, dans la région riche et commerçante d’Our, en Iraq actuel. Sous l’influence du paganisme ambiant, cette famille se mit à adorer les dieux du pays (Josué 24.2), tout en conservant sans doute le souvenir des récits du déluge transmis par Sem et ses descendants de génération en génération. Abram put ainsi avoir entendu parler de ce Dieu créateur qui avait sauvé ses ancêtres de la destruction générale.

On ne sait pas pourquoi Téra le père d’Abram décida d’émigrer vers Canaan (11.31), en remontant l’Euphrate avec une partie de sa famille. Etait-ce pour des raisons commerciales, économiques, religieuses ? Toujours est-il qu’il accomplit un voyage de plus de 2500 km le long du fleuve, avec son fils Abram, et son petit-fils Loth, et leurs biens. Il s’installa près d’une ville qui prit le nom du père de Loth, décédé à Our. Haran se situe dans le Sud-Est de l’actuelle Turquie. On y a retrouvé les traces du même culte de la lune qui était pratiqué tout le long du fleuve. Le récit biblique de Rachel cachant les idoles de son père Laban, lors du retour de Jacob en Canaan (Genèse 31.32-34), montre que la famille continuait d’adorer des idoles en même temps que Dieu.

3- L’appel d’Abram. (12.1) De Haran à Canaan.

A Haran, Dieu s’adressa directement en particulier à Abram et lui demanda de poursuivre le voyage commencé par son père, cette fois-ci sous sa direction et avec ses promesses. Cet ordre venait sans doute en réponse à un souci d’Abram, à un moment important de sa vie : après la mort de son père, Abram se retrouvait chef de famille, seul responsable des décisions à prendre pour la vie du clan. Jusqu’alors c’était Tera qui décidait. Qu’allait décider maintenant son fils ? Devait-il rester à Haran et continuer sur la lancée de son père ? Devait-il innover, prendre son indépendance, vivre selon ses propres aspirations et sa propre foi ?

Dieu intervient alors. Par son ordre “ Va vers toi ! ”(traduction littérale), il fait comprendre à Abram qu’il lui est nécessaire de quitter toutes ses sécurités humaines : pays, famille, religion établie, pour découvrir qui il est et surtout qui est ce Dieu dont il a entendu parler et qui s’adresse à lui personnellement. A 75 ans, Abram devait se prendre en charge, découvrir ses propres capacités, expérimenter une nouvelle vie d’adulte responsable, sous la direction de Dieu.

En prenant la décision d’obéir à cette voix divine (audible ou intérieure, on ne sait), Abram accomplit son premier pas d’adulte et se lance dans l’aventure de la vie avec Dieu. Cette démarche est comparable à celle de l’adolescent qui un jour doit décider lui-même l’orientation de sa vie professionnelle, affective, morale et spirituelle. Elle répond à l’ordre de Dieu donné en Eden : L’homme quittera son père et sa mère (Genèse 2.24).

4- Les promesses (12.2-3)

Dieu ne laisse pas Abram seulement avec cet ordre de partir. Il lui fait des promesses importantes pour lui, afin de soutenir son espérance dans l’aventure qu’il lui demande de vivre avec Lui. Dieu dit 7 fois “ Je ”. Par cette insistance, Dieu veut montrer qu’il est le seul à pouvoir réaliser les rêves de célébrité des hommes et qu’il est le Maître qui dirige tout.

Bénir, c’est rendre le nom célèbre (12.2), donner une descendance innombrable (13.16), protéger et rendre heureux (12.3), donner un pays (13.17)

a) v 1: Il montrera à Abram le pays où il devra se rendre. Il sera donc son guide dans cette marche vers l’inconnu. Lorsque Dieu ordonne, il donne en même temps les moyens d’accomplir sa volonté !

b) v 2 : Il promet une descendance à cet homme âgé sans enfants ! La stérilité était et est encore dans certaines civilisations, considérée comme une malédiction : elle rend impossible la continuation du nom à travers les siècles, et religieusement on pensait qu’elle coupait toute possibilité de vie éternelle. En effet on ne connaissait pas encore les révélations de Dieu à ce sujet, et on croyait que le seul moyen de lutter contre la mort et l’extinction de son nom, était d’avoir des enfants. Abram apprend par cette promesse, que Dieu donne la vie présente et éternelle !

c) v 2 : Dieu affirme sa volonté de bénir, de faire du bien, non seulement à Abram, mais aussi à l’humanité à travers lui. Marcher avec Dieu rend le marcheur heureux et lui permet à son tour de rendre heureux ceux qui le connaissent.

d) v 2 : la promesse de célébrité se trouve dans la phrase hébraïque entourée des promesses de bénédictions selon le schéma suivant :

a- promesse de descendance personnelle

b- bénédiction de Dieu sur Abram

c- promesse de célébrité

b’- bénédiction d’Abram sur les autres

a’- promesse de bénédiction universelle

Cette célébrité convoitée par les constructeurs de Babel, n’est pas le résultat des efforts humains pour acquérir la gloire et la grandeur. Elle viendra : - de l’intervention de Dieu dans la vie d’un homme pour faire de lui le père d’un peuple. (On verra plus loin que ce sera le peuple des croyants). - du témoignage que la vie de cet homme rendra auprès des autres de l’existence et de la bonté de ce Dieu qui donne tout pour être heureux. - des conséquences de ce témoignage parmi ceux à qui il s’adresse : la vie pour ceux qui acceptent de reconnaître Dieu, la mort pour ceux qui refusent de voir la main de Dieu et d’entendre son appel.

On retrouvera la même idée chez l’apôtre Paul lorsqu’il écrit aux Corinthiens (2 Co 2.14-16): “ Dieu nous utilise pour faire connaître le Christ en tout lieu. Nous sommes comme un parfum à l’odeur agréable offert par Christ à Dieu...pour ceux qui sont sur la voie du salut et pour ceux qui se perdent. Pour ceux qui se perdent c’est une odeur de mort qui donne la mort, pour ceux qui sont sur la voie du salut, c’est une odeur de vie qui donne la vie. ”

Dieu propose le même choix à chacun pour sa vie : une célébrité toute humaine qui conduit à la mort, ou une grandeur spirituelle par l’attachement à Dieu qui conduit à la vie éternelle.

5- En Canaan (12.4-9)

Le premier pas d’Abram l’a conduit à quitter son pays et une partie de sa famille. Il garde de grandes richesses. A-t-il conservé les dieux de son père ?

Le verset 6 indique qu’il traversa Canaan jusqu’à Sichem. Là, Abram trouve le chêne sacré de Moré, honoré par les Cananéens, comme moyen de communication avec le dieu de la fertilité représenté par la lune ! (les chênes verts, ou térébinthes, en Orient, ne perdent pas leur feuillage et symbolisent la vie). Jacob après le drame de Sichem, à son retour en Canaan, enterrera au pied de ces chênes les idoles emportées par sa famille de chez Laban (Ge 35.4). Abram retrouve donc les mêmes divinités que là d’où il vient. Va-t-il les honorer ?

Le Seigneur en lui apparaissant, et en lui promettant la possession de ce pays, le place devant un choix important : quel dieu adorer ? Abram répond en se détournant des objets sacrés idolâtres, et en dressant une sorte de pierre commémorative de sa rencontre personnelle avec Dieu. Par là il signifie aux Cananéens qu’il adore un autre Dieu. Son trajet est marqué  de ces monuments commémoratifs : le premier à Sichem, le second à Béthel (v 8), le troisième à Hébron (13.18). Ils sont les signes de son adoration du Dieu qu’il reconnaît comme son Seigneur et Maître.

6- L’expérience en Egypte (12.10-20)

Curieusement dans son périple en Egypte, Abram ne construit pas d’autel et se laisse aller à la tromperie. Il n’était plus dans le pays promis et pensait que Dieu n’était pas en Egypte. Ou bien sa relation avec Dieu s’était relâchée, puisque au lieu de s’en remettre à Dieu, par deux fois Abram cherche à protéger sa vie lui-même : 12.10 et 12-13 il fuit la famine, et il ment sur l’identité de Saraï qu’il fait passer pour sa soeur (elle était sa demi-soeur et son épouse). Il n’invoque pas Dieu et cède sa femme à la convoitise de Pharaon. A ce moment, Sara n’était pour lui qu’une monnaie d’échange contre la vie et d’immenses biens ! C’est s’enrichir facilement ! Dieu pourtant intervient pour lui apprendre toute la valeur de sa femme : il fait en sorte qu’elle devienne source de malheur pour Pharaon, mais source de richesse pour Abram ! (12.17-19).

L’amour de Dieu n’est pas une conséquence de la conduite impeccable d’Abram ou de  nous-mêmes, il est inconditionnel. A nous, comme Abram le fit à Béthel en rentrant en Canaan, de le reconnaître et de le rechercher malgré nos faiblesses. Dieu a demandé à Abram de quitter son pays et sa famille pour le séparer de l’idolâtrie  ambiante, et se faire mieux connaître à Abram. Il voulait lui apprendre à n’adorer que lui, à ne pas compter sur ses propres stratagèmes ni sur les autres hommes, à faire régner la paix autour de lui, à penser et à croire par lui-même, et à faire confiance à Dieu seul.

Dans cette expérience en Egypte, Abram apprit à ne pas compter sur ses ruses ou sur les puissants du pays, pour subsister. Il reconnut que Dieu seul l’avait sorti des conséquences néfastes de ses actes.

 

Genèse 13

7- Une séparation pleine d’amour ! 1-13 

De sa parenté, seul Loth l’avait accompagné en Canaan. Ce devait être un réconfort pour Abram qui pensait peut-être faire de ce neveu un fils adoptif qui lui donnerait la descendance promise. Pourtant les circonstances vont rendre la séparation inévitable : le pays ne peut pas nourrir tout le monde, et des querelles de bergers éclatent. En tant que chef de famille, Abram pouvait imposer son autorité à son neveu et lui ordonner de partir dans un autre pays que Canaan, ou dans une contrée qu’il lui aurait choisie. Au lieu de cela, il laisse à Loth le choix de son habitat ! Il ne le chasse pas, et lui permet de décider lui-même quelle part du pays il désire. Il lui manifeste le même amour inconditionnel qu’il a reçu de Dieu. Sa relation avec Dieu lui a appris à vaincre son orgueil et son égoïsme, pour se soucier de l’intérêt de son neveu avant le sien, sans défendre ses droits légitimes ! (Philippiens 2.3-4).

8- Le choix de Lot

On voit d’après le texte que Loth fait un choix prémédité : il considère les avantages matériels de la vallée du Jourdain, fertile comme un véritable paradis, et jouissant de la présence de deux villes prospères. Loth ne regarde pas les aspects moraux et spirituels de la situation : les habitants de cette contrée offensaient gravement le Seigneur. Loth s’est laissé guider par la facilité, le confort, et a négligé la qualité de la relation avec Dieu de son entourage. Il s’est mis délibérément dans un contexte de vie pernicieux. Nous voyons ainsi qu’un choix est toujours motivé : on ne choisit pas par hasard ! Loth a choisi Sodome, guidé par son désir de confort et de facilité, Abram a choisi Dieu, poussé par son désir de le connaître mieux et de se connaître lui-même.

9- Le rappel de la promesse (13.14-18)

Une fois seul, Abram a dû éprouver un moment d’angoisse : il se retrouvait solitaire en pays étranger ; il n’avait pas d’enfant : comment s’accomplirait la promesse de Dieu ? Il habitait la partie la plus difficile du pays, la montagne ; son neveu avait choisi de vivre dans une région idolâtre où il risquait de perdre sa foi et sa vie. Le Seigneur intervient directement à ce moment de déprime pour le réconforter : qu’il ne s’inquiète pas, tout le pays serait un jour à lui et à ses descendants innombrables. Dieu soutient sa foi en lui faisant regarder non pas à sa situation actuelle précaire, mais à la promesse de Son intervention dans sa vie pour la rendre riche et pleine. Dieu veut ainsi soutenir et épanouir la vie de ceux qui mettent leur confiance en Lui, quelles que soient les circonstances favorables ou non. Abram dut quitter ce qui le protégeait pour expérimenter une vie fondée sur la confiance en Dieu. Dans cette marche avec Dieu, Abram est amené à se dépouiller peu à peu de ses acquis, de ses compromis, et même de ses affections familiales. Il dut se détacher : de son pays, de sa parenté, de la maison de son père (v 1) de la tentation que représente la fausse sécurité de l’Egypte (10,20) du désir de choisir lui-même sa part du pays de la présence de son neveu Loth  Il apprit ainsi petit à petit à s’appuyer sur Dieu seul.

Ayant connu par ces expériences sa propre faiblesse et surtout l’amour inconditionnel de Dieu à son égard, Abram construisit  le troisième autel de son chemin, là où plus tard il achètera la seule terre qu’il pourra posséder en propre dans le pays, celle des chênes de Mamré à Hébron. Il y sera enterré avec Sara.

 

Questions pour une application dans notre vie de chrétien

- Comment, selon ce texte, devenir adulte et construire ma personnalité ? sur quoi fonder les choix de ma vie ?

- Comment faisons-nous nos choix de vie, de profession, d’amitié, de loisirs ? Considérons-nous comme Loth les avantages  matériels ou le plaisir immédiat, ou pensons-nous aussi aux mauvaises influences d’un environnement qui rejette Dieu, sur notre relation avec Lui ?

-Comme Abram avec ses autels dressés en Canaan, par quels signes témoignons-nous à l’extérieur de notre foi en Dieu ? On peut trouver une réponse dans Romains 12.2 : “ Ne vous conformez pas aux habitudes de ce monde, mais laissez Dieu vous transformer par un changement complet de votre intelligence. ”

-         Sur quoi se fonde mon assurance dans la vie ? Qu’est-ce que Dieu peut me demander de « quitter », à l’exemple d’Abram ou du jeune homme riche (Mt 19.16-23) ?

-         Comment dans mes relations avec mes proches ou mes voisins manifester l’amour inconditionnel de Dieu, sans me « laisser marcher sur les pieds » ?

-         Quand Dieu me fait comprendre mes erreurs par des circonstances de vie parfois difficiles, comment est-ce que je réagis ? Est-ce que je reviens comme Abram à mon point de départ, en me confiant dans son pardon et sa direction ?

Voir la suite (Gn 14-15) dans la note suivante Etude n° 7b

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